Romans lesbiens

Roman lesbien : Une parenthèse enchantée

glaces gourmandes

Une parenthèse enchantée est un roman lesbien d’une histoire d’amour homosexuel passionné entre femmes.

Tome 1 : La rencontre

Une nuit d’été, sous les glycines, à la lueur des bougies, devant des profiteroles au chocolat, tu m’as inspiré cette histoire. Je te la dédie avec tout mon amour.

Au sommaire

Une parenthèse enchantée : chapitre 1

Lisa n’avait pas vu qu’à cet endroit le trottoir était défectueux par un trou dans la chaussée qui rendait sa descente périlleuse. Par ailleurs absorbée dans ses pensées, elle ne vit pas la passante lui faire des signes pour lui signaler le danger. Mais trop tard ! Une douleur fulgurante l’arracha de sa rêverie, son pied gauche avait glissé dans le nid de poule, tordant du même coup sa cheville. Un cri puis des petits sauts sur sa jambe valide, Lisa devait absolument s’asseoir car un malaise vagal l’envahissait. Des sifflements dans les oreilles, une sueur froide lui parcourant le dos et le torse, la sensation de la perte de connaissance imminente, le trou noir enfin.

Quand elle reprit connaissance, les pompiers s’activaient autour d’elle. L’inconnue avait appelé les secours et était restée à ses côtés alors que le médecin diagnostiquait une fracture de la malléole. Rapidement il ordonna un transfert à l’hôpital le plus proche pour effectuer les premiers soins d’urgence. D’autre part le témoin de l’accident laissa ses coordonnées aux secouristes au cas où ils auraient besoin de son témoignage. En effet cet accident serait amené à se reproduire si la mairie n’ordonnait pas rapidement la réfection de cette chaussée déformée.

Ainsi Lisa fut plâtrée après une radio de contrôle qui confirma la fracture. Elle en avait pour six semaines d’immobilisation minimum et ensuite elle devrait subir de la rééducation si elle ne voulait pas garder une fragilité ligamentaire ni une perte de souplesse au niveau de l’articulation. Lisa, prévoyante, avait une bonne assurance qui couvrait les accidents de la vie. Elle serait remboursée de ses frais de même que de ses pertes de salaire. D’ailleurs si son témoin pouvait par écrit confirmer son récit de l’accident ce serait mieux, ainsi l’assurance pourrait se retourner contre celle de la municipalité. C’est pourquoi Lisa n’eut aucun problème pour récupérer les coordonnées de sa bonne samaritaine. En définitive ce serait l’occasion de la remercier, de nos jours qui se soucie de porter secours à son prochain.

L’inconnue avait une voix charmante au téléphone. De plus elle était heureuse d’avoir de ses nouvelles. En effet c’était tout à fait normal pour elle d’avoir été là pour lui venir en aide. Elle avait eu tout juste le temps de la prendre dans ses bras au moment où Lisa s’était sentie mal, il n’aurait pas fallu qu’en plus elle se retrouve avec une fracture du crâne ou des points de suture. Lisa se confondit en remerciements car elle ignorait tous des détails qui avaient suivi sa chute. Par ailleurs elle voulait vraiment lui gratifier toute sa reconnaissance, acceptait-elle qu’elle lui envoie un cadeau. Des fleurs, des chocolats, une bonne bouteille de vin ? En définitive les chocolats lui convenaient car elle était gourmande. Lisa lui demanda de confirmer son adresse, dès qu’elle irait un peu mieux elle irait lui porter. Lisa apprit ainsi que sa sauveuse se prénommait Pascale.

Trois mois furent nécessaires à Lisa pour se remettre de son accident. Elle qui adorait la marche ne pouvait plus faire cent mètres sans que sa cheville ne se mette à gonfler et à devenir très algique. La rééducation fut plus longue que prévue car le kinésithérapeute n’estimant pas le cas de Lisa suffisamment intéressant, la laissa se débrouiller seule avec des exercices qui s’avérèrent peu efficaces. Lisa boitillait légèrement en fin de journée et elle décida pourtant qu’elle se passerait du professionnel pour récupérer sa mobilité. Marche et natation, cela devrait faire l’affaire.

Lisa pensait toujours à Pascale. Elle lui avait promis une boîte de chocolats. Aussi un soir après le travail, elle passerait chez elle lui déposer. Afin de ne pas se trouver devant une porte close, elle s’assura néanmoins par téléphone que Pascale serait là le jour dit. Une chance elle était libre. Lisa prit un assortiment chez le meilleur artisan de la ville. Avec un plan elle localisa facilement la rue située dans un quartier tranquille. La résidence se trouvait dans un écrin de verdure, idéalement entourée de deux parcs. Lisa avait failli devenir propriétaire d’un appartement il y a quelques années. Cependant ses moyens ne lui avaient pas permis de réaliser son rêve.

En plus de remercier Pascale, Lisa aurait le plaisir de satisfaire sa curiosité. En effet elle n’avait pas renoncé à habiter cet endroit. Un coup bref sur l’interphone. Pascale lui annonça l’étage. Il n’y avait pas d’ascenseur. Le hall était accueillant avec sa réplique d’un jardin japonais placé en son centre et protégé par des vitres. D’emblée une ambiance apaisante s’en dégageait. Pascale habitait le premier étage. Sa porte était légèrement entrouverte, elle attendait derrière son invitée. Cependant Lisa aurait été bien incapable de la reconnaître si elle l’avait croisée dans la rue. En effet le temps avait estompé le vague souvenir de cette femme. La douleur avait tellement envahi à ce moment son champ de conscience qu’il masquait tout le reste.

Pascale la fit entrer immédiatement et proposa de la débarrasser. Elle prendrait bien une boisson. Lisa n’osa pas refuser alors qu’elle tendit son paquet. Pascale l’invita à s’asseoir. Préférait-elle un café ou un thé pour déguster un chocolat ? Pas question que Lisa ne les goûte pas ! Lisa en profita pendant que son hôtesse était en cuisine pour observer le décor. Un canapé de cuir dans lequel elle était confortablement installée, un fauteuil disposé en face, de l’autre côté d’une table basse en verre et en métal.

Le salon salle à manger était sobrement ordonné. Une table à manger avec quatre chaises, un meuble au bois assorti sur lequel trônait une photo. Les parents de Pascale sans doute. En dehors de ce cadre aucune trace personnelle ne laissant deviner si quelqu’un partageait sa vie, si elle avait des enfants. Une télévision et une chaine stéréo complétaient le mobilier. Une sensation d’espace se dégageait du volume de la pièce. Depuis sa place, Lisa apercevait de la fenêtre les branches d’un immense marronnier.

Pascale revint avec un plateau chargé de tasses, d’une théière, d’un sucrier, de petites cuillères, de serviettes en papier, de quelques rondelles de citron et d’un pichet de lait. Pendant qu’elle déchargeait son plateau, Lisa s’avança et proposa à Pascale d’ouvrir la boite de chocolats. Lisa se sentait à l’aise, Pascale savait recevoir et elle sentait qu’elle avait plaisir à le faire. Lisa ne prenait ni sucre ni lait, juste une rondelle de citron. Pascale mélangea le lait et le sucre avant de verser son thé. Elle s’assit dans le fauteuil et dévisagea Lisa tout en lui souriant :

« Comment allez-vous ?

– Mieux. Je ne sais comment vous remercier. Quelle chance que vous ayez été là ! Sans vous je préfère ne pas imaginer ce qui aurait pu arriver.

– Vous auriez pu vous faire encore plus mal. J’ai juste eu le temps de vous attraper. J’ai bien vu que vous alliez chuter. Vous étiez dans vos pensées et quand je vous ai vu traverser juste à ce niveau, je vous ai fait des signes, rien n’y a fait. Ensuite j’ai couru à votre secours pour vous allonger sur le macadam et vous couvrir avec mon blouson. Je suis rentrée dans le café qui était juste en face et j’ai demandé au patron qu’il prévienne les secours. Enfin je suis retournée auprès de vous mais vous n’aviez pas repris connaissance. Par ailleurs j’étais effarée par l’indifférence des passants, personne ne s’est arrêté ou si juste pour regarder et vous envoyer des regards de pitié, comme si vous étiez ivre sur la voie publique.

– Je n’ai aucun souvenir de tout cela. Je me rappelle juste de vous au moment de l’arrivée des pompiers, leur camion puis l’hôpital. En fait je me souviens d’un visage flou je dois l’avouer car la douleur m’avait submergée, cela a totalement altéré ma mémoire.

– Et comment va votre cheville ?

– Je n’ai toujours pas récupéré. En particulier je vois bien que lorsque je la plie, l’angle n’est plus le même qu’avant. Et lorsque je marche trop longtemps, elle s’œdématie. Mon médecin traitant m’a adressé à un kiné qui ne s’est pas donné la peine de me rendre ma mobilité. J’étais livrée à moi-même avec d’autres patients dans une salle, à tenter de reproduire des exercices succinctement expliqués. Je ne vous le recommande pas si jamais un jour vous avez besoin de ce professionnel.

– J’éviterai tout commentaire déplacé sur le sujet.

– Vous le connaissez ?

– Non. D’ailleurs vous ne m’avez même pas donné son nom.

– Une expérience similaire ?

– Non pas du tout. Mon frère est ostéopathe. Son approche est complémentaire du kiné et il reproche à certains d’entre eux de vouloir prendre trop de clients au détriment de la qualité du soin pour au passage leur faire une concurrence déloyale. Ils profitent des remboursements de la sécurité sociale pour attirer la clientèle et par là-même délaissent ceux qui relèvent de leur domaine de compétence. Laissez-moi deviner. Votre kiné ce n’est pas Dunois ?

– C’est lui. Bien vu. A la fin de la période de rééducation il m’a proposé des séances d’ostéopathie mais comme j’ignorais ce que c’était j’ai refusé. De toute façon je n’avais plus confiance en lui.

– Je peux vous prendre rendez-vous avec mon frère si vous voulez, vous aurez un autre avis sur votre cheville et surtout vous en récupérez enfin l’usage.

– Ne vous dérangez pas !

– Attendez, je l’appelle ! »

L’appel fut bref, il voyait son dernier client, il pouvait recevoir Lisa dans une heure. Pascale lui proposa de l’accompagner, son cabinet était à l’autre bout de la ville. Elles dégustèrent leur thé tout en appréciant les délicieux chocolats. La discussion continua sur les suites financières de l’accident, Lisa expliqua son parcours mouvementé avec son assurance et celle de la mairie. Heureusement pour elle, les indemnités reçues couvraient largement les frais engagés.

Lisa qui était venue en bus ne vit pas d’inconvénient à monter dans la voiture de Pascale qui la déposerait chez elle au retour. Lisa qui n’avait pourtant pas besoin de se justifier lui confia qu’elle était célibataire, que rien ni personne ne l’attendait, pas même un animal de compagnie. Pascale la rassura aussi, elle non plus. Ainsi Lisa n’avait pas à se sentir mal à l’aise de l’arracher à sa soirée télévision. Pascale savait manier l’humour, une façon aussi pour elle de ne pas avoir à trop se dévoiler.

Lisa connaissait mal ce quartier résidentiel, encore plus calme que celui de Pascale. C’était la soirée des découvertes. L’ostéopathe les attendait, son dernier client venait juste de partir. Il embrassa sa sœur et sans doute pressé de rentrer chez lui, il invita Lisa à entrer sans se préoccuper plus des présentations. Pascale s’installa dans la salle d’attente. Le praticien fit asseoir Lisa sur sa table d’examen et lui demanda de décrire ses troubles. D’emblée il remarqua l’angulation réduite de la cheville. Une séance, tout au plus deux, suffirait à un retour à la normale. Lisa se laissa faire et au bout d’une heure de manipulation, elle fut impressionnée du résultat.

« Je ne sais quoi dire ! C’est tout simplement bluffant.

– Je suis ravi d’avoir pu vous soulager. Si jamais vous avez quelques douleurs, n’hésitez pas à m’appeler. Je m’arrangerai malgré mon emploi du temps chargé pour vous trouver une petite place.

– Merci. Je vais finir par croire que votre sœur est mon ange gardien. Je vous dois combien ?

– Mais rien ! Vous faites partie de la famille !

– Ah ?

– Je suis content que Pascale ait enfin une compagne équilibrée, sa relation commençait à tous nous inquiéter.

– Je crois qu’il y a méprise. Pascale a été témoin de l’accident et elle m’est venue en aide. Je lui ai porté ce soir des chocolats pour la remercier et au décours de la conversation, c’est elle qui m’a proposé de vous consulter.

– Quel gaffeur ! J’espère que je ne vous ai ni choquée ni blessée. Veuillez oublier ce que je viens de vous raconter.

– Je vous dois combien ?

– Rien.

– Merci, votre geste me touche.

– C’est à moi de vous remercier. Il y a très longtemps que je n’avais pas vu Pascale aussi détendue et souriante. Vous ne pouvez pas savoir quel plaisir c’est pour moi, quel soulagement aussi. Si vous pouviez éviter de lui répéter mes propos je vous en serais reconnaissant.

– Ne vous en faites pas, je saurai me montrer discrète.

– Bonne soirée !

– Vous de même ! »

Pascale se leva à peine la porte ouverte. Elle était pressée de connaître les premières impressions de Lisa. Fantastique fut l’adjectif qui lui vint immédiatement à l’esprit. Pascale était ravie. Et si elle invitait Lisa à diner. Étant donné l’heure, elle devait être affamée. Lisa ne voulait pas abuser. Elle était fatiguée. Tant pis, ce serait pour une autre fois. Lisa tenait à remercier Pascale, sans elle que serait-il advenu de sa cheville. Elle n’y était pas pour grand-chose. Durant le trajet retour, Lisa observa en coin Pascale. Un look très androgyne dans son jean, tee-shirt et blouson de cuir près du corps.

Les cheveux courts et une petite poitrine accentuaient son genre qui laissait nettement deviner que Pascale aimait les femmes. Les révélations du frère l’avaient troublée. Ainsi Pascale avait souffert en amour. Cela la rendait très attirante. Pascale savait camoufler ses blessures, Lisa n’avait rien perçu. Pourtant elle était assez fine habituellement, elle savait renifler à cent mètres ce type de situation. Elle n’eut pas la possibilité d’en savoir plus, Pascale s’était mise en double file et déjà un automobiliste impatient klaxonnait pour qu’elle dégage. Un au revoir et un merci rapidement lâchés et Lisa vit les phares arrière disparaitre dans la nuit. Pascale n’était pas partie qu’elle lui manquait déjà atrocement.

Une parenthèse enchantée : chapitre 2

Jour de marché. Lisa déambulait à la recherche d’idées pour ses repas du week-end. Elle avait déjà les légumes qu’elle accommoderait avec des cuisses de poulet pour les midis et pour les soirs avec un poisson en papillote. En effet cela ne la dérangeait pas de déguster deux fois la même chose, des habitudes de célibataire. Pourtant elle adorait cuisiner. Cependant ce qu’elle craignait dans sa solitude était un jour de manger à même dans la casserole ou de se servir de l’emballage comme d’une assiette. Cela signerait une forme de déchéance. Un renoncement aux plaisirs culinaires et à l’envie de se sentir exister.

Elle était donc assez attentive à maintenir cette rencontre avec elle-même, aux horaires des repas et à la qualité de ses mets. Enfin son panier était rempli, aussi elle pouvait rentrer. En passant devant l’étal du fromager, son œil fut attiré par des fromages blancs battus avec de la crème chantilly. Pour cette spécialité fromagère elle était capable de se damner et rares étaient les occasions de s’en procurer. Pour des raisons obscures, ce crémier était le seul à en avoir et en quantité tellement limitées, qu’il les réservait à une clientèle triée sur le volet. C’est pourquoi ces deux-là la narguaient et une irrésistible impulsion lui ordonna de les acheter.

Personne dans la queue ! En définitive une chance car elle ne risquait pas, impuissante, de les voir partir sous son nez. Aussi d’une voie forte et assurée, elle demanda au commerçant un des deux Fontainebleau. Il était désolé mais ceux-ci étaient déjà vendus. Dommage c’était trop beau pour être vrai ! Tant pis. Mais est-ce qu’elle pouvait en commander pour la semaine prochaine ? C’est que son carnet était déjà plein, il y avait de la demande, dans trois semaines seulement. Pire que le caviar, un vrai produit de luxe. Cependant trois semaines, c’était loin, elle ne savait pas si elle serait là. Néanmoins elle le remercia et au moment de prendre son cabas posé à terre, elle vit s’approcher Pascale. Jamais elle ne l’avait vue au marché, pourtant Lisa était une habituée.

« Bonjour comment allez-vous ?

– Bien et vous ?

– Bien. Un peu contrariée, je voulais un Fontainebleau mais ceux-ci sont réservés.

– En effet ils sont pour moi, je venais les chercher.

– Ah !

– Mais je peux vous en laisser un si vous voulez ?

– Merci cependant je ne voudrais pas abuser.

– Non pas du tout ! Ou bien venez à la maison, nous les dégusterons ensemble.

– Vraiment ?

– Avec plaisir ! A moins que vous n’ayez quelque chose à faire.

– Pas du tout, je finissais mes courses et je m’apprêtais à cuisiner. Et pourquoi vous ne viendriez pas plutôt chez moi, je prépare le repas, vous amenez le dessert !

– Volontiers ! J’adore moi aussi me mettre aux fourneaux. Vous avez prévu quoi ?

– Une ratatouille avec des cuisses de poulet !

– Ma spécialité !

– Vous voulez qu’on le prépare ensemble ?

– J’adorerais ! Je prends mes fromages et je vous suis ! »

Pascale avait stationné sa voiture non loin de là. Cependant Lisa lui conseilla de la laisser à cet endroit car devant chez elle, elle aurait du mal à trouver une place. En effet elle habitait à quelques centaines de mètres. Elles en avaient pour à peine dix minutes de marche. Par ailleurs Pascale lui proposa de porter ses commissions car à bout de bras elles devaient commencer à peser. Elles marchèrent silencieusement, chacune intimidée par l’autre. En arrivant devant son immeuble, Lisa expliqua à Pascale que son appartement était au deuxième étage. A l’ouverture de la porte, Pascale se sentit mal à l’aise de s’être imposée, elle stoppa net.

« Je vais vous laisser. En fait je n’aurais jamais dû accepter votre invitation. Tenez les deux fromages vous les dégusterez en pensant à moi !

– Mais restez, je vous en prie. Je n’avais rien prévu pour mon après-midi. Au contraire, j’aurai plaisir à avoir de la visite. C’est si rare.

– Bon d’accord.

– Mettez vos affaires là, je vais me préparer un café vous en voulez un ?

– Volontiers. »

Pendant que Lisa s’affairait en cuisine, Pascale détailla la pièce dans laquelle elle se trouvait. Comme chez elle, le style était assez dépouillé si ce n’était de ci de là sur les meubles des bibelots qui devaient surtout avoir une grande valeur sentimentale. Des photos de famille également, de ses parents très certainement vu l’air de ressemblance. En dehors de cela, rien ne trahissait l’intimité de Lisa, tout comme chez elle, rien ne laissait transparaitre une quelconque relation sentimentale. Pascale nota également que ses moyens financiers devaient être plus modestes que les siens, les meubles n’étaient pas de très bonne qualité et la décoration n’était pas très recherchée, elle devait sortir de la solderie.

Lisa revint avec une tasse qu’elle lui tendit et l’invita à passer en cuisine. Elle avait sorti un tablier pour Pascale. Elle lui expliqua comment elle comptait procéder. Tout d’abord elle lui montra où se rangeaient les ustensiles. Ensuite elle lui indiqua l’ordre dans lequel elle comptait préparer son plat afin d’optimiser ses deux plaques de cuissons. La cuisine était étroite, mal conçue. Cependant Lisa ne s’en plaignait pas car elle composait une pièce. Cela lui évitait de dormir dans les odeurs de cuisine. Lisa ne possédait qu’un studio, son salaire ne lui permettait pas autre chose. Pascale s’empara des légumes.

D’abord épépiner les poivrons et les mettre au four pour décoller leur peau. Ensuite cuire chacun des légumes séparément, pour elle c’était le secret d’une ratatouille bien réussie. Pendant ce temps Lisa s’occuperait de préparer la volaille en papillote. Elle adorait cette recette basique qui donnait à cette viande toute sa saveur. Malgré l’étroitesse du lieu, elles savaient cependant se déplacer sans se gêner dans un ballet assez harmonieux. Leurs corps s’effleuraient sans se toucher, elles se tournaient autour sans se cogner.

A croire que toute leur vie elles avaient répété cette savante chorégraphie. Le plat commençait à prendre tournure, les odeurs se mélangeaient les unes aux autres dégageant un parfum délicieux. D’ici une demi-heure tout serait prêt pour le déjeuner. Après avoir lavé la vaisselle, Lisa dressa assiettes, verres et couverts. Elles mangeraient sur son unique table d’où l’importance de bien maitriser son espace et son temps. Pascale était admirative devant l’organisation de Lisa. Aussi elle lui en fit la remarque.

« Je déteste voir les affaires trainer, j’adore quand tout est rangé.

– C’est pareil pour moi. Dans un studio vous n’avez pas le choix si vous ne voulez pas être envahi.  Pendant des années j’ai été en couple. Rien de pire qu’un conjoint qui en met partout et qui ne comprend pas que c’est insupportable. Je ne retrouvais pas mes affaires et en plus je déprimais à la vue de tout ce bazar.

– C’est sûr. Ce n’est quand même pas cela qui vous a séparé ?

– Qui vous dit que je suis séparée ?

– Excusez-moi, je me mêle de ce qui ne me regarde pas. Encore que vous ayez dit : pendant des années j’ai été en couple. Cela laissait supposer une rupture.

– Vous avez raison, c’est moi qui suis sur la défensive. Ce n’est pas un secret d’état, je suis actuellement célibataire.

– Si ça peut vous mettre à l’aise moi aussi. Et puis je vais être honnête, votre frère m’a dit que vous aimiez les femmes.

– Ah ?

– Oui.

– Qu’est-ce qu’il peut être maladroit quand il cherche à me protéger ! Cela vous dérange ?

– Pas du tout. Pourquoi cela devrait me déranger ?

– Je ne suis pas dans la norme, vous avez dû être choquée pour avoir besoin de m’en parler.

– Non détrompez-vous, si c’était le cas je ne vous aurais pas invitée.

– Je me suis imposée.

– Calmez-vous Pascale je ne tiens pas à vous déstabiliser. J’aime aussi les femmes.

– Ah !

– Oui. Cela vous étonne ?

– Un peu. Je vous croyais hétéro, rien ne laisse transparaître votre orientation sexuelle.

– Il ne faut pas se fier aux apparences.

– Effectivement. Je suis désolée de m’être emportée. Vous devez me trouver bien ridicule.

– Pas du tout. Quand on souffre on s’enferme dans une bulle qui vous coupe des autres. Il n’y a pas que les signes extérieurs qui peuvent vous mettre sur la voie. J’ai été troublée par le fait de me sentir si bien avec vous quand je vous ai rendu visite. Pas vous ?

– Si mais je l’ai mis sur le compte d’autre chose. Je ne me sens pas prête pour une autre histoire d’amour et je me connais, parfois je m’emballe. Et quand je redescends sur terre, c’est assez douloureusement.

– Pourquoi parler d’amour ? Une histoire d’amitié me conviendrait. Ce n’est pas parce que nous sommes lesbiennes que nous devons obligatoirement aimer toutes les femmes qui nous attirent. Nous pouvons aussi avoir des amies.

– Je suis d’une stupidité à toute épreuve aujourd’hui.

– Je ne le dirai pas comme ça. Disons qu’il y a bien longtemps que vous ne vous intéressez plus au monde qui vous entoure. C’est normal que votre vision en soit totalement faussée.

– Comme c’est joliment dit. Vous savez parler aux femmes.

– Il vaudrait mieux non ?

– C’est sur ça facilite les rencontres.

– C’est pour cela que je suis toujours célibataire.

– Qu’est-ce qu’on va devenir alors ?

– Si on s’ouvrait une bouteille de vin, on se consolerait de toutes nos histoires d’amour ratées.

– Vous avez raison !

– Et si on se tutoyait ? On peut passer à table c’est prêt !

– Trinquons à notre amitié !

– Tchin ! »

Lisa dressa les assiettes car elle ne voulait pas se couper l’appétit avec des gâteaux à apéritif. Ainsi elles se régalaient. Ce plat composé à quatre mains était une réussite. Elles se dévoraient des yeux se sentant attirées l’une par l’autre.  Pour autant ce n’était pas à proprement parler un coup de foudre. En effet leurs histoires passées mettaient un frein à une alchimie subtile qui s’était créée depuis leur rencontre. Elles en avaient envie sans en avoir envie. La peur de l’échec, de souffrir à nouveau. L’amitié leur semblait plus sure, plus réconfortante.

Elles échangèrent des banalités durant le repas. La dégustation du fromage blanc battu à la crème chantilly, tant attendue, fut un régal. Par ailleurs le crémier avait glissé deux pots de coulis de fruit rouge dans le colis. C’était meilleur en vrai que dans le souvenir que Lisa en avait. Elle ne regrettait pas d’avoir succombé à son impulsion. Et à plus d’un titre. Elles prendraient le café dans son salon, ce serait plus agréable. La vaisselle fut expédiée et après un si bon déjeuner, quoi de plus agréable que de se caler dans le canapé et de ne plus bouger.

« On forme une bonne équipe tu ne trouves pas Lisa ?

– J’ai adoré partager ces instants de cuisine avec toi. C’est tellement plus agréable à deux. Ma solitude ne me pèse pas, ce n’est pas ce que je veux dire. J’avais juste oublié le plaisir d’être deux.

– Je dois me protéger tellement que je suis incapable d’éprouver quoi que ce soit. Cependant je reconnais que je me suis bien amusée avec toi à composer ce plat.

– Je ne sais pas ce que ton ex t’a fait mais apparemment tu as morflé.

– Tu peux le dire. Je sais que je devrais tourner la page mais je n’y parviens pas. J’ai perdu totalement confiance en moi et en les autres.

– C’est dommage. Tu lui donnes un pouvoir sur toi qu’elle ne devrait plus avoir.

– Comment ça ?

– Comme si le mal qu’elle t’avait fait ne suffisait pas, tu lui donnes le droit de continuer à gâcher ta vie. Alors que je suppose qu’elle doit poursuivre la sienne sans penser à toi.

– C’est certain. Et quelle recette tu me proposes pour casser ce cercle vicieux ?

– Je n’ai pas de baguette magique. En plus je serais mal placée pour te donner des conseils je me les serais déjà appliqués à moi-même.

– Quelle association on forme !

– Le seul point positif c’est qu’on doit à toutes ces garces de savoir ce qu’on ne veut plus !

– Elles ont dû nous voir arriver. Si je te racontais je pourrais écrire une encyclopédie. Question imagination aucune n’en a manqué. Je ne sais pas choisir mes partenaires.

– Pareil. J’ai le chic pour toujours tomber sur des cas sociaux qui savent profiter de mon grand cœur. Finalement je suis ressortie essorée de toutes mes relations dans tous les sens du terme. Cela doit être écrit dans mon karma que je ne serai jamais heureuse en amour.

– A mon tour de te consoler. Tu mérites de trouver la bonne partenaire.

– Toi aussi Pascale. On finira par y arriver, j’y crois. Il faut juste que le hasard nous donne le coup de pouce nécessaire à la rencontre qui transformera nos existences.

– Il a déjà bien fait les choses, nous nous sommes rencontrées. L’amitié est une valeur plus sure que l’amour.

– A l’amitié !

– A l’amitié ! »

Une parenthèse enchantée : chapitre 3

Lisa et Pascale s’étaient revues régulièrement. Elles s’appréciaient de plus en plus. Elles se découvraient non seulement beaucoup d’affinités mais jamais elles ne s’étaient senties aussi bien avec quelqu’un. Au bout de quelques mois, il devint une évidence pour elles deux que leur histoire d’amitié n’en était plus une. Elles s’aimaient. Pas le coup de foudre. Non plutôt une relation apaisée où les sentiments primaient sur le sexe. Elles s’entendaient bien de ce côté-là mais ce n’était pas l’essentiel pour elles. C’était sans doute lié à leur rencontre. Elles doutaient d’elles, de leur capacité à redémarrer leur vie affective.

Elles avaient eu tellement besoin de réassurance que toute leur énergie pour construire leur couple avaient été dépensée dans les ajustements nécessaires pour réussir leur histoire. Le souci dans un couple de femmes c’était le trop de paroles. Lisa était passée maitre dans l’art de se taire quand elle sentait les tensions monter. Quant à Pascale elle acceptait de remettre à plus tard ce qu’elle avait à reprocher à Lisa. Bien souvent le problème se résolvait de lui-même.

C’est comme cela qu’elles avaient surmonté unes à unes toutes les petites vicissitudes du quotidien, avant que les défauts de l’une ne viennent taper sur les nerfs de l’autre. Elles s’appréciaient aussi dans ce respect de l’autre, cette envie de réussir leur relation. Ces compromis avaient sans doute tiédi le désir, c’était le prix à payer pour la stabilité de leur union. Elle durait et à leurs yeux c’est ce qui comptait le plus !

Huit ans déjà. Lisa s’était installée chez Pascale pour son plus grand bonheur. Elle avait vécu ce changement comme une victoire sur ses origines modestes. Pascale lui ouvrait les portes d’un monde qui la fascinait et qu’elle avait cru jusque-là inaccessible. Durant toutes ces années Lisa avait absorbé comme une éponge tout ce qu’elle découvrait. Elle craignait qu’un jour cela cesse, que Pascale la quitte. Lisa avait bien conscience que si leurs différences avaient été force, elles deviendraient une faiblesse avec le temps. Pascale un jour se lasserait d’avoir à servir de locomoteur à leur couple. Lisa avait toujours su que si Pascale n’avait pas été autant blessée en amour, jamais elle ne l’aurait regardée.

Ce que Lisa ignorait c’est que l’amour se moque des conventions et du milieu social, qu’il est un mystère qui ne sera jamais percé. Pascale de son côté craignait que Lisa ne se lasse de son côté intellectuel, qu’elle aurait envie un jour d’une relation en miroir avec une femme qui lui ressemble. Elle sentait bien que parfois Lisa décrochait sur certains sujets, qu’elles ne partageaient pas tous ses centres d’intérêt et que bien souvent elle était seule pour sortir, aller au théâtre ou au cinéma.

Pascale regrettait ce manque de partage mais par ailleurs elle adorait quand Lisa, qui avait bien les pieds sur terre, savait l’aider à redescendre de ses hauteurs. C’est que Pascale, souvent prise dans ses lectures, ses occupations, oubliait la réalité et Lisa, en bonne intendante, veillait au confort des deux. Le ménage et les courses étaient de son ressort. Néanmoins la paperasse incombait à Pascale. Chacune son territoire et aucune rivalité de compétences ne venait troubler leur relation. C’est aussi comme ça qu’elle durait, dans leur complémentarité et la reconnaissance tacite que l’autre en avait.

Lisa et Pascale formait un couple fusionnel qui excluait les autres de leur relation. Elles aimaient être ensemble et ne recherchaient pas beaucoup le contact. Si les circonstances l’obligeaient elles savaient se montrer sociables sans pour autant chercher à prolonger la rencontre. Chacune travaillait de son côté, toutes les deux salariées d’entreprises différentes, l’une comme cadre, l’autre comme employée. Elles s’arrangeaient pour toujours être en congé ensemble et chaque week-end, elles sortaient. Balade et restaurant étaient au menu, elles avaient en commun d’aimer marcher et manger. C’est ainsi qu’elles avaient sillonné la France, adorant découvrir de nouvelles saveurs, de nouveaux paysages. Puis les années venant, des régions avaient eu leurs préférences et elles y retournaient volontiers. De l’extérieur, on aurait pu qualifier leur vie de banale mais de l’intérieur, elles y puisaient une vigueur et un équilibre qui leur rendaient la vie belle.

Ce tableau presque idyllique en aurait fait oublier la seule ombre. Lisa, peu portée sur le sexe, avait petit à petit imposé ses règles. Jamais deux fois de suite puis jamais plus d’une fois par semaine même en congé, à Pascale de choisir le jour puis enfin plus jamais. Pascale, compréhensive au début, avait fini par en souffrir. Malgré les demandes d’explication sans réponse, les remises en question sur elle-même – était-elle une bonne amante ? lui inspirait-elle de la répulsion ? – Pascale avait fini par capituler.

Elle devait admettre que Lisa l’aimait sans la désirer ou du moins sans la désirer physiquement. Tout le reste de sa relation la rendait heureuse, Pascale ne s’imaginait pas rompre pour cela. Justement trop d’unions se brisaient lorsque la passion n’était plus au rendez-vous, que l’excitation sexuelle du début avait fait place à la routine. Pascale se voulait au-dessus de tout cela, à elle de sublimer ses pulsions afin de ne ressentir ni amertume ni frustration. C’est ainsi qu’elle s’était mise à cuisiner, à prendre des cours auprès de grands chefs et enfin à tenir un blog sur le sujet.

Pascale savait captiver l’intérêt de ses lecteurs. En mettant en scène ses plats et en racontant une histoire autour qui mêlait à la fois trucs et astuces, son origine et sa vision personnelle de sa réalisation ou de ce qui lui avait donné envie de le faire partager. La presse l’avait également remarquée et elle avait eu le droit à des billets dans des quotidiens et des hebdomadaires à forts tirages la comparant de manière fort flatteuse à Dumas qui avait rédigé en son temps un dictionnaire culinaire. Là encore Lisa et Pascale avaient su être complémentaires. Pendant que Pascale écrivait, Lisa photographiait. Et les plats étaient toujours à quatre mains, la collaboration de Lisa se situant au niveau des tâches ingrates : épluchage de légumes, préparation des ingrédients, surveillance des cuissons et bien sur la vaisselle !

Ce blog devint ainsi une passion dévorante, occupant en majorité le temps libre de Pascale et de Lisa. Le succès fut croissant. A force d’être remarqué, les liens pointaient sur son blog optimisant son référencement. C’est ainsi qu’avec certains mots clés, elle était en première page d’un célèbre moteur de recherche ce qui lui assurait un trafic important. Les commentaires se multipliaient, les uns lui demandant quand elle comptait publier ses recettes, les autres la félicitant de son originalité et de sa créativité. Pourtant Pascale n’avait rien inventé, elle copiait des recettes, le plus souvent de grands chefs. Sa force avait été de les rendre accessibles à tous, amateurs ou initiés.

Il y en avait pour tous les goûts et les niveaux. En fait ce qui la rendait si populaire étaient les récits qui illustraient les photos et qui par les mots qu’elle choisissait, l’angle qu’elle saisissait pour l’aborder, savaient parler à chacun en réveillant des émotions enfouies. Le blog complétait ce sentiment de proximité, l’interactivité invitant le lecteur à interpeller l’auteur et ainsi personnaliser les échanges. Pascale était à la fois proche et distante, cachée derrière son écran par son anonymat. Elle s’était bien gardée de donner son nom ou de mettre sa photo, encore moins d’afficher son orientation sexuelle.

En plus des commentaires, certains internautes lui écrivaient par mail. Souvent pour lui expliquer qu’eux aussi cuisinaient mais que jamais ils n’oseraient se lancer dans des recettes compliquées. Ils l’encourageaient à continuer, avaient hâte de lire chaque jour ses pages personnelles sur internet. D’autres lui envoyaient des recettes qu’ils voulaient voir mises en scène sur son blog. Pascale les incitait à créer le leur, elle ne voulait pas s’approprier ce qui n’était pas à elle. Elle mettait son point d’honneur à toujours répondre. La plupart du temps, un mail suffisait, l’inconnu ému que Pascale lui ait accordé de son temps ne voulait pas la déranger plus.

D’autre fois, une relation virtuelle s’installait quand un lecteur souhaitait approfondir une recette ou partager son centre d’intérêt pour la pâtisserie ou un type de cuisine en particulier. Pascale aimait ces discussions car elles lui permettaient d’entretenir son blog et ainsi répondre aux attentes des gourmands. Elle restait dans la tendance et avait une source d’inspiration inépuisable. Quant à ses correspondants privilégiés, ils étaient toujours cités et complimentés dans son blog ce qui poussait d’autres à le devenir.

Voilà comment petit à petit les soirées de Pascale s’étaient remplies et Lisa voyait d’un bon œil cette occupation. Pendant qu’elle parlait cuisine, elle ne pensait pas à autre chose. Pascale tout à sa passion culinaire ne voulait pas voir que cette fuite en avant masquait sa souffrance grandissante. Toutes ces douceurs sucrées exposées à la vue de tous et qui dans le réel l’apaisaient ponctuellement ne suffiraient bientôt plus pour la combler.

Tout d’abord à force de goûter et tester chaque jour de nouvelles friandises, Pascale se mit à grossir. Un puis deux kilos, enfin dix. Un matin qu’elle passait nue devant la glace, elle tressauta d’horreur devant sa silhouette méconnaissable. Des bourrelets et de la cellulite avaient envahi son corps dont elle était pourtant si fière. Qui la regardait, qui la désirait, qui la touchait ? Rapidement elle chassa ces pensées de son esprit. Régime et sport, elle ne voyait que ça. Lisa suggéra d’arrêter temporairement le sucre, au moins elle ne grossirait plus et la baisse de calories l’aiderait à amorcer l’amaigrissement. Ah le bon sens de Lisa, Pascale le reconnaissait bien là !

Pascale ne manqua pas de raconter ses déboires sur son blog et de l’orienter vers des recettes minceurs. Lisa qui n’avait pas pris un gramme l’accompagna dans sa démarche. Herbes et condiments furent mis à l’honneur. Pascale avec humour passionna la majorité de ses lectrices qui compatissaient à son malheur. Il n’y avait pas que la malbouffe qui faisait grossir et le débat fit rage sur son blog entre des privations pour continuer à rester svelte ou bien accepter ses rondeurs et continuer à se faire plaisir. Les questions soulevées ne furent pas tranchées, il y avait autant de partisans dans un camp que dans l’autre, les uns pour le diktat de la minceur, les autres pour une féminité assumée et les formes qui allaient avec.

Les courriers dans sa boite mail se multipliaient. Pascale recevait des articles sur des régimes les plus farfelus les uns que les autres, voire même des pubs pour des produits illicites ou des gourous qui se vantaient de la faire maigrir rapidement sans effort et sans restriction alimentaire. C’est terrible combien la faiblesse pouvait être exploitée et le nombre de charlatans qui surfaient sur cette vague. Pascale enrageait car ses kilos ne fondaient pas mais surtout elle sentait qu’au plus profond d’elle ils risquaient bien de s’installer. Cette bouée la protégeait de sa colère qu’elle ne pouvait pas retourner contre Lisa qui la narguait à rester mince. Se priver de manger elle en était incapable et si son régime devait durer, combien de temps le pourrait-il ? Quelques mois, quelques années ? Et si elle acceptait son corps boursoufflé, n’était-ce pas la solution ?

Ce mal-être durait depuis six mois. La tenue de son blog s’en était ressentie. Il faut dire que poisson légumes vapeur, ça va bien un peu mais on épuise vite sa créativité. La monotonie de l’assiette se reflétait dans ses écrits et l’aspartam ne faisait pas rêver, pas plus que les autres produits de substitution. Un soir Pascale décida provisoirement d’arrêter d’alimenter son site, elle avait besoin d’une coupure avec la nourriture. Ses fans pleurèrent sa décision, c’est promis elle reviendrait. Elle savait qu’entretemps elle serait imitée et qu’une autre bloggeuse capterait l’attention de son public délaissé. Les réputations et les succès se font vite sur le net et se défont encore plus rapidement. Dans quelques temps elle serait oubliée. A-t-elle de se retrouver une autre passion et de repartir vers une autre aventure.

Effectivement les mails se tarirent et bientôt le vide absolu se fit dans sa boite. Le trafic de son blog chuta et le référencement la relégua à la deuxième puis troisième page. Sa visibilité serait bientôt perdue, son blog retournerait à l’anonymat. Une de ses correspondantes lui écrivit quelques mois plus tard pour s’excuser de son infidélité et lui apprendre qu’elle avait été vite remplacée sur la toile. Une copieuse avait occupé le créneau laissé vacant comme elle s’y attendait. Cependant elle ne lui arrivait pas à la cheville et ses supporters rêvaient encore de son retour.

Pour autant Pascale n’était pas restée inactive. Ce temps retrouvé, elle s’en était servi pour reprendre l’écriture de ses recettes. Après tout elle pouvait aussi goûter ces plats dans sa tête, son palais était suffisamment développé pour qu’elle puisse faire des associations sans avoir besoin de les tester. C’est ainsi qu’elle retrouva le plaisir de manger. Elle perdit quatre kilos sans faire d’efforts particulier, la baisse de la pression avait suffi. Les quelques rondeurs qui lui restaient, elle s’en accommoderait, elle avait renoncé à séduire, elle se moquait bien de faire une taille de plus. Ainsi va la vie et la nature féminine philosophait-elle !

Un an s’était passé depuis la fermeture de son blog et Pascale avait accumulé de nombreux écrits. Elle s’était documentée et lors de ses congés avec Lisa elle s’était plongée avec délice dans la littérature du terroir, riche en descriptifs de plats oubliés. C’est que nos ancêtres savaient manger. Malgré cette nourriture riche, ils savaient garder la ligne. Cependant ce n’était pas tous les jours bombance et le travail manuel très développé dans le passé expliquait aussi que l’obésité était réservée aux bourgeois.

Finalement quelle que soient les époques, le gras et le sucré n’étaient pas mieux métabolisés. La différence avec maintenant c’est que la nourriture ne coulait pas à profusion et que la sédentarité n’était pas si répandue. A moins d’avoir une machine à remonter le temps, Pascale ne voyait pas comment elle allait modifier son alimentation et sa manière de vivre pour ressembler à ses femmes menues sur les photos des livres. Au fond, elle n’acceptait toujours pas ses rondeurs même si en surface elle assumait le contraire. Le diététiquement correct avait beau avoir frappé, c’était plus facile à dire qu’à faire.

Encore un an de passé et les kilos perdus étaient revenus, ils avaient même fait des petits. Cela désespérait Pascale. Elle se blâmait intérieurement d’avoir perdu le contrôle de la situation. Le seul avantage c’est que maintenant sa souffrance était visible et qu’elle pouvait l’exprimer. Lisa écoutait les plaintes pour mieux les banaliser quand ce n’était pas pour les étouffer avec une sucrerie. « Allez va, ce n’est pas ça qui te fera du mal ! ». Et Pascale de l’avaler pour ne pas s’étrangler avec sa colère qu’elle refusait d’entendre.

Lisa et Pascale s’aimaient. L’ombre du départ avait pris de plus en plus de place dans la vie de Pascale alors que Lisa continuait à rayonner. Après la pluie le beau temps dit le proverbe. Oui mais avant le beau temps la pluie.

C’est ainsi que la première goutte tomba. Fine. Transparente. Insignifiante. Sous la forme d’un banal mail.

Une parenthèse enchantée : chapitre 4

Pascale avait pris l’habitude tous les matins avant d’aller travailler de relever ses mails. En effet c’était sa pause détente, le mug de thé à la main. D’ailleurs Lisa respectait ce moment car elle savait que Pascale en avait besoin avant de se lancer dans la compétition professionnelle. Ce matin-là, parmi les spams et les newsletters, un titre d’un correspondant inconnu de Pascale nommé Chuao attira son attention. Une petite question. Encore une publicité déguisée pour lui vendre des logiciels piratés ou des copies de médicaments. C’est pourquoi elle faillit le mettre directement à la poubelle et cependant se ravisa. Après tout on ne sait jamais, peut-être un rare lecteur de son blog.

« Bonsoir, Comment fait-on après la lecture de l’Amadeus, avec une irrésistible envie de chocolat alors qu’il est 23 heures et qu’il n’en reste plus un gramme à la maison ? Merci pour ces recettes, je reviendrai lire la suite. Bonne continuation. Chuao »

Réponse immédiate de Pascale.

« Bonjour Chuao. Bonne question ! Ou tu réveilles tes voisins en pleine nuit ou tu patientes jusqu’au lendemain… Trêve de plaisanterie, merci de ce petit mot, ça me fait plaisir de savoir que tu apprécies mes recettes. Salutations. Pascale »

Cependant ce mail avait intrigué Pascale. En effet rien dans le pseudo ou les quelques lignes qui trahissent le sexe de son correspondant. Et ni de tu ou de vous pour savoir à quelle distance se situait son interlocuteur. Pascale l’avait tutoyé d’emblée afin de le ou la faire réagir. Elle connaissait Chuao. C’est une région du Venezuela productrice d’un cacao du même nom. Surnommé la Romanée-Conti des chocolats, le Chuao est le plus puissant et intense des cacaos. Comme un grand vin, la persistance aromatique de ce chocolat est d’une extraordinaire longueur.

Le choix d’un pseudo n’est jamais anodin parce qu’il dévoile bien plus qu’il ne le voudrait l’intimité de l’internaute. De plus il s’inspire de soi, de ses goûts, de ses aspirations. Parfois même il libère les fantasmes, une envie de séduire. Ou bien il permet de se lâcher voire de révéler une petite part de son inconscient. Ainsi cet internaute se verrait comme quelqu’un d’exceptionnel comme ce grand cru chocolaté. Mégalomanie ou réalité ? Pascale avait pourtant hâte d’en savoir plus. Elle découvrit l’explication à l’heure du thé matinal en allumant l’ordinateur.

« Bonsoir Pascale. Patienter jusqu’au lendemain sans chocolat, c’est effectivement le seul choix qui s’offrait à moi. J’ai une toute petite question (encore une), quand tu décris ta sciatique paralysante qui t’a inspiré ta recette revisitée de l’Amadeus, véritable calmant à ta douleur, tu t’y connais un peu ? Le côté droit est-ce un hasard ? C’est difficile à formuler… voilà je m’explique, je suis très intéressée par tous les messages que notre corps nous envoie, on ne se fait jamais mal quelque part par hasard.

Dans ton récit tout colle, le côté droit symbolique yin (la mère, la sœur, la fille, la femme…) et la jambe : le relationnel. Qu’est ce qui te fait peur ? Quel changement te perturbe ? Le trajet de la sciatique est sur le méridien de la vessie et nous indique une peur du changement. Voilà c’est débile excuse-moi mais j’avais envie de te le demander. En espérant ne pas t’avoir saoulée. Bonne journée. Chuao »

Pour être direct, c’était direct. L’inconnue était une femme. Elle n’écrivait que la nuit, vu l’horodatage des envois. Quant à la question, c’était davantage une analyse, comme si Chuao lisait à livre ouvert en Pascale. Le relationnel avec une femme qui la faisait souffrir la renvoyait à Lisa. Quant au changement, son surpoids, le fiasco de son régime qui la désolait, elle ne pouvait nier que cela la perturbait. Mais ce qui la dérangeait encore plus c’est que quelqu’un lui parle de sa souffrance, sans la connaitre.

Elle l’avait étalée à longueur de blog, Lisa l’avait sous les yeux et il aura fallu des années avant que cette femme mette des mots là où elle mettait des kilos. Chuao. Ce pseudo lui allait comme un gant. Allait-il remplir ses promesses ? Pascale était trop secouée pour répondre immédiatement. Elle avait besoin de réfléchir. Pourquoi se confierait-elle à cette internaute ? Elle la connaissait de nulle part et elle ignorait ce qu’elle ferait de ses confidences. Elle opta pour une missive en demi-teinte, entre mensonge et vérité qu’elle mit la soirée à composer. Chaque mot fut pesé.

« Bonsoir Chuao.

Tu vas certainement être déçue mais cette histoire est sortie tout droit de mon imaginaire. Il n’y a de vrai que la recette du gâteau que j’ai empruntée à un champion du monde de la pâtisserie et que j’adore. Tu me diras comment ai-je pu tomber aussi juste ? Parce que je suis comme une éponge… Je ne suis pas indifférente au monde qui m’entoure. Et je capte à mon insu bien des joies et des souffrances… Lorsque j’ai écrit cette histoire, j’étais dans un moment d’apaisement, je vis une relation de couple très harmonieuse.

Ce qui me trouble dans ton analyse c’est qu’elle pourrait s’appliquer à pas mal de femmes qui vivent mal leur vie de couple, j’imagine très bien comment tout cela peut résonner en elles avec ton éclairage… Au départ j’étais partie sur l’expression « en avoir plein le dos » et j’ai voulu en connaître plus sur son signifiant… Tu vois la création ça part de pas grand-chose… C’est cette exploration de la nature humaine qui me fascine et la description de l’émulsion praliné sur ce fondant au chocolat comme remède n’est que l’expression d’un désir inavoué… Celui de plus de douceurs dans un monde de brutes. Je suis assez sensible aussi à tout ce qui touche l’être, à ce qui nous révèle un sens à notre existence.

Je suis heureuse d’avoir pu t’apporter un peu de rêve, c’est aussi cela le sens que je donne à mon écriture…

Et accessoirement il me permet de belles rencontres comme la tienne.

Bien à toi. Pascale »

Pascale était assez contente de sa formulation. Cela devrait calmer cette curieuse. A quoi bon les déballages intimes ? Cette correspondance l’excitait. Elle était fascinée par la capacité de Chuao de si bien la percevoir et en même temps elle était énervée qu’on puisse aussi bien la deviner. Enfin aussi bien, c’était vite dit car jusqu’à présent personne n’avait osé une telle incursion dans un domaine aussi privé. Culottée Chuao ? Pascale redoutait de passer pour une menteuse et lorsqu’elle découvrit le mail le matin dans sa boite elle attendit un peu avant de l’ouvrir.

« Bonsoir Pascale.

Je ne suis pas déçue par ta réponse. Au contraire je préfère l’inattendu et je le pense d’autant plus que c’était bien construit. En tout cas tu fais une très belle éponge naturelle. Si tu savais le nombre de personnes qui vivent mal leur sexualité, c’est effarant. Et pourquoi seulement les femmes ? D’ailleurs je voulais revenir sur mes tentatives d’explications. Je ne voulais pas être catégorique étant bien entendu que personne ne peut donner une explication précise aux maux, mais plutôt une incitation à la réflexion, une direction vers laquelle aller dans sa propre histoire. Plutôt donner un sens à sa souffrance que chercher à la faire taire à tout prix. Je te remercie de m’avoir fait rêver, tout le plaisir est pour moi. Et réciproquement, c’est une belle rencontre que la tienne. Au revoir ? Chuao »

Tiens, Chuao doute qu’il y ait une suite à ces échanges. Pascale avait apprécié de ne pas avoir été démasquée. Elle sentait que Chuao cherchait à engager la conversation, qu’elle souhaitait pousser plus loin la relation. Si cela devait être le cas, il faudrait qu’elle cesse de se réfugier dans des généralités d’usage. Il y a une voie entre le grand déballage et la vacuité. A elle de la trouver.

