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Nouvelle lesbienne : Tout droit à l'échec

Tout droit à l’échec est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Évelyne travaillait dans un hôpital où elle était aide-soignante. La bonne vingtaine masculine aux cheveux courts, toujours en jeans basket, elle n’était pas à proprement parlé d’une élégance raffinée même si elle avait des vêtements d’une coupe impeccable et de marque. D’autre part son look ne faisait aucun doute sur ses préférences sexuelles pas plus que son attitude vis-à-vis de la gente féminine qui le confirmait également. De plus elle s’assumait pleinement. Elle était amie avec Claudine depuis l’école maternelle qui elle en revanche faisait des ravages dans le cœur des hommes.

En définitive elle était tout son contraire, très féminine, grande élancée, toujours tirée à quatre épingles. C’est ainsi qu’elles avaient fait les quatre cents coups ensemble et avaient été inséparables jusqu’à l’adolescence qui les avait quelque peu éloignées. Les premiers désirs, les premiers amours, les premières relations sexuelles, elles n’avaient pas du tout eu les mêmes. En revanche Évelyne avait toujours eu le béguin pour son amie alors que c’était un lourd secret dont elle avait toujours fait en sorte de ne rien en laisser paraître à quiconque. En effet cela n’avait pas été évident surtout quand Claudine venait lui confier ses déboires amoureux. Comment ne pas craquer quand elle se jetait dans ses bras pour pleurer ? Voilà pourquoi elle était toujours présente à chaque claquement de doigts de Claudine.

Un geste, un mot, elle accourrait. Pour Claudine elle aurait fait n’importe quoi. Ainsi elle veillait sur elle, la réconfortait, la soutenait dans les moments de doute, de peine. Elle cédait aussi à tous ses caprices. Claudine savait jouer de son charme même auprès d’Évelyne qu’elle la faisait tourner en bourrique. En effet elle savait que son amie éprouvait plus que de l’amitié et savait en jouer en toutes circonstances. Contrairement à ce que pensait Évelyne son secret était de polichinelle pour elle mais ça l’amusait de feindre de l’ignorer. Aussi une fois de plus elle avait besoin de sa confidente et amie à qui elle donna rendez-vous au restaurant italien pour dîner. A l’heure dite elle arriva.

« Salut ma chère Claudine, comment vas-tu ? Il y a longtemps que je n’avais pas eu de tes nouvelles ! Que puis-je faire pour toi cette fois-ci ?

– Bonjour mon adorée, je suis contente de te voir. Tu m’as beaucoup manquée. Je vais bien, j’ai juste besoin d’un service. Je sais que tu feras tout pour m’aider !

– Que veux-tu que je fasse. Tu as des soucis d’argent ? Tu veux combien ?

– Non ce n’est pas ça ! J’ai un type qui n’arrête pas de me coller, je n’arrive pas à m’en dépêtrer. Il faut que tu m’aides.

– Ah oui mais comment ?

– J’ai dit à ce tordu, que j’étais gay ! Voilà il faut que tu te fasses passer pour ma petite amie ! En revanche il veut te voir pour en avoir la certitude. C’est pourquoi il nous invite à boire un pot demain soir. En effet après t’avoir vue il a promis de me lâcher. Aussi on lui joue la comédie et en une heure l’affaire est bâclée. De tout façon vu ton style et ta façon d’être, il n’aura aucun doute sur toi ! S’il te plait, fais-le pour moi !

– D’accord ! Tu as le don de te fourrer dans des galères pas possibles ! Jusqu’où dois-je aller pour montrer que tu es ma petite amie ? En effet je n’aime guère ce genre de plan car ça tourne toujours au vinaigre. D’ailleurs je ne veux plus me retrouver dans ce type de blague, c’est la dernière fois, tu m’entends.

– Tu n’auras qu’à me tenir par la main, m’embrasser de temps en temps. Me dire des mots doux, tu vois ce genre de choses. Mais les femmes c’est ton domaine, je n’ai rien à t’apprendre que tu ne saches déjà ! Fais comme avec tes petites amies ! Mais n’en profite pas, je ne suis pas de ce bord-là !

