Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Les vraies valeurs

Les vraies valeurs est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Alyzée attendait sagement dans la salle d’attente que l’on vienne la chercher pour son entretien d’embauche. Elle était au chômage depuis quelque temps déjà à cause d’un licenciement économique qui l’avait, comme beaucoup de ses collègues, laissée sur le carreau. Elle avait une bonne trentaine d’années et était d’humeur joyeuse. En effet c’était le style de femme à ne guère passer inaperçue. Beaucoup de gens se retournaient son sur passage à cause de son côté masculin, ce qui la faisait souvent rire. Pourtant elle était déterminée à tout faire pour obtenir ce job car vivant seule, elle connaissait en ce moment des fins de mois difficiles.

C’était une battante et cette place qui lui tendait les bras était exactement pour elle. Alyzée avait toutes les compétences requises, mais voilà elle n’était pas la seule à convoiter ce poste. Elle était là assise, calme, à regarder ce qui se passait autour d’elle. Cependant elle pouvait percevoir dans le va et vient du personnel que cette société employait beaucoup de monde. D’ailleurs elle avait mené sa petite enquête sur Internet qui l’avait bien renseignée.

Elle n’avait lu que des témoignages positifs car l’ambiance y été décrite comme détendue, chacun était heureux d’appartenir à cette boîte. D’autre part elle entendait les rires dans le couloir de jeunes femmes tenant un gobelet de café qui n’avaient pas l’air stressé ce qui n’était pas son cas. Tout ce petit monde avait l’air bien dans ses activités au sein de cette société et cela comptait énormément pour Alyzée. Enfin la secrétaire vint la chercher et l’emmena dans un bureau où l’attendaient deux femmes en tailleur.

Une femme grande et blonde lui tendit la main et la pria de s’asseoir. Elle avait le regard d’un bleu clair perçant, une douceur dans la voix qui électrisa Alyzée. Rien que pour ça, elle ferait tout pour décrocher ce poste car elle voulait à tout prix revoir cette sublime femme. La deuxième était très brune, on pouvait sentir quelqu’un de caractère. Néanmoins ce fut la jeune femme blonde qui se présenta.

« Bonjour je suis Claire, cette entreprise m’appartient et voici la directrice adjointe, Cécilia qui s’occupe de tout ici. Nous sommes une société d’import-export, spécialisée dans le textile, comme vous avez pu le lire ici ou ailleurs je pense. Je recherche une femme capable de prendre en charge un secteur entier. J’ai lu sur votre CV que vous aviez d’excellentes compétences tant sur le terrain et que dans le domaine administratif. Par ailleurs un appel à votre dernier employeur nous l’a confirmé.

– Effectivement je connais bien le monde du textile car j’y ai travaillé plusieurs années. Mon dernier patron m’apprécie. Alors qu’il s’est battu pour sauver son entreprise malheureusement il n’a pu empêcher la faillite. D’ailleurs si j’ai bonne mémoire nous étions en sous-traitance avec vous.

– Oui tout à fait, je connais bien votre ancien employeur, c’est aussi pour cela que votre dossier m’intéresse. Mais comme vous avez aussi pu le voir vous n’êtes pas la seule à vouloir ce poste.

– Oui j’ai vu cela mais je pense que je suis à la hauteur et que je corresponds au profil que vous recherchez. Je ne regarde pas les heures, j’aime mon métier et je fais toujours ce qu’il faut pour que mon travail soit celui attendu par ceux qui m’emploient. Je suis polyvalente sur les postes, je ne rechigne pas à la tâche.

– C’est aussi ce que votre ex-patron nous a longuement expliqué et sur lequel il a beaucoup insisté. Pour tout vous avouer il vous a même recommandé, il était prêt à tout pour que je vous embauche. Cela se perçoit bien que vous aimez votre métier. En fait l’entretien n’a pas d’autres objectifs que de vérifier que vous correspondez bien au portrait décrit. »

Le reste de l’entretien servit à régler des détails. Cécilia qui y assistait sans rien dire prit la parole d’un ton glacial à la fin de celui-ci.

« Êtes -vous mariée ou en concubinage ? Un homme ou une femme ?

– Je suis célibataire pour le moment, mes préférences sexuelles ne regardent que moi, désolée.

– Ne soyez pas désolée, interrompit Claire. En effet cela ne regarde que vous, excusez Cécilia pour sa curiosité et son manque de délicatesse.

– Ne vous en faites pas, cela n’est pas grave du tout.

– Donc si on vous demande de rester tard le soir ou de travailler la nuit pour une grosse livraison, un souci de planning, ça ne vous dérange pas ? reprit Cécilia.

– Non du tout, je mets mon point d’honneur à toujours terminer mon travail et je ne pars que quand il est fini quelle que soit l’heure. Si je dois travailler une ou plusieurs nuits pour satisfaire notre client, pas de soucis je serai présente.

– Bien mais une dernière question si je peux me permettre ?

– Oui bien sûr !

– Vous vous habillez toujours comme ça ?

– Qu’entendez-vous par là ?

– Votre côté, comment dire, masculin !

– En effet je suis toujours en pantalon, chemise ou chemisette. Cela n’enlève rien à mes compétences professionnelles je crois

– Non c’est vrai, mais il faudrait faire un effort d’habillement si le poste vous était confié. En effet je vous rappelle que votre tenue véhicule l’image de marque de notre entreprise. Vous allez faire fuir le client ainsi accoutré !

– Pourtant il n’y a rien de choquant à ce qu’une femme porte un pantalon, je serais attentive à ma tenue vestimentaire. Mais ne comptez pas que je mette une jupe ! »

Claire était vraiment gênée par le manque de correction de sa directrice adjointe, elle s’excusa encore une fois à sa place. En effet Alyzée pouvait continuer à s’habiller comme elle voulait, Claire appréciait son élégance et la complimenta de cela. De toute évidence Alyzée ne plaisait pas à Cécilia. Cette femme était vraiment froide et désagréable, tout l’opposé de Claire. Alizée et Claire se regardèrent longuement dans les yeux jusqu’à ce que Claire mette un terme à l’entretien.

Ensuite Claire remercia d’un grand sourire Alyzée de sa franchise tout en lui promettant une réponse rapide. Alyzée serra la main de Cécilia avec un regard distant. Pourtant une fois la porte refermée, elle put entendre quelques paroles échangées entre les deux femmes. De toute évidence Claire était en train de sermonner sa directrice adjointe en lui demandant d’être moins intrusive et plus tolérante sur les femmes qu’elles étaient amenées à recevoir et peut-être à embaucher.

« Tu vas te calmer ! Quand on reçoit un candidat, tu n’as pas à poser de questions indiscrètes comme tu l’as fait ! Depuis quand on juge une personne sur son look ? Tu veux qu’on ait des plaintes pour discrimination à l’embauche ?

– Non bien sûr ! Seulement je ne sais pas mais cette femme je n’accroche pas. En effet elle n’a rien à voir avec le standing de notre société !

– Sa garde-robe je m’en moque, ce qui m’intéresse ce sont ses compétences, son savoir-faire et son expérience. Son ancien patron avait un carnet d’adresses qui lui avait ouvert toutes les portes dans son business. Malheureusement il a coulé bêtement sa boite car il est tombé sur une maitresse trop gourmande qui lui a fait perdre la tête. Son besoin de liquidités lui a fait préférer la rentabilité à la qualité. C’est pourquoi ses clients l’ont lâché et personne ne lui a tendu la main quand il s’est retrouvé en redressement judiciaire.

