Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Ulysse

Ulysse est une nouvelle lesbienne qui parle d’amour.

Comme à chaque fois qu’elle était en vacances Mélanie partait se reposer dans un coin de Vendée où elle avait acquis il y a quelques années un petit appartement donnant sur la mer et une plage de plusieurs kilomètres. Elle était cadre dans une grande société et ne comptait guère les heures de travail, passionnée qu’elle était par sa fonction. En dehors de son activité professionnelle, sa vie était calme et tranquille car Mélanie vivait seule après un divorce long et pénible.

Par ailleurs sa fille unique Virginie qui était maintenant mariée avait une bonne situation dans une banque. Ne manquait à son bonheur que la joie d’avoir un enfant. En effet Mélanie rêvait d’être une grand-mère attendrie et gaga devant un petit bout de chou qui illuminerait le vide de son existence affective. Sa fille était tout pour elle, c’était son seul joyau à ses yeux, cela l’aidait à supporter la solitude et l’échec de son mariage.

C’est pourquoi Mélanie aimait se retrouver dans ce petit cocon loin de tout le bruit de Paris. Elle ressentait régulièrement la nécessité d’une coupure, de lever le pied en partant quelques temps lorsqu’une fatigue physique se faisait trop pressante. Ce qu’elle éprouvait ces derniers temps c’était au-delà, comme une forme d’épuisement moral. En définitive elle éprouvait le besoin de faire un point sur sa vie. En effet elle aimait avant tout la mer, les longues balades sur la plage, sentir les embruns, la douceur du vent dans ses cheveux, entendre le roulis des vagues, le vol des mouettes. Ainsi elle pouvait déambuler des heures entières les pieds nus dans le sable et l’eau qui lui fouettait le sang.

La marche rend philosophe, invitant celui qui s’y livre à se débarrasser du poids du superflu pour aller vers l’essentiel, se recentrer, retrouver son équilibre intérieur. Tout cela l’aiderait à y voir plus clair. Aussi Mélanie allait poser ses valises pour deux semaines. Récupérer, se reposer, profiter du grand air était son seul programme. Elle fit le trajet qu’elle connaissait par cœur d’une traite. Dès son arrivée elle fila en ville faire quelques courses. En premier lieu elle avait ses boutiques préférées où elle connaissait les commerçants qu’elle avait plaisir à retrouver. Par ailleurs elle aimait parler avec eux des dernières nouvelles, elle se sentait comme chez elle en ce lieu.

D’autre part elle adorait se tenir au courant des changements, elle réfléchissait un jour à venir s’installer définitivement dans cette région qui lui plaisait tant. C’est une chose que d’y venir en vacances, c’en est une autre que de s’y intégrer définitivement. Ici Mélanie y avait peu d’amis et guère de relations. Elle connaissait juste une belle femme et son cheval qu’elle voyait galoper sur la plage. Elles se disaient bonjour et parfois quelques mots. Une fois ses emplettes terminées et la porte franchie, Mélanie apprécia de ressentir le calme et la tranquillité de son duplex.

Elle rangea ses quelques courses puis alla se faire couler un bain. Elle y passa une bonne heure à lire un roman qu’elle avait pris soin d’emporter avec elle. Cela faisait des lustres que cela ne lui été pas arrivé. Quand une petite fringale se fit sentir, elle sortit de son étuve. Ensuite elle enfila son peignoir, direction le frigo. Elle se régala avec la cassolette achetée chez son traiteur. Les premières heures de congés avaient défilé à toute allure. Tout juste après le diner une brusque fatigue s’empara d’elle qui la poussa au lit pour une longue nuit de sommeil réparateur.

En se réveillant Mélanie aperçut dans la chambre ses bagages non défaits. Elle passa la matinée à ranger ses affaires et en profita pour effectuer du tri. C’est fou ce qu’on peut accumuler d’objets inutiles ! Après une douche et un brunch Mélanie s’habilla pour une promenade. L’après-midi se présentait bien. Le temps était beau, il y avait un peu de vent mais rien de terrible. Aussi elle enfila un coupe-vent et partit avec le sourire. Ensuite elle descendit sur la plage, regarder la mer qui s’était retirée au loin, semblant à des kilomètres. Par ailleurs elle resta un moment à observer les pêcheurs de coques creuser le sable.

On aurait dit des points sur l’horizon. C’est alors qu’elle entendit un bruit de galop et se retourna. Elle reconnue la femme et son cheval si beau avec sa robe noire aux reflets bruns par endroit. On pouvait admirer ses muscles se dessiner à chaque mouvement et sa longue crinière qui lui retombait sur le flan virevolter dans l’air. Sa hauteur impressionnait Mélanie. La cavalière adressa un bonjour tonitruant à Mélanie quand elle la dépassa et continua sa route sans se retourner. Mélanie ne se lassait pas de regarder cette magnifique femme chevaucher sa monture. Elle avait une telle élégance naturelle qu’elle ne faisait qu’un avec son étalon.

On pouvait sentir le plaisir de l’équitation, l’amour de l’animal aussi. Ce n’était pas comme Mélanie qui en avait peur. Elle aurait pourtant adoré savoir monter comme cette cavalière. Seulement pour le moment elle se contentait de regarder ce spectacle qui lui redonnait un sacré coup de fouet. Mélanie les suivait du regard, elle n’en perdait pas une miette. Cette inconnue blonde, mince, au corps souple et au regard bleu clair avait le visage éclairé d’un immense sourire qui la rendait très attirante. Mélanie, extrêmement troublée par les émotions qui la parcouraient, continua sa balade la regardant au loin s’éloigner, se laissant guider par le soleil.

