Romans lesbiens

Roman lesbien : une parenthèse enchantée

Une parenthèse enchantée est un roman lesbien qui a connu un fort succès auprès des lecteurs dès sa parution en ligne. Voici la suite de ce bestseller ! Une parenthèse enchantée – Tome 2 – une passion déchirante et bouleversante entre Pascale et Célia.

Tome 2 : Une passion déchirante

La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse

Victor Hugo
Au sommaire

Une parenthèse enchantée : chapitre 19

Pascale aurait dû ouvrir un dictionnaire avant de parler de parenthèse enchantée. En effet elle y aurait découvert ses nombreux sens. Dont celui-là : Ce qui est à côté, en dehors de l’essentiel, du cours normal des choses, des événements.

Sa relation avec Célia aussi incandescente soit-elle ne s’était pas encore frottée au quotidien. A part aller très vite, trop vite, Pascale imaginait assez mal sa nouvelle vie. C’est que sa petite routine avec Lisa elle y tenait. Sinon elle ne s’y serait pas installée. Aussi durant tout le chemin de retour, Pascale rumina ses pensées. Changer de boulot, quitter sa contrée, voir disparaitre à jamais de sa vie Lisa commençait à prendre un tour anxiogène.

Finalement elle se demandait si elle était faite pour la passion amoureuse. Elle ne s’en sentait en particulier ni l’étoffe ni l’énergie. Elle avait su plaire car elle était encore sexuellement désirable. C’était le côté positif de l’affaire. Mais redémarrer une vie ailleurs, c’était moins dans son caractère même si la région était attractive. D’ailleurs Célia avait été très forte pour lui expliquer qu’elle était prête à tout par amour mais que celle qui devrait changer radicalement tout c’était Pascale. Elle devinait les réflexions sarcastiques que Lisa ne manquerait pas de lui faire lorsqu’elle lui raconterait ses nouveaux projets.

C’est pourquoi sa sciatique avait repris de plus belle en arrivant chez elle. Elle dû même laisser son sac dans le coffre et une fois de plus piteusement appela Lisa à l’aide. Comme d’habitude Lisa répondit rapidement présent. Elle déposa le sac dans la chambre et s’assura que Pascale puisse depuis le lit où elle était couchée attraper ses médicaments et son verre d’eau. Alors qu’elle s’apprêtait à partir elle se ravisa et vint s’asseoir au bord du lit où Pascale y gisait en chien de fusil.

« Alors ce week-end ?

– Très bien !

– Tellement bien que tu es toujours coincée ! C’est sûr tu as réglé le problème !

– Tu m’énerves Lisa mais j’avoue que je l’ai bien cherché. Alors vas-y lâche-toi comme ça on pourra parler d’autre chose après !

– Tu sais j’ai eu le temps de réfléchir chez ma sœur. En fait tout ceci est allé bien trop vite. Par ailleurs je me suis trompée avec toi. En effet j’ai cru que notre relation ferait le poids face au virtuel, que toute l’excitation du début retomberait comme un soufflet. En revanche je n’avais pas compris que les émotions ressenties derrière l’écran étaient les mêmes que dans un face à face, qu’internet était juste un accélérateur de rencontres. Ensuite le reste ressemblait à une histoire classique. On s’aime on se plait on couche ensemble… J’espère au moins que c’était bien de ce côté-là…

– On va peut-être éviter d’en parler…

– D’accord. De toute façon je n’avais pas envie de savoir. Je suis contente que tu m’épargnes certains détails.

– Vas-y continue avec ta réflexion ça m’intéresse.

– En fait je n’aurais pas dû te quitter.

– Et ?

– Je t’ai poussée dans les bras de Célia car j’étais trop sûre de moi. J’aurais mieux fait de me battre pour te garder. Je reconnais mon erreur.

– Elle est faite. On ne peut plus revenir en arrière !

– Une erreur ça se répare !

– Ah oui ?

– Oui.

– Et tu comptes faire comment ?

– Je viens me réinstaller ici. C’est encore chez moi que je sache !

– …

– Tu ne dis rien ?

– Tu veux que je dise quoi ?

– Je ne sais pas. Cache ta joie si tu préfères.

– A cette heure-ci je ne sais plus où j’en suis. J’ai peur de dire quelque chose que je vais regretter.

– Comme quoi ?

– Reste…

– Pourquoi tu as peur de le regretter ?

– Parce que je ne vais pas renoncer à ma relation avec Célia et que toi et moi nous n’avons rien réglé du tout. Le problème reste entier.

– Voyons déjà comment tu passes la nuit !

– Nous avons tout le temps de reprendre cette conversation.

– Pour ce soir je retourne chez ma sœur. Je récupère mes affaires et demain nous reprenons la vie commune.

– Ne t’emballe pas trop vite Lisa. Je ne peux pas faire comme s’il ne s’était rien passé ce week-end. J’aime Célia. Je t’aime aussi. Et pour l’instant si chacune d’entre vous me demande de faire un choix j’en suis bien incapable. Je vous aime de deux amours totalement différents, tout aussi forts l’un que l’autre. J’ai besoin d’un peu de temps tu comprends ?

– Je ne te demande rien ce soir Pascale. Juste de reprendre la vie commune. J’ai ma part de responsabilité dans ce qui nous arrive. Je n’ai pas su te garder. Tu sais si tu ne sais pas où tu en es, moi aussi.

– Comment ça ?

– En fait je ne sais pas si je dois me battre pour te garder ou pour te partager.

– Explique-toi !

– Soit je fais de Célia une rivale que je vais chercher à éliminer à tout prix. Soit j’accepte que tu l’aimes et je trouve en moi la force de te partager avec elle.

– Et Célia ? Qui te dit qu’elle a envie de te partager avec moi ?

– Elle t’aime ?

– Oui.

– Elle fera comme moi. Elle va devoir se battre elle aussi car j’ai décidé de te garder.

– Dommage que j’ai trop mal ce soir. C’est sans doute la plus belle déclaration d’amour que j’ai entendue de ma vie. Je te reconnais bien là. Si je pouvais je te prendrais dans mes bras pour te serrer très très fort.

– Je t’aime Pascale comme tu n’en as même pas idée.

– Je t’aime aussi Lisa.

– Passe une bonne nuit, à demain mon amour. »

Lisa n’avait pas franchi la porte que Pascale tenta lamentablement de sortir du lit pour allumer l’ordinateur. Un cri déchirant lui imposa de rester au calme. Elle se contenterait d’envoyer un sms laconique à Célia pour lui dire qu’elle était bien rentrée et qu’elle était bien fatiguée par la route. Connaissant Célia si elle parlait de sa sciatique elle en avait pour un moment à échanger sur le sujet.

La discussion et les calmants eurent raison de Pascale qui s’endormit très vite.

Le réveil fut douloureux et la journée de travail laborieuse. Chaque mouvement lui coûtait, elle se sentait en permanence au bord du malaise. Elle ne se rappela pas comment elle partit et rentra. Elle se souvint juste qu’à son arrivée Lisa l’attendait souriante. Un aller et retour chez son frère et Pascale put enfin sortir de la souffrance dans laquelle elle était enfermée depuis son retour. Lisa qui avait décidé de repartir d’un bon pied dans cette relation ne dit mot quand Pascale s’installa à son ordinateur. Même si elle avait souhaité une soirée rien que pour elles deux, elle savait que Pascale avait aussi à régler des choses avec Célia. Elles n’en étaient qu’au début de leurs ajustements et Lisa se refusait de répéter les erreurs du passé.

Un mail l’attendait.

« Bonsoir mon amour, 

J’espère que tu as bien dormi et que ton dos te laisse toujours tranquille.

Tu me manques atrocement et je viens de me faire une séance cinéma dans ma tête, de nous, nues dans le lit…

Un peu claquée ce soir, juste envie de bisous avant la nuit…

Très envie de toi mon amour et pas que sexuellement…

Tendrement, intellectuellement, joyeusement.

Avec complicité et soif de découvertes et d’échanges en tous genres.

C’est rageant ce timing parce que je nous vois vraiment bien ensemble…

Mais c’est ainsi… Sûrement un sens à trouver…

Je vais de ce pas me blottir dans tes bras.

Et t’envelopper de tout mon amour… 

Je ne pense qu’à toi.

Tu me manques

Célia »

Pascale respira un grand coup et sans prendre le temps de réfléchir tapa cette réponse.

« Bonsoir mon amour,

Je te sens de plus en plus amoureuse et il est légitime que tu aies envie de plus que ce que je peux t’offrir pour l’instant.

La situation est loin d’être évidente pour moi. Lisa et toi savaient très bien vous occuper de moi, chacune dans votre registre. Elle en a passé des nuits blanches à me veiller, me rassurer… 

Hier soir j’ai encore dû l’appeler car ma sciatique m’a totalement paralysée à mon arrivée. Elle pas plus que toi n’a envie de vivre sans moi… Et nous avons convenu de reprendre la vie commune…

Je ne sais pas vivre seule et ne peux pas vivre seule. J’ai besoin de mes repères… La réalité est là aussi…

Nous construisons notre histoire petit à petit, laissons là s’étoffer, grandir et s’embellir. J’ignore mon avenir, le tien. Il y a un an on m’aurait dit que j’allais connaitre une passion dévorante pour une femme rencontrée sur le net je ne l’aurais pas cru tant je me sentais bien avec Lisa…

Ne sois pas trop pressée mon amour, profite de ces heures magiques où nous nous aimons… Je prends un plaisir infini à les savourer, le quotidien aura vite fait d’user le temps qui s’est suspendu et je veux vivre intensément chaque rencontre comme autant de moments de grâce et de bonheur infini.

Je t’aime comme tu n’en as même pas idée. Pascale »

Célia qui devait guetter Pascale ne tarda pas à se manifester.

« Tu as tout as fait raison et je vois les choses comme ça… Je te parle parfois de ce que je souhaiterais dans l’absolu, souvent le matin au réveil d’ailleurs au chaud sous la couette et dans tes bras… Instant fragile…

Je t’ai dit ce week-end que je ne veux surtout pas que tu vives seule alors tu vois je n’attends rien de toi… Par ailleurs je connais tes fragilités et c’est le plus important pour moi…

En fait je réfléchis à mon avenir tu sais ….

Et si tu le souhaites je peux être moins amoureuse ou du moins démonstrative…

Je t’aime. Célia »

Pascale soulagée du ton de la missive proposa à Célia de se connecter sur leur messagerie instantanée afin de poursuivre le dialogue.

« Enfin je suis contente d’avoir de tes nouvelles car je commençais un peu à m’inquiéter de ton silence.

– Je n’en peux plus de cette sciatique qui ne me lâche pas. Heureusement la séance d’ostéopathie m’a fait le plus grand bien. Je peux enfin m’asseoir pour t’écrire.

– J’ai l’impression que je t’ai bousculée ce week-end. Je me montre trop pressée avec toi. J’ai participé pour beaucoup à cette rechute et je m’en veux terriblement tu sais.

– C’est un ensemble en fait. Je ne peux pas te laisser porter seule la responsabilité de mon état. C’est vrai que notre week-end m’a chamboulée. Je pensais y voir plus clair mais c’est l’inverse qui s’est produit. Le corps a parlé une fois de plus.

– Tu peux m’en dire plus ?

– Je me suis sentie terriblement bien avec toi. Dans tes bras j’étais prête à tout quitter pour te rejoindre. Mais dès que je me suis retrouvée seule dans ma voiture, le trouble m’a submergé. La raison est alors venue balayer tout ce que la passion avait déjà ravagé. Tu imagines le carnage dans ma tête. Et dans mon corps je ne te dis pas. Totalement coincée.

– Si tu le souhaites je peux être moins amoureuse…

– Non je ne le souhaite pas, je ne veux pas que tu brides tes émotions et que tu te retiennes de les exprimer et de les ressentir… J’accepte tes débordements et je ne crois pas t’avoir reproché quoi que ce soit concernant ce sujet… Je tiens par-dessus tout à ce que tu te sentes heureuse et amoureuse… 😉

– Quels sont mes débordements pour toi ? Je sais que tu ne m’as rien reproché.

– Des moments comme ce soir où tu ne me demandes rien mais où je sens que tu voudrais bien que je sois libre… Même si tu sais que…

– Je te l’ai dit je l’accepte et si tu as besoin de l’exprimer exprime le… Tu sais que le jour où tu en auras envie je saurais me rendre disponible pour être à plein temps avec toi, ça c’est une certitude.

– Justement je ne le ressens pas.

– Comment ça ?

– Dans tes projets de vie à deux, c’était moi qui devais tout lâcher. Pour toi rien ne changeait ou si peu.

– Pas du tout !

– Si !

– Pourquoi ne viens-tu pas t’installer ici ?

– Tu ferais quelle tête si je débarquais chez toi demain ? Et Lisa ?

– Je ne te parle pas de Lisa je te parle de nous deux.

– Tu sais très bien que ce n’est pas possible.

– Ah bon ?

– Et l’inverse en revanche doit-être vrai.

– Tu sais très bien que c’est plus facile pour une salariée de recommencer professionnellement qu’une libérale.

– Avec la crise actuelle j’en doute. C’est à mon avis tout aussi difficile.

– Je me suis rendue disponible pour cette relation pas toi ! Donne-moi des preuves d’amour !

– Nous y voilà ! Je te savais poète, je te découvre comptable. Parce que tu crois que je ne t’ai donné aucune preuve d’amour. En effet qui se coince le dos depuis des semaines ? Qui fait souffrir une compagne toujours amoureuse ? D’ailleurs qui t’a écrit dès le départ qu’elle ne voulait pas d’une banale histoire d’adultère encore moins quitter Lisa ? Enfin qui t’écrit alors qu’une autre femme aimerait passer la soirée avec moi ? Et je ne te donne rien ? En fait j’ai envie de pleurer vois-tu !

– Je suis désolée mon amour si je me suis montrée maladroite. Je ne voulais pas dire ça. Bien sûr que tu me donnes mille preuves d’amour tous les jours. On va peut-être arrêter de discuter avant que ça ne dérape plus sérieusement. En plus ce soir je dois sortir.

– Bonne soirée alors !

– Tu m’en veux ?

– Même pas. Cela va me permettre de réfléchir comme ça.

– Je rêve de ton sexe brûlant sous ma langue.

– Allez file, tu vas être en retard. Je ne voudrais pas que ça aussi tu me le reproches !

– Bonne soirée mon amour !

– Bonne soirée à toi aussi ! »

Pascale resta un moment devant son ordinateur avant d’en décoller. Mille questions tournaient dans sa tête. Où Célia était-elle pressée de filer ce soir ? Et si Lisa avait raison ? Ne serait-elle pas une prédatrice du net qui se mettait en chasse vers une autre proie ? Le film du week-end repassait en boucle. Pouvait-elle à ce point s’être trompée avec Célia ? Certes elle s’était sentie bien avec elle mais l’amour ne rend-il pas aveugle ? Pascale se découvrait jalouse ce soir. Après tout Célia était libre de mener la vie qu’elle voulait à distance. La confiance était le ciment d’une telle relation.

Sinon autant rompre tout de suite que de vivre les affres de la suspicion. Et puis elle était bien placée pour reprocher à Célia d’avoir d’autres relations. Elle l’avait assez poussée dans le passé à continuer à voir du monde, à ne pas se séparer de Dominique. Et elle de reprendre la relation avec Lisa alors qu’elle avait fait l’amour des heures et des heures durant avec Célia. Fin du chapitre pour ce soir. Elles s’aimaient, un point c’est tout. Pour le reste Pascale était la première à ne pas s’engager. Qu’elle ne reproche pas à Célia de s’en accommoder.

Quand Pascale vint s’asseoir sur le canapé, Lisa ne posa aucune question. Elle lisait à livre ouvert sa déconvenue et tentait de masquer sa joie. Le torchon brûlait déjà entre les deux tourterelles. Ne rien dire et ne rien faire pouvaient se montrer une arme efficace pour récupérer sa bien-aimée. Elle lui proposa de venir regarder avec elle une série qu’elles affectionnaient toutes les deux. Pascale ne se fit pas prier trop contente d’échapper à ses ruminations stériles.

Quand vint l’heure de se coucher Pascale remarqua que sa sciatique était moins douloureuse. C’était déjà cela de gagné.

Une parenthèse enchantée : chapitre 20

Au réveil un mail attendait Pascale.

« Je ne sais finalement pas si dans ta messagerie tu vois les fonds mais voilà de quoi je rêve avec toi : d’espace. 

Nous venons de nous quitter et je me sens toute chose… Te voilà en plein conflit d’amour mon ange… Tu sais, quoi que tu penses ou fasses je serai toujours là…. Souviens t’en car c’est important. Souviens t’en longtemps. 

Je suis accroc à la messagerie instantanée c’est un fait. Je suis fébrile toutes les 2 heures espérant que mon portable va vibrer.  Et enfin il vibre ! Et moi aussi. Je savoure d’ailleurs ces moments comme jamais. Ils me donnent de la force pour patienter jusqu’à l’instant suprême. Celui du soir où enfin on se parlera.

Je suis accroc à la messagerie instantanée c’est un fait. Et pourtant depuis que je t’ai rencontrée parfois il me frustre. Parce que tout ça j’aimerais te le dire dans tes bras. Je rêve en effet chaque jour de te faire l’amour. Et tellement de fois par jour… Maintenant que j’ai caressé ton corps… Glissé ma langue sur ton sexe… Pris un plaisir infini à te sentir… Et à te voir jouir sur ma bouche… Je suis frustrée de mes mains sur le clavier … Et de vivre à distance ce que j’ai adoré. Et ce soir j’ai senti une grande proximité malgré tous tes déboires.

Je suis accroc à la messagerie instantanée c’est un fait. Et j’ai aimé que tu jouisses sous mes caresses. Ce qui est frustrant c’est que maintenant je te vois… Avec les souvenirs que j’ai en tête. Pas difficile. Je te vois frémir sous ma langue et jouir. Et je ne peux te caresser et te serrer fort après ton orgasme. Tu es trop belle quand tu prends du plaisir sur ma bouche. Et je revis souvent ces moments délicieux.

Je dis souvent pour ne pas dire toujours, en espérant qu’un jour ça arrive de nouveau.  J’espère que tu dors à l’heure qu’il est.  Et que la douleur te fiche la paix.

Je vais partir demain… Et me rapprocher de la mer… Que de pensées je vais avoir… T’imaginant à mes côtés…

Vers 10 heures je t’emmène mon ange sur les terres Cathares. Couvre-toi !

Je t’embrasse mon amour le plus tendrement du monde en filant me glisser dans tes bras.

Je t’aime et je ne t’oublie pas une seule seconde …

A tout à l’heure mon ange. Célia qui t’aime comme tu n’en as même pas idée. »

Le mystère Célia s’épaississait. Maintenant elle partait près de la mer. Mais quand avait-elle décidé de ce voyage ? Dans quel but ?

Toute la journée Pascale pensa à ce mail. Célia avait une double vie c’était certain. Mais pourquoi le lui faire savoir alors qu’avec la distance il est si facile de la dissimuler ? En fait elle sentait qu’elle projetait ses propres défaillances et ambivalences sur Célia. D’ailleurs si elle voulait être honnête avec Célia, celle-ci ne cessait de lui répéter son amour pour elle. Ses maladresses venaient aussi de là. C’est pourquoi le plus simple était d’en discuter avec elle dès qu’elle serait disponible.

Lisa était rentrée du travail avant elle. Elle avait commencé la confection d’un Amadeus. Comme si elle chercher à reconquérir sa belle avec ses propres armes.

« Je peux t’aider Lisa ? Tu sais que j’adore préparer l’émulsion.

– C’est pour cela que je l’ai laissée. Elle est au congélateur pour refroidir plus vite. J’ai beurré les moules et mis l’appareil dedans. Le four est préchauffé. Et je t’ai même gardé la casserole de chocolat chaud. Exprès je n’ai pas raclé avec la Maryse les rebords pour que tu puisses te régaler.

– Tu me connais si bien que ça ?

– Par cœur. Question chocolat tu es hautement prévisible de toute manière.

– Et pour le reste ?

– Un peu moins. Mais je compte bien reprendre la main là-dessus.

– C’est une déclaration d’amour où alors je ne m’y connais pas. Le ventre, toujours le ventre. On en revient donc toujours là pour conquérir puis conserver.

– C’est sûr que la bataille se joue là. D’ailleurs chacune son ventre. J’ai surtout compris que je ne devais pas occuper le même terrain que …

– Que qui ?

– Tu sais bien !

– Vas-y dis-le ! On dirait que ce soir ça t’écorche la bouche de dire son prénom.

– Pascale ! Stop ! Pas ce soir. On ne va pas encore se disputer. Ce moment est à nous deux. C’est pourquoi je ne veux pas le partager.

– C’est bien pourtant ce que j’attends de vous deux. Le partage.

– Oui mais pas ce soir.

– Alors quand ?

– D’accord. Tu ne vas pas me lâcher ! Mais finissons la pâtisserie ! Et quand nous l’aurons mangé nous aborderons alors le sujet. Ça te va ?

– Très bien ! Tu as pris quel chocolat ?

– Celui à 70%, car c’est ton préféré !

– Tu es une amante redoutable ce soir !

– Et attends tu n’as pas tout vu. J’ai pris des photos de chaque étape, comme cela tu pourras les mettre sur ton blog. Je suis certaine que ça plaira à tes lecteurs à qui tu dois manquer.

– J’ai honte de moi. En fait j’ai tout arrêté.

– Justement qui t’empêche de reprendre ? J’aimais bien partager cette activité avec toi.

– J’ai vraiment sous-estimée la femme amoureuse qui est en toi.

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce que tu me fais le grand jeu ce soir ! Et tu sais que sur ce terrain je n’irai pas avec Célia.

