Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Week-end Rubicon

Week-end Rubicon est une nouvelle lesbienne parue après histoires d’amour

Rubicon. Ce nom a déjà à lui toute une histoire. Ne dit-on pas : franchir le Rubicon ? Ce qui signifie prendre une décision révolutionnaire, faire un acte d’insubordination. Le Rubicon pour qui l’ignore est un fleuve côtier d’Italie, tributaire de l’Adriatique, frontière entre l’Italie et la Gaule cisalpine. César le franchit quand il décida de sortir de la légalité pour marcher vers Rome. Alea jacta est.

En fait Rubicon est le nom d’une compagnie qui organise des voyages éclairs et publicitaires. Vous connaissez forcément. Qui n’a pas eu dans sa boite aux lettres ce formulaire Week-end Rubicon vantant les mérites de cette compagnie ?  Avec des tarifs défiants toute concurrence, vous offre la possibilité de découvrir l’Europe à moindre frais. Un bon sujet de téléfilm avant « ça se discute ! » ou alors une thèse de sociologie, « les Français et la géographie ».

Pour une fois l’encart Week-end Rubicon n’avait pas fini à la poubelle. Sans doute parce que le dessin, de jolis moulins stylisés, avait été accrocheur. Et que Laure m’avait fait savoir son désir d’y participer. Le départ était matinal, 6 heures mais qu’importe pour une fois je ne râlerais pas après le réveil. Je fus même un peu avance. Je craignais le pire car je me doutais que le prix alléchant attirerait du monde en mal de dépaysement. A croire que j’avais lu l’avenir dans une boule de cristal. Lorsque le car arriva à l’arrêt, le dernier indiqué sur la réservation, il était plein à craquer !  Pourtant j’avais eu la correction d’envoyer à la fameuse compagnie ma réservation. Elle m’avait été confirmée en retour.

Laure qui comme moi trépignait d’impatience dans le froid de ce petit matin d’avril poussa un cri de stupéfaction.  Elle crut un instant que nous allions rester sur le trottoir devant un signe du chauffeur. Celui-ci nous intimait l’ordre de rester où nous étions. Adieu le week-end en Hollande. Bonjour le week-end en banlieue parisienne. Heureusement toujours pleine de ressources et jamais à court d’arguments, Laure monta promptement dans le bus. Et comme si elle était la patronne, elle eut l’idée de génie de hurler à la cantonade. En mettant ses mains devant sa bouche, pour se faire entendre de tous. Elle ordonna de sortir les réservations afin de les vérifier.

Je ne vous raconte pas la tête des quatre malheureux pris la main dans le sac, leurs fesses indûment posées sur les sièges très confortables de l’autocar Week-end Rubicon. Et encore moins comment nos fraudeurs sont rentrés chez eux, le seul bus présent à cette heure étant celui-là ! Cela dit tout n’était pas gagné car le sort s’acharnant sur nous, nous allions être séparées. Les lascars, malheureusement pour nous ne s’étaient pas installé côté à côte et nous sentions aussi l’hostilité des voyageurs car nous avions sans le savoir renvoyés dans leurs pénates certains de leurs amis ou parents.

Il était beaucoup trop tôt pour se préoccuper de la composition du groupe, seul comptait pour nous de nous installer l’une près de l’autre. Autre ironie du sort, un fauteuil était pris par un deuxième chauffeur de Week-end Rubicon non prévu sur la liste. Le temps de se retourner deux personnes qui nous avaient rejointes à l’arrêt, étant moins difficiles que nous avaient occupé les fauteuils encore tout chauds. Le conducteur pressé de démarrer et contrarié des initiatives de Laure nous proposa sèchement de nous asseoir.

Habituellement ce genre d’incident devait se résoudre autrement.  Soit l’une par terre soit l’une sur les genoux de l’autre. Indignation de la part de Laure, scandale de la part du groupe, tout cela avait plus que duré, il fallait partir et trouver une solution. Sorti de je ne sais où, je me vis inviter par le conducteur à prendre place sur une caissette bien dure et dans un clin d’œil qui en disait long « on allait s’arranger sur le tarif vous acceptez très vite ! »

Et comment ! Laure m’aurait trop manqué pendant ce trajet qui promettait d’être long. Ce que je n’ai pas dit c’est que je crevais d’amour pour Laure qui ne le savait pas. S’en doutait-elle ? J’avais trop peur de lui poser la question, je préférais mille fois le doute à une certitude peut être décevante. Je mis ce temps à profit pour subtilement mieux la connaître. Mine de rien je parlais de mes héroïnes préférées à Laure et si avec ça elle ne comprenait pas où je voulais en venir, je voulais bien finir ma vie dans un couvent.