« Bonjour Chuao. Je voudrais d’abord dire que la correspondance que j’ai avec toi n’a rien à voir avec celle que j’ai habituellement. C’est un ECHANGE. Véritable. J’aime beaucoup ta manière de voir le monde. Je n’ai pas été très honnête avec toi. Tu as vu juste, j’ai traversé une période délicate et cette sciatique a coïncidé avec une prise de poids que je supportais mal. A mon tour d’être directe avec toi. Si j’ai parlé uniquement des femmes, c’est à cause de mon orientation sexuelle. J’espère que je ne te choque pas. Je n’ai pas l’habitude de me raconter, je suis sans doute maladroite. Si tu souhaites couper le contact, je ne m’en formaliserai pas. A bientôt ? Pascale »

Pascale éprouva un grand soulagement en cliquant sur envoyer. Depuis trois jours que duraient ces échanges, toutes ses pensées tournaient autour de Chuao. Elle tentait de se la représenter, de deviner la région où elle résidait. Elle en oubliait ses problèmes d’image corporelle, reprenait goût à l’écriture. Après s’être exposée pendant des mois, elle appréciait de posséder un quant à soi dans ses échanges privés. L’analyse de Chuao lui restituait cette part d’elle qui lui échappait et qu’elle aurait sans doute aimé garder secrète.

« Bonjour Pascale. Je ne suis pas choquée, je suis en couple avec ma compagne depuis huit ans si ça peut te mettre à l’aise. Merci pour l’honnêteté, j’apprécie. Et pour tout t’avouer, depuis trois jours que dure notre correspondance, je pense à toi constamment. Je n’ai jamais ressenti ça de ma vie, c’est une première. Et toi ? Cordialement. Chuao »

Pascale sourit en lisant ces lignes. Ainsi Chuao aimait les femmes. Au moins un point en commun. Et puis elle n’était plus la seule à être troublée par cette correspondance. Pascale hésita avant de répondre. Certes, Chuao lui révélait son homosexualité avec une franchise déconcertante. Mais qui sait ? Et si ces phrases, elle les avait déjà écrites à d’autres. Le genre qui ferre le poisson et qui voit si ça mord. Après tout sur le net se ballade un bon nombre de tordus de tout poil, pourquoi pas Chuao ? Elle avait peut-être découvert à travers les récits de Pascale son goût pour les femmes et s’en servait pour jouer d’elle. Pascale opta pour le même ton direct. Chuao finirait bien par révéler sa stratégie. Si elle en avait une.

« Moi aussi j’aime une femme depuis dix ans. Pourquoi penses-tu que je ressentirais le même émoi ? Cordialement. Pascale »

Contre toute attente, Chuao n’entra pas dans la joute verbale dans laquelle Pascale voulait l’entrainer. Elle préféra un long mail que Pascale découvrit en rentrant du travail.

« Chère Pascale. 

Alors pas ou commencer ? (D’abord tu réponds à une question par une autre question toi mais je ne t’en veux pas je pratique aussi.) Je voudrais revenir sur ce qui m’a poussé à t’écrire, sur mon raisonnement en te lisant afin que tout soit bien clair entre nous. En fait je ne sais pas si raisonnement il y a, je dirais plutôt constat. Aussi je me disais donc qu’en regard de ce que tu décris de ta douleur, tu étais on ne peut plus juste (localisation, latéralité). Comme je suis une petite curieuse je me suis instantanément demandé comment tu avais pu écrire cela. Soit c’est un coup de bol (je n’y crois pas trop) ou alors tu es bien rencardée (tu as l’air rigoureuse pourquoi pas ?)

Soit c’est du vécu total cette douleur sans peut-être pour autant avoir tout analysé (dans le sens cause à effet). C’est la solution pour laquelle je pencherais pour l’aspect vécu en tous cas. Au départ ça n’allait pas plus loin. En fait ce que je ne t’ai pas dit, c’est que je suis passionnée par les médecines complémentaires et par ailleurs je suis thérapeute. Pour moi le corps et l’esprit sont liés. En te pratiquant quelques points de digipuncture pour te détendre, j’en aurais aussi profité pour te demander si tu ne vivais pas une tension avec une femme et vers quoi tu avais peur d’aller.

La sciatique est une douleur de trajet qui exprime notre difficulté à abandonner nos vieux schémas ou modes de pensées, les choses dans lesquelles nous sommes bien installés. Désolée de t’abreuver de détails techniques ! Je ne sais pas si je suis très claire dans mes explications. Pour le reste d’un côté plus personnel je n’avais jamais lu de telles recettes et c’était rigolo de découvrir les émotions que ça m’a procuré. Tu as suscité chez moi comme interrogation : comment vivre le couple sans se perdre tout à fait. Te dire aussi que le trip de l’émulsion praliné sur le cœur fondant au chocolat m’a bien fait rêver toute la journée. Merci pour le rêve et l’évasion. Célia (qui espère ne pas avoir été trop longue) »  

Pascale fut émue par tant de sincérité. Enfin un prénom, Célia. Difficile de feindre à ce point la sincérité. Pascale avait envie de la croire et de lui faire confiance. A son tour de se dévoiler.

« Bonsoir Chuao.

Je ne suis pas par quel bout commencer, si je m’éparpille ça va devenir incompréhensible. Si ça t’intéresse je reviendrai sur certains points, j’aimerais assez vite rentrer dans le vif du sujet. Lisa et moi, nous sommes rencontrées il y a dix ans. Lisa n’avait pas vu que le trottoir était défectueux et malgré les grands signes que je lui faisais pour qu’elle ne tombe pas dans le trou creusé dans la chaussée, elle s’est cassé la malléole. Je lui ai porté secours et c’est ainsi que notre relation a débuté. D’abord de l’amitié, ensuite de l’amour. Ce ne fut pas le coup de foudre. Plutôt un amour profond et partagé, nous avions tant souffert en amour que nous nous réparions l’une l’autre.

Petit à petit j’ai appris à la connaître mieux alors que tout nous opposait. Le milieu social, le caractère, les goûts. Les contraires doivent s’attirer c’est certain. A force d’ajustements et de compromis nous avons fini par trouver un équilibre. Jusqu’au moment où Lisa se refusa sexuellement à moi. Sans explication. Je ne sais comment te dire, elle était devenue une boule de souffrance et sa détresse me mettait dans un tel sentiment d’impuissance que je me mis moi aussi à en souffrir. J’étais totalement dépassée par les événements, je ne savais plus où j’en étais et je culpabilisais de la voir dans cet état.

C’est à ce moment-là que j’ai eu cette sciatique paralysante. Mon blog, mes recettes furent l’occasion de gérer la situation, toutes mes pulsions sexuelles inassouvies me donnaient cette énergie créatrice. Cela m’évitait surtout de remettre en question mon couple car j’associais Lisa à cette activité. J’avais le sentiment de réussir ma vie sentimentale, je considérais la sexualité comme un à-côté dans le couple. Tant mieux s’il y en avait. Et s’il n’y en avait pas, ce n’était pas si grave, ce qui comptait étaient les sentiments et tout ce qui avait été construit, les projets en commun. Le reste tu le connais, je l’ai mis sur mon blog. Mes kilos, ma sciatique et mon combat pour maigrir.

Aussi tu comprendras bien que ton analyse a été déstabilisante, en mettant le doigt là où ça fait mal, tu m’as obligé à ne plus me voiler la face. Je me mentais depuis trop longtemps. Pourtant il n’y a qu’à soi qu’on doit la vérité. Bon ce sont les grandes lignes, je ne suis pas rentrée dans les détails. Cependant je dois reconnaitre que tu as vu assez juste. Pascale qui s’excuse d’avoir été aussi bavarde. »

En envoyant son message, Pascale s’était mise à trembler. Jamais elle ne s’était autant livrée. Célia commençait à l’obséder. Elle aurait aimé en savoir plus sur elle. Pour tomber aussi juste, l’analyse ne suffisait pas. Elle avait forcément vécu elle aussi. Mais quoi ? Sa curiosité allait vite être satisfaite.

« Bonsoir ma belle,

Ça décoiffe !!!!

Comme tu ne me vois pas, j’ai la main gauche sous l’aisselle droite et ma main droite sous le menton soutient ma tête. Je suis devant l’écran comme ça depuis un bon moment et là il faut bien que je réagisse sinon ça va durer longtemps… Mais franchement je ne sais pas par où commencer… Un peu stone de tant d’informations, d’émotions, de sincérité ! Je reviendrai sur ton mail plus tard si tu veux bien. Je vais te raconter à mon tour l’histoire de Célia et Dominique. 

Nous nous sommes rencontrées tout bêtement au boulot. J’étais derrière le bar à préparer un café car à l’époque j’étais serveuse dans un bistrot et j’ai vu arriver Dominique et une autre nana. Dominique était la propriétaire de l’établissement mais nous ne nous étions jamais croisées. Elle était accompagnée d’une architecte d’intérieure car elle voulait transformer le lieu en un endroit branché. Je leur ai servi des boissons et l’architecte, très agressive, suggérait à la patronne de changer également de personnel si elle voulait accéder à plus de standing. Mon physique ne devait pas lui revenir ou bien elle devait avoir des problèmes avec son homosexualité refoulée.

Dominique ne savait plus où se mettre car elle n’avait aucune intention de me licencier. Elle s’arrangea pour expédier rapidement son rendez-vous professionnel et je les vis disparaitre comme elles étaient venues. Le lendemain, Dominique est revenue pour s’excuser. De quoi ? Peuchère elle n’y était pour rien ! C’est ainsi qu’elle est revenue tous les autres jours. Nous avons fait connaissance tranquillement, je la trouvais sympathique, voilà tout. Je n’avais aucune idée derrière la tête, je vivais en couple avec une Céline depuis trois ans. J’appris quelques mois plus tard qu’elle était tombée raide amoureuse le premier jour, quand n’y tenant plus elle me fit sa déclaration.

Il faut que je te dise que Dominique est 100% hétéro. De toute sa vie, pas une seconde, l’idée de faire l’amour avec une femme ne l’avait effleurée. Quand je la charrie en lui disant, que si, elle est lesbienne, elle devient folle, je me marre. Elle soutient que pas du tout elle n’aime pas les femmes seulement moi, que si on se quittait, jamais elle ne vivrait avec une autre femme, que c’est parce que c’est moi et puis c’est tout. Pour la charrier encore je dis oui mais ça t’est arrivé une fois pourquoi pas deux… non, non, non, elle n’est pas homosexuelle mais Céliasexuelle ! Elle est bien bonne celle-là !

Pendant les trois premiers mois de notre histoire, elle a galéré comme une folle alors que tous ses fondamentaux s’écroulaient. Elle s’était lancée à reprendre un restaurant d’altitude dans les Alpes pour s’éloigner le plus possible de moi afin de recouvrer ses esprits. Avant de partir, elle a finalement osé me parler ou plutôt m’écrire. Elle était en face de moi à quelques tables alors que je lisais sa lettre et elle me regardait liquéfiée sur sa chaise avec ses beaux yeux verts dans lesquels j’ai eu envie de plonger. Je n’ai pas compris ce qui se passait mais une force me disait qu’il fallait que je vive cette histoire. J’ai donc plongé et nous avons mis chacune de l’ordre dans notre vie. Les deux séparations ne furent pas évidentes, nous avons essayé de gérer au mieux. Mais finalement nous nous en moquions, nous étions trop amoureuses.       

Dominique et moi sommes très différentes je ne sais pas si on peut faire plus. Nous sommes chacune assez carrées mais pas pour les mêmes choses, Dominique est aussi speed que je suis zen, aussi terre à terre que je suis rêveuse, aussi angoissée que je ne le suis pas, assez largement hypocondriaque, moi pas. Elle est du petit matin, je suis de la nuit. Nous n’avons absolument pas les mêmes goûts musicaux (et la musique est essentielle à ma vie), nous ne rions pas des mêmes films, j’aime l’humour absurde et Dominique a du mal, elle tripe sur la Toscane moi sur l’Andalousie, J’adore partir en bateau, elle n’est pas très à l’aise en mer. Bref, tu vois, rien qui ne nous prédisposait à une alliance. Mais la vie est surprenante, un grain de folie, une émotion profonde, cette intime conviction que ça va coller !

C’était génial, nous étions de vraies adolescentes… Nos différences étaient drôles, nos ébats délicieux, je ne te dirai pas que Dominique découvrait l’orgasme mais presque, ce n’est pas moi qui le dis, c’est elle. Deux années géniales … et Dominique vendit toutes ses affaires pour ouvrir un complexe hôtelier de luxe avec spa. Je te ne raconte pas le changement de vie que ce fut, nouvelle région, nouveau cadre, nous avons été propulsées dans un monde qui n’était pas le nôtre. Un jour, une cliente, une riche américaine qui avait fait fortune dans l’immobilier s’enticha de moi. Elle ne jurait plus que par mes massages.

En effet je m’étais reconvertie dans les massages en tout genre : californien, thaï… Je ne voulais pas être entretenue par Dominique et comme je voulais toujours susciter le désir physique, je m’étais imaginé que les caresses érotiques mêlées à un massage classique mettraient du piment dans nos ébats ! Jane. Cette femme me cherchait, je le voyais bien, mais bon je m’en moquais, j’étais amoureuse et je suis très fidèle (hormis cette pauvre Céline, c’est sur…), tout au plus flattée par de tels égards. En revanche pour Dominique, c’était devenu un truc dingue ! Elle m’imaginait en train de faire jouir cette vieille rentière, la jalousie est entrée dans notre vie façon séisme tu vois.

Je n’étais pas prête. J’ai du mal avec la jalousie, le sentiment d’appartenance me gêne surtout quand il n’est pas justifié. J’aime Dominique mais elle ne m’appartient pas elle m’aime c’est différent ! Elle ne pensait pas tout à fait la même chose. Alors je te passe les crises. Elles m’épuisaient, je suis du genre très tranquille comme fille ! J’ai discuté des heures, pleuré des litres, rien n’y faisait ou pas longtemps. Ce qui m’exaspérait c’est que Dominique coinçait sur un truc qui n’en valait pas la peine. D’ailleurs je n’ai jamais su si cette Jane était une lesbienne ou une hétéro qui s’amuse. Et je ne pouvais m’empêcher de penser : tout ça pour ça ! Quel gâchis ! C’est à cette époque que Dominique se mit à boire du gin.

Nous n’étions plus trop en phase, elle partait dans ses délires alcooliques que je ne pouvais suivre. Deux ou trois fois elle a été maladroite alors que nous faisions l’amour et sur le coup nos ébats se sont stoppés net, de mon fait bien entendu. J’ai eu beau lui dire aucun problème, ça sera mieux la prochaine fois, pire c’était. Elle n’osait plus me toucher, se disait qu’avec son passé hétéro elle ne connaissait rien au corps de la femme, ne me donnait aucun plaisir. Je continuais à lui faire l’amour parce que j’adore ça et elle prenait beaucoup de plaisir, et comment dire, elle a oublié mon corps.

Nous ne faisions pas l’amour, je lui faisais l’amour… J’étais à l’origine de 99% de nos câlins et ça ne me gênait pas trop parce que j’ai toujours été plus préoccupée par le plaisir de ma compagne que par le mien et je me suis oubliée aussi. Un jour j’ai décidé de ne plus lui faire l’amour, pour voir.  Nous n’avions aucun rapport, ça pouvait durer des mois … et curieusement nous nous entendions bien à nouveau, nous avions mis plein de choses sur le tapis, nous étions complices et câlines mais nous ne faisions plus l’amour. Dominique était heureuse, plus jalouse, elle me faisait des tas de surprises, des cadeaux… mais nous ne faisions plus l’amour.

Cela dura jusqu’à ce que Dominique décide de revendre l’hôtel pour se lancer dans le commerce bio. Elle sentait que c’était porteur, qu’il y avait de l’argent à se faire. Elle n’en pouvait plus de la clientèle exigeante. J’étais d’accord avec elle. Changement de vie, changement de décor, elle rêvait de s’installer dans une grande ville, la vie urbaine lui manquait terriblement. Elle partit prospérer avec un associé, elle se voyait déjà à la tête d’un grand réseau de distribution. Alors que j’étais seule, une grande entreprise décida de réserver tout l’hôtel pour organiser un séminaire. Dominique accepta, elle avait besoin de cash et elle me délégua la gestion du groupe.

Je pourrais me débrouiller sans elle, le personnel était là, rodé. Avec un peu de chance, ils seraient enfermés toute la journée. A part les repas et le soir, ce serait calme. Dominique ne s’était pas trompée. Que des gens sympathiques, décontractés de travailler dans un endroit de rêve, de se laisser servir et choyer par les professionnels mis à leur disposition. Tout était payé par la boite, ils ne déboursaient que pour leurs extras. Autant dire que financièrement, ce fut une bonne opération. Figure-toi pour mon malheur que dans le groupe il y avait une Capucine ! Ce prénom raisonne encore à mes oreilles.

Très agréable, drôle, pas vraiment belle avec un charme fou. Aventurière, beaucoup de voyages, de voile, de destinations dont je rêve. Pour elle non plus, je n’ai jamais su si elle était vaguement bisexuelle. Elle était chargée de l’organisation du séminaire. A ce titre, elle venait souvent me voir pour parler intendance, régler les détails des journées. Toujours est-il qu’elle était très tendre avec moi, m’observait avec attention. Quand elle se tenait près de moi, elle me frôlait la main, le bras. Je suis très sentimentale, je ne délire pas sexe, à part avec ma chérie. Cependant quand quelqu’un me trouble, qu’il m’effleure volontairement le bras ou la main, je frémis pendant des heures.

Je t’avoue qu’elle m’a assez chamboulée, je n’avais pas envie de relation avec elle et finalement je pense qu’elle non plus. C’était seulement très très tendre entre nous. Je ne l’aimais pas, j’aimais sa vie, sa liberté, ses voyages autour du monde, son bateau en Bretagne. Toute l’évasion dont j’avais besoin et j’ai réfléchi sur ma vie peut être perdue à ne pas avoir couru le monde.

A la fin de cette semaine, je ne touchais plus terre, rêvant d ‘embruns sur le pont d’un bateau. A son retour, Dominique a bien vu que quelque chose s’était passé malgré mes démentis, Capucine avait sans le savoir déverrouillé un truc en moi. Après ce que nous venions de traverser, je ne me voyais pas raconter mon trouble à Dominique, je le répète absolument dénué de sexe. Cette aventurière m’a envoyé des cartes du monde entier. Je t’avoue que les premières ce fut chaud, Dominique me demandant qui était cette Capucine. Elle avait une façon de prononcer Capucine, tu n’imagines pas. Je sortais ma paire d’avirons pour expliquer que non je n’avais pas couché avec elle et que je n’en avais aucune envie…

Je n’avais qu’une envie : voyager. Ça va tu ne dors pas ? Une compagnie maritime qui organisait des croisières de luxe m’a embauchée comme masseuse, Dominique eut la gentillesse de m’écrire une bonne lettre de recommandations. Quelle année merveilleuse ! La séparation nous a fait beaucoup de bien. Nous avons réalisé comme nous nous aimions, à quel point nous étions en non-communication, et nous nous sommes retrouvées. En accord avec Dominique j’ai entrepris une formation pour devenir thérapeute énergéticien. Assurément une des plus belles choses de ma vie ! 

J’ai ouvert mon cabinet et Dominique son magasin bio à deux cents kilomètres de là. Nous nous retrouvions dans des hôtels à mi-chemin, sans bouger de la chambre tout le week-end à nous aimer et à rire comme des folles. Beaucoup d’amour retrouvé. Je ne l’ai jamais trompée.  J’étais et je suis toujours heureuse d’avoir surmonté les crises, de ne pas m’être débinée aux premiers gros orages, de vouloir aller plus loin même si parfois j’ai baissé les bras, avec toujours cette intime conviction que nous deux malgré les apparences, c’est vraiment du sérieux.

Maintenant entre nous tout va bien. Nous ne passons pas toutes nos nuits ensemble mais nous nous envoyons des textos, nous nous appelons, et quand nous dormons ensemble à l’hôtel, nous sommes sur un tapis volant.

Désolée Pascale je n’ai pas pu faire plus court ! Pourtant j’ai pratiqué beaucoup de coupes !

Et voilà je viens de voir qu’il est 5 heures du mat’ et que je bosse dans 4 heures.  Youpi !

Pour mes fautes, on dit qu’il n’y en a pas, j’ai la flemme de relire …

Cordialement

Célia »

Pour le coup, ce fut Pascale qui fut décoiffée. Elle était totalement sous le charme de Célia. Son instinct ne l’avait pas trompée. Si Célia avait si bien lu en elle, c’est que ses recettes avaient su faire écho à son histoire. Mais jusqu’où ?

Une parenthèse enchantée : chapitre 5

« Bonsoir Célia.

A mon tour d’avoir pensé à toi toute la journée…

L’autre jour je t’écrivais il n’y a qu’à toi que tu dois la vérité, je ne pouvais pas mieux dire. En effet j’ai bu littéralement tes mots, tout allait très vite dans ma tête ce matin. Je me suis vue à ta place, la chair aurait-elle été faible si j’avais été confrontée à pareilles circonstances ? D’ailleurs tous ces passages à l’acte m’ont renvoyée aux miens, à mes interrogations sur le couple. Au premier coup de vent, pas mal auraient pris la tangente, pourquoi nous sommes nous autant accrochées à nos compagnes respectives ?

Une fois de plus je suis sidérée par nos points communs. Notre couple s’est construit sur une profonde altérité, le votre tout autant. La fragilité de nos compagnes a fait notre force, elles nous ont obligés à nous révéler à nous-mêmes notre désir d’exister autrement. Avant que je ne la rencontre, Lisa a eu des problèmes avec l’alcool. Elle m’en a parlé une fois, juste pour me dire à demi-mots qu’elle était abstinente. Afin de ne pas la mettre en difficulté dans notre vie sociale, nous sommes définitivement à l’eau et aux jus de fruits et je prends l’initiative de dire que c’est moi qui ne bois pas et que Lisa me soutient là dedans. Pas de tabac non plus, Lisa était une grosse fumeuse et elle a décroché, quand elle tousse ça graillonne bien.

Vous avez été très loin dans la reconversion et le changement, Nous ne sommes pas prêtes à lâcher prise ainsi. Je t’envie d’avoir eu ce courage. On avance lentement mais sûrement. 

Cependant ne t’épuise pas trop derrière ton écran, nous avons tout notre temps pour apprendre à nous connaître…

Bon je me lance même si ça fait tartignolle. Au stade où on en est, je ne vois rien d’irrespectueux à t’écrire bises. Pascale»

Pascale eut du mal à se concentrer sur son travail. En définitive cette correspondance envahissait son esprit. Elle avait hâte en rentrant chez elle d’aller lire son courrier et d’y répondre. D’ailleurs Lisa avait constaté un changement et s’en inquiétait. Que cachait cette fébrilité ? Pascale se sentait-elle de nouveau mal dans sa peau ? Lisa avait remarqué que Pascale avait pas mal surfé ces derniers temps sur des sites inhabituels. Le dernier parlait de shiatsu, Lisa ignorait ce que c’était. A l’insu de Pascale, elle s’était renseignée dans la journée auprès de collègues. L’une d’entre elles lui avait raconté qu’elle avait expérimenté ces massages lors d’une cure de thalassothérapie.

Elle avait des problèmes de poids et ce séjour lui avait fait le plus grand bien. Il lui avait servi de déclic pour prendre soin d’elle et depuis elle avait perdu ses bourrelets disgracieux. Cela rassura Lisa, ainsi Pascale était toujours obsédée par ses kilos. En attendant que Pascale rentre du travail, elle était allée imprimer la brochure d’un institut marin réputé et l’avait glissée avec le courrier. Pascale en découvrant les documents cacha sa surprise. Lisa se doutait-elle de quelque chose ?

« Comment s’est passée ta journée mon amour ?

– Bien et toi ? C’est quoi cette publicité ?

– Une collègue cet après-midi m’en a parlé. J’ai pensé qu’une petite cure te ferait du bien. Tu as vu, il y a du shiatsu ?

– C’est pour les mémés, tu nous vois toute la journée dans des peignoirs à attendre que ça se passe ? C’est quoi le shiatsu, tu connais ?

– Et toi ? J’ai vu l’autre jour que tu t’y intéressais.

– Tu m’espionnes maintenant ?

– Pas du tout. A moins que tu ne me caches quelque chose ?

– Que veux-tu que je te cache ?

– A toi de me le dire. Je vais te faire couler un bain chaud, ça va te détendre. Je te sens ailleurs en ce moment. Des soucis au travail ?

– Je suis fatiguée, rien de plus. Demain après une bonne nuit ça ira mieux ! »

La boite aux lettres était vide. Tant mieux. Pascale apprécia de décrocher un peu. Lisa commençait à s’apercevoir du changement. Elle avait envie de garder pour elle cet échange. Pour l’instant ce n’étaient que des mails, rien de plus. Elle aviserait le moment venu.

«Bonsoir ma belle.  

Et moi non plou, yé né pas changé…yé soui touiours … toujours pareille, derrière mon écran. Je ne te refais pas le coup de la main sous l’aisselle, du menton, de la tête, mais tout y est ! Pareille, pareille !  Belles expirations pour la concentration et je ne sais pourtant pas par où commencer. Ou je ne sais plus que dire, tellement il y a dire et par quel bout le dire.

Je t’ai écrit hier ça décoiffe, c’est sûr, allez !  Au moins force 7, c’est balèze ! Un véritable tsunami… La vague Pascale… Je voudrais revenir sur tant de choses que l’on a déjà dites, auxquelles je te l’avoue je pense dans la journée, le soir quand je te lis j’ai envie de répondre immédiatement. Oui mais par où commencer ? J’ai pensé à des trucs dans la journée sur lesquels je voudrais revenir, je ne voudrais pas les perdre, alors ça tourne là dedans, un vrai bordel. Je maintiens : Force 7 ! Et t’expliquer tout ça est un travail de titan !

Je ne crois pas au hasard. C’est très étrange ce qu’il m’arriva ce jour là. Après je ne sais plus quelles errances, je me suis retrouvée sur ton blog, j’ai lu toutes tes recettes. Et là je ne peux pas te dire pourquoi, j’ai senti qu’il fallait que je t’écrive, même pas comme fan tu vois (même si j’aime ce que tu écris …) Il me semblait que j’avais plus important à te dire que te féliciter. Mais c’est terrible, je ne savais pas quoi, je ne pouvais décemment pas t’écrire : wouai, alors moi euh, c’est Célia, bonjour euh ! voilà, j’ai un truc à te dire, euh, mais j’sais pas quoi… J’avais l’impression (je te préviens c’est un truc de dingues !) qu’il fallait que je laisse un mot, un signe, un peu comme un fil, voilà c’est ça, comme si je voulais laisser un fil, une empreinte.

J’avais la sensation invraisemblable d’une énergie, d’une âme, je ne sais pas comment dire (après tout ça vient de me tomber dessus… hein ?) qui m’était familière et qui ne pouvait engendrer que du bon.  Je ne pouvais pas vraiment m’expliquer ce qui avait résonné en moi, tes textes oui, mais c’était au-delà. Je me disais alors si ce n’est pas les textes, qu’est-ce donc ? Et je me répondais tout, rien … Au-delà de je ne sais même pas quoi … mais un super good feeling.

J’ai tergiversé un bon moment, pour finir par te dire (débile que je suis) : je n’ai plus de chocolat. Tu me conseillas d’aller chez la voisine (ce que je ne fis pas !) Je te remerciais pour cela. Et la tempête a commencé. Depuis je n’ai que des questions. Toutes ces correspondances dans nos vies, ces similitudes, c’est troublant. C’est ce que j’essayais de te dire l’autre jour, troublant parce que j’ai trouvé la vitesse … sidérale ! 3 ou 4 jours et je te raconte des trucs que je n’ai racontés qu’à moi-même.  Ces âmes seraient-elles familières ? Il faut que je te dise que depuis toujours je suis fascinée par la culture africaine.

J’ai depuis développé en musique une bonne oreille, qui me permet en général quand j’écoute un morceau que je ne connais pas de situer le pays, aux instruments, voix. Bref, avec les potes de la cité où j’ai grandi, c’était devenu un jeu. Ils me faisaient écouter des trucs. Je perdais, je trouvais, je progressais… Et puis un jour, j’ai écouté un truc dingue, une musique que je ne connaissais pas, un instrument d’un son si pur que je suis tombée raide.

La Kora, harpe africaine, malienne et sénégalaise, Afrique de l’Ouest en tous cas, 21 cordes. Ce son a résonné en moi comme jamais. J’écoutais ce disque et j’avais l’impression de l’avoir écouté toute ma vie. Je fredonnais la mélodie un peu comme quand nos chansons d’enfance nous reviennent.  Le truc, ça m’a décalqué.  J’ai pu vérifier depuis à quel point l’art Malien me bouleverse. Je m’égare mais pas tout à fait.

En effet trois fois dans ma vie, j’ai ressenti un truc dingue comme ça, un truc qui vient tu ne sais d’où, profond, ancien, familier, un truc à part qu’il faut que tu fasses, un truc dont tu sens qu’il va te faire grandir, tu vois ce que je veux dire ?

Et ces trois fois dans l’ordre :

– La Kora et la musique malienne.

– Mon plongeon dans les yeux de Dominique.

– L’instant où je t’ai écrit : je n’ai plus de chocolat.

Tu m’envoyas chez la voisine, je t’ai trouvée là-bas !  Ah tiens !  je me revois sur ton blog, tranquille avec ma p’tite lumière comme mon ami Pierrot, voir s’il y avait quelqu’un. J’ai tendu l’allumette et poum j’ai pris un feu d’artifice dans la tête.

Tu comprendras aisément mon trouble, mon étonnement qu’après la description de ta sciatique, nous en soyons arrivées là.

Tu as la réponse à ta question en quelques jours, c’est une bonne chose si on considère le peu de chances qu’on avait de se rencontrer.

J’ai le début de la mienne qui est une bonne chose aussi car il tombe à point nommé pour me faire progresser.

J’aime cette correspondance avec une volonté d’être foncièrement honnête d’abord avec moi-même et ensuite avec toi.

Je pense que le voyage va être intéressant….

Je voudrais bien savoir pourquoi tu m’as écrit : « Tous ces passages à l’acte m’ont renvoyé aux miens, à mes interrogations sur le couple. Au premier coup de vent, pas mal auraient pris la tangente, pourquoi nous sommes nous autant accrochées à nos Lisa respectives ? »

 Au fait pas de risque que je m’épuise derrière mon écran. Un jour je te raconterai comme c’est magique la nuit pour moi depuis mon enfance. Alors pas de problèmes. Tu sais, je me suis couchée à 5 heures 30 et je me suis levée à 8, en pleine forme. Tu sais ça m’arrive souvent de me coucher tard et quand je suis seule j’en use et j’en abuse. J’ai bien bossé toute la journée, pas de coup de barre, en pleine forme, mentalement absente mais en pleine forme.

Tu vois une de mes belles contradictions : j’aime Dominique et j’aime aussi me trouver seule à la maison. La nuit, j’écris, je chante, je me cultive. J’adore ces moments à moi, rien que pour moi, j’y tiens énormément. Je me répète j’aime Dominique. Avant de la rencontrer j’étais très indépendante. J’ai fait des progrès mais c’est quand même chez moi une nette tendance. Je reviendrai là-dessus.

« Nous avons tout notre temps pour apprendre à nous connaître. » Tant mieux … Tant mieux.

Étant prise d’une soudaine crise de timidité à l’idée d’écrire le mot … bises.  Ah merde je l’ai dit, non je rigole … Mais je l’ai dit.

Voilà je n’ai pas abordé le dixième du quart de ce que je voulais dire… C’est mal barré…

Célia, qui atteste jouir d’ordinaire de toutes ses capacités mentales. »

Pascale avait cogité une bonne partie de la nuit devant la tournure des événements. Lisa ne devait rien savoir pour l’instant de cette correspondance. Il fallait qu’elle la protège. Le plus simple était de créer une nouvelle adresse mail avec un mot de passe. Ainsi ce soir elle pourrait répondre tranquillement à Célia et transférer les anciens messages sur la nouvelle boite pour pouvoir les effacer de l’autre. Mais l’inspiration lui manqua au moment de créer le nom. Elle verrait tout cela ce soir, si elle continuait à passer trop de temps devant l’écran, elle allait rater son train et arriver en retard au travail. C’est à son retour qu’elle répondit.

«Bonsoir Célia.

Ce n’est pas possible depuis que t’es rentrée dans ma vie Lisa a changé. M.E.T.A.M.O.R.P.H.O.S.E.E !!!

Ce matin donc me voilà à faire des essais pour changer de boite aux lettres car elle nous est commune à Lisa et à moi. Enfin c’est une expression car Lisa est réfractaire à Internet, c’est moi qui m’en charge. Mais parfois quand l’ordinateur est allumé, elle lit le courrier qu’on m’envoie. Elle est assez dans le contrôle, rien ne lui échappe. Ce n’est pas que je veux lui cacher quelque chose mais j’aime bien mon petit jardin secret. Aussi ce matin l’idée m’a pris d’ouvrir une boite rien que pour toi mais l’essai ne fut pas concluant, je ne trouvais pas une adresse qui me plaise. Je te passe sur la journée professionnelle un peu chargée, en plus j’avais la tête ailleurs, le boulot qui me tombe dessus comme jamais et me voilà rentrée une heure plus tard que d’hab.

D’habitude Lisa se morfond à m’attendre pour sortir ou alors elle est scotchée devant la télé. C’est rituel je lui pose la question « alors ma chérie ta journée ? » Et elle de me répondre « De merdeeee ! » Et là, qu’entends-je derrière la porte. De la musique, du Johnny celui de la grande époque, c’est une fan… moi pas… Lisa, le son tonitruant, qui pianotait sur l’ordinateur. Elle s’initiait à Internet, faisait des recherches sur le shiatsu et me demandait comment faire pour avoir une adresse email. J’étais la bouche ouverte, on avait dû me la changer au service après-vente cet après-midi pendant que je m’éreintais à gagner trois sous.

Elle me réglait sans le savoir mon problème de courrier avec toi. Je me suis empressée d’en faire une à son nom, fallait voir comment elle était fière. On a discuté un moment pour savoir si entre le nom et le prénom on mettait un point ou pas. C’est d’importance n’est-ce pas ?  Pendant qu’on y était je lui ai créé sa propre session. Comme cela chacune la sienne. Très pédagogiquement j’ai pris la peine de lui faire des raccourcis, lui créer ses favoris en lui expliquant comment le refaire. Comme ça c’était encore mieux je changeais mon mot de passe et elle n’aurait plus à utiliser mes fichiers. Et puis elle a voulu mettre une nouvelle recette sur le blog, voir comment on ajoutait un commentaire… La femme qui a compris que j’en avais une autre en tête…

Bref moi qui voulais tranquillement prendre le temps de t’écrire me voilà accaparée par ma douce et tendre. J’ai cru après ça qu’elle voudrait refaire l’amour et je voyais le coup que je ne pourrais pas faire autrement que de dire oui. Une chance elle avait faim et s’est mis en tête de me mitonner un bon petit truc. Elle s’aperçoit qu’une partie de moi lui échappe et ce soir, à sa manière elle me le renvoie dans un mélange de gratitude et de jalousie larvée…

C’est dommage, je vais manquer de temps pour développer mais tu ne peux pas savoir ce que ça m’a fait que tu me parles du Mali. Tu as touché à quelque chose de profond de mon histoire, c’est tout un engagement personnel. Je ne vais pas déflorer mais dès que je le pourrai je te raconterai.

Je vais donc conclure rapidement car les bruits de couvert me font dire qu’elle met la table, ça va être prêt dans cinq minutes. J’espère pouvoir m’y remettre plus tard sauf si Lisa s’arrange pour que je m’occupe encore d’elle.

Bonne soirée à toi. Je t’embrasse. Pascale. »

Alors que Lisa était sous la douche, Pascale s’empressa d’aller voir ses mails. Elle avait reçu celui qu’elle venait d’écrire, elle se l’était envoyé. Quel bel acte manqué ! Comme elle l’avait prévu, Lisa l’avait sollicitée toute la soirée et ne lui avait laissé aucune occasion de pouvoir lire ses mails. Elle s’empressa de le renvoyer avec un petit mot d’explication. Laconiquement Célia répondit un quart d’heure plus tard. « Bonjour Pascale. Bonne soirée. Je t’écris plus tard. Célia. » Pascale sentit que son silence l’avait blessée à moins que ce ne soit le contenu du mail ou les deux à la fois. Le lendemain matin la boite était vide. Pascale décida de devancer Célia en lui écrivant dès son retour du travail.

« Bonjour Célia.

Celle-là elle est bien bonne quand même… Lisa a réussi à induire en moi de ne pas t’envoyer le mail, elle qui avait tout fait pour que je l’écrive le plus tard possible…

Elle a une peur panique que je la quitte. C’est aussi cette angoisse qui lui a permis de trouver les ajustements et faire en sorte que notre relation dure malgré nos différences. Aujourd’hui elle a eu le contrecoup de son hyper activité d’hier. Devine ! Elle s’est coincé la colonne cervicale… Elle m’a appelée en pleurs (ce qui chez elle est très rare) du boulot tellement elle avait mal. Je lui ai conseillé de rentrer et d’appeler le médecin, elle a rendez-vous demain en fin d’après-midi. Elle va un peu mieux ce soir mais ce n’est pas la grande forme. Bien évidemment je l’ai maternée, elle adore… Il n’y a que comme ça qu’elle s’autorise quelques régressions…

Pour en revenir aux Maliens, j’ai été confrontée pour la première fois à leur réalité quand j’avais 20 ans. J’étais idéaliste. Je militais dans une association pour le droit au logement. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans des squats insalubres, des hôtels meublés tenus par des marchands de sommeil. Des enfants partout, des coépouses, la promiscuité. Et une chaleur dans l’accueil, une détresse aussi. Pourtant ils n’avaient rien à manger mais ils t’invitaient quand même. D’ailleurs ils m’attendaient impatiemment, me préparaient le thé ou le café. Cependant ils parlaient mal le français. J’étais mal préparée à cette misère, à ces odeurs si particulières.

Je refusais de manger, je buvais une ou deux gorgées pour ne pas les froisser. J’étais mal car témoin de cette exploitation organisée, de ce discours raciste ambiant qui cache en fait une réalité sordide qui profite à tout le monde. J’ai préféré cesser de militer dans ce collectif et je me suis engagée dans une autre association qui s’adressait aux femmes qui voulaient apprendre le français. Ce fut le choc et la révélation. Ces femmes que j’avais vues chez elles, je les découvrais sous un autre jour. Loin de leur milieu elles exprimaient ce que j’avais perçu. Cette vie était loin de leur convenir. Ces maternités forcées, ces coépouses qu’elles ne supportaient pas. Je leur ai appris ce qu’était la contraception, elles m’ont initiée à leur culture.

Et là j’ai pu partager avec elles, aller chez elles quand elles m’invitaient, j’étais enfin prête. J’ai découvert dans leurs récits les ravages des génocides et du SIDA en Afrique. Mais aussi les esprits, les sorts contre lesquels ils se protégeaient par des rites, des masques, des grigris. Là encore je résume mais c’est ce sont des années de ma vie ouvertes sur l’Afrique, le Mali essentiellement car la majorité de ces femmes venaient de là. Quant à la musique je n’ai pas ton oreille mais que de souvenirs de ces soirées festives pour fêter la venue au monde d’un fils, d’une fille…

Je voudrais te dire tellement de choses mais c’est trop d’émotion…

Je suis pas mal bousculée en ce moment au boulot, mon chef de service part en séminaire la semaine prochaine et je dois boucler tous les dossiers avant son départ. J’ai ramené du boulot à la maison pour être auprès de Lisa qui va mal.

C’est une période frustrante car j’aimerais avoir plus de temps pour moi, je déteste sentir cette pression intérieure et ce manque de sommeil chronique qui s’accumule car mes journées deviennent trop courtes. Et Lisa sait toujours bien me le faire ressentir. Elle a raison, le boulot n’est pas tout, je dois aussi cultiver mes relations. Et pas seulement avec elle…

J’espère que ta journée aura été bonne.

Comme tu sembles avoir des difficultés avec les embrassades, je te laisse trouver le mot de la fin.

A + Pascale. »

Enfin le week-end. Pascale pourrait souffler un peu entre deux dossiers. Si elle adorait ces échanges, ils lui prenaient aussi énormément de temps. Mine de rien, tout cela l’interrogeait sur ses priorités. Son travail, son couple, cette amitié naissante ?

« Bonsoir Pascale,

Quelle journée, je n’ai pas arrêté une seconde, seulement à 23 heures. Je suis cuite. 

Et j’aimerais avoir plus de temps pour t’écrire, parce que déjà, en une semaine de correspondance j’ai pris un bon mois de retard !

Ce soir je suis avec Dominique. Exceptionnellement elle dort à la maison, elle restera jusqu’à lundi soir car des affaires l’appellent dans la région. Ce n’était pas prévu, elle a voulu me faire une surprise. Je la sens qui piaffe d’impatience, elle veut faire l’amour. J’ai dû prétexter un mail professionnel, je me suis inscrite à une formation pour t’envoyer ce petit mot.

Pascale, il faut que je te parle ! (Là, je prends un air très sérieux…) C’est quoi ce truc ? On est dans un de tes récits ou quoi ? Je suis restée coincée sur ton site c’est ça ? T’écris une nouvelle recette et tu ne me l’a pas dit alors que je me crois encore dans la vraie vie, c’est ca ? Mouais… mouais… mouais…

Comme j’aimerais revenir sur ton mail d’aujourd’hui. J’ai monologué dessus toute la journée, il faut bien que j’arrive à t’en dire quelque chose, quand même… Tu sais Pascale, je n’ai pas de problèmes avec tes bisous, seulement avec les miens … pour l’instant… Mais si je veux … je peux le faire … Oui c’est vrai…

Allez, je t’embrasse…  Célia »

Pascale eut un pincement au cœur en lisant ce mail. En effet la réalité reprenait le pas. Elles étaient chacune en couple, leurs compagnes respectives ignorant tout. C’était normal que Célia continue sa vie conjugale tout comme elle avec Lisa. Pourtant elle se refusait de ressentir une quelconque jalousie, ce n’était que de l’amitié, rien d’autre. Pascale aimait Lisa et tant bien même qu’elle trouvait Célia sympathique, tout ceci n’était que virtuel. Ce n’était que l’excitation du début, dès qu’elles se seraient racontées un peu plus, elles finiraient bien par se lasser de ces longues lettres. Tout allait très vite, trop vite. Pascale sentait qu’elle ne tiendrait pas le rythme et Célia non plus. Lisa commençait à réagir, la connaissant, elle se rebellerait si elle estimait que Pascale la délaissait.

Une parenthèse enchantée : chapitre 6

« Bonjour Célia,

Si tu veux on fait une petite pause et on laisse passer le week-end…

Comme ça tu pourras profiter pleinement de ta compagne et aussi prendre soin de toi. Il est important de se ménager du temps à soi même si je sais que m’écrire c’est du temps à toi.

Maintenant c’est comme tu le sens. D’ailleurs c’est juste une proposition pour te mettre à l’aise…

Lisa s’est levée ce matin en super forme. « Je n’ai plus mal, je vais annuler le rendez-vous chez le toubib ». « Non, tu y vas et au besoin je t’accompagne».

Non je ne suis pas dans une recette, je suis comme d’hab une sacrée éponge. Super douce qui nettoie sans agresser… Lisa est repartie pour un tour, elle va nous laisser maintenant correspondre tranquillement, son angoisse est levée…

Passe une bonne journée.

Je t’embrasse moi aussi. Pascale. »

Une heure plus tard.

« Bonjour Pascale.

Je me sens bien dans notre relation, très décoiffée mais bien. C’est juste que je suis timide quand je suis troublée, et là le virtuel me … je ne sais pas comment dire. Quand je recadre je me dis je t’embrasse et je ne t’ai jamais vue. Ce n’est pas ma logique habituelle, mais bon je te l’ai dit j’aime l’inattendu. 

Je n’ai pas la moindre envie de ne pas t’écrire ce week-end, t’es folle c’est trop long !!!

Alors à ce soir

Je t’embrasse. Célia »

Un grand sourire illumina le visage de Pascale. Cela lui donna des ailes pour traiter ses dossiers, en fin d’après-midi elle avait fini. Ensuite elle accompagna Lisa chez le médecin. Sciatique cervicale. Tiens, tiens ! Peur du changement Lisa, pensa intérieurement Pascale. En rentrant elle appela son frère pour qu’il la prenne en consultation. Celui-ci en profita pour les inviter à diner. La soirée fut délicieuse. A leur retour, un mail l’attendait.

« Je n’ai pas eu le temps de te dire ce matin comme j’avais trouvé ton mot délicat, tendre et attentionné. Je ne peux plus me passer de cette correspondance. Tu veux arrêter c’est ça et tu n’oses pas me le dire ? Je peux quand même t’écrire un dernier mail ?»

Ce n’était pas signé, pas de formule de politesse. Pascale sentit qu’elle avait déstabilisée Célia et qu’elle paniquait elle aussi à l’idée de la perdre. Cependant il fallait qu’elle la rassure.

« Je t’ai fait cette proposition car je ne savais pas comment réagir après cette semaine d’échanges fournis. Bien sûr ce sera avec plaisir que je te lirai, apparemment ma proposition n’était pas une bonne idée… Dis-moi ce qui te ferait plaisir pour que tu te sentes bien dans notre relation, c’est toi qui donnes le rythme je suivrai comme les joueurs de djembé…

Bonne nuit, je vais me coucher, je suis claquée ! Je t’embrasse. Pascale. »

Cette fille dormait quand se demanda Pascale en cliquant sur le notificateur de messages. En effet elle qui avait besoin de ses huit heures de sommeil pour se sentir en forme admirait Célia. Il faudrait qu’elle lui demande son secret pour tenir. Était-elle une adepte de la sieste ? Des cafés serrés ? Ou bien était-ce lié à l’excitation de la rencontre ?

« Bonsoir Pascale,

Personnellement ce fut une bonne semaine.

Ma première cliente hier matin, une Allemande avec un accent délicieux, que je voyais pour la première fois, cinquante balais, bien conservée, de beaux yeux bleus, (ouh…) ultra speed ! Je lui explique bien le concept de la thérapie énergétique, ce que j’allais lui faire et pourquoi. Ensuite je lui dis : couché pas bouger (ça fait marrer Dominique) en plus poli bien sûr mais ça revient au même. Je lui ai fait une séance de feu et je ne l’ai pas entendue pendant une heure. J’ai même regardé si elle respirait encore ! lol Décalquée l’Allemande…  Elle a eu du mal à sortir de ma pièce de consultation parce que ça mate bien une séance.

Au moment de payer, très dignement, avec son accent que je ne t’imite pas parce que tu ne m’entends pas, elle m’annonce qu’elle prend un forfait de dix séances pour commencer et qu’ensuite elle viendra une fois par semaine pour toute sa vie ! Mignon, non ? Quant à ma cliente de 15 heures, elle m’a accueillie dans la salle d’attente alors que je venais la chercher, avec un : Célia, vous êtes une véritable magicienne ! Alors là, moi, je me la pète.

Non je rigole ça c’est vraiment un truc que j’ai du mal à faire. Mais bon ces compliments en si peu de temps, c’est ma foi très plaisant. Un jour une cliente, légèrement timbrée, m’avait déjà appelée sa Joséphine ange gardien. Tu le crois ça ? Qu’est-ce que ça a pu nous faire rire Dominique et moi. Les autres clients disent plus généralement : merci Célia, je me sens mieux depuis que je vous vois, (si, si) tout aussi plaisant mais drôlement moins fun.

Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, à cause de la béatitude peut-être.

Depuis hier Dominique a un comportement étrange, enfin pas habituel dirons-nous. Jamais elle ne vient chez moi et je ne sais pas si c’est ce qui attise son désir, mais elle me cherche. Entre deux portes, m’embrasse fougueusement, quand elle passe derrière moi me caresse le bas des reins comme ça d’une manière très … Ce n’est pas son genre de me mettre la main aux fesses, ça non ! Plutôt le mien, je l’avoue. J’aime bien la charrier et quand il y a du monde, je lui glisse parfois des choses érotiques à l’oreille, parce que je sais qu’elle va rougir et ça me plait de la voir en public se troubler par ce que je viens de lui dire… Je ne sais pas ce qu’elle me mijote.

Dominique se fiche pas mal de l’ordinateur et d’internet comme de sa première chemise. Elle joue parfois, cherche quelques trucs, sans plus. Elle se moque de mes fichiers parce qu’elle se moque de l’ordinateur. Alors que nous ne nous étions pas vues de la semaine, je ne sais pourquoi mais elle m’a posé une série de questions bizarres. Tu surfes encore ? Qu’est-ce que tu fais, tu cherches quoi quand je ne suis pas là ? Tu t’es couchée à quelle heure cette semaine ? Ah bon ? Jusqu’à cette heure-ci sur internet ? Mais qu’est-ce que tu fais ?

Elle ne l’a jamais vraiment formulé mais je sais qu’elle a peur qu’un jour je rencontre quelqu’un. Pas de risques, je ne chat pas, ne forum pas. Je n’ai jamais cherché la bagatelle, non vraiment je suis une chic fille très sage qui quand elle est seule écrit, chante et se cultive. Rien de bien méchant tu vois. Et là normalement on entend les violons. Tu les entends ?

Maintenant c’est différent, tu es là.

Je n’ai pas parlé à Dominique de notre relation et je ne le ferai pas, pas pour l’instant en tous cas.

Dominique je te l’ai dit se sent hétéro à 350%. Je la connais par cœur. Tu vois je m’imagine très bien lui dire : mon cœur, j’ai rencontré une nana très chouette, elle écrit des recettes sur un blog et vit avec une femme. J’aime beaucoup correspondre avec elle, je lui raconte en quelques jours des trucs que je n’ai jamais dit, pas même à toi ma chérie. Je partage avec elle des moments d’intimité perdue depuis longtemps. Nous nous écrivons généralement le matin et le soir, je suis contente d’attendre de ses nouvelles. Tu vois ma chérie, en quelque sorte une amie virtuelle, à laquelle je me suis attachée en quelques jours parce qu’il me semble que nous appartenons à la même famille, comment te dire, émotionnelle, spirituelle… Rien de grave ma chérie, la vie, les rencontres, avec certaines plus intenses que d’autres.

Oui, je me vois très bien. Dominique hétéro 350%, 24 heures sur 24, mais cependant Céliasexuelle, pense très sincèrement que quand une lesbienne rencontre une autre lesbienne ça ne peut finir que par une histoire de lesbienne à savoir : very sexe. (Je te fais un résumé, hein …) Je la connais par cœur ma chérie, elle va monter sur ses rails. Eh oui, Dominique a des rails et aussi de jolis petits wagons. Et quand elle monte dans l’un d’entre eux, je sais exactement à quelle station elle va s’arrêter. Il y en a pas mal de stations et toutes ont le même terminus : la scène du grand II.

Et là, je t’avoue j’ai assez donné ! J’ai bien dû l’admettre, visiblement quand l’autre ne peut pas comprendre quelque chose, il ne le peut pas et c’est tout. Je ne veux pas discuter des heures, j’ai passé l’âge de me justifier pour rien. Je n’ai pas envie d’être fliquée. C’est terrible quand je dis tout ça, parce que c’est ma chérie. Mais ma chérie elle est comme ça, elle ne raisonne pas elle est jalouse, c’est viscéral… Je ne sais pas toujours tout à fait ce que je veux dans la vie mais je sais exactement ce que je ne veux plus !

