Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Prête à tout

Prête à tout est une nouvelle lesbienne sur la trahison amoureuse.

Mathilde venait de boucler son dossier, elle pouvait enfin partir tranquillement en vacances. Avec sa compagne elle avait réservé, pour quinze jours dans une résidence cinq étoiles un petit nid d’amour. Une vieille ferme savoyarde transformée en hôtel de luxe pour une clientèle aisée. Pourtant son planning trépidant lui laissait peu d’occasion de s’occuper d’elle. Encore moins de savoir ce qu’étaient ses désirs. Irréprochable dans son boulot comme dans son couple, Mathilde maîtrisait son destin d’une main de maître. En femme active elle ne laissait rien hors contrôle.

Pour sa seule et unique grossesse, elle n’avait pas pris un gramme superflu. En effet elle avait surveillé son alimentation en dévorant tout ce qu’elle avait pu lire sur le sujet. Deux heures après son accouchement, à peine remontée dans sa chambre, elle était déjà sous la douche. Le lendemain maquillée, pomponnée, elle posait devant le photographe de la maternité. Elle recevait aussi amis, parents et collègues avec un professionnalisme qui en étonna plus d’un.

Elle avait répété les gestes sur un baigneur. Le personnel bluffé par sa dextérité, la félicita pour sa technique et son dynamisme alors que les autres mères, abattues ou pleurant à cause du baby blues, se reposaient entièrement sur l’équipe. Jeune fille au pair puis nounou s’occupèrent de Shana. En effet Mathilde trop débordée par son métier d’assistante de direction, chargée de communication, ne lui consacrait qu’une demi-heure, le soir, au moment de son coucher.

Fille et mère avaient institué un rituel très organisé de la petite histoire, où Shana pouvait, sous couvert des questions existentielles que soulevaient les contes de fées, raconter à sa mère ses angoisses d’abandon mais aussi ses petits maux quotidiens. Mathilde s’en sortait à chaque fois par une pirouette. Cependant la nourrice en charge de l’éducation de la petite fille augmentait dès le lendemain, sur les ordres de sa patronne, ses activités afin que Shana n’ait plus aucune raison de se plaindre ou de reprocher à sa mère ses insuffisances.

D’autre part, Claudine, son amante, chercheuse au CNRS, qui l’avait éblouie au début de leur relation par son côté cérébral, se révéla très vite ennuyeuse à cause d’une routine s’était installée très vite entre elles deux. Pourtant rassurante en apparence mais au fond assez déprimante, aucune place à l’imprévu n’était possible dans cette vie trop bien formatée.

La résidence de luxe était bien plus belle que sur les photos du catalogue. De plus une odeur de pin grillé dans le hall de la réception révélait d’emblée l’état d’esprit de l’équipe très accueillante. A savoir une volonté de dépaysement, d’authenticité, de calme et de volupté pour les citadins stressés que formait cette clientèle exigeante. Par ailleurs les crépitements de la cheminée apaisaient les petites tensions dues à l’inévitable attente car bien évidemment tout le monde était arrivé en même temps. C’est pourquoi Mathilde et Claudine prirent place dans la banquette située dans un confortable salon aménagé également en salle de lecture. Elle étaient décidées à patienter un peu.

Elles espéraient secrètement être mieux servies une fois le rush passé. En effet il fallait voir à quelle vitesse étaient expédiés les clients. D’ailleurs tellement rapidement qu’ils revenaient car ils n’avaient pas compris où se situait leur appartement ou le garage. En effet le complexe hôtelier, composé de six chalets assez distants les uns des autres, dispersés dans un vaste domaine au pied des pistes de ski, nécessitait d’avoir un plan pour ne pas s’y perdre. Mine de rien, Mathilde pouvait ainsi observer un à un tous les vacanciers parce que son besoin de contrôle était omniprésent. Ne voulant pas dépareiller, elle adopterait son attitude et sa garde-robe sur celles des autres, sportives ou bien mondaines selon la clientèle du moment.

Claudine, connaissant son amie n’avait rien dit quand elle avait bourré le coffre de la voiture de deux grosses valises alors que ses affaires tenaient dans un minuscule sac de voyage. Elle était venue pour skier et rien d’autre. Dès le lendemain, elle serait équipée de forfait remontées, de l’assurance quasi obligatoire et du meilleur équipement, loué, afin d’être certain d’avoir du matériel neuf et du dernier cri. Bien évidemment toute la durée du séjour, elle prendrait des cours individuels avec un moniteur de l’école de ski française. Claudine avait rayé de son vocabulaire détente et amateurisme, sérieux et professionnalisme étaient ses références.