Alizée avait un poste clé et je compte bien récupérer avec elle leurs anciens clients. Et je peux te dire que ses pantalons n’ont gêné personne jusqu’à présent. Aussi je m’en moque si ici elle continue à se vêtir ainsi. Et qu’elle soit hétéro ou homo encore plus ! Cela ne nous regarde pas, un point c’est tout ! Mais tu as peur de quoi pour être aussi agressive avec elle ?

– Je ne sais pas … Excuse-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris !

– Oui franchement, je ne te reconnais pas. En plus c’est l’hôpital qui se moque de la charité pour lui reprocher son style. C’est sur cette fille clignote car tu n’as que peu de doute sur son orientation sexuelle. Mais le lui reprocher comme tu l’as fait, c’est à mourir de rire de ta part ! Parce que tu sais sur quel point je parle en plus.

– Encore désolée, en effet je suis en effet mal placée pour lui faire la leçon !

– Puisque te voilà revenue à de meilleurs sentiments à son égard, je te demanderai à l’avenir de modérer tes paroles sinon nous allons finir par avoir de sérieux ennuis. Ne me fais pas regretter de t’avoir nommée directrice adjointe !

– Promis, je vais faire attention et accepte encore mes excuses ! »

Ensuite elles continuèrent leurs entretiens d’embauche une grande partie de la journée. Après avoir reçu tous les candidats, elles se retrouvèrent avec deux piles de dossiers sur leur bureau : l’une, la plus grosse sur le côté droit pour les recalés et l’autre, au centre pour les retenus. Trois postulants avaient convenu. Le choix allait être délicat. Claire voulait Alyzée, Cécilia pas du tout !

« Alors à qui penses-tu pour ce poste ?

– Je verrais bien la dernière Sophie car elle est tout à fait ce qu’il nous faut.

– Mais elle ne connaît rien au monde du textile, de plus elle a deux enfants.

– Oui mais elle sort d’une bonne école de commerce et nous pourrons la payer moins chère qu’Alyzée qui a déjà de l’ancienneté. D’ailleurs c’est une jeune femme motivée, je sens qu’elle en veut. Elle s’en sortira je pense, c’est juste une question de temps, de quelques semaines pour qu’elle s’adapte et trouve ses marques. Mais c’est surtout qu’elle sera plus malléable car elle est jeune, elle ne nous refusera rien !

– Je te rappelle que du temps nous n’avons pas car nous avons besoin de quelqu’un d’opérationnel immédiatement ! Alyzée est disponible, aussi ton argument ne tient pas ! Certes elle sera plus chère mais l’inexpérience de Sophie peut également nous faire perdre de l’argent car comme tous les débutants elle commettra des erreurs. Par ailleurs elle n’a pas assez d’expérience et d’autonomie pour bénéficier si rapidement d’un poste aussi stratégique. Alyzée est LA candidate idéale.

– J’en étais sûre ! Tu es comme hypnotisée depuis que tu l’as vue ! Elle te fait craquer ? Tu aimes les masculine maintenant ?

– Qu’est-ce qui ne te plait pas chez elle, mis à part son côté garçon manqué ?

– Question compétences, elle a tout ce qu’il faut pour faire l’affaire, c’est exactement la perle que nous cherchons. Je suis d’accord avec toi. Mais je ne sais pas pourquoi avec elle, je n’y arrive pas. Je ne saurais pas l’expliquer, c’est comme ça. Au fait tu n’as pas répondu à ma question ?

– Laquelle ? Celle où tu me demandes si j’aime les femmes masculines ? Eh bien je te réponds que le style ne me gêne pas, voilà tu es contente ?

– Oui et non car je sais à quoi m’en tenir maintenant, tu les aimes. Pourquoi pas Océane alors si Sophie ne te convient pas ?

– Non pas elle, elle habite trop loin et nous a annoncé qu’elle se mariait ce week-end. Aussi tu peux prévoir un congé de maternité dans l’année et nous ne pourrons pas compter sur son entière disponibilité. En plus il faudra lui payer une formation pour la mettre à niveau. Là encore le temps va nous manquer.

– Si je comprends bien tu les as gardées pour me faire plaisir mais pour toi la messe était dite. C’était Alyzée !

– Je ne la connaissais que sur dossier, c’est avant tout son parcours professionnel qui m’a intéressé. D’ailleurs j’ignorais tout de son physique et de son goût pour les femmes. Sinon si elle avait été féminine et hétéro mon choix aurait été le même. Alors ne vois pas le mal là où il n’est pas ! En plus le temps presse, nos commandes dans son secteur doivent être finalisées à la fin de la semaine, on a le couteau sous la gorge. Je te propose qu’on la prenne dans l’urgence. Comme elle aura une période d’essai, si elle pose un problème, on la licencie. Je n’aurais aucun état d’âme, ma société avant tout !

– Donc tu as fait ton choix je vois, c’est elle et pas une autre !

– Franchement je ne te suis pas. Pourtant tu reconnais qu’elle conviendrait mais comme tu as fait une fixette sur elle, je dois renoncer à la prendre. Ta discrimination est insupportable, arrête de faire l’enfant gâtée et comporte-toi en adulte responsable. Je m’adresse à la directrice adjointe, pas à l’amante !

–  Eh bien c’est l’amante qui te répond. Je n’en veux pas car je sais qu’une fois ici, plus rien n’ira entre nous !

– Mais ne dis pas de bêtises tu veux car j’ai besoin d’une personne pour travailler, je ne compte pas la mettre dans mon lit, il est déjà pris par toi ! D’ailleurs elle est embauchée que tu le veuilles ou pas, je lui fais confiance !

– Après tout c’est toi la patronne ! Sache que je garderai un œil sur elle car à ta différence je ne lui fais aucune confiance, sûrement mon sixième sens !

– L’affaire est close, je te laisse j’ai du travail. On se retrouve ce soir pour boire un verre ?

– Non pas ce soir j’ai des dossiers à terminer pour la comptabilité. Rentre sans moi, je passerai te dire bonsoir avant ton départ.

– Bon courage alors !

– Merci ! »

Cécilia quitta le bureau quelque peu énervée car elle venait de jeter un froid avec Claire et s’en voulait. En effet sa jalousie l’étouffait et elle bouillait intérieurement de savoir que Claire allait téléphoner à Alyzée pour lui annoncer la bonne nouvelle.

« Alyzée, Claire à l’appareil je vous informe que vous venez d’obtenir le poste, je vous attends demain à mon bureau à 8 h 30.

– Je vous remercie beaucoup, vous ne le regretterez pas !

– Vous passerez avant au bureau du personnel car votre contrat sera prêt. D’autre part si vous convenez, vous aurez un CDI avant la fin de la période d’essai.

– Bien ! Je serai là demain sans problème, encore merci de me donner une chance.

– Je vous fais entièrement confiance, je sens que notre collaboration sera très fructueuse. Moi aussi j’ai eu beaucoup de chance de vous rencontrer. Aussi ne me remerciez pas, c’est réciproque ! A demain !

– Bonne soirée et à demain ! »

Alyzée en raccrochant le combiné se mit à chanter à tue-tête. Enfin un nouveau travail, adieu les fins de mois difficiles. Elle pourrait de nouveau faire des projets, ne plus se soucier autant du lendemain. Même si Claire refusait qu’elle la remercie, elle savait aussi ce qu’elle lui devait. De plus, elle qui voulait la revoir allait être comblée. En effet elle serait avec elle tous les jours de la semaine, plusieurs fois dans la journée.

