Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Un coach particulier

Un coach particulier est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Encore une journée passée derrière son ordinateur. Irène avait mal aux yeux et avait le dos en compote, l’épaule endolorie et aussi le poignet complètement paralysé. Pourtant c’était décidé, ce soir elle irait chez le médecin, elle ne pouvait plus rester dans cet état chronique de tensions musculaires. Après l’avoir auscultée, le praticien lui prescrivit des médicaments pour soulager ses douleurs et ajouta avec un petit sourire moqueur : « Il faudrait voir à faire du sport et vous muscler un peu le dos. Cela vous ferait le plus grand bien plutôt que de vous esquinter la santé sur un écran. Tout cela avec modération bien sûr si vous savez ce que cela veut dire ! »

En définitive elle repartit un peu surprise d’avoir eu un petit cours de morale de son toubib. En effet de quoi il se mêlait celui-là ! Il s’était regardé dans la glace avec sa bedaine. Par ailleurs elle n’aurait pas aimé avoir son taux de cholestérol. Pourtant c’est vrai que ses muscles étaient flasques, qu’elle avait la silhouette molle mais il aurait pu éviter de la vexer avec ses jugements. Elle avait arrêté le sport au lycée et depuis plus rien ou presque. Piscine de temps en temps, patins à glace aussi quand tous les dix ans elle partait aux sports d’hiver, mais rien d’autre.

Cependant le docteur avait raison, elle était assise toute la journée derrière un écran, il fallait qu’elle se bouge et se défoule. De toute façon elle prendrait un coach car elle ne se lancerait pas à faire n’importe quoi. En effet pour qu’ensuite on le lui reproche, non merci ! Aussi elle se renseigna auprès de ses collègues de travail ainsi qu’auprès de ses amies pour obtenir une adresse. Elle voulait un club de musculation sérieux et surtout pas trop loin de chez elle si possible. « Blue sport » voilà un nom qui sonnait bien pour son futur entraînement de championne.

L’endroit était à deux rues de son domicile, elle avait dû passer des centaines de fois devant sans même l’apercevoir. Dès son arrivée une jeune fille la reçut pour son inscription tout en lui posant les questions habituelles. En revanche sa principale préoccupation était le mode de paiement car l’état de santé de la sportive n’était que secondaire. Ensuite l’hôtesse lui fit visiter les locaux et lui présenta les profs. Pourtant Irène lui avait précisé qu’elle aurait avant tout besoin d’aide et surtout de conseils. Parmi eux il y avait un moniteur très musclé, Jean et ailleurs au fond, il y avait Sandra en survêtement. Un léger signe de la main et Sandra se dirigea vers elles.

Elle était grande, son corps était élancé, sa peau était d’un brun clair, ses cheveux étaient d’un noir corbeau avec des yeux en amandes. Elle était plutôt craquante. L’hôtesse lui précisa qu’Irène serait une de ses élèves. La jeune fille la laissa en compagnie de Sandra qui s’empressa de lui montrer les appareils tout en lui expliquant leurs fonctions. Puis elle lui demanda pourquoi elle voulait faire de la musculation et quand elle voulait commencer ? A quel rythme ?

En fait elle ne savait pas trop. D’abord feux fois dans la semaine pour un début ce n’était pas mal ! De toute façon elle travaillerait progressivement. D’autre part le mardi et jeudi à dix-huit heures ça lui convenait ?  Mais bien sûr ! Alors elles se reverraient le lendemain en short ou en juste au corps, c’est comme cela lui convenait. Par ailleurs il fallait qu’Irène soit à l’aise pour travailler et libre pour ses mouvements, c’était important.

Les cachets firent rapidement effet, elle ne ressentit plus aucune douleur deux heures après. D’autre part elle était pressée et anxieuse pour son premier cours. C’est pourquoi elle avait préparé son sac de sport avec du change, le nécessaire pour prendre une douche, une serviette pour s’éponger car elle allait transpirer. Et bien évidemment la bouteille d’eau obligatoire. Ainsi à l’heure dite elle se présenta à l’accueil de la salle après être passée par les vestiaires. Sandra qui la reconnut tout de suite se dirigea vers elle.

« Bonjour alors prête à commencer ?

– On y va !

– Tu vas commencer par faire du vélo d’appartement, je te tutoie car ce sera plus facile, c’est plus sympa aussi.

