Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Une valse à deux temps

Une valse à deux temps est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Le constat était là, j’avais bientôt trente ans, j’étais marié à Serge, un garçon très gentil et doux. J’avais tout pour être heureuse, trente ans n’est-ce pas le plus bel âge pour une femme ? Encore suffisamment jeune pour plaire, suffisamment expérimentée pour séduire et jouir de tous les plaisirs qu’offre l’amour physique. Pourtant depuis quelques temps notre couple allait mal. Il rentrait tard de son travail, beaucoup de boulot, voilà sa seule réponse à toutes mes interrogations sur ses trop nombreuses absences. En effet je voulais bien admettre qu’il ait des coups de bourre mais les heures supplémentaires commençaient à s’allonger, lui qui détestait habituellement en faire. Pourtant je n’étais pas née de la dernière pluie.

Par ailleurs je savais qu’il voyait une autre femme car j’avais retrouvé un parfum sur sa chemise qui n’était pas le mien. D’autre part j’avais retrouvé aussi un numéro de téléphone sur son portable que je ne connaissais pas, des tickets de carte bleue d’un hôtel où je n’avais jamais mis les pieds alors que son job ne nécessitait aucun déplacement. En définitive je ne voulais pas de scène, je voulais juste qu’il me dise ce qui n’allait plus entre nous, ce qu’il comptait envisager pour la suite et si surtout il souhaitait sauver ce qui restait de notre couple.

Ma journée de boulot venait de se terminer, je m’autorisais une escapade en ville avant de retrouver la maison vide, j’avais besoin de prendre l’air. Je tournais et virais pour trouver une place pour me stationner quand en faisant un créneau, je crus reconnaître une silhouette qui ne m’était pas inconnue. C’était Nora. Je me dépêchais de me garer. J’arrivais à l’attraper au vol. Nora était mon amie d’enfance, il y avait des semaines que l’on ne s’était pas vues. Elle était contente de me voir, moi aussi. « Viens, on va boire un café et discuter Brigitte. » Je lui expliquai que j’avais des soupçons sur mon mari et que notre mariage allait droit dans le mur.

Nora essaya de me remonter le moral. De me dire que ce n’était peut-être pas la réalité, qu’il y avait sûrement une explication et que je devrais en parler avec Serge. Je verrais ce soir, si j’avais le courage. Mon amie était géniale, elle avait les mots pour calmer mes angoisses, me rassurer quand je perdais pied. Que c’était doux de pouvoir se reposer sur elle. Nora ne se prenait jamais trop la tête. Elle aimait rire, s’amuser, la fête était son occupation favorite. Elle avait toujours été là quand j’en avais eu besoin, elle avait été mon témoin à mon mariage. Toujours compliquée dans ses amours, j’adorais l’entendre me raconter les déboires de sa vie sentimentale débridée.

Je me lançais à la questionner sur ce sujet. Depuis plusieurs semaines elle vivait une relation magnifique avec un canon. Et sa beauté avait un petit nom : Laureen.  « Je te la présenterai un de ces quatre ». L’homosexualité me gênait un peu, Nora était lesbienne et heureuse de l’être. C’était ma meilleure amie et confidente, je ne la jugeais pas, je l’acceptais comme elle était, même si je ne partageais pas ses goûts saphiques. J’avais un profond respect pour qui elle était, son enfance n’avait pas toujours été rose, elle avait trouvé la voie qu’elle avait pu pour ne pas être privée définitivement d’affectif.

En regardant machinalement dehors depuis le troquet, je vis mon époux passer, tenant amoureusement une jolie femme. Je hurlai.

« Nora, Nora, j’hallucine, c’est Serge au bras d’une poufiasse ! Le salaud comment il ose me faire ça ?

– Tu avais raison, vous avez un problème. Que vas-tu faire ?

– Je vais voir, je suis un peu déboussolée. Je pense qu’il va falloir que je prenne mon courage à deux mains, que je crève l’abcès.

– Tu as mon numéro en cas de soucis, je suis à la maison ce soir. Courage et tiens moi au courant ! Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas…. Tu sais combien je t’apprécie et je ne supporte pas que l’on te fasse du mal, alors je suis là. Brigitte tu restes la seule femme pour qui mes sentiments ne resteront que platoniques.

– Merci Nora, je sais ce que tu ressens pour moi mais je n’aime que les hommes. Toi aussi tu as une grande place dans mon cœur. Bon allez, je te laisse ! Quoi qu’il se passe je te passerai un coup de fil. »

J’embrassai Nora, elle partit elle aussi pour rejoindre sa belle. Je me préparais à la maison à attendre mon cher mari. J’écouterais son baratin sur son boulot. Une fois qu’il aurait fini, je lui dirais calmement que je l’avais vu à son insu. J’étais rentrée avec quand même un nœud à l’estomac. J’avais cuisiné un repas plus que léger, des œufs sur le plat ça irait car s’il avait faim moi pas. Serge arriva encore plus tard que d’habitude. Il m’embrassa et commença les commentaires habituels sur sa journée professionnelle. Je l’écoutai sans broncher ni l’interrompre. Comme prévu, quand le silence s’installa entre nous, son rapport terminé, je lui demandai qui était cette fille avec qui il se promenait amoureusement cet après-midi et que j’avais vue du café.

Depuis combien de temps leur relation durait ? Serge tomba de haut, déstabilisé par mes révélations. Il me bafouilla des idioties du style, « je sais plus où j’en suis, j’ai besoin de me retrouver, c’est une passade ». Pour bien m’achever il me mentit sur son prochain week-end de pêche avec ses copains, il avait besoin de faire le point, il ne voulait pas me perdre. Génial ! J’étais cocue et en plus il me laissait plantée comme une vieille chaussette. Le feu prenait de toute part et monsieur n’avait qu’une envie : partir pêcher ! Avec sa morue je suppose ! J’aurais voulu lui taper dessus, hurler, le traiter de tous les noms d’oiseaux qui me passaient par la tête, tout casser mais je me retins.