D’un pas tranquille, évitant les flaques que la mer avait laissées par endroit, elle remonta toute la plage, dans un sens puis dans l’autre. Combattre les bourrasques l’avait épuisée, elle décida d’aller boire un café au centre-ville. Elle prit le temps de se poser au chaud, bien assise derrière la vitre du pub. Mélanie regardait les passants, les voitures toutes plus belles les unes que les autres sans penser à rien. Réchauffée et reposée, elle reprit le chemin de chez elle, d’un rythme tranquille, les mains dans les poches.

Le vent s’était enfin levé en cette fin de soirée. Elle apprécia de retrouver son nid où hormis sa fille, personne n’avait jamais franchi cette porte. Ce lieu était son abri, son refuge, une bulle régénératrice. Elle s’installa dans son canapé avec un roman policier qu’elle ne put lâcher tant l’intrigue était prenante, oubliant l’heure. Là encore ce fut la faim qui la tira de sa lecture. Elle se prépara un sandwich qu’elle dévora toujours plongée dans son bouquin. Quand enfin elle le lâcha, elle partit se coucher sans demander son reste, le grand air avait eu raison d’elle.

Les jours se suivirent et se ressemblèrent. Son emploi du temps était immuable. Elle flânait au lit le matin, prenait le temps de déjeuner puis partait se balader. Elle qui était une femme hyperactive avait le sentiment que le temps s’étirait au rythme d’un slow et que les aiguilles de sa montre étaient comme elle en vacances. Cependant c’était loin de lui déplaire. En effet Mélanie ne résistait pas au plaisir de ses sorties. C’était devenu le centre de ses préoccupations. D’ailleurs elle était comme fébrile dès que le moment venu approchait. En premier lieu elle prenait soin de sa tenue et veillait à la changer chaque jour même si elle portait invariablement un jean, un polo, un pull ou un coupe-vent selon la météo.

En particulier elle se sentait revivre dès qu’elle s’approchait de la plage, que le soleil l’entourait de sa bienveillance, réchauffant son corps, l’embellissant par un hâle qui la rendait séduisante. Chaque jour elle rêvait secrètement de revoir cette écuyère. Elle y pensait souvent, dès que le blues la prenait l’image de cette femme venait à ses yeux. Pourquoi ? Elle s’en fichait. Ce qu’elle désirait c’était juste la voir, l’apercevoir même un bref instant. Son vœu fut enfin exaucé ce jour-là. Dans son dos, porté par la mer, elle entendit le bruit d’un galop familier. Elle se retourna pour faire face à l’animal et son amazone. Mélanie se figea et admira celle qui venait à sa rencontre sur son beau destrier.

La cavalière fut bientôt près d’elle qui ralentit à quelques mètres pour la saluer et commencer à tourner autour d’elle. Mélanie complimenta la femme sur son cheval et se mit à lui poser des questions sur son étalon. Son interlocutrice en profita aussi pour se présenter. Elle s’appelait Gaëlle et son cheval Ulysse. C’était un pur-sang avec lequel elle avait gagné de nombreux concours hippiques. Par ailleurs elle venait du centre équestre qu’elle désigna d’un signe de main derrière les dunes de la plage. Gaëlle l’invita à lui rendre visite au centre, elle pourrait lui expliquer plus longuement sa passion. C’est pourquoi si elle était intéressée elle pourrait prendre des cours car il n’y avait pas d’âge pour apprendre à monter.

Mélanie tut sa peur des chevaux et prit rendez-vous pour le lendemain en début de journée. En effet l’occasion était trop belle pour la rater. Ensuite les deux femmes échangèrent encore quelques banalités et des sourires avant qu’Ulysse ne repartit dans sa course folle. Mélanie continua sa balade, complètement chamboulée par la gentillesse mais encore plus par le charme de Gaëlle. Comment une femme pouvait-elle la troubler à ce point ? Jamais en amitié elle n’avait ressenti pareilles émotions.

Elle était envahie d’une sérénité et d’une plénitude qui la lavaient de toute la douleur de ces dernières années. Cette femme qu’elle ne connaissait pas était en train de lui redonner le sourire, l’envie de rire, de sortir. De vivre tout simplement. La tête dans les nuages, elle ne s’aperçut pas qu’elle s’éloignait de son trajet habituel. Déboussolée de sortir de la plage pour atterrir de l’autre côté du centre-ville, elle choisit de rentrer chez elle. De tout évidence elle était perturbée. Aussi elle se prépara un café qu’elle sirota dans son canapé alors qu’elle ne cessait de penser à Gaëlle. En effet elle revoyait son visage, son sourire.

Mélanie ressentait de l’attirance pour elle, jamais de sa vie elle n’avait éprouvé quoi que ce soit de la sorte, même pas pour un homme. En effet elle sentait au fond de son ventre une envie puissante, une chaleur et une tension très excitantes qu’elle n’avait pas envie d’apaiser. Par ailleurs elle était vraiment perdue, dépassée par les événements. En particulier elle eut toutes les peines du monde à se concentrer devant un vieux film qui passait à la télé. Elle partit se coucher sans même voir la fin.