Leur tour était enfin venu. Une hôtesse charmante leur expliqua tous les avantages de la résidence : piscine, sauna, hammam, jacuzzi, cours de fitness. Existait aussi des services tels que ménage deux fois par semaine, petits déjeuners servis à l’heure désirée, accès libre à Internet, prêt d’appareil à raclette, à fondue ou pierrade, bons de réduction chez la plupart des commerçants de la station… l’énumération était longue. Un buffet était aussi offert ce soir aux nouveaux arrivants afin de faire connaissance et nouer des contacts éventuellement. Et qui sait augmenter leur réseau.

Enfin tout simplement pour découvrir des partenaires à leur niveau pour partager les joies de la neige, cet or blanc tant convoité en ce début d’hiver. Un après-midi balade en raquettes avec guide était organisé le lendemain pour les non-skieurs. Aussi si elles étaient intéressées elles devaient s’inscrire avant 10 heures le matin. Claudine déclina aussitôt la proposition. Cependant Mathilde, fascinée par cette organisation sans faille, réserva sa réponse pour plus tard.

Elle était là surtout pour pouvoir raconter dès son retour à ses collègues ses vacances de rêve. En effet Shana était chez ses grands-parents maternels. Néanmoins toutes les mères de famille ne pouvaient se vanter de pouvoir en être capables sans éprouver quelque culpabilité inconsciente. Le ski n’était pas sa préoccupation première. En définitive seul comptait la mise en scène sociale habilement réfléchie et calculée. Est-ce que la ballade en raquettes était tendance se demanda-t-elle intérieurement ? A croire que l’hôtesse avait lu dans ses pensées. C’est pourquoi elle lui suggéra de ne pas attendre trop longtemps car la liste était presque close devant le succès de cette activité.

Poutres en bois, carrelage épais, revêtement en bois de sapin des murs, couettes épaisses et décorations murales avec vieux skis, fleurs séchées et outils de la ferme d’antan, donnaient un cachet rustique à l’appartement situé à l’autre bout du domaine. Tout dans les moindres détails était prévu pour le confort des clients. Porte-serviettes chauffant, lits déjà faits, pain frais et viennoiseries, thé et café, beurre et confiture destinés à une légère collation, bain moussant et kit de ménage gracieusement offerts complétait le sentiment de bien-être qui les envahit aussitôt entrées dans ce recoin de paradis alpin.

Mathilde se devait d’emmagasiner tout ce luxe dans son journal intime car cela lui servirait professionnellement. Mais surtout elle rendrait jalouse Salomé, sa secrétaire, qui n’avait pas les moyens de se payer un tel séjour et qui avait surtout la fâcheuse manie de vivre par procuration. Cela lui évitait ainsi de se remettre en question car elle enviait tout le monde et projetait sur les autres les raisons de ses insatisfactions permanentes. Mathilde adorait la pousser à bout en lui confiant les maints agissements qui la mettaient en valeur. Salomé en retour la stimulait pour aller toujours plus loin dans les découvertes de nouvelles expériences.

Comment allait-elle s’habiller pour ce soir ? Claudine lui conseilla de se vêtir chaudement car la nuit et la température tombant très rapidement en montagne. Le fin du fin d’après elle serait d’adopter le style champêtre du lieu, pantalon de velours et gros pull pour elle. Mathilde pourrait se rabattre sur un fuseau ou un pantalon en gore-tex et un col roulé. Quel rustre cette Claudine ! Mathilde pouvait rester séduisante et qui l’empêchait de s’habiller sexy ?

Elle opta pour une robe moulante décolletée et quand Claudine lui fit remarquer qu’elle serait ridicule à jouer les snobes, il n’y avait qu’elle pour ne pas savoir qu’avec le froid elle risquait au mieux une pneumonie au pire la mort, elle finit par se ranger à ses arguments. D’ailleurs il est vrai que pendant l’attente toutes les personnes qui avaient défilé avaient le même profil : après-skis, anorak, bonnet, écharpe et pantalon chaud. Au diable les conventions, optons pour le pratique et les codes locaux. Pour une fois elle n’en mourrait pas d’être « out », qui sait après tout Claudine pour une fois avait peut-être raison en ce qui concerne la mode du cru.

