Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Ma jolie VRP

Ma jolie VRP est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Vicky était comme à son habitude sur la route. Elle avait la trentaine, bon chic, bon genre, célibataire de surcroît ce qui ne gâchait rien. Elle était VRP dans une gamme de produits pour enfants, les jouets. Son job consistait à en vanter les mérites auprès des petits détaillants mais également auprès des requins de grandes centrales d’achat. Son objectif était de vendre un maximum de nouveaux produits. Pour cela elle n’hésitait pas à aider à leur mise en place. Elle passait toute la semaine à sillonner son secteur et il y avait de quoi faire. De temps à autres elle passait au bureau. C’était avant tout pour des réunions en tout genre, connaître son chiffre d’affaires et celui de ses collègues, élaborer un plan de pub, démarcher de nouveaux clients et s’informer de toutes les dernières créations de sa société.

Le planning des prochains jours venait de lui être révélé : direction la Normandie. Au fil du temps elle se rendait toujours dans les mêmes petits hôtels car elle y avait ses habitudes et s’arrangeait en sorte qu’un restaurant soit tout à côté. Cela lui évitait aussi de reprendre la voiture pour aller manger, surtout après plusieurs heures de conduite et de négociations fatigantes. Ainsi elle y avait ses serveurs attitrés qui étaient parfois ses confidents, la concurrence rendait son métier éprouvant, les coups bas elle en avait plus que son compte. Par ailleurs elle avait aussi toujours les mêmes chambres où elle y avait ses repères et s’y sentait comme chez elle.

En l’occurrence pour l’occasion elle était logée au neuf. C’était son chiffre fétiche, en effet elle avait fait la rencontre de son dernier petit ami un neuf mars. Luc en était un parmi d’autres sur sa longue liste car elle était un peu comme les marins qui avaient une femme dans chaque port. En fait elle ne voulait rien de sérieux et les relations sans lendemain lui convenaient parfaitement. En effet elle sortait d’un divorce et voulait un peu profiter de la joie d’être célibataire. Nous étions un mardi et elle arriva dans la soirée à la réception retirer sa clé. Sa chambre avait été réservée la semaine précédente par la secrétaire de son service qui la chouchoutait bien.

C’est pourquoi elle penserait à lui ramener une bouteille de cidre et des caramels pour ses enfants. Ensuite elle prit le temps de monter prendre une douche avant d’aller au restaurant grignoter une salade. La salle était vide, elle était la première cliente. Elle salua le barman et le manager d’une bise très enjouée. C’était une fidèle cliente qui venait tous les quinze jours dans l’établissement, aussi ils en prenaient soin. Et avec ses relations elle y avait amené une clientèle qui consommait, pour les affaires rien de mieux. Aussi elle y était traitée en reine. Elle chercha des yeux Luc. Apparemment il n’était pas arrivé ou devait être de repos.

Ses amours étaient connus de tous mais la discrétion étant de mise, aucune question indiscrète ne lui était posée qui la mettrait mal à l’aise. Pendant qu’on lui apportait son apéritif offert par la maison, elle regarda la carte et choisit une salade. Elle verrait pour un dessert s’il lui restait une petite place. Une serveuse qu’elle ne connaissait pas arriva pour prendre sa commande. Elle l’avait aperçue de loin sans oser demander au patron qui elle était. Pourtant quelle allure ! Une camionneuse dans une jupe noire, moulée et fendue, recouvert d’un petit tablier à dentelle, ça valait le détour. Mais heureusement que le ridicule ne tuait pas sinon paix à son âme !

« Bonsoir Madame vous avez choisi ?

– Bonsoir mademoiselle, je vais prendre une salade du chef. Je verrai après pour une douceur selon mon appétit. Mais je ne vois pas Luc, il n’est pas là ce soir ?

– Non madame car il ne fait plus partie du personnel ! Vous désirez autre chose ?

– Non pas pour le moment, merci mademoiselle. Mylène ! Très joli prénom !

– Comment le savez-vous ?

– C’est écrit sur votre badge !

– Que je suis bête ! C’est mon premier jour, aussi je ne suis pas encore habituée ! »

Vicky était désappointée car ce soir elle serait seule. Pas d’amour, pas de tendresse. Elle n’avait pas de chance ! Luc était un bon amant. Mais en dehors du sexe avec lui, elle n’avait rien à partager. Il avait disparu sans laisser d’adresse, après tout c’était peut-être mieux comme ça. D’ailleurs elle était d’emblée disponible pour une autre aventure si l’occasion se présentait. C’est pourquoi elle ne boudait pas son plaisir et n’était pas du genre à pleurer cent sept ans un homme. Aussi elle mangea sa salade de bon appétit. La salle commençait à se remplir mollement. Elle regardait autour d’elle, comme un prédateur qui guette une proie. Pas de mâle viril seul à l’horizon, elle ne désespérait pas pour autant. Mylène vint lui montrer la carte des gâteaux et des entremets.  Elle constata que sa cliente avait l’air préoccupé

« Alors qu’allez-vous manger de bon ? Avez-vous une idée ?

– Non je n’arrive pas à me décider. Que me conseillez-vous ?

– La tarte aux framboises est délicieuse, la mousse au chocolat est très bien aussi !

– Avant c’est Luc qui me choisissait mes desserts car je n’arrive jamais à me décider, je vous fais confiance.

– C’est parti pour une tarte !

– Et un déca. Merci.

– Vous n’allez pas le regretter, je vous l’apporte tout de suite. »

La serveuse ne s’était pas trompée, Vicky se régala. Servie avec une chantilly maison, ce fut divin. Ensuite elle but son café tranquillement. Elle était seule ce soir, personne ne l’attendait, elle pouvait prendre son temps, rien ne pressait. Petit à petit le peu de clients était déjà reparti, il ne restait plus qu’un couple trop occupé à roucouler pour se préoccuper des autres. C’est pourquoi le personnel n’était pas débordé. Aussi Mylène avait pris la liberté d’aller voir la table de sa cliente afin de la pousser à la consommation car son salaire en dépendait. Et si en plus elle avait un pourboire, c’était encore mieux pour elle.

« Ça va comme vous voulez ? Voulez-vous un autre déca ?

–  Oui je veux bien. Vous pourrez aussi me mettre un carré de chocolat en plus car j’ai besoin d’un petit réconfort. C’est vraiment dommage pour moi que Luc soit absent. En effet il me rendait bien service mais tant pis je ferai sans !

– Je peux peut-être vous aider ? Dites-moi ce dont vous avez besoin, je tenterai de vous satisfaire. Sauf la drogue bien sûr.

– Ce dont j’ai envie, je ne pense pas que vous puissiez me le donner ! Vous n’en êtes pas équipée !

– Si vous ne me dites pas ce dont il s’agit, c’est sûr que je ne pourrai pas vous être d’une grande utilité ! J’ai moi-même mon propre équipement et jusqu’à présent personne ne s’en est plaint.