Prévoyante j’avais pris soin d’emporter avec moi un ouvrage où justement il en était question et je pris plaisir à lui en faire la lecture. Je sentais entre elle et moi une communion d’esprit qui nous était propre depuis quelques temps et qui méritait d’être approfondie. Laure apprécia mon initiative car ainsi la route lui parut moins monotone. En dehors des terrils il n’y avait rien à voir d’intéressant et même si cette région minière était chargée d’histoire, ce n’était celle là que je voulais entendre.

Le jour se levait et peu à peu les gens émergeaient de leur sommeil. Je n’osais pas me retourner car je craignais de me faire lyncher, l’image de notre départ me hantait encore. Pietro, le chauffeur, un italien rondouillard, au teint rubicond, sans doute un critère pour l’embauche afin de porter haut et fort les couleurs de la compagnie, sacrifiant sa santé à boire les excédents de vin de la communauté européenne et montrer ainsi son ouverture d’esprit sur les accords de Maastricht, entreprit de mettre de l’ambiance dans son car rempli de personnes du troisième âge. Histoires drôles gentillettes et commentaires personnels assortis de cassettes musicales ringardes, voilà résumé le programme.

Pour moi cela n’avait aucune importance puisque la compagnie de Laure me suffisait à elle seule. Je notais quand même que Pietro de Week-end Rubicon était très attentionné avec sa clientèle qui saurait s’en souvenir au moment des adieux et du pourboire. Mais je m’égare, n’oublions pas l’essentiel du voyage marqué en tout petit en bas du prospectus et attendu de tous : une halte bien méritée dans un endroit au nom ronflant dont je ne me souviens plus. Il faut dire que les vessies incontinentes commençaient à crier grâce, les boyaux à gargouiller et l’appel du café se faire plus fort que celles des armes.

En rentrant dans ce lieu hospitalier style grande salle de cantine mal insonorisée au papier peint vieillot, Laure et moi nous sommes précipitées sur des chaises en plastique orange, à un coin de table où nous serions tranquilles. Nous avons été bien inspirées car la suite des événements nous confirma que notre recul relatif était nécessaire à la réflexion. La queue aux toilettes débordait jusque dans le couloir et le temps de rajuster gaine et bas de contention, la salle se remplissait au compte-gouttes. L’accueil autoritaire et commercial de notre hôtesse annonçait le programme.

Le petit déjeuner offert par la maison pour calmer les appétits mais surtout pour mettre les gens en confiance et les détendre fut vite expédié. En effet chacun attendait impatiemment et bruyamment le grand show publicitaire, il n’y avait que Laure et moi pour l’ignorer. Pourtant c’était annoncé au programme mais le détail nous avait échappé. Nous ne fûmes pas déçues du spectacle. Une arnaque montée en grande pompe et des gogos fiers par avance d’être plumés. La maîtresse de ces lieux maquillée, coiffée, habillée comme une mère maquerelle commença à nous présenter un coussin miraculeux. Les petits vieux d’abord digérant ensuite ébahis puis crédules devant tant de promesses de bien-être commencèrent à boire ses paroles comme du petit lait.

Il faut dire que le charmeur de serpents avait sorti sa plus jolie flûte. Pendant une demi-heure, notre Rika Zaraï sur le retour vanta les mérites de cette merveille de la technologie moderne. Rendez-vous compte, ce coussin vibrait, massait, chauffait. Bref il faisait tout ! En plus il avait une garantie de dix ans ! Que demander de plus ?

Nous écoutâmes religieusement notre prêtresse débiter le mode d’emploi : faites vibrer une semaine votre coussin dans le dos et finie la sciatique. Faites chauffer et vibrer le coussin dans la région scapulaire et finie l’arthrose. Pour les varices, branchez la prise et miracle plus de varices, exit la notion de vasodilatation des veines avec la chaleur. Laure, toujours aussi pertinente dans ses interrogations me demanda si en branchant la prise dans le c… on pouvait faire disparaître les hémorroïdes. Quant à moi j’étais surtout inquiète de savoir s’il en existait un, miniature à piles qui pourrait servir de vibromasseur, j’imaginais les mémés testant leur engin aux toilettes, on n’était pas partis.