En définitive elle ne regretta pas d’avoir écouté ses conseils. En effet tous étaient vêtus pour affronter le froid, comme si toute leur vie ils avaient été de véritables savoyards. Le buffet composé de charcuterie, fromage et vin du pays ainsi que de pains spéciaux fut dévalisé d’emblée. Le fondant, un vin blanc se laissait boire aussi et l’ambiance fut très vite décontractée. Beaucoup d’étrangers étaient là, Anglais, Hollandais, Belges, Allemands et Suisse surtout. Mathilde ne reconnut pas tout de suite Julie Corbin, la célèbre écrivaine. Elle était pourtant seule et semblait s’amuser de cette comédie humaine.

Ensuite Claudine une fois rassasiée décréta qu’elle partait se coucher, elle voulait être en forme pour sa journée du lendemain, telle une sportive de haut niveau qui se voulait performant même à l’entraînement. Elle n’irait jamais aux jeux olympiques mais qu’importe, sa détermination était la même que celle d’une championne ! Cependant Mathilde peu pressée de se coucher à l’heure des poules la laissa filer sans même essayer de la retenir. Son esprit était occupé ailleurs.

Le regard bleu acier de Julie Corbin se fixa dans le sien du même bleu métal. L’attraction fut immédiate. Mathilde se sentait autant attirée par la femme que par sa célébrité. D’autre part excitée par l’univers qu’elle symbolisait, elle répondit à son invitation tacite et s’approcha d’elle un verre de fondant à la main.

« Bonsoir. Julie Corbin ? Mathilde Sager, attachée de direction à l’International Holding of Communication. Vous connaissez ?

– C’est l’attachée de direction ou la femme qui parle ce soir Mathilde ?

– Euh… La femme… Ma compagne…

– Chut, taisez-vous ! Ne gâchez pas cet instant magique avec un mot aussi grossier. Vous êtes belle, désirable et sensuelle. Attirante même. Je suis à l’appartement « Renard bleu » dans le chalet des Inuits. Et vous ?

– Dans le chalet des lapons, appartement « ours blanc ».

– Et si nous allions dans un endroit un peu plus à l’abri des regards ? Je ne sais pas pour vous mais pour moi cette meute de riches affamés qui en plus de ne parlent même pas le français et confondent allégrement foie gras et pâté m’insupporte. Ils n’ont même pas le palais assez fin pour savourer le fumage de ce formidable jambon de montagne, son moelleux, la qualité de ses tranches découpées à la main, le temps qu’il a fallu à la graisse pour se déverser tranquillement sur la peau et lui donner cette odeur. Humez ! Regardez comment ils l’engloutissent comme si c’était de la vulgaire charcuterie sous emballage plastique, dévoré à la va-vite devant un feuilleton débile à la télé.

– J’ai envie de vous…

– Moi aussi, je vous explique. Partons chacune de notre côté, il vaut mieux être discrètes… »

Mathilde, comme un automate, suivit à la lettre les indications. Ainsi avait attendu dix minutes avant de rejoindre Julie, le temps de se rafraîchir légèrement et de rectifier un ou deux détails dans sa tenue vestimentaire et sa coiffure. Heureusement qu’elle avait tout son attirail, y compris sa brosse à dents de voyage, dans son sac à main qui ne la quittait jamais. En effet pas question d’avoir mauvaise haleine, Mathilde voulait être sûre de son pouvoir érotique. Elle courut jusqu’à l’appartement « renard bleu ». Un animal de cette couleur était dessiné sur la porte en bois vernis, nul doute.

Elle frappa trois petits coups brefs. Julie déjà en peignoir lui ouvrit. C’était sans ambiguïté. Elle lui fit l’amour assez intensément et pour la première fois Mathilde eut un orgasme violent. Ce fut la révélation pour elle. En effet trop occupée à tout contrôler, jamais elle ne pouvait s’abandonner avec Claudine. A force de simuler elle avait fini par renoncer à jouir. Avec Julie c’était différent. Elle était le grain de sable dans une machinerie trop bien huilée depuis des années, la cuirasse se fissurait de tous les côtés sous les coups de butoir de son amante d’un soir.