– A moins d’être un homme, vous ne pouvez rien faire !

– Si vous le dites ! Mais vous ne savez pas ce que vous perdez à vous limiter aux hommes. Je vous apporte votre déca. »

Vicky y était allée un peu fort et elle avait été servie. En définitive Mylène avait eu du répondant et elle en avait été pour ses frais. La serveuse l’avait bien mouchée. Mylène revint avec le café qu’elle déposa sur la table sans un mot et repartit aussi sec en cuisine. Néanmoins elle avait eu la délicate attention de lui apporter plusieurs morceaux de chocolat. Vicky sirota son breuvage tout en grignotant ses carrés. Mais ne souhaitant plus s’attarder, elle réclama sa note. La serveuse la lui apporta. Vicky paya et laissa un généreux pourboire pour se faire pardonner de sa grossièreté. Elle ne connaissait cette fille de nulle part et l’avait agressée avec des propos sexuels assez déplacés alors que Mylène avait cherché à être sympathique avec elle.

« Merci, bonne nuit et à bientôt.

– Merci madame, bonne soirée. »

Elle quitta le restaurant et alla se coucher. Le lendemain elle avait rendez-vous avec un client dur en affaire, elle se devait d’être en forme. Comme prévu elle dut batailler ferme, néanmoins elle arriva à décrocher une commande. Le retour au siège se fit dans l’euphorie en début d’après-midi. A peine dans son bureau elle avait un coup de fil de la direction. Réunion au sommet. Thème : le chiffre d’affaire en baisse. Ensuite elle ressortit de là avec une pression sur les épaules comme elle n’en avait jamais eu. En effet elle n’était pas près de rentrer chez elle. Pour cette fin de semaine elle restait sur place. Dès lundi prochain elle partirait en Alsace, région qu’elle affectionnait. Les détaillants qu’elle avait là-bas étaient de bons vivants et appréciaient la gamme en bois qu’ils vendaient comme des petits pains aux allemands riverains qui en étaient friands.

Aussi elle était assurée avec eux de faire sa marge. Et puis il y avait Pierre, très cool, beau mec. Tout comme Vicky il ne cherchait que des moments de tendresse. Pas de lien, pas d’attache, de toute manière il était déjà marié. Juste du sexe et quelques restaurants. Ils s’entendaient bien tous les deux et passaient d’agréables heures ensemble, c’est tout ce qu’ils désiraient. L’existence de Vicky filait à toute vitesse. Elle courait à droite à gauche et ignorait ce que ralentir signifiait tout comme prendre le temps de vivre. Ses week-ends ressemblaient à ses semaines de boulot. Elle cavalait entre les courses, la famille, les amis… Toujours à deux cents à l’heure.

Son activité privilégiée était ses nuits d’amour avec ses amants. Là Vicky se sentait bien car c’était le seul instant où elle était apaisée, détendue et sereine. Avec Pierre elle connaissait le bien-être et tout se déroula comme à l’habitude. Elle s’était gonflée à bloc d’énergie pour les jours difficiles en perspective. Elle avait fait le plein de rire, de bonne bouffe et d’amour. Ses amis détaillants avaient de plus été généreux sur leur bordereau, elle avait dépassé ses objectifs. Alors qu’elle s’apprêtait à se rendre dans un autre coin de son secteur, un coup de téléphone de son supérieur l’a cueilli par surprise.

« Il faut que tu retournes chez ton dernier client normand, il veut te voir.

– Pourquoi ? Que veut-il ? Tu ne peux pas régler le problème, pour moi tout était nickel. Tu as vu la route que ça me fait je dois descendre dans le Jura maintenant, ce n’est pas la porte à côté. Je ne peux pas annuler mes clients car je suis prise jusqu’à jeudi matin, ça ne pas attendre jusque-là ?

– Non apparemment c’est urgent. Et il ne veut traiter qu’avec toi, tu imagines bien sinon que je t’aurais retiré cette épine du pied, je sais les kilomètres que tu avales.

– Ok je vais lui téléphoner. Merci d’avoir cherché à m’aider.

– A l’heure actuelle on n’a pas les moyens de perdre un client sinon j’aurais calmé ses exigences. Je te fais confiance, tu sauras le satisfaire. Au fait bravo pour ton chiffre, le patron est content, il te félicite. Si tu nous fais un carton comme ça dans chaque région, tu vas avoir le bonus sur ta prime. »

Ensuite elle raccrocha et chercha aussitôt le numéro de son client dans son agenda électronique afin de lui fixer un rendez-vous vendredi à quatorze heures. Comme ça il avait le le temps de s’organiser. Après elle rappela son chef et demanda à sa secrétaire de lui réserver sa chambre dans son hôtel préféré. En effet elle décida de passer le samedi et dimanche sur place à ses frais car elle n’avait jamais eu le temps de visiter le coin, ni de faire un tour à la plage. Deux jours pour elle, pour se reposer. La route fut longue et fatigante entre le Jura et la Normandie. Elle arriva tard dans la soirée. Le temps de déposer ses bagages, prendre sa clé, direction le restaurant. Celui-ci était plein. Mylène reconnut immédiatement sa cliente.

« Bonsoir Madame, ce soir c’est complet mais je vais quand même essayer de vous trouver une table. Si vous n’êtes pas exigeante je vous installe au bar sur une petite table basse qui sert habituellement à l’apéritif. Vous serez tranquille pour dîner.

– Bonsoir Mademoiselle. C’est très gentil de votre part et ça me convient très bien. En effet je suis fatiguée et affamée, servez-moi une salade paysanne avec une bouteille d’eau.

– Parfait, je vous dresse la table et je vous sers rapidement ! »

La serveuse fut rapide à mettre une nappe et les couverts. Elle amena la boisson et le pain ainsi que la moutarde, le sel et le poivre. Elle bichonnait sa cliente, le souvenir du bon pourboire devait participer à sa diligence.

« Voici votre assiette s’il vous manque quelque chose n’hésitez pas à me le réclamer. Bon appétit !

– Merci, j’apprécie ce que vous faites car je suis crevée ce soir, je ne me sentais pas le courage de me chercher un autre restaurant.

– Des clientes sympas comme vous, j’en prends soin. J’ai vu effectivement que vous étiez fatiguée, aussi je n’ai pas eu le cœur de vous renvoyer. »

Mylène fut aux petits soins pour elle. Par ailleurs le charme et l’élégance de Vicky n’étaient pas sans lui déplaire. Elle avait un œil permanent sur sa jolie VRP afin qu’elle ne manque de rien.  Vicky était aux anges car elle était mieux traitée qu’une impératrice. D’ailleurs elle avait l’impression qu’elle aurait pu demander la lune, elle lui aurait décrochée. Ensuite elle s’était aperçue que la serveuse ne la lâchait pas du regard, accourrait au moindre désir, était plus que prévenante. En effet elle eut un sourire aux coins des lèvres parce qu’avec ce look un peu camionneur cette fille ne pouvait qu’aimer les femmes. De plus les regards que Mylène lui lançait ne faisaient que confirmer son impression. C’était la première fois qu’elle plaisait physiquement à une femme, elle en était troublée et excitée, un état assez difficile à décrire.