Son sommeil fut fragmenté, elle se leva de très bonne heure, ne pouvant tenir en place. Elle avala le petit déjeuner et fila en ville. Elle éprouvait un besoin de marcher, de prendre l’air. Malgré sa petite nuit elle débordait d’énergie. Son pas était rapide et léger. Elle marchait d’un bon rythme tout en regardant au loin. Elle écoutait chaque bruit, espérant entendre un cheval trottant sur le sable. Mais rien à l’horizon pas une ombre, pas un bruit. Elle continua ainsi pendant une bonne heure. Ce ne devait pas être l’heure. Mélanie décida d’aller en ville acheter le journal et son pain. Elle s’occuperait jusqu’à son rendez-vous avec la lecture des nouvelles du jour.

Sur le chemin du retour elle tomba nez à nez avec sa voisine avec laquelle elle échangea des amabilités. Ensuite une fois le quotidien survolé, Mélanie prépara son repas qu’elle réchaufferait tout à l’heure au four à micro-onde. Par ailleurs elle eut du mal à trouver des activités car elle était trop excitée pour tenir en place. En effet elle avait beau essayer de se raisonner rien n’y faisait. Alors elle se laissa aller à ses pensées, toujours les mêmes avec Gaëlle. Une envie irrépressible d’elle la saisissait qu’elle ne tentait même pas de combattre. Enfin l’heure d’y aller sonna. Elle décida d’y aller à pied, elle avait besoin de se calmer physiquement, la marche canaliserait son trop-plein.

Mélanie ne se reconnaissait pas. Une collégienne ! Voilà à quoi elle ressemblait en ce moment. A une jeune fille le jour de son premier rendez-vous amoureux. Elle entra la gorge nouée dans le centre équestre. Elle balaya du regard le terrain d’équitation, les stalles des chevaux. Gaëlle était dans un des boxes avec Ulysse à le nettoyer et le brosser. Mélanie se dirigea vers elle pour la saluer. Gaëlle releva la tête et lui adressa le plus beau de ses sourires. Elle s’avança vers Mélanie pour l’embrasser amicalement. Mélanie sentit le rouge lui monter à ses joues. Gaëlle s’aperçut de son trouble mais ne fit aucune remarque à ce sujet. Elle la mit tout de suite à l’aise en lui expliquant ce qu’elle faisait, en quoi consistait les soins prodigués à son étalon. C’était passionnant de l’écouter, Mélanie découvrait un univers fascinant.

Elle proposa de l’inviter à boire un verre dès qu’elle aurait fini de s’occuper d’Ulysse. Mélanie répondit oui avec empressement. Aucun des gestes de sa nouvelle amie ne lui échappait. Elle fantasmait de voir Gaëlle prendre soin d’elle comme elle le faisait de sa monture. Combien ça devait être bon d’être ainsi caressée et massée avec cet amour. Une fois que le cheval fut bouchonné et rentré dans son box, Gaëlle prit le bras de Mélanie et l’emmena vers sa voiture. Elle s’excusa de l’odeur. Elle devait avant tout se doucher et changer de vêtements, qu’elle l’attende là elle revenait.

Mélanie totalement dépassée par la situation ne se rendit même pas compte que Gaëlle n’avait aucune intention de lui proposer des cours d’équitation, qu’elle avait d’autres idées en tête. Sur le chemin qui menait au domicile de Gaëlle, Mélanie détendue et souriante riait à ses blagues. Pour ne pas dévoiler ses intentions, Gaëlle prenait soin de revenir sur sa passion du cheval dès lors que Mélanie feignait de s’étonner qu’elles auraient dû rester au centre.

Arrivées à l’appartement, Gaëlle lui offrit un verre. Elle prétexta une tache sur un vêtement pour aller se changer. Elle revint dans une tenue tout en cuir qui la rendait plus attirante que jamais. Mélanie la regarda fixement et lui dit combien elle la trouvait ravissante, la complimentant sur son corps de sportive et sa tenue si seyante. Elle se surprit toute seule de son audace, jamais elle n’avait osé dire à une femme combien elle la trouvait désirable. Gaëlle fut touchée par ces simples mots car les compliments étaient sincères, rien n’était feint chez Mélanie.

Elle était aussi très excitée par Mélanie car elle sentait que c’était une première pour elle, qu’elle ne devait pas la brusquer. Il y avait quelque chose d’infiniment doux à révéler à une femme que l’amour pour une autre femme était ce dont elle rêvait depuis toujours sans oser se l’avouer. C’était doux et douloureux car cette acceptation se soldait aussi par la prise de conscience de toutes ces années gâchées à vivre des amours malheureux, d’être passée à côté du bonheur d’être deux. D’où la violence des sentiments et de la passion qui accompagnait souvent cette première fois.

Gaëlle proposa à Mélanie une virée sur le bord de mer, elle pensait qu’un espace plus neutre que son appartement serait plus approprié pour faire connaissance et parler de son homosexualité. Si Mélanie était perturbée, Gaëlle l’était tout autant. Elle craignait de la faire fuir par trop de franchise, si Mélanie n’était pas prête pour l’entendre, elle risquait de la perdre à tout jamais. Elle décida de l’emmener dans un bar qu’elle aimait bien et qui les mettrait à l’aise toutes les deux.  On aurait dit que cet endroit était un ancien repère de pirates. Un bar fait de bois ciré, de grosses poutres bien entretenues. Des maquettes de bateaux étaient posées sur des étagères, quelques accessoires de pêcheurs étaient disposés de çà et là, des filets suspendus le long des murs.