De la dignité, à quoi bon se comporter en hystérique. Les disputes ne servaient à rien, notre couple se délitait, nous ne partagions plus que le quotidien et les problèmes matériels. Serge ne m’avait plus fait l’amour depuis des mois, prétextant la fatigue et quelque part ma cécité m’avait bien arrangée. J’étais en pleine confusion, j’ignorais quels étaient mes désirs. Alors plutôt que nous déchirer, je me tus et lui annonçai que comme lui, j’allais m’éclater ce week-end et profiter de la vie. Après tout il y avait longtemps que je n’étais pas sortie, ça me ferait le plus grand bien. Nous avions sans doute besoin de cette parenthèse pour mieux nous retrouver. Pourtant il n’en revenait pas.

En effet il ne pensait pas que je réagirais de cette façon. Aussi il me félicita de ma tolérance et de mon ouverture d’esprit car nous formions pour lui un couple moderne. C’est pourquoi il m’encouragea à contacter ma copine Nora, entourée de femmes car il savait que je ne risquais pas la tentation, il me connaissait suffisamment bien pour ça. Je laissai à mon amie un message sur son portable, un petit topo de notre arrangement avec Serge et je lui demandai si je pouvais me joindre à elles pendant ces deux jours. Ravie de me savoir si combative, elle me rappela quelques instants plus tard pour m’inviter chez elles. Nous déciderions du programme une fois ensemble.

Vendredi soir, un petit sac de voyage et en voiture. Je dormirais chez Nora, Serge découchait lui aussi. Il n’avait même pas caché sa joie de me tromper avec ma bénédiction. Je m’empêchais de ressentir quoi que ce soit, je craignais trop d’être envahie par la haine. C’était l’ultime chance de sauver notre couple, il me reviendrait quand il se serait lassé de sa pétasse. Cet adultère m’avait atteint dans ma séduction, j’avais perdu confiance en moi. La légèreté de Nora allait m’aider à oublier ces blessures, avec elle j’étais certaine de bien m’amuser quoi qu’il arrive. Elle me présenta son amie avec laquelle elle habitait. Elle ne m’avait pas menti, sa copine était la beauté incarnée, elles formaient un très beau couple toutes les deux, l’amour se dégageait de leur relation.

J’en éprouvais un pincement au cœur tant cela me renvoyait à mon propre échec sentimental. Elles m’avaient concoctée un sacré planning, je n’aurais pas le temps de penser ou de broyer du noir. Un petit restaurant entre filles pour commencer, beaucoup de souvenirs évoqués et de confidences échangées. Que de fous rires, de gaîté et bonne humeur. Je me sentais bien, il y avait des lustres que je n’avais pas passés une soirée aussi détendue. Nora était prévenante avec moi, son amie n’en prit pas ombrage, elle ne lui tint pas rigueur de ces délicatesses, elle savait par où j’en passais avec Serge. Elles étaient supers toutes les deux, leur duo fonctionnait à merveille.

J’étais bien en leur compagnie, je passais une excellente soirée. Il était tard quand le repas fut fini, j’étais fatiguée par toutes ces émotions, je rentrai chez Nora. Elles partirent en boite, je préférai aller dormir plutôt que de les escorter. Demain soir j’irais avec elles c’était promis. Nous profitâmes du samedi après-midi pour nous balader toutes les trois en ville jeter un coup d’œil sur la dernière mode. Laureen était une fashion victime, avec son physique elle pouvait tout s’autoriser.

Les séances d’essayage se déroulaient dans la bonne humeur, les vendeuses étaient elles aussi subjuguées par sa grâce naturelle. Laureen déambulait de sa démarche féline dans le magasin comme si elle était sur un podium, les clients regardaient dans toutes les directions se croyant filmés pour un défilé. Nous formions un sacré trio. La vie avec Serge était plus austère, la fantaisie n’existait pas dans son vocabulaire.

Laureen et Nora avaient absolument tenu à m’offrir cet ensemble veste pantalon, avec ma chemise blanche et mes mocassins, ce serait parfait. Elles rivalisaient d’élégance, j’étais sous le charme de leur couple. Nora m’avait initiée au maquillage, à me faire une beauté avec un simple rouge à lèvre ou un mascara. En me préparant pour la discothèque à leurs côtés dans la salle de bain, je replongeais dans ces sensations troubles de l’adolescence, à ces émois qui me chaviraient le cœur avant un rendez-vous amoureux. Je n’avais jamais mis les pieds dans un lieu exclusivement réservé aux femmes, j’étais intriguée et mal à l’aise à la fois. Avec Nora à mes côtés je ne risquais rien, elle veillait sur moi.

L’endroit était sympa, la déco année soixante-dix, et la musique était top. Nous nous installâmes à une table, le premier verre était offert, en fait il était compris dans le prix d’entrée. Une copine de Laureen vint nous saluer, brune, cheveux très courts, masculine avec néanmoins dans l’allure une féminité mal réprimée. Elle s’appelait Anne. Nora et Laureen passèrent une bonne partie de la nuit à danser. J’allais régulièrement me reposer, je n’étais pas habituée à cette cadence.

Je remarquai assez vite qu’à la table voisine, Anne ne me quittait pas des yeux, un grand sourire barrait son visage. J’étais flattée par tant d’égards. Nora s’aperçut très vite de son petit manège, j’avais la cote tout simplement, Anne était une fille adorable et très gentille, pas le genre dragueur. Arriva le temps des slows. Je me retrouvai, seule, assise sur ma banquette en velours. Mes deux amies dansaient tendrement et de les voir heureuses me fichait un cafard monstre. Je n’avais pas vu Anne qui se dirigeait vers moi.

« Tu m’accordes une danse ?

– Oui si tu veux ! »

Et pour la première fois de mon existence, me voilà dansant avec une fille. Elle me serra tout contre elle avec beaucoup de respect et de douceur. Je m’étonnai moi-même de ne pas éprouver de répulsion. Ma cavalière bougeait vraiment bien. J’avais l’impression de me retrouver comme à l’adolescence. J’avais le cœur qui battait la chamade, j’avais les mains moites et je voulais que jamais cet instant ne se finisse. J’étais bien ! Le morceau se termina que déjà un autre reprenait plus entraînant. Anne me remercia courtoisement, déçue que je reparte à ma table. Afin de me retenir elle me prit la main, j’avais mieux à faire que de regarder les autres danser. « Viens t’amuser, tu es venue pour ça non ? »  Nous voici reparties toutes les deux pour un tour de piste. Pendant que nos corps suivaient le rythme de la musique elle me posa des questions.

« Tu es du coin ? Je ne t’ai jamais vue ! Il y a longtemps que tu connais Laureen ?

