Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Telle éprise qui croyait prendre

Telle éprise qui croyait prendre est une nouvelle lesbienne qui est la suite de Chaud bouillant

« On mange où tu sais ?

– A Colmar, j’ai repéré un petit restau sympa dans le guide du « petit malin », tu m’en diras des nouvelles.

– Si c’est comme d’habitude, je m’en lèche d’avance les babines car tu sais dénicher les bonnes adresses, tu dois avoir une boule de cristal dans le ventre pour avoir autant le nez.

– Tu vas être très vite fixée, nous arrivons dans une demi-heure, juste pour le déjeuner. Et sous le soleil en plus ! Je crois avoir lu qu’il y avait une terrasse à cette Winstub, avec un peu de chance nous pourrons être installées dehors. Qu’en penses-tu ?

– Génial mon amour ! »

La taverne fut facile à trouver, elle était non loin du centre ville, dans un endroit assez touristique et typique, entourée de maisons à colombages aux couleurs vives et variées. Elles furent immédiatement dépaysées et s’étonnèrent de toute cette animation. Des cars entiers de personnes âgées et les Allemands frontaliers avaient envahi les cafés et les auberges, les autres s’attardaient dans les lieux historiques, prenant photos et pauses devant les monuments. Elles n’étaient pas toutes seules à avoir projeté de s’arrêter dans ce bar à vin car de nombreuses tables étaient déjà occupées. En effet il n’en restait plus que trois de libres dont une un peu à l’écart sur le bord face à la place très fréquentée où une fontaine, surmontée d’une très belle statue, devait être apparemment un point de rencontre.

La carte était simple mais attrayante, les spécialités alsaciennes y étaient bien représentées avec une déclinaison de choucroutes et de tartes flambées sans oublier le poulet au riesling servi avec des Spaëtzeles. Les blancs d’Alsace étaient les classiques du genre. Le choix allait se montrer redoutable, elles ne pourraient pas tout goûter. Alors qu’elles étaient en train de discuter et de décider qu’elles partageraient leurs assiettes, des éclats de voix les divertirent de leurs préoccupations gastronomiques du moment. Elles entendirent un « si tu t’en vas, ne remets plus jamais les pieds ici ! » et virent débouler de l’intérieur du restaurant une jeune femme brune, la vingtaine, aux cheveux très courts recouverts d’un bonnet marin, ses magnifiques yeux bleus inoubliables lançant des éclairs.

Qu’est-ce qui avait bien pu la mettre dans une fureur pareille ? Et qui était cette femme qui avait le double de son âge qui l’attendait avec un grand sourire à quelques mètres de là ? Elles n’en surent pas plus, la serveuse se planta devant elles pour prendre la commande et elles reprirent leur conversation comme si rien ne s’était passé. Elles avaient prévu de passer une semaine de vacances dans la région et elles énuméraient tout ce qu’elles souhaitaient visiter, cette partie de l’Alsace regorgeait d’endroits tous plus charmants les uns que les autres. Pour l’heure elles se régalaient d’une tarte au munster et l’autre aux oignons, assorties d’une assiette de crudités et de charcuterie.

Le Kaëferkopf qu’on leur avait conseillé se laissait boire, elles auraient ainsi l’occasion d’affiner leur palais sur tous les crus locaux car ils n’en manquaient pas par ici. Elles avaient réservé une chambre dans un hôtel de charme dans un petit village alentour, histoire de garder un souvenir inoubliable et de se faire dorloter huit jours. Quel plaisir que de se faire servir un petit déjeuner dans un jardin calme et reposant vanté par leur guide, que de n’avoir pour seul souci le choix des menus sur la carte !