– Appelle-moi Irène. Tu as raison, on ne va pas s’encombrer avec du vouvoiement. »

Ensuite elle monta sur l’appareil et commença à pédaler tranquillement. Rapidement sa jolie prof corrigea sa position qui n’était pas bonne. « Allez, tu continues, plus vite maintenant… c’est bien ! » Elle n’en pouvait déjà plus. A peine vingt minutes passées à pédaler elle était déjà au bord de l’apoplexie. Aussi Sandra la fit stopper de façon qu’elle désaltère un peu et qu’elle reprenne ses esprits. « Quand tu es prête tu recommences, mais à ton rythme et sans t’arrêter. Fais attention à toujours être bien positionnée. Allez Irène, il te reste encore quinze minutes à souffrir ! Pour un début on va y aller mollo ! »

A la fin de la séance Irène avait très mal aux jambes, elle était essoufflée et en sueurs. Sandra lui sourit et la rassura. En effet c’était normal qu’elle soit dans cet état car elle avait bien travaillé. D’autre part elle allait avoir mal partout. C’est pourquoi elle lui conseilla de boire beaucoup d’eau ou de tisane et de prendre un cachet d’aspirine pour éviter les courbatures. « Bonne douche et à mardi !»

Sandra était très gentille, toujours souriante. Par ailleurs elle était d’une beauté rare car aujourd’hui elle avait pu voir son corps. En effet vêtue d’un short et tee shirt, elle était parfaite, de la tête aux pieds. Fine, ses muscles saillants et fermes se dessinaient sous les vêtements. Une silhouette de magazine, une vraie bombe ! Pour ne pas fondre face à une telle femme il fallait ne pas avoir de cœur. Parce qu’elle même, en tant qu’hétéro, Sandra la faisait craquer.

En définitive elle avait mal partout. Aussitôt rentrée elle se mit dans un bon bain chaud. Son ami du moment la massa tout en riant de ses malheurs car il ne prenait pas ses cours au sérieux, pour lui ce n’était qu’un coup de tête. « Je ne te donne pas deux mois pour que tu jettes tout ça aux orties ! » Aussi elle avait relevé le pari. « Tu verras bien ! Je tiendrai, tu ne me connais pas, je peux être très surprenante ! » Alain resta avec elle ce soir-là. Ils passèrent la nuit ensemble mais sans lui faire l’amour tant elle était courbaturée de partout. Par ailleurs elle n’aurait pas trop du week-end passé entre amis pour se remettre.

Alors qu’ils étaient à table à prendre l’apéritif, Alain, aidé en ça d’un petit verre dans le nez se crut malin de raconter sa séance de vélo d’un air moqueur. Elle prit mal la chose car ce qui lui faisait mal, c’est qu’il ne croyait pas en elle et la dévalorisait en public. En effet il la décevait beaucoup. Pourtant leur relation n’était pas vieille mais elle se terminait là. D’ailleurs sa réaction était sûrement exagérée mais sous le coup de l’émotion elle ne s’en rendit même pas compte. Cela jeta un froid et le week-end fut gâché pour tous.

Chacun se quitta avec le sentiment amer de n’avoir pas pu empêcher ce naufrage. En particulier il n’y a rien de pire que d’être pris en otage dans un conflit conjugal et d’être les spectateurs impuissants et voyeurs d’un psychodrame au dénouement connu d’avance. Par ailleurs Irène, aussitôt rentrée, jeta les vêtements d’Alain par la fenêtre, qu’il retourne chez sa mère, elle le haïssait ! Ensuite elle s’écroula en pleurs avec le besoin d’une épaule sur laquelle s’épancher. Ce vilain personnage avait laminé le peu d’estime qu’elle avait d’elle. Elle se sentait moche, nulle et sans intérêt.

Le lundi était sa pire journée. Déjà il y avait la reprise mais en plus il ne fallait pas chômer, l’excitation régnait devant les écrans, l’ère de la net économie ne tolérait plus aucune pause, le web c’était 24 heures sur 24, sept jours sur sept. De plus il y avait eu ces deux jours mémorables… Enfin la rupture. Une fois de plus elle se retrouvait célibataire, encore un coup elle n’avait pas su garder son mec. Cependant ce n’était pas grave mieux valait être seule que mal accompagnée. D’autre part le mardi ne fut pas mieux.

En effet elle avait en plus de ses restes de courbatures le moral dans les chaussettes. C’est pourquoi Sandra la vit arriver à reculons. « Alors pas la forme à ce que je vois ! Il n’y a pas que le côté physique on dirait ! Allez au boulot. Tu reprends le vélo pour l’heure, à ta vitesse et après un peu d’accélération. » Malgré tout Irène lui obéit sans broncher. Ainsi elle se mit à travailler, elle écoutait ses recommandations à la lettre. Pourtant elle attendait sa petite pause avec impatience. Mais Sandra restait toujours près d’elle, Irène pouvait ainsi la contempler à sa guise. Celle-ci le remarqua aussi.