– En fait depuis peu. Nora est mon amie d’enfance, elles ont décidé de m’aider à passer un mauvais cap et elles m’ont invitée à passer le week-end avec elles.

– C’est la première fois que tu viens dans une boite homo ?

–  Je découvre ce milieu et il est sympa.

–  Tu n’es pas gay ?

– Non je suis mariée et mon couple part en quenouille.

– Je n’ai rien contre les hétéros mais c’est dommage pour moi car avec toi j’aurais bien tenté ma chance !

– Tu es gentille, ton honnêteté me touche, je suis flattée par l’intérêt que tu me portes. Il y a longtemps que je n’ai pas entendu de compliments, j’en ai besoin si tu savais. Mon mari me trompe et je me sens moche, pas désirable… »

Le volume monta en puissance, place à la techno. Impossible de se parler. Anne me remercia encore une fois et me hurla dans l’oreille qu’elle avait été contente de me connaître et d’avoir discuté avec moi. A la table mes deux amies me souriaient d’un regard malicieux. « Nous avons juste dansé, n’allez pas penser autre chose ! » Elles étaient hilares, elles n’en croyaient pas un mot. Il était tard, j’étais crevée. Nora donna le signe de départ, elle n’aimait plus l’ambiance, trop jeune pour elle, une colonie d’adolescentes boutonneuses avait envahi le dance floor. Anne vint nous saluer, en espérant nous revoir prochainement. Puis me regardant elle me dit « à très bientôt je l’espère, je suis ravie de t’avoir connue ».

Sur la route du retour j’étais ailleurs, ma rêverie portait le doux nom d’Anne Je ne savais pas si je la reverrai un jour, elle avait éveillé en moi un drôle de sentiment. Un mélange de tendresse et d’amitié, de bien-être intérieur qui contrastait singulièrement avec ce que Serge me forçait à endurer. Dire que dans quelques heures j’allais le retrouver. Le dimanche passa à toute vitesse, Nora et Laureen avaient eu la discrétion de ne pas me reparler de la soirée. C’était mieux ainsi.

Le retour à la maison fut rude. Serge n’était toujours pas rentré de son week-end de pêche. Enfin il n’y avait que lui pour se convaincre de ce mensonge. Je grignotais sur le pouce, je n’étais pas sa bonne, il mangerait ce qu’il trouverait dans le frigo. Avec un peu de chance il n’aurait même pas faim et se précipiterait dans la chambre pour l’appeler depuis son portable. Pourquoi acceptais-je de me laisser humilier ainsi ? Les deux jours n’avaient pas été de tout repos. J’étais sur les genoux mais heureuse d’avoir pu vivre autre chose et de connaître de nouvelles personnes d’un autre milieu. Anne était toujours présente à mon esprit. Sa gentillesse, sa douceur et surtout son écoute m’avaient réchauffée au cœur. Il était plus de vingt de deux heures, Serge n’était toujours pas là, je décidais de me coucher, il se débrouillerait tout seul.

La semaine fut éprouvante. Au boulot c’était rendement rendement, la pression était maximale et avec mon mari ce fut la soupe à la grimace. Nous ne nous parlions presque plus, le peu de dialogue qui restait tournait à la dispute ou aux reproches. Rentrer à la maison était devenu un calvaire. J’étais dans une galère sans nom. Pour alléger ma peine, après ma journée de travail, je marchais sans but, je flânais pour me détendre avant d’affronter ce qui avait été ma joie de vivre.

C’était il y a bien longtemps dans un monde antérieur… Heureusement il y avait Nora et Laureen avec lesquelles je pouvais parler de tout et de rien, piquer des crises de fous rires au café où je les rejoignais après mes virées, elles y avaient leurs petites habitudes. Laureen m’apprit qu’Anne avait demandé de mes nouvelles, qu’elle s’était plus ou moins renseignée sur moi auprès d’elle. Je fis l’étonnée.

« Ah bon, je lui ai vraiment tapé dans l’œil alors ?

–  On dirait. Elle voudrait te revoir.

– Tu connais ma situation avec Serge. En plus tu sais ma préférence pour les hommes, quoi que… Quand on voit combien je souffre avec mon mari, je me mets à douter. En fait je ne sais plus où j’en suis, je ne sais pas où je vais en ce moment. Avec Serge la situation empire. Le divorce va finir par nous tomber dessus, ça sera sûrement mieux pour lui et pour moi. Je n’arrive plus à entrer en contact, il me fuit en étant de moins en moins là. Il rentre très tard, je vois bien qu’il m’évite. Je vis au jour le jour, ce n’est pas évident. A l’occasion je retournerais bien danser avec vous, je me suis bien défoulée, j’avais la tête moins lourde de soucis ensuite.

– Ok si tu veux, on y retourne samedi soir. On vient te chercher vers vingt heures. Avant on ira manger dans une petite gargote qu’on adore Nora et moi puis direction la piste aux étoiles.

– Merci les filles, c’est sympa de votre part de vous occuper de moi. J’ai envie de pleurer.

– Alors de bonheur les larmes ! »

Comme promis mes amies étaient à l’heure. Nous sommes parties pour ce petit resto qui était en fait tenu par la famille de Nora. Elle n’avait pas voulu me le dire afin de ne pas gâcher la surprise. Du plus loin que remontent mes souvenirs, quand sa mère préparait le couscous, elle nous en distribuait de larges portions. Les odeurs de la cuisine marocaine ont baigné mon enfance, j’en ai gardé une nostalgie indéfinissable. Sa mère avait enfin pu réaliser son rêve, aidée par deux de ses six enfants. Nora était sa petite dernière, sa préférée. Cette plongée dans le passé me mit dans un état indescriptible.

J’étais à fleur de peau, mes sentiments étaient démultipliés. J’avais l’impression d’être au milieu d’un paradis perdu. Tout était succulent, je me suis régalée à m’en faire crever la panse. La danse m’aiderait à la digestion. L’ambiance était relax, l’évocation de nos bêtises de gosses par la mère de Nora nous fit rigoler comme pas permis. Elle avait gardé son accent d’origine et elle écorchait le français avec une candeur désarmante, inventant des néologismes qui à eux seuls étaient des perles du genre. La soirée débutait à merveille, la suite ne pouvait en être autrement.