Et moi tu vois, je ne veux plus sortir ma paire d’avirons, je ne veux plus monter dans le train pour la scène du grand II, je veux juste être paisible pour le peu de temps que je possède sur terre et profiter tranquillement de ma relation avec toi sans orage, ni tourment. Voilà chère Pascale pourquoi te voilà top secret défense, bien à l’abri, ça oui !

Quant à moi je ne voudrais pas te déranger, t’emmerder dans ton couple, te prendre du temps que tu n’as pas, enfin quoi que ce soit qui pourrait te nuire…. Alors si toi, tu as besoin d’un break, dis-le-moi…

Je suis stabilisée… Mes moteurs ont chauffé, je te l’accorde, mais je vole désormais à belle  altitude, bonne vitesse de croisière. Alors si tu en as besoin prends tout ton temps. Je serai là.

J ‘espère que ta journée ne sera pas trop tendue…

Je t’embrasse et je t’embrasse, (c’est pour le week-end) Célia »

Lisa avait préparé le petit déjeuner. Couchées tard mais pas de grasse matinée. Lisa détestait trainer au lit car elle jugeait que c’était du temps perdu. Par ailleurs la séance et les cachets l’avaient soulagée. D’autre part Pascale culpabilisait de faire passer Célia avant elle. Sa première pensée en se levant était de courir lire ses mails. Lisa était là, bien en chair et en os. Avec ses qualités et ses défauts. De Célia, elle ne voyait que les qualités.

Elle l’idéalisait. D’ailleurs si elle ne prenait pas garde, Pascale allait faire souffrir Lisa qui ne résisterait pas face à une femme parfaite. Lisa sentait-elle que quelque chose bouleversait Pascale ? Alors qu’elles avaient fini de déjeuner, Lisa entraina Pascale sous la couette et lui fit tendrement l’amour. Cela ne lui était pas arrivé depuis des mois. Pascale en était toute retournée. Célia reprenait sa place, celle d’une amie virtuelle. Elle venait de passer une semaine trépidante. Elle veillerait la semaine suivante de mieux équilibrer son temps entre Célia et Lisa et de privilégier le réel.

« Bonjour Célia.

Si entre nos deux compagnes il y a des similitudes il y a aussi des différences.

Tout d’abord je te mets à l’aise, tu ne me prends pas du temps sur Lisa. Je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur c’est comme ça et même si parfois elle râle elle finit par accepter. Pour la simple et bonne raison que quand je suis avec elle je suis à 3000 % disponible, que je lui donne à elle ce que les autres n’ont pas. Je lui suis fidèle physiquement, virtuellement c’est autre chose si on se place de son point de vue. Comme toi je ne lui ai pas encore parlé de notre correspondance. Pourtant je compte le faire. Cet après-midi ? Pourquoi pas ? Elle m’aime trop pour m’empêcher de m’épanouir, le manque de temps en ce moment c’est surtout le boulot…

Elle connait mon besoin d’indépendance et est assez intelligente pour comprendre qu’elle n’a pas d’intérêt à être étouffante. J’accepte son contrôle, sa jalousie et sa possessivité. Entre nous les conflits sont brefs. Il n’y a pas de psychodrames et Lisa entend très bien les limites que je lui pose. Je pense aussi que ça nous donne l’occasion à toutes les deux d’entretenir notre désir, nous ne restons pas ensemble par habitude ou par peur d’un hypothétique ailleurs.

Et puis tu sais je la trouve craquante quand elle se déshabille psychiquement devant moi, quand elle se fait câline et tendre parce qu’elle craint que je la quitte pour « mieux qu’elle» ! Elle me dit je t’aime avec ses maux de petite fille à jamais meurtrie et je fonds devant elle… Son enfance n’a pas toujours été rose, je l’ai aidée à réparer ses blessures enfantines. Aussi ne t’inquiète pas pour notre couple il est très solide et je suis très au clair dans mes sentiments pour elle. D’ailleurs ce matin ma chère et tendre avait envie de moi. Autant te dire que j’ai failli tomber du lit mais j’ai préféré rester dedans avant qu’elle ne se ravise. Jamais au grand jamais elle n’avait eu ce genre d’audace…

Je ne sais pas toujours tout à fait ce que je veux dans la vie, mais je sais exactement ce que je ne veux plus !

Cette phrase est le ciment de notre couple, c’est là-dessus que nous nous sommes rencontrées. Je ne voulais plus mentir, passer aux yeux des autres pour une hétéro que je n’avais jamais été, vivre des histoires merdiques avec des femmes mariées ou qui ne s’assumaient pas. J’ai trouvé la voie de mon désir dans ce que je ne voulais plus. Lisa m’a permis d’explorer cela. La rencontre avec une lesbienne bien dans ses bottes a été un catalyseur qui m’a rendu une harmonie intérieure perdue.

Tu traverses une période de questionnements et tu cherches des aménagements confortables pour garder Dominique. Notre relation restera top secret. Et si un jour je dois débarquer dans ta région, on ne se connaitra pas ! Ah ce putain de hasard, c’est dingue. Pour le coup il fera mal les choses ! Cela dit si jamais cela devait se produire, Lisa à mes côtés, Dominique serait rassurée. Lisa saurait lui couper l’envie d’une scène de jalousie quand Dominique verrait le petit cerbère qui gronde dès qu’on s’approche…

Continue à m’écrire à ton rythme, j’y répondrai du mien. Malgré mon planning un peu serré mais qui devrait s’assouplir à partir de la semaine prochaine je crois qu’on a pu pas mal échanger non ?

En tout cas j’aime bien cette relation. Parce que si elle te fait du bien, à moi aussi. J’aime cette sororalité de cœur et d’esprit

Une proposition à moins que ça ne soit un peu tôt. Veux-tu que je t’envoie une photo de Lisa et de moi par mail ? Ou de moi tout simplement…

Lisa m’a laissé t’écrire sans me déranger une seconde elle m’a même apporté mon thé pour que je n’ai pas à me lever. C’est y pas beau l’amour ?

Je t’embrasse. Pascale »

Pascale en relisant son mail ne changea rien. Jusqu’à présent elle avait abondé dans le sens de Célia, sans jamais lui chercher la contradiction. C’était aussi une des raisons pour lesquelles ces échanges lui paraissaient aussi apaisants. C’était lisse, sans frottement. Pas besoin de s’ajuster. Juste de s’idéaliser. Si la relation devait continuer, Pascale devait poser ses limites. Autant avec Lisa qu’avec Célia. Elle attendit le déjeuner pour se lancer à l’eau.

« Délicieux ce poulet Lisa ? Tu as eu raison de le prendre au marché ? Finalement le poisson aurait été moins bon.

– C’est surtout qu’il était cher. Je déteste me faire plumer.

– C’est sûr, c’est pour ça que tu t’es rabattue sur la volaille ! Te faire plumer !

– Elle est bonne, je ne l’ai pas fait exprès.

– J’ai bien vu, c’est pour cela que tu m’as fait rire.

– Je voulais te dire pour ce matin…

– Oui !

– Rien. Finalement rien.

– J’ai quelque chose à te dire !

– Ah ?

– Oui. Depuis une semaine je corresponds avec une femme qui a aimé une de mes recettes sur mon blog. Tu sais l’Amadeus !

– Oui et alors ?

– Ben rien, je voulais juste te le dire.

– Tu veux relancer ton blog ?

– Non pourquoi tu dis ça ?

– On dirait que tu veux me dire quelque chose mais que tu tournes autour du pot pour le dire.

– Tu me connais bien !

– Je voulais juste te dire que je correspondais avec une femme.

– Vas-y ! Tu n’oses pas m’avouer qu’elle est lesbienne car tu as peur que je me fasse des idées !

– C’est exactement ça !

– Et tu te rendais malade pour ça ? J’ai bien vu que depuis quelques jours tu te prenais la tête pour rien. Que tu étais ailleurs !

– Je te suis fidèle Lisa.

– Oui je le sais. Mais je ne vais pas t’attacher. En effet s’il doit arriver quelque chose, il arrivera quelque chose. Je ne l’empêcherai pas.

– Tu es sûre ?

– Ce serait le meilleur moyen de te perdre. C’est en te laissant libre que je te garde. Je sais qu’un jour tu me quitteras pour une autre. Je me suis fait une raison.

– Pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour. C’est juste une correspondance, nous apprenons à nous connaitre. Tu veux que je te parle d’elle ?

– Pas maintenant, je ne veux rien savoir. Elle est célibataire ?

– Non en couple ?

– Bon alors si ça doit bouger, ce sera des deux côtés. Merci de m’en avoir parlé. Préviens-moi si ça devient sérieux entre vous !

– Nous n’en sommes pas là. Ce qui s’est passé ce matin m’a beaucoup plu. Cela me manquait de ne plus faire l’amour avec toi.

– Je sais… J’ai bien compris d’où venait le danger.

– Tu veux du dessert ? »

Pascale se sentit soulagée d’un grand poids. Elle proposa à Lisa de louer un dvd et de passer l’après-midi tranquillement devant la télévision à regarder un film. Elles se blottirent l’une contre l’autre en se prenant la main, captivées par l’histoire d’amour. Le dimanche passa ainsi, amoureusement. Pascale en avait oublié Célia. A tel point qu’elle ne regarda même pas son mail. Lisa avait marqué un point. 

« Bonsoir Pascale,

Week-end très chargé. Dominique a décidé de reprendre la vie commune. Elle m’a annoncé que ses magasins étaient suffisamment rentables et qu’elle comptait créer des franchises. En attendant de savoir ce qu’elle ferait de son argent, elle souhaite que nous déménagions pour partir dans le Sud dans une villa avec piscine, près de la mer. Je dois lui donner une réponse rapidement.

J’aime bien notre correspondance mais parfois un truc me manque : l’intonation. C’est super important l’intonation pour le sens des mots. Et finalement je trouve ça plutôt bien parce que ça m’oblige à repenser et à reformuler mes propos.

Tout d’abord je te mets à l’aise, tu ne me prends pas du temps sur Lisa. Je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur c’est comme ça et même si parfois elle râle elle finit par accepter. Pour la simple et bonne raison que quand je suis avec elle je suis à 3000 % disponible, que je lui donne à elle ce que les autres n’ont pas. Je lui suis fidèle physiquement, virtuellement c’est autre chose si on se place de son point de vue. Comme toi je ne lui ai pas encore parlé de toi.

Pourtant je compte le faire. Cet après-midi ? Pourquoi pas ? Elle m’aime trop pour m’empêcher de m’épanouir, le manque de temps en ce moment c’est surtout le boulot… Elle connait mon besoin d’indépendance et est assez intelligente pour comprendre qu’elle n’a pas d’intérêt à être étouffante. J’accepte son contrôle, sa jalousie et sa possessivité. Entre nous les conflits sont brefs. Il n’y a pas le psychodrame et Lisa entend très bien les limites que je lui pose.

Je pourrais écrire quelque chose comme ça (sauf pour le psychodrame) et ce ne serait pas mentir. Bien sûr que ma chérie m’aime et ne veut pas m’étouffer, qu’elle m’a vraiment aidée à réaliser mes projets parce qu’elle me préfère heureuse et épanouie, qu’elle ne me fait pas que des scènes. Depuis l’achat de ses boutiques bio, nous menons une drôle de vie, nous nous croisons pas mal. Dominique a toujours eu peur que je la quitte, c’est comme ça. Quand je dis que notre relation est top secret défense c’est que pour l’instant je n’éprouve pas le besoin de lui en parler, pas que je veuille à tout prix lui cacher.

Je sais que même si elle me fait confiance, elle s’inquiétera parce qu’elle est comme ça et il me semble que nous avons autre chose à vivre en ce moment. Voilà. Et quand il sera temps je lui parlerai de toi. Mais je reviendrai là-dessus. Je réfléchis à sa proposition. Je ne la vois pas de la semaine, c’est un peu long. Nous avons de supers coups de fil, des textos. Elle me manque terriblement. Nous avons fait l’amour tout le week-end et ce soir c’est notre dernière nuit, je compte bien en profiter.

Je te fais part de mes questionnements en effet, et j’aime l’éclairage que tu apportes. Me raconter comme ça et te lire aussi est très spécial pour moi parce que justement on ne se connaît pas et qu’il est fort enrichissant si on veut jouer le jeu, de se regarder sans tricher pour donner à l’autre le plus sincère et plus honnête portrait de soi. Pas toujours facile mais passionnant.

En tout cas moi j’aime bien cette relation. Parce que si elle te fait du bien à moi aussi. J’aime cette sororalité de cœur et d’esprit.

Sororalité : merci pour ce mot nouveau que je ne connaissais pas … ou que j’avais oublié, depuis fort longtemps.

Aussi ne t’inquiète pas pour notre couple il est très solide et je suis très au clair dans mes sentiments pour elle…

Je ne m’inquiète pas une seule seconde.

Je crois qu’on a pu pas mal échanger non ?

Oui, je crois qu’on peut dire ça ; -)  pour mon baptême virtuel, plutôt balèze.

Une proposition à moins que ça ne soit un peu tôt.

Alors maintenant tu fais les questions et les réponses ? 😉

Veux-tu que je t’envoie une photo de Lisa et de moi par mail ? Ou de moi tout simplement…

Je ne peux pas te dire mieux, Pascale, fais exactement ce que tu as envie de faire !

Lisa m’a laissé t’écrire sans me déranger une seconde elle m’a même apporté mon thé pour que je n’ai pas à me lever. C’est y pas beau l’amour ?

Si si, très beau l’amour… Alors merci Lisa…

J’espère que ton week-end fût bon.                     

Bises. Célia »

Comme elle se l’était promis, Pascale commença cette nouvelle semaine par mettre un peu de distance.

« Bonjour Célia,

Aujourd’hui je ne travaille et Lisa non plus…

Nous nous occupons aujourd’hui d’acheter un ordinateur portable car Lisa veut s’initier à Internet. Je lui laisserai celui qu’elle connait, comme ça je pourrai t’écrire tranquillement sans la priver de surfer. Et puis comme ça je suis sure qu’elle ne lira pas nos courriers, je prendrai soin de mettre des mots de passe partout.

Là je vais aller chercher les croissants, nous allons déjeuner tranquillement toutes les deux, nous remettre au lit ensuite…

Comme tu l’auras compris je t’écrirai longuement plus tard.

C’était juste un petit coucou avant que tu ne vaques toi aussi à tes occupations.

Te dire que je t’ai lue… Bises. Pascale »

Une parenthèse enchantée : chapitre 7

« Bonsoir Célia,

Je ne la vois pas de la semaine, c’est un peu long. Nous avons de supers coups de fil, des textos. Elle me manque terriblement. Nous avons fait l’amour tout le week-end et ce soir c’est notre dernière nuit, je compte bien en profiter.

Je ne connais pas de meilleur moyen moi aussi pour faire vivre en moi les personnes que j’aime. Je ne sais pas pour toi mais certains textos sont tellement chargés d’émotions qu’il y a comme un débordement qui rend impossible tout plaisir à le lire. Il faut attendre et s’imprégner des mots. C’est cet apprivoisement qui rend le manque supportable et le temps passé à cette activité est pour moi aussi un partage, un moment avec celui ou celle qui est loin. Avec Lisa nous nous envoyons pas mal de sms tendres et amoureux.

J’aime bien notre correspondance mais parfois un truc me manque : l’intonation. C’est super important l’intonation pour le sens des mots. Et finalement je trouve ça plutôt bien parce que ça m’oblige à repenser et à reformuler mes propos.

C’est parfaitement vrai. C’est bien pour ça que parfois le virtuel devient réel… Remarque il y a la webcam, ça peut aussi être un bon compromis. Mon ordinateur est équipé d’une caméra intégrée, si tu veux que nous la testions ensemble. 

Dominique a toujours eu peur que je la quitte, c’est comme ça. Quand je dis que notre relation est top secret défense c’est que pour l’instant je n’éprouve pas le besoin de lui en parler, pas que je veuille à tout prix lui cacher. Je sais que même si elle me fait confiance, elle s’inquiétera parce qu’elle est comme ça et il me semble que nous avons autre chose à vivre en ce moment. Voilà. Et quand il sera temps je lui parlerai de toi.

Chacun a besoin d’écrire les scénarii de ses fantasmes pour entretenir son désir de l’autre. La peur d’être quitté est un puissant moteur pour certains, pour d’autres cela peut être d’entretenir des relations qui satisfont les besoins qui ne peuvent trouver un exutoire dans le couple. Ce qui compte c’est de se sentir bien, que les liens se resserrent au lieu de se dénouer. Votre relation est complexe, notre correspondance est un espace de liberté que tu t’es créé, une bouffée d’oxygène dans une relation que le quotidien et la routine ont quelque peu asphyxié.

C’est aussi parce que tu l’aimes que tu cultives le secret, parce que tu ne sais pas très bien où tu vas en ce moment, parce que tu aspires à autre chose avec elle mais que tu ne sais pas comment l’obtenir. Tu la protèges de tes interrogations, de tes désirs inavoués, tu essaies d’explorer une voie acceptable pour elle et pour toi sans que cela ne mette en péril votre couple. C’est tout à ton honneur et je ne peux que t’encourager à poursuivre ta quête d’un autre possible au sein de votre relation. Tant mieux si notre correspondance a relancé son désir et le tien…

Me raconter comme ça et te lire aussi est très spécial pour moi parce que justement on ne se connaît pas et qu’il est fort enrichissant si on veut jouer le jeu, de se regarder sans tricher pour donner à l’autre le plus sincère et plus honnête portrait de soi. Pas toujours facile mais passionnant.

Tu es mûre pour une analyse 😉 A moins que ça ne soit déjà fait…

Une proposition à moins que ça ne soit un peu tôt.

Alors maintenant tu fais les questions et les réponses ? 😉 

Veux-tu que je t’envoie une photo de Lisa et de moi par mail ? Ou de moi tout simplement…

Je ne peux pas te dire mieux, Pascale, fais exactement ce que tu as envie de faire !

Tu aimes que je fasse les questions et les réponses alors ! Parce que là franchement tu ne m’aides pas ! 😉 Alors je me lance… narcissiquement… toute seule… Tu as en pièce jointe ma photo ! 🙂

Sinon j’ai passé un très bon week-end, assez inracontable en fait. Ou alors sous la torture car franchement Lisa a battu là des records, jamais elle n’avait été comme ça. Si je n’avais pas confiance en elle, je croirais qu’elle a une maîtresse. Notre correspondance a un puissant effet érogène sur elle, elle a osé ce qu’elle interdisait jusque-là. Le hic c’est que je crains que ça ne soit qu’occasionnel, chassez le naturel et il revient au galop. Je lui ai également parlé de toi. Sans entrer dans les détails car elle ne voulait rien savoir. Elle n’a pas été très loquace, je n’ai guère eu de commentaires. Si ce n’est qu’elle a encore verbalisé sa peur que je la quitte.

J’espère que ta journée a été bonne.

Je t’embrasse. Pascale. »

A peine envoyée qu’une réponse fusait.

« Tu sais quoi ? T’as une bouille trop craquante je suis morte de rire. Bises, à plus tard. Célia »

Et la réplique fut tout aussi foudroyante.

« Tant mieux si ma bouille t’a fait mourir de rire, y en une autre qui en meurt de plaisir à la contempler tous les jours… 😉 »

Deux minutes plus tard, l’échange fut clos.

« Sur la photo tu as un sourire auquel le mien a instantanément répondu, the very big sourire, et c’était plutôt le sens de morte de rire. L’expression morte de sourire n’existant pas, je n’en ai pas trouvé de plus approchant. Demain je pars en avion avec Dominique dans le Sud visiter des maisons. Ce sera silence radio. A mardi. Bises. Célia. »

Pascale profita de sa soirée libre pour se reposer. Depuis une semaine elle toussait, le médecin consulté au retour du travail diagnostiqua une bronchite. Antibiotiques et trois jours d’arrêt maladie, si ça n’allait pas mieux avec ça, il faudrait le revoir. Pascale n’en pouvait plus de ce rythme et son corps lui imposait le repos malgré elle. Elle n’alluma pas l’ordinateur de la soirée. Ces trois jours de repos lui firent le plus grand bien, elle profita également de ses soirées avec Lisa qui apprécia. Le mercredi matin elle trouva un long mail dans sa boite.

« Bonsoir Pascale,

Dominique a choisi d’acheter une maison dans un quartier chic d’une ville balnéaire. Maison fin de XIX ème siècle, escalier double, jardin, terrasse en pierre, piscine… bref, très cool. L’intérieur est sympa, marbre au sol, hauts plafonds, grande cheminée. Il y a aussi un escalier, que j’aime particulièrement puisqu’il conduit à une pièce, THE pièce, ma pièce, celle qui sera mon repère, mon antre secret. J’ai donné mon accord de principe. J’ai décidé de partir avec elle. Le plus délicat sera de recommencer mon activité professionnelle, refaire une clientèle. J’en ai pour deux ans avant que ça ne tourne bien. Je ne suis pas inquiète, si je manque de clients, je me ferai engager dans les palaces de la région comme masseuse. J’ai toujours la main et je ne risque pas de chômer vu la demande.

Ça m’a pris un peu de temps c’est sûr mais je l’ai fait ! Depuis le début j’ai tout relu ! J’ai tout trié dans un dossier sentimentalement appelé Amadeus. Au début fastoche, ensuite ça se complique. L’objectif visé était de mettre de l’ordre dans mes idées afin de te répondre et je dois dire que ce n’est pas du tout réussi. Tous ces mails, wahou, ça m’a donné le tournis. Une quinzaine de jours à faire connaissance, à penser à toutes ces années et essayer de te les décrire, te lire, j’ai l’impression d’avoir fait un voyage beaucoup plus long.

Et j’ai relu des choses très intéressantes (ah ah !) sur lesquelles je reviendrai. Voilà et puis aussi en fait, je crois que j’ai envie de te raconter les choses comme elles me viennent, sans chronologie particulière, comme ça, à l’émotion du moment… Si tu n’y vois pas d’inconvénient bien sûr. En fait c’est ce que j’ai toujours fait non ?

Du plus loin que je me souvienne j’ai toujours aimé les femmes. J’ai des flashs de mon enfance, pas de longues périodes de souvenirs, en tous cas une enfance très heureuse, joyeuse et choyée. Je devais avoir huit ans et je matais déjà les filles de ma classe. J’ai bien compris que je ne serais pas dans la norme. Un jour une grande brune est entrée dans ma vie. La sœur aînée d’un copain, des espagnols. Elle s’appelait Inès, je devais avoir 10 ans, elle 16. Inès était très sympa très tendre, tu parles j’étais une gamine. Elle était très câline avec son frère et avec moi aussi, elle me caressait les cheveux, enfin tu vois comme quand on câline un enfant et moi j’en profitais…

L’extase ! D’y repenser je frissonnais pendant des jours. En fait je crois que depuis toujours ce qui me plait le plus, qui me trouble et m’émeut profondément c’est la tendresse. Pourtant je n’en ai pas manqué ou bien j’en ai trop eu et c’est ce manque que je recherche (enfin bon je ne sais pas si je suis très claire là …) Quand je suis entrée en 6 ème, je suis tombée éperdument amoureuse de ma prof d’histoire-géo. J’étais béate. Je faisais des détours dingues pour la croiser dans les couloirs, je la voyais partout.

En cours je buvais ses paroles, je dévorais ses explications. Je lui dois ma passion pour la géographie, mon délire des destinations lointaines même à seulement regarder sur l’atlas. Ce furent mes premiers émois de collégienne. C’est avec elle que j’ai vraiment compris que je serais définitivement hors normes. Et pourtant j’ai eu pas mal de petits copains entre 12 et 16 ans dirons-nous. Rien de terrible, des bisous, des petites caresses de rien, toujours tendre donc ça m’allait. Tu vois finalement j’en reviens toujours là, la tendresse, toujours la tendresse.

Vers 15 ans à l’âge où les caresses se font plus précises, avec les garçons il n’y avait pas moyen, j’étais toujours sur mes gardes, aucun laisser aller, aucun lâcher prise, pas de plaisir à laisser un homme explorer mon corps. J’ai donc cessé d’avoir des flirts.

Je gardais des enfants à l’époque pour gagner mon argent de poche. C’étaient chez des grands bourgeois, plein aux as. Ils avaient aussi une employée à plein temps, pour le ménage, la cuisine… Elle vivait chez eux. Elle avait pris l’habitude de venir me voir quand les enfants faisaient la sieste. Nous allions dans la cuisine au cas où les patrons rentreraient à l’improviste, assises sur des chaises, face à face, dossier contre dossier.

Nous nous enlacions, nous caressions les cheveux, le visage, des tas de trucs très doux sans jamais s’embrasser. Jamais ! Nos séances pouvaient durer deux heures, sans dire un mot, à se cajoler. C’était trop tendre (tu vois encore), je planais à 15 000 et elle aussi visiblement. Je ne sais plus du tout comment ça a commencé, mais nous y prenions goût. Nous avons passé des heures dans les bras l’une de l’autre sans jamais sortir ensemble ni même en parler.

Puis nous avons déménagé. Premier amour avec une jeune femme de mon âge, pas très claire sur ses intentions. Elle me plaisait, j’avais ma vie homosexuelle à découvrir. Un soir que ses parents n’étaient pas là, elle m’invita chez elle à passer la nuit. J’avais 17 ans à peine et j’allais découvrir l’amour dans les bras d’une femme aussi inexpérimentée que moi mais beaucoup plus audacieuse. Nous sommes restées ensemble 4 ans, c’était une relation très forte, très joyeuse, très naturelle. Et puis j’avoue je l’ai quittée…

Voilà c’était le feuilleton du soir… si tu ne veux pas un jour la suite, il suffit de te désabonner.

Sinon pour en revenir à ton mail tu as globalement raison quand tu écris : « Chacun a besoin d’écrire les scénarii de ses fantasmes pour entretenir son désir de l’autre. (…) C’est tout à ton honneur et je ne peux que t’encourager à poursuivre ta quête d’un autre possible au sein de votre relation. »

Quant à la photo quand tu as écrit : « Parce que là franchement tu ne m’aides pas ! 😉 », c’est vrai ! Je souris parce que je crois que j’ai aimé ça, ne pas t’aider (dans ce cas précis bien sûr…)

Voilà, je sais j’ai fait long, alors avec toutes mes excuses.

Prends soin de toi. Bises tendres Célia » 

Pascale retrouva sa fébrilité des autres jours devant son ordinateur et Lisa regretta la fin de la récréation. Elle avait pris goût à ses soirées tranquilles avec Pascale. Maintenant qu’elle savait ce qui se déroulait, elle était moins sereine.

« Bonsoir Célia,  

Je ne suis prête à rien et en ce moment l’éponge boit un peu le bouillon… Je traine une bronchite depuis une petite semaine, j’ai du mal à émerger. C’est vrai que tu ne m’as pas aidée pour la photo. Avec toi je n’avais pas envie de rester dans du virtuel, pas avec quelqu’un qui travaille sur le corps. Internet c’est quand même bien désincarné non ? J’ai pris un risque je le sais avec cette irruption du réel dans ton imaginaire. Je ne sais pas comment tu me fantasmais, cette épreuve de la réalité pouvait amener chez toi une certaine déception…

Je me trompe peut-être mais je sens que tu as besoin de mener une vie parallèle à ta vie de couple parce que Dominique, malgré votre amour réciproque, génère chez toi des frustrations intenses. Si elle était ouverte à cela, accepter ses limites, en particulier ce que son refus d’assumer son homosexualité réveille en toi, elle ne te ferait pas des scènes à l’idée que tu te fasses des amies en tout bien tout honneur. Sa jalousie est un poison pour vous deux.

Étant donné tout ce que tu me racontes sur la tendresse, je devine que la barre de définition de l’adultère est chez toi très basse. Sentiments amoureux + gestes de tendresse = histoire d’amour…. Je comprends que Dominique fasse des bonds !!! Quand je parlais de tes désirs inavoués c’est parce que je pense que pour toi la barrière est floue entre amour et amitié, qu’il ne faut pas grand-chose pour que ça bascule. Voilà pourquoi tu la protèges de tes errements car te connaissant, elle ne peut qu’imaginer le pire. Maintenant je me trompe sans doute, ce n’est pas sur quelques mails qu’on peut comprendre le fonctionnement intime de quelqu’un.

Voilà et puis aussi en fait, je crois que j’ai envie de te raconter les choses comme elles me viennent, sans chronologie particulière, comme ça, à l’émotion du moment.si tu n’y vois pas d’inconvénient bien sûr.  En fait c’est ce que j’ai toujours fait non ?

Est-ce que j’ai vu un inconvénient à quelque chose depuis le début ? 😉 Plus c’est spontané plus j’adooooooooooooooooooore !!!!!!!!!!!!!!!!

Désolée je fais court, petite forme comme je te l’ai écrit.  

Je te souhaite une bonne soirée.

Bises. Pascale »

Contrairement à son habitude Célia répondit au mail dans le quart d’heure qui suivit.

« Bonjour Pascale,

Je t’écrirai plus longuement tout à l’heure… Juste te dire que je pense à toi, à ce que tu m’écris… ça agite mes neurones et j’aime plutôt ça… Je te sens en petite forme et ça me blesse… aussi je te livre les choses telles que je les découvre… je t’envoie…. En fait je ne sais quoi…. Des vibrations positives…

Bises. Célia »

Pascale qui voulait que Célia la lise avant de vaquer à ses occupations posta rapidement sa missive.

« Merci pour les vibrations positives… Tu n’as pas à te sentir blessée parce que je suis en petite forme… C’est ainsi… Bises. Pascale »

Le message avait été bien reçu !

« Je sais bien tout ça … mais ça me touche… voilà pourquoi j’ai écrit : je te livre les choses comme je les découvre … 😉 Je t’embrasse et te souhaite une bonne soirée. Célia »

Pascale profita de sa soirée pour se coucher tôt. Depuis le début de sa correspondance, elle avait accumulé du sommeil en retard. Cette relation lui prenait plus de temps qu’elle ne le désirait. Elle avait le sentiment d’être sur le grand huit et de ne plus rien contrôler. Pascale commençait à ne plus savoir où elle en était. Elle ne pensait plus qu’à Célia alors qu’elle ne la connaissait pas. Le pire était que le réel ne l’intéressait plus, elle consacrait toute son énergie à cette correspondance. Elle en payait le prix. Elle aurait tellement voulu atterrir. Mais le pouvait-elle ?

« Bonsoir Pascale

J’ai pris un risque je le sais avec cette irruption du réel dans ton imaginaire. Je ne sais pas comment tu me fantasmais, cette épreuve de la réalité pouvait amener chez toi une certaine déception…

Ça changeait quoi de rester dans le virtuel ? L’épreuve de la réalité et bien tu y vas fort. Comment je te fantasmais ? Déception ? Alors quoi ? tu penses que je me crois dans le catalogue de la Redoute, je te fantasme, finalement tu ne me plais pas et j’oublie tout, je passe à autre chose. Déception de quoi je ne saisis pas. Bien sûr qu’il est plaisant de voir ta bouille aujourd’hui, de mettre un visage sur tes mots et tes maux mais j’aurais très bien pu m’en passer ce n’est pas l’important pour moi. Le corps est une enveloppe, un véhicule, ce qui m’intéresse est : qui vit là ?

Tu vois mon genre à moi quand je délire ce sont des questions aussi essentielles que : es-tu gauchère ou bien droitière, quelle est ta couleur favorite, quelle musique te fait vibrer, quels films t’émeuvent, que mets tu en fond d’écran, lèves tu parfois la tête pour regarder les étoiles, où te recueilles tu le mieux ? enfin tu vois ce genre de trucs, mes teintes à moi qui m’aident à dessiner un portrait, un portrait de sensibilité dirons-nous. Alors tu vois chère Pascale, je suis à des années-lumière de la déception après l’épreuve de la réalité. 😉

Je me trompe peut-être mais je sens que tu as besoin de mener une vie parallèle à ta vie de couple.

Bingo Pascale, j’ai besoin de mener une vie parallèle à ma vie tout court ! C’est très ancien, depuis mon enfance, un pouvoir et un besoin d’évasion immenses… Vitaux… Je ne sais pas encore très bien pourquoi. C’est très difficile pour moi de te décrire cette sensation. En fait pour caricaturer j’ai toujours raffolé du plaisir d’être là sans être là, ça me fascine ce genre de clandestinité, personne ne sait où tu es. Ton corps est là, mais la tête est si loin, si loin…

Je peux tout à fait atterrir et faire la conversation et bien sûr vivre ma vie quand même mais je repars toujours avec un plaisir plus intense, je donne dans le cérébral. Et pourtant ma vie ne me déplaît pas …  Je me suis toujours assez bien entendue avec mes envies et leurs concrétisations. En fait je me sens bien en phase, bien dans le présent mais c’est plus fort que moi … Je maintiens très dur pour moi de t’expliquer ça.

Parce que Dominique, malgré votre amour réciproque, génère chez toi des frustrations intenses. 

Pas tant que ça…  Nous sommes sur le même chemin avec des sensibilités différentes mais qui conduisent au même résultat final.

 En particulier ce que son refus d’assumer son homosexualité réveille en toi,

Ah oui et quoi ? 😉

Elle ne te ferait pas des scènes à l’idée que tu te fasses des amies en tout bien tout honneur. Sa jalousie est un poison pour vous deux.

En étant honnête je dirais qu’il y a longtemps que Dominique ne m’a pas fait de scène et qu’elle a fait depuis qu’on est ensemble beaucoup d’efforts et de progrès. Pas de scènes tu me diras, je ne lui en donne pas l’occasion, je te l’ai dit je suis très paisible. Depuis Capucine c’est plutôt calme. Avec toi c’est sûr j’ai fait une omission parce que j’ai un peu peur de marcher sur des braises même s’il n’y a pas lieu. Et puis aussi je tiens à mon jardin secret et ça ne concerne pas que Dominique.

Je devine que la barre de définition de l’adultère est chez toi très basse.

Je sais très bien ce qu’il faut faire pour sombrer dans l’adultère   😉

 Sentiments amoureux + gestes de tendresse = histoire d’amour.

Ce n’est pas comme ça que je dirais. Sentiments amoureux + gestes de tendresse = histoire de tendresse, ce qui est pour moi absolument, complètement, totalement différent mais tout aussi fort.  Seulement de la tendresse tu comprends ?

Je pense que pour toi la barrière est floue entre amour et amitié, qu’il ne faut pas grand-chose pour que ça bascule.

Pas du tout, je suis très au clair là-dessus. Déjà je n’ai plus d’amitiés masculines, et ensuite …. J’ai une amie depuis 15 ans et jamais je n’ai confondu. Elle est pourtant très mignonne je l’adore mais c’est mon amie, c’est très clair. Je ne ressens pas ce feeling particulier d’une âme familière, tu comprends ? C’est très différent. On pourrait résumer en disant que chez moi il existe : histoire d’amitié, histoire de tendresse et histoire d’amour et je suis très bien cadrée dans chacune, les besoins ne sont pas les mêmes.

Je traine une bronchite depuis une petite semaine, j’ai du mal à émerger. 

C’est sûr. C’est pourquoi il serait bon qu’à l’aide de techniques énergétiques tu travailles tout ça, c’est important de relancer ton système immunitaire, tu as besoin plus que jamais que ton énergie circule d’une manière efficace, harmonieusement sans vide ni excès. Nous avons des points très importants sur le ventre, des sortes de télécommandes des méridiens énergétiques. Chaque point est en contact avec un méridien différent qui lui, alimente certaines parties du corps.

Dans le cas de ta bronchite par exemple, on travaille le point du méridien concerné. Idem pour les autres symptômes : douleurs, angoisses … la panoplie quoi… C’est une technique efficace et pas très compliquée. Je te dis ça parce qu’avec Lisa vous pourriez facilement vous faire ce genre de points, ça ne vous ferait pas de mal à toutes les deux et vous aiderait à préparer l’hiver. Tu as intérêt à pallier le déficit énergétique. Si tu veux je t’explique comment faire !  Voilà ce n’est que mon humble avis de thérapeute et toutes mes excuses si je me suis aventurée un peu loin sur tes terres 

J’ai vu cet après-midi ma cliente allemande. Elle a toujours de beaux yeux bleus, mais je peux te le dire maintenant parce que je le sais, moins beaux que les tiens… 😉

Allez, je t’embrasse. Bonne journée. Célia »

Était-ce l’effet des médicaments ? Pascale ressentit comme un malaise en lisant ce mail. Pourtant il n’avait rien de différent. Célia se confiait ainsi à elle depuis un moment. Une phrase l’interpela : Et puis aussi je tiens à mon jardin secret et ça ne concerne pas que Dominique.

Ce fut la deuxième petite goutte de pluie. Celle qui annonce le changement de temps. Et si ça la concernait aussi ? Que Célia pouvait-elle lui cacher ? Et pourquoi le lui dire ? Pascale dont les capacités intellectuelles étaient diminuées par la maladie ne poussa pas le raisonnement plus loin. Sous le charme de Célia, elle écartait de son esprit tout ce qui était dérangeant. A force d’être sur un nuage, elle ne voyait plus ce qui était en dessous !

Une parenthèse enchantée : chapitre 8

« Bonsoir Célia,

L’épreuve de la réalité et bien tu y vas fort. Comment je te fantasmais ? Déception ?

Mon interrogation était avant tout un doute. Mais apparemment mon idée de photo n’était pas si incongrue à te lire un peu plus loin…

J’ai vu cet après-midi ma cliente allemande. Elle a toujours de beaux yeux bleus, mais je peux te le dire maintenant parce que je le sais, moins beaux que les tiens. 😉  

 En tout cas c’est moins évident qu’il n’y parait d’envoyer sa photo, pas si anodin que ça…

Je sais très bien ce qu’il faut faire pour sombrer dans l’adultère   😉

Moi pas, explique ! 😉 Pour Lisa, je la trompe virtuellement dès lors que j’éprouve des sentiments pour une femme. Tout dépend sur quelle définition on s’accorde. J’ai eu le droit à quelques crises de jalousie qui se font plus rares maintenant mais le début de notre histoire fut rude…

Sentiments amoureux+ gestes de tendresse = histoire de tendresse, ce qui est pour moi absolument, complètement, totalement différent mais tout aussi fort.  Seulement de la tendresse tu comprends ?

Il faudra qu’on y revienne car le totalement différent mais tout aussi fort n’est pas très clair pour moi.

On pourrait résumer en disant que chez moi il existe : histoire d’amitié, histoire de tendresse et histoire d’amour et je suis très bien cadrée dans chacune, les besoins ne sont pas les mêmes.

D’ailleurs tu me mettrais dans quelle catégorie ?

Voilà ce n’est que mon humble avis de thérapeute et toutes mes excuses si je me suis aventurée un peu loin sur tes terres.

Non, non pas du tout. En fait je suis très intéressée par tout ça. D’ailleurs je commence à y penser plus sérieusement depuis que j’ai grossi car jusqu’à présent tout ce que j’ai pu essayer a été un échec. En effet je me suis renseignée sur des solutions alternatives, tu ne fais que me rassurer dans cette démarche. Aussi je suis tout ouïe sur ce savoir inédit qui me fascine déjà…

 Je ne relis pas, tant pis mais là j’avoue que je manque de courage, je sais que pour les fautes de frappe et d’orthographe j’ai toute ton indulgence... Bisous. Pascale » 

Pascale avait botté en touche, elle avait répondu sur tout sauf l’essentiel. Elle était trop troublée par les sentiments qui commençaient à l’envahir et surtout avec quelle facilité Célia savait gérer ses histoires. En effet malin ces relations de tendresse, l’art de dépasser la ligne jaune tout en se racontant le contraire. Cependant Pascale avait trop de scrupules pour s’inventer ces petits arrangements. C’est sûr, cela devait être plus confortable pour Célia. Mais Pascale souffrait de son sens moral trop rigide. Elle avait conscience qu’il était en train de se passer quelque chose avec Célia. Certes pour l’instant tout cela n’était que virtuel. Mais les sentiments, eux, étaient bien réels.

Elle s’attachait à Célia plus qu’elle ne le devrait. Et Lisa était devenue transparente. Depuis que cette correspondance avait commencé, elle n’existait plus que dans ses récits. En définitive elle la négligeait et s’en sentait coupable. D’ailleurs elle rectifierait le tir quand Lisa s’en plaindrait. En effet elle comptait sur elle pour lui remettre les pieds sur terre. Ce n’était pas la première fois que Pascale perdait le sens du réel et Lisa avait toujours su l’y ramener.

Sa bronchite n’était pas totalement guérie. Par ailleurs elle se sentait encore faible physiquement, la toux l’épuisait. Pourtant elle ne retournerait pas voir le médecin car elle avait envie de reprendre le travail. Ainsi, fatiguée par sa journée, elle espérait secrètement passer moins de temps devant son ordinateur. Lisa s’occuperait d’elle et leur relation reprendrait tranquillement. C’était leur fonctionnement, jusqu’à présent cela leur avait toujours réussi. Quand Pascale lut le mail dans la matinée, elle ne se précipita pas pour y répondre. Elle éprouvait le besoin de prendre du recul.

« Bonjour Pascale,

En tout cas c’est moins évident qu’il n’y parait d’envoyer sa photo

Tu n’as pas idée à quel point j’en ai conscience … Je trouve ça très fort de l’avoir fait. Et j’ai des soucis d’honnêteté. Tu vois parfois quand je t’écris, un clic sur un dossier, c’est quand je réfléchis en général, et je te fais apparaître. Là j’ai instantanément le sourire et ensuite je fais le tri dans mes pensées ou plutôt j’essaye de les ordonner pour te répondre … Un peu comme si on discutait dans le salon tu vois… Enfin comme si je monologuais surtout… 😉 Et je ne trouve pas très juste de découvrir ça en restant planquée derrière mon écran…

Pas si anodin que ça…

Allez Pascale, un petit développement ? ….

Je sais très bien ce qu’il faut faire pour sombrer dans l’adultère   😉

Moi pas, explique ! 😉

Comme disent les Tahitiens : et ça te rigole ? 😉

Tout dépend sur quelle définition on s’accorde. 

J’ai connu ça… 😉 Bien sûr, sur quelle définition s’accorder sachant que chacun a son propre référentiel non ?  Ça donne encore quelques nuances…

On pourrait résumer en disant que chez moi il existe : histoire d’amitié, histoire de tendresse et histoire d’amour et je suis très bien cadrée dans chacune, les besoins ne sont pas les mêmes.

D’ailleurs tu me mettrais dans quelle catégorie ?

Joker !  Non je rigole mais comment répondre à cette question ? Tu sais que je suis dans une dimension nouvelle… Totalement inconnue que je découvre… D’ordinaire quand je vis une histoire d’amitié, de tendresse ou d’amour c’est avec des gens que je connais ou que je découvre en les côtoyant et les liens se tissent selon… En les côtoyant tu vois ! L’écriture c’est tellement différent… Avec toi je ne sais pas, trois semaines environ de correspondance et j’ai l’impression de te connaître depuis bien plus longtemps, à cause de ce qu’on s’est dit sûrement, tout est à l’envers, je peux dire seulement oui quand je te lis ou que je t’écris je ressens une émotion tendre. Je découvre…

Aussi je suis tout ouïe sur ce savoir inédit qui me fascine déjà…

Ok. Je prends quelques jours pour te faire un truc clair.

 Bonne journée à toi. Bises. Célia. »

Pascale remarqua comment avec habileté Célia s’était arrangée pour ne pas répondre à ses deux principales interrogations. Alors que c’est Célia elle-même qui lui avait affirmé savoir comment faire pour sombrer dans l’adultère, elle s’ingéniait maintenant à refuser de le lui expliquer. Quant à lui confier dans quelle catégorie elle la mettait, là encore elle se gardait bien de le lui dire. Aussi pourquoi jouer les anguilles ? Sauf à pousser Pascale à dire les choses pour elle, elle ne voyait pas ! Cette manière de procéder, un brin manipulateur, l’agaçait. Sinon Célia ne croyait pas si bien dire quand elle affirmait avoir des soucis d’honnêteté. C’est pourquoi Pascale hésita entre l’attaque frontale ou latérale. Elle opta pour la méthode douce.

« Bonjour Célia,

Tu n’as pas idée à quel point j’en ai conscience …Je trouve ça très fort de l’avoir fait. Et j’ai des soucis d’honnêteté.

Nous dialoguons, ce discours tu l’adresses autant à une autre qu’à toi et tu prends le risque que je rebondisse dessus. Tu peux aussi garder ton jardin secret avec ce que ma photo te fait penser ou faire…

Allez Pascale, un petit développement ? ….

Plus tard…

Joker !

On garde le joker pour l’instant ça me convient. Le pouvoir des mots dans la séduction j’ai une petite expérience avec mon blog … Impossible aussi de savoir ce que toi ou un(e) autre ressent dans ses échanges. Tout est possible, rien n’est à exclure…

Bonne journée à toi. Bisous. Pascale »

Pascale était contente d’elle. L’art de dire sans dire, c’était du Célia dans le texte. A son tour de rebondir sur ce que cette dernière phrase suggérait sans l’affirmer vraiment. Ce que Pascale ressentait confusément depuis quelques jours devenait de plus en plus évident. En effet pour elle, Célia déployait ses filets pour mieux la mettre sous son emprise. Elle exerçait sur Pascale une domination certaine. En l’empêchant d’investir autre chose que leur relation, en la coupant de Lisa par des sentiments inavouables, elle affaiblissait ses défenses.

C’est ainsi que son corps parlait et qu’elle ne l’entendait pas. Que cherchait-elle à expulser avec sa toux ? Quelle folie s’emparait-elle d’elle ? En fait elle en voulait à Lisa de ne pas réagir plus. En définitive elle aurait tant aimé une crise de jalousie, une scène, quelque chose qui la sorte de cette situation scabreuse. Mais non, Lisa assistait muette à son naufrage. Le mail de réponse fut des plus surprenants.

« Je ne peux pas t’écrire, Dominique est à deux pas, je joue avec le feu ce soir. Bises. Célia »

Tiens, tiens, Dominique était là. En pleine semaine ! Et à quel feu jouait-elle ? Avec elle ou Dominique ? Célia savait manier les phrases à double sens, un art chez elle ! Pascale souriait intérieurement. Si Célia ne lui disait pas tout, elle savait aussi se trahir. Pascale se demandait si Célia était si séparée que ça de Dominique. Ou bien l’inverse ! En effet Célia devait ressentir la peur de Pascale vis-à-vis de l’adultère. Une femme en couple est moins suspecte qu’une célibataire en chasse. C’est que Célia en avait du temps pour écrire. Même jouissant d’une certaine liberté dans le couple, le quotidien à deux nécessite de s’y consacrer quelques heures, Pascale n’avait pas autant de disponibilité. Elle décida de ne pas répondre juste pour voir comment Célia réagirait à son silence.

« Bonsoir Pascale,

Je regrette de t’avoir laissée sans nouvelle mais Dominique a débarqué comme ça sans prévenir. Elle est pleine de ces petits malaises, mal être je ne sais pas comment dire… pleine de petites douleurs, estomac, intestins, tête, … Sauf quand elle prend le temps de faire une séance avec moi, elle convient que ça lui fait beaucoup de bien. Mais il faut prendre le temps… c’est le hic… Je suis souvent à rappeler le week-end, il est temps de faire une séance, de proposer des points pour les maux de tête… Oui Célia tout à l’heure, je me prépare psychologiquement parce que ça fait mal, c’est vrai mais c’est efficace !

Parfois je me fâche et ça marche, parfois je laisse tomber. Je peux t’ouvrir les placards, il y a plein de trucs que j’ai achetés pour elle, compléments alimentaires, pharmacopée chinoise, tisanes… Tout est là, peut-être au mieux, dix gélules manquent dans chacune des boites…. Il y a plein de trucs qui lui prennent la tête… Non, non elle ne veut pas en parler tout de suite ça lui prend la tête, avec ça on avance…N’empêche que parfois même si ça prend la tête à un moment il faut bien bouger…

Je veux bien être aidante, aimante mais il y a des trucs, ce n’est pas à moi de le faire, je ne peux pas changer les choses à sa place, c’est son chemin de vie… D’ailleurs je veux aider mais plus faire à la place, ce qui finalement ne pousse pas à se sortir de ses schémas… En particulier je ne sais pas si je suis claire. Et j’aime profondément Dominique, je suis avec tous ces constats, je la protège du mieux que je peux mais … Il faut bien qu’à un moment les choses évoluent… bien sûr il y a du progrès, mais alors …

J’aime profondément Dominique. Je la connais par cœur. Elle a ouvert en moi de grandes portes, j’ai appris à parler avec elle, avant jamais je ne m’étais livrée à quelqu’un de la sorte…. Et puis Dominique a une générosité qui me sidère, elle est vraiment en décalage par rapport à ce qu’elle ressent, perçoit, elle a un feeling particulier et en plus c’est une vraie mère Teresa. Un don de soi, j’en ai rarement vu de tel. Elle a une manière de faire confiance à des gens qu’elle connaît à peine et elle n’a jamais de problème… Difficile de résumer Dominique en quelques lignes, un drôle de cocktail, pas commun du tout…avec un feeling très spécial.

Voilà tout ce laïus pour te dire que parfois les bras m’en tombent un peu…et que je suis partagée entre l’envie de la booster, de la comprendre, de l’aider, la conseiller et celle de ne plus m‘en occuper du tout… Mais bon nous passons quand même de très bon moments je ne voudrais pas dresser un sombre bilan… Do You know what I mean ?

Bonne journée à toi. Bises. Célia »

Etonnante lettre se dit Pascale en la lisant. Tout d’abord Célia inverse la situation, c’est Pascale qui la laisse sans nouvelle. Et la fin ! Bien sûr que Pascale lit dans ses pensées et sait ce qu’elle veut dire. Surtout que si elle le lui demande elle lui sortira un joker ou un collier de fleurs tahitien en guise d’explications.

« Bonjour Célia,

Je veux bien être aidante, aimante mais il y a des trucs, ce n’est pas à moi de le faire, je ne peux pas changer les choses à sa place, c’est son chemin de vie… Je veux aider mais plus faire à la place, ce qui finalement ne pousse pas à se sortir de ses schémas…

Vu le portrait de Dominique je ne sais pas trop ce que tu y gagnerais. Je t’imagine mal avec une vie trop calme, trop plate, toi l’aventurière. Toute cette folie ambiante justifie tes retranchements dans ton bunker mental, tes moments d’évasion qui ne regardent que toi. Tu ne peux pas te contenter que de Dominique pour te combler, c’est aussi parce qu’elle est frustrante que tu t’accommodes si bien d’avoir d’autres relations aux contours bien flous… 😉 Vous avez trouvé votre équilibre, pourquoi vouloir mettre un grand coup de pied dans l’édifice ? Si encore tu voulais la quitter pour refaire ta vie ailleurs avec une autre, son changement serait celui de votre dernière chance. Mais là !

J’ai eu le sentiment en te lisant que ce désir de changement chez Dominique cachait un mal-être profond chez toi, quelque chose d’indéfinissable comme si toi-même tu étais en propre questionnement sur toi. Je te l’accorde qu’un changement chez un des deux entraîne obligatoirement un changement dans la relation et par ricochet chez l’autre. Je te sens prisonnière de quelque chose mais je ne sais pas quoi. Es-tu en train de me dire que ta vie actuelle avec elle ne te satisfait plus, que tout ce que je viens de décrire un paragraphe au-dessus ne te convient plus ? Je me trompe sans doute, c’est à toi de me le dire…

Passe une bonne soirée !