Les hôteliers étaient particulièrement aimables. Ils avaient l’habitude d’une clientèle exigeante et aisée, les grosses cylindrées se collectionnaient sur le parking et les plaques d’immatriculation étaient à elles seules un vrai cours de géographie sur l’Europe. Elles étaient les seules françaises et aussi les seules à rouler dans une petite voiture qui avait tout d’une grande comme aurait dit la pub. Les statistiques pour une fois avaient raison, la France était un des plus pauvres des pays riches quand on voyait qui pouvait s’offrir une halte dans un tel endroit. Une fois les sacs déchargés du coffre et les clés de la chambre en main, elles s’installèrent enfin dans leur mini suite qui était située au premier étage avec vue sur la cour magnifiquement aménagée pour permettre aux clients de profiter du calme et de la richesse historique de cet ancien relais de poste réaménagé en hôtel.

A l’intérieur, jacuzzi et piscine, tout était aménagé pour occuper les clients en cas de pluie et les déculpabiliser ainsi de passer du temps à table. La route avait été quelque peu fatigante à cause des camions et une petite sieste s’imposait. Elles auraient le temps d’une petite virée dans le village en fin d’après-midi. La détente vira ensuite très vite à des coquineries dont elles avaient le secret et c’est d’épuisement qu’elles s’endormirent dans les bras l’une de l’autre. De quoi bien commencer les vacances !

« On mange où ?

– Est-ce que ça t’arrive de penser à autre chose ?

– Oui faire l’amour !

– Alors toi vraiment ! A part jouir de la vie je ne vois pas ce qui t’intéresse !

– Plains-toi ! Tu crois que tu me désirerais autant si j’étais frustrée et aigrie, toujours à me priver de tous les plaisirs des sens.

– Tu as réponse à tout ! D’accord tu as raison, voyons voir où nous pourrons dîner. Je crois me souvenir qu’à la réception j’ai vu des guides touristiques. Demandons donc à nos hôtes s’ils ne peuvent pas nous conseiller. A mon avis nous ne devrions pas être déçues. Voilà ce que c’est d’avoir choisi un hôtel sans restaurant ! »

Armées de deux ou trois bonnes adresses, elles décidèrent de s’y rendre afin de voir laquelle correspondrait le mieux à leur soirée. Elles avaient opté pour la marche à pied, après tout une petite balade ne pourrait que leur faire du bien, le sommeil les avait un peu ramollies et si elles voulaient dormir un peu d’exercice était nécessaire. Vraiment ce village était magnifique, elles comprenaient pourquoi il était renommé à ce point, tout ce qui faisait son cachet avait été préservé. Le temps s’était comme arrêté et ses maisons pas toujours très droites, comme autant de témoignages de la vie de ses anciens habitants laissaient ainsi à l’imagination toute liberté.

Elles ne se lassaient pas de cette architecture si caractéristique ni de l’éclat des peintures des façades choisis dans une palette très large de couleurs vives aussi chaudes que froides mais toutes aussi soutenues. Les boutiques étaient une alternance de magasins de bouche et de souvenirs régionaux, de vieilles enseignes indiquaient ce qu’avait dû être la vie des commerces avant le tourisme de masse. Elles flânaient en s’attardant à chaque vitrine ou presque, quand tout d’un coup elles aperçurent descendant de la rue en pente la jeune femme brune et l’autre femme, celle qui l’attendait, en pleine discussion. Visiblement elles avaient l’air de bien s’entendre, la dispute et les menaces du midi étaient loin et n’avaient pas affecté leurs rapports. Enfin ça c’était l’interprétation qu’elles en firent quand elles les eurent dépassées. On sentait qu’un rien les occupait, c’est fou comme des futilités peuvent prendre de l’importance dans certaines circonstances.

Au restaurant leur discussion tourna autour de leur organisation du lendemain. Elles avaient projeté de visiter le Haut Koenigsbourg, elles comptaient bien ramener de leurs vacances des photos inoubliables. En attendant c’est à leurs papilles qu’elles laissaient un fameux souvenir en se régalant d’un backhoef accompagné d’un Pinot blanc. Cette première journée avait déjà été très riche en émotion, une bonne nuit de sommeil et demain elles seraient pleinement dans leurs vacances.