Cet endroit fréquenté par les skippers et les marins était le point de ralliement de tous les amoureux de la mer. En ce milieu d’après-midi il était plutôt calme. Elles s’installèrent à une table du fond, loin des autres consommateurs. Mélanie regardait son amie. La lumière artificielle donnait à ses cheveux des reflets couleur miel qui encadrait si bien l’ovale de son visage. Gaëlle brisa la glace la première en se dévoilant un peu. Elle vivait seule, elle n’avait personne dans sa vie pour le moment. Mélanie expliqua qu’elle sortait d’un divorce éprouvant qui lui laissait encore bien des traces. Le garçon apporta les deux thés, les interrompant dans leurs confidences.

Un silence gêné s’installa. Gaëlle attendit son départ puis lâcha tout de go qu’elle aimait les femmes. A croire que Mélanie ne l’entendit pas car elle partit sur un long récit de son divorce, parla de sa fille, de son job. Quand elle s’arrêta de parler Gaëlle lui demanda si elle avait bien compris ce qu’elle lui avait dit. Mélanie partit dans un rire nerveux. Bien sûr, pour qui elle la prenait. Gaëlle n’en doutait pas mais savait-elle réellement de quoi il en retournait. Elle accompagna la parole du geste et posa sa main sur celle de Mélanie. Pétrifiée et rouge écarlate de confusion, Mélanie resta tétanisée et muette. Ne voulant pas transformer le moment en une épreuve Gaëlle ôta sa main.

C’est alors que Mélanie se surprit une nouvelle fois et se saisit des doigts de sa cavalière et les pressa tendrement. Maintenant que chacune s’était dévoilée, Mélanie put poser à son amie les questions qui lui brûlaient les lèvres sur ses préférences affectives. Elle ne connaissait rien de cet univers. Elle avait besoin de savoir, de comprendre aussi. L’attirance qu’elle avait pour cette femme devenait une évidence pour elles deux. Elles restèrent un long instant silencieux à se dévorer des yeux les doigts mêlés. Gaëlle succombait au charme fou de Mélanie. Cette femme qu’elle sentait perdue, en manque d’amour, cette femme intelligente ne vivant que pour sa fille et son travail, oubliant d’être heureuse, la faisait craquer.

Elle avait envie de la prendre de ses bras, de la consoler, de lui susurrer qu’elle était celle qui briserait sa solitude, son manque d’assurance vis à vis de l’amour et du bonheur. Gaëlle était touchée et émue tout à la fois par Mélanie qui acceptait ce qui lui arrivait, qui ne le refoulait pas, prête à chambouler sa vie entière pour être enfin elle-même, en phase avec sa nature profonde.  Gaëlle voulait lui rendre l’envie de vivre, l’aider à rattraper tout ce temps perdu. Mélanie ne l’avait pas quittée des yeux durant son monologue silencieux. Gaëlle décida qu’il était temps d’interrompre ce moment, demain elle devait aller travailler. Elle donnait des cours de saut d’obstacles et d’équitation à de jeunes enfants.

Elle voulait surtout prendre tout son temps, Mélanie ne serait pas une aventure comme elle en avait tant eu. Gaëlle la raccompagna jusque devant chez elle mais déclina l’invitation de son amie de partager son dîner. Elle l’ignorait mais c’était une première pour Mélanie, personne n’avait passé le pas de son antre. Elle eut du mal à y croire elle-même. Gaëlle l’embrassa sur la joue, lui donna sa carte avec son numéro de téléphone, lui souhaitant une bonne soirée. Mélanie en fit de même. Ensuite elle descendit du véhicule et regarda la voiture s’éloigner alors qu’elle était toute retournée par son après-midi. Au retour elle s’allongea sur son canapé et se repassa en boucle le film. Néanmoins elle fut interrompue de sa rêverie éveillée par son portable qui vibra. Un message était arrivé. – Merci pour cette journée à refaire avec plaisir, bisous, Gaëlle -.

Mélanie était heureuse de cette délicate attention. Elle lui répondit tout aussi gentiment en la remerciant aussi. Elle n’avait pas convenu de se revoir aussi dès le lendemain la vie reprit son cours normal. Mélanie en était à la fois frustrée et soulagée. La matinée s’écoula au rythme des tâches quotidiennes à faire et l’après-midi de celui de sa balade quotidienne. Mélanie ne pouvait s’empêcher de penser à Gaëlle. Elle était devenue comme une obsession. Elle prenait bien souvent son portable faisant une partie du numéro puis stoppait. Pourtant elle aurait aimé la revoir, passer du temps avec elle. Elle se raisonnait en se disant qu’elle allait la déranger pendant ses cours.

Elle arriva néanmoins à tenir deux jours, au soir du troisième elle craqua. Gaëlle décrocha surprise et heureuse. Elle aussi de son côté n’avait pas osé ce geste. Elles discutèrent un long moment avant que Mélanie ne se lance à inviter Gaëlle au restaurant. Celle-ci accepta de bon cœur et avec enthousiasme. Elles se verraient donc le lendemain, c’était la meilleure adresse de la ville, spécialisée dans les poissons et crustacés. Mélanie eut du mal à raccrocher. C’est Gaëlle qui le fit à contre cœur. Pour Mélanie une histoire était en train de naître. Elle ne savait pas où tout cela la mènerait. Ce qu’elle savait, c’était que cette femme lui plaisait, qu’elle se sentait bien avec elle. Et qu’elle voulait plus que de l’amitié.