« Tenez votre déca ! J’ai mis aussi des carrés de chocolat comme vous les aimez. Vous avez bien mangé ?

– Tout était parfait, vous vous très bien occupée de moi, ça fait plaisir. Mais je vais y prendre goût, faites attention !

– S’il n’y a que ça, ce n’est pas grand-chose car je peux faire mieux, j’ai des atouts cachés. Qui sait, je peux peut-être remplacer Luc maintenant que je vous ai montré une partie de mes compétences ?  Vous pourriez être agréablement surprise de découvrir les autres, à vous de voir…

– En effet vous avez des qualités et pour les compétences j’ai confiance en vous. Quant à remplacer Luc, je ne veux pas vous froisser, mais à moins de vous faire opérer, je ne crois pas que vous puissiez l’égaler !

– Vous en êtes vraiment sûre ? Que savez-vous des relations entre femmes ? Avez-vous déjà essayé une fois pour être aussi affirmative ? Vous parlez de ce que vous ignorez, excusez-moi de douter de vos assertions ! »

Une table avait besoin de ses services. Mylène s’excusa et alla s’occuper d’un couple de personnes âgées. Vicky en était restée bouche bée. C’est vrai, elle avait raison la serveuse. Elle n’avait jamais eu de relation homosexuelle, elle ne pouvait donc rien en dire et encore moins affirmer que Luc était meilleur qu’elle. Elle se mit à penser que si cette fille était au lit comme elle était au travail, elle devait être une bonne amante. Du coup elle recommanda un autre café, afin de continuer la conversation. Le restaurant s’était vidé et elle était la dernière. Au moment où elle lui servit son café, Vicky l’attrapa par la manche.

« Mylène, vous avez une minute ? Vous avez raison, je ne connais rien aux relations entre femmes. Je n’ai jamais eu ce type d’aventure, je suis novice en la matière. Je ne suis pas coincée sexuellement parlant et vous avez l’air de bien vous débrouiller ?

– Me débrouiller ? Avec les femmes au lit ?

– Oui. Voudriez-vous être mon initiatrice ?

– C’est quand vous voulez ? Je suis toujours partante pour ce genre de plan surtout quand il s’agit d’une belle femme et vous l’êtes ! Je vous ferai découvrir des plaisirs insoupçonnés ! Après vous ne retournerez plus vers les mecs tant vous serez accro !

– A votre tour d’être très sûre de vous ! Mais j’aime votre culot Mylène car on se ressemble beaucoup vous et moi et je pense que question sexe on partage certainement bien plus que nous ne le croyons. Votre proposition me tente mais pas ce soir, je ne suis pas assez en forme pour apprécier. Mais je sais où vous trouver en cas de besoin ! Au fait je m’appelle Vicky, je ne me suis pas présentée. Pour le moment je vais aller me coucher car je n’en peux plus.

– Je vous apporte la note, derrière je vous inscris mon numéro de portable. Si vous n’arrivez pas à dormir ou si vous êtes en manque d’affection, n’hésitez pas à m’appeler. Même ce soir… »

Vicky glissa l’addition dans son portefeuille, fit un clin d’œil à la serveuse et quitta le restaurant en n’omettant pas de lui laisser encore un bon pourboire. Elle se réveilla tard et eut juste le temps de se préparer afin d’être à l’heure à son rendez-vous. En fait son client n’avait non seulement pas reçu sa commande mais il avait un souci avec un produit qu’il ne vendait pas. D’autre part il voulait un retour de marchandises ou une aide financière de façon à pouvoir baisser le prix. Vicky était dans une position délicate, ce genre d’arrangement allait lui coûter plus d’argent qu’il n’allait lui en rapporter. Mais perdre un client de cette importance n’était pas bon non plus. Aussi la discussion fut âpre.

En bonne négociatrice, elle obtint de ne pas avoir de retour sur les nouveautés ni d’aide financière sur le jouet incriminé. Pour l’heure elle avait sauvé son budget. Cependant elle eut un geste commercial. En effet elle installa une décoration qu’elle avait dans sa voiture qui aurait pour effet de mettre le produit plus en avant et serait ainsi plus vendeur. Par ailleurs elle se démena pour que son client puisse être livré dans la journée, ainsi elle s’arrangea avec son transporteur qui avait un camion de disponible. Son client parut satisfait de ses services et elle lui promit de revenir plus tôt que prévu afin de s’assurer que son travail avait porté ses fruits.

Enfin il était d’accord. C’est pourquoi elle repartit contente d’elle car son week-end commençait bien. Un tour sur la plage serait le bienvenu pour la décontracter de ce stress. Elle se balada un bon moment, l’air de la mer lui fouettait le visage, elle se sentait bien. La mer était splendide, d’un bleu vert, des rouleaux venaient s’écraser sur le sable, elle ne s’en lassait pas. De loin elle aperçut un couple. Intérieurement elle pensa à la chance qu’ils avaient d’être ensemble. Ils avaient l’air amoureux, elle en eut le cafard. Arrivée leur hauteur elle reconnut Mylène.

« Bonjour Mylène, si je m’attendais.

– Bonjour Vicky. Vous ne travaillez pas ?

– Non je suis en congés pour deux jours, je profite de la mer et de la tranquillité pour me reposer mais aussi visiter le coin.

– Vous avez bien raison, la région est superbe pour reprendre des forces. Mon amie Carole repart dans deux heures pour Lyon, nous allons être séparées dix-huit mois, elle a décroché une mission pour le Brésil.

– Je ne vais pas vous retenir davantage, vous avez sans doute bien à faire encore toutes les deux avant ce départ. Bon voyage mademoiselle. Bonne journée à vous deux ! »

Vicky continua sa balade et prit le temps d’aller boire un bon chocolat chaud. Elle s’était enfin autorisée à s’occuper d’elle quelques heures. Par ailleurs cette nouvelle liberté lui plaisait, elle se rendait compte qu’elle passait à côté de jolis endroits, de gens charmants. Ainsi elle découvrait un peu ce qui pouvait être le bonheur et qu’elle se refusait. Mylène allait avoir le cafard ce soir, peut-être souhaitait-elle un peu de compagnie. Elle la trouvait très sympathique cette fille avec ses faux airs de dure qui cachaient sous la cuirasse une tendre. Elle sortit de son portefeuille le numéro de portable griffonné.

« Bonsoir c’est Vicky, je ne vous dérange pas ?

– Non j’allais bosser car je commence dans une demi-heure. Vous m’excuserez mais là vous tombez mal. Et en plus je n’ai pas trop le moral depuis que Carole est partie. Je ne voulais pas vous en parler devant elle mais en fait elle me quitte, elle part pour le Brésil parce qu’elle a rencontré une fille qui vit là-bas. Elle a eu la délicatesse de me faire ses adieux de manière assez romantique, afin que je garde d’elle et de notre histoire une belle image. De toute façon trop de choses nous séparaient.