Je t’embrasse. Pascale »

Pascale n’attendait rien de ce mail. En effet elle sentait arriver le dérapage et elle tenait à rester actrice de la situation. Pourtant si elle n’y prenait garde, elle allait se faire happer dans une histoire dont elle ne voulait pas. Célia commençait à dévoiler son jeu. En définitive elle était en pleine rupture sentimentale et Pascale allait l’aider à passer d’une relation à une autre. Que son couple explose c’était regrettable mais pas le sien. Pascale était pour la paix des ménages surtout le sien. Quand elle lut le matin son mail, Pascale ne fut pas surprise de son contenu.

« Bonsoir Pascale,

Quand j’ai lu ton mail, j’ai été plongée dans un abime de réflexions. Et je me suis dit ma pauvre Célia comment as-tu encore expliqué les choses ? Ma vie avec ma chérie me convient, je souhaiterais seulement qu’elle prenne plus soin d’elle. Je ne la définirais pas comme frustrante, non, un peu trop sensible et speed. Nous arrivons à nous parler quand même tu sais … sinon pas huit ans de vie commune… pas avec moi en tous cas…

Mais il faut que je relise ton mail….

Je m’accommode d’avoir des relations aux contours bien flous ?  Ah bon… Mais encore ? 

Je te souhaite une bonne journée. Bises. Célia »

Pascale avait repris du poil de la bête. C’est elle maintenant qui déstabilisait Célia. Elle avait dû se sentir percée à jour et réfléchissait à une stratégie de repli. La fuite en est une. Pascale continua à enfoncer le clou.

« Bonjour Célia,

Non tu n’as pas mal expliqué, j’ai bien compris ta relation avec elle…

C’est juste que j’adore te pousser dans tes retranchements… 😉

Tu n’as toujours pas compris comment je fonctionnais ? 🙂

Ma question était pourquoi tu veux du changement pour elle si elle-même n’en veut pas… ?

Bon allez, je sais que tu ne veux que son bien à Dominique, c’est sûr que huit ans de vie commune ce n’est pas rien…

Sauf que quelque fois, dans tout ça, on prendrait bien les voiles, histoire de changer d’air pour mieux revenir au port… 😉

Allez, cesse de t’inquiéter pour ce que je t’ai dit, tu es heureuse avec Dominique c’est l’essentiel…

Tu as la réponse à ta question toi aussi… 😉

Affectueusement : -). Pascale »

Pascale avait dû mettre dans le mille car un échange soutenu eut lieu à peine le mail envoyé.

« Tu as la réponse à ta question toi aussi… 😉 c’est à dire ? Bises. Célia »

« Que vouloir qu’elle change, même si c’est pour de bonnes raisons, va t’entraîner bien plus loin que simplement qu’elle se sente bien… ;-). Bises. Pascale »

« Je sais très bien tout ça….  Et les contours flous de mes relations alors ? »

« Ils sont en rapport avec ce changement qui ne peut advenir… C’est ta soupape de sécurité pour maintenir ta relation avec elle… C’est ce que je disais précédemment, tes petits arrangements…  Et si je dis flous, c’est parce que pour l’instant tu ne peux pas trancher : tu veux à la fois qu’elle change et qu’elle ne change pas… : -) »

« C’est le : MES relations qui me gênent 😉 

J’aurais bien papoté un peu devant un bon thé vert japonais que j’adore, mais je dois aller bosser. Bises. Célia »

« Je te citais c’est tout ! Bon courage. Pascale »

Visiblement les mots de Pascale avaient visé juste. Célia, contrairement à d’habitude, ne prit pas la fuite. Au contraire, elle chercha à convaincre Pascale qu’elle se trompait sur son compte. Son mail du soir revint sur leurs échanges du matin. Elle avait dû y penser toute la journée au travail.

« Bonsoir Pascale,

Je t’imagine mal avec une vie trop calme, trop plate, toi l’aventurière

Alors là je suis bidonnée ! Eh ! Pascale, ne le prend pas mal, tu ne délires pas un petit peu ?  (Je pleure de rire.)

Toute cette folie ambiante justifie tes retranchements dans ton bunker mental, tes moments d’évasion qui ne regardent que toi.

Mon bunker mental ? Ça ne va pas ta tête ? 😉 Tu as déjà vu comme c’est moche un bunker !

Non mademoiselle, moi je donne dans les jardins andalous….

Tu ne peux pas te contenter que de Dominique pour te combler.

Et toi ?

J’ai eu le sentiment en te lisant que ce désir de changement chez Dominique cachait un mal-être profond chez toi, quelque chose d’indéfinissable

Non, non pas de mal être profond chez moi. Je ne veux pas que Dominique change je l’aime comme elle est, je souhaiterais seulement qu’elle retire ses mains du feu quand ça brûle…

Comme si toi-même tu étais en propre questionnement sur toi.

C’est sûr … Je ne suis pas angoissée de nature, je réfléchis et puis tu arrives alors je réfléchis plus encore, et j’aime bien ces coups de lampe torche que tu me mets dans la figure.

Je te sens prisonnière de quelque chose mais je ne sais pas quoi.

Tu ressens ça comment ?

Es-tu en train de me dire que ta vie actuelle avec elle ne te satisfait plus Je me trompe sans doute, c’est à toi de me le dire…

Ma vie me satisfait pour l’instant ensuite on ne peut jamais savoir… Disons plutôt que pour l’instant mes interrogations sont plus tournées vers le je que vers le nous… c’est comme ça, il y a des périodes, celle-là est importante pour moi …

C’est juste que j’adore te pousser dans tes retranchements… 😉

L’effet lampe torche … 😉

Tu n’as toujours pas compris comment je fonctionnais… 🙂

Ça vient, faut juste que je finisse de me caler sur le virtuel… mais j’ai comme l’impression qu’on joue dans la même tonalité.

Ma question était pourquoi tu veux du changement pour elle si elle-même n’en veut pas… ?

J’ai répondu plus haut.

Sauf que quelque fois, dans tout ça, on prendrait bien les voiles, histoire de changer d’air pour mieux revenir au port… 😉

En fait tu as raison, j’aurais pu résumer en écrivant ces deux lignes….

Allez, cesse de t’inquiéter pour ce que je t’ai dit

C’est gentil de prendre soin de moi, merci…

 Affectueusement 🙂

Quel est ce sourire derrière affectueusement ?

Je t’embrasse. Célia »

Pascale sentit qu’il fallait passer à autre chose. Le et toi ? limite agressif mais elle l’avait bien cherché, sonna comme un signal.

« Bonjour Célia,

Je vais arrêter de te mettre en transe, tu passes tes nuits à me répondre… 😉

Je répondrai plus tard à ton mail, journée de boulot chargée pour cause de retour de congé de maladie 🙁

Dis-moi si ce que je te dis te dérange trop, je connais aussi un registre plus léger d’échanges… 😉

Mais là on risque de jouer avec le feu… Et comme Dominique, je doute que tu retires tes mains… mdr

Je te souhaite une bonne journée.

Bisous. Pascale »

La réponse ne se fit pas attendre.

« Ce que nous vivons me va très bien. Bises. Célia »

Une parenthèse enchantée : chapitre 9

Bon ! En fait Célia ne lui laissait pas le choix. Elle ne devait compter que sur elle-même si quelque chose ne lui convenait pas. Aussi le ton de son mail marqua le virage pris.

« Bonjour Célia,

Mon bunker mental ? Ça ne va pas ta tête ? 😉 Tu as déjà vu comme c’est moche un bunker !
Non mademoiselle, moi je donne dans les jardins andalous.

Va pour la poésie miss ! Mais le bunker c’est parce que pour moi je me faisais l’idée que tout ça c’était « Streng verboten » … Tu laisses rentrer tout le monde dans ton jardin ou bien il est mieux gardé que la banque de France ? 😉 mdr

Non, non pas de mal être profond chez moi. Je ne veux pas que Dominique change je l’aime comme elle est, je souhaiterais seulement qu’elle retire ses mains du feu quand ça brûle…

Et quand elle a le feu au derrière tu mets la main ? 😉

Je te sens prisonnière de quelque chose mais je ne sais pas quoi.

Tu ressens ça comment ?

J’ai sorti la table et je l’ai fait tourner. Ensuite j’ai regardé dans la boule de cristal. J’ai eu la confirmation dans le marc de café ! L’intuition féminine quoi ! 😉

Affectueusement 😉
Quel est ce sourire derrière affectueusement ?

C’est le joker pour l’histoire d’amour ? D’amitié ? De tendresse ? Et si c’était affectueusement ? Une histoire d’affectif ? 🙂 Tu n’arrêtes pas de me dire qu’avec moi c’est la première fois que tu as une relation virtuelle. je sais que même si c’est virtuel les émotions sont bien réelles par contre … Tu ne fais pas semblant d’éprouver ni de fantasmer 😉

Je t’embrasse. Pascale »

Pascale était contente de sa missive. Elle provoquait ainsi Célia et la poussait dans ses retranchements. A ce niveau de leur relation, Pascale sentait que derrière la tendresse revendiquée par Célia se cachait de l’amour qu’elle refusait d’admettre. Par ailleurs Pascale éprouvait de l’attirance pour Célia mais l’amour, le vrai, elle le réservait pour Lisa. C’est pourquoi elle était dans un entre-deux, elle attendait un déclic pour que la flamme s’allume. Ensuite elle verrait si par son mail, Célia allait faire craquer l’allumette.

« Bonsoir Pascale,

Tu laisses rentrer tout le monde dans ton jardin ou bien il est mieux gardé que la banque de France ? 😉 mdr

Très très bien gardé….

Et quand elle a le feu au derrière tu mets la main ? 😉 

Ah ! je reconnais cette poésie que j’aime tant chez toi … 😉 

Et pour la main aux fesses il n’y a pas de règles…

J’ai sorti la table et je l’ai fait tourner. Ensuite j’ai regardé dans la boule de cristal. J’ai eu la confirmation dans le marc de café ! L’intuition féminine quoi ! 😉

 Ah ! Tu me fais trop rire….   

C’est le joker pour l’histoire d’amour ? D’amitié ? De tendresse ? Et si c’était affectueusement ? Une histoire d’affectif ? 🙂 

Tu as trouvé alors… 

Je vais arrêter de te mettre en transe, tu passes tes nuits à me répondre… 😉

Tu peux toujours essayer … pour voir…

Dis-moi si ce que je te dis te dérange trop, je connais aussi un registre plus léger d’échanges… 😉

Pas le moins du monde …

Mais là on risque de jouer avec le feu…

 ????????????????????????????  Allez ……… 😉

Je doute que tu retires tes mains

Mais ça dépend, c’est pour les poser où ?

Je serais bien restée davantage mais il faut que je file….

A plus tard de toutes manières …

 Bises Célia »

En effet Célia avait bien répondu à la provocation de Pascale. Par ailleurs cela excitait à mort Pascale. Jusqu’où Célia pouvait-elle aller ? En fait c’est fou comme le virtuel désinhibe. Plus de carcans, plus de morale, le total défouloir. Chacune pouvait ainsi libérer son imagination et se lâcher.

« Bonjour Célia,

Je vois que le ton de mon mail t’a plu… 😉 

On boit le petit coup de l’amitié virtuelle ?

Un verre seulement parce que sinon… bonjour les dégâts…

Passe une bonne nuit ma belle !

Ce soir je suis seule, Lisa travaille de nuit toute la semaine.

Affectueusement. Pascale »

Célia devait attendre son mail du matin car la réponse fusa aussitôt.

« Bonjour Pascale,

On boit le petit coup de l’amitié virtuelle ? 

Avec grand plaisir ! 

 Un verre seulement parce que sinon… bonjour les dégâts…

Sinon quoi ? tu te déshabilles quand tu as bu… ?

Bises. Célia »

« Quand une femme me plait et que j’ai envie d’elle, je n’ai pas besoin de boire pour me déshabiller… 😉 Tendrement. Pascale »

« Et toi avec ta lampe torche, tu réponds aux questions quand ça te chante… ? Je les pose où mes mains ?

Bisous doux…dans le cou … 😉 Célia »

« Et toi avec ta lampe torche, tu réponds aux questions quand ça te chante… ?

Comme j’étais célibataire cette nuit, j’ai préféré réserver l’utilisation des piles de ma lampe torche à un autre usage… 😉

Bisous doux…dans le cou … 😉

Tu veux que j’use mes piles à toute vitesse ou quoi ! mdr

Bises. Pascale »

« J’adore rire dès le matin.

Sais-tu qu’il y a un mois je t’écrivais pour la première fois ? ah je suis trop sentimentale, ça me perdra… 

Chère Pascale, je te souhaite une bonne journée emplie de soleil.

Bisous … doux… sur la nuque… au creux des petits cheveux…. J’adooooore… Célia »

Pascale pensa à cet échange toute la journée. En effet Célia était plus sentimentale qu’elle car elle n’avait pas du tout fait attention à la date. Et puis surtout, ça prenait une tournure qui l’effrayait un peu car Célia était la reine du non-dit. En fait elle tournait autour des sujets sans les aborder frontalement. Elles étaient toutes les deux en couple, à part une histoire d’adultère, Pascale n’envisageait pas dans l’immédiat de quitter Lisa, ni même de la tromper. Aussi Pascale se devait de réagir et ne pas laisser s’installer une situation ambigüe. Ainsi elle pourrait décider de la suite. Elle opta pour un mail bref.

« Bonsoir Célia,  

J’ai été touchée que tu penses à la date de notre rencontre, je ne pensais pas que tu investissais autant notre relation.

Je te souhaite une bonne soirée. Bises. Pascale » 

Pascale avait fait mouche.

« Alors Pascale, tu ne m’as pas captée du tout… quand je suis touchée c’est à 300% ! J’en suis la première désolée mais tu m’as touchée, que dire de plus…

je te laisse tranquille ce soir… Bises. Célia » 

Pascale devait trancher dans le vif, elle avait compris que jamais Célia ne dévoilerait ses sentiments. Cependant elle savait qu’elle prenait un risque. Celui d’ouvrir le feu et de se faire piéger à son propre jeu. Mais une vie sans risque, est-ce une vie ? 

« Chère Célia,

Alors Pascale, tu ne m’as pas captée du tout…quand je suis touchée c’est à 300% ! J’en suis la première désolée mais tu m’as touchée, que dire de plus…

Si au contraire je crois que je t’ai bien captée et je m’en suis défendue maladroitement… Cela me plonge dans un certain abîme de le ressentir parce que tu réagis exactement comme Lisa quand je l’ai rencontrée. Tu lui ressemble sur bien des points, dans ta manière de m’exprimer ta tendresse, de te cacher derrière tes émotions, de penser à moi.

Autant avec Lisa je me sentais libre d’exprimer en retour mes sentiments autant avec toi j’ai peur que ça ne devienne vite un jeu cruel. C’est pourquoi par moment je te mets la lampe torche dans la figure, je crains de te faire mal…

C’est vrai que pour moi ce serait plus simple si je savais ce que tu attends, si ce que je peux te donner en affection est compatible avec ma relation avec Lisa. La tendresse, l’amitié ça m’est acceptable, l’amour certainement pas. Lisa est trop sensible, elle a besoin de se sentir en sécurité par rapport à ça pour me laisser aller en toute confiance vers les autres. 

Là elle dort contre moi, elle est rentrée du boulot à 8 h, nous avons déjeuné ensemble puis nous avons cuisiné un bourguignon pour ce soir. Papotages en épluchant les légumes, comme on se croise nous allions à l’essentiel. Je lui livre quelques bribes de ma vie réelle et virtuelle, elle m’a parlé de son équipe davantage préoccupée à s’empiffrer des restes de nourritures d’un buffet dressé pour un départ à la retraite que du travail. Rien que du banal mais qui fait du lien. 

Puis vint le moment où après un bon bain je sentis que Lisa voulait dormir. Elle refusa que je ferme les volets : « laisse grand ouvert, il fait bon, je sais que tu aimes bien quand la fenêtre est ouverte ». J’insiste, elle a besoin d’un sommeil de qualité. Imperturbable devant mes arguments elle me répond avec un sourire : « je veux que tu me désires encore et toujours ! Installe-toi dans le lit car je veux te sentir contre moi ». C’est comme ça que je me suis installée avec l’ordinateur portable sur les genoux.

C’est cela ma vie, elle n’a rien d’extraordinaire mais elle est ainsi construite.

Lisa n’est pas dupe de ma relation avec toi, elle sait aussi que j’ai besoin d’aller voir ailleurs à ma manière à condition que physiquement je lui sois fidèle, amoureusement aussi… Sa possessivité a des limites, sa jalousie aussi…

Je ne veux pas te faire souffrir en te la racontant, n’ignorant rien de tes sentiments pour moi. Alors c’est vrai que j’ai préféré m’en défendre et reculer le plus longtemps possible le moment de cette révélation.

Que tu penses à notre date de rencontre m’indique que ce moment est venu.

Tes mails m’indiquent aussi que ma phrase t’a blessée… savoir que je ne t’avais pas captée alors que ce n’est pas une lampe torche que tu m’as mise dans la figure, c’est carrément des appels de phare que tu m’as fait, ne pouvait que t’atteindre. 😉

Alors comment on continue ensemble ?

On se tourne autour indéfiniment ou bien tu te lances ?

Passe une bonne soirée ma douce.

Affectueusement. Pascale »

Pascale attendit avec impatience la réponse qui n’arriva en définitive que le lendemain matin. Tiens, tiens, Célia aurait-elle du mal à trouver ses mots ?

« Bonsoir Pascale,

Comme j’ai regretté mon habileté à taper des conneries sur le clavier !

En fait quand j’ai été prise par nos échanges et sur le dernier j’ai très mal réagi car des images me sont venues en tête sur Lisa et toi. Je n’ai eu aucun contrôle, les vannes de mes yeux se sont ouvertes, pas de sanglots, pas de respiration. bloquée. En fait juste mes yeux qui déversaient des litres de larmes. Pourtant je connais ça, il m’arrive souvent d’avoir les yeux humides quand je ressens fort un truc ou que j’évoque un souvenir de proches disparus. Devant les films une vraie pleureuse, même si les dénouements sont très heureux et plutôt si d’ailleurs, je suis comme ça.

Avec les années j’assume totalement, je suis tout à fait capable de terminer ma conversation avec des larmes plein les yeux et ce qui est dingue c’est le décalage je ne suis pas triste. Je dis souvent mes yeux pleurent, parce que moi je n’ai pas l’impression et ce n’est pas ce que je ressens. Je ne suffoque pas, je continue tranquillement mon histoire même si parfois ma voix cheeevvrroootte un peu. Bref, ensuite il y avait aussi ton premier message, tout gentil, et il n’y avait pas moyen… une vraie fontaine…

J’étais ennuyée, pas de pleurer ça fait du bien mais de ne plus pouvoir t’écrire. Alors je suis restée devant l’écran, à lire et à relire… Cependant je voulais te répondre mais incapable, trop démunie et le seul truc sur lequel j’ai tilté c’est la date de notre rencontre. Débile, une manière de dire, oui je me souviens de la date de notre rencontre, parce que ça m’importe et que je suis effondrée par ce que je viens de lire. C’était idiot et maladroit, mais c’était moi… 

Autant avec Lisa je me sentais libre d’exprimer en retour mes sentiments autant avec toi j’ai peur que ça ne devienne vite un jeu cruel. C’est pourquoi par moment je te mets la lampe torche dans la figure, je crains de te faire mal…

Je ne comprends pas jeu cruel …

C’est vrai que pour moi ce serait plus simple si je savais ce que tu attends,

Je n’attends rien Pascale, je prends ce que tu donnes, je fais connaissance…

Je t’ai expliqué pourquoi je t’ai écrit après la lecture de ton blog et de ta recette de l’Amadeus, j’en suis toujours là, l’impression, la sensation qu’on peut se parler et s’aider à grandir… Mais ça c’est moi… mes émotions à la con…

 La tendresse, l’amitié ça m’est acceptable, l’amour certainement pas.

Pascale, penses-tu que j’en sois là ? L’amour ? Mon dieu. Toi et ta chérie, moi et la mienne…

Sentimentale, romantique, oui, je suis !  je te livre souvent les choses comme je les découvre je ne devrais pas… mais rassure-toi je ne suis pas folle transie d’amour pour toi, juste émue, intriguée, bouleversée, amusée, des émotions que j’aime je te l’avoue, mais tout va bien…

Je ne veux pas te faire souffrir en te la racontant, n’ignorant rien de tes sentiments pour moi

mes sentiments pour toi…. si tu peux m’éclairer …

Lisa n’est pas dupe de ma relation avec toi,

???

Tes mails m’indiquent aussi que ma phrase t’a blessée… savoir que je ne t’avais pas captée alors que ce n’est pas une lampe torche que tu m’as mise dans la figure, c’est carrément des appels de phare que tu m’as fait ne pouvait que t’atteindre. 😉

Si j’ai fait des mauvais appels ou si j’ai roulé pleins phares, je suis désolée.

Ce n’est pas ta phrase qui m’a blessée, plutôt le : tu voulais savoir maintenant tu sais, qui m’a fait mal… après je suis partie en live.

Alors comment on continue ensemble ? On se tourne autour indéfiniment ou bien tu te lances ?

Je ne sais pas si j’ai répondu à ta question.

Bonne soirée.  Je t’embrasse. Célia »

Pascale était abasourdie par le mail de Célia. En effet incroyable de jouer à ce point les anguilles. Quelle habileté pour lui expliquer que la date anniversaire de leur rencontre n’avait été qu’une banale phrase prononcée pour meubler un blanc et lui ôter également au passage toute sa charge émotive. Du grand art ! En définitive Pascale ressentait une colère en elle car Célia la poussait à aller plus loin qu’elle ne l’aurait voulu pour savoir ce qu’elle avait dans le ventre. En fait elle se sentait manipulée. Célia la forçait à parler à sa place et ainsi elle pourrait encore se défausser si ce que Pascale raconte ne lui convenait pas. Oui, vraiment, du grand art !

Une parenthèse enchantée : chapitre 10

Lisa ne supportait plus de voir Pascale devant son ordinateur. Elle se réveillait dans l’après-midi et attendait avec impatience son retour. Travailler de nuit désocialisait et Lisa avait besoin de contacts. Elle s’horripilait de la voir allumer son ordinateur avant même de lui dire bonjour. Quand ce n’était pas de parler à un mur. Pascale avait la tête ailleurs et n’écoutait que d’une oreille les récits de Lisa. Cet après-midi-là, ce fut le pompon. Pascale fonça directement sur son PC et ne fit même pas semblant de s’intéresser à Lisa. Cette dernière explosa

« J’en ai marre d’être en compagnie d’un fantôme. Dis-le si ma présence te dérange !

– Pas du tout, Lisa, pourquoi ces idées ?

– Tu peux me répéter ce que je viens de te raconter.

– Euh, tu parlais de ton boulot.

– Et ?

– Et…

– Et qu’est-ce qui s’est passé ?

– Euh ….

– Tu vois tu n’écoutais pas.

– Désolée, j’ai eu une dure journée.

– Alors tu dois en avoir tous les jours depuis des semaines !

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce que tu es absente à toi-même et aux autres. Tu es là sans être là. Ton esprit est préoccupé par quelque chose qui te dévore de l’intérieur.

– Tu trouves ?

– Oui. Fais attention Pascale, tu es en train de te perdre et moi aussi ! »

Pascale venait de recevoir un uppercut en pleine mâchoire. Elle était sonnée par le coup. Elle devait y réagir sinon elle courait un danger. Lisa savait la faire redescendre sur terre.

« Bonsoir Célia,

Je suis désolée que cela ait provoqué en toi toute cette tristesse, ce n’était pas mon but. J’ai bien vu que tu avais été blessée. 

Je ne comprends pas jeu cruel.

On est en plein dedans je t’ai fait pleurer comme une madeleine parce que je ne me suis pas sentie libre d’exprimer avec toi mes sentiments. J’aurais dû avoir le courage de te dire « joker » ou bien ce que j’ai vraiment ressenti, ce que tes mails avaient généré en moi…

Je n’attends rien Pascale, je prends ce que tu donnes, je fais connaissance.

Tu vois j’ai eu pas mal de correspondances virtuelles mais jamais jusqu’à présent je n’ai été dans l’émotion comme avec toi. Ou du moins les sentiments éprouvés n’étaient pas réciproques…

Alors je vais être franche et honnête. Oui tu me troubles, oui je ne sais plus très bien où j’en suis avec toi. Parce que ça réveille en moi bien des souvenirs. Oui j’ai le sentiment par moment de tromper Lisa parce que je partage de l’intimité avec toi et que je me sens mal de le vivre ainsi même si je sais que la réalité est autre. Je sais bien que nous ne déraperons pas physiquement parce que la distance est là. Cependant je ne suis pas certaine qu’intellectuellement ce ne soit pas déjà commencé. Ce n’est sans doute pas ce que nous cherchions l’une et l’autre, toi en m’envoyant ce mail sur le chocolat, moi en y répondant.

???

Elle a vu dans quelle confusion des sentiments j’étais en ce moment, elle m’a reproché cet après-midi d’être absente même si physiquement j’étais là et que si elle pouvait elle jetterait l’ordinateur par la fenêtre.

Cela m’a demandé du courage de te l’écrire mais je te le devais, mon malaise est trop perceptible pour que tu ne le sentes pas.

 Bonne soirée. Affectueusement. Pascale »

Pascale se sentit soulagée d’un poids en envoyant son mail. Tant pis c’était dit. Qu’au moins une des deux verbalise ce qui se passait entre elles. Pascale aurait préféré que Célia le fasse la première. Elle sentait que des deux, c’était Célia qui était tombée amoureuse la première. Pascale se mettait trop de barrières mentales pour succomber. Son couple, s’il traversait une période de fragilités, était plus solide que celui de Célia.

D’ailleurs Pascale se demandait si Célia n’avait pas déjà rompu avec Dominique. Les quelques confidences lui laissaient penser que Célia était seule plus qu’à son tour. Est-ce que cela expliquerait les difficultés de Célia à avouer ses sentiments ? En effet si elle racontait sa rupture, son célibat, Pascale pourrait sentir une pression. Et si elle n’était pas encore prête à quitter Lisa, mettre un terme à leur aventure naissante. Chacune prenait des risques mais ils étaient plus importants du côté de Célia que de Pascale. 

« Bonjour chère toi,

J’espère que tout va bien et que tu es en forme.

Je suis désolée que cela ait provoqué en toi toute cette tristesse, ce n’était pas mon but.

Surtout, ne sois pas désolée, je t’assure, je t’ai trop bien ressentie voilà tout.

On est en plein dedans je t’ai fait pleurer comme une madeleine.

Je n’appelle pas ça jeu cruel, plutôt partage ou du moins ressenti….

Alors je vais être franche et honnête. Oui tu me troubles, oui je ne sais plus très bien où j’en suis avec toi. Parce que ça réveille en moi bien des souvenirs. Oui j’ai le sentiment par moment de tromper Lisa parce que je partage de l’intimité avec toi et que je me sens mal de le vivre ainsi même si je sais que la réalité est autre. Je sais bien que nous ne déraperons pas physiquement parce que la distance est là. Cependant je ne suis pas certaine qu’intellectuellement ce ne soit pas déjà commencé.

Je pense ma belle que nous en sommes au même point. Seulement je ne me pose pas de questions, juste vivre ce qui arrive, rien attendre, recueillir au fil des jours des émotions nouvelles…te découvrir, découvrir mon trouble, l’attente de tes mails…Tendresse amitié amour, je n’en sais rien et je m’en fous, je ne sais qu’une chose, tu es entrée dans ma vie … Je ne te demande rien, et ne veux pas te mettre mal à l’aise… Tu me troubles et ça me plait c’est tout ce que je vois…. Je me rends quand même bien compte que je pense beaucoup à toi… des fois je fais des trucs pas nets, genre laver deux fois les mêmes assiettes. Je découvre les choses comme elles m’arrivent et c’est bon…

Pascale, c’est vrai, j’ai parfois des élans de tendresse qui me submergent, je gère au mieux (pas toujours facile) et je te respecte trop pour vouloir t’importuner.  

Et jamais je ne suis allée te chercher sur un terrain plus léger…

Cela m’a demandé du courage de te l’écrire mais je te le devais, mon malaise est trop perceptible pour que tu ne le sentes pas.

Tu me fais trop craquer… 

Après cette drôle de semaine, ce que l’on vient de se dire, j’ai une envie très tendre de te prendre dans mes bras…. Be quiet Pascale, une envie tendre… 

Bon courage à toi et souviens-toi dans le petit matin Sarah Vaughan n’est jamais loin…

Je t’embrasse tendrement petite éponge… Célia »

Enfin Célia se livrait. Pascale apprécia son honnêteté. C’est clair que ces confidences avaient dû lui coûter. Mais au moins elles savaient maintenant où elles mettaient les pieds. Cela leur permettrait d’avancer. D’en parler allait leur faire le plus grand bien !

« Bonsoir Célia,

Je pense ma belle que nous en sommes au même point. Seulement je ne me pose pas de questions, juste vivre ce qui arrive, rien attendre, recueillir au fil des jours des émotions nouvelles… te découvrir, découvrir mon trouble, l’attente de tes mails…

C’est sans doute là que nous ne vivons pas la relation de la même manière. Ce n’est pas que je me pose des questions mais je ne suis pas de marbre quand je t’écris des mots doux alors que Lisa est dans la même pièce. Je n’ai pas non plus ton fonctionnement, la tendresse compte beaucoup pour moi mais ce n’est pas tout. Je ne peux pas m’en contenter, j’ai aussi besoin de relations sexuelles. Mon trouble est là également. Je ne voudrais pas un jour faire l’amour à Lisa en pensant à toi. Par respect pour elle autant que pour toi…

Pascale, c’est vrai j’ai parfois des élans de tendresse qui me submergent, je gère au mieux (pas toujours facile) et je te respecte trop pour vouloir t’importuner.

C’est plus que de la tendresse qui me submerge, parce que comme je te l’ai dit je fonctionne autrement. Et je le gère du mieux que je peux mais ça ne me convient pas.

J’ai connu d’autres femmes avant Lisa, d’autres corps à aimer. C’est avec elle que j’ai connu l’épanouissement total, nous osons nos désirs mais rien qui ne sortent de l’ordinaire, nos fantasmes sont on ne peut plus gentils et proprets. Je n’ai pas de fantasmes inavoués, ni le désir d’aller voir ailleurs. Jusqu’à ce que je te rencontre, c’était un jeu verbal entre nous qui n’avait aucune réalité. Mais là encore, ma fidélité et mon amour pour Lisa sont fondamentaux pour moi. Aujourd’hui je ne sais plus très bien, je vis une certaine confusion, je joue avec le feu avec toi et je crains de te brûler…

J’aimerais trouver avec toi une relation qui ne me mette pas si mal avec ma conscience. Te donner sans pour autant que mes émotions ne me débordent ni faire souffrir Lisa …  

Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme la puissance des mots écrits qui peuvent t’emporter très loin dans ton désir de l’autre. Et tu me rappelles trop Lisa par certains moments…

J’espère que tu auras passé une agréable journée ma douce.

Tendrement. Pascale »

Rien ne les arrêtait plus dans les confidences.

« Salut ma belle,

Ce n’est pas que je me pose des questions mais je ne suis pas de marbre quand je t’écris des mots doux alors que Lisa est dans la même pièce.

Je ne suis pas de marbre non plus, seulement Dominique n’est pas souvent dans la même pièce.

En fait je n’ai pas non plus ton fonctionnement, la tendresse compte beaucoup pour moi mais ce n’est pas tout. Je ne peux pas m’en contenter, j’ai aussi besoin de relations sexuelles.

Je connais ça tu sais, moi aussi j’ai besoin de relations sexuelles je ne suis pas que dans la béatitude….

Mon trouble est là également. Je ne voudrais pas un jour faire l’amour à Lisa en pensant à toi. Par respect pour elle autant que pour toi…

Je comprends ce que tu veux dire…. Personnellement je ne peux pas garantir que ça ne m’arrivera jamais. Je suis trop troublée et tu surgis n’importe quand… je sais très bien le respect mais que faire contre un tsunami ? 😉  

Pour l’instant Dominique et moi nous nous croisons plutôt alors ce n’est pas à l’ordre du jour… Mais pour être tout à fait honnête, il n’y a pas longtemps ça m’est arrivé en l’embrassant. J’étais dans la cuisine, à planer à 15000 en pensant à toi, avec une boule de feu dans le ventre, et ma chérie s’est approchée pour un tendre câlin, je n’ai pas eu le temps de réintégrer mon corps et je t’ai embrassée. Je ne suis pas fière, je n’ai rien contrôlé, voilà pourquoi je ne peux rien garantir… Mais je pourrais te dire aussi que si en fait j’ai envie de toi, il est peu probable que je m’abandonne dans les bras de Dominique. Ça, je ne contrôle pas bien, mais chez moi ce n’est pas très compatible…

Voilà où je suis rendue après huit ans de vie commune et 34 jours de correspondance… Je dis souvent : on ne peut jamais savoir… j’en ai l’illustration parfaite…

 C’est plus que de la tendresse qui me submerge,

Tu sais ça m’arrive sans doute plus que tu ne penses … 😉

Nous osons nos désirs mais rien qui ne sortent de l’ordinaire, nos fantasmes sont on ne peut plus gentils et proprets. Je n’ai pas des fantasmes inavoués, ni le désir d’aller voir ailleurs.

J’aurais pu écrire tout pareil… après, je t’ai rencontrée…

Aujourd’hui je ne sais plus très bien, je vis une certaine confusion, je joue avec le feu avec toi et je crains de te brûler…

Pourquoi depuis deux jours veux-tu absolument me faire mal ? me brûler… 😉 je rigole… jamais je n’ai essayé ça … Et toi tu ne te brûles pas avec le feu ?

J’aimerais trouver avec toi une relation qui ne me mette pas si mal avec ma conscience. Te donner sans pour autant que mes émotions ne me débordent ni faire souffrir Lisa …

As-tu une solution ? tu veux qu’on fasse un break ma jolie ?

 Il y a des signes qui ne trompent pas. Et tu me rappelles trop Lisa par certains moments…

Tu as peur que je sois amoureuse de toi Pascale ?

Tu sais toi et moi apparemment nous avons les mêmes lèvres, la supérieure fine et l’autre plus charnue. Mes yeux ne sont pas bleus plutôt chocolat praliné 😉 Mes cheveux sont plus bruns que les tiens un peu plus longs aussi … a vue de nez nous devons avoir à peu près la même taille, tu es assise sur la photo, mais je pense… Le même âge aussi…

Tu sais pascale je voudrais sortir de ma clandestinité, moi qui aime tant ça d’ordinaire, mais je suis bien embêtée, je fuis en général tout ce qui ressemble à un objectif et je n’ai pas trop de photos, j’en ai trouvé deux pas trop vieilles mais pas terribles qui te donneraient quand même une idée de ma dégaine…

Passe une bonne journée ma douce.

Je pense à toi. Célia »

Pascale frissonna devant son écran. Enfin Célia avouait ses sentiments. Elle voulut lui faire signe avant de partir travailler.

« Bonjour Célia,  

C’est justement parce que j’ai senti la chaleur que j’ai dégoupillé l’extincteur en t’en parlant.

Je ne sais pas si c’est une bonne idée le break…

Tu as peur que je sois amoureuse de toi Pascale ?

Oui

Tu sais pascale je voudrais sortir de ma clandestinité

Ne te presse pas de sortir de ta clandestinité si tu ne le sens pas.

Nous avons tout notre temps et peut-être que la prochaine fois qu’un objectif trainera tu lui présenteras ton minois en pensant à moi… 🙂

Bonne journée ma tendre et belle. Je t’embrasse. Pascale »

« Bonsoir Pascale,

Je ne sais pas si c’est une bonne idée le break…

Ce n’est pas comme ça que je dirais mais puisque tu l’as ressenti ainsi soit… Tu sais Pascale si tu as besoin d’un break ce n’est pas compliqué il suffit de le dire… j’ai comme l’impression que tu as besoin d’un peu d’air, de recul, retrouver ta chérie… pas de problèmes pour moi, je survivrai tu sais… je retournerai à ma vie…

Je te garderai comme un beau cadeau, pas objet de fantasmes non, une belle rencontre, un bout d’humanité… un rayon de soleil comme le ciel nous en envoie parfois. Que l’on s’écrive encore ou pas, ne m’affaiblira pas, je prends ce que le ciel m’envoie et quoi qu’il se passe j’en tirerai toujours un enseignement… finalement n’est-ce pas ça grandir ?

Tu as peur que je sois amoureuse de toi Pascale ?

Oui

Rassure-toi, même si j’adore m’envoler je suis très lucide…. Sois tranquille tout va bien…

Affectueusement. Célia »

Célia avait répondu le matin, ce n’était pas dans ses habitudes. Pascale sentit qu’elle avait besoin d’être rassurée. Elle attendit que Lisa soit couchée pour lui répondre.

« Bonsoir Célia,

 J’ai comme l’impression que tu as besoin d’un peu d’air, de recul, retrouver ta chérie.

Je n’ai ni besoin d’air, ni de recul, ni de retrouver ma chérie puisque je ne l’ai pas perdue ! 😉

Je t’ai parlé de mes différences avec Lisa. Dès le départ, elle savait qu’elle ne me comblerait pas sur certains points en particulier intellectuels. Elle a eu l’intelligence de me laisser aller vers les autres satisfaire certains de mes besoins relationnels pour mieux me garder. J’ai eu l’intelligence de ne pas la faire souffrir inutilement. Elle sait que je t’écris mais ne sait rien de ce que je t’écris. Pour Lisa j’étais la femme inaccessible, elle me porte une admiration sans borne.

Tu ne peux pas imaginer tout ce qu’elle me donne, je suis tout pour elle. Elle est prête à tout pour me garder, notre couple est en perpétuel mouvement, depuis le départ nous évoluons ensemble. De plus nous avons traversé un certain nombre d’épreuves ce qui nous a soudées. Je l’aime depuis dix ans, d’un amour sans faille et toutes ces fenêtres sont pour elles le moyen le plus sûr de me garder.

Sa possessivité, sa jalousie sont pour elle une façon de se mettre faussement en rivalité. Elle veut juste que je lui dise que c’est elle que j’aime, elle qui compte le plus.

Jusqu’à présent dans mes relations virtuelles, je ne me suis pas engagée autant affectivement. J’étais avec ces personnes dans la superficialité. J’ai rencontré des gens sympas et j’ai pas mal rigolé. Avec d’autres j’ai été dans l’échange intellectuel ou technique… C’était très balisé et sans surprise parce que bien cadré.

Avec toi ça ne ressemble à rien de ce que j’ai connu. Je me sens bien avec toi. Je n’ai pas envie de faire un break car je nous pense capable toi et moi de discuter de tout cela. Comme je te l’ai dit je me sens bien aussi avec Lisa, nous ne traversons pas de crise, je ne cherche pas une aventure. Je souhaite seulement concilier ma vie réelle et notre relation.

Rassure-toi, même si j’adore m’envoler je suis très lucide…. Sois tranquille tout va bien…

Moi aussi je suis très lucide et c’est bien ça qui m’effraie. Parce que s’il y a bien une chose que je ne contrôle pas ce sont mes sentiments.

J’ai un très grand sens moral, malgré la liberté que me donne Lisa. Ce n’est pas elle qui me retient d’agir, c’est ma p.… de conscience.

Ce serait beaucoup plus simple pour moi si nous ne faisions que coucher ensemble.

Alors tu vois pourquoi je te donne des signes physiques d’affections (bisous, affectueusement, tendrement…), c’est pour moi quelque chose d’acceptable.

Je t’ai sentie malheureuse dans ce mail, tu te préparais à une rupture. Ce n’est pas mon souhait. J’ai encore beaucoup à partager avec toi.

Je ne sais si tu peux saisir ma relation avec Lisa. Il y a une place pour toi dans ma vie, dans mon cœur également. Une amitié particulière…

Je te souhaite une bonne soirée. Je t’embrasse. Pascale »

Les mots de Pascale avaient dû faire mouche.

« Bonsoir Pascale.

Je suis trop crevée ce soir pour te répondre. A demain ma belle. Tendrement. Célia »

Pascale sourit quand elle découvrit le mail du matin. Célia était soulagée que Pascale ne cherche pas à rompre. La voilà rassurée momentanément. Elle prendrait le temps de lui écrire ce soir.

« Bonsoir Célia,

Pour t’écrire j’aime avoir du calme et de la tranquillité. C’est souvent après ma journée de boulot. Quand j’ai fini de répondre à ton mail, j’aurais envie un peu plus tard de t’en réécrire un autre, pour te parler, te raconter mes émotions… Mais je suis tellement crevée que je remets à plus tard… Souvent le matin au réveil mais je manque de temps… ou juste avant de commencer le boulot… Bref pas le moment le plus propice… Aussi je comprends pour hier soir…

J’aurais dû aussi te dire que dès ton premier mail quelque chose en toi m’a beaucoup plu, je ne saurais te dire quoi. Sans doute ton envie de chocolat, ça a réveillé en moi des souvenirs…

Il ne m’a pas fallu longtemps pour ressentir pour toi une profonde affection. Tu es tout à fait le genre de femme qui me plait et avec laquelle j’aurais aimé faire un bout de chemin si je n’avais pas été en couple. Je me suis sentie immédiatement bien avec toi, dans le partage, dans la confidence. Nous ne nous connaissions pas mais nous nous sommes tout de suite trouvées.

Tes mots m’ont emmenée très loin dans l’imaginaire. J’ai aimé tout de suite ton univers, ceux qui le composent. Ta personnalité est extrêmement attachante.

Je voyais bien que je ne t’étais pas indifférente. Pour autant je minimisais, en me disant que je projetais sur toi mes sentiments.

A tes réactions j’ai compris que notre affection était partagée et réciproque. J’ai regretté mes provocations d’un mauvais genre. Mais c’était trop tard pour les remords…

Cela m’a mis très mal. Je t’avais stupidement allumée pour me rendre compte que je ne pourrais rien éteindre.  

Qu’est-ce que je pouvais te proposer ? En dehors d’un banal adultère je ne voyais pas trop. Mais de ça je ne le voulais pas. Pour les raisons que je t’ai expliquées mais aussi parce qu’au moment où j’ai rencontré Lisa j’étais engluée dans une relation triangulaire qui m’avait bien fait souffrir. J’étais la maîtresse d’une femme mariée… Elle s’appelait… Capucine… (et oui ça ne s’invente pas comme coïncidence !). Comme toi aujourd’hui je sais ce que je ne veux plus.

J’ai rencontré Lisa à la suite d’un accident de la voie publique. Nous nous sommes très vite plu. J’ai été très touchée et émue par elle mais je n’étais pas amoureuse d’elle comme elle l’était de moi. Je l’aimais bien mais c’était tout. J’avais besoin de temps alors qu’elle, elle savait que j’étais la femme de sa vie. J’étais traumatisée par ma précédente relation.

Lors de fêtes de fin d’année, étant seule, j’avais choisi pour le nouvel an de me rendre dans un bar lesbien. L’ambiance était festive, je m’étais installée au zinc, les tables étaient occupées par des groupes ou des couples. A un moment ma voisine, que je ne connaissais pas est allée aux toilettes et m’a demandé de lui garder son sac. Deux heures plus tard elle n’était toujours pas revenue. C’est ainsi que j’ai rencontré Capucine. En effet elle était seule et a engagé la conversation sur ce qu’elle croyait être ma copine et qu’elle pensait être partie avec une autre. Aussi elle m’a d’emblée menti, omettant de me parler de son mari et de ses enfants, elle était célibataire.

C’est pourquoi elle n’a pas mis longtemps à comprendre que la maternité était un sujet sensible et a senti la faille chez moi. Nous avons fait la fermeture du bar et je l’ai raccompagnée au métro. Il était fermé. Je l’ai donc raccompagnée chez elle en voiture. Nous ne pouvions plus nous quitter. Nous bavardions depuis une heure dans la voiture dans le noir quand un exhibitionniste est venu nous narguer en se masturbant devant nous. Capucine m’a invitée, contrainte par les événements, à venir chez elle, en fait ses enfants et son mari étaient chez sa belle-mère. Comme c’était prévisible nous avons fait l’amour…  Dans le lit conjugal….

Capucine a été très disponible les quinze premiers jours de notre relation. J’allais la chercher à son boulot, nous filions chez moi faire l’amour et je la ramenais chez elle. Elle ne voulait pas dormir chez moi et m’avait inventé une histoire pas possible avec sa mère soi-disant malade. Puis très vite, elle a commencé à me parler de son « cas d’école ». Elle avait décrété que j’étais bisexuelle puisque j’avais vaguement connu un homme, la relation à deux c’était une énorme fumisterie, le bonheur se vivait à trois. Elle et moi formions ce « cas d’école ». Et là c’était l’apologie d’un homme deux femmes, quel bonheur pour deux femmes qui s’aimaient d’avoir des enfants du même père.

Et comme je ne voulais rien entendre, je lui répondais que la bigamie était interdite en France et que le système des coépouses ne rendait pas les femmes africaines très épanouies. Elle en avait plein la bouche de son « cas d’école », je ne savais pas ce que je perdais, combien c’était excitant de mettre un homme entre nous, que nous pourrions avoir des enfants, elle les garderait pendant que j’irais bosser… Jusqu’au jour où j’eus le malheur de dire « encore faudrait-il que le type me plaise ». Le samedi suivant elle m’invitait à dormir chez elle. Sauf qu’elle avait oublié de me dire que nous dormirions à trois.

Quand je suis arrivée, il était installé sur le canapé à ses côtés. Leurs deux enfants étaient là. J’ai pensé qu’elle avait invité des amis et que nous attendions les autres avant de prendre l’apéritif. Quand elle m’a annoncé que nous mangerions dans la cuisine dans dix minutes, que son fils lui donna du maman, je fus prise d’un malaise. Je pris ce prétexte pour rentrer chez moi.

Le lendemain elle était derrière ma porte. Elle m’avoua m’avoir menti, je plaisais beaucoup à son mari. Moi par contre il ne me plaisait pas avec sa gueule d’obsédé sexuel. Elle m’expliqua qu’au début je ne coucherais pas avec lui, juste elle et moi devant lui. Pas question ! Je ne devais avoir aucune crainte c’était un éjaculateur précoce la pénétration n’était jamais longue avec lui. D’ailleurs elle se saoulait à la vodka avant d’y passer, pas besoin de se déshabiller elle avait une culotte à trou (qu’elle me montra plus tard). J’étais sous le choc. Tout cela devenait bien glauque, je m’étais embarquée dans une histoire que je ne contrôlais plus.

J’exigeais de la voir seule et chez moi. Pendant quinze jours elle fut charmante, au lit c’était super. Puis du jour au lendemain, elle refusa de me voir. Son mari devait s’impatienter. Un soir elle m’appela. Elle me proposait de partir une semaine en vacances avec moi, elle voulait avant me présenter à sa meilleure amie qui nous invitait à manger chez elle. Ce fut la honte de ma vie. En fait ils me présentèrent comme leur maîtresse à tous les deux, leur fantasme était ancien et connu de tous. La soirée s’est finie autour d’un joint. Comme je ne fumais pas, je n’ai pas adhéré à leur délire collectif. Par contre je me suis vengée du mari en roulant une pelle à Capucine devant tout le monde, cela mit fin à la soirée très rapidement.

Capucine me tanna pour que je prenne une semaine de vacances, que je réserve un hôtel je ne sais plus où. Quelque chose me retint de le faire. Nous étions à deux jours du départ et une fois de plus, je n’avais plus de nouvelles. Je lui téléphonais pour lui demander comment nous organiser pour le jour J. Très froidement elle me claqua le combiné au nez. Je rappelai aussi sec. Et pour toute réponse j’eus droit à un « j’ai besoin d’intimité, tu me déranges ! ». Il était évident que je ne faisais pas partie de son intimité !

Ce fut sa dernière humiliation. Je lui envoyais un mot très bref de rupture. Elle me harcela, me fit du chantage au suicide. J’avais eu l’imprudence de lui parler de Lisa qu’elle salit tant qu’elle put. J’eus trop honte pour raconter à Lisa ce que je viens de te dire. Je ne lui parlais pas trop de Capucine, cela m’évita de lui mentir.

Je me suis promis que plus jamais je me laisserai entraîner dans une histoire d’adultère ni n’entraînerai quelqu’un avec moi.

J’ai compris mais un peu tard que la peur d’un engagement profond et durable m’avait poussé à cette fuite en avant dans une histoire dont j’avais pressenti la fin avant même qu’elle ne commence…

C’est cette blessure que tu es venue réveiller. Quelque part, ça rejoint ton analyse sur mes chakras…

J’ai trop de respect pour Lisa et toi, trop d’affection pour vous deux.

C’est pour cela que j’aurais voulu avoir avec toi une belle histoire d’amitié, où tu ne sois pas le numéro deux mais bel et bien l’unique dans mon cœur, chacune aurait sa place de choix. C’est ce que j’ai appelé une amitié particulière, à nous de la définir et de savoir ce qu’on y met dedans. 

Ce n’est qu’une proposition. Tu as ton mot à dire et peut-être as-tu envie d’autre chose…

Je regrette d’avoir repoussé toujours et encore ce mail.

J’ai été maladroite avec toi et je m’en excuse.

Une fois de plus j’ai été bien égoïste, je n’ai pensé qu’à moi…

Ce mail n’a pas été facile à écrire, depuis ce matin j’y pense. Là je vais aller me coucher, je suis vidée…

Je te souhaite une bonne soirée. Je t’embrasse. Pascale »

Pascale en envoyant ce mail savait qu’elle ne contrôlait plus rien. En effet elle n’avait pas envie de quitter Lisa pas plus qu’elle ne voulait renoncer à vivre quelque chose avec Célia. Néanmoins au plus profond d’elle, une petite voix lui disait qu’elle regretterait toute sa vie de ne pas vivre jusqu’au bout cette aventure. Seulement elle ne voulait pas en payer le prix et pour l’instant car elle voulait le beurre et l’argent du beurre. Mais jusqu’à quand ?

Une parenthèse enchantée : chapitre 11

« Douce Pascale,

Je pense que je lis ton mail depuis une heure environ (si si je peux le faire) parce que quand j’ai fini je me dis, attends, attends, as-tu bien compris ce que tu viens de lire ? et je recommence … En fait certains de tes mails m’ont occupée des heures pendant la lecture, et ensuite… c’est ce que j’appelle le double effet Kiss Pascale (drôlement mentholé… j’adore la menthe qui décoiffe, d’ailleurs je me fais de ces sensations…)

Donc quand je pense avoir tout bien compris j’envisage de te répondre et là c’est par où commencer, ça peut aussi durer un moment… alors j’ai recours au copier-coller et là enfin je te réponds. Mais il y a aussi plein de trucs que je voudrais te raconter et moi aussi je manque de temps, j’y pense dans la journée, certains jours ce n’est même pas un carnet qu’il me faudrait mais un dictaphone … en fait je rigole, mais le pire c’est que c’est vrai…

Alors je me lance.