– Je le sais. C’est bien pour ça que je vais l’occuper pleinement. De la voir n’a pas réglé ton conflit intérieur. C’est donc que tout n’est pas fini entre nous. Que tu m’aimes encore.

– Je n’ai jamais cessé de t’aimer Lisa. Et d’ailleurs je ne comprends toujours pas comment j’ai pu être aussi disponible pour une autre histoire d’amour alors que je t’aime autant.

– Ne me demande pas de te répondre. Si toi tu ne sais pas comment veux-tu que je sache ?

– Tu es très fine Lisa. Et tu as su voir avant moi que je devenais amoureuse de Célia.

– Enfin ça ce n’était pas compliqué à voir !

– Excuse-moi mais moi je n’avais rien vu !

– C’est vrai !

– Tu sais chez ma sœur j’ai eu le temps de réfléchir.

– Et ?

– Je pense qu’avec toi j’ai eu aussi mes torts.

– Comment ça ?

– Tu ne veux pas goûter le chocolat plutôt ?

– Tu fais diversion ?

– Mais pas du tout. En fait je voudrais finir et déguster l’Amadeus. J’ai les odeurs de chocolat et de praliné sous le nez depuis un moment, je n’en peux plus.

– Gourmande !

– Et toi ? Tu ne l’es pas ?

– Si. »

Elles s’affairèrent encore trente minutes en cuisine. Alors que le gâteau était disposé dans les coupes Pascale mit une touche finale avec une pincée de fleur de sel de l’ile de Ré. Ensuite elles s’installèrent dans le canapé où chacune en silence se régala de cette douceur sucrée.

« Alors tu as aimé ?

– Je trouve ta recette bien meilleure que la mienne. D’ailleurs comment as-tu fait ?

– Je ne vais pas te livrer mes secrets Pascale. En fait j’ai juste ajouté un peu d’huile de noisette dans le praliné, c’est ce qui a relevé son goût !

– C’est malin.

– Tu devrais reprendre ton blog et glisser aussi quelques astuces. Je suis certaine que ça plairait.

– Je n’ai pas trop la tête à ça en ce moment. Pourtant tu as raison je devrais m’y remettre.

– J’adorais cette activité avec toi. J’aimerais qu’on la reprenne. De plus j’ai plein d’idées pour relancer ton blog.

– Et si tu me parlais de tes torts plutôt ?

– Si tu veux.

– Je t’écoute.

– Je ne sais pas par où commencer.

– De toute manière j’ai tout mon temps maintenant que j’ai l’estomac plein. Les coupes peuvent attendre sur la table.

– Attends je vais faire la vaisselle !

– Tu m’énerves Lisa ! Reste assise !

– Bon. D’accord. Alors qu’est-ce que tu veux savoir ?

– Qu’est-ce que tu veux me dire ? N’inverse pas s’il te plait !

– Euh…

– …

– J’ai eu des torts aussi.

– …

– Je me suis trompée sur toi.

– …

– J’ai cru qu’avec Célia tu cherchais un plan cul. Mais je n’avais pas vu que c’était une histoire d’amour.

– …

– En fait ça m’aurait bien arrangé que ce soit juste pour de la baise.

– On va arrêter la vulgarité Lisa. Si tu reconnais que c’est une histoire d’amour alors ce n’est pas de la baise. Compris ?

– Tu veux que je le dise comment ?

– Purement sexuel me conviendrait mieux tu vois.

– D’accord. En fait je voulais juste que ce soit purement sexuel entre vous deux et qu’il n’y ait pas de sentiments.

– Pour éviter que je te quitte c’est ça ?

– Oui !

– Et en définitive pourquoi tu étais d’accord pour le purement sexuel ? Tu sais bien qu’inévitablement les sentiments et l’attachement font aussi partie de l’histoire.

– Pas forcément. Il existe le sexe pour le sexe.

– Tu es en train de me dire que je suis une obsédée sexuelle ?

– Non.

– Ben explique-moi pourquoi j’aurais besoin de sexe en plus de nos relations ?

– En fait c’est là où j’ai mes torts aussi.

– Alors là heureusement que je suis assise. Je sens le scoop !

– Je n’aime pas faire l’amour !

– Quoi ?

– Oui je n’aime pas faire l’amour !

– Attends ! Tu es en train de me dire que toi et moi, tu n’aimes pas ! Que tu te forces ! Tu n’as pas fait semblant j’espère ? Parce que là je viens de me prendre le ciel sur la tête. Pendant toutes ces années je n’ai rien vu.

– Je t’aime Pascale. Comme je n’ai jamais aimé. C’est parce que c’est trop fort, parce que c’est trop pur que le sexe vient tout salir…

– Je ne comprends plus rien.

– Pourtant c’est simple. Je t’aime tellement que tu es intouchable. J’ai trop de désir pour toi.

– Les bras m’en tombent ! C’est la première fois de ma vie que j’entends pareille chose.

– C’est pour cela que tu peux coucher avec qui tu veux mais pas avoir de sentiments pour elle.

– Je ne suis pas un animal Lisa. J’ai besoin d’un minimum de sentiments pour faire l’amour.

– Oui j’ai fini par comprendre. Mais je ne l’accepte pas !

– Qu’est-ce que tu veux alors ? Je veux bien ne plus faire l’amour avec toi mais quand la frustration sera là je ferai comment ?

– Faudrait que tu trouves une fille qui n’a pas envie de quitter son mari. Il y en a plein des nanas sur le net qui cherchent des partenaires qui ne souhaitent pas s’engager mais qui veulent simplement partager du bon temps.

– Je crois que j’en ai assez entendu pour ce soir. J’ai l’Amadeus qui me reste sur l’estomac, je vais aller m’allonger.

– Tu es en colère après moi ?

– Même pas ! En fait je te découvre c’est tout. Et je me demande ce que nous avons partagé toi et moi toutes ces années.

– Tu le sais tout ça Pascale. Sinon comment aurais-tu pu être disponible pour cette aventure avec Célia ? Au fond de toi tu ne pouvais pas l’ignorer.

– Je me sens terriblement remise en question en fait.

– Mais pas du tout. Je t’explique que le problème c’est moi. En effet tu es allée chercher ailleurs, avec mes encouragements pour compenser. Tu t’attaches à Célia ce qui peut se comprendre. Et en même temps tu ne veux pas me quitter parce que tu m’aimes aussi. Mais comme tu ne peux pas le verbaliser ton corps parle à ta place avec cette sciatique. Pourtant il faut qu’on avance toutes les trois maintenant que les choses sont dites.

– Qui te dit que Célia va accepter de jouer la variable d’ajustement ?

– Elle t’aime ?

– Oui !

– Tu as ta réponse alors.

– Facile à dire !

– Célia a la garantie que je ne coucherai pas avec toi. Que veut-elle de plus ?

– L’exclusivité de la relation avec moi !

– Qui a proposé la relation à trois en revenant de son week-end ?

– Moi.

– Pascale assume aussi tes choix ! Si tu avais voulu me quitter tu ne m’aurais pas demandé de revenir.

– Je ne conçois pas l’amour sans le sexe. Ni le sexe sans amour.

– C’est sans doute bien là ton dilemme. C’est pour cela que tu es tombée amoureuse de Célia. Et que pour moi tu n’as jamais rien voulu voir. Pour le coup l’amour t’a bien rendu aveugle.

– Célia sait que tu ne veux pas me quitter. Et pourtant elle a accepté de te voir et ne s’empresse pas de débarquer ici.

– Célia me met la pression pour que je te quitte et que je m’installe dans sa région.

– Tu me parles de celle qui n’avait pas de calendrier et qui ne trouvait pas de date pour te voir ?

– Arrête ton ironie mordante !

– Regarde aussi les choses en face Pascale ! Pourquoi Célia est-elle amoureuse d’une femme en couple qui ne veut pas quitter sa compagne et qui vit à des centaines de kilomètres d’elle ? Dans le genre qui ne veut pas s’engager tu ne pouvais pas mieux trouver. Ne crois pas mais la situation l’arrange autant que toi et moi ! Mais elle, elle aime vivre seule en dehors de vos rencontres et pas toi !

– Tu me bluffes ce soir Lisa. Je ne te savais pas si fine psychologue.

– Excuse-moi mais ta Célia elle n’est pas difficile à déchiffrer ! Elle aime sa liberté plus toi ! Et si tu veux mon avis, elle te remplacera vite si ta proposition ne lui convient pas.

– Tu crois ?

– Essaie !

– Pour ce soir j’ai ma dose. Je verrai demain.

– Je sens que je vais aller faire la vaisselle.

– Merci. Je ne me sens pas très bien, je vais m’allonger un peu dans le canapé.

– Repose-toi ma belle ! Je suis désolée de t’avoir autant secouée.

– C’était salutaire ! Tu as bien fait ! C’est aussi ce que j’aime en toi ce côté franc et direct.

– Prends ce coussin et cette couverture, tu trembles on dirait !

– J’ai froid.

– Allez, dors un petit peu ça va te faire du bien !

– Embrasse-moi !

– Je t’aime.

– Moi aussi ! »

Une parenthèse enchantée : chapitre 21

Le repos fut de courte durée car Pascale trouvait difficilement une position antalgique. En effet sa sciatique la lançait et elle ne cessait de se répéter en boucle les propos de Lisa. Elle aime sa liberté plus toi ! Je t’aime tellement que tu es intouchable. J’ai trop de désir pour toi. Et Célia partie dans les terres Cathares. D’ailleurs pourquoi un périple improvisé dans l’Aude ? En fait improvisé était vite dit. Et sinon si Lisa avait raison. Si elle l’avait choisie car elle pouvait ainsi mener deux vies parallèles de front sans avoir de compte à lui rendre en dehors de leurs rencontres. C’est pourquoi une explication s’imposait. D’autre part depuis son dernier mail elle n’avait reçu aucun sms, cela ne lui ressemblait pas.

C’est ainsi que Pascale s’extirpa tant bien que mal du canapé. Lisa qui avait fini depuis bien longtemps le rangement et le nettoyage en cuisine la dissuada pourtant de continuer. Mais Pascale répliqua d’un ton sec qu’elle était assez grande pour savoir ce qu’elle faisait. Lisa, vexée d’être si sèchement rembarrée alluma la télé en lui lançant un regard noir. La soirée qui avait si bien commencé se terminait assez lamentablement.

Sur l’écran de l’ordinateur que Pascal avait laissé allumé un message vieux de deux heures clignotait : « Tu es connectée ? » Zut elle avait loupé Célia. Aussi tentant le tout pour le tout elle répondit « oui ». Célia devait alors la guetter car un « bonsoir mon amour » fusa.

« Bonsoir mon ange. Où es-tu ?

– A l’hôtel !

– Connectée ?

– La wifi est gratuite en fait.

– Mais c’est quoi ce voyage ?

– Avec Dominique nous avons une maison dans la région. C’est pourquoi je viens de signer chez le notaire la revente de ma part. Aussi comme tu peux le voir mon amour je me libère de toutes les entraves qui me ramènent à mon ancienne vie.

– Tu dis ça pour moi ?

– Non pour moi ! En revanche je te sens sur la défensive ce soir.

– C’est parce que je viens d’avoir une discussion avec Lisa à ton sujet.

– J’imagine de toute façon qu’elle a dû te dresser un tableau assez peu flatteur de ma personne.

– Je ne le dirais pas comme ça.

– Alors comment le dirais-tu ?

– Plutôt une analyse assez juste de ta personne.

– Tu peux m’en dire plus ?

– Lisa pense que tu préfères ta liberté à notre amour.

– Mouais… Et comment elle peut affirmer ça ?

– Elle pense que tu aurais déjà débarqué derrière notre porte et que je ne serais pas là à me coincer le dos en permanence.

– Je me vois bien débarquer derrière ta porte et me mettre au milieu de votre couple.

– Tu ne te mettrais pas au milieu car tu viendrais me chercher. Et ainsi fin de l’histoire avec Lisa. Si elle est revenue c’est bien qu’elle sent que tu lui laisses la place.

– Faudrait savoir alors. Tu dis que je vais trop vite. Ensuite tu veux que je respecte ton rythme. Là c’est courir à l’échec car ce serait trop violent pour toi.

– En attendant tu ne me proposes rien de concret. A moi de changer toute ma vie. Lisa ne fait que souligner ce point dans son analyse. Et aussi de me rappeler que tu avais eu du mal à trouver un calendrier pour notre première rencontre.

– Tu veux en venir où ? Tu es en train de rompre c’est ça ?

– Mais pas du tout. En fait je tente de clarifier ton désir car je ne sais pas trop ce que tu attends de moi.

– Je te retourne aussi la question.

– Trop facile ! Sinon réponds moi !

– Je t’aime que veux-tu que j’ajoute à ça ?

– Tu as peut-être un projet de vie ? Tu le vois comment notre avenir avec la distance ?

– Justement nous devons déjà régler le problème de la distance.

– Pourquoi ne pas s’installer à mi-chemin alors ?

– Où ça ? J’ai mon cabinet, ma clientèle. En plus c’est une région tellement agréable à vivre. Sans soleil je dépéris.

– Lisa avait raison tu vois !

– Arrête avec Lisa ! C’est bon j’ai compris !

– En définitive on est dans l’impasse. Pourtant j’aurais dû me rappeler que par définition une parenthèse ça s’ouvre mais ça se ferme aussi.

– Tu proposes quoi alors ?

– Et si déjà on vivait ce qu’on à vivre. Pourquoi tout de suite formaliser notre histoire dans un couple bien installé ? Ce qui m’a plu chez toi justement c’est ce sentiment de liberté. Cette promesse d’une passion amoureuse où le désir serait sans cesse renouvelé par la distance. Une vie plan-plan en couple j’avoue que ce n’est pas ce qui m’a fait rêver d’emblée avec toi.

– Et si je veux plus ?

– Et si déjà on voyait qu’on est faites pour vivre ensemble ?

– Nous le savons douce Pascale tu le sais.

– J’ai tellement envie de frémir sous tes caresses, loin des contraintes du quotidien.

C’est vrai et comment mon amour ? Avec quels fantasmes ?

– Ta langue sur mon sexe brûlant…

– J’en rêve…

– Et toi sur moi…

– J’aime beaucoup en fait…

– Moi aussi surtout le premier jour du week-end où on s’est vu.

– Pas trop expérimenté ça au début mais en fait j’adore comme préliminaire avant que ma langue se glisse sur ton sexe brûlant …

– Je n’en peux plus…

– Ah oui ?

– Oui.

– Trop bon d’imaginer ça…

– Très excitée…

– Moi aussi

– Un peu en fait comme quand je suis sous toi mon amour…

– Je glisse ma langue sur ton clitoris… Et mes mains sont sur ta taille…Pour te guider jusqu’à ma bouche…  Envie de te prendre à pleine bouche… Et te sentir jouir dans ma bouche…

– Ça j’adore… Ça me traverse et me transporte…

– Qu’est-ce que tu adores ? Jouir dans ma bouche ?

– Oui j’adore…

– Ça me rend dingue d’y penser

– Je trouve ça trop doux…

– Je te trouve trop belle quand tu jouis mon amour et que tu es sur ma bouche.

– Ah oui ?

– Oui.

– Vraiment belle.

– Oui ?

– Tu préfères ma langue sur ton sexe ? Moi sur toi ?

– Oui j’adore quand tu es sur moi…

– Mon amour je me glisse sur toi en te serrant fort… Peau contre peau…

– Wooooow!

– Je cherche le contact au plus près …

– Moi aussi…

– Je t’aime.

– Je t’aime.

– Trop envie de toi.

– Je dois y aller. Lisa commence à me lancer un regard noir et me fait signe qu’il est l’heure d’arrêter.

– Vas-y, pas la peine de la dresser encore un peu plus contre moi. Tu as ta dose pour ce soir.

– Oui.

– A demain mon ange. Dors bien. 

– Douce nuit toi aussi. A demain. »

Quand Pascale mit en veille prolongée l’ordinateur, elle se retrouva dans le noir. Lisa avait éteint toutes les lumières et était partie se coucher sans lui souhaiter un bonsoir. Cette relation à trois était mal engagée car la jalousie commençait à faire des ravages. Lisa comme Célia réclamaient l’exclusivité et Pascale pressentait que la relation la plus passionnelle ne serait pas celle que l’on croit. Ce qu’elle venait d’ouvrir ce soir était une parenthèse désenchantée. D’autant plus désenchantée que c’était en définitive avec les deux femmes qu’elle aimait le plus au monde.

Une parenthèse enchantée : chapitre 22

Un mail attendait Pascale dès le réveil.

« Pascale adorée,

Tu connais mon envie avant de me coucher de t’embrasser tendrement … 

Envie aussi de t’envoyer du soleil mon ange. Et de la spéciale brise super énergisante. T’en souviens-tu ? On a avancé mon amour depuis non ? Et en gérant toujours la distance. 

Finalement depuis presque 2 mois, nous ne nous sommes vues que 3 jours. Si je compte bien environ 70 heures.

Ridicule non pour bâtir une histoire d’amour ? Et pourtant vois où nous en sommes …

Très amoureuses.

70 petites heures qui ont emplies ma vie d’un tel soleil qu’il me réchauffe encore.

70 petites heures dont j’ai pensé les avoir vécues toujours.

Tant c’était naturel. Maladroit ? Aussi ?

Mais pour une première fois…. Et puis non je ne trouve pas …

Émouvant, naturel, tendre. Évident.

Je sais pourtant ce que tu m’as dit ce soir.

Qu’il me tarde nos retrouvailles mon amour. Qu’enfin on se parle dans les yeux.

Je te couvre de mille baisers amoureux.

D’autant de caresses coquines. Et pour m’endormir, ma main dans tes cheveux.

Je t’aime mon ange. Célia »

Pascale tapa à la hâte sa réponse.

« Bonjour mon amour,

Je compte moi aussi les jours qui me rapprochent de toi…

C’est court et c’est long à la fois tout comme ces trois jours ensemble…

Envie d’en profiter au maximum…

Je pense très fort à toi… A notre amour…

Je t’aime. Pascale »

A croire que Célia l’attendant car à peine avait-elle cliqué sur envoyer qu’une notification de sa messagerie lui indiquait un nouveau mail.

« Bonjour mon amour,

Ma drogue du matin.

Tes lèvres.

Mais je ne dis pas lesquelles… mdr

Célia qui t’aime »

Pascale sentait Célia d’humeur coquine. Elle regarda l’horloge, elle allait rater son bus. Aussi elle proposa à Célia de terminer cette discussion ce soir car elle ne pouvait se permettre d’être en retard au travail. Un « file » fusa.

A son retour Lisa lui avait préparé un thé qui l’attendait sur la petite table basse du salon. Pourtant Pascale sentit qu’elle était d’humeur maussade quand elle s’installa à côté d’elle sur le canapé.

« Ta journée c’est bien passée ?

– Bof ! J’ai dû supporter des cons toute la journée.

– Rassure-toi moi c’est pareil. Je ne sais pas ce qui se passe mais je trouve les gens bien excités en ce moment. Surtout dans les transports en commun. Je ne supporte plus le bus bondé.

– Tu comptes te remettre sur l’ordinateur ce soir ?

– Oui pourquoi ?

– Parce que je ne suis pas revenue pour faire plante verte. Hier soir j’avais amoureusement préparé un Amadeus et pourtant j’ai fini toute seule devant la télé.

– Je devais régler quelque chose avec Célia.

– Ça va être comme ça tous les soirs ?

– Je ne sais pas.

– Quand tu as été avec elle je ne vous ai pas dérangées. Aussi la réciproque doit être vraie.

– Minute Lisa. Je passe combien de temps avec elle ? Et avec toi ? On ne va pas commencer à sortir la calculatrice pour savoir ce que je dois donner à chacune.

– D’accord. Mais dans ces cas-là on va fixer des règles.

– Des règles ?

– Oui. De quand tu te connectes ? Quand tu la vois ?

– Je t’arrête tout de suite Lisa. Cela ne va pas être possible.

– Et pourquoi ?

– Parce que je te vois arriver avec ton organisation millimétrée. C’est aussi parce qu’avec toi il n’y a plus de place pour le désir et l’inconnu que j’ai craqué pour Célia.

– Qu’est-ce que tu peux être désagréable ce soir.

– Mais c’est la vérité ! Assume aussi un peu ta part dans ce qui nous arrive. Nous Lisa. Pas seulement moi.

– Tu proposes quoi alors ?

– Laisse-moi vivre ce que j’ai à vivre avec Célia. Après tout tu as peut-être raison. Je l’ai idéalisée et c’est fort possible qu’après quelques rencontres elle perde tout son charme. Mais pour l’instant à me poser des interdits tu ne fais qu’attiser le feu. Et puis éprouver le manque ça peut aussi t’aider à y voir plus clair sur nous aussi.

– Mais c’est tout vu Pascale. Tu es la femme de ma vie. Et je compte bien aller jusqu’au bout avec toi. Célia ou pas Célia d’ailleurs.

– Tu sais que tu es craquante quand tu es en colère.

– Je vais être craquante toute la soirée alors.

– Pourquoi ?

– Parce que dès que cette conversation va être terminée tu vas filer devant ton ordinateur ce qui va me mettre bien en colère car je ne te verrai pas de la soirée. Même pour manger car tu vas aussi grignoter devant l’écran. Alors ne viens pas te plaindre que tu grossis ensuite.

– De tout façon on ne peut pas avoir une discussion sans se disputer ? J’en ai marre de cet état de crise permanente.

– Tu veux parler d’autre chose. Sinon est-ce qu’autre chose t’intéresse au moins ? On peut se remettre au blog tu sais. D’ailleurs j’ai des photos.

– Pas ce soir.

– Tu vois !

– Je suis fatiguée de cette lutte avec toi. Comment pourrions-nous apaiser notre relation ?

– Quitte la et tu verras que le calme reviendra très vite !

– Mais tu sais bien que ce n’est pas possible.