– Je suis sincèrement désolée pour vous. Mas je ne sais pas quoi vous dire j’ai peur d’être maladroite. Cela vous ennuie si je viens manger au restaurant ? Réservez-moi une table si ce n’est pas complet j’y serai dans une heure.

– D’accord. Je vous attends. Je suis contente que vous ayez appelé, ça m’a fait du bien de parler. »

Vicky raccrocha et se prépara. Elle choisit avec soin ce qu’elle avait dans sa maigre garde-robe. Ainsi elle opta pour son pantalon en toile bleue qui moulait son corps parfait et un chemisier blanc légèrement échancré et transparent. En définitive elle ne passa pas inaperçue en franchissant la porte avec cette tenue. Les hommes lui lançaient des regards d’envie. Mylène faillit renverser le plateau qu’elle avait en main. Elle lui fit un signe de la tête pour qu’elle s’installe à la table qui était libre. Vicky s’installa et tout en regardant le menu, jeta un œil autour d’elle. Mylène une fois ses clients servis, se précipita sur elle, son carnet de commande à la main.

« Bonsoir Vicky, vous avez choisi ?

– Bonsoir Mylène. Ce soir j’ai une faim de loup. Ce sera une salade de chèvre chaud en entrée, ensuite le saumon aux champignons en plat principal et enfin pour le dessert je verrai plus tard…

– C’est un bon choix. Pour le dessert si vous me faites confiance, vous ne serez pas déçue ! J’ai remarqué que vous aimiez le chocolat. Je me suis arrangée avec le cuistot pour vous mitonner une de mes recettes et en plus faite avec amour ! Je reviens avec votre entrée. »

Vicky regarda s’éloigner son adorable serveuse. Elle l’a vu plonger son regard dans son décolleté. Elle savait aussi mettre en appétit une femme. Cette révélation sur elle-même lui donna de l’assurance pour la suite de la soirée. Par ailleurs les paroles de Mylène résonnaient en elle et une nouvelle expérience la tentait bien. En effet Vicky sentait qu’elle ne lui était pas indifférente physiquement, elle décida que quoi qu’il arrive elle irait jusqu’au bout avec elle. Tout au long du service Mylène fut encore plus présente qu’à l’accoutumée.

Dès qu’elle le pouvait, elle en profitait pour la frôler ou se coller à elle. Ainsi Carole avait été vite oubliée. Elles se regardaient en se faisant des sourires qui en disaient long. En définitive il y avait une complicité évidente entre elles deux. Mylène avait apporté à Vicky une assiette avec un fondant tiède au chocolat surmonté d’une boule de glace et d’éclats de noisettes caramélisées. Ce fut un régal au point qu’elle ne put se retenir d’en commander un deuxième. Heureusement que Mylène avait été prévoyante quant à sa gourmandise. Vint le fameux café du soir, un rituel maintenant pour elles deux qu’elles savouraient en silence.

« Après votre café, vous désirez autre chose ?

– Non pas pour le moment, je digère, c’était trop délicieux ce repas. Je vous ai observé vous êtes très énergique dans votre service ! Dans la vie vous êtes comme ça aussi ?

– Dans ma vie personnelle, j’aime prendre mon temps. Plus c’est long, plus c’est… Vous connaissez le dicton ?

– Oui je le connais, c’est un programme qui fait très envie.

– Cette nuit peut être si vous voulez.

– Je le souhaite de tout mon cœur !

– Alors je vous apporte l’addition, on ferme dans un quart d’heure. »

Puis doucement sans se faire remarquer Mylène lui glissa à l’oreille

« J’ai une voiture blanche, vous n’aurez qu’à me suivre, j’irai doucement car je ne veux pas vous perdre, ce serait vraiment dommage… »

Vicky paya et dit bonsoir à tout le monde comme à son habitude. Le patron lui avait offert les desserts, il faut dire que son client de cet après-midi était un de ses amis. Ainsi elle apprit que la vente du produit qu’elle avait mis en valeur avait démarré comme une flèche, si elle pouvait il faudrait qu’elle le recontacte car il voulait repasser une nouvelle commande avant qu’il n’y ait rupture. En définitive Vicky était une très bonne commerciale.

Flattée et grisée par les compliments, Vicky s’installa dans sa voiture stationnée un peu plus loin. Elle attendit Mylène qui ne fut pas longue à franchir la porte, on aurait dit qu’elle avait le feu aux fesses. Mylène roula prudemment, la suivre fut facile. Son appartement était à dix minutes du restaurant. Elles prirent l’ascenseur et Mylène profita de la promiscuité de l’endroit pour s’approcher et embrasser Vicky.

« Tu es splendide ! C’est exprès pour m’allumer ce chemisier ?  Tu avais peur que je sois trop froide pour démarrer au quart de tour ? Avec la vue sur tes seins je ne pouvais pas rester de glace ! La température montait d’elle-même !

– Oui c’était pour toi, j’avais envie d’être belle et de te séduire !

– Si tu savais comme j’ai dû me retenir de ne pas te sauter dessus pendant le service, un supplice pour moi ton décolleté ?

– Tu vas m’initier à pleins de nouvelles choses, apprends-moi !

– Viens dans mes bras que je t’embrasse, j’ai très envie de toi ! »

Mylène logeait au dernier étage. Elle ouvrit non sans peine la porte tant ses mains tremblaient d’excitation. Elles se glissèrent dans l’appartement.

« Où est ta chambre Mylène ?

– Au fond du couloir à gauche. Je ne veux pas jouer la vorace et te sauter dessus dès la porte franchie. Tu veux boire quelque chose ?

– C’est galant de ta part mais je ne veux pas perdre une minute, faisons l’amour ! »

Elles allèrent dans la chambre, se tenant par la main comme pour se rassurer. Arrivées au pied du lit, Mylène prit Vicky dans ses bras et l’embrassa doucement, tendrement. Elle entreprit de lui déboutonner son chemisier qu’elle jeta ensuite négligemment sur le pouf.  Ensuite elle lui caressa le dos et dégrafa son soutien-gorge d’un geste savamment étudié. Ses baisers faisaient indéniablement de l’effet à Vicky qui s’était collée à elle et se trémoussait à qui mieux mieux. Mylène arrêta très vite son supplice en se déshabillant promptement et elles se retrouvèrent nues, allongées côte à côte.

Mylène lui caressa tout le corps et s’attarda sur ses seins qu’elle avait sensibles. Elle sentit leurs pointes se dresser ainsi que sa respiration s’accélérer. Ensuite elle l’embrassa plus amoureusement encore. Vicky répondit à ses baisers en lui signifiant qu’elle en voulait encore plus dès que Mylène faisait mine de passer à autre chose. C’était une amante expérimentée, elle savait où étaient les points sensibles de sa maîtresse d’un soir, les caresses n’avaient plus de secret pour elle. Pourtant elle ne souhaitait pas aller trop vite, elle voulait l’entendre gémir de plaisir au fur et à mesure qu’elle l’excitait.