Pour t’écrire j’aime avoir du calme et de la tranquillité. C’est souvent après ma journée de boulot. Quand j’ai fini de répondre à ton mail, j’aurais envie un peu plus tard de t’en réécrire un autre, pour te parler, te raconter mes émotions… Mais je suis tellement crevée que je remets à plus tard… Souvent le matin au réveil mais je manque de temps… ou juste avant de commencer le boulot… Bref pas le moment le plus propice…

Prends tout ton temps Pascale car tu me l’as dit n’est ce pas, nous avons tout notre temps…

J’aurais dû aussi te dire que dès ton premier mail quelque chose en toi m’a beaucoup plu, je ne saurais te dire quoi. Sans doute ton envie de chocolat, ça a réveillé en moi des souvenirs…

Tu vois depuis des années je surfe, je lis des tas de pages partout, je vais traîner sur des forums musicaux ou de techniques complémentaires, d’infos, sans jamais laisser de mot, comme une voleuse. Souvent je n’ai rien à dire, rien de plus intéressant en tous cas et la polémique pour la polémique ne m’intéresse pas.

Et chez toi, je n’ai pas tout compris de ce qui se passait, mais je t’ai déjà expliqué ça aussi, hein mon âme familière 😉

Je vis une relation de tendresse remarquable avec le chocolat depuis mon plus jeune âge, avec le sucre en général. Bref je raffole de chocolat. Aussi quand j’ai lu ton texte sur l’Amadeus, il m’a semblé entrevoir derrière les textes autre chose… je t’ai écrit, je ne le fais jamais mais tu vois à quoi ça tient…

A tes réactions j’ai compris que notre affection était partagée et réciproque. J’ai regretté mes provocations d’un mauvais genre. Mais c’était trop tard pour les remords… Cela m’a mis très mal. Je t’avais stupidement allumée pour me rendre compte que je ne pourrais rien éteindre.

Pas grave tout ça Pascale… en fait ce que je trouve fort c’est de pouvoir en parler…

Elle s’appelait… Capucine… (et oui ça ne s’invente pas comme coïncidence !).

Mortel le coup des Capucines… ! A te lire franchement je ne regrette rien. 😉

Par contre je me suis vengée du mari en roulant une pelle à Françoise devant tout le monde, cela mit fin à la soirée très rapidement.

Excellent, j’adore…

C’est pour cela que j’aurais voulu avoir avec toi une belle histoire d’amitié, où tu ne sois pas la numéro deux mais bel et bien l’unique dans mon cœur, chacune aurait sa place de choix. C’est ce que j’ai appelé une amitié particulière, à nous de la définir et de savoir ce qu’on y met dedans.

Ce n’est qu’une proposition. Tu as ton mot à dire et peut-être as-tu envie d’autre chose…

Moi en fait j’ai envie de te découvrir ….

J’ai été maladroite et je m’en excuse.

Arrête Pascale, tu ne m’as pas fait souffrir… mais pourquoi tu dis ça ?

Une fois de plus j’ai été bien égoïste, je n’ai pensé qu’à moi…

Eh oh, ça ne va pas la tête ? Moi en tous cas je ne t’ai jamais perçue comme ça …

En fait je rêve d’un jour rien que pour moi, un jour entier dans mon vaisseau où je pourrais reprendre tes mails tranquillement parce que j’ai plein de réponses en retard, des trucs que tu dis qui me font rebondir… D’ailleurs je pourrais t’avouer que j’ai beaucoup aimé nos baisers virtuels…  car je trouve ça très poétique de dire à quelqu’un je t’embrasse alors qu’il n’est pas là… mais ne cherche pas, ça c’est moi… Parfois je me dis que je ne suis pas très normale…  en fait je m’arrête à des trucs que personne ne remarque et ça me fait planer des heures…

Aussi ne prends pas peur, quand je te dis des choses comme ça… je le répète je suis très lucide et sais très bien ce que nous pouvons vivre ou pas… en définitive je suis seulement trop sentimentale… mais je gère ça plutôt pas mal… en fait je rêve voilà tout… 

Dis-moi Pascale, petit jeu de géographie : connais-tu la préfecture de la Haute-Garonne ?

Je pense que ce soir j’ai battu mon record de fautes toutes catégories confondues.

Aussi ne m’en veux pas, tu me connais un peu plus maintenant….

Je me demande même si finalement je ne vé pa tecrir com lé d’jeunes. Tu es un beau cadeau Pascale, et modestement je me félicite de mon instinct… Cependant j’aurais aimé te connaître juste avant … voilà tout…

Je continue demain …

D’ailleurs je pense que tu vas te réveiller bientôt, j’espère que tu as dormi d’un sommeil réparateur.

Aussi je te souhaite une bonne journée pleine de soleil….

Inutile de te dire que je pense à toi mais je crois que tu le sais…

Je t’embrasse tendrement. Célia »

Pascale en découvrant cette missive sentit le battement de son cœur s’accélérer. En effet elle se sentit prise dans un engrenage. Pourtant elle aurait voulu appuyer sur stop pour voir à quel moment elle avait dérapé. En fait elle paniquait. D’un côté elle avait très envie d’aller plus loin, de l’autre raisonnablement et moralement elle s’interdisait d’envisager quoi que ce soit. Elle sentait que le virtuel démultipliait les sentiments alors que le réel ne faisait plus le poids. Et puis surtout que dans la balance il y avait dix ans de vie commune avec Lisa, une relation apaisée et au fond assez satisfaisante. Par ailleurs son envie de grand amour tiendrait-il la route une fois l’ordinateur débranché ? Lâcher la proie pour l’ombre n’était pas dans le tempérament de la sage Pascale. Empêtrée dans ses états d’âme, elle fut lapidaire.

« Bonjour Célia,

Ce n’est pas de toi dont j’ai eu peur mais de moi.

Tu es un beau cadeau Pascale, et modestement je me félicite de mon instinct… Cependant j’aurais aimé te connaître juste avant …voilà tout…

Juste avant quoi ?

Dis-moi Pascale, petit jeu de géographie : connais-tu la préfecture de la Haute-Garonne ?

Toulouse, j’y suis passée avec Lisa il y a quelques années mais je ne connais pas plus que ça.

Baisers tendres. Pascale »

Réponse immédiate de Célia, à croire qu’elle l’attendait !

« Juste avant quoi ?

Juste avant, qu’on se marie toi et moi avec nos compagnes respectives… 

Toulouse, j’y suis passée avec Lisa il y a quelques années mais je ne connais pas plus que ça.

C’est tout à fait ça…. Toulouse…

Là il faut que je file….

A plus tard, douce Pascale,

Je t’embrasse fort et tendrement.

Fort et tendre en même temps ? si si c’est possible…

Même si je n’en ai pas envie il faut que je m’extirpe de ce fauteuil…

Alors … c’est parti… 

Bises, très chère et bonne journée… Célia » 

Pascale était estomaquée. Mais quand dormait Célia ? En effet il s’était écoulé à peine trois heures entre le long message et celui là. Pascale avait besoin de ses huit heures de sommeil. De l’énergie, Célia en avait et même à revendre ! D’ailleurs Pascale la sentait portée par cette relation pendant qu’elle s’engluait dans un conflit moral. Elle avait même oublié ses problèmes de poids avec cette correspondance cependant ils étaient toujours présents. Certes, elle s’était stabilisée. Sauf que là, elle remarquait que les sucreries l’attiraient et que pour chasser la boule qu’elle avait dans le ventre, rien ne valait de la nourriture pour la calmer. Alors qu’elle sentait une envie venir, elle préféra aussitôt verbaliser ce qui la bouleversait.

« C’est ça mon dilemme … Le temps…

C’est sûr que si je t’avais rencontrée avant Lisa, j’aurais craqué pour toi. Je sais que tu m’aurais rendue heureuse… 😉

On peut s’embrasser fort et tendrement à la fois. Cela s’appelle passionnément… 😉

En fait je vais penser à toi toute la journée maintenant.

D’ailleurs je vais avoir toutes les peines à me concentrer sur mon boulot aujourd’hui…

Je t’embrasse de tout mon cœur. Pascale »

Pascale pensa toute la journée à Célia. En définitive le conflit intérieur était puissant. Plus elle se raisonnait, plus elle avait envie de Célia. D’autre part elle commençait à fantasmer sexuellement sur elle. A imaginer son corps, au grain de sa peau, son odeur. De plus des flashs érotiques la traversaient. La pointe d’un sein dressé. Une caresse furtive sur la fesse. Elle en rougissait toute seule. Pourtant ce n’était pas du tout son style tellement rangé. En réalité elle ne se reconnaissait plus. Elle avait envie d’explorer son corps et celui de sa partenaire. Plus elle cadenassait ses désirs, plus ceux-ci s’imposaient à elle. On aurait dit une adolescente qui découvrait l’amour. Et les risques qui vont avec. Mais saurait-elle s’en protéger ?

« Bonsoir ma douce,

Ce n’est qu’une proposition. Tu as ton mot à dire et peut-être as-tu envie d’autre chose…

Moi en fait j’ai envie de te découvrir ...

C’est plein de promesses tout ça ma belle. J’aime beaucoup l’ambiguïté de la phrase… le double sens du mot « découvrir ». Une envie de me mettre à nue ? 🙂

Arrête Pascale, tu ne m’as pas fait souffrir… pourquoi tu dis ça ?

Ta conjonctivite qui a viré à la myxomatose derrière ton écran… le break que tu m’as proposé, le si ça doit s’arrêter ça aurait été une belle parenthèse…

Eh oh, ça ne va pas la tête ? Moi en tous cas je ne t’ai jamais perçue comme ça …

Un point pour toi, tu n’as pas le monopole des phrases du type : Comme j’ai regretté mon habileté à taper des conneries sur le clavier !

Je le répète je suis très lucide et sait très bien ce que nous pouvons vivre ou pas… je suis seulement trop sentimentale… mais je gère ça plutôt pas mal… je rêve voilà tout…

Je n’ai plus peur, maintenant je me sens bien depuis que j’ai pu t’exprimer mes sentiments. Sans doute que je suis capable de rêver plus que toi parce que je sais que parfois nous pouvons vivre des choses insensées. J’ai envie de continuer à me dévoiler pour que tu comprennes mieux ce qui m’a tant angoissé ces derniers jours.

Avant de rencontrer Capucine et Lisa, j’ai connu une autre femme. A l’époque je travaillais à la direction financière d’un hôpital. Elle avait été opérée d’un cancer du sein. Elle avait eu une tumorectomie car elle avait refusé la mastectomie. Son cancer avait métastasé au foie, il se généralisait, elle avait six mois à vivre. Elle était divorcée, mère de deux enfants. Je la rencontrais dans le couloir quand elle allait fumer ou bien se chercher un café. Un sourire, un bonjour c’était tout.  

Un après-midi, je la croise en pleurs, je lui demande si ça va, si elle veut que j’appelle un médecin. Elle venait d’en voir un qui lui avait brutalement asséné la vérité et la mettait face à la réalité. Elle devait mettre ses affaires en ordre et régler le problème de garde de ses enfants. Ne voulant pas poursuivre la conversation dans le couloir je l’invitais dans mon bureau. Je n’avais aucune raison de le faire, ce n’était pas mon boulot, c’est simplement que sa détresse ne m’avait pas laissée insensible. Elle avait parfaitement saisi la cruauté de la situation. Mais elle ne pouvait s’y résoudre. Elle fondait des espoirs insensés dans les progrès de la science.

Mais surtout ce qui la faisait le plus souffrir, c’est qu’elle ne connaitrait jamais l’amour, elle quitterait la vie sans savoir ce que c’était. Je m’en étonnais étant donné qu’elle avait été mariée, qu’elle avait deux enfants. Elle me répondit que c’était le drame des grands malades, ils font fuir, ils ne sont plus désirables. Oui mais pourquoi m’avait-elle dit qu’elle ne connaitrait jamais l’amour ? Et comme quelqu’un qui n’a plus rien à perdre, qui est au plus près de sa vérité et de ses sentiments, elle m’avoua son penchant pour les femmes, combien elle avait été toujours attirée par leur douceur… J’ai mis fin à l’entretien qui prenait un tour qui me déplaisait. J’étais au boulot, les réflexes professionnels avaient repris le dessus.

Le lendemain et les jours suivants elle a tout fait pour être à mon contact. Elle m’invitait à prendre un café, à manger un chocolat… Elle était tombée amoureuse et ne s’en cachait pas. Dans le service quand on parlait d’elle on l’appelait « ta fiancée ». C’était devenu très embarrassant.

Notre relation a commencé quand elle a quitté le service. Je ne sais comment elle s’est procuré mon numéro de téléphone personnel. Elle avait vu mon nom et mon prénom sur mon badge, en le cherchant sur les pages blanches, avec les départements limitrophes au département où je travaillais, elle n’a pas dû avoir trop de mal à me trouver. C’était une très belle femme et je n’ai pas été insensible à son physique. Elle avait une poitrine superbe, le cancer n’avait pas eu raison de sa féminité. J’ai aimé son corps lardé de cicatrices, son crâne chauve quand la chimio a fait des ravages, son pubis pubère… Je l’ai aimée jusqu’à sa mort, notre amour lui a fait gagner six mois sur le pronostic initial. J’ai adouci sa fin de vie, elle a connu l’amour qu’elle désespérait de ne jamais rencontrer.

Après son décès, je suis partie à sa recherche à travers les lieux et les gens qu’elle avait pu connaitre. J’ai découvert cette femme pour la deuxième fois. Plus tard j’ai compris pourquoi j’ai été aussi amoureuse de Lisa, tant il y avait des similitudes dans leurs enfances et leurs vies…

Elle non plus pensait ne pas pouvoir vivre un tel amour…

Voilà pourquoi j’ai eu si peur. Parce que je sais que l’amour peut parfois être le plus fort…

Je te souhaite une bonne soirée !

Je t’embrasse très tendrement et j’en frissonne de plaisir… Pascale »

Les vannes étaient ouvertes, Pascale lâchait tout ce qu’elle retenait en elle depuis tant d’années et qui l’étouffait. Des amours malheureux, une fascination morbide pour des histoires douloureuses. Le bonheur lui faisait peur et c’est bien pour ça qu’une part d’elle repoussait cet amour.

« Bonjour très chère toi,

Je ne sais que répondre à ce que je viens de lire alors je laisse tes mots cheminer en moi… ça changera… 😉

Sans doute que je suis capable de rêver plus que toi parce que je sais que parfois nous pouvons vivre des choses insensées.

J’en ai bien conscience… tellement … qu’avec toi ça ne m’arrange pas de le savoir ou d’y penser… ce serait comme une porte ouverte, que dis-je une baie vitrée… 😉 tu comprends ?

C’est plein de promesses tout ça ma belle. J’aime beaucoup l’ambiguïté de la phrase… le double sens du mot « découvrir ». Une envie de me mettre à nue ? 🙂

Pascale, tu n’es pas sérieuse ! J’ai dit que j’allais être sage comme une image, ne me cherches pas ma jolie… 😉 j’aime aussi le double sens… 😉

Ta conjonctivite qui a viré à la myxomatose derrière ton écran… le break que tu m’as proposé, le si ça doit s’arrêter ça aurait été une belle parenthèse… 

Je te l’ai dit les larmes soulagent mon foie, j’ai pleuré de grande émotion c’est différent, le break parce que je ne te sentais pas bien. Pour la parenthèse je te l’accorde… Mais tout ça Pascale ce n’est pas de la souffrance…

Un point pour toi, tu n’as pas le monopole des phrases du type : Comme j’ai regretté mon habileté à taper des conneries sur le clavier ! 

Ah je vois …Tu ressors les vieux trucs… 😉 

Je t’embrasse très tendrement et j’en frissonne de plaisir…

WARNING ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

Fais gaffe ma douce ce genre de trucs me rend dingue… que du virtuel me diras-tu… oui mais ça je ne sais pas encore bien faire… et finalement je n’ai pas de chance ou pas au bon moment… Pour ma première fois (je sais je l’ai répété mais c’est la vraie dernière fois…) je tombe sur l’ex-futur femme de ma vie… Ça secoue… 😉

Je t’embrasse… comment dis-tu ? Passionnément ?

Oui, je crois que c’est ça …

J’espère qu’à cette heure-ci tu dors bien…

Je pars me coucher avec ton baiser tendre… Tendrement. Célia »

Pascale avait perdu la notion du temps. Elle ne savait plus dans quel espace temps elle évoluait. Ces échanges étaient bien plus personnels que dans un journal intime, elle s’y livrait sans retenue. Le week-end était arrivé et elle ne l’avait même pas vu. La seule chose qui l’animait dorénavant était de lire Célia et de fantasmer sur ses écrits jusqu’aux prochains.

« Bonjour Célia,

Petite nuit, je suis crevée, il y a eu de la scène de ménage dans l’immeuble jusqu’à 3 h du matin, j’ai dû appeler la police. En effet l’excité qui tapait sur sa femme et qui hurlait a passé le lit avec les draps et les oreillers par l’escalier, au passage il m’a refait ma porte, qui y sont encore à cette heure-ci avec les fringues de sa blonde. Il est temps qu’elle parte, elle a déménagé samedi, je me demande pourquoi elle est revenue cette nuit. Le temps de retrouver le calme, j’ai dû m’endormir sur le coup des 4 h.

Lisa est rentrée à 8h, nous venons de déjeuner ensemble et de dormir un peu. Je me lève à l’instant… Fatiguée… Je trouve ça super de commencer une journée de repos dans cet état…

J’aime aussi le double sens. 😉

Mademoiselle est connaisseuse 😉 Que de plaisirs en perspective… hummmmmmmm que c’est bon…

Fais gaffe ma douce ce genre de trucs me rend dingue… que du virtuel me diras-tu… oui mais ça je ne sais pas encore bien faire… et finalement je n’ai pas de chance ou pas au bon moment… Pour ma première fois (je sais je l’ai répété mais c’est la vraie dernière fois…) je tombe sur l’ex-futur femme de ma vie… Ça secoue… 😉

C’est toi qui le dis mais ça n’engage que toi. Ce que j’aime dans la vie, ce sont ses surprises. Et comme l’amour est à réinventer… Tu viens d’ouvrir une porte pourquoi cherches-tu sans cesse à la fermer ? On peut tout de même se laisser à un peu de tendresse non ? Et trouver ça bon ?

Bonne journée à toi aussi.

Je penserai à toi mais tu t’en doutes.

Je t’embrasse très sagement sans rien éprouver ça t’évitera de mettre en transe… mdr

Bisous…t.…. Pascale »

Son week-end commençait bien ! Pascale espérait qu’il en serait autrement pour Célia.

« Salut ma belle,

Je pourrais presque dire enfin…

En effet je viens de rentrer donc de te lire… et j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, il est bloqué, coincé … je souris…

Allez, je file sous la douche, je pue la clope et je n’aime pas ça…

Ensuite je te réponds…

En fait juste une irrésistible envie de t’embrasser

Alors, je t’embrasse très teeeennnnndddrreeemmmeeeennttttttttt. Célia »

Aussi Célia ne fut pas longue à sortir de la douche car elle avait trop hâte de répondre à Pascale.

« Me voilà dans mon vaisseau et la nuit s’écoule lentement, en plus c’est une nuit spéciale….

Je n’ai pas beaucoup dormi mais je suis en pleine forme…

La soirée d’hier : avec Dominique nous sommes allées dans un restaurant et on est sorties vers 23h30 pour se rendre dans un bar qu’on connait bien où il y avait quelques habitués sympas, le patron est un ami. Dominique qui ne voulait pas se coucher trop tard m’a dit à un moment – Célia, veux- tu mettre des disques ? –  Je n’étais pas sûre d’avoir bien entendu …J’en avais quelques-uns dans la voiture…J’ai donc fait DJ et je ne sais pas si c’était une bonne idée… ça a fini à 5 heures…

Ils ont dansé comme des fous… c’est rigolo les soirées comme ça totalement improvisées… tout le monde à la tequila rapido … joyeux … j’ai dansé moi aussi c’est plutôt rare, enfin je danse très souvent sur ma chaise quand j’écoute sur l’ordi… mais j’ai dansé comme une folle, pour au moins deux ans… 😉

Voilà mes dernières nouvelles…

C’est toi qui le dis mais ça n’engage que toi. Ce que j’aime dans la vie, ce sont ses surprises. Et comme l’amour est à réinventer… 

Effectivement ça n’engage que moi. Et je me rends compte que j’ai oublié le e à ex future… un petit e comme électrifiant, énigme, élévation, éloignement, énergie, élan, émotion, envie, étreinte, érotisme, émouvant, éphémère, éveil, éponge de mer… fichtre c’est sorti d’une traite… d’ailleurs c’est rigolo je réessaierais bien avec une autre lettre…

Tu viens d’ouvrir une porte pourquoi cherches-tu sans cesse à la fermer ?

Parce que je me connais….

On peut tout de même se laisser à un peu de tendresse non ? Et trouver ça bon ?

C’est sûr … 

Je penserai à toi mais tu t’en doutes.

Comme c’est bon de le lire…

Je t’embrasse très sagement sans rien éprouver ça t’évitera de mettre en transe… mdr

La transe n’est pas douloureuse…mdr 

 Enfin je me lance. J’ai retrouvé une photo de moi. Je suis en corse, et il fait froid, j’ai 3 couches de polaire sur le dos… je viens de poser mes gants pour déguster un morceau de chocolat et je suis prise en flag, je suis en train de dire un truc du genre : espèce de s… ! …Cette photo a un petit peu plus de 2 ans… je n’ai pas trop changé, pas plus de rides, les cheveux un peu plus longs, quelques kilos en moins, voilà. 

De la musique, un bateau, du chocolat finalement ça me résume bien…

Je te souhaite un bon week-end. Je t’embrasse. Célia »

Comment dire pour la photo ? Pascale eut un choc parce qu’elle l’imaginait exactement comme cela mis à part les cheveux un peu plus longs et plus châtains clairs. En définitive son écriture lui avait révélé beaucoup de son physique, tel le petit poucet elle avait semé bien des petits cailloux blancs. Physiquement elle lui plaisait énormément. Il y avait aussi chez Célia, comme chez Lisa, un côté « enveloppant » et rassurant, on dirait qu’elle avait le chic pour plaire aux femmes protectrices. De plus elle était heureuse de la voir dans son élément, sur ce bateau. Cela aurait été tellement plus simple si ça avait été le contraire. L’histoire aurait prit fin tout naturellement. Au lieu de ça, Pascale avait maintenant une image pour fantasmer. Et elle n’allait pas s’en priver.

Une parenthèse enchantée : chapitre 12

La journée de dimanche s’était ainsi écoulée tranquillement. Célia avait dû dormir une bonne partie de la journée car elle n’eut aucune nouvelle. En fait elle ne s’étendit pas trop sur la réponse car elle n’avait pas vraiment envie de commenter la soirée avec Dominique. D’ailleurs Célia lui en disait ce qu’elle voulait, elle allait et venait dans sa vie. Apparemment il restait encore quelque chose entre elles mais quoi ? Couchaient-elles encore ensemble ? Cependant Pascale préférait ne pas trop se poser la question afin d’éviter d’avoir la réponse. Ceci dit la réciproque devait être vrai, Célia aussi devait se poser la question à son sujet avec Lisa. Après tout, Célia n’était pas obligée de la croire quand elle lui avait raconté qu’entre Lisa et elle il n’y avait plus rien.

« Bonjour Célia,

Effectivement ça n’engage que moi. Et je me rends compte que j’ai oublié le e à ex future… un petit e comme électrifiant, énigme, élévation, éloignement, énergie, élan, émotion, envie, étreinte, érotisme, émouvant, éphémère, éveil, éponge de mer… fichtre c’est sorti d’une traite… d’ailleurs c’est rigolo je réessaierais bien avec une autre lettre… 

Lapsus révélateur le manque de e ? En oubliant le e ça laisse des perspectives intéressantes sur le futur, tu adores vraiment les doubles sens… 😉

Tu viens d’ouvrir une porte pourquoi cherches-tu sans cesse à la fermer ?

Parce que je me connais….

Je n’aime pas les portes battantes… mdr

J’espère que tu auras pu te reposer.

Baisers tendres. Pascale. »

Que l’après-midi et la soirée furent longs ! Pascale ne cessait d’aller vérifier dans sa boite aux lettres si un message était arrivé. Rien. Pas un mot. Pourtant ce n’était pas le genre de Célia de la laisser sans nouvelle. En effet que se passait-il ? Pascale imagina tous les scénarios possibles dont bien évidemment celui aussi de la journée au lit avec Dominique. Enfin au moment de se coucher n’y tenant plus, elle ne put se retenir de la provoquer. Juste pour voir en définitive comment elle y réagirait !

« Tu ne veux pas me faire un massage virtuel ce soir car j’en ai très envie ?

Je m’allonge sur le ventre en t’attendant… Pascale »

Pascale attendit une demi-heure. Et rien ! Demain une rude journée l’attendait. Aussi elle devait aller se coucher. Pourtant elle espérait bien avoir une explication cohérente à ce silence inexpliqué dans sa boite le lendemain matin. Sauf que…

« Bonjour Célia,

C’est l’horreur ! En fait j’aurais mieux fait de me taire hier soir avec mon histoire de massage.

En effet cette nuit je me suis réveillée avec une douleur horrible dans le bas du dos, la vraie douleur de lumbago. D’ailleurs je suis complètement bloquée. C’est la première fois que ça m’arrive !

Alors évidemment comme je n’ai pas voulu tenir compte de ce que mon corps m’envoyait comme signal, je suis partie bosser. En définitive deux malaises vagaux dans le train sous l’effet de la souffrance à chaque fois que j’ai dû me lever.

Là j’ai pris un petit cocktail et j’attends l’heure de l’ouverture du cabinet médical pour aller m’y présenter.

Pur jus psychosomatique !

Je ne sais pas ce qui se passe mais maintenant je ne peux plus l’ignorer.

Parfois je ferais mieux de me taire…

Bisous du bout des lèvres, tout mouvement est un exploit… Pascale »

Ce qui se passait c’est que Pascale avait enfin osé exprimer son désir physique. Et que son corps avait dit non en se bloquant. Comme ça elle pouvait ainsi désirer Célia sans pouvoir passer à l’acte. Le conflit intérieur était plus qu’actif et ça n’avait pas échappé à Célia.

« Bonjour Pascale,

Je suis désolée de t’avoir laissé sans nouvelle mais ma connexion internet était complètement plantée. Impossible de te joindre autrement, je me doutais que tu serais dans tous tes états…

Alors évidemment comme je n’ai pas voulu tenir compte de ce que mon corps m’envoyait comme signal, je suis partie bosser. En définitive deux malaises vagaux dans le train sous l’effet de la souffrance à chaque fois que j’ai dû me lever.

C’est bien ma jolie tu progresses… Pas contente du tout Célia… Les douleurs sont ressenties au niveau des lombaires qui sont au nombre de cinq et qui correspondent aux cinq principes ou plans de vie basique de chaque individu : le couple, la famille, le travail, la maison, le pays. Quand nous avons du mal à intégrer ou accepter des changements, le lumbago exprime notre refus ou notre crainte non consciente de ces changements. Souvent parce qu’ils perturbent nos repères ou habitudes et que c’est difficile de les accepter sans « crispation ». Difficulté à accepter les remises en cause plutôt dans le domaine familial et professionnel… difficulté à changer de position, d’attitude relationnelle….

Vois si ça te parle et réfléchis à comment faire pour libérer ces tensions…

P.… si je t’avais sous la main…

Prends soin de toi ma douce et rentre chez toi… bordel…

Je pense fort à toi et je m’inquiète…

Je t’embrasse. Célia »

En fait Pascale était rentrée chez elle car elle ne pouvait pas tenir assise sur une chaise, en fait c’était debout ou couchée. Pourtant sentant qu’elle aurait mieux fait de se taire, elle envoya un mail qu’elle voulait rassurant à Célia.

« Professionnel ça me parle… En ce moment, je fais le boulot d’un collègue, le mien n’avance pas et notre supérieur hiérarchique le soutient.

En revanche je ne sais pas si j’ai eu une bonne idée de… t’inquiéter…

Je suis à la maison, au lit. Mon frère qui est ostéopathe doit venir me remettre sur pied.

Tendres et doux baisers. Pascale »

Célia ne fut pas étonnée du déni de Pascale qui lui expliquait qu’elle pouvait circuler, il n’y avait rien à voir. Aussi elle n’insista pas.

« Il faut que je file….

Je pense bien à toi et me concentre sur ton lumbago…

Bises très très tendres et si j’osais un bisou magique sur tes lombaires…

A ce soir. Célia »

Aussitôt Pascale sauta sur l’occasion pour dédramatiser la situation et en revenir à des échanges plus légers.

« Bises très très tendres et si j’osais un bisou magique sur tes lombaires…

L’effet placebo chez moi ça marche très bien quand j’ai établi un bon contact avec le soignant… 😉

Bises très tendres également 🙂 Pascale »

Et contre toute attente Célia y répondit.

« Alors voilà j’ai appliqué le protocole d’urgence…

Enveloppement de bisous sur la zone à traiter…

Caresses ultra douces pour prolonger l’effet de chaleur…

Et beaucoup d’amour …

A réitérer toutes les heures jusqu’à soulagement…

Bises tendres de ta thérapeute très dévouée …;-) » 

Pascale attendit son frère qui diagnostiqua une sciatique. D’autre part il lui conseilla d’aller voir le médecin pour avoir un arrêt de travail pour la journée et si possible le lendemain car avec les manipulations qu’il allait exercer, elle serait certainement éprouvée. En effet le soulagement de Pascale ne fut pas que physique. D’ailleurs tout cela lui permettait d’économiser la réflexion pourtant bien nécessaire si elle ne voulait pas connaitre une récidive. Mais comme elle n’avait plus mal, pourquoi s’interroger sur la cause du déclenchement. De plus l’alibi professionnel était bien suffisant. Pourtant c’était sans compter sur Lisa qui le soir s’étonna de la voir rentrée avant elle.

Quand Pascale lui servit la même explication qu’à Célia sur l’origine de son lumbago, elle fit la moue. Professionnellement, Pascale était à la hauteur. En fait c’était juste une question de temps car son collègue était sur le départ. De plus la restructuration annoncée lui était favorable, elle savait gérer le présent malgré le surcroit de travail. Par contre elle l’attribuerait plutôt à sa correspondance qui la dévorait littéralement. Cependant comme cette analyse dérangeait Pascale, elle mit fin rapidement à la discussion en partant se préparer un bon bain chaud. Et comme un tacle ne vient jamais seul, dans sa boite, elle y trouva également le deuxième.

« Professionnel ça me parle

Aussi je crois que tu as du ménage à faire… »

Pas signé, pas de formule de politesse. Pour être sec, c’était sec. Et pourtant salutaire. D’ailleurs Pascale n’avait pas le talent de Célia pour jouer les anguilles. Après toutes les confidences déversées au fil des mails, pourquoi d’un seul coup utiliser le déni ? En effet elle espérait convaincre qui avec son explication qui ne tenait pas la route. Elle avait un conflit intérieur, qu’elle l’assume ! Au lieu de ça, elle somatisait car c’était en définitive tellement plus douloureux de mettre les mots en maux. Abrutie par la douleur, elle préféra aller se coucher sans répondre. Elle verrait ça demain.

La nuit fut moyenne car Pascale se réveilla souvent. Le médecin lui avait donné une semaine de congé ainsi qu’un traitement à base de codéine et d’anti-inflammatoires pendant quinze jours. Elle pourrait se remettre d’aplomb pour le travail.  En effet c’était une sciatique avec compression du nerf en L4-L5. Pourtant ce qui l’étonna, c’est que pour une première, elle soit si cognée d’emblée. Pascale qui avait une peur de la maladie, paniqua à l’idée que la prochaine fois elle serait carrément coincée. Néanmoins elle savait qu’elle récidiverait à chaque fois qu’une crise de conscience viendrait l’agiter. En effet elle pouvait toujours se retrancher derrière ses mensonges mais son corps parlerait à sa place. Aussi elle attendit que Lisa parte au travaille pour allumer son ordinateur. Par ailleurs inutile elle aussi de l’inquiéter, elle lui avait promis de rester sagement au lit à se reposer.

« Bonjour Célia,

Je m’allonge sur le ventre en t’attendant…

Aussi je crois que tu as du ménage à faire… 

Mais je ne devais pas penser à ce type de massage… 😉

Bises. Pascale »

A croire que Célia devait guetter un signe de Pascale.

« Bonjour Pascale,

Je ne devais pas penser à ce type de massage… 😉

Pour le thaï c’est sur le dos pour commencer, ça dure deux heures. Tu pensais plutôt à un massage californien ? Avec un baume aux huiles essentielles bouleversant l’odorat ? Avec mes mains douces n’en finissant pas de dessiner des arabesques sur ta peau ?

J’ai dû me défendre de ça… Et pourtant …

Affectueusement. Célia »

C’est alors que commencèrent alors une série d’échanges du tac au tac entre Pascale et Célia.

« Tu pensais plutôt à un massage californien ? Avec un baume aux huiles essentielles bouleversant l’odorat ? Avec mes mains douces n’en finissant pas de dessiner des arabesques sur ta peau ?

J’ai dû me défendre de ça….

– Je ne suis pas la seule à me défendre… 😉 Oui c’est exactement à cela que je pensais… 🙂

– J’en ai rêvé souvent… Si je suis honnête…;-)

– Et moi donc !

– Warning ………………………….

– Tant que c’est en rêve ! 😉 😉 😉

– En effet si tu le dis…

– C’est une réalité non ?

En fait je pense à toi très fort et ...

– Je m’imagine m’abandonnant sous tes doigts experts mon dos libérant enfin ses tensions… Que c’est boooooooooooooooon !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

– Je t’imagine t’abandonnant … Et je déraille…

– Tu le colles à la place des points de suspension et tu as ta réponse…

– I beg your pardon ?

– Je pense à toi très fort et je m’imagine m’abandonnant… Je déraille…

– J’en frémis, un super massage plein de tendres baisers et mes mains qui découvrent ton corps avec une envie dingue…. Et ton dos, ça va comment ?

– La douleur a disparu, ça va mieux ce matin. Les effets de la recette magique ! 😉

– En tous cas je l’ai fait de tout mon cœur…;-)

– J’ai senti… 🙂

– Voilà une bonne nouvelle…;-) Mais il ne faut pas arrêter les bisous magiques trop vite… mdr…

– En fait j’ai continué à les appliquer toutes les heures… 🙂

– C’est tout à fait ça… Et pendant un moment encore… J’en profite…;-)

– Au départ j’ai même fait tous les quarts d’heure aussi tant ça me lançait… C’est grave si je n’ai pas respecté la dose prescrite ? 😉

– Non car tu peux en abuser vraiment ….

– C’est normal alors que ça me donne de drôles d’envie ? mdr

– Du genre ?

– Plus j’en ai plus j’en veux… 😉

– Je connais ça … Avec toi…

– C’est une envie réciproque et partagée ? 😉

– Qu’en penses-tu ?

– Je ne pense plus à cet instant car je suis dans une autre dimension… 😉 Allez, file tu vas être en retard… 😉

– J’ai beaucoup de mal, surtout si je sais que tu es là …

– Attention à l’heure, ne soit pas en retard…

– Encore 2 minutes et je pars en footing… En effet ça me remettra les idées d’aplomb mais je ne suis pas bien sûre…

– T’as le bain de siège glacé aussi c’est très efficace ! mdr. Lisa me propose souvent d’aller faire un tour sur la banquise aussi…

– Finalement je reste comme ça … Dominique aussi en d’autres termes…

– Ce n’est pas désagréable de rester ainsi… 😉

– En fait plutôt tonique le matin…

– Des réveils comme je les aime !!!!

– Cette fois c’est la der… Je file… Je t’embrasse fort et encore pardon car je n’ai de nouveau pas fait exprès de frôler tes lèvres…

– Que c’est bon… Allez file… Et que j’envie tes patients ce matin…

– J’habite en ville… Là je pars sans sac, les mains dans les poches et je cours le plus vite que je peux. Bises ma douce.

– Allez file !

– J’ai envie de t’embrasser.

– Ah oui ? Et comment le baiser ?

– Long et interminable.

– Et où ça le baiser ? Quel genre ? 😉 Parce que tu sais j’adore ça, embrasser …

– Au point où j’en suis je peux bien te le dire… Très sobrement sur les lèvres pour commencer, avec mes mains dans ta nuque au creux des petits cheveux que j’aime tant…

– Huuuuuuuuuuuuummmmm !!!!!!!!!!!! Que j’aime ça !

– Là faut vraiment que je file. J’ai de la glue sous les chaussures. Je suis à la masse mais je dois y aller…

– Bonne journée ma belle ! »

Pascale passa sa journée à somnoler. La fatigue accumulée et la douleur eurent raison d’elle. C’est ainsi qu’elle se réveilla vaseuse. Cependant elle n’avait pas trop envie de se mettre sur sa messagerie. Aussi elle resta au lit jusqu’au retour de Lisa. Il fallut ensuite attendre la fin du diner pour qu’un peu d’énergie lui revienne. Et bien entendu elle la mit à profit pour consulter ses mails. C’était une invitation à une discussion virtuelle sur sa messagerie instantanée qu’elle avait reçue.

« Je peux t’embrasser Pascale ?

– Ouuuuuuuuuuuiiiiiii !!! Et où veux-tu m’embrasser ?

– Absolument partout …

– Partout ?

– J’en ai bien peur…;-)

– Avec Lisa à côté ? De plus j’ai ma sciatique qui me lance… 🙂

– Désolée, je ne le ferai plus … A faire plusieurs fois bien sûr !

– C’est comme les bisous magiques ? 😉

– Les bisous magiques j’en ai fait beaucoup mais sans succès… Pourtant je continue….

– Tu me considères comme un échec ? mdr

– Non pas du tout car je vis une nouvelle expérience. Comme tout début il y a aussi des modifications à apporter… Je persévère donc…

– Que souhaiterais-tu modifier ? Ou ne pas modifier ?

– Les bisous je crois que ça va…. Mais je me perfectionne.

– Oui pour l’instant on n’a pas encore tout expérimenté ! mdr

– Les massages peut être, plus, plus, …

– Oui, oui, oui, oui !!!!!!!!!!!!!!!

– Je voudrais te donner une adresse pour que tu consultes. C’est du shiatsu mais aussi de la psychologie corporelle appliquée, en fait ça tape sur les deux niveaux…

– Fallait le dire ! 😉 Je ne suis pas hermétique à la psy si c’est ce que tu crains.

– Je ne voulais pas te brusquer ou m’aventurer trop loin sur tes terres car c’est très perso. C’est ton cheminement, chacun sa vitesse…

– J’ai été claire avec toi sur le sujet. C’est juste que je ne pensais pas être aussi mal…

– Il te fallait le réaliser ….

– Faudra aussi que je te parle fidélité… 🙂

– En effet ça m’intéresse…

– Mon conflit inconscient il est là aussi, j’ai l’impression de faire un petit dans le dos de Lisa. Elle me fait confiance, elle est là à côté, elle m’encourage à t’écrire. Cependant j’ai le sentiment de la tromper alors qu’il n’en est rien mais je ne sais pourquoi chez moi ça coince !

– J’ai la même sensation sauf que Dominique ne m’encourage pas à t’écrire puisqu’elle ignore ton existence… Mais j’ai une forte culpabilité aussi et pourtant je vis pleinement ce qui m’arrive et je trouve ça bon… Je te disais l’autre jour huit ans de vie commune et 34 jours de correspondance…. J’ai une forte culpabilité et beaucoup de mal à renoncer à cette relation qui m’emporte malgré moi… La vie est long fleuve tranquille n’est-ce pas ?

– J’ai une forte culpabilité. On peut dire ça comme ça ! Mais je sais jusqu’où je peux aller avec toi. En fait l’idéal pour moi serait d’avoir une relation « assez intime » qui me permette de lui rester fidèle. Penses-tu que nous pourrons y arriver ?

– Quelle est ta notion de « assez intime » ?

– Que mes sentiments ne soient pas amoureux. On peut avoir une amitié poussée… On s’arrête également au seuil de la relation purement sexuelle… Un flirt poussé finalement…

– Alors je crois que nous allons avoir des problèmes. En fait pas très compatible chez moi, l’un ne va pas sans l’autre….

– Explique-moi !

– Je n’ai jamais envie de quelqu’une qui ne m’ait pas fait chavirer… Je n’ai pas envie d’une brune ou d’une blonde seulement parce qu’elle est bien gaulée…  J’ai aussi envie d’une relation quand je suis… Appelle ça comme tu veux…

– Ne me dis pas que tu es amoureuse ?

– Je ne te le dis pas …;-)

– J’ai besoin de le savoir.

– Je pense que tu le sais déjà.

– Et tu t’étonnes que j’aie une sciatique ! 😉 Que ne t’avais-je écrit au début de notre relation ? Je suis obligée d’arrêter car je dois prendre mon traitement et il va m’abrutir. Mais nous en reparlerons ma belle ! Je t’embrasse très tendrement, douce et bonne nuit…

– Bonne nuit à toi !

– Triste ?

– Lucide.

– Tu sais où ça risque de nous entraîner toi et moi…

– Très bien. »

Célia éclata en sanglots derrière son écran. Oui elle était amoureuse de Pascale. Elle la savait en couple et comprenait qu’elle n’était pas près de quitter Lisa même si elle s’ennuyait avec. Elle se demandait comment elle pouvait faire pour rester avec elle. Pourtant Célia refusait de renoncer à Pascale. Elle l’avait attendue depuis si longtemps. C’est pourquoi elle mit du temps à se calmer. Pour autant elle éprouva le besoin de s’expliquer.

« Je pense que tu le sais déjà.

Et tu t’étonnes que j’aie une sciatique ! 😉 Que ne t’avais-je écrit au début de notre relation ?

Oui je sais … C’est beau tout ça … mais ce sont des mots… je pensais les mêmes… Des mots du genre je contrôle tout ce qui m’arrive… Je le découvre… J’ai été très faible ou très touchée par les tiens… Je t’ai parlé de cette force, c’est le premier mot qui me vient, qui m’a poussé à t’écrire… J’ai tergiversé un moment parce que ça m’a fait peur…. Comme si en ne le faisant pas je passais à côté de quelque chose de grand… Et pourtant …. J’ai écrit, je n’ai plus de chocolat merci pour la lecture… pas franchement intime ou puissant…on écrit des trucs plus trash sur l’internet n’est-ce pas ?

Et au fil de nos mails nous avons fait connaissance….

Que veux-tu que je te dise ? …J’ai découvert les choses à mesure où elles m’arrivaient….

Oui tu me troubles, oui tu me plais, oui j’aurais aimé faire un bout de chemin avec toi….

Oui j’aurais aimé te rencontrer avant quand toi et moi aurions été disponibles…

Mais que veux-tu, ta sensibilité a percuté la mienne, avant, après, mon cœur ne fait pas la différence… C’est une sensibilité voilà tout …

Et je suis très consciente que ce n’est pas ma première expérience virtuelle qui me trouble… mais bien toi…

Je veille suffisamment la nuit pour pouvoir m’éclater, délirer, fantasmer, je ne suis pas niaise et trouverais des tas de sites … Ça ne m’a jamais branché…. Et pourtant sexuellement parlant je suis assez comment dire…. J’adore faire l’amour à celle que j’aime, à chaque instant…. C’est sûrement ça mon problème… qu’à celle que j’aime…

Alors pas de délires…Je suis sûre que j’aurais pu correspondre avec des tas de filles… il y en a des rigolotes sur les forums que je visite, des qui cherchent un morceau ou un album, j’ai souvent la réponse… je ne la transmets pas… va savoir pourquoi… certaines m’ont fait beaucoup rire et j’adore rire… mais non …pas envie d’écrire…c’est idiot pourtant d’écrire par exemple : ce que tu cherches se trouve sur l’album 5 de Ben Harper… plutôt sauvage Célia…

Toi je ne sais pas… la vague Pascale c’est dépassé… météorologiquement parlant nous en serions plutôt à El Niño (l’enfant jésus en espagnol, je n’ai pas trop le cœur mais ça me fait rire…) Et El Niño est terrible… il a surpris tout le monde… y compris les plus grands scientifiques… Bouleversements de climat, modification de la faune et la flore…bref le truc qui décalque…

Il fallait bien qu’à un moment on aborde le sujet, c’est ce soir, et que moi aussi j’accepte cette idée…

Je ne t’ai pas parlé de mes tensions, douleurs, au majeur et au genou droit. Peut-être parce qu’elles sont trop parlantes justement…et je les découvre avec toi…

Tu sais que je ne crois pas au hasard…. Seulement à des énergies mises en route et qui se rencontrent quand elles doivent… c’est souvent le décalage dans le temps qui nous fait croire au hasard…

Et en ce qui nous concerne ça ne m’arrange pas de croire en ça … je m’en défends d’où mes tensions…

Les tiennes ne sont pas mal non plus …

Heureusement que je n’écris pas à l’encre, ce serait illisible…

Rassure-toi je n’attends rien, je ressens voilà tout…

Et quand je dis que je suis lucide, c’est très vrai… j’ai bonne conscience de la situation…

Tu as dit : explique-moi …

Voilà…

Très bonne journée à toi douce Pascale

Je t’embrasse tendrement. Célia »

Maintenant que les choses étaient dites des deux côtés, restait à savoir ce qu’elles décideraient !

Une parenthèse enchantée : chapitre 13

En découvrant le message de Célia, Pascale ressentit un serrement au cœur car elle percevait sa détresse à travers sa déclaration d’amour. C’est pourquoi elle avait hâte que Célia se connecte sur sa messagerie instantanée. Pourtant elle n’eut pas longtemps à attendre.

« Bonjour Célia. Sache que pour toi j’ai aussi de profonds sentiments… Tu ne vas pas t’excuser d’être humaine… Une fois de plus la petite éponge aura tout absorbé…

– Bonjour Pascale. Non je ne m’excuse pas.

– Avant, après… En fait tu as tout dit. Notre histoire c’est juste une question de timing… J’aime profondément Lisa et je n’ai aucune raison de la quitter… J’aimerais t’aimer différemment d’elle, te donner une place dans ma vie et dans mon cœur qui ne soit pas en rivalité avec ce que j’éprouve pour elle. Je suis très fidèle en amour comme en amitié. Pour ma part, j’estime avec toi ne pas avoir encore franchi la ligne jaune en matière d’adultère. Ce que je vis avec toi est une amitié particulière. Cependant à t’avoir lue hier il me semble que cela ne te convienne pas, du moins pas comme je l’entends. Pourtant je trouvais que c’était un compromis raisonnable étant donné la réalité de nos deux vies et de nos deux amours respectifs. Finalement j’aimerais bien qu’on réfléchisse ensemble à cela…

– Je n’ai pas dit que ça ne me convenait pas, je répondais seulement à une de tes questions. Mais rassure-toi je n’attends rien, je ressens voilà tout…

– C’est bien pour cela que tu es tombée amoureuse… C’est aussi pour cela que je me suis laissé surprendre parce que j’étais dans un état d’esprit plus intellectuel et plus ludique. Cependant j’accepte que mes émotions me débordent mais pour autant nous ne sommes pas seules au monde et la réalité est là pour nous rappeler à l’ordre…

– Pourquoi dit-on toujours : tomber amoureuse… Il s’agit vraiment d’une chute ?

– Sans doute parce que le sentiment amoureux est aussi un sentiment douloureux. Tu es bien toi ? Parce que si ça me plonge dans un abîme délicieux par ailleurs je souffre également…

– Quand je sors de l’abime délicieux, oui je souffre !

– Alors tu es tombée amoureuse 😉

– Oui. J’ai dit relation sexuelle sans amour difficile pour moi, jamais arrivé d’ailleurs…

– Avec Capucine, c’était sans amour… On appelle ça de la baise… pour être vulgaire… C’est bien pour cela que je tentais un compromis pour les sentiments comme pour le sexuel… Mais qu’est-ce qu’on appelle relation sexuelle entre femmes ?

– Ça t’a pourtant fait souffrir…

– Pas le sexe sans amour… D’avoir été manipulée et prise pour ce que je n’étais pas : une bi. Pourtant j’assume mon homosexualité même si cela a été douloureux de l’admettre…

– Si tu me voyais, je pleure comme une madeleine devant mon écran.

– Tu pleures ma douce ?

– Sur un bonheur ancien, perdu…

– Lequel ?

– Avant, après, le timing…

– J’ai une furieuse envie de faire l’amour avec toi.

– Moi aussi. Mais je suis amoureuse.

– C’est bien pour ça que je vais m’en débrouiller toute seule… 😉

– En fait je n’en peux plus de te désirer, ça me déchire le ventre. Mais je censure aussi toutes les pensées qui me traversent l’esprit. Je dois aller bosser. Prends soin de toi ma belle.

– Bonne journée. Je t’embrasse tendrement. »

Pascale resta un moment devant son écran. Mais qu’est-ce qui lui avait pris ? Elle ne connaissait pas Célia, elle ne l’avait jamais vue. Mais elle la désirait. Et le lui écrivait tout aussi crument. En définitive elle n’en revenait pas de son audace. Cependant elle commençait à aller mieux. Elle ressentait encore des flammèches dans le dos mais rien à voir avec l’autre jour. La manipulation et le traitement faisaient effet. En fait elle aurait pu se passer du traitement médicamenteux, le repos au lit aurait suffi. Mais elle recherchait l’effet sédatif des antalgiques. Tout allait trop vite dans sa tête, son corps. C’est pourquoi elle avait besoin que ça ralentisse, que ça se calme.

Aussi elle choisit de se recoucher et de dormir un peu. Mais elle n’avait ni envie de lire, ni de regarder la télé. En fait elle n’avait qu’une envie, penser à Célia. Elle s’endormit paisiblement, se mettant sur le côté, les jambes repliées. C’était la seule position acceptable sinon une décharge électrique la rappelait à l’ordre. Elle dormait depuis deux heures quand une douce chaleur entre les cuisses la réveilla, une tension agréable qu’elle ne connaissait pas. Spontanément, elle mit sa main. Son sexe était gonflé, trempé. L’effleurement suffit à déclencher une onde de plaisir. Jamais de sa vie elle ne s’était retrouvée dans un tel état d’excitation. C’était délicieux.

Pascale se mit péniblement sur le dos, cala bien ses oreillers. Son index commença un lent va et vient. Une chaleur diffuse envahit ses lombaires, les tensions se relâchaient. Ensuite elle se mit à fantasmer. En effet elle imaginait Célia nue, la poitrine offerte. Elle embrassait ses seins, les pointes se dressaient. Cela suffit à la faire jouir tant elle était excitée. Mais pour autant cela ne fit pas retomber la tension sexuelle. En fait elle en avait toujours autant envie. Aussi elle attendit quelques minutes et recommença en prenant soin de faire durer. Elle changeait le rythme et quand elle sentait qu’elle allait jouir, se retenait. Elle s’imaginait faisant l’amour à Célia. Que c’était bon !