Claudine dormait à points fermés. C’est pourquoi elle n’avait pas attendu son amie rentrer au milieu de la nuit. Cependant Mathilde eut toutes les peines du monde à trouver le sommeil. Elle se revoyait dans les bras de Julie, faisant l’amour, tout étonnée de son audace et de ses positions qu’elle avait prises avec elle. Julie, insatiable, l’avait honorée trois fois de suite. Jamais Claudine ne l’avait trouvée assez excitante pour un tel exploit, jamais Mathilde n’avait pris autant de plaisir à l’amour physique.

Il était plus de midi quand elle se leva. Claudine, étonnée de la trouver encore au lit, bougonna d’avoir à se préparer le déjeuner. De dépit ou par flemme, elle décréta qu’elle déjeunerait dorénavant au restaurant d’altitude, pour l’heure, elle descendait dans la station déguster une tartiflette. Mathilde ne releva pas la mauvaise humeur de sa compagne, elle était encore dans les bras de Julie. Pourtant ramenée un peu brutalement à la réalité par des contingences matérielles, elle se souvint également qu’elle s’était inscrite à la ballade en raquettes.

Bain, brushing, application consciencieuse de crèmes solaire et hydratante, Mathilde prit soin d’assortir ses vêtements les uns aux autres. En effet pas question de paraître tel un perroquet avec des couleurs mal accordées car certains étaient maîtres dans le domaine. Elle grignota sur le pouce le reste du petit déjeuner que Claudine lui avait mis de côté.

14 heures. Une vingtaine de personnes dont Julie Corbin. Mathilde crut défaillir à sa vision. Était-ce un rêve éveillé cette chaude nuit d’amour, une aventure sans lendemain ou bien le début d’une passion dévorante ? Julie s’approcha d’elle et lui murmura : « quand est-ce que tu me rejoins, je te veux tellement fort ? ». Mathilde qui ne voulait pas éveiller les soupçons de Claudine car on ne sait jamais si elle nouait des contacts avec les conjoints de promeneurs, reprit d’emblée les rênes de la situation. Elle lui fit comprendre qu’elle se devait d’honorer son engagement auprès des organisateurs de la petite virée pédestre.

Julie approuva sa prudence et la colla tout du long du parcours, au prétexte qu’elle connaissait bien les lieux et tentait de lui faire partager ses émotions sur la beauté de ses cimes enneigées. C’est pourquoi elle lui énuméra un à un les noms des monts et quelle ne fut la surprise de Mathilde d’apercevoir au loin le Mont Blanc. Une Anglaise, qui durant toute la ballade, n’avait cessé de se faire remarquer par ses extravagances finit par se tordre une cheville en glissant dans un ruisseau malgré les recommandations du guide de s’en tenir éloigné. Ainsi Mathilde et Julie profitèrent de l’agitation et de la fin prématurée de la promenade pour s’éclipser discrètement.

Mathilde n’en pouvait plus des caresses de sa bien-aimée. Pour Julie il n’y avait aucune femme frigide, aucune citadelle imprenable, juste des hommes et des femmes qui ne savaient pas se servir de leurs mains et de leur langue. En effet elle était experte dans les préliminaires et avait vite fait de repérer toutes les zones érogènes de Mathilde. Ainsi elle avait aussi le temps de récupérer entre deux, de donner du plaisir sans que ce ne soit que sexuel. Elle avait parfaitement bien cerné la personnalité de sa nouvelle amante et savait jouer de ses fantasmes. Néanmoins Mathilde était en train de tomber amoureuse, elle perdait pied avec le réel, seul comptait la soumission physique et psychique à Julie. Comment elle la maîtresse-femme avait à ce point la tête à l’envers, pourquoi avait-elle laissé ses pulsions dominer sa vie ?

La passion tournait à l’obsession. Toutes les pensées de Mathilde tournaient autour de Julie. Comment continuer à lui plaire, à la séduire, à faire l’amour avec elle ? Claudine, malgré sa cécité habituelle s’aperçut pourtant du changement. Elle le mit sur le compte de l’ennui, pensait que sa femme délaissée voulait à tout prix se faire remarquer. Mais en même temps l’imprévisibilité de Mathilde la poussait à la fuite. A chaque fois que Claudine tentait de se rapprocher d’elle, Mathilde la chassait abruptement, presque violemment tant elle la dégoûtait. Mathilde, un après-midi partit en ville dévaliser les boutiques de lingerie, guêpière, bas résilles, soutien-gorge pigeonnant, bas, porte-jarretelles et string remplacèrent ce qu’elle mettait habituellement.