Mélanie pour la première fois sentait un désir d’amour pour une femme. Elle était dans un tel état de nervosité qu’elle ne tenait plus en place. Pour se calmer elle alla sur le bord de mer s’asseoir sur un banc, sous un réverbère allumé, la nuit était tombée depuis longtemps. Là elle prit le temps de se poser, de réfléchir aussi. En effet elle voulait Gaëlle près d’elle, la respirer, l’aimer. En revanche elle ne put dormir cette nuit-là, se tournant et retournant sans arrêt. Aussi elle décida de se lever, se fit une tisane et alluma la radio qu’elle n’écouta pas, plongée qu’elle était dans ses pensées. Les heures avaient passé plus que vite, le soleil pointait déjà son nez.

Elle avait une petite mine, un bon petit déjeuner la remettrait d’aplomb. Une fois rassasiée, elle fila droit dans son armoire. Que mettre pour ce soir ? Elle sortit tout un tas de robes, pantalons, chemisiers, rien ne semblait aller. Elle passa en revue toute sa garde-robe. Enfin elle dénicha un ensemble qu’elle avait oublié, couleur crème, jupe et veste safari, ce chemisier blanc en lin irait parfaitement avec. Elle était heureuse d’avoir trouvé une tenue qui la mettrait encore plus en valeur. Pour se dégourdir les jambes elle partit faire une balade en ville. Elle flâna dans l’artère principale, regarda la tendance de la mode été, découvrit de nouvelles boutiques qu’elle n’avait jusque-là jamais remarquées. Apaisée par sa promenade elle rentra et s’offrit une sieste réparatrice. Elle se leva pour se préparer et filer au restaurant.

Elle s’était légèrement maquillé les yeux, pas de rouge à lèvres. Dernier coup de peigne et d’œil dans la glace, elle était parfaite. Elle se saisit de ses clés de voiture, en route pour le centre-ville. Comme elle arriva avec un peu d’avance, elle préféra attendre devant l’entrée son amie qui, elle, fut ponctuelle. Gaëlle l’embrassa délicatement sur les joues lui faisant remarquer qu’elle était très belle ainsi vêtue. Toutes deux se retrouvèrent installées près de la cheminée. Elles prirent un apéritif et se laissèrent guider par la patronne qui leur conseilla le bar grillé et ses petits légumes de saison, elle ne le regretterait pas.

Tout le long du repas, elles ne cessèrent de se regarder, se dévorant des yeux. Mélanie sentait naitre en elle une envie folle de l’embrasser. Elle se forçait à rester calme mais si elle s’écoutait elle quitterait la table pour l’enlacer fougueusement. Comme si de rien n’était elles discutèrent de tout et de rien, passant rapidement d’un sujet à l’autre. En fin de repas, Mélanie proposa à Gaëlle qui n’attendait que ça d’aller prendre le café chez elle. Une fois la note payée, elles prirent la direction de la tanière de Mélanie. Elle ouvrit la porte, devançant Gaëlle. Une fois à l’intérieur, Gaëlle n’y tenant plus attrapa Mélanie par le bras, l’attirant contre elle. Mélanie ne fut pas surprise, elle attendait ce moment avec impatience.

Elle lui offrit ses lèvres. Les deux femmes s’embrassèrent amoureusement. Jamais Mélanie n’avait connu de baisers aussi doux et sensuel. Tout cela était nouveau pour elle. Être attirée par une femme elle n’aurait pas cru cela possible et pourtant. Gaëlle lui prit la main et lui dit qu’elle attendrait le temps qu’il faudrait. Qu’elle ne voulait rien brusquer, que surtout elle ne voulait pas la perdre. Toutes deux étaient en train de tomber amoureuses, de s’attacher. Mélanie se blottit dans les bras de son amie, puis l’embrassa de nouveau. Elles restèrent serrées l’une contre l’autre. Gaëlle caressait les cheveux de Mélanie avec une grande tendresse.

Puis elle descendit sa main pour caresser sa poitrine. Mélanie stoppa le geste, lui faisant comprendre qu’elle n’était pas prête. Gaëlle le comprit sans aucun problème, elle respectait cela. Mélanie l’invita néanmoins à rester. Elles se couchèrent, Mélanie se cala dans le creux de l’épaule de Gaëlle. Celle-ci l’embrassa tendrement et lui souhaita une bonne nuit tout en la serrant bien fort contre elle.

Au réveil, Gaëlle déposa un doux baiser sur les lèvres de Mélanie qui lui rendit avec passion. Pendant que Gaëlle fila sous la douche Mélanie lui prépara un petit déjeuner. Ensuite elles se retrouvèrent autour d’un bol de café. En effet Gaëlle était attendue par ses élèves au centre équestre, elle ne pouvait se permettre de les faire attendre. Aussi c’est avec regret qu’elle laissa Mélanie qui était sur un nuage d’amour, sur le pas de la porte après l’avoir embrassée pour la énième fois. Mélanie n’avait plus ressenti de désir physique pour quelqu’un depuis des années. Pourquoi cette peur hier avait tout bloqué. Elle aurait tant voulu aller plus loin !

La seule chose qui comptait le plus à ses yeux, c’était être avec elle, se faire aimer par Gaëlle et elle avait dit non. Par ailleurs elle avait à travers ses caresses et ses baisers révélé à Mélanie la douceur de l’amour pour une femme. En définitive elle se rattraperait ce soir car elles avaient prévu de se revoir chez Gaëlle. C’est pourquoi elle était pressée de retrouver son nouvel amour, de l’embrasser et de la serrer dans ses bras. Aussi elle décida pour ne pas se laisser assaillir par la trouille de s’offrir une journée au spa, cela la détendrait et la mettrait en bonne condition.