Mais le plus extraordinaire, mesdames et messieurs, c’est que notre coussin combattait aussi la constipation. Je pense que cet argument de vente était de poids et ne pouvait laisser insensible nos compagnons de route. Sinon comment expliquer qu’elle vendit 25 coussins au prix avantageux de 180 euros au lieu de 210 en une, deux ou trois mensualités. Au total 4500 euros pour de simples bouillottes électriques un peu nerveuses au branchement. Argent facilement gagné à notre goût. Mais comment expliquer un tel engouement pour cet objet ? Je ne vois qu’une seule explication : c’est plus économique qu’un voyage à Lourdes et en plus le miracle est garanti. Ou alors ces messieurs ont-ils l’espoir secret de retrouver leur érection d’antan car avec un peu de chance le massage de la prostate était prévu dans le mode d’emploi ?

Mais le show n’était pas terminé pour autant. Pendant que chacun essayait le coussin miracle, un spécimen circulait dans la salle, la vente continuait. On poursuivait dans les produits et potions du même acabit : huile de vison pour retrouver jeunesse et beauté et puis… Là Laure et moi avons décroché. Mais apparemment il s’en vendit des litres. Le temps passait et je préfère passer sous silence l’infâme repas qui nous fut servi, même mon chat n’en aurait pas voulu.

Inutile de continuer à nous charmer, l’oiseau avait été plumé. En matière de constipation, nous risquions davantage la diarrhée et ceux qui n’avaient pu s’offrir le coussin pour cause de budget restreint n’auraient eu ainsi aucun regret ! Mais bon vu le prix du voyage Week-end Rubicon  et la ristourne que Laure, avec tout le talent et le charme qui me séduisaient en elle, avait eu auprès de Pietro c’est-à-dire mon billet gratuit ne nous plaignons pas ! C’était toujours ça de gagné ! Mon seul regret c’est qu’entouré de tout ce monde je n’avais eu aucune possibilité de dévoiler à Laure ma petite flamme…

Lorsque l’heure du départ arriva, nous partîmes sans regret de ce grand souk. Notre hôtesse, radieuse d’avoir conquis ce public de fins connaisseurs nous salua chaleureusement. Elle nous fit promettre de revenir la voir et quelques inconditionnels jurèrent la main sur le cœur qu’ils seraient de retour très bientôt avec de nouveaux amis. Un œil noir lancé dans notre direction nous fit comprendre que nous avions privé quatre clients de ces bonnes affaires avec notre insistance à vouloir être de ce voyage surtout que nous, nous n’avions rien acheté !

Changement d’atmosphère, changement de conducteur du bus « Week-end Rubicon » . Un Italien aussi, Giancarlo, familier d’emblée avec nous puisqu’il nous tutoya ce qui ne fit pas plaisir à Laure !

L’arrivée dans le pays flamand nous dépaysa totalement. Inscription, végétation, maisons, rien de familier. Nous commençâmes à admirer les premiers moulins flamands. A la différence des moulins hollandais c’est la base qui bouge et non la tête qui tourne pour orienter les ailes dans le vent. Depuis le bus « Week-end Rubicon » nous avons pu les voir fonctionner car Giancarlo prit soin de ralentir tout en commentant le panorama. Très critique sur les Flamands on sentait la rancœur tenace. Il faut dire que le lion noir imposant sur fond jaune du drapeau renforce la puissance et la richesse qui se dégage de cette région. Notre périple nous fit passer à Gand. Nous avons eu tout juste le temps d’admirer très rapidement la cathédrale, exactement le même que de l’écrire.

En revanche à Damme, ville du « plat pays » où Jacques Brel fit ses débuts, au charme certain, avec sa petite église et son hôtel de ville typique de la région nous eûmes le temps de prendre des photos à travers les vitres sales du bus « Week-end Rubicon ». Nous continuâmes notre route sur du macadam, du vrai, construit par les prisonniers de guerre. En fait ce sont des plaques de béton de cinq mètres sur cinq, unies par du goudron, bordées d’arbres penchés par le vent.