– Tu es dure avec moi ! Je ferai ce que je peux ! Quant à mon bord tu devrais essayer, tu aimerais peut-être… Mon adorée, si un jour tu changes d’avis j’espère que tu penseras à moi !

– Évelyne mon cœur, tu seras en tête de liste ! Promis ! Mais ça ne sera pas demain la veille. »

Elles passèrent la soirée à discuter. Du passé et de tous leurs mauvais coups, tout était revenu à la surface. Elles en riaient à gorges déployées. Puis elles causèrent de leur vie amoureuse. Pour Claudine tout allait pour le mieux si ce n’était cet enquiquineur. En revanche pour Évelyne ce n’était pas rose. En effet elle avait du mal à se remettre d’une rupture. La solitude lui tenait compagnie, elle en souffrait terriblement. Pourtant Claudine avait été présente un certain temps mais ses courtisans l’avaient accaparée, elle avait peu à peu perdu sa disponibilité.

Aussi elles se quittèrent en se disant au lendemain. En particulier Évelyne savait ce qui l’attendait. En effet elle allait morfler avec cette comédie, comment feindre des sentiments réels et si puissants. Mais elle aurait donné tout l’or du monde pour un baiser de son adorée. Alors elle aurait la chance de la tenir par la main, de lui dire des mots tendres car elle en rêvait et ce jour-là allait arriver. C’est pourquoi elle voulait se dépasser rien qu’une fois. Ainsi elle lui montrerait comment elle savait désirer et charmer une femme. Surtout si cette femme était celle qu’elle aime.

Le lendemain Évelyne arriva avec un peu en retard au pub. Elle alla droit à la table où étaient installés Claudine et son pot de colle. Aussitôt son adorée se leva pour l’accueillir. Évelyne la prit par la taille et l’embrassa sur la bouche. Claudine lui présenta Jean. Tout au long de la discussion Évelyne fit les yeux doux à sa belle, l’embrassa dans le cou. Elle lui caressait la main, les doigts. Ses gestes étaient doux et tendres. D’autre part sa bien-aimée semblait apprendre à les découvrir.

Le jeu avait duré un petit moment et Jean, pas idiot avait abandonné sa proie ayant compris qu’on s’était moqué de lui. D’ailleurs il en arriva même à féliciter Évelyne pour son bon goût car il était beau joueur. Ainsi il les remercia du charmant spectacle qui visiblement lui avait bien plu et les quitta. Évelyne s’écarta de sa belle. Elle était pourtant bien contre elle. Son sourire avait disparu. Claudine la remercia.

« Tu as été géante ! Il y a cru dur comme fer. Tu n’avais pas l’air de jouer la comédie. On aurait pu nous prendre pour un couple. Tu es tendre et adorable. Tu te comportes comme ça avec tes amies ou juste parce que tu avais envie de l’embêter ? Franchement je n’ai jamais eu d’amants aussi calés que toi dans les caresses ! Au lit tu dois être une bombe !

– Merci ! Venant d’une experte comme toi cela me va droit au cœur ! Pour le reste, oui je suis comme ça avec toutes mes compagnes et il faudrait que tu testes, tu aurais la réponse à ta question ! Tu fais quoi ce soir ? Je vais en boite, tu viens avec moi ?

– Je n’ai rien de prévu, je te suis ! Tu m’emmènes et me ramènes parce que ma voiture est au garage ? Ta boite est mixte ?

– Non et ça te fera le plus grand bien de ne pas avoir d’hommes autour de toi. Pour le reste je m’en occupe. Je vais prendre soin de toi comme d’habitude ! Je vais te chaperonner, je te connais. Tu vas faire toutes les faire craquer.

– Tu crois ? Plus hétéro que moi, je ne connais pas. Viens me chercher, je te ferai signe quand je serai prête !