– Alors assume tes choix ! Je veux bien faire des efforts mais n’exige pas que je souffre en silence. En fait j’en crève de savoir qu’elle couche avec toi !

– Tu es gonflée Lisa ! Qui ne veut plus faire l’amour ?

– Ce n’est pas ma faute si je ne suis pas une obsédée sexuelle comme toi !

– Répète !

– Tu as très bien entendu !

– C’est ignoble de me sortir ça Lisa car ce n’est pas moi qui ai un problème c’est toi ! Je fais ce que je peux pour sauver notre couple. Parce que toi aussi tu es la femme de ma vie et que je ne veux pas te quitter. Mais si j’accepte tes conditions, ton abstinence nous séparera définitivement. Par ailleurs un jour qui ne sera pas fait comme un autre je partirai avec Célia ou une autre. Parce que mon corps parlera là aussi. Parce qu’il aura tellement envie de se sentir vivant sous les caresses ou les baisers d’une femme.

– Je suis désolée Pascale je ne voulais pas te blesser.

– On est en train de se faire mal Lisa avec cette histoire. Mais on va se faire encore plus mal si je ne satisfais pas mes besoins sexuels. En effet je suis normalement constituée. Je n’ai rien d’une obsédée. Tu devrais plutôt t’interroger sur ton manque de désir.

– Je sais pourquoi.

– Et pourquoi ?

– Je n’ai pas envie d’en parler.

– C’est à cause de moi ? J’ai dit ou fait quelque chose ?

– Cela n’a rien à voir avec toi. Disons que c’est lié à une mauvaise expérience d’une femme trop désirée.

– Tu ne veux pas m’en dire plus ?

– Non car ça ne sert à rien de remuer le passé.

– On peut faire une thérapie de couple si ça peut t’aider.

– Non car je ne veux pas que tu changes ton regard sur moi.

– Je ne vois pas ce que je pourrais changer.

– J’en ai déjà parlé par le passé à mes ex. Elles m’ont toutes quittée pour ça.

– Pour d’autres raisons que ça tu le sais. Nous en avons beaucoup discuté de ces garces grâce auxquelles nous leur devions d’être ensemble.

– Disons qu’avec elles j’ai fait moins d’efforts que toi au lit. Et que toi tu es la seule à avoir pu me la faire en partie oublier.

– Je dois le prendre comment ?

– Je n’avais pas envie de te perdre car je t’aime plus que je ne l’aie aimée. J’étais prête à tellement pour te garder.

– Et tu ne veux plus continuer ? Reprendre ta place ?

– Célia est une rivale redoutable. Elle aime faire l’amour et tu l’as tout de suite perçu. Tu ne peux plus revenir en arrière de ce côté-là. Je ne pourrai jamais faire aussi bien qu’elle. La comparaison me sera fatale. Et pour le coup ça nous séparera autant que l’abstinence. J’ai retourné le problème dans tous les sens. C’est pourquoi je t’ai proposé cette relation à trois.

– Mais qui ne passe pas.

– J’ai besoin de temps.

– Tu crois que c’est seulement une question de temps ? Comme toi je retourne le problème dans tous les sens. Sur le papier c’est génial. Aller de l’une à l’autre, être aimée de deux femmes. Dans la plus grande transparence. Pas de maitresse cachée dans le placard à attendre. Mais une relation affichée et assumée. Mais ça ne fonctionnera jamais. Célia est trop exclusive. Elle continuera à me mettre la pression pour que je te quitte entre deux discours où elle affirmera l’accepter. Cela aura pour effet de générer des tensions entre nous deux et nous finirons par nous déchirer pour de bon.

– Depuis que tu la connais, c’est bien simple, on n’arrête pas de s’engueuler alors qu’avant jamais. Elle a su te mettre sous son emprise et toi tu ne sais pas lui dire non.

– Tu es dure !

– Lucide.

– Avec elle aussi je me dispute.

– C’est quoi l’intérêt d’une relation à trois alors ? Si c’est pour que tu sois mal avec nous deux autant que tu fasses un choix. Le renoncement sera moins douloureux.

– J’en reviens toujours au même avec mon non-choix.

– Oui.

– Que proposes-tu ?

– Tu l’as dans la peau. Je peux te dire ce que je veux, tu écoutes cinq minutes et ensuite tu lui répètes tout et elle t’hypnotise. Tu lui obéis au doigt et à l’œil comme un petit toutou. Je ne reconnais plus la Pascale que j’aime.

– Là tu fais mal… Je… Je … (Pascale éclate en sanglots)

– Vas-y pleure ça te fera du bien… »

Lisa prit Pascale contre son épaule et resta ainsi sans lui parler. Elles avaient autant besoin l’une que l’autre que leurs tensions s’apaisent. Le dialogue devenait douloureux car les non-dits commençaient alors à s’exprimer. Les personnalités se révélaient tout comme leurs fragilités. Jusque-là leurs faiblesses avaient été leur force. Lisa voulait qu’il en soit encore ainsi. Célia était une rivale redoutable. Mais elle aussi avait ses failles. Lesquelles ? Lisa se devait de les percer à jour.

Une parenthèse enchantée : chapitre 23

Les pleurs de Pascale finirent par se calmer. Elle embrassa ensuite Lisa sur la joue et se leva.

« Tu vas où ?

– Me passer le visage à l’eau.

– Tu reviens car je voudrais continuer à discuter avec toi.

– Si c’est pour se disputer c’est non.

– Je te promets que non.

– D’accord alors je reviens ».

Lisa entendit l’eau couler dans la salle de bain. Elle en profita également pour aller en cuisine chercher une tablette de chocolat. En effet Lisa la tendre venait de se transformer en Lisa la guerrière. C’est à cause d’une irrésistible envie de chocolat que Célia avait débarqué dans sa vie. Eh bien c’est avec ce même chocolat que Lisa avait décidé de repartir à la conquête de Pascale. Si Célia avait su l’enrober avec de douces paroles, Lisa allait lui révéler que sous le sucre il y avait avant tout beaucoup d’amertume.

Au retour Pascale avait le visage moins défait. Elle remarqua immédiatement le chocolat posé à côté de sa tasse vide.

« Oh mon préféré. Je croyais que nous avions tout mangé qu’il n’en restait plus.

– Je suis allée en acheter en sortant du travail.

– Pourtant tu détestes aller dans ce quartier à cause du stationnement impossible.

– J’ai eu beaucoup de chance en fait. Sinon si tu voyais tout ce que j’ai pris tu serais surprise.

– C’est-à-dire ?

– J’ai pris toute leur gamme !

– Quoi les 28 !

– Oui.

– Mon Dieu.

– Comme tu dis. Mais quand on aime on ne compte pas.

– Je vois.

– En fait je ne veux plus me bagarrer avec toi Pascale car je t’aime trop pour ça. Pourtant je voudrais tellement que tu te sentes mieux. Que cette relation t’épanouisse. C’est pourquoi tu dois la vivre jusqu’au bout.

– Comment ça ?

– Organise des week-ends, des vacances. Apprends aussi à la connaitre ! De toute manière notre couple est assez fort pour supporter ces parenthèses.

– Tu crois ?

– Bien sûr ! D’ailleurs ton corps parle Pascale. Tu dois l’entendre. Tu as tes zones d’ombre tout comme Célia. De plus vous devez découvrir ensemble ce qui se joue. Ensuite nous aviserons sur la suite à donner ou pas à tout cela. Tant que rien n’est définitif ou tranché, je ne me sens pas menacée par elle.

– Tu es sérieuse ?

– D’ailleurs je te ferai remarquer que je cherche des solutions pour que tu vives au mieux cette relation et c’est plutôt à mon détriment qu’au sien ou au tien. En fait je ne peux pas te dire mieux combien je t’aime.

– En effet je reconnais que Célia est moins à la recherche de compromis que toi.

– Elle est surtout pleine d’ambivalences ta Célia. Elle te met une pression folle pour que tu me quittes et se montre moins empressée de t’avoir au quotidien dès que tu envisages l’hypothèse. C’est « je veux, je veux » mais pas trop suivi d’actions concrètes en ce qui la concerne. Et après elle s’étonne que ça coince de partout chez toi.

– Tu marques un point Lisa. C’est fort bien vu. En fait tu as raison ma sciatique c’est elle pas toi. Mais qu’est-ce que tu veux elle m’attire.

– Elle a de l’emprise sur toi surtout. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais je ne supporte pas de voir la femme que j’aime souffrir. C’est bien pour cela que je ne lui laisse pas un boulevard. Pourtant elle me déteste car elle sait que j’ai vu clair dans son jeu. C’est un coucou cette fille.

– Comment ça ?

– Elle adore s’installer dans le nid des autres. C’est ça qui la fait jouir. Pas de t’aimer mais de te piquer à moi.

– C’est le chocolat qui te met les neurones en ébullition ?

– Non c’est l’amour car je t’aime Pascale. Et ce ne sont pas des mots creux, vides de sens, comme elle doit t’en servir pour te faire tomber dans ses filets de spider woman.

– En attendant je l’aime. Passionnément. Comme je n’ai jamais aimé. Certes elle a ses ambivalences mais j’ai aussi les miennes.

– Tu te rends compte comme c’est douloureux à entendre.

– C’est la vérité Lisa. Je l’aime passionnément et toi intensément, profondément, durablement. Et sans doute trop raisonnablement. Tu me rassures. Elle m’excite. Tu m’apaises. Elle me met dans tous mes états. J’explore avec elle les facettes d’une sexualité que je ne soupçonnais même pas.

– Mais pourquoi tu ne vas pas explorer ça avec une autre ?

– Parce que je ne suis pas amoureuse d’une autre.

– Va jusqu’au bout de cette histoire avec elle alors ! De l’amour ou la raison personne ne peut prévoir de quel côté va pencher la balance.

– Elle peut aussi rester à l’équilibre.

– Avec ta sciatique c’est mal parti Pascale.

– Chaque jour un petit pas.

– Chaque jour un petit pas ! »

Lisa alluma la télévision. Elle avait clos la discussion pour ce soir. Cependant elle ne laisserait pas Célia lui prendre Pascale comme ça mais ce n’était pas gagné d’avance. Pascale comme elle avançait en terre inconnue. A force de vivre dans un climat émotionnel tempéré, on oublie alors que sous le volcan coule la lave. D’ailleurs Célia en parlant de tsunami ne s’était pas trompée. En effet Lisa n’avait encore aucune idée des dégâts que la vague Pascale avait commis sur Célia. Encore moins des étreintes torrides virtuelles et réelles qui avaient réveillé en Pascale un appétit sans limite pour le sexe à l’état brut. De plus Pascale avait trouvé une partenaire à sa mesure pour faire l’amour encore et encore, pour jouir sans entrave et loin du conformisme ambiant qui l’avait vidé petit à petit de toute son énergie libidinale.

Célia était connectée.

« Bonsoir mon amour. Alors rentrée de ton escapade au bord de la mer ?

– En fait c’était juste un aller et retour. De toute façon je n’avais aucune envie de m’éterniser dans ce lieu qui m’en rappelait une autre. Et ta sciatique ?

– Comme ci comme ça. Tout dépend de la position dans laquelle je suis. Mais c’est sûr va falloir que je me pose car quelque chose ne va pas et je dois l’entendre… Mais quoi ?

– Sûrement juste le tempo mon amour … Il faut que tu prennes le temps du combat… Ça se prépare n’est-ce pas et tu es fine stratège… Mais nous en reparlerons si tu veux … C’est bien que tu commences à l’entendre un peu …. Tu préfères que je te laisse ?

– Non pas du tout. Tu me manques tu sais.

– Toi aussi tu me manques.

– J’aimerais te revoir. J’ai tellement envie de faire l’amour avec toi.

– Et moi donc. Ainsi tu as des envies ? Tu peux m’en dire plus ?

– Lisa n’est pas très loin, ce n’est pas une bonne idée.

– J’aimerais te revoir Pascale.

– J’en ai envie autant que toi.

– Tu veux que je nous organise quelque chose ?

– Oui.

– Tu as une destination en tête ?

– Je voudrais découvrir ta région. Ou aux alentours. Te connaître un peu mieux.

– Tu ne me vois pas c’est dommage. Mais sache qu’un immense sourire barre mon visage. Laisse-moi m’en occuper ! Et dès que j’ai fini je te soumets mes suggestions. C’est toi qui choisiras.

– Tu m’en vois ravie mon amour.

– Tu peux me dire combien de jours tu peux te rendre disponible. Un week-end ça me parait un peu court.

– Cinq jours ça te convient ?

– J’aurais aimé plus mais je vais me contenter de ce que tu me donnes.

– Ne sois pas trop impatiente. Un jour viendra où nous partirons plus longtemps.

– Je suis tellement pressée que ce jour arrive.

– Quand souhaites-tu que nous partions ? En effet question travail je peux me rendre libre dans trois semaines.

– C’est loin.

– Que veux-tu je suis salariée ? Je dépends aussi des autres pour m’absenter ! Il va falloir d’ailleurs que tu t’y fasses.

– Je suis bien contrariée.

– Frustrée tu devrais dire.

– Frustrée. 🙁 C’est le mot.

– J’ai remarqué que tu étais assez intolérante à la frustration. C’est pourtant du manque que nait le désir.

– J’ai envie de toi tout le temps. Je suis amoureuse comme je ne l’ai jamais été de ma vie et je compte vraiment construire quelque chose avec toi mon amour… Il n’y a pas que le sexe qui m’intéresse dans la vie… L’amour aussi… T’endormir dans mes bras est pour moi le plus doux des fantasmes.

– Quel bonheur ;-))))))))))))

– Je t’aime si tu savais à quel point ;-))))))))))))))))))))))))))))))) Très envie de ma langue sur ton sexe et de tellement d’autres choses et pas que sexuelles… Je te serre fort dans mes bras mon amour pour un gros câlin. Contre mes seins je passe ma main dans tes cheveux.

– Je t’attends …  Tout offerte mon amour ;-))))

– J’ai hâte si tu savais.

 – Je ne veux pas te perdre c’est tout ce que je sais… L’envie qui tue, jouir avec ta langue et sur ta bouche… Je t’aime

– Et c’est tout à fait cette envie-là qui me tue … Moi sur toi, ton sexe … Ma langue ;-)))))))))))

– J’en rêve.

– Je m’occupe de nous trouver une destination et d’organiser un séjour et je te soumets des propositions.

– D’accord mon amour ! Je t’aime

– Je t’aime. »

Les jours et les semaines filèrent à toute vitesse. Pascale avait convenu de rejoindre en train Célia à la gare de sa résidence d’où elles partiraient en voiture pour un périple itinérant dans sa région. Pascale avait laissé carte blanche à Célia, elle voulait être surprise. Lisa assistait silencieuse à la préparation de cette escapade amoureuse. Pascale était radieuse et sa bonne humeur déteignait sur leur couple. Jusqu’à la dernière minute Lisa espéra que Pascale annulerait mais quand la veille du jour J arriva, Pascale annonça à Lisa qu’elle ne communiquerait que par sms, elle ne souhaitait pas parasiter sa relation avec Célia.

En effet elle voulait vivre pleinement ces cinq jours et y voir plus clair en elle. Elle voulait aussi convaincre Célia du bienfondé de cette relation à trois. Lisa accepta. Elle savait que l’avenir de son couple se jouait. Célia avait une faculté phénoménale pour retourner Pascale comme une crêpe et lui mettre la tête et le cœur sans dessus-dessous. Lisa devait empêcher qu’elle se retourne contre elle en la désignant comme la femme jalouse et intrusive qui les empêche de vivre leur amour. Cinq jours sans quasi nouvelle était supportable, elle avait vécu pire depuis l’intrusion de Célia dans leur couple. Le départ de son train était prévu le lendemain à 8 heures 10. Lisa souhaita à Pascale un bon séjour et la laissa partir non sans un pincement au cœur vers sa rivale.

Le voyage dura cinq heures durant lesquels elle dormit. Elle voulait être en forme pour leurs retrouvailles. Une chance il n’y eu aucun retard. Juste avant d’arriver Pascale avala un sandwich acheté le matin même à la gare. Comme prévu Célia l’attendait sur le quai de la gare face à son wagon dont elle lui avait communiqué le numéro lors de sa réservation de billet. Avant de descendre Pascale avertit Lisa par sms qu’elle était bien arrivée. Lisa lui souhaita de bien en profiter. Pascale sentit à travers ces quelques mots affectueux toute sa détresse amoureuse.

Le dépaysement était total pour Pascale. Elle se sentit immédiatement en vacances. Célia prit son sac après l’avoir embrassée sur les deux joues et lui demander si elle avait fait bon voyage. Pascale la sentait pressée de partir et de ne pas être vue en public avec elle. Célia annonça qu’il y avait une heure et demie de route au moins avant d’arriver au gite.

Durant tout le trajet les deux femmes échangèrent des banalités. Leur désir était palpable même si elles n’en disaient rien. Elles craignaient l’une comme l’autre de ne pouvoir se contenir. Aussi elles se concentrèrent sur la route et la recherche du gite. Célia annonça à Pascale qu’elle lui révèlerait au fur et à mesure de leur périple leur destination. Pour leurs retrouvailles elles feraient étape dans un endroit tranquille et assez reculé. Elles seraient libres de diner où elles voulaient la formule ne comprenait que le petit-déjeuner. Pour le paiement elles verraient sur place comment s’arranger. Cette première nuit elle lui offrait. Pascale était tout excitée de ce programme.

Une parenthèse enchantée : chapitre 24

Les vignes s’étendaient à perte de vue et la voiture n’en finissait plus de suivre les lacets de cette départementale. Le GPS indiquait l’arrivée à 800 mètres. Par ailleurs Pascale se demandait où se trouvait le gite choisit par Célia au milieu de ce nulle part. C’est alors que sur leur droite, à l’entrée d’un chemin forestier, elles virent un panneau surmonté d’un voilier peint bleu azur, indiquant le « domaine des flots bleus ». Pourtant ni mer ni cours d’eau à l’horizon. Cependant le nom avait dû parler à Célia au moment de la réservation pensa Pascale.

Parsemée de graviers la voie bordée de platanes n’en finissait plus. Enfin à la sortie d’un virage elles aperçurent les grilles dorées en fer forgé ouvertes. Elles se stationnèrent en face de la grande maison en pierre blanches de la région puis se dirigèrent vers la porte principale où Célia activa la sonnette. Une brunette joviale, la quarantaine passée leur ouvrit la porte. L’accueil fut simple et chaleureux. Elle se présenta. Elle s’appelait Florence et était l’épouse du propriétaire, de 20 ans son aîné, qui avait hérité de cette maison familiale. Après une carrière dans la marine marchande il avait décidé de donner une seconde vie à cette demeure et de la transformer en gite. Ainsi les flots bleus étaient un clin d’œil à sa femme et son ancien métier.

Ensuite elle leur proposa une visite de la demeure. D’abord la salle à manger où serait servi le petit déjeuner. Puis les annexes où elles avaient leur chambre ainsi que le parc où la piscine découverte était à leur disposition jusqu’à 20 heures. Un couple étendu sur un bain de soleil regardait s’agiter leurs trois enfants dans l’eau. Célia et Pascale se regardèrent. En effet pour l’heure elles avaient mieux à faire. Florence leur remit les clés de leur chambre et leur demanda si celle-ci leur plaisait. Spacieuse, aux murs en chaux, elle était décorée avec goût. Un large lit faisait face à la porte de la salle de bain, un canapé dans le coin opposé permettait de contempler la piscine à travers la porte d’entrée. Célia remercia Florence et aussitôt seule avec Pascale elle s’empressa de fermer les volets après avoir posé leurs sacs près du lit.

Pascale s’approcha de Célia et la prit dans ses bras pour l’embrasser langoureusement, tendrement, amoureusement. Leurs langues se cherchaient, se caressaient. Leurs mains commençaient un ballet incessant sur leurs corps. L’excitation montait. Enfin le désir s’emparait de leurs sexes. Elles avaient envie l’une de l’autre depuis leur rencontre à la gare. Aussi elles entreprirent un lent déshabillage tout en continuant à s’embrasser et se caresser. Cependant avec l’été, l’effeuillage ne dura guère. Ainsi elles étaient nues au milieu de la pièce et s’enlaçaient affectueusement tout en se respirant, se reconnaissant. En effet elles avaient envie de faire l’amour. Une douce volupté les enveloppa. La chaleur de leurs corps opérait.

Célia posa sa main sur le sexe mouillé de Pascale. Elle l’entraina alors vers le lit. Pascale s’allongea sur le dos, les cuisses écartées. Célia se tenait debout à l’extrémité du lit et contemplait ce sexe offert. « Viens » l’implora Pascale tout en tendant une main vers elle. Alors Célia s’approcha à genou et vint se coucher sur son amante. Elle cala son sexe contre le sien et commença un lent va et vient. Le plaisir montait au milieu de leurs gémissements. Pourtant ni l’une ni l’autre n’avait envie de jouir trop vite. Célia embrassa Pascale et glissa sa main entre leurs deux sexes pour calmer le brasier qui les embrasait. Un plaisir diffus les envahit, l’excitation restait comme en suspend.

Célia glissa le long du corps de Pascale et chassa les draps du lit. Elle mit sa tête entre le sexe de Pascale et d’une langue agile se mit à l’explorer. C’est alors que Pascale sentit une vague de chaleur la submerger. Néanmoins sentant qu’elle allait jouir, Célia s’arrêta pour la pénétrer avec son doigt. La pièce résonnait des longs gémissements de Pascale. Ce lent va et vient sembla durer une éternité pour Pascale qui avait basculé dans une autre dimension. Son corps entier jouissait de ces caresses, l’excitation était telle que l’orgasme lui arracha un cri. Célia très excitée elle aussi vint recouvrir le corps de son amante du sien et le simple contact de son sexe sur sa cuisse la fit jouir également.