« Dors encore un peu mon amour je vais aller à la piscine. Je sais que tu as horreur de te bouger au saut du lit, aussi profites-en pour flemmarder ou lire comme tu adores le faire. Je serais là dans une heure, ensuite nous déjeunerons ensemble.

– Mumm… »

Bonjour Béa,

J’en ai marre de ma mère, comme d’habitude elle ne comprend rien. Pour elle je ne suis qu’une dégénérée, une perverse. Pendant que j’étais en cours elle a lu tes mails et m’a fait tout un scandale. Tu as le double de mon âge, en plus tu vis en couple, j’étais vraiment naïve de croire que tu allais tout laisser tomber pour moi et m’offrir une vie convenable. On s’est disputé et je suis partie de chez moi en claquant la porte ce matin. « Si tu t’en vas, ne remets plus jamais les pieds ici ! » m’a-t-elle hurlé. Je vais me faire héberger par une copine en attendant de me trouver une chambre en ville. Quand est-ce que tu viens ?

Je t’embrasse aussi fort que je t’aime

Axelle

Bonjour Axelle,

Je suis coincée à Paris à cause de mon boulot mais je te promets mon amour que bientôt je serai là. Je viens de me séparer de mon amie, j’ai hâte de te prendre dans mes bras et de t’aimer. Si tu savais comme je te désire. Jamais je n’aurais pensé éprouver autant de sentiments pour quelqu’un que je ne connais que par Internet. Heureusement j’ai ta photo et je t’imagine. J’ai envie de caresser tes seins, de goûter tes lèvres, de me perdre dans ton sexe chaud et humide, de me noyer dans ton regard bleu azur. Ta mère est cependant dévorée par les préjugés, ne l’écoute pas. Vis ta vie ! N’oublie que tu as tes études et des examens bientôt. Que cela ne te perturbe pas trop ! Mais promis dès que je la sais, je te donne la date de mon arrivée.

Bisous voyous dans le cou et partout, partout, partout…

Béa

Viennoiserie, café, chocolat, beurre, confiture. La température clémente de ce début de matinée leur permit de s’attabler dans le jardin, chacune étant réfugiée dans ses pensées. Nul besoin de se parler pour se comprendre, nulle envie aussi de briser cette douce intimité. Elles prolongèrent ainsi cette complicité avec leur périple à travers les vignes qui était un enchantement. Les vendanges n’avaient pas commencé, seul la récolte des pommes et des quetsches attirait les gourmands sur les bords des routes où les producteurs avaient installé des tables avec des cagettes remplies à ras bord. De loin, majestueux, le château fait de pierres rouges, surplombait toute la plaine d’Alsace. Photographie au zoom depuis la voiture, plaisir du dépaysement absolu en traversant tous ces petits villages, tous différents des uns des autres, d’où se dégageait un certain art de vivre. La visite fut à la hauteur de leur attente.

Les lacets n’en finissaient plus dans la descente. Chacune y alla de son commentaire sur le style un peu rococo et la beauté du paysage ainsi que du sans gêne d’un groupe scolaire qui n’avait pas hésité à monter sur les canons exposés ou bien à toucher malgré l’interdiction du guide le four en porcelaine. Elles décidèrent de s’arrêter à Ribeauvillé, une petite pause café était la bienvenue et elles avaient l’intention de se ramener une nappe et autre linge de maison, spécialité de la ville. Elles déambulèrent dans les rues, s’émerveillant de l’architecture des maisons, des enseignes et des peintures en trompe-l’œil.

Un salon de thé à l’écart, au calme, attira leur regard et dans un même élan, elles entrèrent, commandant gâteaux et cafés. Alors qu’elles lisaient côte à côte le guide touristique afin d’en savoir plus sur ce lieu, vinrent s’asseoir en face d’elles la belle brune et son accompagnatrice. Elles chuchotaient, des bribes de leur conversation arrivèrent néanmoins à leurs oreilles.