Aussi elle se mit sur sa compagne, lui plaça une jambe entre les sienne en l’embrassant sur tout le visage. Ensuite elle commença à bouger d’abord lentement puis accélérant petit à petit la cadence. Une fois qu’elle sentit que Vicky fut sur le point de jouir, elle arrêta tout mouvement. Elle se glissa sur le côté puis glissa sa main sur son sexe gonflé. Elle reprit ses caresses du bout des doigts. Bientôt elle sentit le corps de Vicky se tendre comme un arc. Cette dernière poussa un long cri déchirant et l’embrassa à pleine bouche une fois. Vicky n’en revenait pas. Non seulement elle avait trouvé ça super mais jamais elle n’avait connu un tel orgasme.

« Si j’avais su que c’était si bien l’amour lesbien, je me serais lancé bien avant ce soir. Tu fais très bien l’amour, on sent que tu aimes vraiment les femmes, que leurs corps t’inspirent ! Et surtout que tu les connais parfaitement bien !

– Oui j’aime les femmes, j’ai toujours eu envie d’elles. J’aime leur faire l’amour et les sentir vibrer sous mes caresses. Le plus beau cadeau qu’elles puissent me faire c’est leur jouissance. Je suis en générale très gâtée de ce côté-là aussi. Et toi tu vois, tu es le plus beau cadeau que l’amour m’ait donné. Tu es vierge de cette façon de faire l’amour et tu ne pouvais pas tricher, ça se sentait et se voyait. Ton abandon a été total et ce fut un ravissement exquis pour moi, jamais je n’ai été aussi excitée à faire l’amour à une femme. »

Mylène en tremblait d’émotion car la beauté qu’elle tenait dans ses bras y était pour beaucoup. Elle se mit sur le corps de sa bien-aimée puis descendit le long de son corps en l’embrassant partout. Elle prit ses tétons entre ses lèvres, puis les titilla avec sa langue. Vicky avait la peau douce et parfumée. Elle ondula de plaisir sous l’effet de l’extase qui s’empara d’elle. Mylène continua son exploration encore plus intimement. Ses mains avaient pris la place de sa bouche sur ses seins tout en lui embrassant son clitoris. Vicky ouvrit les jambes, prête à recevoir la caresse ultime. Mylène se fit attendre et désirer prenant tout son temps.

Elle vit que ce sexe offert n’attendait plus que sa langue qui allait alternativement de bas en haut lui procurant une chaleur qui lui irradiait tout le ventre. Le résultat ne se fit pas attendre. Son corps fut secoué de spasmes. Mylène afin de la calmer empauma son pubis et cala sa tête sur lui afin de sentir l’orgasme de Vicky la traverser. Vicky ne parvenait pas à stopper cet orgasme qui n’en finissait plus de se propager par onde dans tout son corps. Ce sentiment de complétude et de béatitude s’empara d’elles et elles se laissèrent aller à cet apaisement si violent. Elles restèrent, un long moment, collées l’une à l’autre, en symbiose totale. Elles n’osaient pas se parler de peur de rompre ce charme. Puis Vicky invita d’un geste et du regard Mylène à venir se blottir dans ses bras.

« Comme tu m’as fait superbement l’amour, je ne savais pas que l’on pouvait avoir une jouissance aussi intense, aussi forte. En effet tu connais les zones érogènes comme personne, tu joues avec le désir comme si toute ta vie tu avais fait ça, c’est fantastique l’énergie qui se dégage de toi ! Tu as un savoir-faire extraordinaire. J’ignorais à quel point mon corps pouvait être sensible en autant d’endroits, j’ai découvert ma féminité avec toi ce soir, ce qu’aucun homme n’était parvenu à faire jusqu’à présent !

– Merci pour les compliments. J’aime faire l’amour et bien le faire. Beaucoup ne connaissent pas leur corps, tu n’es pas la seule. J’aime donner du plaisir, en recevoir aussi bien sûr. Avec toi je suis bien, tu es une amante avec qui j’aimerais passer plein de nuits et qui sait peut-être plus… Nos corps sont à l’unisson, jamais je ne me suis sentie aussi bien avec quelqu’un. Mais je sais qu’avant tout tu aimes les hommes, demain tu retourneras à eux, inutile que je rêve à l’impossible.

– Tu as raison il n’y a pas de comparaison entre un homme et toi. Tu as réussi là où ils avaient échoué. Les préliminaires ce n’est pas leur truc, ils vont à l’essentiel, c’est leur plaisir avant tout, le nôtre leur passe au-dessus des oreilles. Avec une femme tout est important, des baisers aux caresses en passant par la jouissance de la partenaire. C’est vrai que par certains côtés, mieux vaut faire l’amour avec une femme. Par certains autres, il manque quand même un petit quelque chose, je ne suis pas sûre de pouvoir complètement m’en passer !

– Que veux-tu qu’il nous manque ? Tu penses à quoi ?  A ce qui contribue normalement à combler une femme d’après les critères masculins ! Et qui souvent ne leur apportent que du plaisir à eux, toutes les femmes ne supportent pas la pénétration ! Tu parles de ce qui leur sert de virilité ? Moi je te l’ai prouvé, je n’en ai pas besoin pour te faire jouir ! C’est sûrement que j’ai trop de respect et d’amour pour une femme, que je veux la satisfaire pleinement et non pas la laisser sur le bas-côté, m’en servir pour mon unique bien-être. Pas faire comme dans certains cas où monsieur prend son pied et oublie madame. Maintenant s’il n’y a que ça pour te faire plaisir on peut aussi utiliser des…

– Je ne voulais pas te vexer ! C’est à cause de mon attirance pour les hommes, des relations poussées avec eux. Je te sens tout à fait capable de me prouver le contraire ! Je ne suis pas comme toi, c’est la première fois avec une femme et tu le sais ! J’aime toujours les hommes ! Et si un jour je devais choisir, j’aurais bien du mal. »

Mylène embrassa Vicky puis se cala contre elle. Elle lui caressa le corps en s’attardant sur ses seins, son ventre. Puis elle sentit le corps de sa maîtresse se cambrer et se tendre. Tout en l’embrassant, elle lui glissa la main entre les jambes. Ainsi elle lui caressa le sexe de plus en plus gonflé, prêt à l’accueillir, glissant alors un doigt dans son intimité. Ensuite elle commença à aller et venir. Vicky lui plantait ses ongles dans le dos, la griffait.

Elle avait du mal à taire ses gémissements. Ses mouvements étaient de plus en plus rapides. Elle criait son désir. Puis un long râle et la main prise en étau entre les jambes conclut ce merveilleux acte d’amour. L’orgasme que Vicky eut fut si puissant qu’elle eut du mal à retrouver ses esprits. Elles firent ainsi l’amour pendant des heures jusqu’à en être rassasiées. Vicky cria pitié la première tant elle n’en pouvait plus.