« Pourquoi me regardes-tu ainsi ?

– Tu as un corps superbe, je voudrais bien avoir le même !

– Tu peux y arriver mais c’est du travail et de l’entretien. Je fais des exercices tous les soirs après la fermeture. Allez, il faut t’y remettre. »

Motivée par ces encouragements elle pédala comme une malade puis travailla ensuite le haut de son corps sur des appareils de musculation. Enfin c’était l’heure, la leçon était terminée. Sandra la félicita car elle avait bien bossé, c’était un plaisir que de l’aider.

« A la douche et à jeudi, j’espère que ton moral sera revenu ainsi que ton sourire.

–  Merci Sandra à jeudi. »

Ses amies avaient vu qu’elle n’allait pas bien et décidèrent de lui faire retrouver sa joie de vivre. Après une soirée bien arrosée, direction le « délire » dernière boite à la mode. Pourtant elle n’était pas au mieux car elle avait un peu trop bu. De plus la musique était trop forte, trop de tabac surtout, odeur qu’Irène ne supportait pas. Aussi elle ne put rester et prit un taxi pour retourner à la maison et au lit. A part un bon mal de tête, elle n’avait rien retenu de sa virée entre filles. En effet sortir en semaine alors qu’elle bossait n’était pas l’idée du siècle. C’est pourquoi elle le paya cher le lendemain, elle commit erreurs sur étourderies, elle avait vraiment la tête ailleurs.

C’est donc en piteux état qu’elle arriva à la salle de gym. Aussitôt elle se dirigea vers le vélo alors qu’une voix qu’elle connaissait bien lui dit : « Bonjour Irène, pas aujourd’hui, tu vas faire du rameur. Je vais te montrer le mouvement, regarde bien ! » Pour regarder, elle regardait plutôt deux fois qu’une. En effet Sandra la fascinait par son aisance et sa facilité à se mouvoir, on aurait dit qu’elle ne produisait aucun effort.

Une fois la démo finie, Sandra l’installa correctement et régla la machine puis s’accroupit à ses côtés. Ensuite elle la cala bien pour que le dos reste droit et elle la fit tirer sur les bras et les jambes. C’était dur. Elle en bavait mais par fierté elle se cramponnait. La durée de l’exercice fut moins longue que celle du pédalage. Par ailleurs elle l’encourageait, elle était soutenante. Elle prit même le temps de lui parler à la fin du cours.

« Tu ne vas pas bien en ce moment on dirait, je peux t’aider ? Si tu veux espacer un peu les séances pas de problème ?

– C’est vrai que je ne vais pas bien, je viens de rompre avec mon petit ami. La solitude me fait peur, j’ai horreur de ça.

– Tu es mignonne comme tout, tu vas te trouver rapidement un autre compagnon, ne t’en fais pas !

– Sandra je peux te poser une question indiscrète ? As-tu quelqu’un dans ta vie ? Si tu es célibataire je t’aurais bien proposé d’aller prendre un café après tes cours.

– Je n’ai personne dans ma vie en ce moment, pour le café pourquoi pas ?  On se donne rendez-vous après la fermeture.

– Tu veux venir à la maison ou tu as un endroit préféré ?

– Chez toi, pas de problème car j’ai ton adresse sur la fiche, c’est à deux pas d’ici j’ai vu ! »

Sandra arriva avec des gâteaux.

« Tiens pour te remonter le moral !

– Merci tu es géniale !

– Je sais ce n’est pas très bon pour la ligne mais mardi je te ferai dépenser tout ça ! »

Ensuite elles passèrent un bon moment à rire des hommes, de leurs défauts puis de la vie en général. Par ailleurs Sandra lui parla de son boulot, de ses passions, de ses amours. En définitive Irène avait les mêmes rêves assez simples mais paradoxalement difficiles à concrétiser : être heureuse, avoir un grand amour. Bref une vie pépère en somme. Le courant passa tellement bien entre elles deux que Sandra l’invita à passer le samedi soir avec elle et ses amies. « On va bien rire tu verras ! »