Claire, une fois le coup de fil passé à Alyzée se mit dans ses dossiers. Elle en profita pour signer des contrats et des lettres que sa secrétaire lui avait déposés sur son bureau durant son absence. Cela l’occupa le reste de l’après-midi. C’est la fatigue qui la poussa à stopper. C’est pourquoi elle n’attendit pas Cécilia et rentra chez elle. Une fois arrivée, elle l’appela pour lui souhaiter une bonne soirée et s’excuser de ne pas l’avoir attendue. Elle l’embrassa après quelques mots tendres et raccrocha.

Alyzée eut une nuit agitée et peina à trouver le sommeil. En effet elle était anxieuse et pressée tout à la fois de prendre son nouveau poste. D’autre part elle était excitée à l’idée de revoir Claire. Cette femme était vraiment très belle, sa gentillesse et sa douceur la bouleversaient. En premier lieur Claire avait quelque chose qui se dégageait d’elle, qui la rendait sublime. Par ailleurs elle était comme une gravure de mode avec un coté sensible et fragile tout à la fois. Elle était près de ses employés cela se sentait. On pouvait deviner sous ses traits une femme à poigne qui savait ce qu’elle voulait et qui savait aussi l’obtenir.

Une femme têtue dans le bon sens du terme. Alyzée était heureuse et fière de connaître cette femme, d’être dans sa société, de travailler pour elle. En fait ce qui ne rassurait pas Alyzée, c’était la haine affichée de la directrice adjointe. D’emblée elle ne l’avait pas aimée et c’était réciproque. En effet Alizée avait senti un mépris affiché de la part de Cécilia. La dureté ses propos et de son regard lui donnait un air supérieur, révélateur de son goût pour le pouvoir qu’elle savait exhiber. C’est pourquoi Alyzée savait qu’elle ne lui laisserait rien passer, qu’elle avait intérêt de faire son travail à la perfection.

Elle devrait tout faire pour éviter ses remarques désagréables dont elle avait déjà eu un aperçu lors de l’entretien d’embauche. C’est au moment où Alyzée venait de s’endormir que son réveil sonna. D’un bon elle fila sous la douche et but deux cafés serrés pour être en forme. Elle voulait être à l’heure et ne rien montrer de sa nuit blanche. Aussi elle fila comme une bombe sur sa moto qu’elle gara sur le parking du personnel. Une fierté l’envahit, enfin socialement elle redevenait quelqu’un. Au moment où elle retira son casque, elle entendit une voix derrière elle qui l’interpella.

« Bonjour Alyzée !

– Oh bonjour madame, vous allez bien ?

– Oui merci et vous ? prête à commencer ?

– Oui, je suis très heureuse d’être là et en forme pour affronter cette journée.

– C’est parfait !  Vous faite de la moto ?

– Oui j’adore, c’est une passion que j’ai depuis que je suis toute petite.

– Moi j’en ai peur.

– Dommage car vous perdez vraiment beaucoup de choses !

– Je le pense aussi. Je vous accompagne au service du personnel, comme cela je vous présenterai.  Attendez-moi là un instant, je vais déposer mes affaires dans mon bureau et je reviens de tout de suite.

– Bien je vous attends. »

Claire se dirigea vers son bureau quand Cécilia arriva, passant devant Alyzée sans même lui jeter un regard. Alyzée lui adressa un bonjour auquel elle ne répondit pas. Cela commençait bien pensa-t-elle. Ensuite elle fila droit rejoindre Claire et s’arrangea pour qu’Alyzée entende ce qu’elle avait à lui dire.

« Bonjour ma chérie, tu m’as manquée hier soir !

– Bonjour Cécilia. Qu’est-ce qui te prend ? Tu dois être discrète, tu sais que nous ne devons pas étaler notre vie privée ici.

– Je voulais juste te dire bonjour et t’embrasser.

– Rejoins-moi dans mon bureau dans une demi-heure alors ! »

Alyzée comprit que les deux femmes étaient plus que de simples collègues. En définitive elles étaient ensemble dans le secret le plus complet. Elle savait que Cécilia s’était arrangée pour qu’elle le sache. Le message avait été clair. C’était chasse gardée, défense d’y toucher. Cécilia s’était imposée en femme conquérante montrant que dans leur couple, la dominatrice c’était elle. Néanmoins Claire avait rougi et sa gêne avait été perceptible, ce qui l’avait rendue très attirante. Claire fila déposer ses affaires et rejoint Alyzée pour la présenter au directeur des ressources humaines. La signature de son contrat d’embauche fut une pure formalité.

Sur le chemin du retour, Claire en profita pour la présenter à tout le personnel qui passait là. Alyzée fut agréablement surprise tant par l’accueil chaleureux des employés que par le contact que Claire entretenait avec eux. En effet elle leur parlait ouvertement dans une réciprocité respectueuse et amicale. Claire voulait lui présenter son poste dans son bureau puis une fois fait, l’emmena dans son nouveau service. Ensuite elle installa Alyzée dans son bureau et lui présenta sa secrétaire. Elle lui laissa quelques consignes avant de la quitter. Des dossiers posés en évidence l’attendaient. Un cahier de procédures était à sa disposition.

Pour le reste Alyzée connaissait déjà. Claire lui souhaita une bonne journée et lui laissa son numéro ainsi que la liste des postes à appeler en cas de problème. Aussi Alyzée la remercia en lui adressant un sourire ravageur dont elle avait le secret. De toute évidence il plut à Claire car elle ne put dissimiler un rougissement dont elle était visiblement coutumière quand elle était troublée. Le courant passait bien entre elles deux. Claire laissa Alyzée qui se jeta sur l’ordinateur pour débuter. Après quelques heures de travail, ce fut le tour de Cécilia de venir la voir pour savoir si tout allait bien. Alyzée lui répondit brièvement que tout allait pour le mieux, qu’elle avait pris connaissance des dossiers, des clients et de ses commandes à livrer.

Cependant Cécilia pour seule réponse fit une moue dégoûtée. Pour elle Alyzée n’était pas à la hauteur de ses responsabilités, elle montrerait à Claire qu’elle avait eu tort de l’embaucher. D’ailleurs elle commençait déjà à jubiler à l’idée que cette femme n’arriverait pas à respecter les délais et ainsi montrer à Claire qu’elle avait fait le mauvais choix. En définitive Cécilia aimait dominer, rabaisser dès qu’elle le pouvait, elle devait toujours montrer qu’elle était la meilleure même si pour cela elle devait écraser en passant. C’était une femme de pouvoir, qu’on devait voir, regarder, respecter. Pour elle rien n’était gratuit, elle ne savait rien donner sans un retour encore plus cher à payer.

D’ailleurs elle n’avait rien à voir avec Claire qui était son opposée en tout. Cécilia se délectait à l’avance de sa prochaine victoire. Elle savait cependant qu’elle devrait attendre jusqu’à la dernière minute car rien n’était encore joué. En effet elle ne connaissait pas sa concurrente qui pouvait lui réserver bien des surprises. Alyzée en la regardant du coin de l’œil se demandait comment une femme telle que Claire pouvait fréquenter Cécilia et l’avoir comme amante. Elle resta songeuse un instant puis se remit à consulter ses dossiers et les dates de livraison. Le minutage était serré, elle surligna en rouge dans le planning les plus urgentes.

Enfin elle comprenait mieux pourquoi Claire voulait quelqu’un d’opérationnel immédiatement. D’ailleurs elle fut tellement absorbée par sa tâche qu’elle oublia d’en aller manger. En effet elle voulait honorer tous les contrats dans les délais, aussi pas question de faire perdre de l’argent à la société. D’autre part elle remarqua les failles dans l’ancienne procédure et passa son après-midi à planifier toute la chaine de la livraison des tissus en Asie. Alyzée passa un temps fou à construire des tableaux où se superposaient tous acteurs afin qu’il n’y ait aucun temps mort.