L’étreinte qui s’en suivit fut secouée de leurs spasmes, de cet orgasme qui n’en finissait plus de propager son onde. « J’ai encore envie de toi » murmura Pascale à l’oreille de Célia. Cette dernière s’installa sur le dos et invita sa compagne à venir sur sa bouche. Agrippée aux barreaux du lit, à cheval sur le visage de Célia, Pascale se laissa aller au mouvement que lui imposait Célia en la tenant fermement par les hanches. Les papilles humides sur ce sexe gonflé le rendaient ainsi de plus en plus sensible.

Pascale s’enivrait au rythme de cette transe aussi sensuelle que tendre. Quand elle sentit qu’elle allait jouir elle se cambra et se figea sous la fulgurance du désir qu’elle ressentait pour Célia. Elle resta quelques secondes comme déconnectée, hors du temps et de son corps, elle était la volupté incarnée à l’état pur. Célia s’en aperçut et l’aida à redescendre et la coucha contre elle tout en la couvrant du drap.

« Et bien ma belle ! Tu en es où ?

– Je n’avais jamais connu un tel orgasme. J’ai cru que j’allais m’évanouir tant c’était intense.

– Tu m’as mise dans un de ces états. Il va falloir que j’aille me doucher car je suis trempée.

– Tu veux que je te caresse ? J’ai tellement envie de te donner autant de plaisir.

– Embrasse-moi ! »

Et elles s’embrassèrent. Pascale ne put se retenir de passer son index entre les petites lèvres de Célia. Au souffle accéléré de son amante elle sentit qu’elle pouvait aller plus loin. D’un doigt elle la pénétra, de l’autre elle continua à caresser l’intérieur de ses petites lèvres jusqu’au clitoris sans le toucher pour éviter de lui faire mal. A la contraction du périnée elle sut quel rythme imprimer à son savant ballet. Au moment où elle jouit Célia attira Pascale à elle.

Les larmes coulaient le long de ses joues. « C’est sûrement la plus belle chose qui me soit arrivée au moment où j’en avais le plus besoin mais aussi une des plus belles choses qui me soit arrivée dans la vie. Ça valait le coup de t’attendre si longtemps» réussit-elle à articuler avant de sombrer dans un très long sanglot. Pascale la serra tendrement dans ses bras. Leurs retrouvailles étaient chargées d’émotion et leurs orgasmes leur avaient permis d’en libérer les tensions. Pascale tendit alors la main vers son sac pour y chercher un paquet de mouchoirs jetables

Elles restèrent ainsi un moment dans les bras l’une de l’autre. Elles entendaient les enfants hurler de loin dans la piscine. Ensuite Célia fut la première à sortir du lit. Elle avait les yeux gonflés. Elle se dirigea dans la salle de bain. Pascale entendit l’eau de la douche couler. Quand vingt minutes plus tard Célia sortit elle avait retrouvé figure humaine. Elle proposa également à son amante d’aller en ville car elle avait faim. Pendant que Pascale se lava, Célia se connecta à internet pour trouver des adresses gourmandes. En définitive elle repéra trois adresses qu’elle soumettrait à l’approbation de Pascale quand elles seraient en route.

La chaleur se montra écrasante quand elles franchirent le pas de la porte. D’ailleurs les parents avaient déplacé les transats sous le préau ombragé alors que les enfants avaient improvisé une partie de volley dans l’eau. Le thermomètre indiquait 42° C dans l’habitacle de la voiture. Néanmoins Célia avant de démarrer commença par aérer. En effet était-ce judicieux de sortir par ce cagnard ? Aussi elle proposa à Pascale de retourner faire l’amour dans leur chambre. Mais Pascale affamée et assoiffée refusa. De plus la ville la plus proche n’était qu’à 10 kilomètres. Avec la vitesse les courants d’air rafraichirent l’atmosphère oppressante. Pascale mit amoureusement sa main sur la cuisse de Célia pendant que celle-ci conduisait prudemment sur ces petites routes de campagne.

En moins d’une demi-heure elle avait rejoint le centre ville. Elles trouvèrent facilement à se stationner près du marché couvert fermé à cette heure. Le quartier était piétonnier et les rues à l’ombre. D’autre part les adresses repérées par Célia se trouvaient dans un même périmètre. En fait la première était fermée car le site mal réactualisé ignorait le changement de propriétaire. Ensuite la seconde ne proposait que des formules à emporter sans possibilité de s’asseoir. Enfin quant à la troisième, elle n’était fréquentée que par des jeunes et des bobos, cela devait être le rendez-vous branché de la cité. The place to be. A l’opposé exact de ce qu’elles recherchaient, à savoir un endroit calme où elles ne souhaitaient pas être vues.

Aussi déçues elles décidèrent de se fier à leur instinct et de trouver par elles-mêmes. Alors qu’elles arrivaient à la fin de la zone piétonnière, elles aperçurent en terrasse des couples et des familles attablés devant d’énormes coupes de glaces. Elles se regardèrent et d’un commun accord entrèrent dans la boutique. Trois banquettes désertées par les touristes qui préféraient goûter dehors les attendaient. Cependant elles demandèrent l’autorisation de s’installer et commencèrent à lire la carte. Il y avait une cinquantaine de coupes composées proposées. Par ailleurs les photos qui les accompagnaient révélaient toute la création de l’artisan glacier.

Quand la serveuse passa pour la commande elles avaient fait leur choix. Comme elles avaient vue sur les bacs elles regardèrent ainsi la préparation de leurs coupes. En fait elles n’avaient pas imaginé qu’elles seraient si énormes. Pascale sortit alors son téléphone portable et proposa à Célia de la prendre en photo. En effet elle voulait avoir un souvenir de ce moment gourmand. Dans leurs yeux brillait encore la flamme de leur extase commune. La serveuse qui avait observé leur manège leur proposa de les prendre ensemble. Pascale, émue, s’installa à côté de Célia sur la banquette car c’était le premier cliché d’elles deux. Sous la table elles se serraient tendrement la main tout en souriant à l’objectif. Chacune repensait à leurs ébats ce qui eut pour effet de les faire rougir. C’est pourquoi la jeune femme proposa de recommencer mettant cet érythème sur le compte de la chaleur.

Leurs glaces étaient délicieuses. Comme elles n’avaient pas pris les mêmes, elles se firent goûter les différents parfums. Chacune donnait la becquée à l’autre qui sensuellement léchait la petite cuillère comme s’il s’était agi du sexe de son amante tout en se regardant coquinement dans les yeux. « Tu m’excites » susurra Célia. « Attends qu’on rentre et tu verras l’effet que tu me fais » rétorqua Pascale. Elles ne purent finir tant c’était copieux. L’adresse était trop bonne comment se faisait-il qu’elle n’était indiquée nulle part sur le net ? Tout simplement parce qu’elle venait d’ouvrir leur apprit la serveuse quand elle vint pour le règlement.

Pascale et Célia ne s’éternisèrent pas en ville. Elles étaient trempées l’une et l’autre de désir et avaient hâte de refaire l’amour. D’ailleurs le retour leur parut plus long que l’aller. Elles retrouvèrent leur place de parking à l’identique devant le gite. D’autre part la famille avait été remplacée par un jeune couple amoureux qui s’étreignait langoureusement au milieu du bassin. Célia referma les volets sur leur passage pendant que Pascale se déshabillait rapidement. Célia en fit de même et les vêtements volèrent à travers la pièce pour atterrir pêle-mêle sur le canapé. Pascale attendait assise au milieu du lit que Célia vienne la rejoindre dans la même position en face à face, leurs jambes se superposant pour que leur pubis se touchent.

Pendant que Pascale embrassait Célia tout en lui tenant le visage entre ses deux mains, Célia se mit à caresser le clitoris de Pascale. Son sexe déjà trempé ne mit pas longtemps à gonfler et Célia se tordit légèrement sur le côté pour la pénétrer tout en maintenant son pouce sur son clitoris. Pascale fondit rapidement de plaisir et jouit sans retenue. De l’autre main Célia caressa sa poitrine aux tétons tout dressés. Pascale encore dans son orgasme attira Célia vers elle et se coucha sur le dos. Son amante excitée, en tribade accomplie vint la pénétrer avec son clitoris hypertrophié. Une délicieuse volupté enveloppa Pascale qui agrippa Célia par le cou en l’enlaçant de ses bras.

Ainsi les assauts ralentis mais fermes de Célia la plongèrent dans l’extase. Ce lent va et vient entretenaient le précédent orgasme qui ne demandait qu’à repartir. Pascale se redressa légèrement contre les oreillers afin que Célia la pénètre mieux et son visage au contact des seins chauds et lourds de Célia lui permit de les lécher alors qu’elle positionna ses mains sur les fesses de son amante qu’elle caressait avec ardeur. Elles n’entendaient plus que leurs râles et le bruit du frottement de leurs deux corps. Puis le souffle de Pascale s’accéléra.

Célia adapta son mouvement à cette cadence et d’un coup de rein plus sec et plus brutal fit jouir Pascale qui le lui réclamait dans un soupir rauque. « Je n’en peux plus, fais moi jouir mon ange. » L’orgasme de Pascale provoqua celui de Célia « Tu me fais jouir mon amour » les entrainant dans un spasme à deux électrisé. Elles ondulaient ensemble pour prolonger le plaisir, le faire redescendre pour mieux repartir. « J’ai encore envie de toi Célia. »

Elles firent l’amour encore pendant des heures jusqu’à ce que leurs sexes trop irrités par tant de jouissance leur commandent l’arrêt. La soirée venait juste de commencer. Les insectes qui s’étaient tu toute la journée envahissaient l’air de leurs chants amoureux. Enfin la chaleur était redescendue et la lumière était moins crue. Cependant la glace qui leur avait paru copieuse était déjà loin et elles étaient de nouveau affamées de s’être tant données l’une à l’autre. Aussi Célia proposa de retourner en ville diner. Elles se douchèrent rapidement et apprécièrent en sortant de ne pas suffoquer.

Célia toute à ses pensées coquines se trompa de direction en sortant du gite. Néanmoins Pascale s’en rendit compte et elles décidèrent de faire demi-tour un peu plus loin car la route était étroite et bordée de fossés. C’est alors que devant elles, un village toute en hauteur surplombait les vignes. Comme Célia ne croyait pas au hasard elle y vit pourtant un signe du destin. Aussi elle décida de s’y rendre alors qu’elle avait prévu de le faire le lendemain matin.

Un parking en bas de la côte les invita à se stationner et à rejoindre à pied le cœur de la bastide située dans les hauteurs. La pente était raide et la visite se méritait par l’effort qu’elle nécessitait pour y parvenir. Parfaitement conservée et restaurée, l’architecture médiévale rendait les bâtiments imposants. Les commerçants avaient décoré les rues de drapeaux, armures et autres blasons afin de créer une atmosphère propice à l’impulsion d’achats. Trois échoppes sur quatre proposaient des souvenirs en rapport avec le thème. Dans une petite rue, Célia remarqua en hauteur une enseigne de restaurant.

Les prix à la carte étaient corrects et les plats au menu ne sentaient pas l’attrape touristes. Elles entrèrent. A la réception un homme leur demanda si elles avaient réservé. Il fit semblant de regarder un grand livre et leur demanda de bien les suivre. Elles traversèrent une salle aux tables dressées entièrement déserte et les accompagna dans une cour ouverte où deux couples dinaient. C’était loin d’être la cohue. Il les installa à côté d’un arbre grimpant et sarmenteux reposant sur un muret qui donnait à l’endroit tout son charme. Après leur avoir donné la carte, il alluma les bougies sur la table. C’est dans cette ambiance romantique qu’elles se déclarèrent tout leur amour.

« Je t’aime Pascale. Jamais avant toi je n’avais rencontré une amante comme toi. Insatiable, gourmande, sensuelle, bouleversante quand elle se donne sans retenue. Je te désire à un point que tu ne peux imaginer.

– Je t’aime aussi Célia. Avant toi je n’avais jamais connu de femme aussi experte. Tu sais toujours où j’en suis, je suis en symbiose totale avec toi. Je me découvre multi-orgasmique sous tes caresses et tes baisers. Tu me fais jouir rien qu’en me touchant les seins.

– Je voudrais plus avec toi.

– Plus quoi ?

– Plus.

– Précise.

– Me marier avec toi.

– Ah !

– Cache ta joie Pascale. C’est tout l’effet que ça te fait ?

– Nous sommes vraiment obligées d’aborder le sujet maintenant ? Pourquoi ne pas profiter de cet instant tout simplement ?

– J’en profite pour te demander en mariage.

– Ne gâche pas tout Célia !

– Dis-le si entre toi et moi c’est juste pour le sexe !

– Je n’ai pas dis ça non plus. Il existe une voie entre juste pour le sexe et le mariage.

– Et comment tu l’envisages cette voie ?

– Par notre parenthèse enchantée.

– C’est bien ce que je disais, c’est juste du sexe. Avec un peu de sentiments pour éviter que l’histoire ne soit trop glauque. On ne baise pas, on fait l’amour. Ça fait toute la différence pour toi c’est ça ?

– Pourquoi se disputer ?

– Réponds Pascale au lieu de te réfugier derrière ton petit doigt !

– Alors je vais te répondre et promets moi ensuite qu’on passe à autre chose !

– Promis !

– Je t’aime Célia. Pour toi ce fut un véritable coup de foudre. C’est la première fois de ma vie que cela m’arrive. J’ai été capable de faire table rase de tous mes principes, d’oublier mes valeurs pour toi. J’étais prête à tout plaquer pour toi. J’ai fait souffrir Lisa pour vivre cette passion. Et toi tu me parles de l’enfermer dans un cadre conventionnel et bourgeois alors que nous sommes loin d’avoir exploré toi et moi toutes les facettes de cette merveilleuse histoire d’amour. Tu parles de l’affadir quand je commence tout juste à me sentir pleinement femme. Alors oui je veux plus avec toi. Plus de folie, plus de subversion, plus de jouissance. Et je te promets que je m’engagerais avec toi si je sens que notre amour ne viendra pas se fracasser contre le rocher de l’usure au quotidien.

– Tu ne m’avais jamais dit que c’était un coup de foudre. Tu ne peux pas savoir le bien que ça me fait de l’entendre.

– Ça a crevé les yeux de Lisa et tu n’as rien vu ?

– Je suis désolée Pascale d’être aussi maladroite avec toi.

– Tu ne veux pas appeler le garçon pour passer la commande ? J’ai trop envie retourner faire l’amour avec toi.

– Bien sûr ma belle ! Je t’aime tellement si tu savais.

– Je t’aime aussi. »

Les brochettes de gambas servies avec le rosé local les régalèrent. La nuit était tombée quand elles sortir du restaurant. Main dans la main elles déambulèrent dans les rues du village afin de regagner leur voiture. Avant de remonter dans la voiture elles s’embrassèrent longuement à l’abri des regards.

Cette fois ce fut Pascale qui referma les volets sur leur passage. Elles se jetèrent l’une sur l’autre pour retirer leurs vêtements. Célia toute chamboulée de la révélation de Pascale eut envie de l’aimer comme jamais. Elle invita Pascale à s’allonger sur le ventre pendant qu’elle fouillait dans son sac à la recherche d’une bougie de massage. Elle éteignit les lumières et alluma la chandelle. Pendant que la cire fondait elle brancha des mini-enceintes à son baladeur et choisit dans sa playlist de la musique lounge. « Tu es prête ? Dis-moi si c’est trop chaud ! »

Célia fit couler un filet de mélanges d’huiles essentielles et de cire fondues le long de la colonne vertébrale de Pascale qu’elle étala sur tout son dos. Elle reposa sa bougie et commença un long massage à la fois enveloppant et ferme. Célia n’avait oublié aucun de ses gestes professionnels. Pascale ressentit rapidement une détente totale de son corps. Célia passait sur certains points sur lesquels elle insistait pour relâcher les tensions. Pascale luttait pour ne pas s’endormir. Une douce excitation envahissait son sexe. Elle dû sombrer dans le sommeil sans s’en apercevoir car quand elle en émergea Célia lui massait le bas de jambes et elle sentit qu’elle avait aussi les bras huilés. Elle n’avait souvenir de rien.

« Tu as dormi une heure alors que le massage est presque terminé.

– Je n’ai rien vu.

– Tu te sens comment ?

– Détendue comme jamais. Et j’ai une terrible envie de toi.

– Ce n’est pas fini tu sais. Je compte bien terminer mon massage par une détente totale et absolue.

– Ah oui ?

– Laisse-toi faire ! »

Célia s’essuya longuement les mains avec une serviette. Elle vint s’allonger sur le dos de Pascale et commença contre son corps un long va et vient facilité par l’huile de massage. Son clitoris qu’elle frottait contre ses fesses gonfla rapidement. Puis elle retourna son amante pour la pénétrer avec délice. Pascale y avait pris goût elle le savait. Pascale totalement abandonnée sous les assauts amoureux de Célia fut parcourue d’un orgasme interminable et diffus. Elle en frémit de la tête au pied, son corps entier n’était que jouissance. Célia lui maintenait les poignets pour qu’elle puisse bouger sans perdre le contact du sexe avec le sien. Un long cri déchira l’air.

Célia cessa tout mouvement et observa à la lueur de la bougie le visage tordu de plaisir de Pascale. Elle la trouvait tellement belle quand elle jouissait. Aussi elle descendit du lit pour prendre le drap qui avait valsé au milieu de la pièce et recouvrit Pascale. « Tu n’as pas joui mon amour » murmura Pascale avant de sombrer dans le sommeil. Ensuite elle n’entendit jamais la réponse de Célia « Non mais ça n’a pas d’importance. C’était tellement plus puissant le plaisir que j’ai eu à te faire jouir. »

Une parenthèse enchantée : chapitre 25

Les volets à persiennes avaient laissé filtrer des rais de lumière. Célia s’était réveillé la première et regardait Pascale dormir. Sa montre indiquait 9h30. Le petit-déjeuner n’étant servi que jusqu’à 10 heures, elle se leva pour se doucher. Pascale émergea alors tranquillement, étonnée de ne plus sentir aucune douleur de sciatique. Entendant encore des bruits d’eau, elle ouvrit la porte de la salle de bain que Célia n’avait pas fermé à clé et se glissa avec elle sous la douche. Elle l’embrassa et commença alors à la caresser. Cependant Célia lui rappela l’heure. En effet elles auraient tout le temps après car elles ne devaient libérer la chambre que pour midi.

En fait Florence les attendait car elles étaient les dernières. Elles commandèrent pour l’une du thé, pour l’autre du café. Sur la table située sur la terrasse était disposée une panière avec des viennoiseries et des tranches de pain de campagne. Beurre et confitures les accompagnaient. Elles avaient vue sur le parc et la piscine où trempaient déjà les enfants. Quand Florence revint avec les boissons chaudes, elle leur demanda si elles avaient bien dormi. En effet le couple avec enfants s’était plaint d’avoir entendu du bruit dans la nuit. Dans sa manière gênée de le formuler elles comprirent l’allusion aux cris de plaisir durant le coït.

Pourtant Pascale et Célia firent les étonnées, non vraiment elles n’avaient rien entendu. Néanmoins Florence s’empressa d’ajouter qu’elle hébergeait un couple en voyage de noces, celui aperçu la veille dans la piscine. De toute façon Florence ne soupçonnait pas que deux femmes puissent faire l’amour et leur réponse rassurante ne la retint pas à leur table. En effet avec internet les mauvaises réputations se font vite et Florence ne tenait pas à retrouver une critique assassine sur les sites dédiés. C’est pourquoi Célia et Pascale décidèrent de partir après le petit déjeuner, c’était plus prudent.

Célia donna ensuite la feuille de route à Pascale. Comme elles avaient visité hier soir la bastide, elles prendraient la route plus tôt que prévu. En premier lieu elles dormiraient encore dans un gite,  mais cette fois-ci perdu dans les montagnes à 3 km d’un village médiéval là encore connu pour être un haut lieu de pèlerinage. En effet la région étant située sur le chemin de Compostelle, cela aurait été dommage de l’ignorer.

Le soleil chauffait déjà de bon matin. D’autre part Pascale était tout heureuse de ne plus ressentir aucune douleur. Elle se confia alors à Célia à ce sujet dans la voiture.

« Tu sais que ton massage hier m’a fait le plus grand bien. Ma sciatique a totalement disparu. Merci mon amour.

– J’en suis ravie. Enfin la prochaine fois que ça te reprend dis-le moi, je viendrai te voir pour te masser.

– Tu sais j’ai un bon ostéopathe.

– Peut-être. Mais en attendant avec lui tu n’as jamais été aussi bien.

– Tu as raison. Mais je peux peut-être aller voir une masseuse si c’est ça qui me fait du bien.

– Rigolote !

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce que je suis la seule à posséder la technique.

– Tiens ça ?

– Oui madame !

– Et c’est quoi ta technique du siècle qui te vaudra le prix Nobel ?

– La stimulation clitoridienne ma chérie. Avec tous les orgasmes que je t’ai procurés tu as dû libérer toutes tes tensions, expliqua Célia dans un fou-rire.

– Rigolote toi-même ! tança Pascale vexée de sa naïveté.

– On recommence quand tu veux ma belle !

– Pourquoi j’ai tout le temps envie de toi ?

– Rassure-toi, moi aussi ! Je suis déjà trempée. C’est une catastrophe. Avec toi je devrais acheter un lot de petites culottes et me changer toutes les heures. Celle-ci est bonne à essorer.

– Ah oui ? fit Pascale en glissant sa main entre les cuisses de Célia.

– Alors ?

– Ah oui, même le pantalon est mouillé ! fit Pascale qui n’en revenait pas.

– On fait quoi ?

– On change de sujet et on passe à autre chose. Sinon trouve-moi des toilettes que je te saute dessus !

– Allume la radio Célia.