Dès notre arrivé, nous nous sommes jetées sur la piste de danse, cela faisait un moment que nous nous déhanchions quand je sentis une main sur mon épaule. Je fis un sursaut, me retournant vivement. Je reconnus Anne.

« Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur, je voulais simplement te saluer ainsi que Laureen et Nora. Je vois que tout va au mieux pour vous trois, que vous êtes en grande forme.

– Viens te joindre à nous !

–  Avec plaisir, je suis seule, mes amies ne viennent pas ce soir. »

Le défoulement était total. Quand la musique devenait trop lassante ou ne nous plaisait pas, nous filions nous asseoir sur les banquettes pour nous reposer et nous désaltérer. Anne ne me quittait pas, son regard était insistant et plus ou moins amoureux. C’était bizarre cette sensation que j’éprouvais, je ne me reconnaissais pas, moi qui habituellement ne supportais pas les femmes et aurait pu être taxée d’homophobe. Je ne la fuyais pas, au contraire je cherchais son contact. Le moment de tendresse arriva avec les premières notes d’un slow. Tout le monde se retrouva avec son aimée. Je regardai du côté d’Anne et m’étonna de mon audace : « tu viens, on ne va pas rester plantées comme deux courges ! »

Elle ne se fit pas prier. Elle me prit par la taille, je me retrouvai collée contre elle. Son parfum sucré était enivrant, elle se serra un peu plus contre moi et doucement me passa sa main dans mon dos. Je l’avais enlacée, je mis ma tête contre son épaule en lui susurrant tout bas que j’étais bien, que je voudrais rester comme ça toute ma vie. Anne me confia à son tour que je lui plaisais et qu’elle voudrait faire un bout de chemin avec moi.

J’en étais émue et tout émoustillée. Quelque chose en moi se révélait, je pouvais ressentir de l’attirance pour une femme, avec tout ce que cela comportait. Je commençai à être amoureuse moi aussi. Après avoir dansé ainsi serrées l’une contre l’autre un bon moment, nous sommes retournées nous asseoir. Mes deux amies n’en avaient pas perdue une miette. Elles nous lancèrent un regard complice.

« Brigitte on rentre ? On te dépose chez toi ou tu dors chez nous ?

– Je voudrais bien rester encore un peu, je me débrouillerai pour entrer, ne vous inquiétez pas les filles. Merci pour cette super soirée et je vous téléphone. »

Anne dit à mes amies qu’elle veillerait sur moi et me raccompagnerait, qu’elles pouvaient aller dormir, que je ne risquais rien avec elle. Nora et Laureen n’étaient en quoi que ce soit anxieuses, elles me confièrent à Anne et disparurent dans la nuit. Je sentais qu’elles avaient envie de s’aimer, ce n’était pas leur genre de partir si vite. Comme j’étais un peu fatiguée, je restai assise plutôt que de repartir me trémousser sur des rythmes endiablés. Anne m’offrit un verre et entama la discussion.  Je lui racontai que mon couple allait plus que mal, que ma rencontre avec elle m’avait chamboulée, que je ne savais plus trop que penser. Anne qui était près de moi me prit la main.

« Si tu as besoin de parler je suis là, de prendre un bol d’air aussi ou de quoi que ce soit. En effet je sais que ce n’est pas facile pour toi en ce moment. Cependant je constate que tu es bien quand tu es avec moi.

– Je vois que je ne suis pas indifférente à toi, je suis tellement heureuse en ta présence !

– Mais auras-tu le courage d’aller plus loin ? Je sais que tu n’aimes pas les femmes.

– En fait je suis complètement paumée, je…

– Je comprends tes réticences car je sais que cela est nouveau pour toi et que tu as peur. Par ailleurs je comprends aussi ce que tu ressens, je veux bien attendre si je sais que notre relation va évoluer. Sinon je sais aussi que je risque de n’être que ta bonne amie, tout comme Nora et Laureen. Cependant je ne pourrai l’accepter, j’éprouve de l’amour pour toi, je suis quelqu’un de trop entier pour supporter la tiédeur. »

Anne avait raison, j’éprouvais des émotions pour elle, mais de là à en être raide dingue et de me retrouver dans un lit avec elle il y avait du chemin. Je n’étais pas prête à ces changements, affronter le regard social, repenser ma sexualité c’était au-dessus de mes forces. La boite qui s’était joliment ouverte se refermait sèchement. Anne ne fut pas dupe de mon silence gêné et me proposa de me reconduire chez moi. Dans la voiture, elle me suggéra de repenser à notre discussion à tête reposée. En effet elle était ma bouffée d’oxygène, toujours prévenante, attentive, douce, aux petits soins pour moi. D’ailleurs elle me respectait, ne me brusquait pas ni ne m’imposait par la contrainte ses désirs. En définitive elle était aux antipodes de ce goujat de Serge.

En particulier elle avait la séduction dans le sang, une capacité incroyable à faire craquer les femmes. Par ailleurs elle possédait tout ce dont une femme attendait d’un homme. Le plus impensable c’est que ce que j’attendais depuis toujours, c’est une femme qui me le donnait. J’étais de plus en plus troublée. Arrivée en bas de mon appartement elle me demanda mon numéro de portable. Est-ce qu’elle pouvait m’appeler dans la semaine ? J’avais passé une très belle soirée en sa compagnie, la prochaine je voudrais que l’on ne soit que toutes les deux, si elle le voulait bien sûr ?  En guise de réponse, elle m’embrassa tendrement comme deux amies de longue date, tout en m’effleurant les lèvres. Je la regardai partir en me disant qu’elle me manquait déjà.

Encore une maudite semaine. J’avais attrapé froid, je n’étais pas au mieux de ma forme. Je continuais d’aller bosser même avec de la température. Rester à la maison m’aurait fait déprimer, il fallait que je voie du monde, que je bouge. Le soir j’étais tellement fatiguée que j’allais me coucher de bonne heure. Serge arrivait à découcher, il me prévenait à la dernière minute de façon à éviter les scènes. Nous ne nous adressions plus la parole que par petits mots interposés. J’en arrivais à ne plus compter sur lui, je construisais ma petite existence tranquille, je prenais de nouvelles habitudes. Je m’autorisais à vivre tout simplement.