Elle parvint même à gagner trois jours. En effet si elle s’y prenait bien elle pourrait ainsi gagner un mois par trimestre et ainsi faire décoller les expéditions. Cette entreprise avait du potentiel et elle savait comment accroitre ses capacités. Elle l’avait déjà effectué dans son ancienne boite, elle voulait faire profiter de son expérience à Claire. Elle voulait tant lui plaire. Alyzée s’autorisa tout de même une pause-café et prendre le temps de discuter avec le chef d’atelier.

Elle ne voulait pas donner l’impression le premier jour de se couper du terrain et de décider tout depuis son bureau. Si elle voulait se faire respecter elle devait aussi tout faire pour que son équipe ait confiance en elle. Elle savourait sa boisson tout en écoutant son collaborateur lui expliquer le fonctionnement de ces machines d’empaquetage dernier cri. C’est à ce moment que Claire passa dans l’atelier et lui sourit. De loin Cécilia qui avait assisté à la scène s’en vint d’un pas rapide vers Alyzée.

« Vous n’avez rien de mieux à faire que de boire du café ? Nos clients n’auront jamais leurs marchandises à temps avec une employée comme vous !

– Depuis que je suis arrivée je n’ai pas arrêté, c’est ma première pause depuis des heures, je n’ai même pas mangé si vous voulez tout savoir !  C’est interdit par le règlement intérieur la pause ? Vous auriez pu me prévenir tout de même, ironisa Alyzée.

– Non mais n’en abusez pas tout de même, nous vous payons pour avoir du résultat, pas pour détourner de leur travail les autres employés !

– Si vous le permettez je vais retourner travailler.

– C’est ça ! Nos clients sont prioritaires sur le café ! Je vous ai à l’œil, gare à vous ! »

Alyzée repartit vers son bureau. Tous ceux qui avaient assisté à l’esclandre publique n’avait pas compris quelle mouche avait piqué la directrice adjointe. Pourquoi Cécilia traitait la nouvelle comme ça, les pauses café étaient légion ici ? Cette rage envers Alyzée était incompréhensible. En effet elle venait de prendre son poste le matin même, elle pouvait la laisser trouver ses marques et s’installer. Le malaise parmi les spectateurs fut palpable. Quant à Claire cela la mit dans une colère indescriptible. Cécilia allait trop loin dans sa manière de se comporter avec Alyzée.

Pour l’instant elle ne bougeait pas et observait. En effet elle ne voulait pas en rajouter en public car il y allait aussi de la crédibilité de sa directrice adjointe. Par ailleurs le personnel avait besoin de sentir de la cohérence dans le management. Si une faille apparaissait, elle craignait que les syndicats s’y engouffrent. Certes le personnel aimait travailler dans sa société mais si des tensions apparaissaient, des revendications aussi. Claire détestait le conflit et elle savait qu’elle ne faisait que le reculer avec Cécilia.

En effet elle commençait à comprendre que Cécilia recommençait à être possessive, sa jalousie reprenait le dessus. Cependant elle ne voulait pas revivre ce qu’elle avait subi des mois auparavant. En particulier elle ne se sentait plus capable de revivre les scènes, les cris et tout le reste. Alyzée s’était enfermée dans son bureau pour faire passer la pression qu’elle sentait en elle. En premier lieu elle acheva ses plannings et décida de rentrer chez elle. Ensuite elle réunit ses affaires et en quelques minutes elle était sur le parking où elle enjamba sa moto, mit son casque et partit en direction de la nationale.

Elle était partie depuis une heure quand Cécilia vint chercher Claire. Elles devaient se rendre dans un grand hôtel où une réception était donnée. Avant elles devaient passer respectivement chez elles se changer. Sur place elles y retrouvèrent quelques connaissances. Cécilia surveillait du coin de l’œil son amie, lui faisant quelques remarques sur les sourires, les paroles ou les compliments qu’elle pouvait adresser ou recevoir. Claire ne pouvait plus le supporter, à ses yeux cela ne pouvait que nuire à leur relation déjà quelque peu fragile. Aussi elle mit fin à la soirée sans oublier au préalable de prendre quelques cartes professionnelles.

Cécilia fut obligée de la raccompagner à son domicile. Dans la voiture, elles n’échangèrent que quelques mots, la tension était perceptible. Cécilia ne comprenait pas le silence de sa bien-aimée. Cependant Claire ne voulant pas de disputes, préféra garder le silence. Arrivée en bas de chez elle Claire l’embrassa et referma la portière sans l’inviter à passer la nuit avec elle. Pourtant Cécilia essaya de la retenir mais ce fut peine perdue.

Claire passa la nuit à penser comment elle allait pouvoir dire à son amie qu’elle ne supportait plus son attitude, sa façon de réagir dès qu’on la regardait ou qu’une personne lui parlait. Néanmoins elle devait surtout faire en sorte que Cécilia ne mélange pas le privé et le travail. Aussi elle chercha une bonne partie de la nuit les mots justes. Enfin elle arriva à dormir quelques heures mais le réveil fut dur. La douche n’enleva pas sa mauvaise humeur, ni les valises sous les yeux.

Arrivée au bureau elle prit un café bien noir et s’enferma sans même un sourire à ceux qu’elle croisait. Alyzée qu’elle avait vue comme la veille sur le parking n’eut le droit qu’à un bonjour du bout des lèvres. En revanche Alyzée avait bien vu la fatigue sur son visage, c’est sûr que quelque chose n’allait pas. Voir une femme traitée de la sorte était pour Alyzée insupportable. En effet cela la rendait encore plus attirante. C’est pourquoi Alyzée allait faire en sorte de lui donner le sourire. Aussi elle alla à son bureau et téléphona à son fleuriste pour commander un bouquet de gardénias. Dans le langage des fleurs, elles signifient je vous aime en secret.

Elle les fit livrer à Claire sans mettre de carte. Puis comme la veille, elle continua à classer et étudier les dossiers. Dans la matinée Cécilia arriva les yeux rougis, pour elle aussi de toute évidence la soirée n’avait pas été au mieux. Elle n’alla même pas dire bonjour à son amour, elle fila droit au distributeur de boissons et se prit un thé. Elle parla un peu avec sa secrétaire et repartie comme elle était venue. Tout le monde sentait le climat électrique sans trop savoir l’expliquer. Alyzée prit le temps à sa pause de prendre des nouvelles des uns et des autres en ayant un petit mot gentil et un sourire pour chacun.

Elle lança quelques blagues, afin de détendre l’atmosphère, cela fit bien rire l’assemblée. En revanche une fois le moment de repos terminé, chacun retourna à son poste avec le sourire. Alyzée passa comme à son habitude voir où en était la préparation des commandes, elle aida même une femme enceinte à soulever une charge. D’ailleurs le personnel s’étonna de voir un supérieur hiérarchique mettre la main à la pâte. Alyzée en profita aussi pour s’informer sur les différents membres de son équipe, elle voulait se familiariser avec chacun d’entre eux. Elle faisait dans le relationnel comme on dit et cela était important.

Elle voulait une équipe soudée qui gagne. Alyzée se devait d’être près de son personnel en partageant des instants de pause, de rire et de travail aussi. C’était une femme sociable proche des gens qui aimait les échanges. Claire était aussi comme cela, son personnel l’aimait pour sa façon d’être qui était à la fois celui d’une patronne compréhensible. Elle pouvait aussi être celle d’une grande sœur ou d’une mère en cas de besoin.