Irène ne se fit pas prier. En effet sortir avec une fille comme elle n’était pas donné à tout le monde. De plus elle lui offrait son amitié, que vouloir de mieux ? « Je viens te chercher à vingt heures, l’endroit est un peu spécial tu verras. »  Sandra la quitta en l’embrassant. Elle était belle, sentait bon, sa peau était d’une douceur exquise. Irène fit cette nuit-là un rêve érotique où elles faisaient l’amour. Pourtant rien de vraiment étonnant mais sa partenaire c’était Sandra ! Alors qu’elle se réveilla avec un sentiment diffus de bien être elle se fit cette réflexion idiote : « c’était bien, dommage que je n’aie jamais essayé ! »

C’est pourquoi elle vécut l’attente de la soirée du samedi dans un état d’excitation incroyable. Ainsi elle mit tout l’après-midi à se préparer car elle ne savait pas quoi mettre. Aussi elle opta pour un ensemble veste pantalon avec un léger chemisier blanc. Sandra l’attendait dans une voiture sport. Elle était encore plus rayonnante que d’habitude.

« Irène tu es très belle ce soir !  C’est pour moi ? lui dit-elle en rigolant.

– Oui je ne voulais pas te décevoir.

– Depuis que je te connais, tu ne m’as jamais déçue, vaillant petit soldat ! »

Irène était rouge comme une pivoine sous l’effet des compliments. Par ailleurs Sandra conduisait à vive allure, sûre d’elle. Enfin elles arrivèrent devant une porte où était marqué « club privé », Sandra la devança afin de se présenter à la tigresse qui gardait l’entrée. De toute évidence elle était connue d’elle et comme par enchantement la caverne d’Ali Baba apparut au son du célèbre « sésame ouvre-toi ».  Tel un conte de fées moderne Irène, transformée en princesse orientale, pénétrait dans un harem où nul sultan ne régnait en seigneur et maître. En effet il n’y avait que des femmes. Elle ne put cacher son étonnement.

« Je t’avais prévenue, si tu veux on peut aller autre part ?

– Non tes amies t’attendent, mais ne me laisse pas seule !

– Tu ne risques rien, tu as compris pourquoi je viens ici ?  Je voulais que tu voies par toi-même plutôt que de te faire une opinion à travers les bruits qui circulent au club.

– Tu sais en dehors de toi je ne rencontre personne là-bas. Les ragots ne m’intéressent pas. Je dois avouer que tu me troubles depuis que je t’ai vue. En te découvrant dans ton élément je comprends mieux pourquoi j’étais attirée par toi. Je suis d’accord pour découvrir ton monde. Je ne veux pas mourir idiote ! Tu sais pour moi c’est la première fois que j’ai affaire à une… une…

– Ne dis rien Irène. Merci de ta compréhension. Sois rassurée je ne te quitterai pas de la soirée. »

Ensuite Sandra lui prit la main et elles se dirigèrent vers la table de ses copines. Elles étaient toutes très sympa et bonnes vivantes de surcroît. Elles dansèrent une grande partie de la nuit. Enfin vers la fin de la nuit la DJ mit des slows. Sandra l’invita. Jamais jusque-là Irène n’avait dansé avec une femme, dans un endroit de ce type. Sandra la prit par la taille et l’enlaça fermement leurs corps bougeaient en cadence.

Irène sentait ses mains parcourir son dos. Sandra était en train de l’exciter, elle ne savait comment lui dire ni si c’était consciemment voulu ou pas. Néanmoins elle s’abandonna dans ses bras, à quoi bon tout intellectualiser ! Ensuite Sandra se colla un peu plus mais Irène semblait ravie de ce geste. En effet elle était en transe, on ne l’avait jamais mise dans un tel état, rien qu’en dansant. Elle en était à un stade où elle n’arrivait plus trop à se contrôler. Enfin Sandra se mit à lui caresser les cheveux, la nuque. Tout doucement Irène lui dit.

« Je crois que l’on est mal barrées si on continue sur ce chemin toutes les deux !

– Il ne fallait pas commencer ?

– Je ne sais pas…

– J’arrête alors ?

– Tu es gonflée maintenant que tu m’as bien excitée, tu me laisses en plan ! Tu fais ça à chaque fois que tu es avec une fille ?

– Non mais avec toi c’est différent. Tu me plais, je sais aussi que tu n’aimes pas les femmes. Excuse-moi ! Je ne veux pas jouer avec toi, ce que j’ai fait est stupide. Mais ce soir tu m’as fait craquer et de te voir danser et sourire…Comment te dire ? Je crois que j’ai voulu tenter ma chance, je m’y suis mal prise. Excuse-moi encore, ne m’en veux pas !

– Je ne t’en veux pas. Je suis très touchée et émue. Ton attitude est compréhensible, c’est vrai il n’y a rien de mieux qu’un beau slow pour tenter sa chance. Je crois que dans la même situation j’aurais fait pareil. »

Sandra la regarda fixement.