Depuis combien de temps n’avait-elle pas fait ça ? Des mois ? Des années ? Avec Lisa, depuis déjà deux ans qu’elle n’avait plus fait l’amour sauf si elle ne comptait pas ce dimanche étonnant. Comment avait-elle pu s’en passer ? Elle se le demandait. Finalement au troisième orgasme, elle s’endormit. Quand elle se réveilla, ses douleurs avaient disparu. Elle fit néanmoins attention de ne pas sauter du lit. Elle se dit qu’elle devrait recommencer quand Lisa ne serait pas là. C’est sûr que la relation avec Célia avait réveillé en elle des désirs enfouis. Si Lisa y avait renoncé, apparemment pas Pascale.

L’après-midi passa ensuite à toute vitesse. Lisa rentra du travail et se réjouit de voir l’amélioration de Pascale. Un collègue lui avait prêté un dvd et elle avait promis de lui rendre le lendemain. Elle proposa à Pascale de le regarder avec elle. C’est ainsi qu’arriva l’heure de diner et Lisa, fatiguée, partit se coucher sitôt le repas avalé. En effet depuis trois jours, elle dormait mal à cause de Pascale car elle était soucieuse de sa santé. Elle savait aussi que la relation avec Célia la perturbait. Mais tant que ça restait virtuel, elle ne courrait aucun danger. D’ailleurs la sciatique lui indiqua que Pascale n’était pas près de la quitter. C’est pourquoi Lisa avait choisi de ne pas se projeter et de vivre au jour le jour. Elle aviserait le moment venu.

Pascale qui avait dormi une bonne partie de la journée n’était pas fatiguée du tout. Aussi elle en profita pour se connecter et discuter avec Célia.

« Coucou Pascale ! Ça va comment ?

– Ça va mieux. J’ai dormi une bonne partie de la journée.

– Juste dormi ?

– En fait j’ai fermé les yeux et je me suis laissé aller. J’ai repensé à nos échanges, je n’en pouvais plus de te désirer comme cela. Cela me déchirait le ventre… Mais je préfère ne pas raconter le reste de mes pensées… censure@#’@’#~@

– Quel dommage que tu ne me racontes pas.

– Pour que tu sois dans le même état indescriptible ? 😉

– Oui.

– Je t’ai fait l’amour…

– Wahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu, tu m’en dis un peu plus ? S’il te plait !

– Un peu plus tard si tu veux.

– Tu sais ça m’est déjà arrivé de m’imaginer te faire l’amour tellement tendrement, des heures… A te découvrir…

– Pour moi c’était la première fois…

– Alors il faut faire un vœu … mdr.  Et c’était comment comme première fois ?

– Comme toutes les premières fois, belle et émouvante, sensuelle et délicieuse, un ravissement… Une jouissance indescriptible… 😉

– Tu veux me faire mourir ? Oui tu as raison c’est moi qui demande… Moi c’était pareil mais je n’en n’ai pas abusé tu sais…

– Je peux t’en parler tout à l’heure je suis au bord de l’orgasme… 😉

– Désolée 🙂

– Je me demande comment je vais tenir… 😉

– Respire !

– Je serre les jambes pour l’instant… 😉

– Je connais ça … mdr

– Et alors ça te fait quel effet ? 😉

– Je suis également au bord de l’orgasme…

– Cela dit je ne vais pas tenir longtemps, je sens que…

– Que quoi ?

– Que je vais jouir… un mot de toi et je fonds… 🙂

– Ma belle, si tu savais où je t’embrasse avec une envie folle …

– Je jouis 🙂

– Moi aussi… Trop bon ma belle, merci !

– Y avait longtemps ?

– Que quoi ?

– Tu n’avais pas joui comme ça ?

– Franchement : OUI et je ne hurle pas … Tu me fais trop d’effet… Et toi ?

– Je ne hurle pas non plus sinon je vais réveiller Lisa. En revanche je ne pensais pas avant de te rencontrer aller jouir ailleurs.

– Moi aussi je suis dans tous mes états.

– Attends le téléphone sonne je vais répondre car je ne veux pas que ça réveille Lisa.

– Vas-y ma belle je t’attends. »

Célia patienta une vingtaine de minutes. Quand elle vit la fenêtre apparaitre, elle sut que Pascale était de retour.

« Coucou tu es là ?

– Oui.

– Je viens d’avoir une explication avec Lisa. Elle a lu nos échanges pendant que je répondais au téléphone, un faux numéro en plus !!!

– Aïe.

– Comme tu dis.

– Ça va ? Tu veux que j’arrête de t’écrire ?

– Crevons l’abcès jusqu’au bout !

– C’est-à-dire ?

– Au stade où j’en suis ce soir, autant que les choses soient posées à plat !

– Eh bien !

– Elle a mal pris d’apprendre comme ça notre relation. Remarque elle s’en doutait un peu parce qu’elle m’a dit texto : ta sciatique c’est parce que tu as le cul entre deux chaises entre elle et moi ?

– Pascale, je suis bien consternée derrière mon écran et j’en suis bien désolée de ce qu’il vous arrive. En fait je ne trouve pas les mots.

– J’assume mes conneries, personne ne m’a poussée à les faire.

– Moi peut-être ?

– Non, pour faire des conneries je suis assez grande pour les faire toute seule… Elle m’a aussi dit qu’elle ne voulait pas faire ménage à trois et qu’elle voulait continuer à me faire confiance. C’est d’être passée pour une conne qui lui a déplu. Finalement elle en a été blessée et m’a montré sa souffrance.

– Alors nous allons en rester là, qu’en penses-tu ? Ça m’est assez intolérable de vous savoir mal, alors que je me suis bien protégée…

– Je n’ai pas caché que je ne pouvais pas me protéger ni que j’étais amoureuse de Lisa. Mais notre couple est très solide tu sais car je n’ai jamais été tentée par l’adultère et Lisa m’a donné un joker ce soir… 😉

– Que veux-tu que l’on fasse Pascale ?

– Je n’en sais rien !

– Tu veux faire un break ?

– A cette heure-ci je suis incapable de raisonner correctement… J’ai pleuré comme une madeleine à l’idée d’avoir fait souffrir Lisa ?

– Et qu’a fait Lisa ?

– Elle m’a consolée ! Lisa n’est pas idiote. Elle sait que si j’ai fait une pareille connerie c’est que quelque part je ne vais pas bien… Pour elle je traverse une période difficile.

– Je vais vous laisser les filles …. Ça parait bien… Je suis vraiment désolée et je dirais bien à Lisa ce qu’il m’arrive et que moi aussi je vis en couple.

– Lisa est retournée se coucher et nous ne sommes pas du genre à nous consoler sur l’oreiller… 🙂

– Tu veux parler un peu ?

– Oui.

– Je t’écoute Pascale … De tout mon cœur … Je viens de faire apparaitre ta photo et je pleure comme une madeleine aussi.

– Il est clair que je me suis arrangée inconsciemment pour qu’elle le sache…

– Trop belle journée. Ça se paye on dirait !

– J’ai failli foutre mon couple en l’air ce soir… Lisa n’a pas craché le morceau tout de suite elle a su me culpabiliser en me faisant la tête et en s’arrangeant pour que je sache qu’elle savait…

– Tu sais depuis quelques jours Dominique me dit qu’elle vit très mal nos séparations. Je me suis sentie minable de ne rien trouver à lui répondre.

– Nous ne nous sommes pas rencontrées par hasard. Tu sais, j’en souffre que Lisa ne me sollicite pas sexuellement. Elle a entendu le message, elle me fait confiance, c’est pourquoi elle a passé l’éponge. Je ne crois pas qu’on doive se sentir minables. Nous avons simplement voulu exister pour nous-mêmes…

– J’aurais pu écrire cela. C’est vrai parce que tu sais en huit ans j’ai beaucoup donné et je sais que je me suis oubliée… C’est tout ça qui cognait à ma porte quand je t’ai rencontrée…

– Je n’ai pas envie d’arrêter avec toi et j’ai toujours autant envie de toi, c’est ça qui me met le plus mal…

–  Moi aussi ma douce et je ne sais pas ce que nous allons faire…

– Fais-moi l’amour tout de suite maintenant j’en ai envie… Pour ce soir nous avons eu notre dose de larmes. Caresse-moi, embrasse-moi, j’ai envie de ton corps, de tes baisers….

– Ça me perturbe de savoir que tu n’es pas seule.

– Le joker c’est pour la soirée et toutes les frustrations sexuelles qu’elle m’a imposées. Fais-moi l’amour je n’en peux plus de t’attendre… J’ai envie de jouir sous ta langue.

– Je t’embrasse ma douce en caressant doucement tes épaules, j’aime glisser le long de ta colonne et emplir la réserve de bisous magiques… En fait je découvre ton corps en l’embrassant du bout des lèvres et de la langue…. Jusqu’à venir te découvrir mieux dans toute ton intimité que je goûte tendrement…

– Je m’abandonne sous tes caresses en gémissant doucement…

– Si tu savais comme j’aime faire jouir avec ma langue… Un bonheur, un délice toute ma nuit avec toi…

– Je laisse ta langue aller et venir, une douce chaleur m’envahit le bas du ventre, une onde de plaisir me caresse les reins… En fait je suis au bord de l’orgasme tellement je suis excitée…

– Je sens ton clitoris frémir sous ma langue et tes seins tous dressés recherchent ma main…

– Continue comme ça, je me caresse en pensant à toi, je vais jouir…

– Jouis sous ma langue ma belle…

– J’ai le clitoris tout gonflé, je suis mouillée….

– Ça j’adore ma belle, je te lape si tendrement …

– Je jouis…

– Moi aussi je suis dans la 1033 ème dimension.

– Je suis dans un ailleurs.

– Ce que j’aime quand tu as joui c’est laisser ma tête sur ton ventre et caresser tes hanches et tes fesses, en humant encore la trace de ton excitation.

– On est faites pour s’entendre… 🙂

 – Ça va ma belle ?

– Oui. Ça a fait tomber brutalement les tensions de la journée… je regrette de ne pouvoir te serrer dans mes bras…

– Moi aussi si tu savais… J’adorerais prendre ta tête dans mes mains, caresser tes cheveux… Et t’embrasser.

– Et toi ? ça va ?

– Ça va ma douce je suis satellisée… Et ne m’en veux pas mais je suis de plus en plus amoureuse…

– On va éviter le sujet pour ce soir… 😉

– Oui.

– Je suis de nouveau en train de pleurer… Avec tout le plaisir que tu viens de me donner je sais que toi et moi ça aurait marché…

– J’ai pleuré la nuit dernière pour ça …Je bois tes larmes ma douce.

– Je m’en doutais…

– Comment ça ?

– J’ai cette faculté de ressentir si bien les choses que ce soir c’est moi qui les éprouve à mon tour…

– Et tu en penses quoi de cette sensation ma douce ?

– C’est douloureux d’en avoir une conscience aussi aigue…

– Oui et j’ai l’impression de l’avoir toujours su, depuis le début, ex future femme de ma vie…

– Que tu as dû souffrir…

– Oui mais qu’est-ce que je t’ai aimée … Aimes-tu quand je t’embrasse comme ça doucement derrière l’oreille alors que mes mains sont sur ton ventre et que je suis derrière toi à embrasser ensuite ta nuque ? Mais tout doucement sans me presser parce que je sais que tu viens de jouir, et que je veux tendrement que l’envie de moi te reprenne…

– J’adore…J’ai envie qu’on se quitte sur ce baiser, je suis en train de m’endormir dans tes bras…

– Dors ma belle, je ne t’oublie pas !

– Je t’embrasse très tendrement dans le cou en me lovant contre ton épaule au contact de tes seins…

– Comme c’est bon. Je m’endors en rêvant de toi ma douce.

– Je suis bien dans tes bras. A demain.

– A demain ma belle, je suis bien moi aussi ! »

Pascale s’écroula comme une masse à peine l’ordinateur éteint. En effet la douleur, la jouissance, la levée d’inhibition, l’avaient plongée dans un marasme total. Deux heures plus tard, elle était réveillée. Elle prenait enfin conscience de ses actes. Lisa d’un côté à qui elle avait menti et qui avait fini par savoir la vérité d’une manière brutale et Célia, qui était de plus en plus amoureuse et qui n’allait pas vouloir en rester là. Aussi Pascale devait faire un choix et elle en était bien incapable. Cependant elle n’avait pas cherché ce qui lui arrivait. Finalement cette correspondance aurait dû rester superficielle. Mais comment avait-elle pu déraper à ce point ?

L’accumulation de frustrations ne pouvait pas tout justifier. Elle aimait Lisa, elle avait construit sa vie avec et ne comptait pas la quitter. Elle était attachée à Célia, elle l’aimait mais pas du même amour que Lisa. C’est plus de l’ordre de la passion, du désir à l’état brut. Elle était dans la pulsion, elle ne se projetait absolument pas dans l’avenir avec elle. Pour ça il faudrait qu’elle la rencontre. Tant qu’elle restait dans le virtuel, elle n’aurait pas à trancher. Mais elle savait que tôt ou tard la réalité prendrait le dessus et qu’elles se verraient. Elle eut du mal à se rendormir. Elle luttait pour ne pas s’effondrer. Foutu timing…

La petite goutte de pluie avait fait place à l’orage. Et Pascale ne savait pas comment se mettre à l’abri.

Une parenthèse enchantée : chapitre 14

Pascale se sentait mal. Aussi elle devait le faire savoir à Célia.

« Bonjour Célia,

Impossible d’émerger ce matin, je me sens hyper mal à l’intérieur, j’ai à peine dormi… En fait je pleure par vagues, heureusement que Lisa ne revient du boulot que ce soir…

D’autre part je ne me reconnais plus. En définitive pourquoi t’ai-je mis en danger hier, mon couple, le tien ? Je n’avais aucune raison rationnelle de le faire sauf à tout détruire autour de moi…

Ma sciatique, c’est encore pire que les derniers jours. D’ailleurs je suis en train de me demander si je ne suis pas en train de faire une dépression… Hier soir, toi et moi ça a été de l’ordre du passage à l’acte… suicidaire pour moi…

Je ne vais pas tenir longtemps dans cet état et je ne veux pas entraîner tout le monde dans ma souffrance…

Lisa hier soir m’a dit en parlant de toi : « tu t’attaches à elle et tu m’aimes, sauf à faire ménage à trois, tu ne trouveras aucune solution acceptable pour toi. Mais sans moi ! »

En partant ce matin Lisa m’a laissé un petit mot. En particulier elle me pardonne pour hier soir et tire un trait sur ce que j’ai fait avec toi. Finalement elle sait que je ne suis pas ainsi, c’est la première fois que je suis dans un tel état de confusion émotionnelle. Aussi elle m’accorde encore toute sa confiance. Cependant elle est inquiète pour ma santé et me demande de reprendre rendez-vous avec le généraliste. 

Et toi comment tu vas ma douce ?

Je pense à toi aussi si tu savais…

Je t’embrasse tendrement. Pascale »

Ensuite elle laissa sa messagerie instantanée ouverte. Célia ne tarda pas à se connecter.

« Bonjour Pascale. Ça va si mal que ça ?

– Oui.

– Tu as beaucoup de choses à mettre dehors ma douce, moi y compris.

– Hier j’ai été d’un égoïsme fini avec toi.

– Ne t’inquiète pas pour moi, je t’ai prise comme tu es et j’aime ça. Si j’avais su que ça te mettrait dans un tel état je me serais abstenue.

– Abstenue de quoi ?

– De répondre à ta demande hier soir.

– De toute façon il fallait qu’on le fasse. Je regrette seulement de ne pas t’avoir rendu la pareille et de m’être laissée aller à mon plaisir sans t’en donner. Mais en même temps j’étais tellement mal…

– Te faire l’amour a été un orgasme total pour moi et tu m’as donné bien du plaisir !

– Je suis très active habituellement, je prends toutes les initiatives mais là j’ai été d’une passivité… d’une féminité… totale…

– Ça te déplait ?

– Non au contraire, c’est que j’attendais depuis toujours…  Voilà aussi pourquoi je déprime…

– Ou je suis dingue ou je suis inconsciente mais j’ai très envie de toi, de te faire l’amour

– Ni l’un, ni l’autre tu es amoureuse.

– Oui amoureuse.

– Là j’ai froid et je tremble comme une feuille.

– Tu trembles de quoi ?

– De malaise.

– Quel genre ?

– Méga souffrance de te savoir mal, d’être si loin, de connaitre notre situation, de me laisser comme ça submerger par toi ma douce, de savoir que Lisa va rentrer et que je te quitte… Va falloir qu’on apprenne à gérer dans le secret.

– Pas bon pour le corps ma belle.

– Je sais.

– De ma vie je n’ai jamais tremblé comme ça, je n’arrive pas à me calmer.

– Tu sais à quoi on reconnait l’amour ? Ça dévaste tout sur son passage…

– Je le sentais venir. La vague Pascale d’abord, puis le tsunami, et maintenant el niño qui fait des ravages sur 8000 km dans le pacifique…

– Comme tu dis.

– Tu sais ce matin avant d’allumer mon ordinateur, j’ai pensé que tu avais discuté avec Lisa et que tu ne m’écrirais plus.

– Je ne suis pas comme ça et je n’utilise pas les gens à mes fins personnelles… Je voudrais trouver une solution pour nous trois…

– J’ai bien peur qu’il n’y en ait pas. Et nous sommes quatre !

– Je vais être obligée de te laisser car je vais aller me reposer car la douleur est trop vive… Mais ne soyons pas pessimistes. Laissons aussi les choses en l’état pour l’instant, j’ai dit nous trois car Dominique n’a pas été mise devant le fait accompli comme Lisa. Je t’embrasse tendrement. J’essaierai de me connecter dans une heure mais là, je dois aller m’allonger. Tu seras là ?

– Oui ce matin je commence à 10 heures. Repose-toi bien ma belle. Tu me manques déjà. »

Pascale ne réussit pas à dormir mais la position dans le lit fut antalgique. Cela lui fit le plus grand bien. D’ailleurs comme promis, elle se connecta, Célia l’attendait.

« Le calme est revenu en moi. Ce qui s’est passé hier soir n’a pas altéré ma relation avec Lisa, elle a je crois assez de finesse et d’intelligence pour gérer ce qui vient d’arriver… C’est très douloureux de ne jamais être désirée physiquement par la femme qu’on aime.  Hier soir je me suis retrouvée face à mon désir depuis trop d’années refoulé. J’ai dérapé avec toi parce que je n’en pouvais plus de me contenir. Je ne sais pas ce que nous allons devenir toi et moi, quelle relation peut être viable. Sache que je suis très attachée à toi, que je n’ai pas envie de te perdre. Mais en même temps je suis lucide sur la réalité… C’est un peu décousu et confus, je suis désolée…

– J’aurais pu écrire ces lignes. Je n’ai pas bougé d’un pouce depuis tout à l’heure et je tremble toujours autant… j’ai beau me frotter les avants bras les jambes comme les secouristes, rien n’y fait…

– Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

– Rien Pascale.

– Je ne crois pas aux hasards, moi non plus… En fait j’ai envie de vivre dans le présent et « l’intemporalité » de cette relation. Hier soir j’ai éprouvé une jouissance inconnue, je pense que nous pouvons nous donner énormément même sans nous « voir ». J’ai envie de continuer à faire l’amour avec toi et préserver notre relation de l’extérieur. Est-ce possible pour toi ?

– En fait je crois que pour toi je suis prête à tout… je viens à peine de te trouver, je n’ai pas envie de te perdre.

– Tu es encore en train de t’oublier et ça je ne le veux pas. Mon égoïsme d’hier soir m’a énormément culpabilisée…

– Tu as tort parce que j’ai vécu un grand moment.

– Tu me rassures j’espère que nous en aurons d’autres… 😉  De toute façon les choses vont se mettre en place petit à petit. Les changements que nous allons aussi apporter dans nos couples respectifs vont nous amener à gérer une crise. Soit ça passe soit ça casse… A nous de trouver un équilibre, le bon… L’idéal serait de mener de front nos deux relations.

– Réelle ou virtuelle ?

– Les deux sont intimement liées et le virtuel a une certaine réalité.

– Je vais parler à Dominique ce soir si elle vient.

– Ce n’est pas un peu tôt ?

– Seulement que je ne trouve pas ça juste.

– Pour l’instant l’ouragan il n’est que dans notre tête, dans la réalité le calme règne encore… que Lisa sache m’a mise encore plus mal que quand elle l’ignorait. La notion de transparence est une fumisterie… 🙁 J’aurais dû garder mon jardin secret…

– Tu vois en quelque sorte c’est toujours ce que j’ai essayé de te dire.

– Ne change en rien ce qui te réussit… 😉

– Tu sais toi et moi je crois qu’on fonctionne un peu de la même manière, surement plus qu’on ne pense…

 – J’en ai bien conscience… Tu sais moi aussi je suis amoureuse de toi…

– Je suis sous oxygène.

– Ça devrait t’aider à sortir de ton malaise et calmer tes tremblements 😉

– Je dois te quitter, je dois aller bosser.

– File !

– Je t’embrasse tendrement.

– Moi aussi.

– A plus ! »

Pascale était sur un nuage car elle espérait bien que Célia la suive dans cette voie. En effet elle s’imaginait déjà dans cette relation clandestine, à l’abri des regards. Ainsi elle aurait parallèlement sa vie avec Lisa et son aventure avec Célia. Pas vraiment un couple à trois, en fait deux relations côte à côte. A elle d’avoir le consentement de Lisa et Célia, à elle de savoir se partager entre les deux. Elle souhaitait que Célia conserve sa relation avec Dominique, qu’elle aussi jonglerait entre les deux femmes. Dans l’après-midi Pascale reçut un mail de Célia.

« Dominique vient d’appeler, elle arrive dans une demi-heure….

En fait je ne sais pas si je me connecterai.

Mais je pense à toi en tous cas et j’espère que tu vas un peu mieux…

Cela dit je vais prendre un bain pour tenter de me ressaisir, avec la tête que j’ai et les yeux chocolat griotte Dominique ne va pas comprendre…

Tu es avec moi sans arrêt…

Je t’embrasse tendrement ma douce et fais de mon mieux pour te parler ou te lire… Célia »

Voilà qui arrangeait bien les affaires de Pascale car l’occasion était trop belle et elle sauta dessus.

« Bon bain…

Profite bien de celle que tu aimes, c’est important que ce qui se passe entre nous ne nous coupe pas des autres… Et te permette d’être pleinement avec elle … 😉

En fait je suis même contente et soulagée qu’elle vienne te voir…

D’ailleurs je vais rester connectée jusqu’à ce que je me couche… Voilà, je ne peux pas mieux te dire non plus..

Je t’embrasse partout, partout, partout…

Et je pense aussi à toi très fort…

Je me suis endormie dans tes bras et je t’ai fait l’amour pendant deux heures… divin… 😉 mais je ne te raconte pas comment j’étais au réveil…

Très tendrement. Pascale »

Célia resta absente une vingtaine de minutes. Par ailleurs Pascale avait senti sa contrariété. C’est sûr que pour Célia la situation était plus facile. En effet elle n’avait pas en permanence sous les yeux sa compagne. Pascale culpabilisait de tromper Lisa sous ses yeux qui de surcroit lui faisait confiance. En particulier elle n’en pouvait plus de se contorsionner intellectuellement pour cloisonner ses deux vies. Son corps venait de dire stop. Cependant Célia ne put s’empêcher de lui répondre sur sa messagerie instantanée.

« Tu sais dans mon bain j’ai pensé à ce que tu m’as dit hier, et je suis partie … .je t’ai fait l’amour avec une tendresse infinie… je frissonne en y pensant, c’est si bon de te désirer. J’ai un peu de mal à concentrer mon esprit sur autre chose que toi ou alors pas longtemps…

– Va pourtant falloir.

– Ne m’engueule pas ma douce.

– Va pourtant falloir… ;-))))))))

– Alors tu t’y prends comment ?

– Bonne question ! Des conneries je ne me contente pas de les faire, je les dis aussi… 😉

– J’adore le goût de ta peau.

– Et moi la douceur de la tienne, sa texture et son odeur… Je suis très sensible au toucher et à tout ce qui me met en état d’apesanteur…

– Très sensible aussi…

– Déformation professionnelle ou bien est-ce ce qui t’a motivé professionnellement de toucher les gens ?

– Je pense que j’ai ça en moi depuis longtemps…  Mais sur toi ce toucher est si différent que quand je pose mes mains sur ton corps, j’ai une sensation incroyable de sensibilité, de profondeur, difficile à décrire…. Un truc qui vient de loin …

– Ce qui est dingue c’est que tes mains je les sens sur moi, et que ça me déclenche des envies incroyables, j’ai une chaleur qui m’irradie le bas ventre, j’ai le sexe en émoi… je ferme les yeux et je pense à toi… Je suis emportée aux portes de la jouissance…

– Voilà ! Chez moi aussi !

– C’est incroyablement bon cet état de tension, je sens mon envie monter…

– J’ai la même…

– T’as fini de me troubler ? 😉

– j’espère que non …;-)

– C’est mal parti… 😉

– Dans quel sens ?

– Tu me réponds que tu espères ne pas me troubler… Je pense que c’est mal parti, je suis troublée par toi… 😉

– C’est bon de le lire…;-)  Je te laisse 2 minutes il faut que j’aille m’habiller je suis encore en peignoir de bain…

– Vas-y.… fais-toi belle 😉

– Je te laisse un peu plus tôt Dominique est déjà là ! Dommage j’étais pleine d’envie de toi, de ton corps, de ton plaisir, de te sentir jouir sous ma langue…. Je vais vivre ça seule…. A tout à l’heure ma belle…. Je pense à toi très fort et te parle ou te lis dès que je peux… tu me manque déjà !

– Vas-y cours !  Et reste connectée… à la réalité ! ;-)))))  Bisous sensuels. 

– Tu connais ma réalité actuelle Pascale. Salut ma belle je t’embrasse absolument partout.

– Allez file !

– Je ne sais toujours pas qui a renversé ce pot de glue devant l’ordi !

FILE !!!!!!!!!!!!!!

– Encore une fois ma douce ? 🙂

FILE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

– A plus tard, je t’embrasse fort là où tu sais !

– Moi aussi je t’embrasse partout, partout, partout… Et je vais aller me calmer… 🙂

– J’ai envie de toi.

– Ne néglige pas Dominique, nous avons tout le temps de faire l’amour … 😉

– Je sais c’est seulement que mon envie de toi m’emporte…

– Oui mais elle l’ignore… c’est important de cultiver ses relations. Tu sais que je suis là, tu ne m’as pas perdue alors cool avec elle 😉

– Bien j’obéis.

– Non c’est pour toi, c’est tellement bon d’être bien avec tout le monde… un amour épanoui est un amour équilibré…

– C’est beau ce que tu écris ma douce… c’est vrai que tu es amoureuse.

– Oui et j’ai bien l’intention que ton amour m’épanouisse… Laissons-nous le temps de le voir grandir… et ne faisons pas souffrir les autres par nos sentiments qui nous éloigneraient d’eux…

– Cette fois je file, je t’……………………….

– J’en suis heureuse ! je ne veux pas te couper des autres mais faire en sorte que tu sois bien avec eux … 😉 »

La journée avait filé à toute vitesse, ponctuée par ses échanges électroniques. Quand Lisa rentra du travail, elle trouva Pascale au lit. Elle vint s’asseoir au bord et prit la main de sa compagne.

« Tu sais Pascale, j’ai réfléchi à ce qui s’est passé hier soir. En fait je ne peux pas t’empêcher d’écrire à cette femme. D’ailleurs ce serait même contre-productif car je te pousserais encore plus sûrement dans ses bras. J’ai des torts aussi, je le reconnais. D’une part je ne veux plus faire l’amour avec toi alors que tu as des besoins à satisfaire. Finalement si tu veux coucher avec elle, je suis d’accord. Mais pas que tu sois amoureuse. Coucher ce n’est pas tromper. C’est uniquement quand tu as des sentiments. Aussi si ça peut te déculpabiliser, fonce car je ne veux pas te perdre je t’aime.

– Je ne sais pas quoi te dire.

– Je te fais confiance Pascale. Mais il n’y a que toi qui sais ce que tu veux. Si notre histoire a encore un sens pour toi, tu sauras faire ton choix. Si, je t’ai déjà perdue, je préfère le savoir. Je ne veux pas souffrir inutilement. Il y a longtemps que je m’attends à ce qui nous arrive.

– Je ne sais pas encore ce que je vais faire Lisa. Je t’aime. Et je la désire. Je n’en peux plus de ces frustrations sexuelles que tu m’as imposées. Je n’ai rien cherché, ça m’est tombé dessus par hasard. Mais je n’ai rien repoussé et je l’ai même encouragé une fois-là. Je te le dirai si jamais il se passe quelque chose.

– Ne trahis pas ma confiance Pascale.

– Ne t’inquiète pas, je m’en montrerai digne. »

Célia ne se connecta pas de la soirée. Lisa que ces événements avaient déstabilisée proposa à Pascale de passer la soirée au lit, dans les bras l’une de l’autre. D’ailleurs demain elle n’avait pas à se lever, c’était samedi. C’est pourquoi Pascale accepta car elle avait besoin de se rassurer. Dans la chaleur de ce corps, elle oublia un moment le virtuel. Après tout, Célia était peut-être en train de faire l’amour à Dominique. Lisa finit par craquer et pleura. Enfin elle relâchait la pression. Elle avait gagné un sursis mais pour combien de temps. En définitive elle avait face à elle une rivale fantasmée et idéalisée. Comment se battre ? Célia avait foncé dans la faille qu’elle avait grande ouverte.

Lisa gardait pour elle une blessure secrète. Elle n’en parlerait jamais et surtout pas maintenant. Pascale aurait l’impression qu’elle l’invente pour la récupérer. Elle était prisonnière de ses blessures intimes et de son passé. Pascale avait dans ses bras une enfant qui ne demandait qu’à être consolée de son immense chagrin. Lisa finit par s’abandonner au sommeil dans les bras maternants de Pascale. Quand Lisa se fut endormie, Pascale se mit à penser à Célia. A minuit elle se leva afin de savoir si Célia lui avait laissé un mot. Rien. Elle devait être occupée. Pascale aurait aimé l’attendre car Célia était un oiseau de nuit et ce n’était pas rare qu’elle se couche au petit matin. Elle lui souhaita bonne nuit à sa manière.

« Ne m’en veux pas je vais me coucher…

Ton attente a été très douce, très belle, je me suis laissé envelopper par un halo de chaleur, j’étais bien.

Que c’est délicieux de désirer quelqu’un et de sentir ce désir réciproque…

Je suis en pensée avec toi, nous faisons tendrement l’amour, je te caresse les seins, le ventre. Tu m’embrasses et ta langue procure à la mienne une sensation exquise. Je sens entre mes cuisses une brûlure que je reconnais entre mille. Je pose ma main sur ton sexe qui est gonflé, les lèvres sont turgescentes, mes doigts glissent sans problème de ton clitoris à ton vagin. Mon index, lentement caresse ton intimité, je te sens mouiller davantage. J’accélère le rythme, tu t’abandonnes… Tu écartes les cuisses et ma langue vient se poser délicatement sur ce que mon doigt a si délicieusement excité…

Il n’y a que nous deux, la nuit, le bruit de nos corps faisant l’amour. Puis un gémissement… Le mien… J’ai joui… Trop vite… Et toi qui te donnes à moi, sans retenue… Je continue à te faire l’amour… et là c’est toi qui jouis…

Bonne et douce nuit mon ange…

A demain. Amoureusement. Pascale »

Une parenthèse enchantée : chapitre 15

Le premier réflexe en se levant fut d’allumer son ordinateur. Pascale s’étonna de ne pas trouver de réponse à sa missive nocturne. Elle pâlit. Visiblement Dominique et Célia avaient dû bien profiter de leurs retrouvailles. C’est sûr que l’anonymat ça protège. Elles se racontaient leurs désirs, leurs envies, leurs projets mais après tout, tout cela ne pouvait être que des mots, rien que des mots. La preuve. Pascale n’irait sans doute pas raconter l’intermède avec Lisa et Célia passerait sans doute sous silence sa soirée.

La matinée passa sans aucune nouvelle de Célia. Par ailleurs Lisa était partie se balader en début d’après-midi car elle avait une course à faire. Aussi Pascale commençait à s’interroger. En particulier elle avait bien fait de ne pas se hâter à prendre une décision concernant son couple. En effet elle commençait à se demander si elle ne s’était pas emballée avec Célia et si elle n’était pas en train de faire l’erreur de sa vie. Certes Lisa n’était pas parfaite mais au moins elle était prévisible et elle ne risquait pas d’avoir envie d’une aventure extraconjugale. D’ailleurs sur ce plan-là Lisa était rassurante. En définitive Pascale était désœuvrée et ne savait pas comment s’occuper. C’est pourquoi toutes les deux minutes elle cliquait sur envoyer / recevoir, sans succès. Enfin, un mail lui arriva.

« Ma jolie je suis verte car je me bats depuis hier 22 h 30 pour me connecter… J’ai même restauré le système… Bref mon acharnement paie à l’instant. Aussi que je suis soulagée, tu m’as tellement manquée ma douce.

En fait je viens de te lire et j’ai le ventre en feu, c’est exquis… 

D’ailleurs je ne bouge pas de la journée et reste connectée enfin si tout va bien… Pour l’instant ça a l’air stable… 

Voilà je t’embrasse ma douce et tendre très amoureusement. Célia » 

Quel soulagement ! Un problème technique ! Mais pourquoi n’y avait-elle pas pensé plutôt ? Pascale se connecta immédiatement sur sa messagerie instantanée.

« Je suis soulagée d’avoir de tes nouvelles car je commençais à m’inquiéter.

– Et moi donc ! En fait je ne savais pas comment te joindre. D’ailleurs j’ai pratiquement passé la nuit sur mon ordinateur.

– Tant mieux si tu as pu réparer.

– J’ai trop envie de t’embrasser.

– Moi aussi mais pas que ça… 😉

– Que de bons moments en perspective…

De toutes manières j’ai toujours le ventre en feu car je pense à tes mots… si … si...

– Et moi donc, si tu savais comme j’ai envie de toi…

– Moi là c’est de pire en pire, si je ne me retiens pas… En fait tu sens mes baisers tendres dans le creux de tes reins ?

– Oui. Ne te retiens pas… 😉 Je n’en peux plus non plus… Sinon j’ai terriblement envie de toi, j’ai le sexe en feu… Nous avons eu hier une discussion avec Lisa. Elle a très peur que je la quitte.

– Le genre de truc qui me fait retomber très vite quand je réalise notre situation… P.… de timing…

– Oui moi aussi… A moins d’apprendre à vivre deux amours à la fois… Pour l’instant profitons de ce qui nous arrive, nous pouvons aussi trouver bien de l’épanouissement dans ce timing à contretemps. Nous n’avons pas l’épreuve du quotidien, nous avons également en permanence envie l’une de l’autre. De ma vie je ne crois pas avoir été traversée d’autant d’énergie libidinale. 😉

– Idem pour moi ma belle.

– Au fait tu en as toujours autant envie ? Tu es seule dans la pièce ? En effet je n’en peux plus de te désirer… D’ailleurs je pense à toi, j’ai tes mains et ta langue sur moi, je les sens légères et insoumises… Et je me caresse….

– Pascale, ma douce tu me fais perdre la tête. Dominique part bientôt. J’embrasse ton ventre comme jamais.

– Ne t’en fais pas je t’attends.

– C’est dingue ça fait une heure et demie que Dominique doit partir. Je viens te lire, je repars… Ensuite je reviens ma belle.

– J’ai pris un peu d’avance 🙂

– Tu n’es qu’une coquine…

– Comment résister à tes caresses ?

– En fait je rêve de te serrer dans mes bras et après nos retrouvailles te déshabiller lentement… Scène 12 acte 22 : Dominique vient de se coucher pour une demi-heure !

– Mdr.

– Moi un tout petit peu moins…

– Je me doute mais elle doit aussi se sentir bien avec toi … 🙂

– Tu t’en doutes ma belle ? Et pourquoi ça ?

– Vu comment tu m’as répondu…

– ????????

– Tu n’as pas aimé mon humour… 😉

– Ah, pas du tout ma belle… En fait je te situais juste où j’en étais…. Mais tu sais que tu me fais rire…. En particulier voilà les moments parmi d’autres où le manque d’intonation me gêne… D’ailleurs je l’ai beaucoup aimé ton humour ma douce et je t’embrasse tendrement. Sinon tu sais si j’ai dit scène 12 acte 22 c’était pour te faire rire…

– J’utilise souvent l’humour quand je veux prendre de la distance avec des événements désagréables. D’accord avec toi manquent les intonations… 😉 Aussi c’est pour ça que j’ai rigolé, ton côté exaspéré ne manquait pas d’humour ma belle… 😉

– 14h38. La représentation est enfin terminée. 25 actes, mais nous avons connu plus… très très bizarre cette soirée et demi-journée… En fait j’ai l’impression d’avoir vécu 48 heures… D’ailleurs que de drôles de trucs… Mais je te raconterai… car c’est un peu long… Mais avec tout ça tu ne m’as rien dit de ta sciatique…

– Ça coince encore par moment j’ai des décharges électriques… Mais quand je pense à toi, je n’ai plus mal… 😉 Sinon Dominique a un inconscient. Et à moins d’être aveugle elle a dû voir le changement… 😉

– Bref c’est sûr… mais je t’expliquerai... Enfin je suis seule ! c’est parce que je fais plein de bisous sur le trajet… peut-être ?

– Ah je me disais bien aussi ! 😉 Tu ne veux pas l’évacuer maintenant ? Par ailleurs ça m’interpelle le mot représentation dans le contexte…

– Dis m’en plus pour voir…

– En définitive comme si chacune de vous avait joué un rôle…

– Je parlerai plutôt de la représentation de Dominique… Comme souvent… Mais si je te raconte on va en avoir pour un bon moment.

– La patience est une de mes qualités aussi 😉

– Ce qui veut dire ?

– Je sais attendre le bon moment. Rien ne peut empêcher ce qui doit arriver. Il y a longtemps que j’ai cessé d’être dans le contrôle c’est en pure perte… Mieux vaut gérer à vue ou à la boussole … 😉

 – Voilà un discours intéressant … C’est tout à fait ce que je pense…

– A ton avis pourquoi ai-je libéré nos deux paroles ? 😉

– Tu vas me le dire mon chou.

– Toi et moi on sait ce qu’il en est de nos deux désirs, nous ne sommes plus dans le non-dit… D’ailleurs on peut aussi surmonter tout ce que cette relation va générer… Et puis ça nous a permis de connaitre des plaisirs dignes des hauteurs de l’Everest… 😉 En effet moi aussi dans mon genre je suis une thérapeute énergéticienne… Question énergie libidinale j’en ai libéré chez toi … 😉

– Et des vagues de l’océan indien… car elles sont redoutables ! Alors là tu as raison ma belle, je n’avais de ma vie vécu ça 24 heures sur 24 h.… de l’écrire je frissonne… alors merci collègue. Mdr.

– Au fait ça va comment ta petite culotte ? Bonne à essorer ?

– Franchement j’en fais une consommation, le truc dingue…

– Ah ce point ? 😉

– Eh oui ma belle… l’Everest, les mers du sud… pas sec comme climat…

– Exact… Au fait on s’en était arrêté où ? 😉

– Avait-on commencé ?

– Je me disais aussi… Encore que tu me parlais de mon ventre dans un précédent message… 😉

– Oui, je l’embrassais tendrement avec mes mains allant de tes hanches à tes genoux et parfois sur tes seins mais rapidement pour t’exciter davantage…

– Continue que c’est bon….

– Tu as bien fais de libérer nos paroles tu sais …

– Je ne cherche pas une aventure tu sais, je suis débordée par ce qui m’arrive bien plus que tu ne peux l’imaginer…

– Tu sais aussi que j’aurais pu écrire ces phrases n’est-ce pas ?

– Évidemment, c’est aussi ça qui te fascine chez moi… 😉

– En fait c’est la conscience de nos ressentis, nos failles, nos blessures, indescriptible… je l’ai perçue sans te connaitre avec la lecture de ton blog.

– Finalement c’est ce qu’on peut appeler une rencontre… et dans ma vie c’est la deuxième… 😉

– En ce qui me concerne : The rencontre… je t’embrasse pour fêter ça ma douce…

– Je suis flattée… 😉 Et j’en sais bien plus sur toi que tu ne le crois… 😉

– Dis-moi quoi ma douce.

– Je sais très bien que toi aussi tu ne cherches pas une aventure et que tu éprouves en toi bien des sentiments difficiles à exprimer… Je ressens trop de choses qui ne m’appartiennent pas à ton contact et que je te restitue sans que cela ne t’étonne… 😉

– Un peu bouchée Célia peut-être ? je ne comprends pas très bien…

– Auras-tu remarqué que je devance ta parole et que la mienne tombe juste à chaque fois ? 😉

– C’est vrai…

– T’es pas si bouchée que ça… 😉

– Sincèrement parfois je me demande…

– Tu me fais craquer… 😉 dans le sens je craque pour toi… au cas où tu serais bouchée… mdr

– Salope.

– Continue tu m’excites… mdr

– Et bien tu vois je viens de te griffer l’épaule…mdr

– Fais gaffe ça laisse des traces… mdr

– surement pas un hasard… mdr

– Je vois… 😉 Mais tu oublies que l’amour est aveugle… mdr

– Excellent, je suis pliée …

– Tu le peux !

– Lisa ne va pas tarder à rentrer.

– Je te laisse alors ?

– Je me reconnecte dans la soirée.

– A plus ma douce.

– A tout à l’heure. Je t’embrasse tendrement.

– Je t’embrasse amoureusement. File !

– A plus ! »

L’air triste de Lisa n’échappa pas à Pascale. Elle lui proposa à l’heure du goûter de partager une tasse de café et des petits gâteaux. Comme cela si elle avait envie de parler elle pourrait se livrer et dans le cas contraire, elles partageraient un moment de convivialité.

« Ça ne vaut pas tes gâteaux Pascale !

– Depuis que j’ai grossi, j’ai cessé toute recette de pâtisserie. Je le regrette, j’adorais ça. Surtout quand tu venais m’aider. J’aimerais tant retrouver ces moments avec toi !

– C’est à cause de ton régime, tu as tout arrêté. C’est dommage parce que j’adorais ça aussi.

– On devrait s’y remettre. Ça te dirait si je te faisais l’Amadeus ?

– C’est mon gâteau préféré.

– En effet tu n’es pas la seule !

– Au fait u ne me parles plus de ton régime. Tu en es où avec ?

– J’ai abandonné l’idée de maigrir. C’est désespérant les légumes bouillis.

– Au boulot, j’ai une collègue qui a pas mal fondu. Pourtant elle mange ! Comme je pense à tes problèmes de poids et que je sais que je n’ai pas toujours été cool avec toi, je me suis renseignée. En fait ce n’est pas un régime mais une nouvelle façon de s’alimenter. C’est tout simple. Tu manges gras le matin, dense le midi, sucré au goûter et léger le soir. Le matin elle mange du pain, du beurre, du fromage. Le midi, de la viande et des féculents. Au goûter du chocolat et des fruits. Le soir du poisson et des légumes. Et tiens je t’ai acheté le bouquin au cours de ma balade. Je l’ai lu en partie dans la librairie. Si tu veux on le fait ensemble. Comme ça tu te sentiras moins seule.

– Alors là, je ne sais pas quoi te dire Lisa. Merci. Viens que je t’embrasse ! Pourquoi tu as pensé à moi ?

– Tu vas vouloir rencontrer Célia. Je te connais, tu vas vite te sentir complexée avec tes kilos. Je veux que tu te sentes bien dans ta peau.

– Si ce n’est pas de l’amour, je ne m’y connais pas !

– Je ne veux pas que tu me quittes. Et si tu dois le faire, c’est parce que tu ne m’aimeras plus. Alors je fais tout pour que tu continues à m’aimer.

– Je t’aime toujours Lisa. J’en suis toujours au même point qu’hier soir. Je n’ai pas l’intention de te quitter et je ne sais pas où j’en suis avec Célia. Tant que ça reste virtuel, tu ne risques rien !

– Tu sais j’ai réfléchi. Je me bats contre plus fort que moi. Célia tu l’idéalises. Elle n’est pas usée par le quotidien. Elle ne te contredit pas, elle cherche à te séduire et fait tout pour te plaire. Je n’ai pas le beau rôle, je le sais. Finalement, le mieux serait que tu la rencontres. Si ça se trouve, la baudruche va se dégonfler, elle ne te plaira pas. Une fois couché ensemble, vous vous apercevrez que vous n’avez rien en commun. Que la gaudriole face à dix ans de vie commune, ça ne fera pas le poids. D’ailleurs elle ne semble pas pressée de te rencontrer ta belle. Vous en parlez de vous voir ?

– Non, ce n’est pas à l’ordre du jour.

– Un mois et plus de correspondance, plus ce que j’ai lu. Et pas de date ? C’est suspect tu ne trouves pas ?

– Non. Pourquoi tu dis ça ?

– Elle est en couple elle aussi. Mais elle n’a pas plus que ça l’envie de rompre. C’est pourquoi elle s’envoie en l’air via le net. C’est une habituée. Elle se raconte des histoires et à toi aussi. Tu as envie d’y croire. Mais pas question de te voir, trop peur que tu t’accroches. Tu vas voir que si tu lui proposes elle va avoir plein de bons arguments pour ne pas être disponible. Elle doit se marrer derrière son écran de savoir qu’elle met la zizanie entre nous. C’est peut-être ça qui l’excite ! Détruire des couples !

– Je n’ai pas du tout ton ressenti. Tu ne m’en voudras pas ?

– C’est normal, elle ne m’a pas hypnotisée ni baratinée.

– Je voudrais que tu me promettes quelque chose.

– Quoi ?

– Si un jour tu couchais avec elle, tu le fasses sans être amoureuse.

– C’est si important pour toi ?

– Oui. Ça voudrait dire que tu me trompes et j’en souffrirais énormément.

– Je ne veux pas te faire souffrir. Promis. Entre elle et moi il n’y aura jamais autre chose que de l’amitié.

– Merci.

– Je vais le lire ce bouquin. Je ne connais pas du tout la chrono-nutrition. Encore merci Lisa.

– Si tu veux on commence ce soir. Si tu te sens en forme on va faire les courses. On va aller directement sur les recettes comme ça on aura une base de départ. Quand tu l’auras lu, on les adaptera à nos goûts. Et qui sait, tu pourras te remettre à ton blog avec des recettes plus savoureuses les unes que les autres !

– Je m’habille et on y va ! »

Pour la première fois depuis un mois, Pascale oublia l’ordinateur. Elle adora finalement passer la soirée avec Lisa. En effet elles retrouvaient leur complicité passée, quel plaisir aussi de se sentir de nouveau en phase avec elle. D’ailleurs Pascale culpabilisait tellement de la situation qu’elle était prête à tout pour en être soulagée. Surtout ce qui plaisait à Pascale c’était enfin de manger à sa faim et des aliments qu’elle s’interdisait. Aussi quand elle lut la quantité de chocolat autorisée, elle n’en crut pas ses yeux. Depuis longtemps qu’elle se limitait à cinq grammes alors qu’elle avait le droit à trente, c’était le bonheur assuré ! Pascale avait hâte de s’y mettre. En définitive elle était reconnaissante à Lisa de ne pas avoir lâché l’affaire, de l’avoir si bien comprise. De plus elle la trouvait touchante dans sa manière de lui dire je t’aime. Lisa était un mystère pour Pascale.

Pourquoi l’aimait-elle sans la désirer ? Jamais cette question ne l’avait autant tourmentée ! Pour Célia, c’était une telle évidence et pas pour Lisa. C’est pourquoi elle écarta vite de son esprit ce vain questionnement. Sinon pour l’heure, elle avait hâte de dévorer le bouquin offert par Lisa. En deux heures il fut lu. C’était simple comme bonjour. De toute façon pour une femme organisée comme elle, ce serait facile à suivre.

Par ailleurs les courses étant faites, ne lui restait plus qu’à prendre ses mesures : seins, tailles, hanches, poignet. Son poids elle le connaissait. Ensuite quelques calculs lui étaient demandés pour connaitre ses mensurations idéales. Ainsi elle avait sa feuille de route. Néanmoins le bouquin indiquait qu’il lui faudrait au moins un an avant de les obtenir. En attendant si elle perdait deux trois kilos pour se sentir mieux dans sa peau, ça lui suffirait. En fait elle avait envie d’y croire mais elle se protégeait aussi d’une déception.

Lisa l’avait aidée à préparer du saumon en papillote avec des petits légumes. Cependant les quantités indiquées lui semblait énorme pour le poisson et ridicules pour les légumes. D’habitude elle inversait les proportions. Aussi elle se donnait un mois pour voir. Cependant à la lecture des aliments, même s’ils étaient variés, elle craignait de se lasser car elle n’avait pas l’habitude de les manger dans cet ordre. Néanmoins ce qu’elle avait lu l’avait convaincue. Par ailleurs il faut dire que le message, qui à contre-courant des idées reçues, était répété quasiment toutes les pages. Validé par une étude clinique, ce procédé mis au point par l’Institut de recherches européen sur la nutrition, autorise bel et bien à manger au quotidien des aliments d’ordinaire interdits en cas de taux de cholestérol dans le sang trop élevé. Même du fromage !

Pour ce médecin c’est un formidable médicament contre le cholestérol, surtout si on le mange en temps utile. En effet le but, c’est de respecter la chronobiologie humaine. Chacune de nos cellules est programmée dans le temps et effectue chacune de ses fonctions dans une tranche horaire précise. La chrono-nutrition, c’est le bon aliment, au bon moment et dans la bonne quantité.  Pas trop de légumes non plus. En résumé, on mange gras dans l’heure du lever, lourd quatre à six heures après, sucré dans l’après-midi et léger le soir.

Le nutritionniste explique qu’il n’est pas prudent de manger léger toute la journée pour tenter de vaincre le cholestérol car on court le risque de provoquer des carences. Or toute carence entraîne un effet de correction de l’organisme toujours supérieur à la carence elle-même. Quant aux légumes, autre idée reçue battue en brèche. Rien ne sert de s’en gaver car les légumes chargent le corps en sels minéraux et lui font stocker beaucoup plus d’eau. Manger herbivore donne des fesses et de la culotte de cheval ! Lundi elle appellerait le médecin afin qu’il lui prescrive un bilan sanguin qu’elle ferait durant son arrêt de travail.

Célia avait dû se connecter sur la messagerie électronique durant la soirée car Pascale trouva trace de ses passages. Alors qu’il était tard, Lisa s’était couchée, aussi Pascale tenta sa chance.

« Tu es là ?

– Oui. Ça va ma belle ?

– Oui. J’ai lu toute la soirée. Je n’ai pas vu passer l’heure. 

– Tu as bien eu raison de te faire plaisir. Tu veux que je te laisse ?

– Je sais ce qui me ferait plaisir maintenant… 😉 Tu passes avant la lecture dans ma vie 🙂

– Waouh, c’est beau… En fait j’ai de plus en plus envie de caresser tes cuisses…  Parce que je te ferai découvrir la caresse des cuisses, c’est très comment dire, j’adore jouer dans cette zone-là, en fait partout… Mais ça dépend à quel moment.