– Bonne idée. »

Ainsi elles avaient quitté la plaine pour des paysages plus boisés. Les routes en lacets annonçaient les massifs montagneux. Coincées derrière un camion elles avaient le sentiment de ne pas avancer. Cependant Célia prudente n’osait pas le doubler. Quand enfin elles virent le panneau indiquant le nom du village, l’impatience redoubla ! Un point de vue avait été aménagé pour le prendre en photo en mode panoramique. Aussi Célia proposa de s’arrêter. Ainsi elle pourrait se débarrasser du camion et Pascale pourrait s’immerger totalement dans ce lieu de pèlerinage. Pendant que Pascale immortalisait le paysage, Célia appela la propriétaire du gite pour savoir si elle pouvait y déposer les bagages. Elle en profiterait ainsi pour se faire indiquer une bonne adresse pour manger. L’accueil téléphonique fut charmant. Célia informa ensuite Pascale qu’elles allaient directement au gite. Pascale suivit sans poser de questions.

Le gite se trouvait à deux kilomètres du village dans une cuvette au sommet du mont. Mais comment se passait l’hiver avec la neige se demandèrent-elles alors que 40° C s’affichaient sur le thermomètre ? En fait celui-ci n’avait rien à voir avec le précédent. Plus simple, c’étaient des maisons de paysans entourées d’un grand potager. Dans une combinaison de cosmonaute de couleur vert bouteille, une femme corpulente s’escrimait à tondre les herbes hautes qui envahissaient le bord de l’allée. Célia gara la voiture, à l’ombre, sous de grands arbres. Aussitôt une deuxième femme sortit d’une maison. Très avenante, elle alla au-devant d’elles et les invita à entrer car elle leur avait préparé des verres d’eau.

Elle s’appelait Lisa, ce qui ne manqua pas de les faire sourire. D’autre part elle leur expliqua que ce gite était une maison héritée de sa grand-mère et qu’elle tenait également une table d’hôte le soir. Célia qui avait déjà réservé confirma ainsi leur présence. Lisa avait préparé un papier où elle avait noté l’adresse d’un restaurant situé non loin de là au bord de l’eau. C’étaient des amis qui le tenaient. Elle avait déjà appelé et elles étaient toutes les deux attendues. Par ailleurs elle leur proposa d’installer les bagages dans leur chambre qui était une pièce attenante à la maison. En effet elle était déjà libre, elles pouvaient donc en faire usage dès maintenant. Célia remercia Lisa de son hospitalité et se fit expliquer la route.

Lisa n’avait pas menti, elles étaient non seulement attendues mais en plus le coin était charmant. Le long d’un cours d’eau, le restaurant avait une vue sur le village situé un peu plus haut et aussi sur la vallée. La fraicheur qui venait de l’eau les incita à déplacer légèrement la table et le parasol pour en profiter un maximum. Elles se laissèrent conseiller le plat du jour et chacune, en attendant d’être servies se laissa aller à une rêverie contemplative. Le temps était comme suspendu. Elles n’osaient se regarder, craignant que leur désir n’éclate trop au grand jour. Célia mourrait d’envie d’embrasser Pascale et de la caresser. Pascale n’en pouvait plus de cette tension qui lui vrillait le ventre. Lisa n’aurait jamais dû leur dire que la chambre était à leur disposition.

Célia brisa le silence quand le garçon arriva avec les deux assiettes. Il en profita aussi pour apporter une nouvelle carafe d’eau car elles avaient tellement soif qu’elles avaient déjà bu la première.

« C’est bon tu ne trouves pas ?

– Oui. Je commençais à avoir faim en fait.

– Oui moi aussi. Mais c’est surtout de toi dont j’ai le plus faim.

– Arrête Célia sinon je ne vais pas tenir longtemps. Je n’en peux déjà plus.

– Et moi donc. Tu ne veux pas, avant de faire un peu de tourisme, qu’on fasse l’amour ?

– J’en meurs d’envie si tu savais.

– On termine tranquillement de manger puis on y va. »

Ensuite elles replongèrent dans leur contemplation afin de ne pas avoir envie de tout laisser en plan. En effet elles ne comprenaient pas pourquoi elles étaient dans ce désir permanent et qu’elles n’étaient jamais rassasiées l’une de l’autre. En fait elles étaient traversées d’une énergie sexuelle très communicative, tous leurs sens étaient exacerbés.

La dernière gorgée de café avalée et l’addition réglée, elles filèrent à la voiture. Le gite était encore désert. Comme la veille Célia s’empressa de fermer les volets et de fermer la porte. Elles avaient à peine eu le temps de voir la pièce. Plus simple et moins luxueuse que la précédente, elle était composée d’un grand lit, d’une table de chevet et d’une minuscule salle de bain plongée dans le noir. Elles se jetèrent tout habillée sur le lit et commencèrent à s’embrasser et se caresser avec frénésie. Quel délice que de sentir à travers le tissu les caresses très appuyées de son amante !

Pourtant n’y pouvant plus elles se déshabillèrent en toute hâte et Célia imposa à Pascale de se coucher sur le ventre. Elle avait très envie de la chevaucher ainsi, son clitoris venant se frotter aux fesses de Pascale. Elle la maintenait plaquée sur le matelas la tenant fermement par l’épaule d’une main énergique. Célia râlait de plaisir pendant que Pascale gémissait du plaisir de la sentir aussi excitée. Pascale qui avait envie de la faire jouir se mit à onduler au rythme de Célia. Cela produisait son effet. Célia se mit à accélérer la cadence et d’un coup de rein acheva sa cavalcade.

Elle avait joui tellement intensément qu’elle resta figée quelques instants. Elle se mit ensuite sur le côté et pénétra Pascale toujours couchée sur le ventre de son index et son majeur. Célia s’étonna de la trouver aussi trempée et s’en sentit très flattée. Ses doigts glissaient avec bonheur et l’abandon de Pascale l’encouragea à faire durer le plaisir. Elle sut que son amante avait joui au spasme qu’elle ressenti sur ses doigts. Elle sortit délicatement du vagin de son amante pour venir l’embrasser dans le cou. « Encore ? » « Et toi ? »  « Encore ! »

Elles continuèrent à s’aimer ainsi une bonne heure et s’endormirent repues dans les bras l’une de l’autre. C’est l’arrivée des pèlerins au gite qui les sortit de leur torpeur alors que l’après-midi était déjà bien avancé. Pascale vint se blottir contre les seins de Célia.

« Tu veux bouger mon amour ? Il nous reste encore plus de trois heures avant le diner ?

– Si tu veux Pascale. Ce serait dommage de ne pas aller visiter l’abbatiale et de se balader dans les rues du village. Tu veux prendre ta douche la première ?

– Je me dépêche. »

Malgré l’heure avancée de la journée une chaleur étouffante les prit à la gorge en sortant de la chambre. Le soleil les aveugla et quand elles montèrent dans la voiture elles eurent le sentiment d’entrer dans un sauna. Heureusement le village n’était pas loin et malgré les vitres ouvertes la température ne baissa pas. Elles se stationnèrent à l’entrée et commencèrent à déambuler à travers les ruelles. Les marcheurs affluaient vers l’abbatiale. En fait il suffisait de les suivre pour s’y rendre à l’ombre des maisons à colombage. En pénétrant dans ce lieu sacré elles furent saisies par la fraicheur et la ferveur religieuse qui s’en dégageait. Une lumière blanche filtrait à travers les vitraux.

Célia proposa à Pascale de brûler un cierge qui réaliserait qui sait un vœu secret. Célia choisit un long cierge pendant que Pascale glissait une pièce dans la fente du tronc. Elles le saisirent ensuite chacune à une main pour l’allumer conjointement au contact de la flamme d’un autre et le posèrent sur la pointe d’un reposoir en métal. Elles restèrent quelques minutes devant, silencieuses, formulant mentalement leur vœu. Célia celui que Pascale soit tout à elle et accepte sa proposition en mariage. Et Pascale que Célia ne renonce jamais à la passion au détriment de rapports totalement conventionnels. Elle voulait prolonger le plus longtemps possible cette parenthèse enchantée. Rien que d’y penser une envie sauvage et animale s’empara d’elle.

« Tu frissonnes Pascale ? Tu veux sortir ?

– Ça va je t’assure !

– Tu avais l’air troublée.

– Sans doute mon vœu.

– Et qu’as-tu souhaité ?

– Je ne te le dirai pas. Le principe est de ne pas le révéler si tu veux le voir s’exaucer.

– Tu as raison. Gardons le secret ! Je t’invite à aller boire quelque chose.

– Volontiers ! Avec cette chaleur je suis totalement déshydratée.

– Et nous finirons ensuite la visite avant de rentrer au gite ! »

La terrasse du café donnait sur le tympan finement orné de l’abbatial. Un prospectus sur la table leur indiquait la richesse patrimoniale du lieu. Une promenade qui empruntait un pont historique leur était conseillée si elles avaient envie le temps d’une balade de se mettre dans les pas des pèlerins. Tout en sirotant sa boisson Célia fit une lecture de morceaux choisis. En quinze minutes elles en surent suffisamment pour apprécier la beauté du chemin proposé. Les pavés étaient glissants sous les semelles de leurs sandalettes et le cagnard impitoyable dans la montée. Qu’est-ce que ça devait-être avec un sac de plusieurs kilos sur le dos pensèrent-elles ?

Au fur et à mesure de leurs avancées elles furent frappées par la beauté du lieu et des nombreux témoignages de passages des marcheurs gravés dans la pierre polie par leurs godillots. Combien de litres de sueur dépensée juste pour contempler le point de vue ? Des coquilles Saint Jacques directement sculptées dans la pierre ou bien dessinées sur le sol par l’assemblage de cailloux de couleurs différentes leur indiquaient la direction à prendre. Il y avait quelque chose de profondément émouvant que de se laisser guider par une main invisible présente depuis des siècles et qui avaient accompagné tant d’âmes en recherche de spiritualité.

Quand elles arrivèrent à la voiture elles dégoulinaient de tant d’efforts. En effet les descentes et les montées avaient été raides. Au gite les serviettes avec la canicule étaient déjà sèches. Elles en profitèrent pour se doucher et laver leur tee-shirt. Leurs hôtes avaient affiché dans la chambre qu’elles pouvaient étendre leur linge derrière la maison sur les cordes près du mur. Et qu’un petit fer à repasser était rangé dans le placard. Tout était prévu pour les randonneurs qui avaient le minimum de change dans leur sac.

Une clochette les invita à rejoindre la maison de leur hôte. Au milieu de la salle était disposée une immense table rectangulaire tout en longueur. Des bouteilles et des verres y étaient disposés. Lisa les accueillit chaleureusement. Elles étaient les premières. Elle leur présenta Frédérique. C’était elle le cosmonaute à leur arrivée. Sans sa combinaison elle était tout aussi imposante. Vêtue d’un short d’homme bleu marine et d’un marcel blanc, deux grosses touffes de poils débordant des aisselles, elle devait peser son quintal. Une caricature de camionneuse se lancèrent Célia et Pascale dans un regard complice. Lisa ne précisa pas sa relation à Frédérique mais tout laissait à penser qu’elles étaient en couple.

Elles n’eurent pas le temps des confidences que les autres pensionnaires débarquèrent en groupe bruyamment. Ils avaient marché toute la journée et étaient affamés. Lisa s’empressa de les servir et Frédérique sortit d’un bocal rempli d’huile un saucisson sec. « C’est un conservateur » justifia-t-elle devant la mine un peu effarée et dégoutée de l’assistance. Elle partit sur un refrain sans doute maintes fois répété de ces citadins aux appétits de moineaux et qui avaient perdu le sens de la nourriture et des bons produits. Célia et Pascale prirent une rondelle que Frédérique venait de découper et la mangèrent poliment.

Cela ne resterait pas dans leur mémoire comme un sommet de la gastronomie française. On aurait dit qu’elles avalaient une éponge gorgée d’huile limite rance. Même les affamés ne se jetèrent pas dessus. Sans doute avaient-ils peur de caler sur la suite. En effet Lisa avait commencé à disposer une nourriture roborative à base de charcuterie de la région et de féculents. Peu de légumes alors qu’il y avait pourtant un potager. Le groupe qui avait envie de se coucher tôt s’installa à table sans attendre qu’on les y convie et commença à se servir. Lisa et Frédérique s’assirent en bout de table et Frédérique partit dans d’inénarrables anecdotes glanées durant des années auprès de ces nombreux pèlerins.

Le fou-rire gagna rapidement la tablée et chacun raconta la sienne. Les marcheurs étaient une grande communauté et savaient se transmettre les histoires. Il y avait des personnages hauts en couleur qui savaient marquer les esprits et qui servaient d’exemple à ne pas suivre. Mal chaussés et mal habillés les péripéties les plus baroques leur arrivaient. Ces randonnées étaient en fait très codifiées et il y avait des lois tacites qui se transmettaient ainsi. Il y avait quelque chose de très émouvant à partager ces récits. Finalement ce qui aurait dû être un repas vite expédié se transforma en soirée festive.

Frédérique pour prolonger ce moment intemporel sortit de sa cave une bouteille de derrière les fagots. C’était sa production personnelle avec les fruits de son verger. Tout le monde s’accrocha à la table car ce fut un véritable tord-boyaux qui leur fut servi. Célia et Pascale se regardaient amoureusement. Lisa s’en aperçut et donna un coup de coude à Frédérique trop occupée à divertir l’assistance. Visiblement elles n’avaient pas dû partager d’intimité depuis longtemps et cela semblait lui manquer. Le gite devait les occuper à plein temps. Le groupe de randonneurs mit fin brutalement à la soirée la fatigue et l’alcool avaient eu raison d’eux. Célia et Pascale qui n’en pouvaient plus de désir ne s’attardèrent pas et saluèrent l’assemblée pour filer dans leur chambre. A peine la porte franchie elles jetèrent leurs vêtements au sol pour s’aimer une fois encore.

Une parenthèse enchantée : chapitre 26

Une odeur de café les réveilla. Lisa accueillait le groupe qui reprenait la route. Aussi elles se préparèrent rapidement et les rejoignirent à table. En effet elles finiraient après le petit déjeuner leurs préparatifs. D’ailleurs elles avaient leurs vêtements à récupérer sur la corde à linge il ne fallait pas les oublier. Comme la veille des mets roboratifs garnissaient la table. Par ailleurs la viennoiserie était quelque peu rassie. Il restait aussi les charcuteries et les fromages de la veille.

Comme elles n’étaient pas affamées elles laissèrent aux randonneurs tous ces mets qu’ils mirent en cachette, quand Lisa eut le dos tourné, dans leur sac à dos. En effet elle devait être habituée car alors qu’elle était dans sa cuisine à faire cuire des œufs au vinaigre elle les engagea à les emporter pour la journée en cas de petit creux. Finalement la pingrerie des marcheurs n’était pas une légende. En revanche le saucisson qui baignait toujours dans son huile rance ne rencontra pas le même succès. Il échappa à la razzia collective.

Le petit déjeuner fut vite expédié. Les marcheurs voulaient éviter de marcher trop à la chaleur et plus vite ils seraient partis plus vite ils pourraient profiter encore de la fraicheur matinale. Pascale et Célia étaient moins pressées et elles s’attardèrent autour de leur café. Alors que Lisa commençait à débarrasser la table Frédérique partit revêtir sa tenue de cosmonaute. En effet l’hospitalité avait ses limites car une dure et longue besogne attendait les deux femmes. Aussi tout en s’activant Lisa leur confia qu’elles cumulaient chacune un autre emploi pour joindre les deux bouts car de novembre à avril rares étaient les randonneurs qui parcouraient la région. Si l’été c’était l’enfer pour elles et que leurs congés y passaient pour tenir leur gite au plus fort de la saison le reste de l’année elles appréciaient de vivre dans cette maison familiale au calme.

Célia réclama la note pendant que Pascale s’occupa de repasser leurs effets personnels afin d’ôter l’humidité nocturne. Ils finiront de sécher sur la plage arrière de la voiture car ce n’était pas un souci. Elles ne mirent pas longtemps non plus à se préparer. Les adieux furent brefs, elles promirent de revenir même si au fond d’elles elles savaient que c’était un affreux mensonge. Pourtant si la halte avait été un bon moment la table d’hôte ne resterait pas dans leurs meilleurs moments culinaires. D’ailleurs Pascale se disait qu’elle mettrait un mot sur son blog en rentrant car la recette du saucisson à l’huile avait été pour elle une grande première et un grand moment de solitude. En définitive elle regrettait de ne pas l’avoir pris une photo.

La rosée avait inondé le parebrise. Célia en fut quitte pour le nettoyer car par ailleurs une tonne d’insectes y gisait écrabouillée. La tâche était un peu répugnante car tout l’art résidait dans le fait de ne pas se salir en se collant à la carrosserie poussiéreuse. Pendant que Célia s’activait, Pascale en profita pour remplir des bouteilles d’eau. En effet la météo annonçait encore des records de chaleur. Elles savaient se partager tacitement les taches comme si elles avaient vécu des années ensemble. Il y avait indéniablement entre elles deux une osmose indicible. Quand Célia eut fini elle invita Pascale à monter. Elle n’avait pas encore dévoilé la destination du jour. En fait il s’agissait d’un périple à travers des gorges bordés de nombreux villages tous plus beaux les uns que les autres. Elles auraient ainsi l’occasion de faire de nombreuses haltes car l’escapade était prévue sur deux jours.

Les premiers kilomètres se déroulèrent en silence. Pascale avait posé délicatement sa main sur la cuisse de Célia qui se concentrait sur les lacets tortueux de la route. Les locaux avaient l’habitude de rouler au milieu de la route et de se rabattre au dernier moment. Aussi il fallait avoir les nerfs solides et de bons réflexes pour ne pas terminer dans le fossé. C’est pourquoi elles avaient hâte toutes les deux de se retrouver sur une voie plus agréable. Au bout d’une heure elles purent enfin se détendre et apprécier le paysage.

Le long du fleuve étaient nichés dans des hauteurs des villages qui surplombaient la vallée. C’était d’une beauté à couper le souffle. Des aires d’arrêt étaient prévues pour admirer le point de vue et faire des photos. Comme promis Célia s’arrêta à chaque fois afin que Pascale puisse en profiter. Le dépaysement commençait à produire son effet. Pascale avait le sentiment d’être partie depuis des semaines et avait totalement oublié son quotidien et Lisa. Elle avait le sentiment d’avoir toujours vécu avec Célia et souhaitait que jamais ce moment ne s’arrête.

Les kilomètres s’enchainaient et bientôt la faim se fit sentir.

« Nous devrions bientôt atteindre le village où j’avais prévu de t’emmener déjeuner à midi.

– J’espère que ça sera moins pittoresque que le repas d’hier soir. Franchement il est difficile de faire pire.

– Si je l’avais su Pascale, crois-moi que j’aurais réservé une table ailleurs. J’ignorais aussi que Frédérique ferait le guignol. En fait je pensais qu’on dinerait rapidement et qu’on aurait notre soirée pour nous aimer ou même aller visiter de nuit le village.

– Ne sois pas désolée car j’ai passé une excellente soirée. Mais elles ne s’assumaient pas trop on dirait.

– Tu sais deux femmes seules à la campagne, avec la vie rude qu’elles ont ne doivent pas se marrer tous les jours. Pourtant elles m’ont l’air d’avoir du tempérament surtout Frédérique. Elles m’ont surtout paru usées par leur vie de dingues. On idéalise la vie en gite et à la campagne mais quelle énergie ça demande. En fait je ne sais pas si ça me plairait.

– Chacun mène la vie qu’il veut. Elles ne semblaient pas en vouloir changer.

– Lisa est très attachée à sa maison et a entrainé Frédérique dans cette histoire.

– Au détriment certainement de leur sexualité.

– Qu’est-ce que tu en sais Pascale ?

– Il faut voir comment elles nous ont regardées ?

– Ah oui ? Et elles nous ont regardées comment ?

– Avec envie non ?

– A moins d’être sourdes je ne vois pas comment elles auraient pu ignorer nos ébats ! Ma chérie va falloir que je te bâillonne !

– Parce que toi tu restes silencieuse ?

– A côté de toi mon amour il n’y a pas photo ! Tu aurais pu être une artiste lyrique avec de telles vocalises !

– Tu n’exagères pas un peu ?

– A peine ! Tu oublies les plaintes aux « flots bleus » ?

– A partir de maintenant je vais rester insensible à tes caresses ! Comme ça je ne casserai les oreilles de personne !

– Tu es vexée mon amour ?

– A peine !

– Si si ! Sache que j’adore l’effet que je te procure, ça me transporte et me mets dans un de ces états que de t’entendre gémir et crier ton plaisir.

– J’ai envie de toi !

– Tu crois qu’on est deux obsédées sexuelles ?

– Je suis amoureuse de toi c’est tout ! Avoir envie de toi en découle, pourquoi faire de nous des obsédées ? Lisa m’a déjà fait la même remarque !

– Tu as raison ! Vivons chacun de ces moments sans se poser de questions. Tu as faim car nous arrivons d’ici cinq minutes !

– J’ai faim de toi c’est sûr !

– J’appellerai après le déjeuner pour savoir à quelle heure nous pouvons arriver au gite.

– Très bonne idée ! »

C’était jour de marché. Le parking était plein. Célia ne l’avait pas prévu. Heureusement le restaurant avait le sien privatif et elles purent ainsi se stationner. Des tables étaient dressées dans la cour mais avec le soleil qui allait atteindre bientôt son zénith elles préférèrent s’installer à l’intérieur. Grâce à la pierre la température était très agréable. La carte avait été élaborée à partir des produits du terroir et elles décidèrent de se laisser tenter par le menu découverte du chef.

« J’ai très envie de me remettre à mon blog et d’ouvrir une rubrique aux perles culinaires comme le saucisson de Frédérique.