Il fallait quand même que tôt ou tard nous réglions cette situation. Nous ne pouvions pas continuer sur cette pente glissante qui nous menait droit vers la rupture. Dans mon lit, somnolente sous l’effet de la fièvre, je revoyais Anne m’enlaçant tendrement, m’embrassant furtivement sur les lèvres. J’avais très envie de la voir, d’entendre sa voix, elle me manquait à un point que je n’aurais pu imaginer. Troublée par ce désir je fuyais dans le sommeil pour ne plus en être obsédé. Le week-end arriva, j’allais mieux, je décidai d’aller voir mes copines de foire, toujours aussi disponibles pour me recevoir ou m’écouter.

Par ailleurs je leur expliquai ma situation avec Serge et les sentiments que je commençais à éprouver pour Anne. D’autre part je leur confiai toute ma peur de franchir le pas, d’aller avec une femme. Pourtant je ne savais pas si je pourrais désirer et si je saurais aimer un corps identique au mien. Aussi j’étais morte de trouille à l’idée de ne pas savoir m’y prendre avec elle, d’être tellement maladroite qu’elle n’aurait aucun plaisir avec moi. Cette fille était vraiment adorable, j’étais en train de craquer sachant qu’elle aussi éprouvait des sentiments pour moi.

Elle était prête à me laisser du temps, elle ne me brusquait pas. Je ne voulais pas la faire souffrir avec mes atermoiements, je ne parvenais pour l’instant pas à dépasser cette étape qui me paraissait une montagne. Mes amies qui connaissaient Anne me dirent que j’avais de la chance de tomber sur elle. Laureen qui avait l’âme d’une marieuse me conseilla franchement : « La vie avec elle sera un réel bonheur, elle saura te rendre heureuse. Si ta vie de couple est finie avec Serge et que tu te sens bien avec elle, fonce ! Qui ne tente rien n’a rien ! »

Facile à dire. Mais à faire ? J’allais encore réfléchir, je verrais bien. Nora de manière aussi directe que Laureen me lança que je me prenais trop la tête, que je ferais mieux de suivre ce que mon cœur me dictait. Je ne risquais rien car elle savait qu’Anne serait à mes côtés afin de m’aider à laisser mes tabous derrière moi. J’étais trop sonnée pour sortir en boite avec elles. Je prétextais une remontée de ma fièvre pour m’éclipser et rentrer chez moi. Elles ne me retinrent pas, elles y étaient allées franco de port avec moi, je devais digérer leurs paroles lourdes de conséquences quant à mon avenir. Je ne devais pas hésiter à venir en rediscuter avec elles, même si elles me secouaient c’était pour mon bien ! Sur le chemin du retour, mon portable sonna. Une voix un peu timide m’interpella.

« Bonjour c’est Anne, comment vas-tu ? Je voulais entendre ta voix, tu me manques. Je n’arrête pas de penser toi.

– Bonjour Anne. Je vais bien, c’est gentil de ne pas m’avoir oubliée. Moi aussi je pense souvent à toi. Je m’aperçois que tu m’es indispensable, je n’ai pas connu un tel sentiment puissant même envers mon mari. Je suis paniquée. J’aimerais te voir, je ne vais pas bien dans ma tête, je ne sais plus où j’en suis.

– Je ne sais que te dire, je suis dans le même état que toi. »

Je proposai à Anne d’aller au bord de la mer. J’en avais envie et besoin.

« D’accord pas de soucis, un week-end ou juste une journée ?

– A toi de voir ! »

Je me chargeais de réserver une chambre d’hôtel. Deux jours me paraissaient bien, avec la route, il fallait qu’on en profite. Anne proposa d’y aller avec sa voiture.

« Viens me chercher vendredi vers quatorze heures si tu veux !

– Pas de problème, je serai à l’heure, pour le reste je m’en occupe comme promis.

– Alors à vendredi, je suis impatiente de te revoir, je t’embrasse. »

Anne me renvoya aussi sec derrière son appel un sms pour m’écrire que ce week-end serait inoubliable pour moi, qu’elle m’embrassait et serait fidèle au rendez-vous.

Je n’ai jamais attendu une fin de semaine avec autant d’impatience. Mon boulot me passait au trente sixième dessus, je planais à quinze mille. J’en avais oublié tous mes problèmes domestiques, ma fatigue et même Serge. Ma vie était maintenant sans lui. Nous ne nous croisions même plus, il habitait pratiquement à plein temps chez sa maîtresse, il passait prendre du linge ou régler les factures, je ne regrettais pas que tout soit à son nom.

Un léger coup de klaxon me fit sursauter, mon sac était prêt. Je descendis les escaliers quatre à quatre, on aurait dit une collégienne qui en était à son premier flirt, la tenue midinette en moins. Anne était à côté de la voiture, coffre ouvert attendant mon sac. Elle m’ouvrit la portière galamment pour la refermer derrière moi puis m’embrassa d’un baiser volé sur les lèvres quand elle fut au volant. Direction La Baule. La route était sympa, je ne connaissais pas du tout. Par ailleurs nous découvririons ensemble la plus grande plage d’Europe, des kilomètres ininterrompus de sable fin.  Nous roulâmes tranquillement tout en discutant afin de faire plus ample connaissance. C’est ainsi que nous nous découvrions une multitude de points en commun.

Les mêmes attraits pour certains chanteurs, la même façon de percevoir la vie de couple, les mêmes valeurs fondamentales, les mêmes goûts culinaires et bien d’autres choses encore. J’étais détendue, sous son charme, mes angoisses avaient disparu du moins pour le moment. Arrivées à destination Anne prit tout en charge, de la confirmation de la réservation de la chambre à mon porter mon sac jusque dans celle-ci. Nous étions installées, vue sur la mer, dans une petite et douillette suite tapissée bleu azur.

J’avais pris soin de prendre deux chambres séparées, j’avais la douze et Anne la numéro treize il ne fallait pas être superstitieuse, une porte fermant à clé communiquait entre les deux. Je déballais mes affaires pendant qu’elle en fit de même. Au bout de quelques minutes elle vint me chercher pour aller se balader au bord de la mer. Le temps était beau, le soleil n’allait pas tarder à se coucher, la température se rafraîchissait légèrement. Elle me prit par le bras tout naturellement. Nous nous promenâmes un bon moment, osant à peine parler de peur d’interrompre cet instant magique.