« Tu as encore gagné ! Tu es très convaincante quand tu le veux ! Je ne vais plus pouvoir me passer de toi. J’aime quand tu me fais l’amour, tu sais me combler, me satisfaire au-delà de tout. J’aimerais te revoir à chaque fois que je reviendrai ici.

– Je serai toujours là. J’ai tellement attendu ce moment, je t’ai désirée dès que je t’ai aperçue dans le restaurant.  Des jolies femmes comme toi ça ne court pas les rues surtout dans la région. Et qui s’intéressent à moi encore moins ! Même si ce n’est que pour le sexe je suis preneuse ! J’espère qu’un jour entre nous il y aura plus que ça. »

Elles s’embrassèrent longuement. Puis Mylène se cala contre le corps de sa bien-aimée. Elles s’endormirent heureuses et repues. En guise de réveil et de bonjour elles s’échangèrent de longs baisers. Puis les besoins de la nature se faisant pressants, elles se dirigèrent vers la cuisine.

« Café si je ne me trompe pas ? Les biscottes sont dans le placard derrière toi, il y a de la confiture et le reste est dans le frigo. Sers-toi ! Prends ce que tu veux !

– Oui et même énorme le café. J’ai faim. Tu as du beurre, de la confiture aussi ? Tu m’as ouvert l’appétit. Hier c’était géant ! En effet j’ai découvert l’amour dans tous les sens du terme. Merci de ce délicieux cadeau. Quelle nuit, elle restera dans ma mémoire. Je finis mon petit déjeuner et je file.

– Tu n’es pas obligée de partir. On peut passer la journée ensemble si tu veux ? Je te ferai visiter le coin. Je connais également des bons restos de fruits de mer. D’autre part j’ai envie de prolonger avec toi ce moment merveilleux ! Aujourd’hui c’est samedi, il y a des grands marchés avec pleins d’artisans et ventes de produits locaux, c’est super. Ne me dis pas non car je me sens si bien avec toi.

– Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Mais je ne peux te le refuser. Il faut d’abord que j’aille me changer. Passe me chercher dans une bonne heure à mon hôtel, tu as l’adresse sur cette carte. Tu sais ne te fais pas trop d’illusions avec moi, je ne viens en Normandie que tous les quinze jours quand tout va bien. Je peux aussi rester plusieurs mois sans venir. Ce qu’il y a eu entre nous était magnifique mais je ne crois pas que je sois faite pour toi ! En fait je ne veux pas m’attacher, ni avoir de vie de couple. Je veux vivre sans attache, ni lien avec personne. Réfléchis bien, pense à ce que je viens de te dire sinon tu vas souffrir à te faire de beaux films dans ta tête.

– Bien, je vais voir ce que je décide. Tu ne peux pas m’empêcher de t’aimer ni de m’attacher à toi. C’est mon problème pas le tien si je morfle. »

Vicky embrassa sa compagne d’un soir et repartit à l’hôtel. Elle prit un bain tout en repensant à sa nuit. Elle n’en revenait toujours pas. Toutes les attentions de sa serveuse préférée avaient éveillé en elle un sentiment qui lui faisait peur. Elle lui révélait d’elle une part qu’elle refusait de voir. Pour se rassurer elle se dit que cette histoire ne pouvait aboutir sur rien de concret. Ce n’est pas avec un week-end de temps en temps qu’elles pourraient construire une relation durable et solide. Comment envisager un avenir face à la réalité qui tôt ou tard les rattraperait ? Comment gèreraient-elles leur séparation quand Vicky serait amenée à sillonner les routes ? Mieux valait stopper tout ça avant la cata. Plongée dans ses pensées, elle n’avait pas vu le temps passer. Elle entendit cogner à la porte.

« Qui est là ?

– C’est moi ! Tu attends quelqu’un d’autre ? »

Vicky ouvrit, une serviette éponge enveloppant son corps.

« Je prenais un bain, j’ai dû m’assoupir.

– Couvre-toi mieux que ça, tu vas attraper froid. Puis je vais avoir du mal à rester de glace ! Tu sais l’effet que tu produis sur moi ? Tu préfères te reposer si tu veux on annule ?

– Non pas du tout, je vais m’habiller. Je suis dans un état indescriptible si tu vois ce que je veux dire…. Le sexe avec toi c’est comme le premier shoot, on devient vite accro !

– Prends ton temps, j’ai tout le mien.

– Je suis prête dans une minute.

– Mais tu es magnifique, en avant ma beauté ! »

Elles partirent bras dessus dessous. On aurait dit des vieilles copines de lycée. Mylène l’emmena à la découverte des villes avoisinantes. Elles se baladèrent dans les marchés, le long des plages afin de lui montrer de jolies petites criques, abandonnées et encore tranquilles en cette saison. Elles parcoururent ainsi des kilomètres de marche. Les sites étaient plus beaux les uns que les autres. Il y avait des petits ports de pêche, vides car les bateaux étaient en mer.  On aurait dit un paysage de carte postale. Vicky était ravie. Elle connaissait maintenant la Normandie ou du moins quelques-unes de ses merveilles.

Elles en avaient oublié de déjeuner. Un goûter ferait l’affaire. Mylène l’emmena dans une crêperie qu’elle connaissait bien et dont la patronne était une de ses ex. Elle était restée en bon terme avec elle. Elles s’installèrent dans un coin reculé sans attendre qu’on les place. En passant devant le comptoir, elle fit un clin d’œil vers une femme qui se tenait assise sur un tabouret derrière.

« Tu la connais ?

– Oui, on a eu une liaison de quelques mois ! On est restées amies. Quand je n’ai pas le moral ou quand je suis seule, je viens me ressourcer ici. Mireille est toujours là pour moi. Et c’est également réciproque.

– Tu en as beaucoup des amies comme elle ?

– Non, en général les ruptures ne se passent jamais bien. Pour éviter de souffrir on préfère ne plus se voir. Avec elle c’est différent, on a vécu une belle histoire, seule l’amitié profonde a su nous aider à supporter notre rupture. »

Elles mangèrent la spécialité de crêpes aux fruits et mer puis se jetèrent sur celle au chocolat. Néanmoins elles se parlèrent peu pendant le repas, toutes deux redoutant l’heure où il faudrait se dire au revoir, mettre un terme à cette rencontre idyllique. Ensuite elles retournèrent chercher les affaires de Vicky à l’hôtel puis s’embrassèrent longuement se serrant dans les bras l’une de l’autre. C’était un adieu déchirant pourtant il lui fallait repartir, il y avait de la route et du monde dessus à cette heure tardive de la semaine.

« Merci pour tout Mylène, ce week-end restera inoubliable pour moi.