– Bien ma chérie ! A tes ordres ! »

Ensuite elles se quittèrent, chacune rentrant chez elle pour se préparer. Pour Évelyne c’était pantalon à pinces, chemisier blanc et blaser. Claudine ne savait jamais quoi mettre. Toute sa garde-robe fut inspectée et les hauts assemblés avec les bas. Le résultat valut la peine d’attendre. Pourtant il était tard quand Évelyne reçut l’appel de son amie.

« Mon Eve, je suis prête, tu viens me chercher.

– Mon adorée j’arrive ! »

A peine dix minutes après elle arrivait. Sa Claudine sortit de chez elle. Plus éblouissante qu’un rayon de soleil, Évelyne ne la reconnut pas. C’était un vrai mannequin. Elle craquait pour elle et il y avait de quoi. Elle ne put s’empêcher de lui faire des compliments. Elles arrivèrent en boite et tous les regards se tournèrent vers Claudine. En définitive elle n’était pas à l’aise mais cependant ravie de découvrir l’univers de son amie d’enfance.

C’est alors qu’elle prit la main d’Évelyne car elle ne voulait pas avoir à répondre à des invitations ou des propositions tant elle craignait d’être draguée et de ne savoir quoi répondre. Par ailleurs elle avait promis de se tenir à carreaux. Évelyne était fière d’être accompagnée par une si belle femme. Elles allèrent s’installer à une table. Des copines de fêtes d’Évelyne vinrent la saluer. Elles en profitèrent pour lancer avec un petit sourire.

« Ton amie est très belle, tu as raison de la garder pour toi ! On aurait bien tenté notre chance si elle était seule ! Allez bonne soirée les filles ! »

Claudine avait souri. Par ailleurs elle tenait toujours la main d’Évelyne. Celle-ci lui serra et lui fit un grand sourire.

« Tu ne risques rien ! En effet tu es avec moi, personne ne t’ennuiera. Aussi tu peux me lâcher la main. Ou tu es tombée amoureuse de moi pour me la tenir si serrée ?

– Ça me rassure ! Pour le reste non ! Je suis hétéro et je le reste !

– Tu veux danser ? Boire un verre ?

– Non vas-y seule sur la piste ! En revanche je veux bien que tu ailles me chercher un verre ! »

Évelyne se leva et alla se trémousser. C’est alors qu’une brune vint se planter devant elle et s’amusa à lui faire de l’œil. En effet la fille était ravissante, Évelyne avait trouvé chaussure à son pied. Elles se mirent à danser en se frôlant, en se touchant du bout des doigts. D’autre part l’ambiance devenait de plus en plus chaude. Claudine regardait la scène de la banquette. En revanche elle semblait agacée. Aussi Évelyne s’excusa auprès de la jeune fille. Elle lui donna son numéro de portable et retourna vers son amie.

« Tu as l’air de t’ennuyer ? Aussi tu m’accordes une danse ?

– Dis donc tu pourrais penser à moi ! Je suis là quand même, tu ne penses qu’à draguer ! Tu aurais pu trouver mieux ! Cette fille n’est pas terrible !

– Sache que je ne cherche pas un canon de beauté mais une femme qui m’aimera, que j’aimerai c’est tout. Je ne vais pas attendre ton bon vouloir qui ne viendra jamais ! Ma vie sentimentale ne te regarde pas. Viens danser et amuse-toi ! Nous sommes venues pour ça, non ? »

Elles se dirigèrent vers la piste de danse. Évelyne et Claudine se mirent à se déhancher, leurs corps bougeaient au rythme de la musique. Après plusieurs danses technos elles étaient épuisées. Elles allaient retourner s’asseoir quand la DJ attaqua le quart d’heure américain. La jolie brune se rua sur Évelyne. Claudine fit barrage et la repoussa fermement.

« Tu laisses mon amie ! Tu ne vois pas qu’elle est avec moi ! »

La brunette regarda le couple, s’excusa et partit. Évelyne était furieuse. Elle la regarda et d’un ton sec lui rétorqua.