Ses après-midis au lit avec Julie étaient de plus en plus torrides. Elles rivalisaient l’une et l’autre d’imagination. Puis arriva la fin des vacances, ces quinze jours étaient passés trop vite pour Mathilde. Elle avait encore tellement d’amour à donner et à recevoir. Dernier baiser, dernière étreinte, vint le temps des adieux.

« C’était bien nous deux mais c’est fini !

– Comment ça fini ?

– Oui tu repars avec ta compagne, moi je vais retrouver mes livres, mes lecteurs. On a pris du bon temps ensemble, je garderai un bon souvenir de toi mais tu n’as aucune place dans ma vie.

– Tu te rends compte de ton cynisme. Et mes sentiments pour toi ?

– Quels sentiments ? Tu n’avais pas l’intention que je pacse non plus ? On a baisé un point c’est tout, tu ne vas pas nous tricoter une histoire d’amour pour te tenir chaud l’hiver. »

Un hurlement strident résonna dans tout le chalet. Prise d’une véritable crise de nerfs, Mathilde se tordit de douleur sur le lit, pendant que stoïquement Julie, pour qui l’affaire était entendue, partit se doucher puis se vêtir pour dîner en ville. Comme une loque, Mathilde se traîna jusqu’à son appartement. Claudine en la voyant dans cet état pensa tout de suite à un accident ou une mauvaise chute sur les trottoirs glacés.

« Mais qu’est-ce qu’il y a mon amour, tu es toute pâle ?

– Pauvre conne, tu n’as même pas vu que depuis quinze jours je te trompe avec Julie Corbin, l’écrivain. Tu n’as pensé qu’à ton ski, à tes cours et à tes descentes. Comment j’ai pu m’ennuyer avec toi au lit, jamais tu ne m’as fait jouir comme elle, si tu savais comment j’ai simulé toutes ces années.

– Tu as bu ou quoi ? C’est quoi ce délire ?

– Je te quitte Claudine ! En effet je ne supporte plus que tu poses tes mains sur moi, que tu me touches. Je vais rentrer en train et je contacte aussi un avocat pour la séparation.

– Tu es folle ma pauvre fille ! Qu’est-ce qui t’a mis dans un état pareil ? Je ne vois pas comment un glaçon comme toi a pu fondre dans ses bras. Je te préviens, je ne te laisserai pas avoir la garde de Shana. Tu as voulu m’humilier, je saurai me venger, tu le paieras au centuple. »

Epique époque ! Prête à tout sacrifier pour une femme qui la rejette. Comment ce grain de sable dans une machinerie aussi huilée avait-il pu se coincer là ? Incompréhension, rejet et exclusion furent les réponses au comportement échevelé de Mathilde. La compagne bafouée obtint la garde de l’enfant alors qu’elle n’était pas la mère, l’appartement ainsi que toutes les amies du couple de son côté. Mathilde s’en moquait car seul Julie comptait. Elle avait eu son adresse par une indiscrétion de son éditeur, son carnet d’adresse et ses multiples relations lui ayant permis d’avoir un accès direct à sa ligne téléphonique. Elle la guettait des heures entières devant chez elle et parfois elle parvenait à se glisser derrière un locataire, l’attendant directement devant sa porte. Comme elle découchait très souvent, cette adresse ne devant pas être la seule, Mathilde, fatiguée de ces échecs répétés, s’arrangea pour la rencontrer officiellement.

En effet, pour sa boite, elle organisa une soirée mondaine où des célébrités attireraient les investisseurs. Par un brassage subtil de vedettes du show bisness, de mannequins, d’écrivains, d’acteurs et de chanteurs, elle obtint un budget conséquent pour sa fête. Rien n’était trop beau pour épater son amante. Elle avait joint son attachée de presse, comme la réception se passait dans un château, elle omit de préciser le nom de la société, elle parla surtout des retombées économiques pour l’auteur, qui ne manquerait pas de se faire photographier avec tout ce joli gratin.