Elle était présente et toujours prête à donner de son temps en cas de besoin. Claire avait dû ressentir qu’Alyzée lui ressemblait à l’entretien d’embauche, c’est aussi pour cela qu’elle avait eu besoin de la prendre à ses côtés dans sa société. Alyzée termina la journée par toutes ses commandes bouclées, un exploit dû à son grand sens de l’organisation et à sa capacité à mobiliser toute une équipe. Alyzée la remercia de ce bon travail, elle savait gratifier ceux qui l’entouraient.

Quand elle enfourcha sa moto sur le parking Alyzée ne put s’empêcher de regarder vers la fenêtre de Claire. Celle-ci était debout derrière le carreau ouvert. On pouvait deviner sa lassitude et sa fatigue. Un vase reposait sur le rebord de la fenêtre et la main de Claire était s’empara d’un gardénia pour le respirer. Alyzée aurait aimé voir le sourire de Claire à l’arrivée de ce présent, de sa tête aussi en cherchant qui pouvait avoir eu cette attention si délicate à son égard et lui déclarer l’aimer en secret. Alyzée lui fit un sourire puis démarra sa moto. Elle partit bruyamment tout en jetant un dernier regard derrière elle.

Pour Claire la soirée n’était pas finie, elle devait encore passer quelques coups de fils et jeter un œil sur la comptabilité. Mais la fatigue l’emporta, elle prit ses affaires et décida de rentrer. Elle huma encore une fois un gardénia, le caressa doucement et continua de se demander qui avait pu lui faire parvenir ces fleurs. Elle eut une comme un flash en pensant à la nouvelle mais elle n’y croyait pas beaucoup.

Cécilia ne savait rien offrir en dessous d’un certain prix, ce ne pouvait pas être elle non plus. Et puis elle aurait glissé une carte, elle avait trop besoin qu’on sache que c’était elle ! Pourtant elle abandonna sa recherche de l’inconnue aux gardénias. Quand elle arriva dans son appartement elle jeta sa veste, son sac sur le canapé et fila prendre une douche. Ensuite elle se glissa sous la couette. Elle n’eut pas le temps de sombrer dans le sommeil que la sonnette de l’entrée la tira du lit. C’était Cécilia. Elle ouvrit la porte et repartit s’allonger.

« Tu me fais la tête Claire ? J’ai fait quelque chose qui ne t’a pas plu ?

– J’en ai marre de tes crises de jalousie, de tes réflexions pourries aussi !

– Mais quelles réflexions ?

– Tu as la mémoire courte on dirait ! A la soirée tu n’as pas arrêté, tu m’as pris la tête parce qu’un homme m’avait souri, qu’une femme ma félicitait sur ma tenue. Un rien te suffisait à me faire une remarque désagréable !

– Tu es belle et attirante. J’ai peur de te perdre. Tous ces regards, je ne les supporte plus !

– Parce que tu crois que de cette manière tu vas me garder ? Eh bien moi je ne supporte plus ta manière de me traiter comme un objet, je ne suis pas ta chose !

– Non tu n’es pas ma chose, tu es la femme que j’aime

– Oui je t’aime aussi mais ça ne peut pas continuer comme ça, tu ne me fais plus confiance.

– Si je te fais confiance,

– Non sinon tu ne me ferais pas ce type de crise. Tu sais que je suis avec toi, que je tiens à toi. Je t’aime, mais ça ne te suffit plus !

– Excuse-moi, je ne veux pas te perdre tu le sais ! je suis folle de toi !

– Alors change vite, crois-moi ! Arrête tout ça ! j’ai déjà trop donné, j’en ai trop souffert. Alors arrête tes crises de jalousie, sinon je mettrai un terme à notre relation !

– D’accord, je vais faire attention, je ne veux pas te perdre !

– Bien ! tu es prévenue alors fais attention !

– Oui promis. »

Les deux femmes se blottirent l’une contre l’autre et s’embrassèrent longuement. Cécilia serra encore bien plus fort son amie. Claire lui demanda de rester et de passer la nuit près d’elle. Cécilia ne se fit pas prier, elle prit son amour dans ses bras et ne chercha pas plus que de la tendresse. Toutes deux étaient en manque de sommeil, elles s’endormirent d’une traite. Le lendemain matin ce fut Cécilia qui se réveilla la première. Elle alla préparer le café et l’apporta à Claire. Après l’avoir bu, Cécilia attira Claire vers elle. De baisers en caresses elles firent l’amour.

Elles se rattrapèrent de ces moments doux qu’elles avaient loupés depuis ces derniers jours. Elles firent l’amour avec une force douce et intense. Cécilia avait toujours ce besoin égoïste de tirer la couverture à elle, sans trop penser à sa partenaire. Elle était dans la toute-puissance, ne pensant qu’à satisfaire son plaisir en premier, oubliant que celle qu’elle caressait frénétiquement avait besoin aussi de tendresse et d’échanges.

Claire eut quand même du plaisir malgré les frustrations. Sans doute parce qu’Alyzée lui vint en mémoire et que ses fantasmes la renvoyaient à un amour plus comblant. En effet elle la revoyait à son entretien, souriante, tout en délicatesse aussi. D’autre part elle la revoyait arriver sur sa moto incroyablement attirante dans sa tenue de cuir. Plus encore elle aimait son regard croisé au moment de ses départs, plein de désirs et de promesses. Quand elle entendit Cécilia jouir, elle sauta du lit pour prendre sa douche laissant Cécilia couchée.

En revenant elle était habillée, maquillée, prête à partir au bureau. Cecilia n’avait pas bougé du lit. Claire prit sa veste l’embrassa en lui lançant – à plus tard, dépêche-toi si tu ne veux pas être en retard ! –  Claire vola jusqu’à sa voiture tant elle était pressée de rejoindre son entreprise. En sortant de son automobile, elle entendit le bruit familier de la moto d’Alyzée derrière elle. Elle sourit et son cœur se mit à battre à la chamade.

Alizée arrêta le moteur et enleva son casque. Elle était souriante, belle avec ses cheveux brun court. Ses yeux brillaient avec le soleil. Claire la trouvait superbe, bien plus jolie que Cécilia. Ainsi elle se surprenait à regarder une autre femme et à la désirer. Pourtant elle chassa rapidement cette pensée impure de son esprit, elle s’égarait.  Aussi elle repensa aux fleurs et se dit que tout cela serait bien l’œuvre de cette jeune femme.

« Bonjour Madame.

– Bonjour Alyzée vous allez bien ?

– Oui merci et vous ?

– Bien merci. Vous êtes prudente sur votre moto j’espère ?

– Oui ne vous en faites pas, je conduis prudemment.

– Bien je ne voudrais pas avoir à vous remplacer.

– Ne vous inquiétez pas, je tiens à mon poste. Je me sens bien ici, je n’ai aucune raison de prendre des risques insensés. Je fais très attention !

– Vous me rassurez. »

Ensuite elles marchèrent vers l’entrée et Alyzée lui ouvrit la porte pour la laisser passer devant elle. C’est alors qu’elles se souhaitèrent une bonne journée et chacune alla vers son bureau. Elles s’échangèrent un dernier regard avant de tourner chacune au bout du couloir. Alyzée fonça comme à son habitude voir ses mails avant de faire un point à l’entrepôt sur l’avancement des commandes. Elle salua tout son petit monde sans oublier de-ci, de-là, de lancer une petite blague qui détendait bien l’atmosphère. C’est ainsi qu’une employée lui raconta que la plupart d’entre eux déjeunaient dans un restaurant situé à côté.

La formule plat du jour était excellente et d’un bon rapport qualité prix. Cela la changerait de ses sandwiches, Alyzée finirait par s’en lasser rapidement. La matinée se passa à une vitesse vertigineuse. Elle courait d’un endroit à l’autre, décrochait son téléphone pour régler des litiges, vérifier l’envoi des commandes. Dans la matinée Cécilia passa la porte de l’entrepôt pour savoir où en étaient les commandes.