« C’est nouveau je suis ta copine ? Pourquoi as-tu fait ça ? Cette fille me plaisait bien, tu n’avais pas le droit de la rembarrer de cette façon ! C’est toi qui vas la remplacer dans mon lit sans doute ce soir ?

– Je n’aime pas que l’on te tourne autour ! Je pensais être la seule femme de ta vie… De voir ces filles te faire du rentre dedans, je ne supporte pas. Je sais que tu aimes les femmes mais c’est dur pour moi de savoir que je ne suis pas la seule et l’unique à tes yeux. Oui je suis jalouse si tu veux tout savoir. Tu as raison, j’ai eu tort avec cette fille. Tout compte fait elle était mignonne, vous auriez fait un beau duo ! Mais pour ce soir tu es à moi ! »

C’est alors que Claudine se colla à Évelyne tout en commençant à lui caresser la nuque puis à l’embrasser dans le cou. En définitive ce n’était pas pour déplaire à son amoureuse transie mais pourtant celle-ci se dégagea gentiment et la regarda droit dans les yeux.

« Arrête ! A quoi joues-tu ? Tu comptes m’exciter et me laisser en plan une fois arrivée à tes fins ?  Que veux-tu au juste ?

– Ça doit être l’atmosphère sensuelle de cette boite ! Ou toi… Comme tu me l’as si bien dit. « Tu n’as qu’à me tester pour savoir si je suis une bombe au lit. » Tu vois je commence l’approche.

– Les sentiments ou l’amour ne sont pas des jeux ! Je ne joue jamais surtout pas avec toi ! Faire souffrir n’est pas mon passe-temps favori ! Pourtant je t’ai déjà expliqué ce que j’attendais de la vie avec une femme. En effet je veux une vraie relation qui soit une liaison durable ! Aussi je ne change pas de copine comme toi de mec ! Stoppe ton petit numéro ! J’ai fait une erreur en t’invitant à passer la soirée avec moi. Je n’aurais pas dû t’emmener ici, je le regrette. Viens je te ramène avant que je me … »

Évelyne quitta la piste. Elle semblait furieuse et déçue. Claudine du presque courir derrière pour la rattraper. Le retour au domicile fut silencieux. Aucune n’osa vraiment aller au bout de ses pensées. Elles se contentèrent de se jeter des regards froids. Arrivées devant chez Claudine elle lui dit juste un bonsoir rapide en l’embrassant sur la joue puis Évelyne redémarra en trombe. Les jours qui suivirent furent terribles car ils remuèrent en elle tout un questionnement. Claudine ne comprenait pas. Pourquoi une telle attitude ? Elle savait que l’amitié d’Évelyne cachait des sentiments amoureux pourquoi s’en était-elle amusée cruellement. Elle resta sans nouvelle d’Évelyne pendant plusieurs jours.

Un soir, on sonna à la porte d’Évelyne. Que voulait cet opportun. Par flemme elle hésita à aller ouvrir mais se ravisa. Elle jeta un œil à travers le judas. Quelle ne fut sa surprise de reconnaître son amie. Elle l’invita à entrer.

« Salut je suis contente de te voir ! Que me vaut ta visite ?

– Rien je voulais m’excuser pour l’autre soir. En effet je me suis aperçue que je ne supportais pas de te partager avec une autre femme ! Par ailleurs je suis possessive avec toi. En définitive je voudrais que tu ne sois qu’à moi, rien qu’à moi ! Mais je n’avais pas le droit d’agir comme je l’ai fait car je ne serai jamais ta petite amie ! Pourtant je t’empêche de construire ta vie amoureuse et je sais que je te fais du mal.

– Oui tu as la fâcheuse manie de casser les plans que j’ai quand tu es là. Mais de toute manière tu sais que tu es tout pour moi et que c’est un frein pour moi de bâtir une relation amoureuse digne de ce nom ! J’ai beaucoup réfléchi moi aussi et je me dis que c’est meurtrier pour moi de continuer sur cette lancée ! Je ne veux pas être obligée de me fâcher avec toi. C’est vrai tu me fais souffrir. Jusqu’à présent c’était de mon seul ressort maintenant j’ai pris conscience que toi aussi tu m’en empêches. Laisse-moi vivre ma vie ! Ne joue plus avec mes sentiments, avec mon amour. Tu es en train de me détruire ! 