« Tu me croiras si je te dis que j’ai envie de t’embrasser.

– Je te crois car c’est idem pour moi. »

Sandra la serra encore plus fort. Elle l’embrassa tendrement, ses lèvres s’ouvrirent pour mieux répondre à son baiser. Irène ne se reconnaissait pas. Sandra l’avait chamboulée au-delà du raisonnable. Il était tard, elles devaient rentrer. Sandra la tenait par la taille, Irène se blottit tout contre elle. « Je te dépose chez toi Irène, après j’irai me coucher car j’ai un gros coup de barre. » Tout le long de la route, Sandra trouva le moyen de l’embrasser, feux rouges, stop. Elle était adorable.

Arrivée à destination, elle lui dit que personne au club ne devrait être au courant et qu’elles devraient faire comme avant. Sandra ne souhaitait pas mélanger vie privée et boulot. Irène promit de faire attention.

« Tu veux venir dormir à la maison Sandra ?

– Si je monte, on ne dormira pas. J’ai trop envie de toi. Je ne veux pas aller trop vite, je veux prendre le temps de t’aimer, te désirer. Pas maintenant, pas comme ça. Ça ne serait que pour le plaisir, moi je veux plus. Je veux te faire la cour puis l’amour. »

Elle l’embrassa longuement puis partit. « A mardi ! Soit en grande forme et qui sait ? » Irène avait le béguin pour une fille, ça c’était le comble. Tout chez Sandra l’affolait.

C’est avec le sourire qu’elle débuta cette nouvelle semaine. Ses collègues n’en revenaient pas. « Tu as trouvé l’homme de ta vie ? Tu nous le présentes quand ? » Pourtant aucune réponse ne vint sur le nom de l’heureux élu, elle concéda juste un « mais je crois que je suis croque ! » Elle arriva avec de l’avance à son cours particulier. Irène avait un grand sourire en se dirigeant vers sa prof adorée.

« Alors en forme ?

– Oui et je suis prête à me défoncer !

– Alors go ! Un peu de vélo, ensuite du rameur et après un peu d’haltères. Voici le programme de la soirée. »

Elle mit du cœur à ses exercices plus qu’à l’accoutumée. Elle regardait Sandra, elle avait les yeux luisants, un sourire aux coins des lèvres. Tout bas elle lui dit.

« Arrête je n’en peux plus, je voudrais bien une autre sorte d’exercice.

– Accroche-toi, chaque chose en son temps !

– Tu es dure avec moi !

– Tu n’as pas tout vu !

– Je ne demande que ça !

– Je te téléphone dans la soirée, prends une douche froide ça calmera tes ardeurs !

– C’est toi qui devrais me les calmer, après tout c’est ta faute si je suis dans cet état !

– File, que je ne t’entende plus ! A jeudi. »

Il était vingt heures quand le téléphone sonna.

« Salut que fais-tu de beau ? Veux-tu venir t’entraîner avec moi ? Cours particulier offert !

– Je viens, j’enfile un blouson je suis là dans cinq minutes. »

Sandra était derrière la porte. Une fois à l’intérieur elle ferma les verrous et la lumière de l’entrée. Direction la salle. Elle l’embrassa en lui disant « doucement, il faut que je bosse » Irène la regarda travailler sur les appareils. Ses muscles se dessinaient, son corps était ferme et gracieux. Pour une fois c’est l’élève qui encouragea la maîtresse et qui la boosta. Après quelques minutes intenses, Sandra décida de stopper son entraînement, ça suffisait pour ce soir. Elle allait prendre une douche et elle arrivait. En passant près d’elle, Irène l’attrapa par le bras et lui tendit ses lèvres. Sandra répondit à son baiser.

Celui commença à se prolonger à les mettre en effervescence. « J’ai besoin d’eau froide je crois Irène ! » Sandra se déshabilla, sa silhouette était encore plus belle lorsqu’elle était nue. Irène qui désirait lui faire l’amour, voyant son être aimé s’éloigner ne put résister. La voilà qu’elle aussi se mit nue et se colla à elle sous la douche qui coulait déjà. Sandra se retourna, se mit à l’embrasser, à la caresser, leurs mains étaient avides de découvrir leurs zones sensibles. L’eau faisait un écran sur elles. Elles firent l’amour ici et maintenant, voracement. Elles avaient déjà succombé et elles ne demandaient qu’à recommencer.

« Viens à la maison Sandra, je veux finir ce que l’on a commencé !