– Il mériterait d’être oublié tu veux dire !

– Je comprends qu’à une époque où les réfrigérateurs n’existaient pas on utilisait le sel ou l’huile comme conservateur. Mais de nos jours quel intérêt ?

– Elle semblait être attachée à la recette de sa mémé. Qui sait peut-être que d’autres apprécieraient !

– En tout cas pas la tablée car il en est resté pas mal après notre départ !

– C’est bien pour cela qu’elle a besoin de le conserver ! En même temps avec les affamés qui se pressent à sa table ça calme très vite !

– Même Frédérique ne s’est pas jetée dessus !

– Et alors ça ne veut rien dire ! Elle était peut-être au régime !

– Au régime ! Tu plaisantes ! Déjà qu’elle ignore l’épilation alors le régime ! Si tu veux mon avis elle en restée à l’époque des grandes disettes et des réserves !

– Dis donc tu es bien caustique avec Frédérique ! Elle t’a fait quelque chose ?

– Non rien pourquoi ?

– Je la trouvais un peu trop masculine à mon goût mais je sais que question femmes nous ne partageons pas tout à fait les mêmes fantasmes ! Lisa te manque ?

– Que vient faire Lisa dans la conversation ?

– Tu me parles de Frédérique, je sais que c’est ton genre !

– Excuse-moi mais ce n’est pas parce qu’elle est masculine qu’elle doit me plaire. Ses poils qui dépassaient de son marcel n’avaient rien d’attrayants j’aime bien aussi un peu de raffinement dans l’allure.

– Je croyais que tu aimais le côté animal dans l’amour charnel !

– Pourquoi viens-tu gâcher un moment délicieux par ces évocations ? Je sens qu’on va se disputer si ça continue la discussion prend un tour qui me déplait !

– Changeons de sujet alors ? Revenons à Lisa !

– Tu deviens lourde Célia ! Qu’est-ce qui te prend ?

– Il ne me prend rien ! Je vois juste que je suis bien avec toi et que dans trois jours tu retournes à ta vie et moi à la mienne ! Je ne sais toujours pas quelle place tu me donnes !

– Tu le sais très bien. On ne va pas revenir éternellement sur la même discussion. Pourquoi ne pas profiter de l’instant présent ?

– Si le sujet est récurrent c’est qu’il n’est pas réglé. Tu ne pourras pas éternellement botter en touche. Un jour je me lasserai et je partirai.

– Fais le maintenant si c’est ça que tu veux !

– Ce n’est pas ça que je veux. C’est toi que je veux. Toi dans ma vie, au quotidien !

– Et tu me donnes quelle place dans ton quotidien ?

– Toute la place Pascale !

– Quand puis-je venir m’installer ?

– Tu es sérieuse ?

– Pourquoi tu ne l’es pas quand tu me veux ?

– Et ton boulot ? Et Lisa ?

– Je te parle de nous. Je m’installe chez toi et je me recherche du boulot. J’ai des compétences et je ne suis pas paresseuse. S’il faut faire des ménages pour vivre ou être caissière pourquoi pas !

– Tu t’emballes vite je trouve !

– Tu me veux ou tu ne me veux pas ?

– Si je te veux mais pas dans ces conditions. Prenons un peu le temps non !

– C’est bien ce que nous faisons avec ce séjour. Mais tu exiges plus ! Je réponds à ta demande non ?

– Tu as raison ne gâchons pas ce bon moment, nous avons tant encore à découvrir ensemble !

– La question de la place est donc réglée ?

– Provisoirement ! Disons que nous avons fait un pas l’une vers l’autre.

– Je suis heureuse de te l’entendre dire. »

Le garçon arriva avec les entrées froides. Cette diversion leur fit du bien. Pascale se dit que Lisa avait bien cerné Célia. Dès que tu la pousses dans ses retranchements elle recule. Au moins elle avait en partie repris le contrôle de la situation et n’avait pas à prendre de décisions prématurées qu’elle risquait ensuite de regretter. Célia pour faire oublier la tension en profita pour appeler entre deux plats. Leur chambre était prête et si elles voulaient elles pourraient aussi profiter de la piscine découverte. La propriétaire n’avait pas l’air d’être trop à cheval sur les horaires d’arrivée.

La chaleur étouffante les dissuada à la sortie du restaurant de visiter le village. Pascale et Célia avaient hâte en fait de se retrouver dans l’eau. La maison était une grande demeure bourgeoise occupée depuis plus de trois siècles par la même famille. Les temps étaient durs et pour pouvoir l’entretenir elle avait décidé de la transformer en gite. L’accueil fut courtois. Une grande femme, le sosie de Sigourney Weaver les attendait à l’entrée. Elle leur fit traverser toute la maison et les accompagna jusqu’à leur chambre appelée « chambre de la mariée ».

Elle avait hérité à la mort de ses parents de ce manoir et pour le transformer en maison d’hôtes elle avait fait appel à une architecte d’intérieur. Le grenier regorgeait de souvenirs inutilisés. Et plutôt que de les laisser dormir à tout jamais elle les avait regroupés par thème pour personnaliser les chambres. Celle-ci était la plus belle. Le voile de la mariée servait de ciel de lit et divers documents et objets décoraient la pièce. Célia vit dans ce clin d’œil du destin un signe prémonitoire et qui sait la réalisation de son vœu.

Elles enfilèrent les maillots de bain et profitèrent que la piscine était encore à l’ombre pour s’y baigner. Quel bonheur que de plonger dans l’eau fraiche ! Elles étaient seules dans le bassin et après quelques longueurs afin de nager un peu elles allèrent se coller contre le rebord pour discuter.

« Alors cet endroit te plait Pascale ?

– Tu as le chic pour nous trouver des lieux de rêve ! Comment tu fais ?

– Je suis amoureuse et j’ai très envie de découvrir avec toi ces maisons. J’ai passé beaucoup de temps dans ces recherches car je voulais te faire plaisir.

– C’est très réussi. Merci mon amour !

– Je ne veux plus me disputer avec toi au sujet de notre vie à deux. Je respecte ta vie avec Lisa. C’est juste que parfois ma solitude me pèse et que j’aimerais t’avoir à mes côtés. En même temps je vois que depuis quelques jours tu n’as plus de sciatique, que tu es bien. Aussi je me dis que je dois être patiente. En effet je t’ai beaucoup bousculée alors que tu n’étais pas prête.

– Je t’aime Célia et tu le sais. Mais j’aime aussi Lisa. Je ne veux pas choisir entre vous deux car c’est un choix impossible. Quoi que je fasse je vais en faire souffrir une qui ne le mérite pas. Et souffrir aussi d’en quitter une que j’aime !

– Qui te demande de nous faire souffrir ?

– Personne mais c’est ce qu’implique le choix.

– Si tu nous aimes où est le problème ?

– Vous exigerez chacune l’exclusivité. Vous aimer toutes les deux n’est pas le problème mais c’est comment le gérer au quotidien.

– Il me semble que tu te débrouilles pas mal en ce moment. Ton mal de dos a disparu et j’ai tout le temps envie de toi. D’ailleurs j’aimerais bien profiter du lit.

– Quelle gourmande tu fais ! Jamais rassasiée de sexe.

– Tu n’es pas la dernière non plus ! Je n’ai pas besoin de t’en promettre.

– On monte ?

– On monte ! »

Une parenthèse enchantée : chapitre 27

Dès l’arrivée dans la chambre elles jetèrent les maillots dans le lavabo après s’être rapidement passées sous la douche. Les draps de coton du lit king-size râpaient légèrement. On aurait dit qu’ils sortaient directement du trousseau de la mariée. C’est pourquoi Célia coucha délicatement Pascale sur le dos. En effet elle avait envie de profiter de sa « nuit de noce » et commença ainsi à dérouler son jeu de rôle. D’ailleurs Pascale se mit dans la peau de la jeune vierge effarouchée et demanda à Célia de ne pas la brusquer car c’était sa première fois. En fait Célia voulait prendre tout son temps et commença alors à explorer chaque partie de son corps en la nommant.

Ainsi à chaque gémissement de Pascale elle insistait un peu plus sur la zone érogène. Elle laissait monter son plaisir lentement, allant et venant avec sa langue ou ses doigts selon les réponses corporelles de son amante. Pascale très excitée aussi finit par l’attirer contre elle et elles s’embrassèrent très langoureusement. Célia fouilla alors son sexe avec ses doigts et la fit jouir ainsi. Pascale en fit de même et c’est repue des tensions que la plénitude de leur amour apaisé leur procurait qu’elles blottirent dans les bras l’une de l’autre. Pour la première fois enfin elles n’éprouvèrent pas l’envie de recommencer tant elles se sentaient bien l’une contre l’autre.

La pénombre de la pièce les plongea dans la torpeur et elles s’endormirent jusqu’au diner. D’ailleurs elles n’avaient guère d’appétit car elles avaient bien mangé le midi. Aussi elles décidèrent de rester dans la chambre et de s’aimer encore et encore. Célia adorait caresser Pascale. Elle lui proposa un massage aux huiles comme elle savait si bien le faire. Sous les mains expertes de Célia Pascale ne mit pas longtemps à se détendre totalement. Au point de finir par s’endormir totalement sans s’en apercevoir.

C’est la faim qui les réveilla au petit matin. Pascale s’étonna de se sentir aussi en forme. En effet depuis que sa sciatique l’avait laissée tranquille, elle sentait profondément une détente dans tout son corps. Le massage de Célia avait eu raison de ses nombreuses contractures. C’est pourquoi elle se sentait bien avec elle. Par ailleurs elle ne refoulait plus son envie de partager plus qu’une parenthèse avec elle. De plus elle souhaitait qu’elle fasse partie de sa vie.

Dans l’intimité de ces chambres d’hôtes elle pouvait pleinement vivre son amour. Pourtant la réalité s’imposait à elle. Elle aimait deux femmes à la fois. D’une part Lisa d’un amour tranquille et conjugal qui lui apportait la sécurité affective. D’autre part Célia pour qui elle avait eu le coup de foudre et qui la transportait et la chavirait à chacune de leurs étreintes. En effet toute cette énergie sexuelle la rendait tellement vivante et désirante qu’elle ne s’imaginait plus s’en passer.

Pendant que Célia se douchait Pascale commença à imaginer la suite de leur histoire. Elle se voyait déjà vivre parallèlement ces deux relations alternant un quotidien avec Lisa et des moments de grâce et de folie comme ceux-là qui entretiendraient leur désir. En particulier ces parenthèses enchantées la nourriraient quand la réalité serait trop grise. Elle se réfugierait ainsi dans leur bulle pour s’étourdir de l’oxygène qu’elle lui apporterait.

Quand elles furent prêtes elles descendirent dans le jardin où étaient dressées les tables. La journée s’annonçait encore très chaude. Viennoiseries, jus de fruit, beurre, confitures maison, pain et boissons chaudes les attendaient. Leur hôtesse leur demanda si elles avaient bien dormi et leur conseilla aussi de goûter aussi ses spécialités salées. En fait elles n’osaient pas dire qu’elles étaient affamées. Pourtant elles engloutirent tout ce qui était à leur disposition. Au loin elles pouvaient apercevoir le potager et le verger de la propriété.

Ce petit déjeuner champêtre leur donna envie de s’attarder un peu à table. En effet il leur restait encore deux journées ensemble malgré le temps qui filait. Elles évitèrent de trop s’attarder sur cette pensée mélancolique. Elles avaient encore une journée à longer les gorges et ensuite ce serait le retour. Célia avait prévu aussi pour leur dernière soirée avant de se retrouver chez elle de dormir dans un hôtel réputé. Terminé les gites. Elle avait découvert l’adresse grâce à un article élogieux lu dans la presse. Elle savait que Pascale était fan de cuisine et voulait lui faire découvrir les talents d’un jeune chef prometteur.

Comme la veille le voyage se déroula dans les mêmes conditions. Les deux femmes commençaient enfin à bien se connaître. Célia anticipait les désirs de Pascale et savait où et quand l’arrêter pour admirer le point de vue. Le midi elles se contentèrent de déguster un plat du jour dans un troquet local. Elles se réservaient pour le soir.

Peu avant d’arriver à l’hôtel elles firent une pause dans un village perché sur les hauteurs qui surplombaient les gorges qu’elles avaient suivies durant ces deux jours. Le paysage comme tous les précédents était à couper le souffle. Elles s’assirent sur un banc prévu à cet effet et se tinrent la main tout en le contemplant. Chacune cherchait à immortaliser mentalement cet instant. Il signait le début de leur vie à trois. Il ne restait plus qu’à convaincre Lisa. Pour Célia comme pour Pascale c’était une évidence.

Elles ne pouvaient plus imaginer la vie l’une sans l’autre. Leur amour cependant ne pouvait s’user au contact de la grisaille et de la répétitivité d’une vie à deux qui étouffait le désir et la créativité sexuelle. L’attente et les retrouvailles dans des lieux insolites étaient pour elles. C’est ce pacte tacite qu’elles signaient devant une nature somptueuse et généreuse à l’image de ce qu’elles voulaient pour leur amour.

L’hôtel était une adresse connue internationalement. Les plaques des voitures étrangères y étaient en majorité sur le parking. Et au vu des cylindrées, des clients au pouvoir d’achat élevé. Cela les changeait des clientèles des gites. L’accueil fut aimable et formaté. Après les formalités d’usage on leur délivra une clé magnétique qui leur donnait accès à leur chambre et au spa ainsi qu’à la piscine. La chambre était somptueuse, décorée avec goût dans un modernisme déjà classique.

Pascale adorait les tons sur tons des tissus. Là encore un lit king-size pour leurs ébats. La salle de bain possédait une douche et une baignoire. Des boissons fraiches les attendaient dans le mini-bar. La canicule avait eu raison une fois de plus d’elles. L’idée de profiter du spa et de la piscine après une courte étreinte fut approuvée à l’unanimité. Elles avaient simplement envie d’un tendre câlin et de se blottir contre les seins l’une de l’autre. Elles avaient besoin de tendresse autant que d’amour et le compte à rebours qui avait commencé les rendait par moment tristes.

Le spa était luxueux avec son hammam, son sauna et son jacuzzi. Elles y étaient seules les autres clients préférant profiter de la piscine découverte. Il faut avouer qu’à part elles qui avait envie de se plonger dans la chaleur du hammam ? En définitive elles n’y restèrent que quelques minutes le temps de suer suffisamment et de se prélasser longuement dans les remous de l’eau bulleuse. Ensuite elles papotèrent évoquant ces derniers jours et leur envie permanente de sexe. En effet elles se préoccupaient de savoir comment elles allaient tenir jusqu’à la prochaine fois. Par ailleurs elles envisageaient déjà de se revoir. Ce serait long d’attendre des semaines et de se contenter juste de leur messagerie ou de téléphone.

Elles commençaient à découvrir les joies des relations à distance. Si elles avaient leurs avantages elles avaient aussi leurs inconvénients. Célia enviait Pascale d’avoir Lisa auprès d’elle. La solitude ne serait pas réciproque. L’attente s’en verrait modifiée certainement. Célia éprouva une pointe de jalousie. Si elle adorait par-dessus tout sa liberté, si l’engagement n’était pas un frein pour en jouir totalement elle était prête à redemander à Pascale de quitter Lisa. Mais elle prenait pour de bon le risque de la perdre et elle le savait. Pascale avait obtenu ce qu’elle voulait.

Pascale sentit monter d’un seul coup le désir. Elle se pencha à l’oreille de Célia pour lui proposer de monter dans la chambre. Célia lui lança un regard éperdu d’amour et lui prit la main pour l’inviter à la suivre. Une fois de plus les maillots finirent en boule dans le lavabo. Un désir animal s’empara d’elles. Elles se prirent à pleine bouche et se cherchèrent frénétiquement de leurs mains. Pascale prit l’initiative de coucher Célia sur le dos et de se de mettre sur elle pour la chevaucher.

Elle cala son sexe sur son pubis et se mit à onduler de plus en plus rapidement. Quand elle sentit que Célia était prête à jouir elle la pénétra d’un doigt et continua son va et vient soutenu. Un spasme du vagin lui fit comprendre que Célia venait de jouir. Elle la prit dans ses bras et l’embrassa longuement. Elle sentit l’index de Célia sur son clitoris et elle jouit elle aussi tant elle était excitée. Que c’était bon la plénitude de l’amour. Elle y prenait goût et se sentait de mieux en mieux. Elle se découvrait aussi une amante insatiable et gourmande, comblée d’être tant désirée par une énergie porteuse et partagée.

Célia et Pascale commençaient par savoir quelles positions ou quelles caresses savaient les faire jouir très vite. Elles avaient encore beaucoup à explorer. Tout comme à recommencer. Célia excitée par les initiatives de Pascale vint se mettre sur elle tête bêche et lui lécha le sexe. Pascale en fit de même et elles se retinrent de jouir pour profiter de l’extase que leur procurait cette position. De quoi les mettre en appétit pour le diner qui s’annonçait. Elles eurent juste le de temps de se doucher et de se préparer pour être à l’heure. Célia avait réservé une table pour 20 heures.

Le service était quelque peu guindé. Elles furent placées au fond de la salle au calme et loin des regards. Célia commanda deux coupes de champagne. Elle voulait trinquer à leur rencontre et à ces jours inoubliables. Elles se regardèrent longuement avant de les faire tinter et de les boire. Chacune forma le vœu de réitérer ces moments fabuleux qui leur avaient fait toucher l’essence même de la relation fusionnelle et amoureuse, de la plénitude apaisée des amants repus de leurs baisers et de leurs caresses.

Le maitre d’hôtel leur proposa la carte des délices. L’originalité était au rendez-vous tant dans l’assiette que dans les intitulés qui appelaient au voyage culinaire.

L’ENCORNET

Préparé en tartare cru et pour une meilleure texture, il vous ouvrira le palais grâce à la subtilité du jus de cédrat, une sauce vierge de trévise pour équilibrer le tout

Ou

LES PETITS POIS

Souvent difficiles à attraper ils ne vous échapperont pas cette fois, préparés comme un velouté, s’y perdront quelques raviolis de ricotta et menthe fraiche.

///

LA TRUITE DU MAS DU PERE MATHIEU

Toute droite venue de la source du Gourdon, taillée en pavé fondant, choux rouge iodé à la criste marine

Ou

LA JOUE DE BŒUF FERMIER DE RACE AUBRAC

Grillée puis cuite très longuement à basse température, vous la préférerez certainement aux parties les plus nobles du bœuf, cromesquis d’ail doux et carottes panées aux baies des Causses

///

LE CHOCOLAT

Pour les amateurs de chocolats grands crus, son érosion vous fera fondre…

Quant à sa composition, vos sens vous la révéleront

Ou

LA PECHE

Présentée en dôme sur un biscuit à la pistache,

elle est confite sur des feuilles de figuier, crème légère de poivre de Séchuan

Pascale ne savait que choisir. Célia lui proposa de prendre tous les plats et de les goûter dans un partage gourmet et sensuel. Les mets, les présentations et les préparations furent à la hauteur des attentes et des critiques lues précédemment. Ce fut une explosion en bouche de saveurs et d’émotions gustatives. Elles finissaient en apothéose leur périple coquin et amoureux. Ce restaurant figurerait en bonne place dans son blog. Confusément Pascale commençait à percevoir le pont entre Lisa et Célia avec ce blog qui avait une place pour chacune d’entre elles dans l’amour qu’elle leur portait.

Le café leur fut servi sur la terrasse où elles purent admirer le coucher de soleil. Elles laissaient monter le désir doucement. Elles avaient passé le cap de l’excitation frénétique du début, elles savouraient l’intensité que leur procurait une meilleure connaissance de leurs corps et de leurs envies. Faire durer le plaisir valait maintenant plus que d’accéder à un orgasme violent et déflagrateur.

Les draps étaient encore défaits de leurs ébats de l’après-midi. En deux temps trois mouvements elles se retrouvèrent nues dans le lit. Célia avait allumé la bougie de massage. En attendant que la cire fonde elle embrassa longuement Pascale. Leurs langues se cherchaient et de répondaient dans un subtil ballet qui dura de longues minutes. Il y avait quelque chose de très érotique dans ce baiser. Entre la voracité de ces deux bouches insatiables et la douceur de leurs lèvres qui les incitait à des moments de retenue, un désir fulgurant s’empara de leur corps. Elles firent l’amour avec autant de tendresse que de sauvagerie et jouirent dans une même extase.

Célia proposa à Pascale de la masser. Et pourquoi pas l’inverse ? Pascale avait très envie de toucher le corps de son amante, de lui procurer aussi de la détente et du plaisir. Célia lui prodigua quelques conseils et se laissa faire. Elle sombra rapidement dans une profonde torpeur et finit par s’endormir. Pascale n’était pas peu fière de son effet. Elle éteignit la bougie et couvrit du drap le corps de Célia. Elle ne tarda pas à s’endormir dans la fraicheur de la nuit tombée totalement comblée et repue.

Une parenthèse enchantée : chapitre 28

Célia se réveilla la première. Elle contempla Pascale qui dormait encore. Cependant elle écarta les pensées tristes qui montaient. En effet elles se quitteraient le lendemain matin. Chacune ainsi retournerait à sa vie. Pourtant jusqu’à présent l’engagement n’était pas son fort. Même en couple avec Dominique, elle avait préféré sa liberté par-dessus tout. Mais elle n’avait pas eu une amante comme Pascale qui aimait autant qu’elle le sexe. En fait elle rêvait d’un quotidien avec Pascale où se mêleraient une routine et une vie de couple épanouie où leur vie sexuelle aurait une place centrale. Elle pressentait néanmoins que c’était la recette des couples qui durent. Si seulement Pascale ressentait la même évidence, elle serait la plus heureuse des femmes.