– Ne me dis pas ça ! Je ne te veux pas de mal. D’ailleurs je voudrais tant te donner… t’offrir aussi ce que tu attends depuis des années. En définitive je ne sais plus… je suis paumée. »

Évelyne voyant Claudine pleurer la prit dans ses bras et la serra très fort. Elles restèrent blotties l’une contre l’autre un long moment. Claudine s’était peu à peu calmée. Elle se dégagea de cette étreinte pour saisir le visage d’Évelyne entre ses mains et embrasser à pleine bouche son amie. Évelyne voulut résister mais céda vite devant ce désir qu’elle contenait depuis des années. Elles s’embrassèrent à perdre haleine. Le portable de Claudine sonna stoppant net leur baiser. Elle décrocha et répondit vite fait à son interlocuteur. De toute évidence elle confirmait un rencard. Elle raccrocha, tout en regardant Évelyne. Elle lui prit les mains et lui murmura tendrement à l’oreille.

« Ne m’en veux pas, il faut que j’y aille ! J’ai un beau blond qui m’attend. On reste en contact ! Tchao !

– Tu ne te mouilles pas ! Je suis sensée faire quoi maintenant ? Tu m’as bien excitée et tu te tires. J’attends ton bon vouloir ? Je vis ma vie ? Je termine manuellement ce que tu as entrepris ? On se revoit quand ? Donne-moi une réponse au moins ! »

Claudine avait déjà refermé la porte. Évelyne n’en revenait pas. Aussi elle se mit à pleurer pour ne pas hurler. Sa folle passion lui en faisait voir de toutes les couleurs. Cependant elle ne savait plus que faire, que penser. En définitive elle n’aurait pas dû prendre son adorée dans ses bras. Ainsi elle avait tenté le diable en lui donnant le pouvoir de la désirer selon ses conditions. C’est pourquoi elle se sentait manipulée et avait totalement perdu le contrôle de la situation. Néanmoins elle avait eu la réponse à toutes ses questions de plein fouet. De toute évidence Claudine s’amuserait au chat et à la souris avec elle. Elle l’allumerait pour ne jamais l’éteindre. La prochaine fois, Évelyne resterait à bonne distance et de marbre. Les jours suivant furent éprouvants pour elle.

En particulier elle attendait un signe, un appel mais rien de tout ça n’arriva. En revanche elle eut quand même dans son malheur des nouvelles de sa brunette. Ainsi elle commença avec elle une aventure purement sexuelle. Son cœur était pris cependant son corps avait des besoins à satisfaire. Elles vivaient de beaux moments de tendresse et des orgasmes retentissants. Évelyne était contente d’avoir une liaison amoureuse. Avec sa nouvelle amie, elle arrivait à ne plus penser à son adorée. Plusieurs semaines étaient passées.

Alors que les deux amantes étaient en train de roucouler, on frappa à la porte d’Évelyne. Elle ne répondit pas, trop occupée à combler sa partenaire. Mais les coups sur la porte devenaient de plus en plus forts et insistants. Elle se demanda ce qui se passait de grave. Elle quitta le lit recouvert d’un large tee-shirt. Sa douce et tendre resta couchée au chaud à l’attendre, elle avait encore beaucoup à se donner. Elle ouvrit de méchante humeur, irritée d’avoir été dérangée dans ces instants si troublants, prête à sauter au cou du malotru quand elle vit Claudine.

« Ah enfin ! Qu’est-ce que tu foutais ? Tu en as mis du temps pour me répondre !

– C’est toi ! Que veux-tu ? Je ne suis pas seule, alors abrège !