« Tu ne vas pas pouvoir continuer comme ça Axelle. Tu es à quelques mois de ton diplôme, ce serait vraiment trop bête de le louper pour une histoire d’amour improbable.

– Est-ce que tu sais ce que c’est que d’aimer ?

– Ah la jeunesse ! Mais qu’est-ce que tu crois ? Que j’ai vécu enfermée dans un couvent et que je n’en suis sortie que pour aller bosser ? J’ai été amoureuse aussi et j’ai souffert si tu veux tout savoir. Mais à ta différence c’est que j’avais la tête sur les épaules et que je ne me mettais pas en danger après quelques échanges épistolaires. Il faut avoir vécu physiquement l’amour pour affirmer que c’en est. La passion via un clavier, excuse-moi mais j’en doute…

– Chacun son époque. Toi c’étaient les boums, moi c’est Internet !

– Tu n’as pas peur de te lancer, il y a des détraqués pourtant… ?

– Je t’arrête tout de suite, il n’y a pas de sérial-killer derrière chaque petite annonce ou sur les forums de discussion. Arrêtons cette parano ambiante ! Sinon on ne fait rien et on reste sagement cloîtré chez soi à attendre que ça se passe. Fais un peu confiance !

– En attendant, ta dulcinée tu ne sais pas où la joindre, tu n’as qu’un prénom et une photo trop floue pour la reconnaître dans la foule, c’est un peu mince pour tout plaquer ! Tu la crois quand elle te dit qu’elle a quitté sa copine. Qui te dit qu’elle ne te ment pas, que tu n’as pas agi aussi un peu précipitamment ?

– Cela se sent quelqu’un de sincère. On ne fait pas semblant avec ses sentiments et même si elle a arrangé la réalité, j’ai fait pareil moi aussi en lui disant que j’avais déjà de l’expérience, qu’est-ce que ça change. Je l’aime et je veux construire ma vie avec elle.

– Pourquoi n’as-tu pas cherché une jeune fille de ton âge, que tu aurais rencontré physiquement, tu t’accroches à une chimère ?

– C’est bon la morale, j’en ai marre. On va changer de sujet ! »

Silence. On n’entendait plus que les bruits de fourchettes et de petites cuillères sur la faïence. Malgré elles elles avaient entendu la dispute, voilà que l’histoire se clarifiait quelque peu. Visiblement la jolie brune avait craqué pour une femme « mariée » et semblait avoir perdu en définitive tout bon sens. Elles échangèrent un petit sourire entendu car c’était beau d’y croire encore, c’est sûr qu’à la quarantaine, on est plus prudent et qu’il y bien longtemps qu’on n’attrape plus des mouches avec du vinaigre. Cela dit c’était courageux d’oser vivre sa passion, si effectivement tout était vrai, elle aurait tort de passer peut-être à côté de l’amour de sa vie.

Tout le monde quitta le salon en même temps mais chaque couple partit dans des directions opposées. Elles s’attardèrent dans une galerie, où un peintre exposait ses œuvres et marchèrent tranquillement jusqu’à l’heure du dîner. Une quiche lorraine accompagnée d’une salade et d’une bouteille d’eau fit l’affaire. Pas question de ramener une cirrhose de leurs vacances !

« Tu es sûre que tu ne veux pas aller te baigner ?

– Non vas-y sans moi ! Je voudrais terminer ce roman passionnant. Je sais que tu ne peux pas te passer de tes longueurs mais nous ne sommes pas obligées d’être collées l’une à l’autre en permanence. »

Salut Béa,

Quand viens-tu ? Tu ne m’as pas répondu et je commence à être lassée par tant d’incertitudes. J’ai besoin de savoir car j’ai pris des risques pour toi, j’ignore où je vais. Si tu recules car ma jeunesse t’effraie, dis-le ! Je comprendrai. Mais sois honnête, je ne veux pas gâcher ma vie à t’attendre. Je commence à douter, rassure-moi je t’en prie !