Elle entreprit ensuite de réveiller Pascale en l’embrassant dans le cou. Celle-ci ouvrit un œil en se demandant l’heure qu’il était. Le soleil inondait le sol de la chambre au travers du volet électrique pas totalement baissé. Elle se sentait reposée et s’étonna d’avoir aussi bien dormi. Célia proposa qu’elles prennent la formule « brunch », elles pourraient ainsi rouler sans avoir à s’arrêter déjeuner le midi. Pour le soir en effet elle lui réservait une surprise.

Un immense buffet était dressé dans la salle à manger. Des pains spéciaux faits maison, des produits locaux où l’étiquette du producteur marquait sa provenance, des boissons chaudes et des jus de fruits pressés les attendaient. Elles s’installèrent ensuite sur la terrasse à l’angle qui donnait à la fois sur la vallée et la piscine où des clients y nageaient déjà.

Comme la veille c’était tout simplement délicieux et prodigieux. Cette halte avait relancé l’envie de Pascale pour son blog qu’elle avait quelque peu délaissé depuis sa rencontre avec Célia.

C’est à regret qu’elles quittèrent cet hôtel car elles y seraient bien restées une journée de plus. Mais ce n’était pas le moment de flancher ni de gâcher leurs derniers instants par un moment de déprime.

Célia avait bien organisé leur voyage. Le retour fut rapide. En début d’après-midi elles étaient enfin arrivées. Pascale découvrait alors le lieu de vie de Célia. Elle avait maintes fois essayé d’imaginer où vivait Célia. Elle avait vu relativement juste par ailleurs. Le rez-de-chaussée de la maison semblait totalement inhabité. En effet il n’y avait que la pièce où se trouvait l’ordinateur de Célia et un lit qui avait trace de vie. Il y avait aussi des cartons partout car Célia préparait son déménagement. D’ailleurs elle n’avait pas menti. Elle avait en définitif quitté Dominique et tournait bien la page avec elle. En fait elles ne passeraient pas la nuit ici.

Célia était juste venue prendre un trousseau de clé. Ensuite elles remontèrent en voiture et traversèrent toute la ville pour arriver dans un quartier résidentiel éloigné du centre-ville. Célia stationna devant une maison qui était de plein pied entouré d’un grand bout de jardin. C’était là que dorénavant elle habiterait et si un jour Pascale se trouvait libre de l’y rejoindre elle était aussi chez elle. Elle lui donna symboliquement un double des clés. Pascale en fut tout émue. A part la cuisine intégrée déjà installée et un lit double neuf qui trônait seul dans la chambre, la maison était en attente d’être décorée et meublée.

Célia souhaitait également que la première nuit qu’elle passerait dans sa nouvelle demeure le soit avec Pascale. Que les draps et le lit s’en souviennent aussi. Elles se jetèrent alors tout habillées sur le lit et se mirent à pleurer dans les bras l’une de l’autre. L’émotion les submergeait. C’en était trop pour elles deux. Tant de choses venaient de se passer durant ces derniers jours. La perspective de la rupture prochaine et de celle de passer à côté d’une vie heureuse eurent raison d’elles. « Putain de timing » lâcha Célia.

« On fait quoi ? demanda Célia

– Faut-il vraiment gâcher ces derniers moments par une nouvelle dispute ?

– Je ne peux plus m’imaginer vivre sans toi !

– Moi non plus ! Mais nous en avons déjà débattu. Ma vie est là-bas avec Lisa. Notre relation se limite à cette parenthèse enchantée. Je ne peux t’offrir plus même si j’en ai trop envie. C’est enchanteur de s’aimer comme nous nous aimons mais je sais par expérience que la vie de couple ce n’est pas ça. Nous avons la chance d’avoir une relation magnifique. Ne venons pas l’abîmer trop vite avec les contraintes de la conjugalité et du quotidien.

– Tu proposes quoi ?

– De nous revoir bientôt !

– C’est tout ?

– Tu sais bien que le reste ne dépend pas de moi. Je vous aime Lisa et toi et je veux vivre pleinement mes deux relations !

– Quel égoïsme !

– Où est l’égoïsme dans tout cela ? Tu conserves ta liberté et nous aurons une relation de bien meilleure qualité avec bien plus d’intimité et de créativité que si nous étions collées l’une à l’autre.

– Facile à dire ! Et que fais-tu du manque ?

– J’ai suffisamment de souvenirs avec toi pour m’en nourrir entre chaque rencontre. Et j’ai aussi une main !

– Coquine !

– Ce qui va m’être le plus insupportable c’est de te savoir avec Lisa, de savoir que vous ferez l’amour.

– Il n’y a plus grand-chose entre nous tu sais. Lisa sera trop contente d’y échapper maintenant que je te connais.

– Plus grand-chose c’est encore trop !

– Serais-tu jalouse ?

– Oui. Autant j’accepte la distance autant je refuse l’infidélité !

– Bien sûr que je te suis fidèle. Si Lisa n’avait pas cessé tout rapport entre nous jamais je n’aurais été disponible pour une histoire avec toi. C’est devenu autre chose entre Lisa et moi. Je n’ai pas cette passion dévorante et charnelle qui me déchire les entrailles comme avec toi ! Ne crois pas mais le manque va aussi être terrible pour moi.

– Pourquoi rester avec Lisa ? Je ne comprends pas.

– Parce que je veux vivre un amour subversif, hors norme et entretenir perpétuellement ce désir qui me rend si vivante. Être lesbienne c’est presque devenu une norme. Retomber dans les travers du couple classique je n’en vois pas l’intérêt. Tout ce qui rend cette aventure si belle et si riche c’est de s’inscrire dans ce désir qui nait du manque. C’est terriblement excitant.

– Je suis d’accord avec toi. J’ai peur qu’à la longue notre histoire ne s’affadisse et que je te quitte pour ressentir ailleurs ce frisson qui chez toi me fait décoller à des hauteurs insoupçonnées si la routine nous envahit.

– Tu vois on va finir par se comprendre et se rejoindre. Embrasse-moi ! »

Elles firent l’amour avec douceur et volupté. Que c’était bon de s’aimer sans retenue !

Les heures qui suivirent s’effacèrent de leur mémoire tant la déchirure de la rupture les dévasta. En effet comment se quitter quand on avait touché du doigt un tel bonheur ? C’était le prix à payer pour conserver intact leur désir et leur appétit sexuel.

Quand le train arriva en gare, le quai était bondé. Célia pressa tendrement Pascale contre ses seins et lui donna un chaste baiser sur la joue pour lui dire au revoir. La réalité reprenait le dessus et pas question d’éveiller la curiosité. L’invisibilité lesbienne avait aussi du bon parfois. Elles évitaient ainsi les adieux déchirants en public.

Une parenthèse enchantée : chapitre 29

Lisa était assise sur le canapé pour regarder la télévision. D’ailleurs elle ne se leva même pas pour accueillir Pascale. En fait c’est à peine si elle répondit à son bonjour. Pascale ne s’attendait pourtant pas à une telle douche froide. Aussi elle rangea rapidement ses affaires et vint s’installer à côté de Lisa.

« Ça va ?

– Tu ne vois pas que tu me déranges ? Je voudrais terminer de regarder mon film !

– Tu as plaisir à me retrouver à ce que je constate.

– Je n’ai pas dû trop te manquer pour avoir en tout et pour tout deux sms depuis ton départ !

– Nous en avions pourtant convenu. Tu m’en veux ?

– A ton avis ?

– Je suis désolée.

– Désolée ?

– Oui je suis désolée. Je ne pensais pas que ça te mettrait dans cet état que de m’en tenir à ma parole.

– Que tu passes des bons moments c’est une chose mais que tu m’oublies c’en est une autre ! Je me suis inquiétée.

– Pourtant il n’y avait pas de quoi ! Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

– Si ça t’amuse, pas moi !

– Tu aurais pu aussi me trouver cruelle de t’entretenir de ma relation avec Célia.

– Quand même deux sms en cinq jours !

– Enfin, je ne t’ai pas abandonnée Lisa, je suis revenue !

– Facile à dire maintenant. Mais pendant tout ce temps j’ai eu tout le loisir de penser le contraire. Ce silence a été très angoissant pour moi. Je me suis dit que tu ne savais pas comment m’annoncer la rupture. Aussi j’ai vite regretté de t’avoir poussée à partir et à ne pas m’écrire.

– Pourquoi l’avoir proposé alors ? Tu pensais au contraire que de s’écrire pousserait Célia à m’obliger à te quitter. J’ai fait confiance à ton instinct.

– Je ne sais pas ! Tu ne m’as peut-être pas tout dit !

– Quelle révélation attends-tu ?

– A ta mine réjouie tu as dû bien…

– Bien quoi ?

– Tu le sais je ne vais pas te faire un dessin !

– Dis-le !

– Ben, t’éclater au lit !

– En effet j’en ai bien profité. On est obligées d’en parler ?

– C’est quand même pour ça qu’elle t’attire non ?

– Tu as raison ! Mais pas seulement. C’est plus complexe que ça.

– Le danger vient de là pour moi !

– Je ne veux pas te quitter Lisa. Et je ne veux pas quitter Célia non plus. Je vous aime toutes les deux. Et je ne veux pas choisir. Aucune de vous deux ne mérite de souffrir.

– Tu proposes quoi ?

– De continuer comme ça !

– Comment ça ?

– De vivre le quotidien avec toi et de temps en temps de voir Célia.

– Et ?

– Célia aime trop sa liberté et sa région pour s’installer ici. Et une relation à trois ça ne fonctionnera pas. En revanche que de temps en temps je vive ma relation avec Célia je le crois possible.

– Je demande à réfléchir. Je ne voyais pas du tout les choses comme ça.

– Tu proposes quoi ?

– Je m’étais imaginé que tu reviendrais déçue de ce voyage. Que tu aurais compris qui était Célia et que tu aurais mis un terme à cette relation. Je me suis trompée sur toute la ligne.

– Non tu ne t’es pas trompée sur toute la ligne. J’ai découvert qui était Célia et j’ai très envie de vivre une histoire avec elle. Et pour la vivre c’est soit je romps avec toi même si je dois plus tard le regretter, soit notre amour est très fort et nous nous montrons assez ouvertes et inventives pour que chacune de nous deux s’y retrouve avec tes difficultés sexuelles.

– On est obligées de revenir à ça.

– Oui car sinon ça ramène notre histoire à un banal adultère et il me semble que c’est tout sauf ça.

– C’est déjà assez difficile pour moi.

– Pour nous trois c’est difficile. Célia éprouve des sentiments de jalousie.

– Parce que moi je ne suis pas jalouse ?

– Si. Mais tu ne peux pas m’imposer indéfiniment une frustration sexuelle. Mon corps a fini par parler. En fait tu as tout à y gagner à cet arrangement. D’abord parce que tu gardes une compagne aimante qui ne te sollicitera plus sexuellement. Ensuite parce que tu te retires une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En effet c’est du donnant-donnant-donnant pour tout le monde.

– Tu m’en demandes beaucoup.

– Tu peux y arriver.

– Et Célia ? Tu lui en as parlé ?

– Elle est d’accord !

– Ah bon ?

– Comme toi au départ elle a eu des réticences mais elle sait que je t’aime et que si je dois faire un choix c’est toi.

– Pourquoi tu ne le fais pas alors ?

– Parce que je vous aime ! Et que même si je fais ce choix maintenant dans quelques années une autre Célia refera surface dans ma vie. On ira de crises en crises jusqu’au jour où on se quittera pour de bon. »

Lisa éclata subitement en sanglots laissant Pascale bien démunie. Elle la prit dans ses bras en attendant qu’elle se calme. Son corps était secoué de spasmes. Quand elle fut enfin apaisée, elle confia à Pascale la raison de son profond chagrin.

« Pendant que tu étais partie, je me suis inscrite sur un site de rencontres lesbiennes.

– Tu veux me quitter ?

– Non pas du tout pourquoi ?

– Vas-y continue !

– J’ai passé des heures à discuter. A chaque fois que je racontais notre histoire, j’ai eu toujours la même réponse.

– …

– Tu allais me quitter tôt ou tard. On n’est pas les seules à qui ça arrive que dans le couple une n’ait plus envie de faire l’amour. J’ai rencontré beaucoup de filles qui ont vécu la même situation. Toutes ont largué ou se sont fait larguer selon qui me racontait.

– C’est ça qui te met dans cet état ?

– Je ne suis pas idiote. Je vois bien que Célia te plait, que tu es bien avec elle. Tu m’aimes encore. Mais pour combien de temps ? Célia a bien dû te prendre la tête pour me quitter ?

– C’est vrai on s’est disputé à ce sujet. Mais je lui ai dit la même chose qu’à toi.

– On n’est pas différentes des autres Pascale. Pourquoi elles et pas nous ?

– Tu as quand même un biais de sélection. Elles sont toutes à la recherche d’une compagne, un peu normal qu’elles te racontent des histoires de rupture. J’aimerais bien entendre le témoignage de couples qui vivent la même chose. A priori ils ne se trouvent pas sur ton site de rencontres.

– Tu marques un point. Finalement on ne sait pas si ça existe et comment ça fonctionne.

– Tu crois qu’on est le premier couple qui recherche des arrangements pour rester ensemble malgré les difficultés sexuelles de l’une ou de l’autre. Le couple ça n’est pas que du sexe et d’une et de deux tous les gens qui s’aiment n’ont pas forcément envie de vivre ensemble. Les relations à distance qui fonctionnent sont bien plus nombreuses qu’on ne le croit qu’elles soient consenties ou pas !

– Tu as raison aussi.

– Célia m’aime mais elle aime sa liberté plus que tout. Je sens bien que même si elle me réclame plus, elle ne souhaite pas s’engager dans un quotidien qui finira par l’exaspérer. C’est une voyageuse, elle a besoin de d’espace et d’évasion. Notre relation l’a fait rêver car c’est justement ça qui lui plait en moi. Elle sait que je ne te quitterai pas et qu’elle n’aura jamais la mauvaise surprise de me voir débarquer chez elle. Et comme on se verra par épisode ce sera toujours intense et torride entre nous deux. C’est bien plus excitant pour elle que de retrouver sa femme épuisée par sa journée de travail et se demander ce qu’on va manger ce soir.

– Tu es en train de dire que tu t’ennuies avec moi ?

– Pas du tout ! C’est justement cette vie calme, rangée et bien cadrée qui me plait avec toi. C’est sans surprise mais tellement reposant et rassurant. Cette sécurité intérieure et cette solidité que tu m’apportes ont pesé lourd dans la balance. Et l’a emporté d’ailleurs si j’avais dû faire un choix.

– C’est vrai ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

– Lisa, tu me connais ! C’est vrai. Je suis bien avec toi. Et je suis là. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

– Que tu me serres dans tes bras ! Je sens que je vais pleurer de nouveau ! »

Et elle refondit aussitôt en larmes. Lisa était terriblement remuée par cet aveu. Son monde ne s’écroulait plus. Elle avait retrouvé Pascale qui lui avait terriblement manqué. Elle était prête à tous les sacrifices et toutes les concessions. N’importe quel arrangement plutôt que de la perdre.

Elle devait assumer sa part dans ce qui leur arrivait. Célia est ce qui pouvait lui arriver de moins pire. Avoir une compagne aimante et épanouie à ses côtés, ne pas craindre la rupture tout en ne redoutant plus d’avoir à satisfaire des besoins sexuels pesants était son désir caché. Pascale avait su choisir ses compagnes puisque chacune garantissait à l’autre ce qu’elle exigeait sans craindre que ce contrat tacite ne vole en éclat.

Une parenthèse enchantée : chapitre 30

Un mail attendait Pascale.

« Bonsoir mon amour,

Voilà notre séjour terminé je vais ranger mes affaires avec tu t’en doutes un pincement au cœur. J’ai adoré être si près de toi car c’était bien de faire comme tu dis un test grandeur nature.

Je ne sais désormais qu’une chose. Je veux pouvoir enfin partager avec toi tous les moments que nous pourrons voler au quotidien.

J’ai d’ailleurs des images plein la tête et de l’amour plein le cœur car je vais avoir un beau film pour attendre la prochaine rencontre. 

Il faut pourtant bien se quitter à un moment. Alors mon ange je t’enlace le plus tendrement du monde et je dépose sur tes lèvres douces tout le nectar de mon amour pour toi.

Tu sais que je t’aime comme je n’ai jamais aimé personne. Je t’emmène avec moi car tu es dans toutes mes pensées.

A très bientôt ma chérie d’amour merci aussi pour tout.

 Je t’aime plus que tout.

Célia »

Pascale se hâta d’y répondre profitant que Lisa s’était assoupie.

« Bonsoir mon amour,

Et voilà je vais recommencer mes nuits sans toi…

Je voulais te remercier encore mon amour pour ce délicieux périple. J’ai passé aussi des moments magnifiques avec toi.

Cependant le temps va me sembler extrêmement long car tu me manques déjà tellement…

Nous avons encore avancé mon cœur et c’est fou les progrès que nous faisons.

Je vais me coller à toi et imaginer que ma tête est sur tes seins et ta main dans mes cheveux. Quel bonheur alors au réveil d’ouvrir les yeux et te savoir là ainsi à mes côtés.

 Nous allons encore progresser mon amour…  Pour toi, pour moi, pour notre amour qui me donne une énergie folle.

Sur ton corps je dépose mille caresses et me glisse sous toi pour une étreinte torride.

Mon ange je t’aime, n’oublie jamais …

Je t’embrasse tendrement, je t’aime

Pascale »

Contrairement à ses habitudes Célia ne répondit pas. Ni les jours suivants d’ailleurs. Pascale recevait pourtant quelques textos coquins mais leur relation s’arrêtait là. Cela lui permit de reprendre le cours de sa vie avec Lisa et de mettre en ligne ses souvenirs culinaires sur son blog. C’est le saucisson à l’huile de Frédérique qui suscita le plus de commentaires et qui le relança. En effet ses fidèles lectrices étaient heureuses de son retour parce qu’elle leur avait bien manqué. Pascale avait laissé tomber cette activité et le regrettait car elle lui apportait bien des satisfactions. Depuis qu’elle était amoureuse de Célia elle avait perdu un peu de poids, elle assumait ainsi son corps de femme et ses rondeurs. Jamais elle ne s’était sentie aussi bien physiquement. Jamais non plus elle n’avait été autant désirée. Elle portait sur elle un regard enfin apaisé.

Lisa par ailleurs rassurée appréciait d’avoir Pascale à ses côtés et en profita aussi pour se remettre à cuisiner. En particulier elle avait vu l’intérêt que Pascale portait à nouveau sur son blog et tentait ainsi de reconstruire avec elle un lien qu’elle ressentait comme distendu. D’autre part les ajustements commençaient à se faire et c’était bien ainsi.

Enfin un soir un mail arriva dans la boite aux lettres de Pascale.

« Bonsoir mon amour,

Je me revois très bien t’écrire de mon vaisseau : je n’ai plus de chocolat … 😉

Quelques mois sont passés … Et je ne mange plus guère de tablettes … Uniquement avec toi ma chérie…

En fait que de changements quand je fais le bilan…

Quelle avancée…

Quel bonheur ton amour m’apporte aussi.

Je me souviens très bien de ce que j’ai ressenti en lisant ta recette de l’Amadeus car j’avais même cherché comment faire moi-même mon praliné…

J’étais persuadée de passer à côté de quelque chose de grand si je ne t’écrivais pas.

Je ne saurais jamais pourquoi j’ai ressenti cette émotion si fort, et je suis heureuse d’être allée pourtant contre mon principe : écrire sur l’internet.

Aujourd’hui, comme le hasard fait bien les choses, j’ai tatoué ton prénom sur ma peau car tu es pour toujours dans ma vie mon amour, indélébile.

Je bâtis mon projet d’une relation avec toi mais je ne veux pas faire n’importe quoi parce que je veux que tu sois fière de moi.

N’aies plus jamais peur que je te demande de quitter Lisa car je t’aime trop pour ça… Je t’ai attendue trop longtemps…

Et Pascale à l’encre de tes yeux sur ma peau est comme un mariage pour moi… Je me suis donnée à toi mon ange et pour toujours…

J’ai hâte de te revoir et de te serrer enfin dans mes bras, tu me manques immensément.

Mais je sais que j’avance vers toi et que le temps qui passe finalement nous rapproche…

Tu es le bonheur de ma vie ma petite fée, la femme dont j’ai rêvé…

Je t’embrasse aussi tendrement que je t’aime et je te serre contre mes seins … Les plus beaux du monde… ;-)))

Quelques mois déjà, j’en reviens à peine…

Merci pour tout mon cœur.

Célia »

Célia l’indomptable n’avait pas changé. Elle avait profité pleinement de sa liberté depuis leur séparation et revenait à la surface parce qu’une bouffée d’amour s’était emparée d’elle. Pascale lui répondit immédiatement sans faire allusion à son silence. C’était aussi cette liberté qui lui rendait possible ces deux amours même si pour l’instant tout était encore très fragile.

« Bonsoir Célia,

Quelle tendre déclaration d’amour…

Jamais je n’aurais cru en répondant à ton mail ce qui nous arriverait… Je me suis laissé emporter par mes émotions, je n’ai rien retenu et je dois avouer que ton arrivée dans ma vie a été un immense chamboulement… J’ai traversé bien des épreuves dont je suis ressortie plus forte à chaque fois…

T’aimer m’a portée vers un meilleur en moi. Je suis contente que cela t’ait aidé à ton tour à te révéler ton désir et orienter ta vie vers un sens que tu ne soupçonnais pas…

Je vois que le temps est devenu ton allié, toi qui le voyais en ennemi au début de notre rencontre. Vieillir ensemble est le fantasme de bien des couples… C’est sur la durée que se construira notre bonheur et j’ai confiance en notre avenir commun…

Le monde bouge et toi avec…

Je te souhaite pour les prochains mois à venir autant de joies, de surprises et de mouvement que les précédents… Et plus encore…

Je t’aime comme je n’ai jamais aimé…

Tu me manques

Tendrement je te serre contre moi, tes seins sont les plus beaux du monde je confirme ! 😉

Pascale »

Célia devait être en manque car la réponse fusa.