– Laisse-moi au moins me rhabiller ! »

En deux minutes c’était chose faite. Elles coururent jusqu’à son appartement, Irène était tellement nerveuse qu’elle n’arriva pas à ouvrir la porte. Sandra prit ses clés et le fit pour elle. Irène lui laissa à peine le temps de poser son blouson. Elle l’avait prise par la main et l’entraîna dans la chambre. Elle se jeta sur Sandra. Elles étaient dans le même état de manque qu’un toxico. Une fois nues, elles se retrouvèrent sur le lit.

« Pas si vite, on a la nuit devant nous, lui murmura Sandra.

–  Laisse- moi t’aimer ! »

Elle avait pris le contrôle, elle lui embrassait le cou, le lobe de l’oreille. Apparemment c’était un endroit très sensible chez elle. Elle prit la pointe de ses seins entre ses lèvres, ses tétons pointaient, saillaient, durs et fiers. Personne ne lui avait jamais pratiqué cette caresse qui était très agréable. Elle s’était placée de sorte que son sexe touchait le sien. Irène le sentait durcir et gonfler, elle commença à se déhancher. Les mouvements se firent plus rapides. Elle s’agrippa à l’épaule de Sandra, lui mordillant le cou. Sandra poussa un long gémissement, avec pour écho le sien. Elle se mit sur le côté, tout en la regardant jouir puis lui dit.

« J’aime te faire l’amour, tu es faite pour ça !

– C’est vrai. J’aime faire l’amour surtout avec toi. Tu m’as fait découvrir une chose merveilleuse, de plus tu es vraiment un très bon coup !

– Merci ma douce, tu te défends bien aussi pour une débutante ! »

Irène avait encore envie d’elle. Sandra était toujours partante pour les bonnes choses, celle-là en était une et elle ne s’en lassait pas. Irène fit en sorte de diriger leurs ébats. C’était elle qui était sur Sandra. Elle avait la bouche ouverte et les lèvres humides. Elles s’embrassaient et leur respiration menait la cadence. Sandra commença à frissonner puis ouvrit le passage qui menait à son intimité. Ses doigts s’activaient en elle. Irène continuait ses gestes lentement pour ne rien presser. Sandra allait jouir. Alors que sa bouche allait et venait sur son sexe turgescent, sa langue se fit plus précise, elle allait de plus en plus vite. Sa respiration devint bruyante. Elle comprit que Sandra avait atteint le septième ciel. Elle était heureuse, Irène posa sa tête sur son ventre le temps qu’elles retrouvent leurs esprits. Une fois revenue sur terre, avec beaucoup d’humour Sandra lui dit.

« Quel coup de langue, il vaut tes pédalages ! On dirait que tu as fait ça toute ta vie.

– Joli compliment, venant de ta part je suis flattée !

– Irène tu as remarqué que ton corps commençait à se transformer, tes bras, ton dos. Pour tes jambes on va les travailler et dans peu de temps tu seras parfaite !

– C’est grâce à toi, tout cela. Tu m’as bien aidée et conseillée surtout. Et avec les cours du soir que tu vas me prodiguer, je vais battre des records. En attendant viens donc ici, j’ai quelque chose à te montrer. »

Irène était de nouveau dans les bras de sa tendre prof. Elle répondait à ses baisers qui avaient le don de l’exciter encore plus. Elles changèrent de position. Sandra passa ses jambes autour de ses reins. Leurs sexes étaient l’un contre l’autre. Elle la tint serrée contre elle. Tout chez elles étaient d’une sensibilité à fleur de peau. Il leur fallait faire durer le plaisir. Chaque mouvement pouvait les faire basculer vers une jouissance extrême. Sandra indiquait le tempo à suivre. La cadence commença doucement jusqu’à une accélération progressive qui les mena droit à l’orgasme. Après avoir connu une telle jouissance, un tel bonheur elles étaient hors service, elles n’en pouvaient plus. Sandra était dans le même état qu’elle. Elles passèrent le restant de la nuit enlacées. Sandra partit à l’aurore en prenant soin d’embrasser son amante.

De ce jour Irène fut en permanence joyeuse. Son look avait changé. Sa silhouette s’était transformée. Son entourage avait vu le changement, elle percevait même des regards un peu coquins qui la faisaient sourire quand elle passait dans la rue. Tout se passa à merveille pendant plusieurs semaines. Leur amour les embellissait. Elles se voyaient régulièrement soit à la salle soit chez Irène ce qui était le plus facile. Les cours de musculations avaient provoqué des miracles. Son corps était sculpté et ses muscles qui étaient flasque étaient fermes et bien dessinés. Un midi Sandra vint la chercher au bureau.