Avec tout mon amour

Axelle

Bonjour Axelle,

J’ai enfin pu me libérer. Si tout va bien je serai à Colmar demain si ça te convient. Tu me manques mon amour, sans toi je ne vis plus. Je pense à toi nuit et jour, à tout cet amour que nous allons nous donner. Moi aussi j’ai autant la trouille que toi, je ne sais pas non plus où je vais. Mais pour toi je suis capable de tout, jamais avant toi je n’ai connu pareille passion. RV comme convenu devant la fontaine, devant le Winstub que tient ta mère à 13 h.

Milles baisers de feu

Béa

Elles choisirent de prendre le petit déjeuner à l’intérieur. Au programme de la journée, visite de villages environnants, les hôteliers leur avaient recommandé quelques adresses. Elles avaient envie de se laisser surprendre par ces endroits non décrits dans les guides, elles voulaient aussi ramener autre chose de leur voyage que des souvenirs communs et galvaudés.

Kaysersberg, ville natale d’Albert Schweitzer. Elles avaient arpenté rues et ruelles dans de nombreux villages et cet endroit leur plut d’emblée. Était-ce à cause de son centre piétonnier ? Ou bien de ses odeurs de gâteaux chauds qui s’échappaient des échoppes ? Des couleurs et de la beauté de certaines maisons ? Toujours est-il qu’elles s’attardèrent longuement devant les vitrines et les façades multicolores, prenant tout ou presque en photo. D’ailleurs sans le vouloir alors qu’elles attendaient que la vue se dégage pour prendre de plein pied une très belle maison, apparut dans le champ de vision la brune et son amie au moment où le clic se fit entendre. Vraiment quelles coïncidences ! Pas un jour sans qu’elles ne les croisent sur leur chemin. Elles semblaient pressées, plus que les autres fois et elles les dépassèrent sans même les regarder.

Qui était cette brune ? Pourquoi se promenait-elle avec cette femme plus âgée ? Quel lien les unissait ? C’est sûr que le mystère était entier et que le voile n’avait aucune chance de se lever. Ce cliché s’il était réussi leur permettrait dans des années d’échafauder encore des plans, cela serait aussi un excellent sujet de conversation dans les soirées où des amies et elles auraient envie de délirer sur leurs fantasmes inavoués. La brune pourrait se transformer en amante idéale pour l’une comme pour l’autre…

« Je t’attends pour déjeuner, prends ton temps à la piscine.

– A tout à l’heure mon amour, repose-toi bien on dirait que tu n’es pas remise de ta soirée.

– Tu es une maîtresse infatigable, jamais rassasiée de caresses. C’est que je n’ai plus vingt ans.

– Tu comprends pourquoi j’entretiens ma forme.

– Dépêche-toi la championne, il ne va plus rester de place en salle à ton retour si tu continues à bavarder, plus ça va plus les gens arrivent tard pour prendre le petit déjeuner. Il faut dire que c’est tellement calme que rien ne perturbe le sommeil ici. »

Chère Béa,

Comme je suis pressée de te retrouver. Je t’attendrai jusqu’à 14 heures car ensuite je suis en stage avec l’infirmière libérale dont je t’ai parlé, j’apprends à me familiariser avec la pratique en cabinet. Cependant je ne peux m’absenter car je passe mon diplôme dans quelques mois et si tout va bien je m’installerai avec elle en association, elle ne peut plus travailler seule, il y a trop de travail à cause de la population vieillissante. Elle est courant pour nous deux et elle me reproche notre liaison. Elle est ouverte mais jusqu’à un certain point. Tu as mon numéro de portable si tu as un empêchement. Au fait ça t’arrive de brancher le tien car en ce moment je tombe sur ta messagerie, c’est particulièrement désagréable. Je suis très pressée de te voir et d’enfin te serrer dans mes bras. Je suis hyper excitée si tu savais…