– Les gens que j’aime passent avant tout. Pourtant à bien y réfléchir je me demande quelle zone n’est pas sensible chez moi ? 😉

– Ce que je pense pour moi aussi… Cela dit tu m’as l’air extrêmement initiée…

– Pas plus que toi ma douce 🙂

– J’en ai marre presque de dire moi aussi… mdr…

– T’as qu’à faire un copier-coller ! mdr

– En pleine forme ma belle… Arrête tu vas m’exciter … 🙂

– Ce n’est pas bien de commencer avant le début de la leçon, tu triches… mdr

Je viens de me rendre compte qu’il n’est que 22 h 30, je croyais beaucoup plus tard.

– Tu perds en plus la notion du temps ma belle ?

– Avec moi le temps n’a pas la même longueur…

– Alors avec toi, c’est époustouflant…

– Je remarque en effet.

– Je voudrais te faire un cadeau. T’offrir une nuit et un repas dans ce palace dédié à la gastronomie.

– Je ne peux pas accepter.

–  Pourquoi ?

– J’ai encore du travail à faire sur l’estime de moi-même… 🙂 Cependant si tu veux vraiment me faire plaisir, je te dirai comment… 😉

– Je t’écoute attentivement…

– En revanche ça me gêne…

– Why ?

– T’as l’art ce soir de mettre le doigt là où ça fait mal… 🙂 parce que ça me bouleverse que tu m’aimes à ce point… Aussi je pleure de nouveau…

– En fait je ne sais pas quoi te dire Pascale et je me sens bien démunie.

– Oui je sais… mais j’ai aussi des fragilités… Le problème c’est que moins je les cache, plus on m’aime… 😉

– Moi aussi tu sais… Je dois apprendre à vivre avec… je t’ai aimée très vite tu sais…

– Tu me donnes du temps, de ta présence, de ton amour, pour moi c’est énorme… Aussi je n’arrive pas à calmer mes pleurs…

– Pourtant je veux tout de toi ma belle…

Je suis un petit animal effarouché, apprivoise-le, rassure-le… 🙂

– Nous sommes deux mon ange…

– Je vais faire les questions réponses ça t’évitera les copier-coller… mdr. Sinon c’est ta manière de m’aimer qui me bouleverse.

– Tant que tu es bouleversée tu peux me dire aussi ce qui te ferait plaisir….

– J’ai envie de toi. Sinon attends je vais voir si Lisa dort profondément. En effet je ne veux pas qu’elle me voit jouir…

– Je ne sais pas quoi répondre à ça, bien sûr…

– C’est trop intime la jouissance… et avec toi je ne jouis pas comme avec elle…

– Libère ta parole ma douce…

– Tu as décidé de me faire pleurer toute la nuit … ou tu veux que je libère mes chakras… 🙂

– Tu veux vraiment savoir ?

– Oui.

– Avec elle je partais souvent à froid, le plaisir s’installait progressivement et ma jouissance était avant tout la concrétisation de notre amour… c’était diffus, violent, doux, sensuel, c’est selon notre relation… Avec toi ça a été l’implosion totale, j’étais dans un état émotionnel tel que je me suis sentie aspirée par une force tellement puissante qu’elle me dominait totalement. Et que lorsque je m’y suis abandonnée, j’ai été complètement vidée, hébétée. Je me suis retrouvée dans un espace psychique que je ne connaissais pas jusqu’à présent. L’orgasme porte le nom de « petite mort » et c’est cette impression que j’ai eue avec toi avant-hier…

– Je fais copier-coller pareil ma douce ou tu comprends que moi aussi… D’ailleurs j’ai souvent eu du mal à m’abandonner tu sais, sûrement pour ça que je suis plutôt active.  Avec toi c’est tridimensionnel… Parce que je sais que tu me désires et ça me bouleverse… j’ai envie de te transmettre tout ce que je ressens à l’idée même de te toucher ou de laisser mes mains sur ton corps… Me voilà prise de tremblements, ça recommence…

– Ne tremble pas ma douce nous avons tout le temps de recommencer… Ce soir par exemple…. Sinon dis- moi ce qui te ferait plaisir ? Veux-tu que ce soit moi qui initie les choses et tu t’abandonnes ?

– Dès que je ne pleure plus je te parle…

– Là c’est moi qui me sens démunie… Tu ne m’as pas dit ce qui te ferait plaisir…

– J’ai Dominique au téléphone, difficile de se concentrer… Ambiance zarb…

– Tu veux que je te laisse ?

– Surtout pas ma belle. Je l’expédie…

– Tu ne m’as pas dit ce qui te ferait plaisir… 😉

– Tes baisers ma douce amoureuse.

– C’est le bon moment ? Dis-moi quand tu es prête !

– A quoi ?

– À ce que je te fasse l’amour… En effet si tu es au téléphone ce n’est peut-être pas l’instant choisi…

– Tu en as beaucoup des comme ça ? Je ne suis plus au téléphone, ça y est.

– Tu voulais un baiser…

– Des baisers ma douce…

– Tu es tout contre moi et je te saisis la nuque pour amener tes lèvres aux miennes… ma langue cherche la tienne et la trouve… elles s’enroulent l’une sur l’autre frénétiquement… difficile de se contenir… ma langue trouve ton palais et son bout en explore chaque recoin… mes mains caressent tes seins… la pointe est durcie, sensible… ta peau est douce, elle sent la coriandre…

– Ça me plait ça alors !

– Le dos de ma main se met à aller et venir sur ton corps… mon autre main t’enlace pour te coller tout contre moi… nous sommes nues, je t’allonge sur le lit et je me couche sur toi tout en continuant à t’embrasser. Ta cuisse se colle à mon clitoris et doucement je commence à onduler pour éprouver du plaisir au contact de ton corps… tu te mets toi aussi à bouger à mon rythme, lent…

Le plaisir monte doucement en nous deux, je mouille tellement que je sens que ça t’excite… mon bras est enroulé à ta nuque, je t’embrasse, nous fusionnons nos corps ne font plus qu’un. Je sens que tu t’abandonnes… je remonte sur toi pour que mon clitoris soit collé à ton pubis. Mon doigt va alors à la rencontre de ton intimité. Je le glisse dans ta fente, elle est gonflée, gorgée de sève. Cela m’affole de te sentir aussi excitée et je ne veux pas que tu jouisses trop vite…

j’ai envie que tu viennes sur ma bouche…

– Si tu veux… je suis au-dessus de toi et ainsi je pourrai aussi te faire jouir avec ma langue… mes mains se collent sous tes fesses….

– Tout mon visage est dans ton sexe. J’en respire son odeur que je découvre… je l’adore… je m’en régale… c’est salé et doux à la fois, un nectar… ma langue va fouiller profondément ton vagin puis va laper doucement tes lèvres turgescentes pour terminer sa course sur ton clitoris qui m’implore… la pointe de ma langue imprime des mouvements réguliers sur ton clitoris qui n’en finit plus de gonfler…

J’ai du mal à ne pas gémir sous tes caresses… je sens que je vais jouir… je ne veux pas le faire tout de suite… j’ai encore envie de toi mon ange… je veux jouir en même temps que toi… ma langue se régale sur ton clitoris aussi doux que du velours aussi chaud que ton amour… un de mes doigts va te caresser le bord du vagin pendant que ma langue continue son œuvre…. Je n’ose le rentrer sans ton accord… ça va ma belle ?

– Mon dieu Pascale j’ai joui à l’instant même où tu es venue sur ma bouche… Et puis encore ensuite…. À retardement le double effet kiss Pascale méga tridimensionnel. Je n’arrivee ^pas à ecrire sur ce p. de clavier tellemtn je suis aware.

– Je n’ai pas encore joui… 😉  Tu veux que je le fasse comment ?

– Euh je ne sais plus bien où j’habite là… Désolée pour jouir ensemble ma douce mais là, ce n’était pas possible, il y a trop longtemps que je te désire…

– Récupère… ce n’est pas grave…. Je suis trop heureuse d’avoir pu t’amener à cet état… :-))))))))))

– C’est que je suis à moitié morte, mais ça va aller ma douce…

– Je suis là, ne dis rien, viens dans mes bras…

– Je craque et je pleure ma belle, je ne pleure même pas je sanglote.

– Pourquoi après l’amour tu n’as pas l’habitude d’être prise dans les bras… ?

– Si mais pas dans les tiens après le plaisir que tu viens de me donner… en fait je t’attire contre moi parce que j’aimerais que tu t’asseyes sur ma bouche en me faisant face… j’ai mes mains sur tes hanches et tes fesses et je caresse ton dos en t’entrainant doucement sur ma langue…

– J’adore ça… Je jouis…

– J’adore et je pleure deux fois plus… ça va toi ?

– Oui… J’ai encore envie de toi…

– Tu es donc assise sur ma bouche et doucement vraiment tout doucement je lape ton nectar ton bassin ondule sous mes bains et ma langue… Je caresse tes seins … et doucement je te colle à moi pour pouvoir les embrasser, jouer avec ma langue sur tes pointes dressées, embrasser tes seins à pleine bouche mais très tendrement pendant que ma main caresse l’intérieur de ta cuisse…

– Je suis en train de m’abandonner… je suis super excitée… je me cramponne pour ne pas gémir…

-L’intérieur de ta cuisse est doux et humide, mes mains sont douces à ce moment-là et je me rapproche de ta fente que je caresse furtivement très furtivement…et ma main revient sur ta cuisse que je prends soin de caresser de haut en bas toujours très à l’intérieur, me rapprochant davantage de ton clitoris…

– Je suis collée à mon ordinateur, je ne peux plus respirer… tellement c’est puissant…

– Alors que j’embrasse encore tes seins et que tu es collée contre moi, mes caresses se font moins furtives et je pose ma main bien à plat sur ton sexe pour bien sentir tout ton désir. Et là doucement en te prenant par les hanches je te conduis de nouveau sur ma langue…

– J’ai le sexe en feu, j’ai une bombe dans la tête qui vient d’exploser…

– Pascale ça va ?

– Je j…

– Viens doucement dans mes bras ma belle…

– Oui.

– Pascale… Je t’aime…

– C’est trop pour moi ce soir… je ne peux ni te le dire ni te l’écrire… sinon je vais péter un plomb…

– Moi je peux, je suis seule… Comment ça péter un plomb ?

– J’ai joui elle était à côté, elle dort… Il faut être solide quelque part pour faire ce que j’ai fait avec toi…

– C’est sûr…

– J’ai franchi ma ligne jaune ce soir…

– C’est-à-dire ?

– Joker…

– Ne me fais pas ça … !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

– Si…

– Non !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

– Va pour le joker. J’ai rompu ma promesse faite à Lisa…

– Tu ne l’avais pas fait avant ?

– J’ai joui en étant très amoureuse et ça j’avais promis…

– Tu regrettes ?

– Je navigue à vue. Je ne peux pas rayer d’un coup dix ans de vie avec Lisa…

– Mais personne n’a jamais parlé de ça…

– Sérieusement tu penses qu’on se contentera longtemps du virtuel ? En revanche si tu réponds oui alors nous réglons tous nos problèmes de conscience…

– Je n’en sais rien… Joker…

– Accordé. Tu veux la suite ?

– Oui.

– J’ai promis qu’entre toi et moi, il n’y aurait rien d’autre. Je pense qu’on peut dire que j’ai franchi la ligne jaune.

– Effectivement. Tu sais j’ai franchi la mienne avant-hier, c’était un grand moment et je ne le regrette pas de l’avoir vécu… Je n’ai pas envie de somatiser… Les choses arrivent et je ne peux pas les nier…

– Je suis bien d’accord… c’est juste que la réalité est très présente et que ça non plus on ne peut pas la nier… Il faudrait juste que cette histoire soit comme la cerise sur le gâteau, qu’elle ne détruise rien…

– Oui… et qu’on ne se rencontre jamais…

– T’as tout compris… sinon il nous faudra quitter nos compagnes…

– Should I stay or should I go.

– On a le temps d’y réfléchir… La réponse pour moi est non pour l’instant j’ai aussi mon boulot, ma vie en général…

– Excuse-moi la réponse de quoi ?

– Dois-je rester ou partir… Je n’ai pas la capacité de trancher cette question pour l’instant…

– En fait je parlais pour moi… sortir de ta vie…

– C’est te dire que c’est une éventualité qui ne m’a même pas frôlée l’esprit… 😉

– Tu veux faire un break Pascale ?

– Mais ça changera quoi à ma réalité… 😉

– En fait je ne sais pas, si tu veux réfléchir et te dire que toi et moi on a peut-être déliré ?

– On n’a pas déliré… C’est juste que l’on n’est libre ni l’une ni l’autre. Je serais célibataire le problème ne se poserait pas en ces termes… On vit en couple, on s’aime… Tu en connais des solutions acceptables ?

– J’en connais deux : la résignation ou l’abandon.

– Explique-toi !

– Tu ne veux pas aller te coucher Pascale ?

– Réponds à ma question. Je verrai après…

– Dans mon cas ou bien je me résigne à te perdre à cause du timing et ça c’est très douloureux… Ou bien je m’abandonne totalement à cet amour même si je le vis seule… Ce qui suppose quand même de mettre de l’ordre dans ma vie…

– En fait je me sens vraiment lâche à te lire…

– Mais je ne vois pas pourquoi…

– Je vais être honnête avec toi : ce soir je ne suis pas en état de choisir entre vous deux, voilà en quoi je me sens lâche…

– Pourtant je n’ai jamais demandé ça en tous cas.

– Certes je le sais mais c’est lâche de vouloir le beurre et l’argent du beurre… Lâche aussi de ne pas te laisser la possibilité de choisir…

– J’ai le choix…

– Pas vraiment… Sauf celui de souffrir…

– Ou de me libérer et d’être qui je veux vraiment être.

– C’est autre chose… Pour moi tu t’en doutes c’est avec toi un problème de timing et rien d’autre… 😉 Ce que j’ai fait avec toi est pour moi une trahison à ce qui m’unit à Lisa, notre couple fonctionne sur la confiance et le respect. Disons que c’est une parenthèse dans notre relation … Je ne veux rien te promettre que je ne pourrais tenir… En particulier parce que pour Lisa j’ai des sentiments très forts…

– Je ne t’ai rien demandé comme promesse … moi aussi j’ai des sentiments profonds pour Dominique, toujours est-il que j’ai découvert un truc nouveau avec toi et qui m’emporte… Et que par rapport à l’amour que j’ai pour elle, il faut que je me pose les bonnes questions…

– C’était la réponse à ma question… merci ma douce…

– Ça va ?

– Moyen.

– C’est douloureux je sais.

– Pour moi aussi c’est une trahison… Que j’ai pu devenir amoureuse d’une autre me fait demander si je l’aime vraiment … Je ne sais pas…

– C’est une bonne question… 😉

– Et toi tu vas comment ?

– Ça va parce que je ne suis pas dans la même problématique que toi, mon problème ce n’est pas mon couple… 😉 Tu sais ce que je te propose car là je commence à fatiguer c’est que nous en reparlions. Voici ce que je te propose. Tant que nous restons dans le virtuel nous pouvons tout nous autoriser. Ta parole s’est libérée, tu as énormément pris conscience d’un tas de choses. Ensuite nous verrons ce que nous ferons dans le réel…

– C’est pour ça que quand j’aurai la réponse à ma question, je quitterai ou pas Dominique pour ne pas la trahir davantage …

– Tu ne la trahis pas, je t’aide à mettre de l’ordre dans tes sentiments… 😉

Ça ce n’est pas sûr du tout, pas en pleine tempête en tous cas …mdr 

– En effet ça chavire l’amour mais je suis un bon capitaine matelot ! 😉 L’amour le vrai je le connais et c’est ce cadeau que je voudrais te faire… 🙂

– Tu m’en reparles bientôt ? Parce que là … no comprendo.

– Si Dominique t’aimait vraiment et bien tu ne serais jamais tombée amoureuse de moi comme ça, de cette violence-là. Je t’ai ouvert sur un univers inconnu de toi. Or pour t’aimer et te donner comme je viens de le faire, on ne le peut que si soit même on a reçu un amour vrai…Tu me suis ?  Je voudrais que tu éprouves dans ton cœur, ton corps et ta chair un amour vrai qui t’emporte et te chavire mon ange… 😉

Et qui serait cette apparition ? 

– En te donnant certaines clés tu pourras ouvrir des serrures jusque-là cadenassées… 🙂 peut être oublieras tu de t’oublier avec elle ?

– Un peu subtil pour moi là de suite… je n’arrive pas à affiner ma pensée pour comprendre vraiment ces phrases, leur vrai sens, pas planqué…

– Tu veux qu’on reprenne ça tranquillement parce que c’est important pour toi… tu sais Célia tu aimes encore Dominique et tu ne sais pas comment lui exprimer tes désirs. J’aimerais t’aider en cela…

Ma psy en quelque sorte …

– Non parce que là je serais franchement nulle. C’est une faute professionnelle que de coucher avec un analysant… 😉

– Merci en tous cas ma douce, pour tout le plaisir que tu m’as donné…  Je t’embrasse tendrement.

– Explorons ensemble ton désir ma belle … tu veux refaire l’amour ?

– C’est toi qui poses la question… et ma belle il faut que tu dormes …

– Je te sens tellement mal que je n’ose te laisser…

– Non, non, Pascale, je suis une grande fille… Tellement mal à ce point ? Ah bon ?

– Mais ça t’arrive d’écouter tes émotions ? 😉

– Allez va te coucher je me débrouille très bien avec mes émotions …

– T’es sûre ?

– Certaine ma belle.

– Pas trop triste ?

– Non je suis habituée, tu sais depuis quelques temps, à alterner les loopings et les chutes libres… Allez file, va te coucher. Je t’embrasse tendrement.

– Je suis concernée ? Avant de nous souhaiter bonne nuit ce que je voulais te dire c’est que si je dois prendre une décision concernant Lisa et moi j’aimerais savoir si je le fais pour de « bonnes » raisons…

– Bonnes ?

– Ton amour pour Dominique est loin d’être mort, il est même encore très vivant. Ce serait dommage de ne pas souffler sur les braises pour faire repartir le feu…

– Et toi, je claque des doigts et je t’oublie ? allez va te coucher ma douce, demain tu ne vas pas être bien…

– Non j’ai répondu à ta question sur « bonnes ». Tu devrais aller te coucher mon chou tu es fatiguée… 🙂

– Pas tout de suite.

– Tu vas faire quoi ?

– Essayer de me trouver des petites copines sur le net, tiens pourquoi pas… mdr…

– T’as raison vas sur le site chattesenchaleur.com, tu devrais trouver… mdr

– Allez file, va te coucher.

– Oui. Je t’embrasse très tendrement… Je suis toute chavirée par toi j’essaie de garder la tête hors de l’eau et ce n’est pas évident… J’ai encore envie de toi…

– Moi aussi alors endormons nous comme ça mon ange…

– Excellente idée… Déjà je sens ta langue… A demain mon ange…

– C’est vrai je le fais. Dors bien à demain. Un plaisir de m’endormir dans tes bras.

– Également, on prend de sales habitudes… 😉 »

Pascale ne se fit pas prier. Elle était épuisée par la discussion. Elle se sentait acculée. De sa vie, elle n’avait jamais dû prendre une telle décision. Quel que soit son choix une femme souffrirait. Si c’était Célia, ce serait Lisa, si c’était Lisa, ce serait Célia. Et si elle ne choisissait pas, ce serait elle. Écartelée entre deux amours, culpabilisée de sa lâcheté. Qui devrait souffrir ? C’est en répondant à cette question qu’elle ferait son choix !

Une parenthèse enchantée : chapitre 16

La vérité on ne la doit qu’à soi-même. Malgré la fatigue Pascale n’arrivait pas à fermer l’œil. En définitive cela se bousculait trop dans sa tête. Célia était arrivée dans sa vie, avec ses questions, son amour, sans qu’elle ne s’y attende ou ne le cherche. Pourtant avant-hier, elle avait dû se rendre à l’évidence, elle aimait Célia et la désirait physiquement. D’ailleurs Lisa s’est bien rendu compte qu’il se passait quelque chose, c’est pourquoi elle lui avait demandé de lui promettre de ne pas en être amoureuse. Pascale n’avait pas hésité à le lui promettre alors qu’elle savait pertinemment qu’elle lui mentait. Pascale la trouvait très digne dans son amour blessé. Elle était complètement bouleversée par son intelligence de cœur.

En fait le problème, ce n’est qu’aucune des deux ne lui demandait quelque chose. Aussi elle se sentait prise dans un conflit de loyauté avec Lisa. Si elle la quittait matériellement sa vie serait difficile. En effet l’appartement lui appartenait et ce n’est pas avec son petit salaire que seule elle s’en sortirait. D’une part Lisa l’aimait, elle était heureuse avec elle et Pascale l’aimait aussi. D’autre part professionnellement, elle ne se voyait pas quitter son poste dans lequel elle se plaisait. En effet tout recommencer ailleurs, même par amour, ne l’emballait pas.

Pascale retournait le problème dans tous les sens, malgré cela elle n’entrevoyait pas de solution satisfaisante.

En revanche la tolérance de Lisa avait ses limites. Elle la laisserait vivre avec Célia pleinement cette relation uniquement sur le plan sexuel. Mais pas question de plus.

Pourtant de sa vie jamais elle n’avait été aussi bien avec quelqu’un, jamais elle n’avait autant joui ni eu autant de désir sexuel. Elle d’habitude si insatiable avait eu sa dose sans avoir à en réclamer plus que nécessaire.

Le bonheur était à portée de main et elle ne pouvait le saisir….

De toute façon elle ne voulait rien précipiter qui soit irréversible. En particulier pour Lisa. Cependant elle ne savait pas ce qui allait arriver. En fait elle aimait deux femmes et elle ne voulait en sacrifier aucune. Pourtant elle savait qu’il lui faudrait prendre une décision. Mais laquelle ?

Il lui restait deux heures à dormir. Elle se leva et envoya un mail : « Je t’aime et je voulais que tu le saches. Pascale »

Ensuite elle s’effondra d’épuisement. Aussi quand le réveil sonna, elle se leva comme un zombie. Au moins ses collègues verraient sur sa tête que son arrêt n’était pas bidon, qu’elle n’était pas au mieux de sa forme. Elle n’eut pas le temps de consulter ses mails. Elle retrouva celui de Célia en rentrant du travail.

« Bonjour ma belle, Merci pour ton mail de la nuit, je crus que je rêvais encore… Je file travailler. Prends soin de toi mon ange et souviens toi que je t’aime. J’attends de tes nouvelles. Tendrement. Célia. »

Avec la fatigue de la reprise, Pascale alla directement au but.

 « Bonjour Célia,

J’aimerais bien qu’on ne précipite rien, qu’on laisse venir les choses, qu’on protège celles qu’on aime… qu’on apprenne à se connaitre et se découvrir dans le réel… Qui sait si le virtuel résistera à cette épreuve… Construire sans détruire….

Peut-être pourrions-nous envisager de nous rencontrer en terrain neutre. Nous trouver une petite ville sympa à découvrir… et nous aimer…

Enfin qu’en penses-tu ma douce ?

Si tu savais combien à cet instant j’ai envie de faire l’amour avec toi.

Je t’embrasse tendrement. Pascale »

Lisa attendait Pascale pour goûter. En effet un rituel de plus entre elles deux qui les souderait un peu plus. D’ailleurs Lisa fit remarquer à Pascale sa mine défaite. Maintenant qu’elle avait repris le travail, elle devrait songer à se coucher plus tôt. De toute manière Pascale n’avait pas besoin qu’elle lui dise. C’est parce que les échanges s’étaient accéléré qu’elle en était arrivée là. En les ralentissant, Pascale espérait pouvoir prendre un peu de distance avec les événements. Sinon sa hantise était de prendre une mauvaise décision dans le feu de l’action. Son pire ennemi c’était elle !

C’est pourquoi elle se connecta sur sa messagerie instantanée. Célia était déjà là.

« Ça s’est bien passé la reprise ?

– Oui. Pourtant je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. Ce soir je me couche tôt.

– Ce soir, je sors avec Dominique. Aussi je ne pourrai pas rester connectée.

– Ça tombe bien !

– Tu as lu mon mail ?

– Oui.

– Et alors ?

– Je suis d’accord avec toi. J’aimerais qu’on se trouve un endroit qu’on ne connaisse ni toi ni moi, un endroit neutre qui deviendrait à nous et qu’on découvrirait ensemble.

– J’ai en fait envie avec toi de nous créer quelque chose qui n’appartienne qu’à nous. Ne pas te dire ce que je dis à Lisa quand je l’aime, ne pas faire l’amour avec toi comme avec une autre…

– Je dois bientôt filer, on en rediscute tu veux bien ?

– Oui.

– Je n’ai pas trop envie d’y aller. D’ailleurs c’est difficile de redescendre quand on me parle car j’ai le sourire béat…. En particulier je suis dans un état d’excitation que je n’ai jamais connu je crois. En fait ça m’arrive n’importe quand dans la journée, je discute par exemple et d’un coup tu surgis, je sens des frissons qui me parcourent le corps et j’ai le ventre et le sexe en feu… j’adore cette clandestinité … mdr.

– Tu fais comment ? J’ai l’impression d’être une obsédée sexuelle je passe mon temps à y penser et quand ce n’est pas y penser c’est aller me calmer… manuellement…

– Je me douche, je me change, c’est selon les possibilités et je t’aime aussi par procuration. Je n’ai pas l’impression d’être obsédée même si je n’ai jamais eu envie de quelqu’un à ce point, seulement très amoureuse…

– Moi tu ne me quittes pas c’est pire…

– Mais moi non plus ma belle, quand je suis seule aucun problème, c’est quand il faut un minimum vivre en société

– On a le même problème à ce que je vois… 😉 En définitive tu ne m’es pas d’un grand secours pour une fois… mdr

– Je crois qu’on a le même problème en général, avec des nuances bien sûr, nous n’avons pas vécu la même vie, mais je pense qu’on attendait la même chose…

– Je ne sais pas si j’étais dans l’attente. Si justement c’est si violent et que ça me dépasse c’est parce que je n’attendais rien… Y a quelque chose en particulier qui t’excite plus qu’autre chose ?

– Ma belle pour l’instant seulement imaginer te toucher me propulse dans un autre temps… j’ai envie de tout mais j’avoue qu’imaginer goûter tendrement ton intimité me chavire…

– L’envie est partagée et réciproque… 😉

– On est faites pour s’entendre … 😉

– Je le pense mon corps ne me trahit jamais quand il est question de désir… 😉

– Je pense que Dominique sent un truc car elle est très câline et elle a envie de pleurer pour un rien…

– Tu comptes faire quoi avec Dominique ?

– C’est à dire ?

– J’ai le sentiment que ce genre de situation, ce n’est pas la première fois que tu gères… 🙂

– Tu m’expliques ?

– Je pense que tu réfléchis déjà depuis très longtemps à ta relation avec Dominique qui par certains aspects ne te conviennent plus… A mon avis tu as déjà dû chercher des compromis acceptables sans vraiment les trouver… Je me trompe ?

– Non.

– Tu m’étonnes mais je te crois… Ou alors ce n’était pas verbalisable et notre rencontre a permis que ça émerge ?

– Comment ça ? En fait j’ai dit non car tu ne te trompes pas… Mais qu’est-ce que tu as compris ?

– Tu peux m’en dire un peu plus ?

– Tu te posais des questions dimanche sur elle, tu as trouvé des réponses ? 

– Je pense que j’ai mes réponses mais je ne suis pas très sûre d’être objective, je ne vois que toi…

– C’est quoi tes réponses ?

– En fait il y a un moment que je réfléchis à notre relation

– Et tu la vois évoluer comment ?  Et tu souhaiterais qu’elle évolue comment ?

– Je ne la vois pas trop évoluer justement…

– Tu trouves qu’elle n’a pas évolué ? Tu penses qu’elle va se figer ?

– De toute manière je pense qu’elle l’est… pour moi en tous cas…

– Tu n’as pas répondu à ma question de comment tu souhaiterais qu’elle évolue… comment ça figée, je ne comprends pas… ?

– Mais tu veux vraiment parler de ça maintenant ? et pourquoi maintenant ?

– Parce que je te sens prisonnière d’un conflit inconscient mais surtout que tu es en train de te mettre des barrières qui vont te faire mal. Ne crois-tu pas que toi et moi on pourrait vivre une merveilleuse histoire d’amour ? Rien qu’à nous … Pourquoi ne pourrais-tu pas vivre deux amours complémentaires ? Je ne suis ni jalouse ni possessive et je pourrais avoir de toi que le meilleur… et inversement je te donnerais le meilleur…

– En fait je suis sûre… l’évidence même … Quelles barrières ?

– Tu vois déjà notre relation figée alors qu’elle est archi-vivante !!!

– Parce que j’ai du mal à aimer deux femmes à la fois …

– Comment ça ? je te jure ce n’est pas une lampe torche que tu as ce soir mais une vraie centrale électrique… mdr

– Je t’écoute Célia bien plus que tu ne le crois… 🙂 Tu veux vivre avec moi c’est ça ton désir ?

– Sinon trop rapide pour moi comme question et qui n’a rien à voir avec Dominique seulement avec moi… vivre avec toi ou pas ? mais si c’est toi que j’aime profondément, avec personne d’autre en tous cas…

– On avance… Donc qu’est-ce qui empêche notre relation d’évoluer puisque ce n’est pas le prochain stade que tu veux atteindre ? 😉

– Rien mon chou, je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir quelque chose de figé entre Dominique et moi… Ça vient de moi… nous sommes très complémentaires mais plus vraiment sur la même longueur d’onde… je réfléchis à ça depuis un moment…

– Ça pourrait le redevenir si je te donne ce qu’elle ne peut te donner… 😉

 – J’ai bien des questions dans la tête tu sais… 🙂

 – Pose- les !

– As-tu l’intention de la quitter ? Ou bien est-ce impossible ?

 – Pas impossible.

– Mais que se passerait-il pour elle ?

– Et toi tu voudrais vivre avec moi ?

– Dans l’absolu oui parce que c’est très agréable de vivre avec quelqu’un qu’on aime… 😉 Mais je me vois mal annoncer à Lisa que je la quitte.

– Tu crois qu’on peut vivre une belle histoire d’amour toi et moi ?

– Oui et j’en ai même une idée assez précise… 😉

– Alors tu peux m’en dire plus ma douce ?

– Donc ça t’intéresse ? Mdr

– A ton avis ? Rigolote !

– Je n’ai pas d’avis, je suis fatiguée. Mdr

– Allez !

– J’aimerais qu’on procède par étapes. La première c’est se rencontrer et confirmer ce que nous ressentons « virtuellement ». On ne sait jamais… La deuxième…

– Je te l’ai dit Pascale, les choses se font quand elles doivent se faire…

– La deuxième c’est qu’on fasse l’amour jusqu’à plus soif… La troisième c’est qu’on se fabrique des parenthèses enchantées, on se retrouve quelque part pour vivre des heures inoubliables… La quatrième c’est qu’on ne touche rien à nos vies actuelles on jongle avec… La cinquième si on voit que vraiment entre nous c’est pour la vie, on prendra les décisions qui s’imposent… alors tu en penses quoi ?

– Quel plan de bataille… dans l’absolu je ne suis pas sûre de tout bien gérer… Tu vois avec mon envie de toi permanente j’ai du mal à aller vers Dominique, et je supporte moyennement qu’elle vienne à moi… Quant à faire l’amour je ne te raconte même pas… Remarque peut-être qu’en me voyant tu fuiras…

– Réfléchis… tu vois une autre solution ?

– Pas vraiment… mais il y a des choses que je ne peux pas faire c’est plus fort que moi.

– Comme quoi ?

– Faire l’amour à Dominique si j’ai envie de toi… Et je ne peux pas avoir envie de deux personnes en même temps. Dans mon esprit, mon cœur et mon corps il n’y a qu’une case pour ces choses-là …

– Je croyais qu’elle ne voulait plus tellement… 😉

– Disons qu’elle n’est pas très portée là-dessus même si elle aime quand on fait l’amour… elle est du genre à me faire toujours plaisir mais à oublier que le sexe est aussi important… si je ne la sollicite pas ça peut durer un moment… et parfois elle a de grands élans… et je sens que ça approche surement parce qu’elle me sent ailleurs…

– Qu’est-ce que tu veux dire ? J’ai peur de mal comprendre… Et si tu refuses de lui faire l’amour que va-t-il se passer ?

– Elle va me poser des questions.

– Une bonne chose pour sortir d’une relation figée… 😉 C’est peut-être l’occasion de lui dire tes désirs… 😉

– Un peu tard et ce n’est pas elle qui les suscite…

– Vous n’en seriez pas là si elle les avait suscités. Tu la déresponsabilises de sa part en disant ça…

– Non je sais très bien lui en parler… mais elle a du mal… Dominique est comment te dire, assez victime …

– C’est ce que je dis, tu rentres dans son jeu en la déresponsabilisant à bon compte. Qu’elle assume ne pas aimer te faire l’amour !!!

– Qu’elle assume déjà notre relation homo !

– C’est un ensemble… 😉 Moi je l’assume… mdr. Il doit y en avoir de la souffrance en toi mon chou…

– Je crois que je vais y aller. Je ne sais pas qui a encore répandu un pot de glu devant l’ordinateur. J’ai envie de pleurer.

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

– Rien je suis seulement amoureuse et je n’ai pas envie de partir… aussi simple que ça. Malgré les apparences tu me fais beaucoup de bien. Un bien fou même…

 – J’espère bien… 🙂

– Je vais bouger ma belle … je t’embrasse tendrement Et tu sais comme je pense à toi… tu as évoqué un plan de bataille tout à l’heure mais pas vraiment répondu à ma question… Penses-tu qu’on peut vivre une belle histoire d’amour ?

– Oui. Parce que nous en avons envie toutes les deux et que nous ne nous mettrons pas en échec !!!

 – Oui je voulais te le dire moi aussi : je t’aime mon ange et de le dire je tremble …

– Ne tremble plus je suis là avec toi à tes cotés et je t’aime… réfléchis à mon plan, j’en ai autant envie que toi… juste toi et moi sans rien autour… une parenthèse enchantée…

– Merci ma belle, ça fait du bien, d’un coup là je me sens ravigotée et je pars avec tes mots dans la tête… Tu vois souvent on fait bien de redemander les choses…. Je t’aime et t’aimerai toute la nuit.

– Allez file !!!! on fera l’amour dans le noir et sous les draps ça te va ? mdr

– Ça me va 😉 Je t’aime.

–  Moi aussi… ça va mieux ? rassurée ? Génial donc deuxièmement… mdr

 – J’ai voté à fond pour le deuxièmement…

– Alors faudra qu’on reprenne le premièrement de jour et sans les draps… mdr

– Si tu veux ma belle j’adore le n’importe quand tout de suite…

– Moi aussi…

– D’accord ma belle. Je ne quitte pas en fait. Douce nuit. Et que ma langue soit avec toi… Mdr

– Elle y est déjà, j’ai commencé… 😉

– Bises mon cœur je suis partie. »

Pascale resta un petit moment devant son écran. Son malaise était palpable. Elle était dans une fuite en avant depuis quelques jours et elle devait arrêter cet emballement. Malgré la fatigue, elle prit son courage à deux mains. Elle ne savait pas comment aborder le sujet avec Lisa. Autant que ça soit brutalement.

« Lisa, je dois te parler.

– Oui.

– Je t’ai menti.

– Ah !

– Je ne sais pas ce qui m’arrive avec Célia, je ne me reconnais plus depuis que je la connais.

– …

– Aide-moi un peu !

– Pas question ! Assume ! Va jusqu’au bout ! Tu m’as menti, je t’écoute !

– J’aime Célia et je ne veux plus te le cacher.

– Je ne veux pas te perdre.

– Moi non plus.

– J’ai deux solutions. Ou je te quitte mais il en est hors de question ou bien j’accepte que tu l’aimes.

– Tu as tout compris Lisa.

– ce sera notre secret. Tu vis avec elle ce que tu as à vivre mais tu ne me parles de rien, je ne veux rien en savoir. Et on garde notre vie d’avant, ça te va ?

– Viens que je te prenne dans mes bras ! »

Lisa s’endormit tranquillement. Pascale malgré la fatigue se leva pour écrire à Célia. Elle n’en pouvait plus de ce rythme effréné et pourtant elle sentait l’urgence en elle de régler tout cela au plus vite.

« Mon amour,

Tu n’étais pas partie que déjà tu me manquais. J’avais le sexe en feu, ta langue venait de se poser sur moi que je jouissais aussitôt.

Je ne sais pas ce qui m’arrive avec toi, je ne me reconnais plus depuis que je te connais. Tu employais des termes météorologiques pour parler de l’effet que je te faisais et en bien pour toi c’est encore pire…

Alors je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai appuyé sur la télécommande de la télévision et j’ai dit : « Lisa faut que je te parle, c’est important ».

Un silence s’est installé, elle a voulu savoir ce que je voulais faire. Je lui ai dit que je t’aimais et que je ne voulais pas le lui cacher. Re silence. Maintenant je l’écoutais elle avait peut-être elle aussi envie de me parler. « Je ne veux pas te perdre. Je n’ai que deux solutions : ou je te quitte mais il en est hors de question ou bien j’accepte que tu l’aimes – T’as tout compris Lisa ! »

Alors Lisa m’a dit : « ce sera notre secret. Tu vis avec elle ce que tu as à vivre mais tu ne me parles de rien, je ne veux rien en savoir. Et on garde notre vie d’avant, ça te va ? »

Bien sûr que cela m’allait. Mon désir est de vous aimer toutes les deux je ne veux en sacrifier aucune au stade où nous en sommes aujourd’hui…

Je l’ai embrassée (chastement…) et là nous nous sommes mises à pleurer dans les bras l’une de l’autre…

Digne Lisa, digne…

Je t’ai sentie triste tout à l’heure mon ange. Je ne sais comment te rassurer, te dire combien je t’aime. Depuis cinq jours j’ai pas mal avancé avec toi et dans ma relation avec Lisa. Je ne peux pas aller plus vite, j’ai moi aussi besoin de temps car je voudrais savourer chaque seconde de notre histoire sans rien précipiter de ce que je ressens tant c’est trop fort…

Je te sens impatiente par moment, je le suis aussi. Mais ce qui nous arrive est très beau, ne gâchons rien, profitons de cet état de béatitude dans lequel nous plonge ce désir si délicieux qui nous dévore les entrailles…

Je te tiens la main mon amour, je suis là… Ne crains rien, tu n’es plus seule…

Tu me manques…

Nous avons toi et moi maintenant une belle histoire d’amour à vivre. Ce soir je voulais te donner plus. C’est fait…

Le rêve devient réalité…. 

Je t’aime… 

Fais de très beaux rêves ma belle….

Je pense à toi… 

Très tendrement. Pascale » 

Pascale se traina péniblement au travail. En particulier elle avait une terrible envie de dormir. Aussi elle enchaina les cafés et put traiter ses dossiers. En fait elle profita du voyage en train pour une micro-sieste réparatrice. L’énergie lui revenait quand elle était tranquillement assise devant son ordinateur. Cela dit, anticipant sa soirée, elle se hâta de se coucher après avoir goûté. Dormir une heure lui fit le plus grand bien. Elle avait laissé sa messagerie instantanée allumée. Un message de Célia l’attendait.

« Je ne suis pas impatiente tu sais, et je ne sais pas ce qui peut te le faire croire sûrement ma maladresse à m’exprimer…

– Tes allers et retours… je m’explique : parfois tu veux quelque chose et quand je le propose tu recules… 😉

– Comme quoi ? Je les imagine bien… Mdr

– Comme hier soir où concrètement je te proposais de vivre une belle histoire d’amour et d’un seul coup, miss se ravise et doute !!! 🙁

– Que je doute de moi est une chose, et que je me ravise en est une autre… je n’ai pas eu l’impression de me raviser… et toi aussi ma belle tu fais de beaux allers retours…

– Moi c’est normal ! 😉

– Ah ? et pourquoi ?

– Tu mènes, je suis… 😉 qui c’est la première qui a commencé à tomber amoureuse ? mdr

– Ah c’est malin mais tu fais bien de la ramener… j’ai une question. Comment peux-tu me dire un soir : ne me dis pas que tu es amoureuse ? que ne t’avais-je écrit au début de notre relation ? Et m’écrire 2 jours après un matin : tu sais moi aussi je suis amoureuse de toi.

– On est d’accord 2 jours plus tard… c’est donc après, la deuxième… 😉

– Si tu veux … Mais c’est arrivé comme ça un matin, le matin du deuxième jour ?

– Qu’est-ce que tu essaies de me faire dire ?

– Quand as-tu ressenti ton désir amoureux ?

– Excuse-moi ce soir je suis un peu ralentie, tu veux savoir quand je suis tombée amoureuse de toi c’est ça ?

– C’est ça !

– Ça a été progressif.

– On avance ma belle…

– Au début j’ai bien aimé l’originalité de ta démarche j’ai donc répondu. Ensuite j’ai été touchée par ton côté néophyte. Puis petit à petit je suis rentrée dans ton univers. J’ai fini par attendre tes mails alors qu’au début pas plus que cela, c’était une correspondance comme j’en avais déjà eu. Puis ça a basculé quand…

– Le côté néophyte ??????????????????

– Le fait que c’était la première fois pour toi… 😉

– Ouais la pauvre fille qui sort de sa campagne profonde … mdr.

– Je n’ai pas envie de rire Célia parce que là tu ne peux pas savoir comment tu m’as émue avec tes failles, j’en ai les larmes aux yeux en te l’écrivant…

– Qu’est ce qui t’es arrivé mon chou ? pourquoi je t’ai émue ?

– C’est indicible… et cela me parait trop violent de te le dire…

– Tu penses que je te cache les miennes ?

– Oui. Mais ça ne me gêne pas car je les devine…

– Que veux-tu savoir de moi ma douce ? 

– Quand tu te sentiras prête tu m’en parleras…

– Quoi ? alors là déconne pas ma belle, dis-moi ce que tu as à dire…

– T’es sûre ?

– Oui.

– J’ai eu très peur de toi au début quand je t’ai vue passer des nuits blanches à m’écrire. J’ai eu le sentiment de quelqu’un qui se noyait et qui envoyait une bouteille à la mer avec un SOS dedans… C’est cela qui m’a profondément ému et remué en toi… c’est pour cela que je parle de détresse, comme la balise…

– Tu sais ma belle je passe souvent des nuits blanches ou presque… C’est ancien chez moi … tu es mon sauveteur alors ?

– Non parce que je n’ai pas cherché à te sauver à ce moment-là ni même maintenant… 🙂 Je t’aime c’est tout…

– Et donc tout a basculé quand ?

– Puis ça a basculé quand j’ai compris que j’avais de la merde dans les yeux. Je ne voulais rien voir de tes appels de phare, j’y répondais maladroitement. C’est quand tes réponses décalées par rapport à mes délires me sont parvenues que j’ai compris ce qui se passait… Je me suis défendue maladroitement… Puis là tu m’as touchée en plein cœur en te défendant à ton tour et en niant :-). C’est arrivé là exactement…

– Tout a basculé là ?

– Quand j’ai commencé à te dire de ne pas t’accrocher alors que c’était fait depuis longtemps et que j’avais refusé de le voir. Tu m’as renvoyé à quelque chose de mon histoire avec Lisa et tu m’as fait craquer…

– Si tu pouvais m’en dire plus ça me rassurerait peut-être sur ma santé mentale.

– Elle est bonne je te rassure… T’as un inconscient ma belle et il s’est exprimé ! 😉 J’ai appelé ça tes appels de phare… 🙂 Si je m’étais trompée dans mon ressenti crois-tu que nous en serions là aujourd’hui ?

– Tant que nous y sommes là aussi, tu peux m’en dire plus mon ange…

– Je ne pourrais pas te dire pourquoi mais j’ai eu un flash j’ai ressenti quelque chose de très très fort te concernant, ta détresse m’a interpellée au plus profond de moi-même car elle résonnait avec mon désir… Quelque chose m’anime dans cette vie je ne sais quoi mais qui représente une énergie vitale qui me pousse à des moments particuliers à prendre des directions importantes. Tu es arrivée à la croisée des destins. Tu répondais à quelque chose de ma problématique sur le corps et la féminité…

– Alors ma douce on repart avec ma détresse… tu m’en dis plus mon chou ?

– Tu es curieuse ce soir ? 😉 Tu t’en défends Célia mais elle est là… 😉

– Oui ma douce protège-moi… mdr… comme chez tout le monde non ?

– Un peu plus que la moyenne pour être sensible à une parole désincarnée, physiquement tu ne me connais pas, pas plus que le son de ma voix… 😉 Et si j’étais un homme et la photo c’est celle de ma concierge ? mdr.

– En fait je peux te renvoyer la question. 

– Pourtant je n’ai jamais caché mes fragilités mon amour… 😉 Je les assume comme mon homosexualité…

– Sinon je me suis défendue et j’ai nié ?

– Oui. Quand j’ai commencé à comprendre que tu tombais amoureuse je t’ai posé la question et tu as nié. Ensuite j’ai contourné la question et tu t’en es défendue. Il aura fallu que j’avoue mes sentiments pour toi pour que tu m’avoues les tiens… 😉

– C’est vrai, je ne voulais rien perturber, mais il y a eu une belle vague et j’ai lâché la barre… »

La discussion s’arrêta brutalement. Impossible de redémarrer la connexion pour Célia. Une fois encore, c’était planté. Au bout d’un moment Pascale se douta d’un problème technique. Cela l’arrangea car elle put se coucher tôt et ainsi récupérer le sommeil en retard qu’elle avait accumulé ces derniers jours.

Au matin Pascale trouva un mail dans sa boite.

« P… de connexion, elle m’a encore lâchée. Tu étais sans doute couchée quand elle est revenue.  Moi aussi mon ange je voudrais tant te donner tellement plus et que tu te sentes dans mes bras et mon amour comme dans un refuge rassurant… une terre verte et fertile regorgeant de fruits murs et de fleurs somptueuses… après une traversée sur des océans pas toujours cléments…

Je n’ai jamais aimé quelqu’un comme toi mon trésor et ça me porte si tu savais …

Je t’embrasse mon ange et pense à toi sans arrêt… Célia »

Pascale répondit rapidement car elle était en retard : « Je t’aime et tu me manques déjà. »

La réponse de Célia fusa laconique : « Bonne journée. Célia »

Pascale sentit que Célia allait mal. Elle n’avait pas le temps de lui parler et le regrettait déjà. L’explication arriva au moment où elle s’apprêtait à éteindre son ordinateur.

« J’ai dit cette nuit à la femme avec qui je vis depuis huit ans que je la quittais parce que j’aime une autre femme que je ne connais pas. »

Pascale resta tétanisée devant son écran. Célia avait quitté Dominique ! Vite elle avait son train à prendre. Elle éteignit sauvagement son PC et courut à la gare. Tout cela allait trop vite, bien trop vite. Il est clair que maintenant ce n’était plus la même histoire. Célia attendrait que Pascale en fasse de même avec Lisa. Elle se demandait si depuis le début elle ne s’était pas fait avoir. Elle verrait bien ce soir en discutant avec Célia ce qu’elle imaginait pour la suite.

Une parenthèse enchantée : chapitre 17

Pascale avait hâte d’écrire à Célia. Elle voulait en savoir plus sur ce qui c’était passé. Toute la journée elle avait repensé aux quelques lignes du matin. Elle n’était pas prête pour l’instant à quitter Lisa, ce d’autant que cette dernière lui donnait les coudées franches pour cette aventure. C’est pourquoi Pascale ne voulait rien précipiter car pour elle, c’était très confortable. D’ailleurs si jamais avec Célia, ça ne fonctionnait pas, Lisa l’attendrait sans reproche à la maison. Aussi elle n’avait aucune urgence à rompre mais plutôt à faire les choses dans l’ordre. D’abord rencontrer Célia et ensuite aviser. En rentrant, elle se jeta sur son ordinateur. Célia était déjà là.

« Je t’ai senti mal ce matin mon amour, je peux faire quelque chose pour t’aider ?

– Pas grand-chose en fait.

– Je ne sais plus quoi penser, ni quoi te dire. J’ai le sentiment que notre rencontre a précipité quelque chose dans votre couple et que mon amour pour toi te permet d’exprimer à Dominique bien des choses. Pour autant est-ce que la rupture est la solution ? D’autre part ne pouvez-vous pas communiquer et repartir sur des bases plus saines ?

– Alors ne dis rien… Pas grand-chose à dire de toutes manières. En effet j’ai déjà dit bien des choses à Dominique avant de te rencontrer… Pourtant elle entend autrement aujourd’hui… Peut-être un peu tard…

– Je te sens très agressive et sur la défensive…

– Pas agressive… Démontée…

–  Je ne t’ai jamais vue mal comme ça mon amour…

– Moi non plus, pas trop l’habitude… Je suis pourtant d’ordinaire plutôt tranquille…

– Mais qu’est-ce que je peux faire ? Parce que j’ai le sentiment que moi aussi quelque part tu m’en veux…

– En fait je ne t’en veux pas, je t’aime et je me demande ce que je vais faire avec ça… Il faudrait qu’on s’écrive elle et moi on se marrerait peut-être.

– Je comprends cependant ton immense déception à son égard car si elle entend aujourd’hui pourquoi n’a-t-elle pas voulu ou pu entendre hier ? Il est vrai pourtant qu’on peut se demander si la blessure d’amour propre d’être délaissée pour une autre la fait réagir… Mais pour autant entend-elle vraiment ou bien pleure-t-elle sur elle-même ?

– Elle pleure sur tout. Dominique a voulu faire l’amour cette nuit… J’ai refusé… Toute la nuit…

– En même temps tu te prives de ce que tu attends d’elle depuis des années. Et si justement tu affrontais ton désir et le sien, sans doute serais-tu moins mal ? En définitive je trouve dommage au moment où enfin vous vous parlez vraiment que tu coupes aussi brutalement le contact… Cela ne m’empêchera pas de t’aimer car mon amour va bien au-delà de la possession physique… 😉

– Je ne me prive pas mais je n’en ai pas envie… Dois-je faire semblant ? Pourtant je te l’ai dit je ne sais pas désirer deux femmes en même temps ! Couper les liens brutalement quoi faire de mieux quand je sais ce que je sais…

– Ok le message est clair, aussi je n’insiste pas… En revanche je ne peux que dire ma tristesse devant cette rupture que je ne vous souhaitais pas. Le malaise entre vous est sans doute bien plus grand que je ne l’imagine, si tu ne la désires plus c’est aussi que tu ne l’aimes plus…

– En fait je ne peux avoir qu’un seul désir amoureux, rien que tu ne saches déjà.

– Ça j’ai bien compris … 😉 Mais éprouves-tu encore des sentiments pour Dominique ?

– Oui, mais pas amoureux si je suis honnête et déjà avec moi-même… Je ne peux pas ou plus éprouver des sentiments amoureux pour elle puisque je les éprouve pour toi, très primaire Célia ! Une case !

– Très romantique Célia… Très remuée par ses sentiments et par notre rencontre… 😉 Pas l’habitude d’éprouver autant d’amour et de désir…

– En fait ce sont toujours les salopes qui ont la vie belle, c’est vrai…

– Je dois le prendre comment ? 😉

– Ne pas se poser de questions, aucun sens moral, tu vois quoi… Je suis honnête je ne sais pas faire mieux… Si lapin.