Latéralement on pouvait apercevoir des pistes cyclables, une priorité dans ce pays où la petite reine est roi, patrie d’Eddy Merckx pour ceux qui ne s’en souviennent plus. J’étais debout dans le bus car depuis ma caisse je ne voyais que le tableau de bord et gênant tout le monde je calmais les ardeurs des plus véhéments en proposant un échange. Maintenant que j’avais payé, je ne pouvais qu’être gagnante. Finalement je gardais ma place et les plaintes se calmèrent aussi vite qu’elles étaient apparues.

Dernière étape avant Sluis en Hollande : Bruges. Ville majestueuse au passé prestigieux. Les maisons cossues aux vitres sans rideau nous ont permis d’apercevoir faïences et porcelaines. Cette prospérité discrète et omniprésente suscite sans doute cette jalousie entre wallons et flamands. Et puis les Flamands n’ont-ils pas un parlement qui leur est propre et qui revote les lois belges ? Vous parlez d’une histoire belge ! Au point de vue institutionnel c’est assez osé. Imaginerait-on en France les Basques ou les Bretons refaire les lois ?

Enfin Sluis, Hollande, but du voyage du « Week-end Rubicon ». Sluis, petite ville frontalière, typique et touristique. Le temps était avec nous. Ensoleillé et venteux tel que je l’imaginais. L’arrivée massive de tous ces beaufs de banlieue parisienne ne jura pas trop dans le paysage, il y avait les mêmes versions banlieues de Bruxelles. Pour éviter la cohue chez le sabotier, nous partîmes avec Laure flâner en ville. Rues piétonnes aux commerces variés. Prenant le temps de vivre et de goûter la joie simple d’un après-midi serein, nous fîmes un petit tour. Un petit canal bordé de maisons coquettes où quelques petits pontons particuliers faisaient une avancée, donnaient à cette ville un air de vacances.

Si les lieux étaient accueillants, les autochtones ne l’étaient guère. Ce qui se comprend un peu quand même, Brel avait si bien décrit la discrétion de ces gens du Nord que nous ne pouvions que les déranger. Quelques achats incontournables, chocolats et cartes postales et une petite halte dans un café fut la bienvenue. Nous dégustâmes une crêpe au sucre et au beurre salé surmontée de caramel liquide. Ni Laure ni moi n’avions voulu toucher au Ronron en boîte servi le midi et l’anecdote aurait été vite oubliée si nous n’avions pas reconnu certains de nos amis français pliés en deux devant les toilettes. Effets du coussin vibreur ou agapes de notre hôtesse ? Nous ne saurons jamais. Mais changeons de sujet, c’est Van Houten, un hollandais qui inventa le chocolat en poudre.

En effet c’est le Hollandais Conrad Johanes Van Houten, chocolatier à Amsterdam depuis 1815 qui déposa en 1828 son brevet de « chocolat en poudre ». Grâce à une presse de son invention, il venait de réussir à extraire la plus grande partie de la matière grasse (chaque fève torréfiée contient 55 % de beurre de cacao) et à isoler la poudre sèche de cacao qui sert ainsi à confectionner le chocolat que nous connaissons actuellement. Aujourd’hui le beurre extrait est tempéré et moulé en pain (on appelle la partie restante « tourteau de cacao »). Van Houten inventa également le « dutching ». Un procédé qui consiste à ajouter un peu de potasse à la poudre de cacao afin de la rendre plus digeste. Une recette directement inspirée de celle des Indiens qui mêlaient de la cendre à leur chocolat.

Ainsi s’achevait le temps où l’on préparait le chocolat liquide à l’aide de graines de cacao fermentées, grillées, épluchées puis broyées que les Européens avaient pris l’habitude de fouetter avec un moulinet. C’est ainsi qu’en arrivant en France, les servantes d’Anne d’Autriche, qui comme son nom l’indique est espagnole, enseignèrent à la cour de France le maniement de la « molina ». On ne connaissait pas alors la solubilisation du chocolat. Pour mémoire, le premier arrivage de cacao en provenance des Antilles eu lieu en 1679 ; 1659 est l’ouverture de la première boutique de chocolat à Paris .

En fait c’est en 1502 que Christophe Colomb, lors de son dernier voyage en Indes occidentales but le premier une tasse de cacao offerte par les Indiens de l’île de Guanaja. Une boisson amère et piquante à laquelle il ne prêta pas attention puisqu’il ne fit part à personne de sa découverte. Ce n’est que dix sept ans plus tard que Cortès fit découvrir à la cour de l’empereur ce breuvage.