Détendue et régénérée par ce moment de détente, quand le soir fut venu, elle enfila sans plus de manière un jeans et un polo et partit comme une fusée rejoindre l’élue de son cœur. Gaëlle lui ouvrit la porte et l’embrassa à pleine bouche. Elle venait juste de rentrer. Toutes deux décidèrent de préparer le repas avec les deux ou trois bricoles qui se trouvaient dans le frigo et les placards. Elles se firent un dîner d’amoureuses.

Après avoir bu le café, elles s’installèrent dans le canapé. Gaëlle avait pris soin de mettre en musique de fond des airs connus de piano. Elles se calèrent l’une contre l’autre et se laissèrent bercer par les arpèges. Gaëlle n’y pouvant plus se jeta sur Mélanie et embrassa avec passion Mélanie qui se laissa étonnamment faire. Entre elles, le désir montait. Gaëlle sans un mot se leva, lui saisit la main et l’entraina vers sa chambre.

Elle la déshabilla doucement, prenant soin de l’embrasser, de ne pas la brusquer. Avec grâce, elle la déposa nue sur le lit. Gaëlle lui fit l’amour avec passion, dans ses gestes on pouvait deviner toute la force des sentiments qu’elle lui portait. Mélanie transportée par l’infinie douceur de ses caresses s’imaginait s’abandonnait totalement, personne n’avait su l’aimer avec un tel mélange de violence et de tendresse à la fois.

Il n’y avait qu’une femme pour posséder de telles ressources insoupçonnées, pour allier dans sa sexualité animalité et sensualité. Mélanie se laissait aller sous ce flot de sensations, on pouvait voir sur son visage le bonheur qui l’irradiait. Son corps n’en pouvait plus d’exulter sous la jouissance, aucun homme n’avait su lui donner autant d’orgasmes, ni même un orgasme. Elle s’était donnée sans appréhension, en toute confiance. Elle avait atteint un plaisir jusque-là inconnu, sa frigidité n’était pas une fatalité. C’est ainsi qu’elles s’endormirent au petit matin enlacées et comblées.

Quand elles se réveillèrent elles eurent l’impression qu’elles avaient toujours vécu ensemble, qu’elles deux c’était une évidence. Gaëlle proposa à son amie de venir avec elle faire du cheval, elle voulait lui faire partager sa passion. Mélanie lui expliqua sa peur. Pourtant elle aimerait tant, au moins une fois, essayer de monter. Gaëlle la rassura et lui dit qu’elle serait à ses côtés, que rien ne lui arriverait. Elles filèrent au centre hippique préparer Ulysse. Mélanie regarda chaque geste avec attention que Gaëlle lui expliqua un à un afin de dédramatiser l’idée que Mélanie s’en faisait. Le cheval sellé, Gaëlle invita Mélanie à l’accompagner sur la plage. Elle l’équipa d’une bombe et de bottes.

Sur le sable elle fut très technique dans ses explications, histoire de lui montrer qu’elle contrôlait la situation. Quand elle sentit Mélanie prête, elle l’aida à enfourcher Ulysse. Celui-ci qui était en osmose avec sa maitresse se montra le plus docile possible afin de ne pas accentuer la peur de Mélanie. Gaëlle s’assura que Mélanie était bien assise, le dos en place puis prit les rênes pour faire avancer doucement Ulysse au pas. Elle était fière de Mélanie qui avait accepté de lui faire confiance, elle était heureuse de pouvoir lui faire connaître la sensation de monter à cheval. Les deux femmes faisaient une fine équipe.

Gaëlle avec patience et amour avait réussi un tour de force. Mélanie était rassurée et de toute évidence cela lui plaisait. Le petit tour ne dura que quinze minutes mais c’en était assez pour aujourd’hui. Gaëlle lui demanda de descendre et la récupéra dans ses bras, en profitant au passage pour lui donner un baiser plein d’amour. Ulysse avait besoin de son entrainement quotidien. Aussi Mélanie laissa Gaëlle pour sa chevauchée et resta sur la plage pour sa balade. Elles se regardaient avec amour et bonheur. Gaëlle ne manqua pas de passer à plusieurs reprises auprès de Mélanie et de lui envoyer de la main des baisers aériens.

Mélanie les lui renvoyait en se disant que cette femme, cette beauté était son amie, son amante aussi. Jamais elle ne s’était sentie aussi épanouie et heureuse à ce point, sauf à la naissance de sa fille. Sa fille ! Comment allait-elle pouvoir lui dire tout cela ? Elle chassa cette pensée incommodante, elle aurait tout le temps d’y réfléchir à son retour. Chaque chose en son temps. Pour l’heure, il fallait rentrer et donner ses soins à Ulysse. Elle aida de son mieux Gaëlle, c’est qu’elle débutait dans cette activité. Une fois le cheval prêt dans son box elles rentrèrent se mettre au chaud. Ce qu’elles désiraient avant tout, c’est être ensemble, s’aimer, s’embrasser, se toucher. Elles éprouvaient un réel besoin de contacts et ne pouvaient plus imaginer leur vie l’une sans l’autre.

Mélanie voyait avec horreur la fin de ses vacances arriver. En effet elle redoutait leur séparation qui serait douloureuse pour elles deux. D’ailleurs qu’allait devenir leur relation avec la distance ? Pourraient-elles se contenter de ne se voir qu’au gré des congés de Mélanie. D’autre part Gaëlle ne pouvait s’éloigner d’Ulysse car les compétitions allaient bientôt reprendre, sa vie était ici. Néanmoins elles devaient en discuter le dernier soir de son séjour, elles avaient repoussé l’échéance de cette réalité trop cruelle. Cela les perturbait d’envisager de ne plus se voir. Que deviendrait leur relation ? Quand Mélanie exposa la situation, elles savaient déjà tout cela.