Un sponsor de dernière minute s’était joint assurant une bonne publicité dans les journaux people. En distribuant à chaque personnalité un téléphone portable, on se bousculait pour s’arracher les cartons d’invitation. Mathilde était ravie de cette réussite. Julie n’avait pas résisté à l’attrait du gain. Mathilde, rayonnante dans une robe hyper moulante rouge, s’approcha d’elle une coupe de champagne à la main.

« Bonsoir Julie. Alors comme trouves-tu l’organisation ?

– Extraordinaire. Quelle débauche de moyens ? Tu sais qui paie ?

– L’International Holding of Communication.

– Tu veux dire que c’est toi qui es derrière tout ça.

– Oui je voulais te revoir une dernière fois. Je ne peux plus vivre sans toi, j’ai quitté Claudine, ma fille. Je suis libre pour toi. Un mot et je te suis.

– Écoute j’ai décidé de rester tranquille.

– Prends cette clé, c’est celle de l’hôtel qui est juste en face. Je t’attends. »

Peau à peau, cœur à cœur, corps à corps, l’orgasme fut violent pour les deux partenaires. Julie l’aimait encore, il ne pouvait en être autrement pour Mathilde. Chaque geste de son amante était interprété dans ce sens. Pourtant en se rhabillant, celle-ci fut on ne peut plus clair.

« Je vais vivre avec Viviane Lumière.

– La comédienne qui vient de triompher au cinéma ?

– Oui. Tiens prends ces deux cents euros, tu paieras la chambre.

– Garde ton fric, je ne suis pas une pute ! Et dire que j’ai brisé ma vie pour une minable de ton espèce.

– Tu t’es monté la tête toute seule car je ne t’ai rien promis du tout. C’est toi qui t’es imaginé qu’entre toi et moi c’était plus qu’une simple aventure. Si tu as encore un peu d’amour propre, évite-moi ton hystérie et reste digne. Pas de scandale, séparons-nous proprement !

– Dire que je t’ai aimée, quelle conne j’ai été, j’aurais dû m’en douter que tu n’aies pensé qu’à ton petit plaisir et rien d’autre. Tu n’es qu’une égoïste sans scrupule, une profiteuse qui se sert des autres. Je plains Viviane.

– En attendant tu voulais être à sa place. »

Mathilde ne put dans les semaines qui suivirent s’empêcher de lire une certaine presse où elle voyait Julie en photos au bras de sa star. Elle brillait pendant que doucement Mathilde se ternissait. Avec ou sans Claudine, c’était de toute façon sa destinée, elle s’était lentement desséchée dans sa vie sans surprise où le moindre imprévu était traqué par une organisation toute militaire. Sa vie s’était écroulée comme un château de cartes sous le coup d’une passion aussi brève qu’un feu de paille.

Cinq ans plus tard. Cérémonie des Césars. La cérémonie battait son plein. On allait remettre au meilleur scénariste de l’année son prix. Cinq étaient nominées. L’actrice has-been, Viviane Lumière, remettait le prix. Elle avait sombré dans l’alcool et la drogue après l’échec de son deuxième film et son altercation avec un journaliste célèbre en direct du journal télévisé l’avait remise provisoirement sur le devant de la scène.

« Et le César revient à… putain d’enveloppe, elle ne se déchire pas… »

Rire de la salle coincée. Le spectacle était pathétique, Viviane, sous l’emprise d’une substance était en train de massacrer le carton. Le maître de cérémonie s’empressa de lui prendre des mains.

«  …. Et le César revient à Mathilde Sager ! »

En voix off, on apprenait sa récente liaison avec la plus grande actrice du cinéma américain et son départ pour Hollywood, Spielberg voulait faire un remake du film.

Caméra, zoom avant, travelling, montée sur scène.

« Merci. Je suis très émue. Je remercie tout le monde, mon producteur. Mais je vais faire bref. En effet je voulais dédier cette statuette au pire mufle que j’ai rencontré. Si je ne m’étais pas fait tout un scénario avec elle je n’aurais jamais eu idée d’écrire cette histoire d’amour qui a séduit 6 millions de spectateurs. Merci Julie, grâce à toi je connais la réussite et la reconnaissance. Et le véritable amour aussi ! J’espère que tu t’en mords bien les doigts, autant d’être passé à côté du succès, que de m’avoir permis d’être celle que je suis devenue ! »

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