Son visage affichait un sourire triomphant où se mêlaient mépris et haine. Elle espérait bien qu’Alyzée lui annonce de mauvaises nouvelles. Elle en fut pour son grade. Cécilia repartit dépitée, se jurant qu’elle finirait bien par la prendre en défaut. L’heure du déjeuner arriva.  Alyzée se rendit au restaurant « chez Albert » à moto. Elle s’installa sans remarquer qu’un peu plus loin Claire déjeunait elle aussi seule. C’est en levant la tête qu’elle l’aperçut.

« Venez vous joindre à moi Alyzée, ne mangez pas seule !

– Je ne veux pas vous déranger.

– Pas du tout, nous pourrons ainsi parler travail, ça tombe bien !

– J’arrive !

– Merci pour hier !

– Hier ?

– Oui pour les fleurs, elles sont bien de vous ?

– Eh bien …

– Vous êtes une femme surprenante et très gentille.

– Je voulais juste vous rendre le sourire.

– Merci, c’est réussi.

– Je m’en réjouis, c’était le but ! »

Alyzée s’installa à la table, commanda le plat du jour et une bouteille d’eau. Claire lui posa des questions sur son poste, si tout allait bien aussi avec le personnel. En particulier elle s’informa des livraisons pour ses gros clients et si les délais seraient respectés. Alyzée la rassura en tous points et lui demanda si elle pouvait passer dans l’après-midi lui apporter des dossiers afin de lui montrer les avancés et faire un point.

Claire lui répondit par l’affirmatif en lui donnant une heure. Ensuite elles mangèrent tout en discutant de tout et de rien. Alyzée regardait cette femme en face qu’elle trouvait de toute beauté, tellement agréable et gentille. En définitive le courant passait bien entre elles deux.  Alyzée se confia un peu à sa patronne sans pour autant trop dévoiler son intimité. C’était la première fois qu’Alyzée osait parler d’elle à une femme qu’elle ne connaissait pas.

Claire à son tour se confia. Elle lui raconta qu’elle avait hérité de l’entreprise de ses parents, décédés dans un accident de voiture. Au départ rien ne la prédestinait au commerce, le destin l’avait forcé à une carrière à laquelle elle n’aurait pas eu forcément envie. Et si c’était à refaire elle le referait. Elle adorait son travail plus que tout et tous ceux qui l’entouraient. C’était d’ailleurs devenu une seconde famille. Cependant Claire n’eut pas le temps de terminer ses confidences que Cécilia arriva comme une furie et se planta devant elles.

« Depuis quand tu manges avec tes employées ? c’est nouveau ou c’est juste parce que c’est elle ? Les fleurs c’est elle aussi je suppose ?

– Ne commence pas, on parlait travail ! Ne va pas t’imaginer autre chose !

– Je ne le crois pas. Depuis quand tu manges ici en plus ? si je n’avais pas aperçu ta voiture je ne me serais douté de rien. Tu m’aurais caché ça longtemps ?

– N’importe quoi ! Je connais ce restaurant depuis longtemps ! Et puis je n’ai aucun compte à te rendre, je fais ce que je que veux. Tu m’espionnes en plus ?

– que me caches-tu encore ? tu la connais depuis quand pour être aussi proche ?

– Arrête tu deviens désagréable et idiote en plus avec ce style de scène.

– Idiote certainement puisque tu me trompes et que si je ne t’avais pas surprise je n’aurais rien su !

– On en parlera plus tard. Pour le moment je rentre, j’ai du travail. Je ne veux pas perdre mon temps avec tes âneries ! je pensais que notre conversation de l’autre jour t’aurait servie, je me suis trompée ! Alyzée désolée de cette mascarade, on se voit pour vos dossiers tout à l’heure.

– En plus tu vas la revoir tout à l’heure ?

– Oui et si ça ne te plaît pas c’est pareil, j’ai une société à diriger si tu t’en souviens encore ?

– A plus tard Alyzée, encore toutes mes excuses pour cet esclandre. »

Claire se leva, poussa Cécilia qui voulut la retenir de force sur sa chaise. Alyzée lui saisit le bras.

« Ne refaites jamais cela devant moi ! Ne levez jamais la main sur une femme en ma présence !

– Ah bon sinon quoi ?

– Eh bien vous verrez ! Arrêtez de traiter Claire comme vous le faites, vous ne la méritez vraiment pas croyez-moi !

– Vous êtes qui pour me parler comme ça ?

– Juste une femme qui a le respect des autres.

– Vous êtes sûre qu’il n’y a que ça ? ça m’étonnerait. Vous êtes comme moi ?

– Je ne suis pas comme vous et heureusement, car si j’avais une femme telle que Claire dans ma vie, je la traiterais autrement !

– Ah oui ? mais vous ne l’avez pas dans votre vie malheureusement pour vous !

– Attention à jouer avec le feu on se brûle !

– C’est ce qu’on verra ! »

Cécilia la regarda, Alyzée avait fait mouche. Afin de ne pas perdre la face, Cécilia s’éclata de rire et partit comme elle était venue. Claire qui avait assisté à la dispute remercia Alyzée, paya l’addition et sortit du restaurant sous les yeux ébahis des clients. Alyzée commanda un café avant de reprendre sa moto. Quand elle arriva sur le parking, elle vit Claire pleurer dans sa voiture. Elle alla vers le véhicule et frappa à la vitre.

« Ça va ? vous avez besoin de quelque chose ?

– Non merci, ne vous en faites pas je vais bien.

– Vous en êtes certaine ? Je vois bien que vous n’êtes pas en état de conduire pour le moment, je vais rester un peu avec vous le temps que vous récupériez !

– En fait non je ne vais pas bien, je vais rentrer à la maison. Je vais attendre encore quelques minutes avant de prendre le volant !

– Allez-vous allonger, ça ne peut que vous faire le plus grand bien. Les dossiers attendront.

– Merci de m’avoir défendue tout à l’heure. Je ne comprends pas pourquoi Cécilia est comme ça.

– Elle vous aime voilà tout

– Oui mais là ça va trop loin dans la jalousie, je n’en peux plus.

– Ne vous en faites pas, elle va se calmer avec le temps.

– Vous croyez ?

– Je l’espère pour vous en tout cas. Une chose est sûre, je ne peux supporter une telle attitude en ma présence.

– Merci encore de votre compréhension, de votre gentillesse aussi. Ça va mieux maintenant, je vais prendre la route.

– roulez doucement ! je préviens votre secrétaire que vous ne serez pas là cet après-midi.

– Merci.

– Ne me remerciez pas, c’est tout naturel vous savez !

– Bien, alors je rentre.

– A demain, prenez soin de vous ! »

En la regardant partir, Alyzée se dit qu’elle devait mettre de la distance avec Claire. C’est pourquoi elle devait trouver la force pour cela car elle se sentait de plus en plus attirée par elle. Pourtant elle comprit que Cécilia était d’une nature possessive, qu’elle lui ferait payer le moindre écart. Néanmoins elle détestait savoir que Claire subissait ces crises à répétition. Mais que pouvait-elle y faire ? C’étaient leurs problèmes de couple, elle devait rester en dehors afin d’éviter tout malentendu possible. A-t-elle de s’arranger pour ne plus la croiser et de passer par sa secrétaire pour régler les dossiers.