– C’est qui ? Je la connais ! Je croyais que tu m’aimais ! Dès que j’ai le dos tourné, tu me trompes. Génial, c’est sympa de ta part ! C’est une drôle de preuve que tu me donnes. Ce n’est pas parce que je ne donne pas signe de vie, que tu dois t’envoyer en l’air avec la première venue !

– C’est la meilleure ! Tu es qui pour te permettre de diriger ma vie. Madame disparaît des lustres sans donner signe de vie et je dois accourir au moindre claquement de doigt. Je ne te dois rien et je tu n’as aucun droit sur moi ! Tu m’as laissé plantée sans te soucier de l’état dans lequel j’étais. Et tu prétends être mon amie. Aujourd’hui tu réapparais et moi je devrais être au garde à vous prête à t’attendre ? Tu rêves ou quoi ? C’est fini ton cinéma avec moi ! Que veux-tu enfin avec moi en dehors de me jeter comme une vieille chaussette dès qu’une queue fait son apparition dans le décor ?

– Toi !  Je te l’ai dit tu es tout à moi ! Personne n’a le droit de te prendre à moi, de t’aimer et tout le reste ! Je te veux pour moi toute seule.

– Je ne suis pas à toi ! Jamais nous n’avons eu de liaison ni d’aventure, rien ! Tu as un culot formidable pour croire que tu me possèdes corps et âme. Tu m’as juste embrassée et tu es partie. Alors laisse-moi tranquille et retourne à tes mecs ! De toute façon tu es incapable de vivre avec moi et encore moins de m’aimer ! Tout ce qui t’intéresse c’est de t’amuser avec moi comme tu le fais avec les hommes ! Mais ne compte plus sur moi pour prendre ton pied à ce jeu malsain ! Je quitte la partie ! Maintenant pars et laisse-moi tranquille ! Ne reviens me voir qui si tu m’aimes vraiment.

– Ok je pars ! Je ne reviendrai pas ! Tu m’as perdu pour toujours. Tu as raison, retourne coucher avec ta pétasse ! Je t’aime moi, tu ne le vois pas !

– Non tu ne m’aimes pas ! Si tu avais eu des sentiments pour moi, tu me les aurais montrés, prouvés. A l’heure qu’il est c’est à toi que je ferais l’amour et non à une autre ! Quant à te perdre aurait-il fallu encore qu’un jour je t’ai possédée ! Allez salut, tu me déranges et on m’attend. »

Claudine partit les larmes aux yeux alors qu’Évelyne ne s’était pas précipitée pour la consoler. Pourtant elle en mourrait d’envie mais elle était restée à l’écart. En effet elle avait été dure et avait sorti toute sa colère. Cependant elle avait espéré que son adorée eût ressenti un peu d’amour pour elle et que tout son discours l’aurait poussée à réagir. Malheureusement elle avait été déçue de son manque de conviction et ses paroles creuses l’avaient blessé. En définitive elle aurait tant voulu qu’à la place elle se jette sur elle et l’embrasse, qu’elle lui montre plus qu’elle ne lui dise son amour pour elle.

Évelyne retourna dans sa chambre mais le cœur n’y était pas. La brunette avait tout entendu. Elle s’était revêtue et préféra partir, elle avait compris que leur partie de jambes en l’air était terminée. Sur le pas de la porte elle annonça qu’elle ne reviendrait pas. Que rester copines serait plus adéquat. Évelyne qui venait déjà de se prendre une claque, s’en reprenait une deuxième. Elle aurait aimé pouvoir lui parler et se faire consoler. En vain. Seule elle se retrouvait seule.

Ainsi elle resta cloîtrée chez elle pendant des semaines. Ses collègues de boulot se firent beaucoup de tracas car ce n’était pas son habitude de manquer surtout elle qui était une éternelle bout en train. A force d’amitié, de soutien de d’encouragement elle reprit doucement le travail. Sa vie était d’un calme absolu, le cafard lui tenait compagnie bien souvent. Il lui arrivait de sortir un peu mais jamais très longtemps. A peine sur place, elle parlait de rentrer. En boite elle ne voulait pas lier connaissance, juste se défouler en dansant. Ou bien boire un verre afin de noyer son chagrin.