Bisous canailles

Axelle

La journée s’annonçait particulièrement ensoleillée. C’était l’idéal pour aller découvrir en barque la Petite Venise à Colmar, se laisser bercer par le flot des eaux calmes. La balade dura une trentaine de minutes, de quoi prendre des photos sous un angle inhabituel. Légèrement incommodée par l’odeur de la vase, elles renoncèrent à s’éterniser à la terrasse d’un café. De toute façon il y avait tant à voir dans cette ville qu’une belle promenade à travers les rues et les ruelles aurait raison de cette petite déception. Bartholdi avait laissé son empreinte dans la vieille ville, elles n’en finissaient pas d’être éblouies par la restauration de toutes ces demeures anciennes, du cachet authentique de cette cité alsacienne.

Elles ne se lassaient pas le nez en l’air d’admirer tous les détails des bâtisses et des enseignes, des toits et des fenêtres. L’heure du déjeuner approchait car un peu partout s’échappaient des arômes alléchants qui leur rappela que manger n’était pas seulement un besoin et une nécessité mais aussi un plaisir. Et si elles retournaient à l’auberge, elles s’étaient promis de goûter aux autres spécialités à la carte. Comme elles avaient prévu de s’arrêter à un restaurant dans la Petite Venise, aussi avaient-elles oublié volontairement de regarder une solution de rechange dans le guide à l’hôtel loin de penser à un imprévu de dernière minute.

La patronne les reconnut de suite et les salua d’un « comment ça va depuis la dernière fois ? La même table ? ». Étonnées d’une telle mémoire, elles approuvèrent sans hésitation et s’installèrent face à la fontaine. Il y avait un monde fou qui s’était donné rendez-vous et pendant près d’une demi-heure ce fut un ballet incessant d’allers et venues. Alors qu’elles en étaient au dessert, elles reconnurent dans cette foule moins compacte la jolie brune. Avec qui allait-elle repartir ?

Elle était seule pour une fois et contrairement aux dernières rencontres son visage manifestait de la joie. Elle ne cessait de regarder sa montre, apparemment elle avait à faire avec une retardataire, le genre qui se fait désirer. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, elles assistaient à sa lente décomposition. La déception se lisait sur son minois puis la tristesse et enfin la colère. Elles la virent se saisir de son portable et appuyer fébrilement sur les touches, le sms devait être rageur.

« Tiens ce n’est pas ton téléphone qui vibre ?

– Ah si tu as raison. Voyons voir ! Un message publicitaire. Sans intérêt. Tu permets j’efface le message et j’éteins le mobile que nous soyons tranquilles.

– Je croyais que c’était une de tes multiples maitresses.

– Et jalouse avec ça ?

– En amour je ne suis jamais sûre de rien, un jour c’est la passion, le lendemain la désunion. Regarde la jolie brune, on a du lui en promettre pour qu’elle soit aussi mal. Tiens ! Elle lit la réponse, voyons la tête qu’elle va faire. »

Elles la virent alors fondre en larmes et écrire rageuse un sms qui devait être de rupture. Une fois terminé, elle se dirigea vers l’auberge et se précipita à l’intérieur à la recherche de sa mère. C’était le retour au bercail du vilain petit canard. La patronne devait être ravie de la décision de sa fille puisqu’en leur apportant l’addition elle leur offrit les deux cafés. Il était temps pour elles que le repas se termine car le ciel vira soudainement au gris et une averse violente bouscula leur projet de balade. Elles décidèrent de rentrer à l’hôtel, un après-midi sous la couette était aussi un programme alléchant, c’est grisant pour un couple qui vieillit d’exciter ses sens et d’entretenir le désir.