Claire en rentrant s’allongea dans le canapé afin de se calmer car elle ne voulait plus penser à rien. Cependant Alyzée n’eut pas cette chance. En effet la scène de midi passait en boucle dans sa tête. Une boule de colère lui nouait l’estomac. En milieu d’après-midi Cécilia franchit la porte de son bureau en hurlant.

« Où est Claire ? qu’avez-vous encore manigancé dans mon dos ?

– Elle n’était pas très bien, elle est rentrée chez elle, ça vous étonne ?

– Ah bon ? elle ne m’a pas prévenue.

– Elle n’était pas en état de le faire ! Laissez-la en paix au moins une journée !

– Je fais ce que je veux, vous n’avez pas d’ordres à me donner !

– Effectivement ! Mais je peux au moins vous donner un conseil. Si vous voulez la gardez, réfléchissez bien car avec votre attitude vous êtes mal partie.

–  Elle est à moi et elle m’aime, je n’ai pas besoin de réfléchir pour la garder.

– Oui elle vous aime, mais vous êtes en train de la détruire à petit feu avec vos psychodrames incontrôlés.

– Pas du tout ! De quoi je me mêle ! vous n’êtes pas à sa hauteur alors ne rêvez pas ! Contentez-vous d’une femme de votre milieu !

– Ce n’est pas une question de milieu. Vous êtes incapable d’en garder une tellement vous êtes ignoble. Vous brisez tout ce qui vous est cher sans même vous en rendre compte. Un jour viendra où vous paierez tout le mal que vous faites ! vous allez perdre Claire dans peu de temps si vous ne changez pas de comportement.

– Pfft n’importe quoi !

– Vous ne savez pas aimer, vous ne savez que faire le mal !

– Je préfère partir que d’entendre vos conneries !

– C’est ça on en reparlera ! »

Ensuite Cécilia claqua la porte et partit en furie. Alyzée quant à elle était dans un état de nervosité apparent. Elle se noya dans le travail pour vider le trop plein. Au bout de deux bonnes heures la pression redescendit. Elle resta plus tard que prévu pour finir ses dossiers. Elle rentra chez elle bien lasse. Après avoir avalé son diner, elle s’installa dans son canapé et tenta de se concentrer sur un film en vain. Une image, une seule, lui revenait en tête, celle de Claire. Alyzée se sentait bien en sa compagnie.

Elle sentait que cette femme avait besoin d’être épaulée, aimée autrement que comme le faisait Cécilia. Cette femme était un diamant à l’état pur. Elle avait ressenti chez elle une sorte de solitude, un besoin d’être entourée aussi. Elle revoyait son sourire, sa mèche de cheveux blonds qui retombait sur son front et qu’elle remettait sans cesse en place, son parfum doux et enivrant, la souplesse de son corps quand elle marchait. Alyzée avait pris le temps de la regarder. Elle regarda encore un peu la télé mais préféra aller rejoindre son lit car la fatigue eut raison d’elle.

Claire de son côté en voulait de plus en plus à Cécilia et la discussion qu’elle avait eu la veille n’avait servi à rien. L’image qu’elle avait de Cécilia était en train de s’émietter, où était passée celle qui était chère à son cœur. Alyzée avec son côté dur était une femme prévenante, pleine d’attentions, une femme prête à prendre sa défense. Dommage que ces qualités fassent défaut à Cécilia. Claire revoyait Alyzée bloquant le bras de Cécilia, elle avait su lui tenir tête aussi.

Enfin une personne qui ne courbait pas l’échine devant elle. Elle avait apprécié sa manière de dire les choses comme elle le pensait, des choses venant du fond du cœur, sans emportement. En fin de compte cette scène au restaurant allait la pousser à prendre une décision quant à sa relation avec Cécilia. Elle arriva à s’endormir apaisée en sachant qu’elle venait de se faire une collaboratrice sur qui elle pouvait s’appuyer.

Le temps passa et les semaines aussi. Le fait qu’Alyzée ait prit de la distance avec Claire ne changea rien au comportement jaloux de Cécilia. Elle trouvait toujours quelque chose à lui reprocher. Elle allait aussi de scènes en scènes avec Cécilia. Le travail s’en ressentait. La tension toujours présente entre les deux femmes n’arrangeait pas les affaires. Les rapports conflictuels bloquaient les décisions, il n’était pas rare qu’une discussion ne finisse pas en claquant la porte.

L’agressivité de Cécilia rejaillissait sur tout le personnel, elle mettait tout le monde à la même enseigne. Quand elle ne vidait pas sa colère sur le premier venu, elle harcelait un employé pour des fautes imaginaires. Claire était démotivée, elle n’en pouvait plus de déployer une telle énergie pour assurer le quotidien. Alyzée qui était dans le collimateur de Cécilia commençait à douter de ses compétences professionnelles. Par ailleurs elle sentait qu’elle allait être poussée à bout et qu’elle commettrait l’erreur tant attendue.

Pourtant elle décida de devancer la catastrophe, en sollicitant un entretien à Claire. Ainsi elle demanda un rendez-vous et l’obtenu très facilement. A l’heure dite, elle se présenta avec ses dossiers sous le bras. Claire était dans son fauteuil, les yeux rougis et cernés par le manque de sommeil. Elle lui proposa un café et l’invita à s’asseoir. Alyzée avait préparé cette rencontre. Elle fit un point sur les clients et leurs commandes en précisant que tout serait livré en temps voulu malgré ce qu’en disait la directrice adjointe.

« Merci de ces renseignements et du travail que vous avez effectué, vous êtes une collaboratrice hors pair dont j’ai grandement besoin en ce moment.

– Je vous remercie. Une bonne nouvelle c’est toujours bon à prendre dans le climat actuel. Je vois que vous n’êtes pas au mieux.

– Vous avez raison ces bonnes nouvelles font du bien.

– Vous aimez votre société, vous vous battez pour elle.  Aller de l’avant n’est pas simple.

– Comme vous dites, ce n’est pas simple.

– Heureusement les clients sont satisfaits, d’autres commandes sont à venir. Au moins de ce côté-là, pas d’inquiétudes.

– En effet. Je suis contente de vous avoir embauchée. Je ne m’étais pas trompée sur votre compte, vous êtes une battante. Vous savez redonnez du courage à ceux qui n’en ont plus.

– J’aime mon métier mais ne croyez pas des baisses de régimes, j’en ai aussi !

– Vous êtes une femme hors norme.

– Vous aussi. Des patrons j’en connu mais vous êtes au-dessus de tous.

– Merci vous êtes gentille et vous savez me redonner le moral et le sourire.

– Je n’ai pas osé vous apporter les dossiers avant, j’ai vu que vous n’étiez pas très bien ces derniers temps. Si j’avais su…

– Je ne vais pas vous cacher que je traverse une période délicate sur le plan personnel, vous savez de qui je parle.

– Oui et j’en suis désolée.

– Je n’en pouvais plus, nous avons rompu il y a quelques jours.

– Ah bon ? Je suis désolée pour vous. Si je peux faire quelque chose pour vous aider, je suis là, vous pouvez compter sur moi.

– Merci beaucoup mais je préfère restez seule pour l’instant.

– Vous avez tort de vous isoler, il faut sortir, bouger, voir du monde.

– Je n’en ai ni l’envie ni la force, j’ai déjà beaucoup de mal à venir au bureau !

– Et si je vous proposais une balade à moto ? Le week-end, une bande de motards à laquelle j’appartiens organise des virées rien que pour le plaisir de rouler.

– Non merci.

– Je sais vous avez peur à moto, mais je serai prudente je ne roulerai pas vite.

– Non merci.

– Bien donc je passe vous prendre samedi à 14 heures.