-Tu ne t’imagines pas combien te voir heureuse, rire, de te sentir bien dans ta peau m’a fait plaisir. Ce fut un très beau cadeau, tout comme la nuit que l’on a eue. Me laisser t’aimer est la plus belle chose que tu pouvais me donner ! Prends soin de toi. Je veux te revoir en peine forme. Ne m’oublie pas !

– Comment t’oublier ? Toi aussi, prends soin de toi. Je suis pressée de te revoir. Je te donne mon numéro perso. Tu peux m’appeler n’importe quand. Je peux t’embrasser une dernière fois ? »

Elles s’embrassèrent comme jamais. A peine entrée dans la voiture Vicky se mit pleurer. Elle comprit à ce moment que c’était cet amour qu’elle attendait depuis toujours. Mylène avait su comme personne la rendre heureuse. Elle la comprenait et lui avait donné un goût de vivre insoupçonné. Elle voyait se profiler un nouvel avenir. Fonder un couple. En l’espace d’un instant, elle avait balayé ses grands principes d’un revers de main. Arrivée chez elle, elle se jeta en boule sur le lit et sanglota longuement. Le bonheur était passé près d’elle et elle n’avait pas su le saisir. Elle s’endormit. Son téléphone sonna la tirant de son sommeil.

« Allo !

– Allo c’est Mylène, je voulais juste entendre ta voix et m’assurer que tout allait bien.

– Je ne peux plus me passer de toi, je suis dingue de toi.

– Mais tu pleures ?

– Oui. »

Vicky organisa sa semaine de boulot de telle sorte qu’elle libéra son week-end. Elle loua sa chambre et arriva le vendredi soir. Mylène bossait, elles avaient convenu de se retrouver au restaurant. Trop de choses s’agitaient dans la tête de Vicky, elle craignait de se tromper, l’émotion la submergea et elle craqua, ne pouvant retenir ses pleurs une fois seule dans la chambre.

Elle prit une douche. Elle avait une salle tête. Ses yeux étaient gonflés par les larmes. On voyait qu’elle avait pleuré. Elle se maquilla légèrement, se recoiffa, elle était fin prête. Elle quitta sa chambre, se dirigea vers le lieu où se trouvait sa camionneuse d’amour. Le responsable vint l’accueillir et la conduisit à une table. Il s’abstint de tout commentaire sur sa mine défaite. Il esquiva les banalités d’usage sur la bonne santé.

« Un petit apéritif ?

– Non pas d’alcool ce soir, un jus d’orange s’il vous plait.

– Bien Vicky, je vous l’apporte tout de suite. La serveuse viendra prendre votre commande.

– Merci. »

Vicky regarda la salle, cherchant désespérément Mylène. Une porte s’ouvrit et elle apparut. Leurs regards se croisèrent, elles se sourirent de bonheur.

« Bonsoir, que voulez-vous manger ce soir ? (Puis chuchotant) Tu m’as manqué tu sais.

– Je n’ai pas très faim, une salade c’est tout. Merci. Si tu savais comme je suis heureuse de te voir.

– Je vous apporte votre salade. »

Tout bas en faisant mine de ramasser une nappe tombée au sol, elle lui demanda tout bas.

« Tu as pleuré, tes yeux sont gonflés. Que se passe-t-il ? »

Vicky baissa la tête, la détournant de façon que personne ne puisse voir qu’elles étaient en train de parler.

« Je vais bien, je viens de prendre conscience que je passe à côté de ma vie.

Que tu es peut-être mon avenir. En fait je ne sais plus où j’en suis. »

Mylène s’était relevée. Elle avait écouté son amie. Elle aurait voulu la prendre dans ses bras. Essayer de la faire fondre afin de la convaincre du bien-fondé de son ressenti. Lui prouver qu’en effet elle était son futur. Qu’il serait bleu, avec la passion et l’amour pour leur tenir chaud. Elle la servit, lui offrant son plus beau sourire comme à chaque fois. Pourtant elle voyait que rien n’y faisait vraiment. Aussi elle lui proposa de passer la voir après le travail.

« Non je veux rester seule ce soir, ne t’inquiète pas. Je te téléphonerai demain. J’ai pris en pleine face tellement de choses, il faut que je digère tout ça. Que j’accepte de vivre avec. Qui sait ce que sera ma vie demain… »

Elle but son café, paya et partit. Elle sourit à tout le monde en quittant le restaurant. Le dimanche matin elle reprit la route pour Paris et laissa un message laconique à Mylène prétextant une urgence professionnelle. En effet elle était attendue cette semaine en Haute Savoie, ce n’était pas la porte à côté. Mais elle n’avait pas la tête au travail. Par ailleurs les tractations pour les commandes étaient dures. Les négociations lui paraissaient plus âpres que d’habitude sans doute parce qu’elle n’était pas dans son assiette. Le soir l’angoissait, elle reculait le moment où il fallait aller dormir. Elle devait tenir de surcroît cinq jours.

Pour la première fois depuis longtemps elle ne remplit pas ses objectifs, elle lâcha sur beaucoup de remises et autres avantages qui ne seraient pas sans conséquences sur l’entreprise si les produits ne se vendaient pas. Après le bide de la montagne direction le sud. Le soleil allait lui remettre du baume au cœur. Il lui fallait faire du chiffre pour rattraper le retard du mois. Là les clients étaient plus décontractés. Tout se passa bien.

Elle remplit son carnet de commandes, les rentrées d’argent allaient ainsi augmenter. Vicky avait sauvé sa prime et son job. Elle ne pensait qu’à Mylène à qui elle n’avait pas donné signe de vie. Elle savait qu’entendre sa voix lui ferait du mal. Eh oui la belle VRP était tombé sous le charme d’une camionneuse au grand cœur. Elle aimait cette femme. Elle se refusait à cette idée, ce n’était pas acceptable, pas possible. Pourtant il ne fallait pas se voiler la face. Elle en crevait d’envie de la rejoindre. Plus rien d’autre ne l’intéressait, sa hargne et son carriérisme n’étaient plus son moteur. Elle se renfermait de plus en plus sur elle-même. Mylène. Mylène, il n’y avait plus que Mylène dans son esprit.

A peine rentrée chez elle après ces deux semaines de galère, son portable vibra. Aussitôt elle reconnut le numéro de son tendre amour. Pourtant elle décida de ne pas répondre. C’est pourquoi elle posa son téléphone sur un meuble et partit dans une autre pièce. En effet elle écouterait le message le moment venu. Sa serveuse était désemparée. Sans nouvelles, elle pensait que Vicky avait tiré un trait sur leur aventure. Qu’elle n’osait pas rompre et jouait la carte du pourrissement qui valait bien mieux que des longs discours.

Que tout ça n’avait été que sexuel, un divertissement parce qu’elle n’avait pas eu d’homme à se mettre sous la main. Mylène y avait cru, leur tendresse n’avait pas été feinte ni ses orgasmes d’ailleurs. Elle ne comprenait pas cette mise à distance, elles s’étaient promis de rester amies, la fuite devait avoir une autre raison. Mylène était libre. Pourquoi ce silence ? Mylène essaya encore une fois de la joindre. Vicky pas plus que précédemment ne décrocha. Mylène laissa un autre message.