Mélanie, son job, sa fille. Gaëlle, Ulysse, les compétitions. En dehors des congés de Mélanie, elle pourrait prendre le train de nuit pour gagner sur les heures de route certains week-ends, aucune solution ne se dégageait de leur discussion. Elles ne pouvaient plus se passer l’une de l’autre. Elles se donnèrent les clés de leur appartement, réduites à l’impuissance de ne pouvoir abolir les distances. Mélanie pleurait à chaudes larmes. Gaëlle pour la réconforter l’embrassa, intérieurement elle n’était pas mieux. Elle l’emmena vers la chambre pour leur dernière nuit d’amour. Ses caresses étaient pleines de sensualité, de douceur. Gaëlle prit le temps d’explorer le corps de son amante afin d’en mémoriser chaque contour.

Elles ne purent se décoller l’une de l’autre. Elles restèrent la journée au lit à s’aimer. Pour leur dernière journée Gaëlle voulut lui offrir un très beau souvenir. En fin d’après-midi, elle l’emmena dans un endroit sauvage où la plage était cachée du regard par les arbres. Elle lui prit tendrement la main pour leur première balade en amoureuses avec la reine de son cœur tandis que le soleil se couchait à l’horizon dans un déballage de couleurs qui déclinaient celle de la palette de leur amour. Cela allait du rouge vif au rose, dans un flot incandescent de trainées lumineuses qui illuminaient toute la baie.

Quand la nuit fut tombée, Gaëlle raccompagna Mélanie chez elle et lui fit une ultime fois l’amour afin de lui montrer combien elle était importante à ses yeux, combien elle la désirait et l’aimait. Gaëlle partit aussitôt fini, elle ne voulait ni pleurs ni effusion, c’était déjà trop triste de se quitter, inutile d’en rajouter. Elle l’embrassa, lui faisant promettre de l’appeler dès son arrivée à Paris. Mélanie fut soulagée de voir ainsi écourté les adieux. Ses valises étaient prêtes depuis la veille, elle les mit dans le coffre et prit la route. Durant tout le trajet, elle pensa à Gaëlle. Elle sentait encore ses mains allaient et venir sur son corps, elle en avait des frissons qui lui parcourait tout le ventre.

Bien qu’arrivée à Paris au milieu de la nuit, Mélanie comme promis envoya un sms à Gaëlle qui lui répondit illico combien elle était en manque d’elle. Elles souffraient. Gaëlle n’y pouvant plus l’appela. Elles se dirent des mots d’amour entremêlés de sanglots. Mélanie raccrocha, elle devait dormir et Gaëlle aussi.

Les jours qui suivirent furent un enfer pour chacune. Mélanie se plongea à corps perdu dans le travail mais le cœur n’y était pas. Quant à Gaëlle elle épuisait Ulysse dans de folles courses sur la plage. Chaque soir c’était le même rituel. Mélanie se jetait sur le téléphone. Entendre la voix de son amie lui réchauffait le cœur. Elles étaient heureuses de se retrouver de cette façon. Une semaine s’était écoulée depuis son retour, le week-end s’annonçait. Mélanie annonça à sa compagne qu’elle voyait sa fille et qu’elle avait l’intention de la mettre au courant de leur relation. Virginie qui n’avait pas vu sa mère depuis des semaines fut stupéfaite de constater la métamorphose.

Elle si triste irradiait de bien-être, elle avait un sourire permanent aux lèvres. Virginie, piquée par la curiosité, la harcela de questions. Qui était cet homme qui la rendait si heureuse. Elle le connaissait ? Depuis quand ça durait ? Elle avait compris que l’amour était passé par là. Ce dont elle ne se doutait pas, c’est que cet amour était pour une femme. Mélanie lui dit franchement et sans détour. Ce bonheur elle le devait à Gaëlle, elle en était folle amoureuse.

Cette femme lui avait redonné l’envie d’amour, de vie à deux aussi. Avec elle Mélanie voulait construire un avenir. En quelques mots elle expliqua à sa fille leur rencontre. Virginie écouta sa mère attentivement, sans la juger. Pour toute réponse elle l’embrassa et lui souhaita d’être enfin heureuse et comblée. Elle le méritait, son ex-mari n’avait pas toujours su y faire, si c’était sa voie, qu’elle la suive. Peu importait que ce soit avec un homme ou une femme. Mélanie était aux anges. Elle avait l’amour et une fille en or. Elle était soulagée que cette annonce ce soit si bien passée.

De son côté, Gaëlle était en train de préparer une surprise à son amour. En effet elle allait venir à Paris lui rendre visite. Elles commençaient à savoir gérer le manque. Avec les moyens modernes de communication elles avaient la facilité de rester en contact. En définitive les semaines s’enchainaient sans trop de changement. Mélanie avait gardé son sourire et sa joie de vivre. Dans ses yeux on pouvait lire combien elle était amoureuse. Un mois s’était écoulé depuis son retour de vacances. Mélanie était chez elle quand on sonna à sa porte. Elle alla ouvrir sans se douter de quoi que ce soit. Gaëlle était là, un bouquet de fleurs à la main. Mélanie sauta dans ses bras, l’embrassa fougueusement.