Nos regards se noyaient dans l’Atlantique. Le soleil avait disparu, il ne restait plus grand monde, les rares badauds que nous croisions se hâtaient de rentrer dans les restaurants d’où des odeurs de cuisine s’échappaient. Nous ne tardâmes pas à les imiter. C’était notre premier repas ensemble, le début d’un long partage ? Anne avait opté pour un restaurant en bord de mer et avait commandé un immense plateau de fruits de mer avec un petit vin blanc. Quel délice !

Nous en avions salivé pendant tout le trajet, j’appréciais qu’Anne prenne ce type d’initiative. Ce qui m’effrayait dans une relation homosexuelle c’était d’avoir à renoncer à ma féminité, je ne sais pourquoi je m’étais imaginé devoir mettre les mains dans le cambouis ou d’autres inepties de ce genre. Avec Anne il n’y aurait pas de rivalité sur la place dans le couple, elle était bien trop masculine pour cela. Mes dernières défenses s’écroulaient et plus rien ne me retenait de l’aimer de tout mon cœur, de tout mon corps.

La nuit était douce, le bruit de la mer nous berçait. Anne déposa sa veste sur mes épaules, je frissonnais en sortant du restaurant malgré la tiédeur de l’air. Nous ne voulions pas regagner tout de suite l’hôtel, nous ne voulions pas nous quitter maintenant, si vite. Nous continuâmes à marcher le long de la plage, la lune éclairait les vagues qui venaient terminer leur course folle sur le sable. Il n’y avait qu’une femme pour donner autant de romantisme à ce fantasme si commun. Jamais je ne m’étais sentie aussi bien de ma vie, aussi amoureuse. J’étais dans une dimension affective complètement inconnue, je ne ressentais plus aucun manque, comme si elle savait tout ce qui me rendrait heureuse sans avoir besoin de le formuler.

C’est à cet instant qu’Anne choisit de me lâcher le bras pour me saisir la main qu’elle me serra d’une douce pression. En effet je la regardai, elle était merveilleuse, j’avais envie de l’embrasser. Et sans trop savoir comment je me retrouvai dans ses bras, provoquant ce qu’elle et moi attendions depuis si longtemps. Aussi nous nous embrassâmes à pleine bouche. Ensuite je me suis collée à elle alors que j’avais envie de son corps. En définitive j’étais dans un état second, je ne me reconnaissais plus. Anne était bluffée par mon assurance, elle n’en revenait pas. Ainsi les sentiments faisaient bien des choses car j’en avais la preuve. Pourtant qui aurait pu me prédire que je tomberais amoureuse d’une femme, que j’aurais envie d’elle, qu’on ferait sûrement l’amour ?

La nuit était bien là, le froid nous était brutalement tombé dessus, il était temps de regagner l’hôtel. A chaque pas, je voulais l’embrasser mais j’avais du mal à résister car c’était pareil de son côté. Alors que nous ne pouvions plus attendre, notre envie d’amour avait gagné. Aussi nous nous pressâmes de rentrer, nous courrions presque. Anne ne voulant rien brusquer me raccompagna jusqu’à ma chambre. Cependant craignant que je n’aie changé d’avis, dégrisée par l’air marin, elle me dit qu’il serait peut-être plus sage d’attendre que je sois vraiment prête, qu’elle ne voulait pas gâcher un tel moment, que faire l’amour à une femme est une belle preuve d’amour, qu’il faut être sûr de soi et de ses sentiments. Ni tenant plus j’ouvris ma porte, la prenant par la main je la fis entrer et l’embrassa goulûment pour la faire définitivement taire.

Je me jetai sur elle, je l’embrassai passionnément, je commençai à la déshabiller. Anne répondit d’abord à mes baisers puis subitement prit de la distance :

« Tu es sûre de toi ?

– Oui j’ai envie de faire l’amour avec toi, je n’en peux plus, je veux que tu m’aimes. »

Anne me prit dans ses bras et tout en m’embrassant me dévêtit. Je me retrouvai nue, je n’étais pas très à l’aise. Elle s’en rendit compte et fit comme-ci de rien n’était, elle n’avait pas éprouvé de gêne quand j’avais agi de même. Nous nous retrouvâmes sous la couette, je grelottais de peur et de froid. Je n’en menais pas large, j’avais perdu de ma superbe. Anne prit les choses en main. Elle m’embrassa délicatement, ses doigts parcouraient mon corps qui était d’une sensibilité extrême. Son corps était chaud, sa peau douce. Je frissonnais et très vite à son contact et sous les plumes, je me détendis tout en me réchauffant.

J’étais un peu gauche dans mes caresses et Anne pour me guider, me fit comprendre par ses gémissements que je me débrouillais quand même bien. Elle n’hésita pas non plus à une ou deux reprises à saisir ma main et la poser au bon endroit. J’étais novice, je perdais pour la deuxième fois ma virginité. J’étais très excitée de sentir son sexe humide, mes doigts glissaient, s’égaraient dans les méandres et les plis, je découvrais de nouvelles sensations, je comprenais pourquoi les hommes n’étaient jamais repus de notre corps de femme. Je n’avais jamais ressenti un tel plaisir ni mouillé avec une telle intensité. Quand je pense qu’avec Serge j’étais obligée d’utiliser des lubrifiants tant j’étais sèche !

Anne me prouva combien elle m’aimait et me rendait heureuse. Nos ébats durèrent une bonne partie de la nuit. Je ne me lassais pas, elle me faisait l’amour divinement bien et si tendrement que j’en réclamais encore et encore. Jamais on ne m’avait touchée et aimée de cette façon. Nous avons dû essayer toutes les positions possibles. Dans ce corps à corps se dégageait de la douceur, de la tendresse, du désir, l’envie de combler sa partenaire.

Je découvrais l’amour physique avec une femme et je trouvais ça sublime. En effet rien à voir avec un homme et la violence de la pénétration. Je m’endormis dans les bras de mon aimée alors que j’étais plus que comblée, j’étais sur un nuage nommé Anne. Quand nous nous réveillâmes Anne m’embrassa comme elle savait si bien le faire, j’avais de nouveau avec envie d’elle. En définitive de La Baule nous ne vîmes rien d’autre que ce lit et les plateaux repas que nous fîmes monter.