« Donne-moi de tes nouvelles, j’ai besoin de toi, tu me manques. Je tiens à toi ! A bientôt je t’embrasse très fort. »

Elle raccrocha, une larme coulait sur sa joue. De son coté, Vicky n’allait pas mieux. C’était le jour de la réunion. Son supérieur la trouvant fatiguée et voyant son travail bâclé lui demanda de prendre quelques jours pour se reposer. En plus clair, encore un faux pas et ce serait la porte, elle devait se ressaisir.

« Vicky prend une semaine de vacances, tu ne vas pas bien. Tu as une petite mine. Tu verrais ta tête, tu ferais peur à un croque mort ! Va à la mer, la montagne peu importe, mais remonte la pente. Ton boulot laisse à désirer ces derniers temps. Des clients m’ont téléphoné pour se plaindre de toi, tu n’as plus ton mordant. Fais ta valise et à dans une semaine.

– Merci, je vais t’écouter. Tu as raison j’ai besoin de faire le point. La route, les clients que je ne supporte plus et … Tu es gentil de prendre soin de ma santé. Je ne veux pas perdre ma place, je vais donc m’arranger pour rebondir rapidement. Merci encore pour tout. Je choisis la mer comme destination de villégiature. Promis je serai de retour en forme, tu pourras compter sur moi comme avant ! »

Elle rentra chez elle et prépara une valise, direction la ville du bonheur. Mais elle n’avait pas prévenue Mylène de son arrivée, ça serait une surprise. Pourtant elle allait mieux. Le simple fait de savoir qu’elle allait revoir son amour lui avait redonné le sourire. Elle chantonna tout le long du voyage. Elle arriva tard et l’hôtel était malheureusement plein. Il lui fallait en trouver un autre. Dans sa précipitation elle avait oublié qu’un célèbre festival de cinéma débutait ce soir-là. Elle ne savait plus où aller.

Vu l’heure qu’il était-elle se décida à rebrousser chemin, elle choisirait une autre destination pour recharger les batteries. La faim lui tiraillait le ventre. Un bon repas serait le bienvenu avant d’avaler tous ces kilomètres. Elle franchit la porte du restaurant toute souriante. Mylène qui était de dos ne l’avait pas vu entrer. Comme à son habitude elle s’installa et se cacha derrière la carte. Elle entendit des pas qui se dirigeait vers elle. Elle tint le menu bien en hauteur jusqu’à la dernière minute. Il fallait que la surprise soit de taille. Et elle le fut. Mylène poussa un cri de joie ne s’attendant pas du tout à sa présence. Tout le monde se retourna dans leur direction.

« Ce n’est rien ne vous inquiétez pas ! Depuis quand es-tu arrivée ? Je ne t’ai pas vu rentrer ! Comme je suis heureuse !

– Depuis quelques heures. Mais j’ai un problème de taille. Les hôtels sont tous complets à cause du festival de cinéma, je ne sais pas où dormir. Je retourne chez moi à moins que tu ne connaisses une chambre à louer chez l’habitant ou un gîte.

– Viens à la maison. Si tu veux rester toute la semaine, j’en serai ravie. Pourquoi es-tu là ? Des soucis ?

– J’ai pris des congés sur un coup de tête et me voilà ! On discutera plus tard ton patron nous regarde. Je prends une salade, du poisson et une tarte framboise s’il y en a. Et bien sûr un café avec des petits chocolats.

– Bien. Je finis à minuit, va m’attendre devant chez moi. »

Vicky était de très bonne humeur. Elle resplendissait de joie. Ses yeux pétillaient. Le service était toujours aussi agréable. Mylène se donnait du mal pour les beaux yeux de sa belle. Au moment de lui servir son café, elle glissa son trousseau de clés et tout doucement lui dit.

« Installe-toi, si tu es fatiguée ne m’attends pas, va te coucher. Je suis heureuse de savoir que je vais passer quelques jours en ta compagnie.

– D’accord à toute à l’heure. Moi aussi je suis contente de te retrouver. »

Vicky but son café, paya et partit. Ensuite elle alla à l’appartement de son amie. Elle l’attendit un moment puis tombant de fatigue se coucha nue. Mylène sans faire de bruit arriva plus tard que prévue alors que toutes les pièces étaient plongées dans le noir. Néanmoins elle se douta que Vicky dormait déjà. Aussi elle se déshabilla et se mit sous les draps sans oser bouger de peur de la réveiller. Elle sentit sa beauté lui prendre le bras pour se caler contre elle. Mylène avait son amour contre sa peau. Elle s’écroula elle aussi d’épuisement au contact de ce corps chaud de fatigue. C’est une odeur de café qui lui ouvrit les yeux. Elle sentit un baiser sur ses lèvres.

« Bonjour tu as bien dormi ? Je me suis endormie comme une masse. Il y a longtemps que je n’avais pas roupillé comme ça.

– Oui, j’ai fait une bonne nuit. Grâce à toi Vicky. Te savoir près de moi m’a rassurée.

– J’en avais besoin. Tu m’as fait avoir des cheveux blancs. Tu aurais pu me donner des nouvelles, ça n’a pas été cool. J’ai vécu l’enfer, pourquoi tu m’as fait ça ?

– Je n’étais pas bien, les vacances, c’est mon chef qui m’a poussée à les prendre. Mon boulot était saboté, je n’arrivais plus à rien. Manger et dormir devenaient problématique. Tu vois l’enfer était aussi pour moi ! J’ai pris en pleine face que j’étais amoureuse d’une femme. Parce que j’avais des sentiments fort pour toi, il a fallu que je l’admette et je l’accepte. Tout ça m’a pris du temps. Mais j’avais peur d’entendre ta voix, je ne voulais pas souffrir encore plus. Cependant ne m’en veux pas ! Ce n’est pas évident pour moi. Tout mon univers est chamboulé, ma vie aussi. Je repars à zéro avec toi si tu le veux ?

– Si je veux de toi ? Tu me poses la question ?  Pourtant tu le sais dès notre première nuit je t’ai dit que j’aimerais partager plus que du sexe avec toi. Je t’ai voulue dès le premier regard, je t’ai désirée tout de suite. Aussi je veux faire ma vie avec toi. Pardonne-moi d’avoir été dure, je t’aime et je croyais t’avoir perdue.

– Je n’ai rien à te pardonner, c’est plutôt à toi, notre relation a commencé d’une drôle de manière. Je te promets de ne plus te laisser sans nouvelles. De ne plus te faire souffrir ou te faire du mal car je ne veux pas te perdre. Je t’aime à la folie. »

Elles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre, des larmes coulaient de leurs yeux, riant et pleurant à la fois. Ainsi elles s’embrassèrent avec plus d’amour que d’habitude. Puis leurs corps furent de nouveau au diapason vers de nouvelles jouissances….

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