Elle l’embrassa sur la bouche, Irène fut plus que gênée, certaines de ses collègues de bureau n’avaient pu manquer de voir la scène. Elle éclata d’un rire nerveux pour cacher son embarras. Elles partirent au petit bistrot du coin s’avaler sur le pouce un petit encas en vitesse pour finir la journée. Elles s’étaient mises dans un petit coin, au fond de la salle, croyant que personne ne les verrait.  Sandra continua ses gestes qui révélaient une grande part de leur intimité. Irène n’avait pas vu entrer ses collègues et amies. Celles-ci n’en perdaient pas une miette. Elle les vit mais trop tard. Sandra ne comprenait pas la distance que son amie prenait tout à coup.

« Arrête on nous regarde ! Je suis comme toi au club, personne n’est au courant pour nous au bureau.

– Maintenant c’est chose faite ! rétorqua Sandra.

– Il y a en plus la commère du service financier, mon compte est bon, ma réputation aussi. »

Irène était blême. Sandra tenta de la rassurer.

« Tu n’as qu’à leur dirent que tu as viré de bord, que tu aimes une femme et que tu es heureuse comme ça !

– Je ne voulais pas ébruiter notre liaison.

– Pourquoi tu as honte ! Aimer une femme n’est pas un crime. Je croyais que tu avais des sentiments pour moi ! »

Irène ne savait que répondre.

« Je ne suis pas homo, je t’aime toi, c’est différent.

– Différent ! Mais aux dernières nouvelles je suis une femme !

– Sandra ne m’en veux pas ! Ce n’est pas évident pour moi. Je ne me suis jamais retrouvée dans une telle situation.

– Moi je t’aime, je veux vivre avec toi, vivre au grand jour. J’en ai marre de me cacher à chaque fois. Je veux pouvoir t’embrasser quand je veux, te prendre par la main ou par la taille. Avoir des gestes d’amour, te montrer à chaque instant combien tu comptes pour moi.

– Oh laisse tomber ! »

Sandra se leva et partit. Irène lui emboîta le pas sans pouvoir la rattraper. Irène fut la première à son poste. Des larmes coulaient, elle repensait à la discussion. Elle revoyait Sandra quitter le resto et partir sans se retourner. Sans savoir quand elle la reverrait. Irène sentit une présence à côté d’elle. Ses collègues étaient toutes là sur le trottoir, la regardant avec mépris tout en lui disant. « Alors t’es gouine, t’aimes les femmes maintenant ? Tu n’as pas honte ? Il faut être détraquée ou avoir une case de libre pour se faire brouter le gazon par une femme. Ma pauvre fille on te plaint ! »

Sur ces mots elles la laissèrent en pleurs. La fin de journée fut l’horreur. Irène était regardée de travers, plus personne ne lui adressait la parole. La commère avait fait circuler la nouvelle « Irène est gouine » seul quelques hommes résistèrent. Ils continuèrent à faire comme avant, mais la situation était plus excitante. Ils tenteraient leurs coups quand elle reviendrait à la raison. Il fallait absolument montrer à Irène ce qu’était un Homme, un vrai, que sur le plan sexuel rien ne pouvait les égaler.

Ce soir pour la première fois elle n’irait pas à son cours. Elle resta chez elle pour pleurer à chaudes larmes. Elle se demanda ce qu’allait-elle faire ? Quitter Sandra ? Se moquer du qu’en dira-t-on ? Elle se demandait si vraiment elle pourrait assumer cette liaison, même par amour. Des questions, encore des questions, toujours des questions. La nuit ne lui vint pas en aide. Au petit matin elle ne savait toujours pas répondre à toutes ses interrogations. Il fallait affronter les fauves. C’est pourquoi elle prit son courage à deux mains et ouvrit la porte. « Bonjour ». Ensuite elle se plongea dans la pile de dossiers osant à peine soulever la tête de son clavier.

En effet elle ne voulait pas voir la méchanceté, pas aujourd’hui pas avec la nuit qu’elle venait de traverser. Il était tard quand elle quitta le bureau. Sandra n’avait pas donné signe de vie. Elle était vraiment fâchée. Pour en avoir le cœur net, Irène alla au club. Elle n’était pas là. Elle avait pris des jours, problèmes familiaux dixit l’hôtesse d’accueil. Irène essaya de contacter les amies de Sandra rencontrées en boite, personne ne l’avait vue et ne savait où elle était. L’angoisse commença à monter. Elle prit son portable et réessaya son numéro à plusieurs reprises et tomba à chaque fois sur sa messagerie. De guerre lasse elle finit par se résoudre à parler à la voix impersonnelle qui l’invitait à parler après le bip sonore. « Sandra donne-moi de tes nouvelles, je t’aime, ne me laisse pas avec la peur au ventre !»