Ces deux jours prirent fin trop vite et nous devions libérer les chambres. Bien que nous soyons déjà lavées, j’éprouvai le besoin de prendre une douche bien froide pour me calmer. Par ailleurs nous avions convenu de nous retrouver en bas dans le hall, Anne se chargeait de régler la note. Je n’en avais pas pour longtemps, après nous irions prendre un café dans un bistrot du centre-ville. A peine vingt minutes plus tard j’arrivais les cheveux encore mouillés. Anne était souriante, elle m’attendait dans un confortable fauteuil.

« Alors on va le prendre notre petit déjeuner Anne ?

– Si tu veux on peut le prendre ici, ils le servent encore à cette heure, on a de la chance.

– La douche ne m’a rien fait si tu vois ce que je veux dire !

–  Tu n’es vraiment pas croyable mais il va falloir serrer les fesses car nous n’avons plus de chambre !

– Si tu savais combien je t’aime !

– C’est que j’ai faim et pas que de toi ! »

Ensuite il était temps de reprendre la route. Pendant que ma beauté conduisait, je lui caressais les cheveux. Je repensais à notre escapade, à tout ce qui me tiendrait chaud les jours de blues. Le retour me parut plus court que l’aller, j’aurais voulu rester avec mon nouvel amour éternellement. Je voulais qu’elle me prenne dans ses bras et qu’elle m’embrasse comme elle savait si bien le faire. De tout cela j’en redemandais. Mais la réalité me sauta vilainement à la face alors que je me retrouvais bientôt devant mon domicile avec les larmes aux yeux. Je n’arrivais pas à quitter Anne. En définitive notre séparation fut un moment pénible.

Elle m’embrassa encore plus amoureusement que jamais en me promettant de m’appeler tous les jours en attendant notre prochain rendez-vous. Je m’accrochais à elle avec le désespoir d’une femme abandonnée. De plus mon envie d’elle ne m’avait pas quittée. Elle me poussa hors de sa voiture gentiment en me disant « je t’aime, je t’appelle toute à l’heure. Prends soins de toi et trempe ton joli petit fessier dans le congélateur puisque la douche froide a été inefficace pour te calmer ! » Elle disparut le visage rayonnant. Je l’ai regardée s’éloigner et c’est la mort dans l’âme que je rentrai chez moi. Pour une fois Serge était là, rouge de colère.

« Je me faisais du souci pour toi, personne ne savait où tu étais ! Je croyais que tu avais fait une bêtise, j’étais fou d’inquiétude. Depuis quand tu disparais sans laisser d’adresse ?

– Depuis quand tu te préoccupes de moi ? Tu vis ta vie sans te soucier de quoi que ce soit. Et parce que tu ne m’as pas trouvée en rentrant, tu te serais fait des cheveux blancs pour moi. Tu m’amuses, j’en pisse de rire dans ma culotte. Tu ne supportes pas que je me comporte comme toi, que tu me serves de modèle ? Je n’ai plus de comptes à te rendre, je ne suis plus l’épouse modèle qui attend Monsieur, soumise face à son infidélité. Tout ça s’est fini !

Je crois que le mieux pour nous est la séparation. Je veux divorcer ! Serge tu as une autre femme dans ta vie, alors plutôt que nous faire souffrir toutes les deux, quitte-moi. Tu n’es plus le seul à porter des cornes dans cette maison. Et les tiennes elles sont tellement longues qu’elles touchent le plafond. J’ai rencontré quelqu’un et j’en suis très amoureuse. Notre histoire à nous deux est finie, on a eu de très belles années ensemble. Je ne veux pas les oublier, ni t’effacer de ma vie. On a vécu des moments extraordinaires, ne les transformons pas en cauchemar. Il est temps pour nous de tourner cette page et de construire un nouveau bonheur avec la personne de notre choix.

– Brigitte tu comptes beaucoup pour moi, comme tu l’as si bien dit, j’aime une autre femme. Oui notre mariage est un beau gâchis mais je ne veux pas que notre séparation tourne au vinaigre. Je veux te garder en amie si tu le veux bien. Notre histoire a été magnifique puis elle s’est essoufflée, dommage ! Le divorce est ce qu’il y a de mieux pour nous. J’ai eu mes torts je t’ai délaissée. C’est normal que tu aies cherché à te consoler ailleurs, que tu me rendes les coups. Je suis un con mais pas un salaud. Je suis quand même jaloux de savoir que tu es amoureuse de quelqu’un d’autre. Il en a de la chance ! Je le connais ? »

En revanche je ne voulais rien lui dire de mon nouvel amour. Comme je ne savais pas où j’allais, je préférai me taire. Aussi Serge n’insista pas. Il avait déjà préparé une valise et un sac de voyage, il viendrait chercher le reste plus tard. Pour l’appartement il me le laissait entièrement meublé, il ne prendrait que ce qui lui appartenait. Il me laissa un numéro où je pouvais le joindre en cas de problème ou pour tout autre chose. Il serait toujours là pour moi, jour et nuit. Serge m’embrassa sur la joue avant de disparaître, il était resté digne, je lui en étais reconnaissante. Je me retrouvais vraiment seule, ça ne m’était jamais arrivé.

Le contraste était saisissant entre mon week-end et la crudité de cette rupture. Je n’étais pas au mieux. Tout s’écroulait autour de moi. Dans cet appartement rempli de souvenirs, le silence me terrifiait. Après tout c’était moi qui le voulais ce divorce, j’avais obtenu ce que je désirais. Le téléphone me fit sursauter, c’était Anne.  Elle voulait m’entendre, et le seul son qui sortit de ma gorge fut des sanglots. Elle attendit que je me calme. Je lui expliquai ma séparation définitive et mon divorce. Que Serge m’avait quittée en me laissant l’appartement.

« Tu n’as pas l’air bien, veux-tu que je passe te voir ? Tu passes un mauvais moment et je voudrais être à tes côtés. Je ne peux supporter de savoir que tu souffres et que je suis loin de toi.

– Non, je préfère rester seule, j’ai besoin de calme et tranquillité. Je veux faire un point sur ma vie et sur nous. Ce soir tout s’est effondré, je ne sais plus où j’en suis. Nous avons passé un superbe week-end, j’ai des sentiments très forts pour toi mais tout va trop vite. Il y a au moins une chose de positif, c’est que le départ de Serge a calmé mes envies de toi, du moins pour le moment. Je ne suis pas en état de t’en dire plus, je te passerai un coup de fil dans très peu de temps.