Malheureusement pour elles, la pluie n’avait pas cessé. Elles choisirent de rester et chacune de vaquer à ses occupations, l’une à lire et l’autre à la piscine.

Béa,

Tu m’oublies, c’est fini entre nous ! Je t’ai attendue une heure et tu n’es pas venue. Ton sms m’expliquant un imprévu sur la route, je n’y ai pas cru une seconde. Tu m’as pris pour une grosse conne depuis le début et j’ai cru à ton blabla. Tu n’as jamais eu l’intention de changer ta vie et de quitter ta belle, tu m’as manipulée depuis le départ. Je ne sais pas ce que tu cherchais avec moi si c’était une aventure virtuelle, histoire de pimenter ta vie de couple ou si tu es le genre à vraiment aller au bout de tes désirs. Je t’ai aimée et j’aurais été prête à tout quitter pour toi. Mais la réciproque est loin d’être vraie.

Au plaisir de ne plus jamais te relire

Axelle

Chère Axelle,

Je ne sais pas quoi te dire. Tu as raison d’être en colère après moi, je suis impardonnable. Je n’ai pas pu te prévenir à temps. Tu as le droit de m’en vouloir et si tu veux que notre histoire s’arrête là je respecte ton choix. Mais tu sais je t’aime comme je n’ai jamais aimé. Je peux te jurer sur ce que j’ai de plus cher que j’ai bien quitté mon amie et que je suis libre comme l’air. Je respecterai ta décision quelle qu’elle soit. Donne-moi seulement encore une chance mon amour je t’en prie !

Je t’embrasse comme je te désire

Béa

Chère Béa,

Moi aussi je t’aime. Oublie ce que je t’ai dit, je suis prête à t’attendre, prends le temps qu’il te faut pour régler ta rupture. J’ai été égoïste, je n’ai pensé qu’à moi, ne m’en veux pas mon amour adoré.

Bizzzzzzz+++++++++

Axelle

La pluie redoubla dans la soirée et le lendemain se fut pire. Préférant ne pas garder un mauvais souvenir de leurs vacances elles décidèrent d’abréger leur séjour. De toute évidence elles n’étaient pas les seules car l’aubergiste avait préparé les factures d’au moins la moitié de ses clients. Il les fit patienter car un couple d’allemands semblait pressé. Pendant que l’une se chargea des bagages à ranger dans la voiture, l’autre patienta afin de régler la note.

« Alors vous nous quittez mesdames. J’espère que vous garderez un bon souvenir de notre région.

– C’était magnifique nous reviendrons. Vous avez une petite carte avec vos coordonnées.

– Oui d’ailleurs nous avons une adresse Internet si vous voulez nous joindre et réserver. Je vous en parle car je vous ai vu souvent à la borne quand vous alliez à la piscine.

– Vous devez faire erreur, je n’ai jamais utilisé la borne.

– Excusez-moi, j’ai cru vous voir le matin quand vous alliez nager.

– N’en parlons plus je vais payer par carte bleue ! »

Alors qu’elles roulaient depuis deux heures elles éprouvèrent le besoin d’une pause.

« Tu n’as pas envie d’un café ?

– Si ça nous fera du bien. Je suis triste de rentrer, j’aimais tellement ces vacances avec toi.

– Nous reviendrons ma chérie, c’est promis.

– J’espère bien, j’ai découvert avec toi cette région que je ne connaissais pas du tout. Combien de temps déjà que nous sommes ensemble ?

– Sept ans et j’espère bien vivre le reste de mon existence avec toi.

– Moi aussi. Je me sens tellement bien avec toi que notre relation peut se passer de mots. En particulier si jamais tu me trompais je le saurais tout de suite, plus fidèle que toi je ne connais pas.

– Tu sais bien que je n’ai aucun secret pour toi mon amour.

– Alors on se le boit ce petit café Béa ? »

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