Elle reçut une carte de vacances au contenu très laconique qui venait du Maroc. « Tout va bien. Je passe de bonnes vacances sous le soleil. A bientôt. Bisous Claudine. » Voilà c’était bien son style, du Claudine tout craché. Entre insouciance et cruauté Évelyne ne sut que trancher. Pas un mot ni un signe pendant des semaines puis un mot bateau sans intérêt. De colère Évelyne déchira la carte. Par ailleurs elle décida qu’il était temps de tourner la page. Aussi elle voulait revivre car elle avait perdu assez de temps à attendre un amour qui ne viendrait jamais.

C’est pourquoi elle reprit ses habitudes de drague, telle une prédatrice elle guettait la proie. En premier lieu elle enchaîna les coucheries d’un soir afin de combler le manque. D’autre part rassasiée de sexe, elle se lança aussi dans une aventure plus sentimentale. En effet elle avait remarqué une collègue qui ne lui déplaisait pas. Aussi elle mit en route un plan séduction. Avec persévérance et obstination elle arriva assez vite à ses fins. Elles commencèrent à se découvrir et à s’apprécier.

Leur histoire débuta sous de bons auspices et Évelyne s’épanouit dans cette relation tranquille et sereine. Elles s’étaient trouvées au bon moment. Du noir la vie passait en rose. Elles avaient des projets concrets et le premier d’entre eux fut de se créer un petit nid où elles vivraient intensément leur passion. Comment Claudine eut sa nouvelle adresse, nul ne le sut mais toujours est-il qu’un jour elle vint frapper à la porte de son amie. Une jeune et belle femme ouvrit.

« Bonjour, je croyais être chez Évelyne, excusez-moi, je me suis trompée !

– Bonjour, pas du tout, vous êtes chez elle ! Elle rentre vers dix-huit heures. C’est pour quoi ?

– Dites-lui que Claudine est passée. Je repasserai quand elle sera là.

– Ah c’est vous Claudine ? Vous êtes celle qui l’avait détruite ? Elle vous a effacée de sa vie et il y a bien longtemps qu’elle ne vous aime plus ! Vous ne comptez plus pour elle, vous êtes le mal personnifié. Vous êtes passée à côté d’une perle, d’une femme exceptionnelle. Dommage pour vous et tant mieux pour moi. Vous avez joué avec le feu et vous vous êtes bien brûlée ! Vous avez même perdu son amitié à force de l’avoir fait tant souffrir, Évelyne s’est protégée comme elle a pu ! Aussi n’y revenez plus et n’appelez plus sinon j’appelle la police ! Partez ! »

Claudine tourna les talons. Elle venait de comprendre qu’elle avait perdu à jamais sa moitié, son unique amour. La dévoreuse d’hommes s’était découverte homo. Il lui avait fallu des mois, des années à aller d’hommes en hommes pour s’apercevoir qu’en fait c’étaient les femmes qui l’attiraient. C’était la perte d’Évelyne qui lui avait permis d’en prendre conscience si douloureusement et accepter ce fait. Maintenant qu’elle était en paix avec elle-même, il était trop tard.

Elle venait d’entendre que la femme de sa vie l’avait attendue des années en vain et qu’elle l’avait rayée de son existence à jamais parce que ne voulant plus souffrir, elle avait fait une croix sur elle. Il était trop tard. Elle avait fait durer son plaisir sans se préoccuper du ressenti d’Évelyne ni de ses désirs, trop sûre de son pouvoir sur elle. En amour rien n’est acquis et elle le découvrait à ses dépens. Plus jamais elle ne partagerait leur douce complicité, il ne restait plus que les yeux pour pleurer.

La seule femme qu’elle n’ait jamais désirée la rejetait. A force de lui souffler le chaud et le froid, Claudine avait repoussé Évelyne qui l’aimait à la folie. La première relation d’amour que Claudine avait avec une femme commençait par un échec. Aurait-elle assez d’une vie pour l’oublier ?

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