– Ok ! Je suis là si tu as besoin fais-moi signe, j’arriverai tout de suite. J’attendrai de tes nouvelles. Prends soin de toi, je ne veux pas te perdre. »

Je prévins Nora et Laureen de ma séparation avec Serge, elles étaient désolées pour moi. Elles voulurent aussi tout comme Anne me consoler, me soutenir. Mais ce n’était pas la peine car il me fallait digérer la pilule. En revanche dans quelques jours ça irait mieux. Ensuite je leur racontai mes deux jours à La Baule, elles étaient contentes pour moi. En effet elles voulaient que dès que mes soucis me laisseraient un peu de répit que nous nous fassions une soirée tous les quatre. Ce serait sympa mais ce n’était pas pour le moment. En définitive je ne savais plus très bien où j’allais si je ne me trompais pas de voie et d’histoire d’amour. En fait j’étais ambivalente. Pourtant mes sentiments étaient réels et sincères. Après quelques autres banalités je raccrochais et leur promettant de les rappeler.

Les jours suivants passèrent à la vitesse de l’éclair alors que j’étais toujours sous le coup de ma rupture.  Je pensais aussi à Anne, elle me manquait, j’avais tellement besoin d’elle et de son amour. Je voulais la contacter, mais je ne voulais pas me servir d’elle pour combler ma solitude et m’aider à refaire surface. J’avais surtout du mal à encaisser l’échec de mon mariage. Cependant je ne souhaitais pas en subir un nouveau. Ne pas revoir mon amour ne m’arrangeait pas, j’en souffrais terriblement. Après avoir goûté à l’amour avec elle, j’avais du mal à rester sans envie d’elle. J’étais devenu accro à l’amour physique et avec une femme de surcroît. Je me découvrais dépendante sexuellement, d’Anne en particulier.

Elle m’avait ouvert une porte sur un univers qui m’était inconnu et impensable jusqu’alors. J’étais en pleine confusion et j’appréciais qu’Anne respecte mes silences. Elle devait en baver, notre relation venait juste de commencer que déjà elle endurait bien des peines. Serge vint reprendre le reste de ses affaires. Il en profita pour signer les papiers du divorce qu’il remettrait à son avocat et régla également des problèmes administratifs.

Il était en pleine forme, l’amour lui réussissait mieux qu’à moi. C’est en le voyant heureux que je me suis dit que je perdais mon temps dans mes tergiversations, qu’il fallait que je tire enfin un trait sur mes folles hésitations. Je devais vivre à fond ma passion. Une fois parti, je sautai sur mon portable : « Anne viens me voir, je n’en peux plus de ne pas t’avoir près de moi. Mes envies de toi sont en train de me brûler le ventre, viens me soulager de ma douleur, toi seule es en mesure de me calmer ! »

A peine dix minutes après, Anne sonnait à la porte. Je la fis entrer. Nous nous jetâmes l’une sur l’autre comme des bêtes sauvages. En effet nous étions dans un état d’excitation tel que rien n’allait assez vite. Je la dévorais de baisers, lui arrachais à moitié ses vêtements, elle essaya de me calmer en se dévêtant elle-même. Alors que nous semions nos habits nos corps nous menaient petit à petit jusqu’à la chambre. C’est ainsi que nous tombâmes sur le lit. Anne était toujours aimante, attentionnée. Ses mains sur moi étaient comme une décharge électrique, un rien me faisait grimper au plafond. Par ailleurs ses doigts allaient et venaient dans mon intimité, je gémissais de plaisir.

Elle me possédait à sa façon et c’était tellement bon que je ne pouvais me résigner à ne pas continuer à lui offrir mon corps. Si la première fois la nuit avait été chaude celle-là était torride. Nos corps étaient dégoulinants de sueur, nos cheveux ébouriffés, nous étions comme après un match de lutte, fatiguées mais pas encore comblées. Anne se mit sur moi, se frotta en cadence tout en m’embrassant à me couper le souffle. Nos corps ainsi que nos sexes ne faisaient plus qu’un et c’est dans un même cri que nous atteignîmes le nirvana. Ce coup-ci « stop ! » hurla Anne.

Elle n’en pouvait vraiment plus. Je me mis dans ses bras, me calant tout contre son corps pour mieux la sentir. Tout ce que j’avais pu vivre ces derniers jours était bien loin.  Ma nouvelle vie commençait. Pourtant bien des tracas me traversaient l’esprit. Pourrais-je m’assumer en tant qu’homo ? Pourrais-je supporter le regard des autres sur moi ? Supporter les moqueries, les méchancetés ? Serais-je en mesure de vivre au grand jour mon amour pour Anne ? Faudrait-il que je vive cachée avec elle ?  Je verrais tout ça demain, pour le moment je ne voulais rien d’autre qu’elle.

Anne se réveilla après moi, son café était prêt, il n’attendait plus qu’elle. Elle me prit par la taille me serra très fort en me disant « je t’aime, ne me laisse jamais, sans toi je suis perdue. »  Entre deux baisers je lui répondis que je l’aimais et que je ne comptais pas la quitter. « Tu es mon rayon de soleil, l’air qui me fait vivre, l’eau que j’ai besoin de boire. Non je ne conçois plus la vie sans toi. » Ce qui devait arriver arriva, c’est de nouveau dans le lit que nous nous sommes retrouvées. Mais pour une fois j’ai osé, je lui ai fait l’amour comme jamais je n’avais cru pouvoir le faire.

Comme j’avais eu un bon prof, que j’avais bien retenu la leçon, je me suis appliquée à la mettre en pratique. Je crois que je me suis dépassée, je voulais qu’elle voie que son corps m’inspirait et me procurait un plaisir immense. Anne fondit sous mes doigts et ma langue. Je lui prouvais combien je l’aimais, que tous mes doutes sur mes capacités à aimer les femmes, et à l’aimer elle en particulier, étaient envolés. L’avenir me dirait si j’avais fait le bon choix.

Une chose était sûre, rien ne valait mieux que faire l’amour à une femme, d’être aimée par celle-ci. Peut-être qu’un jour je retournerais vers les hommes, mais rien pour moi ne serait plus comme avant. Je ne regarderais plus les femmes de la même façon. Non rien ne pourrait plus être vraiment pareil, pas après une telle histoire, un tel amour. Pour le moment c’était le corps d’Anne qui me suppliait de l’aimer, de le caresser et de l’embrasser, encore et encore.

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