Elles n’eurent pas le temps d’échanger quelques paroles qu’elles étaient déjà en train de faire fougueusement l’amour dans l’entrée, tant elles n’y tenaient plus. Elles ne dormirent pas cette nuit-là. Au petit matin Gaëlle lui dit qu’elle était venue pour quelques jours, qu’elle avait trouvé quelqu’un pour s’occuper d’entrainer Ulysse. Mélanie se pinça à plusieurs reprises, elle croyait rêver. Elle était plus qu’heureuse d’être enfin réunies. Gaëlle voulait découvrir la capitale, ses musés aussi. Elle souhaitait également chercher son amie le soir à la sortie de son travail, partager son quotidien, découvrir son univers.

Mélanie en était tout excitée. Elle lui montrerait ses quartiers préférés, ses boutiques, tout ce à quoi elle tenait. Gaëlle en était tout émue. Ainsi elle pourrait imaginer sa compagne dans sa vie de tous les jours. Tout comme la première fois, les heures ensemble avaient défilé à toute allure. Même si Gaëlle avait aimé son séjour, elle se rendit compte que la vie en région parisienne n’était pas pour elle. Trop de monde, pas assez d’espaces, des gens en permanence stressés. Même Mélanie n’était pas tout à fait la même.

Cependant elle reconnut comme une évidence qu’elles étaient faites l’une pour l’autre, qu’elles n’avaient eu aucun mal à trouver leurs marques, qu’elles se sentaient bien ensemble. Ce fut l’occasion pour Gaëlle de rencontrer Virginie. Entre les deux femmes le courant était passé immédiatement, Virginie comprenait pourquoi sa mère en était aussi amoureuse. Gaëlle avait des qualités indéniables et un charme fou. Mélanie était plus que soulagée de cette entente. Malheureusement son séjour toucha vite à sa fin. Gaëlle reprit la route de la Vendée, triste mais heureuse à la fois.

Les mois se succédèrent, où elles alternèrent chacune des allers retours entre leurs deux appartements. Elles s’étaient organisées de manière à passer le plus de temps possible ensemble.

Vacances, RTT, jours fériés, longs ponts, tout était bon pour se retrouver. Cependant après plus d’une année à ce rythme, un beau jour Mélanie craqua. Elle n’en pouvait plus de cette vie, ça n’avait plus de sens de vivre éloignée de l’amour de sa vie. Elle voulait une vie de couple, être jour et nuit avec Gaëlle. Tout ça pour un boulot qu’elle ne parvenait plus à investir mais qui pourtant la coinçait là. A moins de démissionner, elle était encore bloquée pour des lustres par son job. Elle ne savait plus que faire, elle devait en parler à quelqu’un. Elle alla voir Virginie et lui exposa le problème. Et tout naturellement sa fille lui dit de foncer, de vivre à fond cette relation.

Mais être sans emploi cela inquiétait Mélanie. C’était une femme autonome qui n’avait toujours compté que sur elle-même. Virginie lui conseilla de scruter les offres d’emploi dans la région et quand elle serait bien avancée, d’envisager son départ. Mélanie l’écouta et envoya des CV un peu partout. Elle passa quelques entretiens auxquels les recruteurs ne donnèrent pas suite. Beaucoup de réponses négatives, voire pas de réponse du tout. Elle commençait à désespérer. Quand le destin s’en mêla une nouvelle fois lui donnant un coup de pouce. Sa société préoccupée par son image, s’était lancée dans le mécénat sportif.

Afin de souder les équipes autour des valeurs que véhiculaient la compétition, Mélanie qui était cadre, fut chargée par son directeur, d’organiser auprès des employés un questionnaire afin de savoir avec quel sport l’entreprise s’identifiait le plus. D’une courte majorité ce fut l’équitation qui fut retenu. Mélanie sentit qu’elle ne devait pas laisser passer cette chance. Le groupe souhaitait largement communiquer sur le sujet et si possible sponsoriser un ou une athlète de haut niveau qui n’avait pas encore montré tout son potentiel. Mélanie pensa tout de suite à Gaëlle et suggéra son nom à la direction. Avec son corps de rêve, les marques de vêtements auraient un magnifique mannequin qu’elles s’arracheraient.

De plus elle avait déjà, par ses résultats, montré qu’elle avait d’énormes possibilités. Gaëlle n’avait pas encore l’habitude de brasser autant d’argent, elle était néophyte dans ce domaine. Jusqu’à présent elle s’occupait elle-même de ses affaires mais depuis qu’elle était devenue championne régionale, elle savait qu’elle devrait professionnaliser sa carrière. Aussi quand Mélanie lui en parla au téléphone, c’est tout naturellement que Gaëlle lui proposa de devenir son agent. Elles pourraient ainsi vivre de sa passion et partager enfin leur quotidien.

Gaëlle était sur la première marche du podium, elle brandissait sa coupe et sa médaille en signe de victoire. Mélanie dans les gradins s’agitait, elle exultait. Gaëlle s’était rudement entrainée pour en arriver là, son ancien employeur ne regretterait pas de l’avoir subventionnée, elle voyait déjà les retombées commerciales. Quant à elle c’était l’assurance de signer de gros contrats pour sa nouvelle championne. La belle vie quoi !  Les journalistes s’agitaient et réclamaient à la vedette du jour une photo avec le cheval vainqueur. Ulysse, fier étalon, hennissait de plaisir. Le cliché fit la une, les propulsant dans une célébrité subite.

Un bruit de galop sur une plage déserte… Une belle inconnue… C’est le début d’une promesse de bonheur ! Et d’une autre vie qui commence…

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