« Mon amour,

Comme je souris… La joie illumine mon visage j’imagine…

Je suis heureuse si tu savais.

Je n’ai plus peur du temps qui passe car maintenant j’ai nos clefs dans la main.

Tendre déclaration que tu me fais aussi mon ange.

  

Il m’a fallu du temps mais je suis prête mon amour. J’ai franchi un pas de géant avec mes émotions…

 

Moi non plus je n’ai jamais aimé comme ça… Et je ne veux que le meilleur. Je veux continuer à penser ce que j’ai toujours fait : Profite, profite Célia de chaque instant, prends à pleins bras… Tout peut s’arrêter si vite… J’ai aussi perdu cette devise en route en percutant votre couple… Mais je suis de nouveau sur mes rails et vois à l’horizon un magnifique soleil : notre couple à nous … Pour rien au monde je ne veux encore le blesser ….

 

Comme jamais je suis amoureuse et j’en suis tout émue…

 

Je t’aime

Célia »

Pascale qui savait Célia connectée l’invita à se brancher sur leur messagerie instantanée afin de poursuivre l’échange.

« Super Célia … Ce qui signifie que tu acceptes que je fasse couple avec toi… Et avec Lisa ? 

– Toi et Lisa c’est ton affaire mon amour pas la mienne … Moi je fais couple avec toi ! 

– Je prends bonne note que Lisa et moi c’est mon affaire… 😉 Je ne tiendrai plus compte de tes angoisses à ce sujet… ;-)))))))))

– Tu sais j’ai jeté mes oripeaux pour toujours, ceux qui dans le fond ne sont pas les miens !

– Et tu sais à qui c’était ce qui ne t’appartenait pas ? Et que vas-tu mettre à la place maintenant que tu t’es déchargée de cela ?

– Je m’en fous à qui c’était mais pas à moi, je l’ai jeté… Je ne mets rien à la place, je reste comme j’étais avant ;-))))

– Alors tu n’as rien jeté si tu es comme avant… Mdr

– Rigolote … J’ai juste jeté une surcharge … Et je suis comme j’étais avant cette surcharge…

– Il y avait quoi dans cette surcharge ?

– Tous les films que je me suis fait sur Lisa et toi. Savoir que vous puissiez faire l’amour m’est insupportable.

– Je vais être très claire avec toi. Il n’y a que toi que je désire physiquement. Mon amour pour Lisa se sublime en autre chose, dans un autre type de relation… Peut-être finira-t-il un jour par s’éteindre ? Je sens que malgré ses efforts nous nous éloignons l’une de l’autre. Lisa est trop soulagée de ne plus avoir à répondre à mes besoins. Laissons-lui du temps mais sur la longueur elle ressentira tous les bienfaits que cette relation a aussi pour elle. Tes craintes qu’un jour Lisa et moi fassions l’amour ne doivent pas être une raison suffisante pour revenir en arrière et détruire ce que j’ai bâti avec toi.

– Tu sais il était évident que votre relation allait évoluer. D’ailleurs depuis plusieurs mois mon amour nous ne faisons qu’évoluer, adapter, comprendre, adapter encore… Je comprends ton chagrin et le respecte infiniment…. Ton amour est grand mon ange et ce grand amour se reconnaît au fait qu’il s’élève au-dessus de toute récolte, tant l’amour le vrai apporte et fait grandir, voilà l’essentiel. Peut- être sommes-nous trop « terrestres » pour le comprendre et l’accepter tout de suite, voilà pourquoi nous cheminons. Je t’aime infiniment mon ange et souhaite plus que tout vivre avec toi une relation d’amour, durable et stable fiable et solide et empreinte de tendresse.

C’est aussi parce que je t’aime que je souffre… Sinon sache bien que j’aurais déjà réglé le problème… D’ailleurs je n’aurais eu aucun état d’âme, aucun conflit de loyauté… Pas plus que je n’aurais construit avec toi sur la durée et te faire accepter par Lisa comme je l’ai fait ni lui faire accepter ce qu’elle accepte comme elle peut…

– Je sais mon amour. Mais c’est à toi d’y voir clair et d’avancer je ne veux pas être maladroite ni te faire de mal en te disant sauvagement ce que ça m’évoque. Je t’aime plus que tout.

– Éclaire-moi s’il te plait…

– Tu n’as pas perdu l’amour de Lisa mon ange. Si je m’en tiens à ce que tu m’as toujours dit tu éprouves pour Lisa un amour plutôt maternel non ? C’est aussi une facette de l’homosexualité féminine. Et si tu es honnête avec toi tu sais que votre sexualité ne vous satisfaisait pas vraiment. Elle parce qu’elle devait faire des efforts et n’avait pas tes besoins, et toi parce que tu es une coquine et que ta frustration existait. Tu sais que vous avez bâti votre amour sur autre chose et qui est bien plus fort. Tu n’as pas perdu l’amour de Lisa… Peut- être mûrit-elle mon ange et c’est ce que tu as toujours voulu non ? Tu m’as toujours dit : il faudrait que ma relation avec Lisa se transforme… Si nous sommes sur cette voie mon amour …. Finalement c’est plutôt ce que tu voulais non ?

– Je t’aime infiniment mais malheureusement je ne pourrai pas t’offrir ce que tu attends de moi… Voilà pourquoi je suis honnête avec toi… Et que si tu veux me quitter, fais-le avant que ça ne nous détruise toutes les deux …

– Pourquoi voudrais-je te quitter ? Nous commençons à peine notre vie … Je souhaite par-dessus tout me rapprocher de toi. Et qu’on découvre et invente et construisons ensemble comment se déroule notre vie.

– Parfois tu me le dis que tout ça te fait souffrir, que tu n’es pas certaine que tu tiendras bien longtemps, que ça te détruit… Je l’entends et l’accepte.

– Pas tout à fait mon amour… Ce avec quoi j’ai du mal c’est le contrôle de Lisa, pas sur notre vie. Je veux bien qu’elle t’aime… Mais parfois très intrusive… Je sais qu’elle nous a laissé du temps … Je sais aussi que ça l’arrange pour x raisons… Et ne te méprends pas je la respecte beaucoup. J’ai du mal avec le coté infantilisant qu’elle te donne parfois … Souvent…

– Je t’aime comme je n’ai jamais aimé…

– Je suis désolée mon amour d’avoir parlé si bêtement… J’ai jeté des choses… Viens vite contre moi que je te montre comme je t’aime et comme je ne te quitterai jamais. Ça me parait inconcevable de te quitter… Tu me fais naitre mon amour … Et j’ai envie de tout avec toi … De tout… Inconcevable. Je t’ai dans la peau mon amour… ;-))))) … Et je fais tout pour te rejoindre…. Tu sais je travaille les esprits ici… Moi je suis prête … A rejoindre l’amour de ma vie.

– Viens ici la reine de mon cœur !

– Je veux bien… ;-)))))))))))) Tu m’avais dit un jour que je me blottissais dans tes bras après l’amour … Star de mon firmament …. Tu te souviens ? Tu avais vu juste mon amour.

– Juste envie de t’embrasser et de de te dire des mots tendres…

– Je suis amoureuse comme jamais, tu me manques mais je suis si heureuse de te porter en moi… Tu manques vraiment mon amour tu vois … Une petite fée comme toi … Dans bien des cœurs ;-))) Mon amour si tu savais comme j’aimerais te serrer dans mes bras et te câliner

– Si tu savais comme j’en ai envie.

– J’ai hâte de te revoir car tu me manques terriblement mais je suis pleine d’espoir de volonté et d’énergie. Aussi je ne me lamente pas sur le temps qui n’avance pas assez vite à mon goût… En fait je suis très amoureuse mon ange et je souris en l’écrivant… Je te fais mille caresses d’amour et laisse mes lèvres glisser sur ta peau douce.

– Moi aussi j’ai des bouffées d’amour incontrôlables. Trop envie de te dire que je t’aime.

– Je dois filer. Je t’écris en rentrant. Trop contente d’avoir pu échanger avec toi !

– Bonne soirée alors ! Je t’aime.

– Je t’aime. »

 

Célia l’insaisissable avait disparu comme l’éclair laissant Pascale toute songeuse. Elle se sentait frustrée de cet échange rapide elle aurait souhaité bavarder un peu plus. Célia était trop amoureuse de sa liberté pour s’en priver et malgré tout l’amour qu’elle portait à Pascale c’était plus fort qu’elle, elle avait besoin de mener une partie de sa vie sans elle.

 

Lisa était partie se coucher. Alors que Pascale la rejoignit, c’est à peine pourtant si Lisa l’entendit se glisser dans le lit. A sa respiration profonde Pascale sut qu’elle dormait déjà. C’est ainsi qu’elle en profita pour se caresser sans bruit en repensant à leurs étreintes enfiévrées. En effet elle revoyait son amante lui lécher le sexe et ensuite venir comme une tribade lui procurer du plaisir. D’ailleurs elle jouit très vite et s’endormit aussitôt après. En définitive qu’elle était longue l’attente jusqu’à leur prochaine rencontre.

Une parenthèse enchantée : chapitre 31

Célia avait tenu sa promesse car un mail attendait Pascale au matin.

« Ma chérie d’amour

J’ai passé une très bonne soirée avec toi mon cœur, j’aime beaucoup en fait ces instants volés que nous passons ensemble…

Je voudrais aussi te souhaiter une bonne journée et te couvrir de baisers tendres.

Je passe de très bons moments avec toi même si nous sommes loin.

 Et chaque jour mon amour grandit. Je me demande comment cela est possible car je t’aime déjà tant… Mais ça l’est… Assurément…

Je rêve de notre prochain week-end comme je rêve de t’aimer des heures… Caresser ta peau si douce, entendre tes gémissements quand tu jouis et simplement passer du temps avec toi.

Et tant que je rêve … J’abuse en me disant … Peut-être ? … Peut-être me le montreras-tu de nouveau… ?     

Ma petite chérie, je pense très fort à toi, et j’ai très envie de te redire à quel point je suis amoureuse.

Il me tarde de nouveau d’entendre ta voix.

Je t’embrasse tendrement.

Célia »

Pressée en définitive de lui répondre Pascale envoya un texto à Célia.

Je t’embrasse absolument partout. J’ai joui hier soir en pensant à toi c’était trop délicieux.

Célia excitée aussi par le message qui y répondit immédiatement.

 Quel dommage que j’ai loupé ça…     

Le quotidien devait pourtant reprendre son cours pour éviter au manque de se faire trop douloureux. Heureusement Pascale grâce à Lisa n’eut aucun mal à retourner à une routine à la fois monotone et délicieuse par sa prévisibilité rassurante. Par ailleurs Célia et Pascale avaient prévu de se revoir dans un mois. Elles passaient aussi leur soirée à papoter sur leur messagerie instantanée. Plus elles se découvraient plus elles s’aimaient. La sciatique de Pascale avait totalement disparu. D’autre part Lisa faisait comme si Célia n’existait pas et s’arrangeait pour leur laisser du temps qui n’était pas à son détriment. En fait elle avait suffisamment d’émissions préférées sur le câble pour les suivre de manière assidue et laisser ainsi à Pascale la disponibilité voulue.

Petit à petit la liberté de Célia passa au second plan tant son amour pour Pascale la transportait. Jamais elle n’avait aimé une femme avec une telle intensité. C’est pourquoi le temps lui paraissait long sans sa belle.

Enfin comme la fois précédente elle avait organisé leur week-end pour qu’elles puissent s’en nourrir durant leur séparation. Elles avaient ainsi convenu de revenir au studio qui avait hébergé le début de leur relation. Célia devenait romantique avec cette histoire.

« Bonsoir Pascale,

Les heures passent et me rapprochent alors de toi mon amour… Je ne tiens plus car j’ai l’impression de t’avoir quittée depuis des mois.

Ne doute plus jamais de mon amour pour toi mon cœur ni de mon envie de te rejoindre et de passer le plus de temps possible avec toi.

J’ai confiance et je sais qu’à nous trois avec le temps, ce temps qui rapproche, nous allons construire une belle histoire où chacune pourra s’épanouir et où tu pourras mon amour compter à chaque instant sur les deux femmes de ta vie.

Et sais tu pourquoi ? Parce que toutes les trois, je te le dis très modestement nous sommes exceptionnelles et nous allons bâtir exactement ce qu’il nous faut pour être heureuses.

Je t’attends de tout mon cœur mon amour, et dépose sur ta peau douce les plus amoureux de mes baisers.

Je t’aime infiniment … Et pour toujours… Et je sais ce que ces mots veulent dire.

A tout à l’heure… J’ai hâte de t’entendre et de te serrer contre mes seins.

Et si week-end pluvieux, week-end sous la couette chaleureux …;-))))

Je laisse mes mains vagabonder sur ton corps et mes lèvres déposer sur les tiennes de tendres baisers.

Je t’aime mon ange et j’ai hâte de te revoir.

Célia »

Célia devait être très excitée par leur rencontre car elle avait réécrit un mail avant que Pascale n’ait eu le temps de découvrir celui de la nuit.

« Bonjour mon amour,

J’espère que tu as passé une douce nuit… Aussi douce que celles que j’ai passées avec toi il y a un mois…. J’en ai passé pourtant bien d’autres depuis, mais on repense toujours à la première avec une émotion particulière. 

Je sais qu’une journée intensive t’attend mon cœur et je serai avec toi de toute mon âme sachant aussi que tu veux bien bosser pour partir l’esprit tranquille et qu’on profite à fond de notre week-end…. Je serai avec toi à chaque instant mon amour à te souffler de la spéciale brise énergisante…T’en souviens tu ?…

Si tu savais mon cœur comme je suis heureuse de t’avoir dans ma vie car tu illumines mes jours et tu berces mes nuits…. Et chaque matin que Dieu fait je suis plus amoureuse encore…

Je vais me serrer contre toi, te respirer à plein poumons et rêver que demain on se rejoint…

Je t’enlace de tout mon amour et dépose sur tes lèvres gourmandes de charmants baisers…

A tout à l’heure mon cœur.

Je t’aime

Célia »

Pascale happée par le travail ne toucha pas terre. En effet elle redoutait la séparation avec Lisa. Depuis un mois un certain équilibre s’était installé entre elles deux. Lisa avait compris depuis longtemps que le meilleur moyen de la retenir était de la laisser faire. Si Pascale avait voulu la quitter cela aurait déjà dû se produire. L’attachement profond qui les liait était indicible. Lisa acceptait le partage tacite. Était-ce cela l’amour inconditionnel ? Pascale de son côté avait su trouver les ajustements indispensables pour être avec l’une et l’autre comme si elles étaient uniques. Célia avait raison quand elle écrivait qu’elle avait deux femmes exceptionnelles qui l’aimaient.

Une parenthèse enchantée : chapitre 32

Pascale aperçut la voiture de Célia déjà garée dans la cour. Comme la première fois elle était arrivée avant elle et avait préparé un thé. L’agencement du studio était resté tel que dans son souvenir. Un sentiment familier l’envahit comme si elle s’y sentait chez elles. Elle n’eut pas le temps de franchir la porte que Célia lui ôta tous ses vêtements. En effet elle avait une furieuse envie de lui faire l’amour et le manque avait décuplé son désir. Par ailleurs elles commençaient à bien se connaitre et savaient comment faire jouir l’autre. En fait elles avaient surtout besoin d’éliminer d’emblée toutes les tensions sexuelles accumulées depuis leur séparation. Elles auraient tout le temps de s’aimer plus longuement dans la journée. Mais pour l’heure c’était l’appel des corps qui parlait.

Le thé dans les bols était froid et trop infusé. Célia assoiffée par ces ébats proposa d’en refaire. Elles pouvaient enfin se poser et reprendre le cours des choses là où normalement il aurait dû se poursuivre si la passion ne les avait pas emportées. Elles avaient passé chacune un peignoir et s’assirent autour de la table.

« Tu as fait bon voyage ma chérie ? Pas trop longue la route ? J’ai pourtant pris soin que nous ayons le même kilométrage. Je ne comprends pas pourquoi j’arrive avant toi !

– Parce que tu as la chance d’avoir plus d’autoroute que moi Célia. Je me traine une heure avant d’arriver dans une succession de petits villages tous limités à 50 quand ce n’est pas à 30 km/h.

– Tu veux que pour la prochaine fois on change ?

– Non j’adore notre petit nid d’amour. Je partirai un peu plus tôt la prochaine fois c’est tout !

– Tu parles déjà d’une prochaine fois !

– Pourquoi tu ne veux pas ?

– Pas du tout ! C’est juste que je me dis tout le temps qu’un jour tu vas m’annoncer que c’est fini.

– Ah bon ? Pourquoi de telles idées ?

– Je me dis que Lisa cherchera un jour à te reconquérir et que si elle sait se montrer désirable et entreprenante tu ne résisteras pas. J’aurais juste été là pour relancer votre libido.

– N’importe quoi ! Tu en as beaucoup des scénarios saugrenus comme celui-là. Faudrait déjà qu’elle m’ait perdu pour me reconquérir. Et même si Lisa avait des envies qui te dit que c’est avec elle que j’aurais envie de les satisfaire. La comparaison est plutôt à ton avantage sur ce terrain mon amour. Elle ne t’arrive pas à la cheville même si elle prenait des cours du soir !

– Tu me fais rire Pascale. Je ne l’avais pas du tout vu comme ça. Cependant je dois reconnaitre que l’argument fait mouche. Sans me vanter je suis une bonne amante et toi aussi tu sais !

– Tu vois ! Nous nous sommes bien trouvées.

– Oui. Très bien même. Je voudrais que tu te retires de la tête que je vais te quitter. Je vais encore me répéter mais je vous aime toutes les deux.

– Tu sais Pascale depuis un mois j’ai beaucoup réfléchi.

– Ah ?

– Oui. Je regrette de t’avoir mis cette pression sur le dos. D’ailleurs depuis que j’ai cessé ta sciatique a disparu.

– Tu as remarqué aussi !

– Moque-toi de moi !

– Continue mon amour, je t’écoute.

– Je ne peux plus me passer de toi. Et en même temps je me rends compte que tu es la première à me laisser ma liberté telle que je l’entends. Sans jalousie, sans crise. Rien à voir avec Dominique. Je me sens stupide de t’avoir imposé toutes ces crises alors que je reprochais à mon ex de pratiquer les mêmes ! Quand je l’ai réalisé je me suis fait honte.

– Bravo ! Tu me laisses sans voix pour une fois ! Et tu as compris d’autres choses ?

– Oui. Que Lisa n’était pas une menace pour moi. Que tu me le répètes assez, nous sommes complémentaires. Je ne voulais voir que ce qu’elle avait de plus que moi mais pas ce que j’avais de plus qu’elle. Tu m’as ouvert les yeux une fois de plus. J’ai jeté par-dessus bord bien des choses qui m’encombrent, tu n’as pas idée.

– Alors là tu m’époustoufles !

– J’ai très peur de mon désir en fait. Avec toi je le réalise et je ne peux m’empêcher de tout saborder. J’ai toujours refusé d’entrer dans des cases, je hais le conformisme. Et je ne sais pourquoi je te réclame une vie bourgeoise et conventionnelle alors que je déteste ça. Pourquoi je suis morte de trouille comme ça ?

– Parce que c’est toujours plus facile de s’accrocher à des vieux schémas connus même s’ils font souffrir que d’aller vers l’inconnu. C’est commun à beaucoup de gens Célia.

– J’aime ton intelligence Pascale. Et celle de Lisa aussi qui me permet de vivre cette relation avec toi. Je sais qu’elle et moi on a aussi bien des points en commun.

– Je suis même certaine que vous pourriez bien vous entendre.

– Ne va pas trop vite ! Nous n’en sommes pas encore là !

– J’espère bien qu’un jour tu feras sa connaissance.

– J’espère aussi. C’est que j’aurai bien avancé.

– Tu as déjà bien avancé !

– Tu crois ?

– Écoute-toi ! Tu es prête pour vivre une histoire qui sorte des sentiers battus. Si tu sais où es ta place et quel est ton désir, tu n’as aucune raison de redouter quoi que ce soit. Nous n’aurons que le meilleur de l’amour sans l’usure du quotidien. En effet combien de couple après dix ans font encore l’amour ? D’ailleurs je te parie que notre passion ne fera qu’accroitre au fur et à mesure des années, que notre envie sera sans cesse renouvelée et vivante.

– Exactement, je le sens comme toi Pascale. Je nous vois bien dans des années toujours dans cette même urgence de faire l’amour. A nous d’entretenir la relation et ne pas nous laisser absorber ou pourrir par des pensées négatives. Le socle de notre relation est la confiance. Faisons-en sorte qu’il soit solide !

– Oui.

– Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse.

– Et moi donc.

– Putain de timing. Tu avais raison. Laissons le temps faire son œuvre !

– J’ai envie de toi !

– Moi aussi ! »

Elles ne quittèrent pas le studio du week-end sauf une petite heure pour aller faire quelques courses.

 Elles avaient enfin trouvé leur voie dans un amour où deux et deux font trois. Il leur faudrait encore quelques adaptations avant de trouver définitivement leurs marques dans cette relation où chacune y retrouvait son compte.

Ce n’était pas une parenthèse enchantée qui s’ouvrait mais une succession de parenthèses enchantées qui donnent au désir la possibilité de se renouveler sans cesse et au quotidien de freiner son érosion.

Le temps ferait son œuvre avait rappelé Célia. Eh bien laissons le faire et attendons avec délice qu’un jour Pascale et Célia nous donnent de leurs nouvelles. Qui sait ? Elles auront peut-être envie d’ouvrir un blog et d’y raconter leur expérience…

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