Aussi modestement mais avec infiniment de plaisir nous dégustâmes ces pankoekens accompagnées d’un bon chocolat chaud avec délice et volupté. Ces trois heures en Hollande passèrent trop vite. Afin d’échapper au bruit et à la foule nous nous réfugiâmes dans une petite église. Le silence nous envahit très vite et apaisa notre esprit. Surtout le mien qui frisait la surchauffe. Depuis que nous étions parties, je n’avais eu aucune occasion de partager un instant d’intimité avec Laure. Et je commençais à ronger mon frein. J’avais envie de l’embrasser mais je craignais de briser notre douce complicité. Il valait mieux que je la mette en confiance, tout précipiter et ce serait retour à la case départ. Ce recueillement me fut nécessaire et j’en appréciais chaque minute. Laure en profita pour écrire ses cartes postales, à chacun sa manière d’honorer Dieu.

Ce sont des coups de klaxon sonores de notre bus Week-end Rubicon qui nous tirèrent de notre méditation. Nous avions raté la fabrication des sabots, quel regret ! Le retour fut très agréable. En effet Giancarlo nous fit visiter Bruges. Le parlement aux façades de pierres grises, blanches et rouges côtoyait dans une grande harmonie l’église au beffroi de 366 marches. Les armoiries aux couleurs de la ville rappelaient son histoire prestigieuse. Plus loin la place Zand à la fontaine entourée de statues d’art contemporain donnait une touche culturelle à la cité. Et puis partout des boutiques de dentelle et de chocolat ou plus exactement de pralines belges.

Pour finir ce périple, le bus s’arrêta une dernière fois. Ma foi je n’étais pas mécontente de quitter cette caisse sur laquelle j’étais installée depuis le départ même si elle me permettait d’être au plus près de Laure. Quel délice ! La pause se fit dans une discothèque et se fut alors la ruée sur les frites. D’ailleurs pour ceux qui voulaient ramener un dernier souvenir, il y avait le graillon ambiant qui s’incrustait à qui mieux mieux dans nos vêtements.

J’en profitais pour aller nous chercher deux cafés et des sandwiches car la route était encore longue. Et pendant que j’étais partie Laure se fit draguer par un des deux chauffeurs de bus, Pietro pour ne pas le nommer. Pardon conducteur. En effet on ne dit plus chauffeur car les moteurs ne chauffent plus mais les cons….ducteurs. Je m’en mêlais car c’était chasse-gardée mais au lieu de comprendre Pietro insista lourdement pour avoir l’adresse de Laure. J’ai failli lui laisser en guise de carte de visite mon poing sur la figure. Mais Laure plus fine changea de sujet. Elle se lamenta de ne pas avoir acheté de coussin. En effet comment faire pour combattre sa cellulite car il nous revenait en mémoire que dans ce domaine il était très performant !

Le retour se fit de nuit dans l’atmosphère feutrée d’un bus où tout le monde dormait, digérant bière et frites. La pluie nous surprit. Mais ne nous empêcha pas de continuer à échanger des confidences qui faisaient la richesse et la solidité de notre relation. J’étais tellement heureuse et bouleversée que je lui pris la main qu’elle ne repoussa pas. J’y déposais un baiser furtif. C’est vers une heure de matin que le car nous déposa à notre arrêt. Je n’avais pas envie d’en rester là avec Laure. Tant pis je me lançais. Alors qu’elle fouillait dans son sac à la recherche de ses clés, je lui pris le menton. Et attira sa bouche vers la mienne. Laure s’abandonna dans mes bras, je sentais tout son désir pour moi. Sans un mot je la suivis chez elle.

Dans le noir je heurtais le canapé et un coussin s’écrasa à nos pieds. Le fou-rire s’empara de nous, c’était notre Rosebud à nous. Plus jamais nous ne pourrions en regarder un sans penser à ce Week-end Rubicon.

Nous venions de fêter nos un an de rencontre. Nous avions invité les parents de Laure car par la même occasion nous fêtions la pendaison de crémaillère. La mère de Laure était chargée d’un cadeau, c’était sûr qu’il nous plairait car nous en aurions une grande utilité. Elle ne regrettait pas son investissement.  Elle en avait vu une démonstration lors d’un voyage éclair en Hollande avec des amis, c’était un produit miraculeux. Vous l’aurez deviné… c’est … non on ne rigole pas !!!

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