– C’est quoi lapin ?

– Le lapin aux yeux rouges.

– Et ça te fait rire ?

– En fait je me sens mieux ça me fait du bien de te parler.

– Tu m’en vois ravie… : -)

– Je suis en pleine tempête et malgré ça je t’aime comme une bienheureuse. Tu sais j’ai une terrible envie de toi qui me déchire le ventre.

– Je t’aime mon amour… Tu veux que je te donne du plaisir là tout de suite ? 😉

– Non ma douce, ça va, j’aime cette sensation, la garder présente…

– Je sens que tu t’apaises… Ça va mieux ?

– Je t’aime en tous cas et tous ces moments volés me font beaucoup de bien… Merci. Je crois que je vais aller voir Dominique pour discuter.

– Elle a ses fragilités… Prends soin d’elle ! De toute manière je sais que c’est une période délicate mais sache que quelle que soit ta décision je la soutiens et la respecte… Je t’aime très fort et je ne pense qu’à toi mon amour… 😉 Tiens-moi au courant…

– Merci ma douce pour tous tes mots réconfortants… Je t’aime et je ne pense qu’à toi, pour le reste je fais de mon mieux….

– Mes baisers et mes pensées t’accompagnent mon amour… Tu as une place dans ma vie et dans mon cœur, je veux te donner la meilleure et tu sais avec le recul tu verras que ce seront les meilleurs moments ! 😉 Je sais que toi et moi pouvons construire une histoire originale, extraordinaire et c’est aussi cela qui me fait rêver en toi… Tu es assez indépendante et moi aussi pour construire un tel amour… 😉

Pascale profita de sa soirée avec Lisa. Elles se préparèrent un gratin de poisson et une ratatouille. Pascale avait repris plaisir à passer derrière les fourneaux. Elles retrouvaient leurs marques. Cette histoire leur avait fait du bien. Elles redessinaient leurs rapports. La nourriture n’était plus un calmant, il devenait un allié dans un jeu de séduction qui les dépassait. Pascale aimait ce nouveau mode alimentaire. Surtout le goûter. Depuis des mois elle s’était privée de tout ce qui pouvait être gras et sucré. Et là elle en mangeait sans se culpabiliser. Elle n’éprouvait plus non plus des fringales, ni de baisse de régime.

Après le diner, Lisa lui proposa de retourner sur son blog et de parler de sa nouvelle expérience. Elle l’encourageait dans l’espoir que son témoignage susciterait des réactions et qui sait de nouvelles correspondances. Ce serait moins de temps pour Célia. Lisa était une redoutable adversaire qui ne se laisserait pas prendre son amour. Pascale était la femme de sa vie et elle comptait bien qu’elle le reste. Pascale apprécia de reprendre l’écriture. Au fur et à mesure qu’elle s’épanchait sur son blog, elle revisitait ses recettes qu’elles pourraient très bien adapter à son nouveau mode alimentaire. Que de récits en perspective, de photos, d’essais culinaires ! L’excitation gagnait Pascale et Lisa ne fit rien pour la retenir.

Pascale partit au travail sans un mot de Célia. Elle espérait que leur soirée s’était bien passée. A son retour, Célia n’était pas connectée. Pascale se connecta sur sa messagerie instantanée et en l’attendant commença à répertorier les recettes de son blog. Les grands classiques avaient sa préférence, rien de tel qu’une blanquette de veau et du riz pour le midi. Elle salivait tout en se régalant de chocolat. Ah quel bonheur ! Surtout que le chocolat avait maintenant une place particulière dans son cœur. C’est grâce à la recette de son Amadeus qu’elle avait rencontrée Célia. Elle dîna sans que Célia ne se montre. C’est à son retour qu’elle découvrit ces mots.

« Coucou mon cœur, je me suis battue avec l’ordi et j’ai vaincu…

– Cela t’as fait du bien qu’on parle hier ? J’ai le sentiment que tu as énormément besoin d’être rassurée en ce moment. Tu sais j’essaie de tenir une position qui n’est pas facile, j’aime deux femmes et aucune d’elles ne mérite d’être abandonnée ni d’être en souffrance. Je sais que parfois tu voudrais plus mais précipiter les choses seraient en ta défaveur mon amour. Voilà pourquoi j’aimerais que tu apprennes la patience et le compromis, Lisa et Dominique bougent et on doit aussi leur laisser le temps d’aller à leur rythme… J’ai confiance en l’avenir et en notre amour… 😉

– Je suis patiente… Seulement c’est vrai les jours derniers avec toute cette souffrance… J’étais plutôt fragile concernant notre amour… Je sais ce que je ressens pour toi… Mais il m’arrive de me dire que tu vas peut-être te réveiller et penser que notre amour est une aberration… Une chose est sûre je suis très amoureuse de toi, et je ne saurais te dire pourquoi j’ai l’intime conviction que toi et moi ça ne peut que marcher…

– Je suis comme toi je gère à vue… Et sans boussole… ;-))) Il me semble important pour notre amour de voir comment nous nous comportons avec nos compagnes, le respect que nous avons pour elles car c’est cette base qui nous sert aussi à construire notre histoire et notre couple. Imagine que demain l’une de nous est à nouveau amoureuse d’une autre ? C’est une rencontre qui est angoissante car nous ne sommes ni libres ni l’une ni l’autre et forcément ça pose question. Que deviendrai-je si jamais demain ce coup de foudre se répète avec une autre ? Quelle est la force de cet amour ? Jusqu’où la croire dans sa sincérité ? …

Je suis en train d’inventer une nouvelle façon d’aimer, j’ignore tout de ce qui va m’arriver, je ne sais rien de mon avenir avec toi pas plus qu’avec Lisa. Elle n’est pas passive et peut aussi me quitter… C’est une histoire très ouverte sur l’inconnu. C’est ça qui rend l’aventure excitante mais aussi inquiétante… Je nous pense assez intelligentes toutes les 4 pour nous sortir de là sans trop de casse… Du moins je le désire… Pour l’instant vivons notre parenthèse enchantée, le reste viendra…

– Je peux essayer d’imaginer… Mais je sais profondément que le coup de cœur, de foudre, d’amour que j’ai eu pour toi ne se produit (en tous cas pour moi) pas souvent… Tu sais hier je n’avais pas trop la frite…

– J’ai bien senti qu’hier tu allais mal… J’essaie de t’entourer du mieux que je peux, de jongler avec plein de choses… Je veux te donner un maximum de temps et de présence et j’espère y parvenir…;-) En particulier au niveau de ma disponibilité…

– Je vois bien tout ça et je t’en remercie… Au regard de ce que nous pouvons vivre de par l’éloignement, tu es mon amour on ne peut plus disponible… Et tendre et aimante et passionnée … Ça me comble… J’espère aussi parvenir à te faire du bien…

– Oui également… Je voudrais tellement te rassurer. Je préfère l’honnêteté que le mensonge afin que tu restes actrice de tes désirs et de ta vie. Il y a des choses que pour l’instant je ne peux te donner même si je le voudrais. Et je pense que c’est mieux ainsi c’est une base solide pour construire quelque chose de durable et fort… 🙂

– Mon cœur, je dois y aller. Dominique m’attend. On commence à se partager les affaires… Tu vas me manquer mais penser à toi est si bon … J’adore toujours autant cette clandestinité de pensées, de rêves… Au milieu des autres, être ailleurs avec toi dans la bulle… Oui je sais mon cœur notre amour doit être ouvert sur l’extérieur et je dois m’occuper de ceux qui m’entourent… Je fais les deux mon amour… Je t’aime en m’occupant des autres, et de moi quand je suis avec toi… Tu vas me manquer c’est sûr mais je te porte en moi… Je t’aime fort… Tu sais que mes baisers, mes pensées t’accompagnent… Et mon désir aussi… Et il est très puissant… 😉

– Tu ne t’oublies plus mon amour et c’est ça qui me comble dans mon amour pour toi… Tu es une belle personne, très riche intérieurement, c’est pour cela que je t’aime… Je penserai à toi mes pensées te porteront mon amour jusqu’à toi… »

Célia n’avait pas parlé de sa soirée avec Dominique. Juste du partage des affaires. Avaient-elles seulement cherché à se réconcilier ? Pascale sentait Célia tellement pressée de passer à autre chose. C’est vrai que son couple avec Lisa n’était pas au mieux de sa forme quand elle l’avait rencontrée. Mais ces échanges avaient relancé quelque chose entre Lisa et elle et Célia venait combler un manque. Pascale avait bien conscience qu’elle ne pourrait pas tenir sa position très longtemps. Si la vague qui l’avait submergée sur le net, la fauchait de la même manière dans la réalité, elle n’allait pas se planquer longtemps derrière sa parenthèse enchantée. Elle serait bien obligée de choisir. A moins qu’elle refuse d’admettre qu’un banal adultère l’attirait et qu’elle se racontait des histoires ainsi qu’à Célia pour lui faire avaler la pilule.

Célia porta le coup le soir suivant. Pascale se doutait qu’il ne tarderait pas à venir. Mais pas si vite.

« Maintenant que j’ai fait du ménage dans ma vie, tu comptes le faire quand ?

– C’est vrai qu’en ce moment je suis obligée de réfléchir à toute vitesse, moi qui aime prendre mon temps je suis gâtée… 😉 Tu dis vrai sur plein de plans… En même temps je m’aperçois que tu vas bien plus vite que moi et ça m’effraie car je ne peux pas suivre… Je respecte mon rythme, je me connais… Je ne sais pas si ça à voir avec des vieux schémas, je suis dans l’inconnu avec vous deux, j’ai plutôt l’impression de quelque chose d’inédit…

Mon fonctionnement avec Lisa me convenait tout à fait jusque-là, j’étais très heureuse avec elle et je le serai encore si toutes les deux nous n’étions pas plongées dans cette souffrance… Ce n’est pas pour te culpabiliser que je te dis ça, juste pour te dire que je ne sais pas où je vais, que je ne sais pas quelle route choisir… Je ne veux vous faire souffrir ni l’une ni l’autre. Je ne sais pas si j’arrive à bien t’expliquer ce que je ressens…

– Ne te casse pas la tête Pascale, vis ta vie, il est arrivé ce qui est arrivé voilà tout… Il y a toujours des leçons à tirer de toutes manières, ce n’est pas tout à fait pour rien… Mais excuse-moi d’être franche, je doute pour parfaitement heureuse, je relis beaucoup tes mails et plein de choses transparaissent… Sûrement n’as-tu pas envie de les voir… Mais tu t’es oubliée sérieux Pascale, beaucoup plus que moi finalement…

– Dis-moi lesquelles parce que tu vois là j’ai vraiment l’impression d’avoir de la m… Dans les yeux… 😉

– Je te prépare un copier-coller comme ça je ne dénaturerai pas tes propos.

– Tu peux aussi rajouter ta petite analyse perso, tu sais que j’y suis sensible… 😉

– Mon analyse perso mon amour c’est que toi et moi nous sommes fourvoyées dans nos histoires pendant des années et je comprends de mieux en mieux notre rencontre… Même si nous étions et même si tu es encore amoureuse c’est dur ce que je dis mais je le pense… Je pense que nous nous sommes beaucoup oubliées, nous avons laissé taire notre vrai moi qui souhaitait autre chose. On trouve toujours plein de bonnes raisons à tout, mais je pense profondément que tu le sais et que ça te fait peur… En fait toi et moi nous sommes en phase de libération, c’est peut-être la chose que nous avons à faire ensemble…

Je ne sais pas… Si tu étais si heureuse dans une relation, si épanouie, pourquoi être amoureuse de moi ? Comment est-ce possible ? Pourquoi dire alors : je t’attendais depuis si longtemps sans oser y croire, je ne veux pas te perdre ! Qui parle ? Pascale qui tente de faire de son mieux ou ses entrailles ? Sinon je sais pour ma part que je t’aime et même seule … En fait je suis en phase avec ce que je ressens profondément car je travaille à ça depuis des années… Alors quoi qu’il arrive, c’est bon pour moi de toutes manières, je ne veux plus de décalage, il est temps, entre ce que je ressens et ce que je fais effectivement de ma vie…

– Sache que je ne sais pas où je vais mon amour et que j’accepte tout ce qui m’arrive… Je n’ai pas d’idées préconçues ni sur ma relation avec Lisa ni sur la nôtre… Je suis prête à aller très loin et à suivre ma voie… Seulement pour l’instant je suis dans le flou le plus total, je ne parviens pas à remettre de l’ordre dans mes sentiments et mes idées… Ce que tu me dis m’ébranle, je t’entends… Pour autant j’ai aimé une femme pendant dix ans, je ne pense pas avoir été dans l’erreur ni avoir construit sur du vent… Je me dois de trouver du sens pour rendre ce qui m’arrive cohérent mon amour…

– Peut-être … Et alors ? Je ne trouve pas ça malsain… Le fait que des situations nous fassent réfléchir… Quoi qu’il arrive il ne me semble pas que nos sentiments l’étaient… Malsains… En tous cas… Si j’étais ou suis un outil pour toi-même, si tu n’en as pas tout à fait conscience, pas de problème pour moi, l’essentiel c’est l’échange que l’on a eu que l’on a, qui nous rendra plus fortes, plus grandes, et ce que l’on en gardera…

– Pour moi tu es avant tout une personne, je ne t’instrumentalise pas mon amour ! C’est bien pour cela que je réagis avant tout avec mes tripes et tant pis si ça fait mal ou que tu me mettes le nez dedans…

– Tu as voulu que je m’exprime… Peut-être n’aurait-il pas fallu ? Je pense que tu sais très bien où sont tes décalages, alors ne perds pas de temps pour toi, pour ta vie… Mais si je n’y suis pas, pas d’importance car tu avances mon amour dans ta construction et c’est ce qui m’importe par-dessus tout.

– Pourtant si ce n’est pas consciemment demandé ça l’est inconsciemment… 😉 Une relation en miroir je crois avoir dit de nous deux non ? Oui je t’aime, oui je t’ai attendue.

– La vraie question Pascale : que te manquait-il ? Qu’attendais-tu ?

– C’est vraiment trop perso. Je ne sais pas si je peux y répondre maintenant ? Repose-moi la question un peu plus tard. En attendant ce que je peux te dire c’est que vous êtes très complémentaires toutes les deux et vous m’apportez des choses totalement différentes… J’attendais la plénitude mais surtout d’atteindre une unité qui me permette de ne plus ressentir mes souffrances intérieures… Que je ne parviens plus à bâillonner …

– Et alors ?

– Mes souffrances s’expriment, ma sciatique me fait un mal de chien ce soir… : – (Cela dit je sens que ça bouge en moi, dans le bon sens du terme… 🙂 Je suis en train d’essorer l’éponge, c’est normal qu’elle dégouline vue qu’elle n’absorbait plus rien ou presque… 😉 Je t’aime c’est une certitude mais je ne peux pas régler des années de souffrance en trois mois… Cela dit de mon point de vue je trouve que je progresse à pas de géant depuis que je t’ai rencontrée… Cela dit je peux comprendre que de ton point de vue ça n’aille pas assez vite ! ;-)))

– Jamais dit ça mon amour… Seulement tu as laissé tomber la lampe torche et je l’ai rattrapée c’est tout…

– Mdr ! Je t’adore mon amour ! 😉

– Tu sais j’ai vécu avec Dominique huit ans en l’aimant, en ayant une vie confortable qui me satisfaisait, même si au plus profond de moi je savais que ce n’était pas l’amour comme je le conçois vraiment… C’est dur de s’avouer ça, parce qu’il faut avant se dépêtrer avec sa culpabilité, et tout ce qui ne nous appartient pas mais qui nous handicape… Tu parlais d’unité… Voilà où était mon problème… Malgré mon amour pour Dominique, cette unité me manquait et j’ai fini par croire que c’était un rêve de mon pauvre cerveau malade, une utopie… En le sentant quand même vivre au fond de moi… Tellement… Et tu arrives… Et je sais que tu es celle que j’attendais… Je n’ai jamais été en phase comme avec toi… L’unité… Je la ressens bien là… Ça ne me pose pas de problèmes de la prendre en pleine face…

Après tout j’en rêvais… Je sais maintenant où est ma voie… Je veux me libérer de ce que je ressens et que mes actes soient conformes à ma pensée, mon ressenti, mes émotions, mes désirs, mes envies, mes plaisirs… Que je vive en profond accord avec moi-même… Je sais maintenant où est ma voie… Avec ou sans toi. Mais plus avec Dominique… Avec ce que je viens d’entrevoir ce n’est plus possible… Je ne veux pas faire semblant de me battre parce que ça me met mal de la voir souffrir, je souffre aussi, mais je sais que ce combat est vain, je suis déjà partie…

Autant en finir et ne pas faire souffrir plus dans une relation qui n’aurait plus rien à voir avec l’amour. Voilà pourquoi je supporterai de vivre seule… Il le faut d’ailleurs… Si je suis honnête avec moi, j’ai des sentiments très forts pour Dominique qui m’ont beaucoup aidée aussi tu sais, mais je ne l’aime plus puisque c’est toi que j’aime… Il faut que j’aille au bout de mes pensées et sois honnête, c’est pour moi la meilleure chose à faire… J’écoute la voix qui me parle et même si ça fait mal, je sais que c’est bon pour moi… L’accord ! L’accord du maitre et du cocher sur le chemin de la vie

– Je vais me coucher, je n’en peux plus.

– Douce nuit ma belle, des baisers magiques sur ta sciatique. Va voir ton frère, ne reste pas dans cet état.

– Oui. Je t’aime et je t’embrasse partout.

– Je t’embrasse sur la bouche… Dors bien ma belle. »

Pascale eut beaucoup de mal à s’endormir. Comme elle aimerait revenir en arrière, faire en sorte que rien ne se soit passé. La situation était devenue trop compliquée pour elle et elle ne savait pas la gérer. En fait elle ne voulait pas trancher. Du coup elle avait obligé Célia à le faire. C’est à se demander si elle ne laissait pas les autres décider à sa place. Pourtant elle n’avait eu besoin de personne pour déraper avec Célia. D’où lui venaient tous ces atermoiements ? La peur de choisir ? Ou celle d’affronter son désir ?

Quand elle se leva, Pascale était de mauvaise humeur. Elle n’en pouvait plus de ce rythme éreintant. Elle trainait une fatigue chronique qu’elle n’avait jamais connue jusqu’à présent. Si elle pouvait se mettre en mode pause, elle adorerait. C’est pourquoi, elle ne remarqua pas au petit déjeuner la mine défaite de Lisa. La regardait-elle encore vraiment ? Elle ne voulait pas la faire souffrir mais elle était bien incapable de savoir où elle en était. Cet amour l’avait totalement rendue égocentrique. En dehors de Célia, plus rien ne comptait.

Depuis sa rencontre avec Célia, elle se levait, se jetait sur l’ordinateur, partait travailler et se jetait sur l’ordinateur jusqu’au diner. Lisa était devenue transparente, elle n’existait plus que par ses mots. Dans la réalité, elle n’avait plus droit à beaucoup d’attentions, seulement ponctuellement quand Célia était indisponible. Il aura fallu l’intermède de la chrono-nutrition pour qu’elle la redécouvre. Mais très vite, elle était retournée dans sa bulle virtuelle. Cela dit Lisa savait lui remettre les pieds sur terre. Et c’est ce qu’elle fit.

En rentrant du travail, scotché sur le frigo, un post-it. « Je te quitte. Je n’en peux plus. Vis ta vie avec Célia. Sois heureuse, tu le mérites. Lisa. »

Pascale entendit une déflagration dans sa tête alors que le sol se dérobait sous ses pieds. Aussi elle dut s’asseoir pour lire et relire le mot. Mais pourquoi ne l’avait-elle pas vu arriver ? En fait elle n’avait jamais imaginé que Lisa l’abandonnerait. Elle se mit à pleurer toutes les larmes de son corps. Lisa, sa Lisa. Les grandes douleurs sont muettes. C’est pourquoi elle n’avait émis aucune plainte qui aurait pu lui faire soupçonner une telle issue. Mais où était-elle partie ? Pascale remarqua qu’il manquait un sac et que des affaires avaient disparu. Connaissant Lisa, elle savait qu’elle viendrait récupérer le reste en son absence. Elle tenta de la joindre sur son portable et arriva directement sur sa messagerie vocale. Et si elle appelait sa sœur.

Lisa s’était bien réfugiée chez elle mais refusait de lui parler. Elle souffrait trop à cause d’elle et sentait que si elle lui adressait la parole, ses mots dépasseraient sa pensée. En revanche il fallait qu’elle en parle à Célia. D’ailleurs ça tombait bien, elle était déjà connectée.

« Salut ma belle, tu vas bien ?

– Non, je vais très mal.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Lisa m’a quittée.

– Aïe… Vous vous êtes disputées ?

– Pas du tout. Quand je suis rentrée du boulot, j’ai trouvé une note qui m’annonçait qu’elle était partie afin que je vive ma relation avec toi.

– Et tu comptes faire quoi ?

– A ton avis ?

– Je ne sais pas.

– Comment ça tu ne sais pas ?

– Non.

– Je vais vivre avec toi.

– Comment ça ?

– Puisque l’obstacle pour vivre pleinement la relation avec toi, c’était Lisa, il n’y a plus rien qui m’en empêche.

– Tu ne vas pas un peu trop vite ?

– Comment ça trop vite ? Hier c’est toi-même qui m’as demandé ce que je comptais faire alors que tu venais de faire du ménage dans ta vie.

– Oui. Mais tu m’as répondu que tu n’étais pas prête… que tu avais ton rythme.

– Et bien là vous m’avez bousculée toutes les deux, je suis prête !

– Tu as peut-être encore besoin de réfléchir ?

– C’est tout vu. Je viens chez toi et je me chercherai du boulot sur place. Sinon je trouverai toujours quelque chose à faire. D’ailleurs j’ai quelques économies en attendant comme ça je ne serai pas à ta charge.

– Ce n’est pas la question… Mais u sais tu vas vite t’ennuyer ici.

– Ah bon ?

– Oui.

– Cache ta joie de me voir arriver !

– Ce n’est pas ça.

– C’est quoi alors ?

– J’aimerais mieux que ce soit moi qui m’installe dans ta région mais pour l’instant je ne peux pas lâcher le cabinet comme ça.

– Et si on se voyait ?

– Quand ?

– Le week-end prochain par exemple.

– En fait je ne suis pas libre…

– Alors quand ?

– Je ne sais pas…

– Tu as bien un calendrier chez toi ? Alors regarde quel week-end tu es libre.

– Je n’ai pas de calendrier sous le nez…

– j’attends, j’ai tout mon temps. Prends le temps d’en chercher un.

– Je n’en ai pas…

– Tu as bien un agenda où tu notes tes rendez-vous.

– Non.

– Tu fais comment avec ta clientèle ?

– Attends je crois que j’en ai trouvé un…

– Je m’en réjouis.

– En fait pas avant trois mois…

– Tu plaisantes ?

– Non.

– Je crois que ce n’est pas ma journée. En effet je me sens d’un seul coup moins désirable une fois célibataire. C’est la femme pacsée qui t’excitait en moi ?

– Pas du tout…

– Je te sens distante ce soir.

– Pourquoi tu dis ça … ?

– Ton envie pressante de me voir sans doute.

– Ce n’est pas ce que tu crois…

– Et je dois croire quoi ?

– J’ai très envie de te voir sauf qu’en ce moment j’ai un emploi du temps chargé…

– Et beaucoup de temps à passer sur le net… Tu me caches quoi ?

– Rien.

– Si.

– Tu sais j’ai très envie de te voir…

– Bon alors donne-moi une date même dans trois mois !

– Demain, il faut que je voie mon agenda, je l’ai laissé au cabinet…

– Je suis en train de me demander pourquoi je me suis embarquée dans une telle galère avec toi. Lisa avait raison.

– Ce n’est pas ce que tu crois…

– Tu te répètes…

– Je te sens énervée…

– Tu le serais à moins. C’était quoi ton trip ? Briser des couples ?

– Pas du tout. Je t’aime.

– Tu n’as pas quitté Dominique et tu ne veux pas me voir débarquer chez toi, c’est ça ?

– Non pas du tout…

– Alors c’est quoi ?

– Rien…

– Pourtant je sens qu’on tourne en rond.

– Pas du tout…

– Sinon on va arrêter là parce que je sens que je vais devenir méchante.

– On pourra s’écrire demain ?

– Pourquoi faire ?

– Je t’aime.

– Là tu vois ce soir je ne le sens pas trop.

– Il y a un endroit où tu voudrais aller ?

– Mais arrête de me mener en bateau !

– Je t’aime.

– Bonsoir.

– Je t’enlace tendrement.

– C’est ça ! »

Et Pascale se déconnecta brutalement. Elle venait ainsi de se prendre deux fois le ciel sur la tête dans la même soirée, c’était trop pour elle. De plus elle n’avait qu’une envie c’était se coucher pour oublier et fuir. En définitive la place vide de Lisa la plongea dans une grande détresse. Comment avait-elle pu perdre si bêtement la femme de sa vie ? Demain elle tenterait de s’expliquer avec elle.

Après la pluie le beau temps. Là c’était après la pluie l’orage. A quand le beau temps ?

Une parenthèse enchantée : chapitre 18

Début du week-end et pourtant impossible pour Pascale de sortir du lit. En effet elle était coincée par une douleur fulgurante qui l’empêchait de bouger. Une panique l’envahit. Comment allait-elle faire ? Aussi elle se saisit de son portable pour appeler son frère. Mais il était sur la route avec femme et enfants à destination de sa maison de campagne. Cependant il lui conseilla de consulter un médecin car ce n’était pas normal qu’elle se bloque sans cesse. Par ailleurs il faudrait au moins faire une radio pour voir ce qu’il y avait. Elle appela alors Lisa. Évidemment son appel fut rejeté. Néanmoins elle put laisser un message sur son répondeur. En pleurs elle lui demandait d’appeler le médecin à sa place car elle ne pouvait atteindre son répertoire. Dans la minute qui suivit Lisa appela, elle arrivait.

Lisa trouva Pascale au fond du lit, pâle comme un linge. Précautionneusement, elle l’aida à se redresser. Pascale se mordait les lèvres pour ne pas crier. C’est pourquoi Lisa lui conseilla de prendre les restes de son traitement en attendant de consulter. D’autre part Pascale appela elle-même le médecin qui lui donna un rendez-vous en fin de matinée.

« Tu as bien fait de m’appeler. Même si je suis partie tu sais que tu peux toujours compter sur moi.

– C’est ça que j’aime chez toi. Au moins je peux compter sur toi.

– …

– Je voudrais aussi que tu reviennes.

– Pas question. Pour que tu continues à ne plus me regarder et que je te vois roucouler avec Célia, non merci.

– C’est fini.

– Comment ça fini ?

– Tu avais raison, c’est une briseuse de ménage, c’était bien ça son but.

– Elle te l’a dit ?

– Pas exactement.

– Qu’est-ce qui s’est passé alors ?

– Hier je lui ai proposé de se voir et elle n’a pas pu me trouver de date. En fait je l’ai sentie peu enthousiaste à l’idée de savoir que j’étais célibataire.

– Tu t’es bien fait avoir !

– C’est sûr et je n’en suis pas très fière.

– Attends ! Je ne suis pas revenue. Aussi ne te réjouis pas trop vite !

– Je me suis trompée Lisa, j’aurais dû davantage t’écouter. Je me suis laissé aveugler par ses mots d’amour.

– Là je te reconnais bien, l’intello qui plane à 10 000 au-dessus des nuages. Et en plus je te découvre fleur bleue. Si la situation n’était pas aussi pathétique, j’en rigolerais.

– Je voudrais recommencer avec toi comme avant !

– Minute. Je ne suis pas certaine que tu aies bien compris la leçon. De toute façon elle va revenir t’embobiner et toi tu vas courir derrière. Je ne suis pas la roue de secours. Tu as fait une connerie, assume-la donc !

– Tu es dure.

– Pas autant que toi ! Tu veux bien faire souffrir les autres mais toi faut te consoler très vite, tu ne supportes pas le quart de ce que tu fais aux autres.

– D’ailleurs je te promets, c’est fini avec elle !

– En fait je ne te crois pas. Je t’emmène chez le médecin et ensuite tu te débrouilles. Je vais en profiter pour prendre d’autres affaires pendant que je suis là. Il faut aussi que tu tires les conséquences de tes actes sinon jamais tu n’avanceras dans la vie ! »

Lisa avait donc clos le chapitre rapidement. En définitive comme le traitement avait commencé à produire ses effets Pascale put se rendre chez le médecin. Il renouvela le traitement et prescrivit une radio. De plus il s’étonna de l’intensité de la récidive et arrêta Pascale quelques jours. Cependant Lisa comme promis la laissa seule et retourna chez sa sœur.

Pascale dormit une bonne partie de la journée. En plus du sommeil en retard à rattraper, elle avait surtout envie de fuir le réel. Par ailleurs elle ne savait pas de la rupture ou de la trahison ce qui la faisait le plus souffrir.

Ensuite comme à son habitude, à son réveil, elle se connecta à sa messagerie instantanée. Mais Célia n’était pas là. Pourtant cela l’étonna à moitié. Aussi elle en profita pour aller manger. A son retour un « tu es là ? » l’attendait.

« Je suis là ! J’étais partie diner.

– Ça va ?

– Pas du tout. Ce matin je suis restée coincée, ma sciatique de nouveau.

– Tu n’as pas senti mes bisous magiques ? 🙂

– Très légèrement. Tu ne veux pas continuer un peu pour voir ? 😉

– Je vais y aller très très lentement pour que tu en profites ?

– Au fait j’ai réfléchi.

– Et alors ?

– Alors je vais demander à Lisa de revenir.

– Ah ?

– Oui.

– Je vois.

– Et tu vois quoi ?

– Je vois que tu ne me fais pas confiance.

– Je ne peux pas dire qu’hier soir tu aies sauté de joie au plafond à l’idée que je vienne m’installer chez toi.

– Disons que je ne m’attendais pas à ce que ça aille si vite… Et puis je ne voulais pas te donner l’impression d’en profiter… A peine seule et ça y est je te saute dessus. Je respecte aussi la douleur de ta séparation.

– Mouais…

– J’ai des valeurs Pascale. Je ne profite pas de ton malheur. D’ailleurs tu vois, tu veux la retrouver.

– Parce que tu ne veux pas de moi. Et que je n’ai pas demandé à être seule. Si j’avais su que ça se terminerait ainsi j’aurais réfléchi à deux fois avant de t’aimer.

– Tu regrettes ce qui s’est passé ?

– Oui car je n’ai jamais voulu quitter Lisa. Je me suis sentie bien avec toi mais je n’avais jamais pensé que ça me mènerait aussi loin.

– On en a déjà beaucoup discuté. Ce qui devait arriver, arriva… La vague Pascale… Moi, en revanche je ne regrette rien…

– Je te propose qu’on se quitte maintenant.

– Je voudrais t’envoyer un lien avant, http://….

– C’est quoi ?

– Regarde !

– Mais c’est magnifique !

– Oui c’est un studio en fait. Comme cela on aura notre autonomie pour les repas. C’est à mi-chemin pour nous deux. C’est libre le week-end prochain. D’ailleurs j’ai appelé pour m’en assurer. Si ça te plait, je réserve tout de suite, le propriétaire attend ma confirmation.

– Je ne sais pas quoi dire.

– Oui ou non…

– C’est oui.

– Tu attends deux minutes j’appelle.

– D’accord. Sinon si tu es libre vendredi on peut prendre deux nuits.

– Je le serai car je décalerai mes rendez-vous et je partirai en début d’après-midi. Ce n’est libre qu’à partir de 15 heures de toute manière.

– Très bien.

– C’est bon. C’est réservé.

– Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

– En fait je n’ai pas changé d’avis, je t’aime.

– Hier tu n’étais pas pressée de me voir.

– Ce n’est pas ça, je veux te voir, j’en ai très envie…

– Et très peur aussi ?

– Oui.

– Mais rassure-toi, moi aussi. Je suis morte de trouille d’ailleurs. En plus je ne suis pas bien dans ma peau.

– J’ai peur qu’en me voyant tu t’enfuies… Que tu te dises que tu as fait l’erreur de ta vie… Je me protège de ta déception…

– Pourquoi serais-je déçue ?

– Que je ne te plaise pas physiquement.

– On est deux à avoir des problèmes d’image alors ?

– C’est que les photos que je t’ai envoyées datent un peu…

– On vieillit tous…

– Il n’y a pas que vieillir…

– Ah ?

– J’ai un peu…

– Toi aussi tu as des kilos en trop c’est ça…

– C’est un sujet sensible. Avec l’âge…

– On est deux alors ! Moi aussi, j’ai pris du poids, j’ai assez étalé ma souffrance sur mon blog. D’ailleurs je suis en train de le reprendre, si tu veux aller y jeter un coup d’œil…

– J’irai ma belle quand tu seras couchée…

– Comment tu savais que ça me plairait ? En particulier il y avait très longtemps que je voulais visiter cet endroit.

– Ton blog… Tu en dis plus que tu ne le voudrais… Dans une de tes recettes tu évoques la visite que tu avais faite avec tes parents et qui t’avait laissé un souvenir ému… Tu ne semblais pas y être retournée et tu masquais à peine ton envie…

– A ce point ?

– Oui…

– C’est vrai que j’en ai rêvé souvent mais j’ai à chaque fois repoussé l’idée. Je ne sais même pas pourquoi en fait…

– Et bien voilà c’est fait. Je t’aime à un point, tu ne peux même pas imaginer…

– Je t’aime aussi.

– J’ai hâte de te voir, si tu savais…

– Et moi donc. Je rêve de tout ce que je vais pouvoir te faire…

– Ne prévois pas un week-end trop éreintant…

– Mdr. Je vais m’occuper de toi comme tu n’en as même pas idée… Déjà je vais commencer par un massage aux huiles essentielles… ça va bien te détendre… ensuite comme tu seras déjà nue, je t’embrasserai absolument partout…

– Continue, c’est trop bon…

– Je te caresserai l’intérieur des cuisses, les fesses enfin…

– Je te ferai l’amour moi aussi…

– J’adore… Je sens que toi et moi on va passer un bon moment ensemble…

– Comme tu dis… Tu n’as pas envie de te reposer ?

– Je n’attends que les moments passés avec toi mon amour…

– Je regarde tes photos et des bouffées d’amour m’envahissent…

– C’est dérangeant d’aimer, ça remue alors forcément ça peut faire mal mais sinon qu’est-ce que ça fait du bien aussi ! 😉

– Toute cette douleur autour me déchire et paradoxalement je suis sereine d’avoir avoué mon amour pour toi et de me sentir en place, en phase avec moi-même… Dominique me reproche d’être trop zen, trop sereine, très loin d’ici… Très envie de toi dans ma vie…

– A ce point tu te sens libre ?

– Oui mais ça n’engage que moi mon amour. C’est surtout que je me sens libre d’assumer seule mes choix, mon choix de vie tu vois…

– En attendant je suis libre aussi ! 🙂

– Ça je n’ai pas oublié mon amour ! 😉 – Très envie aussi du jour où nous ferons l’amour…

– Moi aussi très envie de ce jour. Très envie de te connaitre…

– Est-ce que tu m’aimes ? Mdr.

– Je n’en suis pas tout à fait sûre, je ressens des trucs tu vois…

– Donc pas de précipitation à ce qu’on se rencontre et que je me rende totalement disponible pour cette histoire ! 😉 Mdr +++

– Voilà 😉 !

– Et dire que j’ai failli foutre mon couple en l’air, ça ne valait pas le coup alors ? 😉

– Vois pour le mien mon ange … 😉 Mais trêve de plaisanterie, très envie de toi dans ma vie, je ne veux rien dire d’autre que je suis heureuse de me sentir tout à fait disponible psychiquement pour t’aimer comme je l’entends et n’importe quand…

– Tu es constamment dans mes pensées y compris les plus intimes. 😉

– Ah oui les plus intimes ?

– Sauf si avoir envie de te faire l’amour n’est pas très intime tout comme de découvrir ton corps… 😉

– 🙂

– J’ai hâte d’y être si tu savais !

– La semaine va passer à toute vitesse. Je ne vais pas toucher terre cette semaine car je déménage.

– Ah ?

– Oui je ne supporte plus cet endroit car il me rappelle trop Dominique… J’ai trouvé un petit studio en ville qui m’ira très bien en attendant autre chose… J’ai prévu tous les soirs après le travail de déménager petit à petit mes affaires. Je laisse les meubles à Dominique, je fais table rase du passé… Aussi cette semaine je ne serais pas connectée … Je te donne mon numéro de portable… On pourra s’envoyer des textos…

– Bien sûr…

– Demain, je dois aller faire un grand ménage dans le studio… Sinon ce soir je vais commencer à emballer mes affaires…

– Tu veux que je te laisse ?

– Non pourquoi ?

– Il est déjà tard. Et je suis fatiguée.

– Dans ce cas-là…

– Je t’embrasse tendrement mon amour et je te souhaite une douce nuit… Et bon courage aussi pour ce déménagement…

– Douce nuit mon cœur, je te serre contre moi et dormirai comme toutes les nuits dans tes bras.

– Je t’aime.

– Je t’aime. »

Pascale s’endormit soulagée de cette évolution. Enfin elle allait rencontrer Célia. Pourtant elle redoutait autant ce moment qu’elle le désirait. La semaine fila à toute vitesse. Comme prévu, Lisa vint chercher ses affaires en l’absence de Pascale. Lisa commençait néanmoins à lui manquer car elle aimait sa présence rassurante, sa compagnie silencieuse quand elle écrivait. A la différence de Célia, elle ne tirait pas comme ça un trait sur dix ans de vie commune. Elle aimait toujours Lisa. Elle savait aimer deux femmes car elles étaient complémentaires. En fait ce n’était pas l’amour qui lui posait un problème, c’était la fidélité.

Elle avait trahi ses promesses, elle s’était parjurée. La passion avait tout balayé mais son corps lui n’avait rien oublié de son engagement vis-à-vis de Lisa. Cependant il fallait maintenant qu’elle vive cette histoire jusqu’au bout. Quelque chose la dépassait mais elle ne savait pas quoi ! Son corps lui parlait et elle refusait de l’entendre. Sa sciatique ne lui laissa aucun répit malgré les consultations chez son frère et le traitement donné par le médecin. De toute manière Pascale ne profita pas de son arrêt de travail car elle préféra s’abrutir dans la tache au travail plutôt que d’avoir à réfléchir.

Quand le jeudi soir arriva, Pascale n’en revint pas. Elles s’étaient envoyé quelques textos pour garder le contact et le sevrage virtuel lui avait permis de se reposer physiquement. En particulier fini les longues soirées devant l’ordinateur et les petites nuits peu récupératrices. Pascale prépara son sac et regarda la route sur une carte routière. Elle programma son GPS. Elle aurait trois heures de route et elle pourrait ainsi partir après le déjeuner. Le vendredi matin le soleil était au rendez-vous. Pascale s’était offert une grasse matinée. Et par chance son mal de dos l’avait laissée tranquille.

Pascale avala la route d’une traite. L’endroit fut facile à trouver. Une voiture attendait déjà sur le parking. Alors que Célia avait déjà tout réglé avec la propriétaire du studio elle s’était installée pour attendre Pascale. En définitive Pascale ne s’attendait pas à ce que ce soit une ancienne longère totalement réhabilitée. Elle prit son sac dans son coffre et grimpa les marches allègrement. Célia avait pourtant laissé la porte entrebâillée mais Pascale frappa quand même. Elle entendit un « entre » sonore et pénétra alors dans une grande pièce. Au fond un lit à deux places, au milieu une table et des chaises. Une cuisine ouverte dans un recoin était masquée par un mur.

D’emblée Pascale s’y sentit bien. Elle entendit de l’eau frémir. Célia préparait un thé pour l’accueillir. Pascale sentit son cœur battre à tout rompre. Elle avait refermé la porte, posé son sac dans l’entrée et se dirigea vers la cuisine. Elle vit Célia verser l’eau dans la théière. Pascale eut un choc. Célia était exactement comme elle se l’imaginait. Et Célia eut aussi la même impression. Pascale lui prit les deux mains et l’embrassa sur la bouche. Célia avait les lèvres douces, elle adorait son odeur. Elles se regardèrent droit dans les yeux.

Presque deux mois s’étaient écoulés depuis leur première rencontre et elles avaient le sentiment de se connaitre depuis des années. Célia ôta la veste de Pascale et la posa sur le dossier de la chaise. Elle versa le thé et invita Pascale du regard à le boire. Il était chaud. Pascale se saisit de la main de Célia et l’entraina vers le lit. Au pied de celui-ci, elles commencèrent à s’embrasser fougueusement. Elles basculèrent sur le lit. Elles se caressaient, se cherchaient, on entendait que leurs deux souffles.

L’excitation était à son comble. Célia déboutonna le chemisier de Pascale pendant qu’elle lui dégrafait le pantalon. Nues, elles se glissèrent sous les draps. Elles se sentaient gênées par la vue de leurs corps. Elles continuèrent leur exploration. Célia s’allongea sur Pascale tout en l’embrassant. Pascale lui caressait le dos. Dans un lent va et vient, peau contre peau, sexe contre sexe, elles s’abandonnèrent au plaisir. Aucune des deux n’avait envie que cet instant cesse. Une douce chaleur les irradiait. Célia était une femme amoureuse et expérimentée. Pascale redécouvrait l’amour physique, elle ne se souvenait plus combien c’était si bon. Elle se demandait même si un jour elle avait connu une telle extase. Elle se retenait de jouir.

Célia le remarqua ce qui l’excita encore plus. Elle souleva les draps et vint se placer entre les cuisses de Pascale où sa langue inspecta agilement son sexe. Un gémissement lui fit savoir qu’elle avait touché un point sensible et Célia se mit en quête d’en trouver d’autres. Pascale, totalement envahie par toutes ses sensations plus agréables les unes que les autres perdit le contrôle de la situation. Elle ne retenait plus rien. Son corps ondulait, les gémissements se faisaient de plus en plus audibles et rapides. Un long râle fit savoir à Célia qu’elle avait joui. Elle remonta les draps et serra Pascale contre ses seins qui s’y blottit amoureusement.

« Ça va ma belle ?

– Oui.

– J’ai adoré te faire l’amour.

– Tu as joui ?

– Ne t’occupe pas de moi !

– Tu es en train de t’oublier Célia.

– C’est vrai. Mais tu sais j’ai eu beaucoup de plaisir à t’en donner.

– J’ai encore envie de toi.

– Moi aussi. »

Pascale jeta les draps par-dessus bord. Célia était allongée sur le dos et Pascale enjamba son corps pour venir lécher son sexe. Célia attrapa les fesses de sa partenaire pour venir coller sa bouche sur son clitoris. Dans des mouvements de langues synchronisés elles faisaient monter leur désir. Avec leurs doigts elles excitaient les zones attenantes. Jamais elles n’avaient eu autant d’audace avec leurs anciennes compagnes. Célia souleva les fesses tout en serrant les jambes, Pascale sut qu’elle avait joui. Elle atteint l’orgasme quelques secondes plus tard. Comme la première fois, elles relevèrent les draps pour se réfugier dans les bras l’une de l’autre. Célia serra Pascale contre elle et se mit à lui caresser les cheveux. Elles se sentaient bien ensemble.

« Je t’aime Pascale.

– Moi aussi.

– J’avais tellement rêvé de ce moment où je te serrerais contre mes seins. Je suis très amoureuse.

– En fait je trouve ce moment tellement irréel que je n’arrive pas à croire ce qui nous arrive.

– Et pourtant ! Tu es là, dans mes bras.

– J’ai adoré faire l’amour avec toi. C’était d’une intensité…

– J’ai adoré jouir en même temps que toi.

– D’ailleurs j’ai encore envie de toi.

– Nous avons tout le temps ma belle.

– J’ai envie de plus avec toi.

– Ah oui ? Et quoi ?

– Je voudrais faire un bout de chemin avec toi.

– Ah ?

– Oui. J’aime toujours Lisa je ne vais pas te le cacher. Mais quelque chose me dit que si je ne vais pas jusqu’au bout de l’histoire avec toi, je vais le regretter toute mon existence.

– Que comptes-tu faire ?

– Nous avons chacune notre travail et aucune des deux n’a envie de le quitter.

– Tu sais, j’ai déjà pas mal bougé dans ma vie professionnelle. Si je dois relancer mon activité ailleurs, je le ferai. Par amour je suis prête à tout.

– Je te propose que pour l’instant on se voit des week-ends. Et si nous voyons que nous ne pouvons plus nous passer l’une de l’autre.

– En gros tu m’expliques que tu vas retourner vivre avec Lisa la semaine et moi le week-end.

– Pas du tout !

– Si. Pas dans l’immédiat. Mais c’est ce qui va se passer.

– Que proposes-tu alors ?

– De nous installer ensemble.

– Tu vas vite en besogne.

– Tu sais si je n’ai pas toujours su ce que je voulais, je sais ce que je ne veux plus. Et je ne veux plus d’une femme que je vois de temps en temps.

– Je ne fonctionne pas comme toi.

– Je vois ça.

– Attendons au moins que je me trouve un travail dans ta région. Pas question je sois à ta charge.

– C’est aussi ça l’amour.

– D’accord. Mais tu sais que je ne connais ni ton nom ni même ta région !

– Tu la connais !

– Ah bon ?

– Tu te souviens une fois je t’avais demandé de me donner la préfecture de la Haute-Garonne. Eh bien c’est là que j’habite.

– Voilà qui me plait.

– Tu vois, tu ne vas pas être difficile à convaincre.

– Un peu quand même.

– Tu as des compétences, tu te retrouveras facilement une activité. Sinon fais comme moi, installe-toi à ton compte.

– C’est un changement radical que tu me proposes.

– Quitte à changer de vie, autant que ça le soit totalement. Ton problème ce n’était pas que Lisa, c’est un ensemble.

– Le problème c’est que tout est allé très vite sans que je ne demande rien. Si encore je n’en pouvais plus de ma vie, que je déprimais ou bien que je réfléchissais depuis un moment à en changer. C’est qu’en fait il y a tout un cheminement que je n’ai pas fait.

– Pourquoi réfléchir ? Fonce ! C’est ce que j’ai fait.

– Je ne suis pas le genre à agir d’abord et réfléchir ensuite.

– C’est pourtant ce que tu as fait ma belle.

– Oui.

– Et tu le regrettes ?

– Je ne serais pas ici.

– Tu veux encore un peu de temps alors ?

– Je te le disais. Commençons par des week-ends pour apprendre à nous connaitre.

– C’est déjà fait.

– Ce n’est pas parce que nous avons brûlé les étapes que nous devons continuer. Maintenant que nous sommes dans le réel, comportons-nous comme nous l’aurions fait dans une histoire classique. Que je sache tout le monde ne se lance pas dans la vie commune après un premier rendez-vous.

– Tu as raison. Je n’ai pas compris que tu avais besoin de temps.

– Merci. »

Elles s’embrassèrent et refirent l’amour une bonne partie de la nuit. De fatigue, elles s’endormirent dans les bras l’une de l’autre.

Alors que Pascale dormait encore, Célia s’éclipsa pour aller leur chercher un petit déjeuner. Elles ne pouvaient pas se contenter de vivre d’amour et d’eau fraiche. Quand elle revint Pascale avait installé les tasses, préparé les boissons chaudes. Elles dévorèrent de bon appétit croissants et pains au chocolat alors qu’elles venaient de passer leur première nuit ensemble et qu’elles avaient adoré ça. En fait elles apprenaient à trouver leurs marques. Ensuite elles se partagèrent les tâches. Pendant qu’une lavait la vaisselle, l’autre faisait le lit. Une fois lavées elles décidèrent d’aller au marché.

Elles déambulèrent dans les travées tout en composant leurs repas à venir. Célia qui avait lu le blog de Pascale lui demande de l’initier à la chrono nutrition. Même si elle n’avait pas de problème de poids, celui lui ferait du bien de perdre quelques petits plis qu’elle jugeait disgracieux et qui la complexaient. C’est ainsi qu’elles choisirent avec soin fromage, viandes et légumes ainsi que les féculents. Pour leur goûter elles prirent des fruits de saison et le chocolat étant leur passion commune, elles avaient repéré en centre-ville un artisan chocolatier. Elles avaient de quoi se régaler.

En rentrant elles préparèrent leur repas et passèrent ensuite l’après-midi au lit à faire l’amour. Ni l’une ni l’autre ne s’en lassait. Après le goûter Célia proposa à Pascale un massage aux huiles essentielles. Pascale qui ne connaissait pas se laissa vite aller sous les doigts experts de son amante. Elle sentit qu’elle se détendait profondément, qu’enfin elle s’apaisait intérieurement. Elle était entre veille et sommeil. Toutes ses tensions disparaissaient, Célia avait l’art et la manière de faire sauter tous les nœuds qui depuis des jours la bloquaient. Quand Célia eut fini, Pascale se trouvait dans un parfait état de béatitude, la détente était complète. Après le diner elles refirent l’amour et c’est de fatigue et d’épuisement qu’elles s’endormirent une fois encore dans les bras l’une de l’autre.

Au petit déjeuner, elles se régalèrent de fromage du pays. Célia jugea aussi dépaysant ce changement de prise alimentaire et apprécia agréablement l’expérience. Ensuite elle proposa à Pascale de la masser encore, afin qu’elle reparte détendue de son week-end. En fait elle ne voulait plus la savoir souffrant d’une sciatique. Dans quelques heures elles reprenaient chacune la route, elles devraient affronter leur première séparation. Elles n’en finissaient plus de se toucher, de se caresser, de s’embrasser comme si chacune voulait faire le plein de tendresse et d’amour. L’idée de retrouver leur désert sexuel les effrayait après tout ce temps passé à s’aimer. Pascale avait mis entre parenthèses ses états d’âme et ses questionnements. Au moment de se quitter elle craqua.

« Comment nous allons faire maintenant Célia ?

– Nous allons reprendre chacune nos vies jusqu’à notre prochaine rencontre ? N’est-ce pas ce que tu voulais ?

– Oui !

– Tu as un mois pour réfléchir à ce que tu veux. Tu sais la distance au bout d’un moment tu vas en avoir assez et moi aussi. Il nous faudra prendre une décision.

– Tu as raison Célia. Qu’est-ce qu’on fait alors ?

– Je t’aime, je sais ce que je ne veux plus.

– Je t’aime aussi.

– Crois-tu franchement qu’après une rencontre comme la nôtre et ce week-end nous nous trompons d’histoire d’amour ?

– Je ne sais pas. Prends-moi dans tes bras !

– Oui ma belle. »

Elles s’enlacèrent tendrement et eurent toutes les peines du monde à se quitter. Chacune reprit sa voiture pour partir dans la direction opposée. Pascale avait à peine parcouru dix kilomètres qu’elle dut s’arrêter sur le bord de la route. Elle s’écroula en pleurs dans sa voiture. Elle ne pouvait plus nier l’évidence. Célia était la femme de sa vie. Elle devait régler sa rupture définitive avec Lisa. Si avec elle ça avait été un amour de raison, avec Célia c’était un amour de passion. Une parenthèse enchantée s’ouvrait à elle. Il ne tenait qu’à elle de ne jamais la refermer. Mais ça c’est une autre histoire…

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