Aucune réponse dans les jours qui suivirent. Irène eut un arrêt de travail. En effet ses relations sociales dans l’enceinte du bureau étaient pesantes. C’est pourquoi elle ne tint pas le coup. Par ailleurs elle n’était plus motivée par le sport, ça n’accrochait pas avec le nouveau coach. Malgré tout elle ne résilia pas son abonnement mais demanda à le suspendre en attendant des jours meilleurs. Sandra n’avait pas donné de nouvelles depuis des semaines. En effet elle arrivait à un stade où l’amour qu’elle lui avait offert lui donnait des regrets.

C’est pourquoi elle trouvait le comportement des hommes limite. Par ailleurs elle se dit que les femmes ce n’était pas mieux. Sandra avait été tellement parfaite qu’aucune n’aurait pu parvenir à son niveau. Fidèle, aimante, soutenante, attentionnée, respectueuse, toujours à l’écoute.  Mais là son attitude de la laisser seule, paumée, sans aide, lui fit dire que Sandra ne valait pas mieux que les hommes. Si elle devait encore en baver en amour autant que ce le soit avec la gente masculine, au moins elle serait dans les normes qu’impose la société ! Elle n’était pas faite pour affronter les tourments, ni ses désirs cachés.

Sandra réapparut enfin à la surface. Elle téléphona à Irène.

« Je voudrais te voir, je peux t’inviter à boire un verre ? Il faut que l’on se parle !

– Ok je te retrouve dans une heure au café à l’angle près du club.

– D’accord, à toute à l’heure ! »

Elle arriva juste en même temps qu’Irène mais ne l’embrassa pas.

« Bonjour ça va Irène ?

– A ton avis ! Tu en as encore beaucoup des questions de ce type, je n’ai pas de temps à perdre ! »

Irène attaqua dans le vif du sujet directement sans préambule.

« Pourquoi n’as-tu pas répondu à mon message ? Sais-tu ce que j’endure depuis notre dernier rendez-vous ? Sais-tu par quoi je suis passée ? Par où je passe actuellement ? Non ! Tu m’as laissée, j’avais tellement besoin de toi ! De ton soutien, de ton amour. Tu as fui ! Tu m’as laissé me débrouiller seule ! J’avais des ennuis au boulot, de santé. Personne ! Tu n’étais pas là ! Aujourd’hui je paie au prix fort le fait de t’avoir aimée ! J’avais tout misé sur toi, je croyais avoir trouvé l’épaule sur laquelle m’appuyer en cas de besoin. Erreur ! Je me suis bien trompée. »

Sandra encaissa sans broncher. Elle essaya de lui expliquer maladroitement son absence mais rien n’y fit. Elle n’avait pas voulu répondre, aux appels au secours d’Irène elle allait le payer. Sandra lui déclara son amour pour la énième fois, elle s’en voulait de son impulsivité, elle n’aurait pas dû être aussi soupe au lait avec elle. C’était trop tard ! Irène se leva la regarda droit dans les yeux « Je t’aime toujours, mais je préfère arrêter notre relation. Tu es la plus belle chose que la vie m’aura offerte, je ne t’oublierai jamais. Dans un coin de mon cœur il y aura toujours ton image. Merci de cet instant de grand bonheur. Au revoir. Soit heureuse ! » Sur ces mots elle quitta le café. Sandra était effondrée.

Elle avait regardé son plus bel amour la quitter. Irène était partie pour une erreur. Sandra se dit qu’elle avait fait une grosse bêtise, elle était impardonnable. Elle aurait dû comprendre la problématique dans laquelle se débattait Irène. Elle aurait dû l’aider à résoudre ce cap qui est de se révéler à soi-même son homosexualité et la soutenir. Au lieu de ça, elle avait fui car elle lui en voulait de ne pas s’assumer, niant que pour elle aussi elle avait procédé par étapes. Pourtant elle avait envoyé leur passion au diable, sur un coup de tête. Malgré tout elle venait de prendre conscience qu’elle avait commis la plus grosse connerie de sa vie. En effet elle l’avait perdue et sans doute dégoûtée des femmes à tout jamais. Quoi de plus émouvant qu’une femme qui naît à son lesbianisme et qui vit son premier amour saphique ?

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