– Non

– Je serai en bas de chez vous, mettez un jean et pull et si vous avez un blouson de cuir. En effet je ne veux pas que vous soyez malade par ma faute.

–  Mais je vous ai dit que je ne viendrai pas.

– Eh bien vous descendrez me le dire alors ! Je file j’ai du travail. A samedi 14heures.

– Eh bien vous alors, vous êtes têtue !

– En effet et c’est peu de le dire, bonne soirée à vous. »

Alyzée quitta le bureau sans même attendre un mot de Claire, elle ne devait pas la laisser réfléchir plus longtemps. Claire avait perdu son côté rayonnant, gai et joyeux. Alyzée allait tout faire pour le lui redonner. La fin de semaine arriva vite et comme prévu Alyzée se rendit au domicile de Claire. Par ailleurs elle s’était munie d’un casque et d’un blouson de cuir supplémentaires. Elle était pile à l’heure et n’attendit que quelques minutes avant de voir Claire venir vers elle.

« Bonjour Alyzée je vois que vous tenez vos promesses.

– Bonjour madame. Oui je suis toujours comme ça. Je viens vous chercher pour une petite balade, on part au bord de la mer.

– Je reste là, je venais vous le dire.

– Pas question. Voilà votre casque ! En selle !

– Non !

– Si, mettez le casque et on y va !

– Mais je n’ai pas mes papiers, ni de gros pull et de blouson de cuir. Je ne suis pas prête.

– Cessez de trouver des excuses. Plus de bavardages. J’avais prévu vos arguments. Mettez ce blouson de cuir. Faites ce que je vous dis et montez derrière moi. Pour une fois c’est moi qui commande ! »

Claire sourit et obéit à Alyzée. Celle-ci prit soin de lui fermer le blouson, de bien bloquer le fermoir du casque. Elle contrôla que sa passagère fut bien installée. Alyzée lui prit les mains et les serra autour de sa taille.

« Tenez-moi bien fort et si ça ne va pas vous me le dites et je m’arrêterai. N’ayez pas peur je serai prudente, je ne vais pas rouler vite, ayez confiance !

– je n’ai pas le choix, je vous fais confiance. Allons-y, mais faites-moi plaisir et appelez-moi Claire.

– Oui Claire. A nous la mer !

– bien en route ! »

Alyzée mit le moteur en route et démarra. Elle rejoignit sa bande de motards à laquelle elle présenta Claire comme une amie. Elle conduisit bien plus lentement qu’à son habitude et laissa filer ses copains devant. De temps en temps elle tournait la tête pour demander si tout allait bien. Claire s’était collée à son chauffeur et se laissait aller. Elle trouvait la moto très agréable ainsi que les sensations procurées. Sa peur s’était envolée et elle se sentait bien, en toute confiance auprès d’une femme qui prenait soin d’elle.

Elles firent une pause au bout d’une centaine de kilomètres, Claire avait les jambes quelque peu engourdies mais cela rentra vite dans l’ordre. Ce fut Alyzée qui régla les consommations et elle en profita pour acheter une petite peluche qu’elle donna à Claire en souvenir de leur virée. Celle-ci fut touchée par ce geste et la remercia. Elle mit la petite peluche dans la poche du blouson pour ne pas la perdre. Avant de repartir, elles discutèrent de la route et de l’endroit où Alyzée avait prévu d’aller se balader.

Ce changement d’air avait rendu son sourire à Claire, elle était de nouveau rayonnante. Alyzée la regardait comme on regarde une femme qui vous plait. Claire l’avait remarqué et elle lui adressa son plus beau sourire. Elles n’osaient se l’avouer mais elles étaient attirées l’une par l’autre. Cécilia avait vu le danger, elle avait compris que pour elle les jours étaient comptés. Pour le moment elles étaient seules ou presque, les motards attendirent qu’elles aient fini pour les rejoindre. Claire se sentit bien et protégée par ces gens formidables qui prenaient soin d’elle. Tous étaient là veillant sur son bienêtre, lui disant des choses gentilles pour l’aider à remonter la pente. Alyzée avait bien briefé ses amis du club de moto.

Claire fut touchée par cette sensation de partage, par tous ces gestes qui font que l’on se sent moins seule aussi.  Le signe du départ fut lancé, Alyzée prit le blouson et aida Claire à l’enfiler et le fermer. Elle lui remit son casque et écarta la jolie mèche blonde qui lui cachait la vue. Elles se regardèrent un moment, leurs yeux ne pouvaient se détacher Un ami qui l’avait remarqué leur lança sur un ton amusé.

« Mes chéries, vous roucoulerez sur la plage, on a encore de la route à faire !

– Bien chef, répondit Alyzée ! »

Claire remonta sur la moto pleine d’assurance, elle se colla contre Alyzée et lui prit la taille pour se tenir. Elle était devenue une motarde maintenant, elle avait compris les consignes de sécurité. Alyzée put rouler plus vite et ainsi rester dans le groupe. Claire aimait cette sensation de vitesse. Il était déjà tard quand ils arrivèrent au bord de la mer. Toute l’équipe se stationna sur un parking et se dirigea pour aller diner. Claire et Alyzée se joignirent à eux. Ils avaient choisi un restaurant avec vue sur la mer. Les rires fusaient de chaque bout de table, tout le monde s’interpellait, c’était un joyeux débordement, une ambiance inconnue de Claire.

Alyzée veillait sur elle du coin de l’œil, elle ne savait pas si elle aimait ou non cette vie en groupe. Alyzée prit soin d’elle, veilla à ce qu’elle ne manque de rien. Elle voulait que Claire passe un moment sublime qui lui ferait oublier ses tracas. Claire appréciait ces attentions. Elle se sentait de mieux en mieux. Leur regard brillait dès qu’elles se regardaient. Parfois leurs doigts se frôlaient et on pouvait sentir leur attirance mutuelle. Cela ne pouvait plus échapper au groupe et quelques sous-entendus fusèrent sur le sujet. Après avoir fini le repas, ils décidèrent tous d’aller marcher sur le bord de mer. Alyzée et Claire marchaient derrière en discutant.

Alyzée ne savait que dire à Claire sauf sa joie d’être là avec elle. Pour Claire ce fut la même chose, elle ne regrettait en rien cette journée qu’elle garderait en mémoire. Elle remercia son amie de l’avoir poussée à venir avec elle et de l’avoir aidée à vaincre sa peur de la moto et de la vitesse. Elles marchèrent encore un long moment en silence en regardant le soleil descendre lentement sur la mer. Quand le soleil ne fut plus qu’une longue trainée rouge dans le ciel, Alyzée se retourna et fixa Claire. Lentement elle la prit dans ses bras et l’embrassa. Claire ne fit rien pour la repousser et répondit à ce baiser qu’elle espérait du plus profond d’elle.

« Excuse-moi je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’en avais tellement envie !

– Ne t’excuse pas j’en avais envie autant envie que toi.

– Je n’ai pas le droit, tu n’es pas bien en ce moment. J’ai l’impression de profiter de la situation.

– Non on est deux je crois. Tu ne profites de rien du tout, tu en avais envie, moi aussi. Où est le problème ?

– Tu me plais depuis le premier jour. Cela ne m’a jamais passé et je dirais même que ça empiré.

– J’ai aussi ressenti cela mais je ne pouvais pas, je n’étais pas libre.

– Je le sais. C’est bien pour ça que je me suis tenue à l’écart mais c’était dur.

– Pour moi aussi tu sais. Je faisais tout pour te croiser même qu’un court instant.

– Je sais. J’attendais que tu arrives le matin, juste pour te voir, j’en avais besoin.

– C’est juste une attirance, rien de plus.

– Oui rien de plus mais tu es ma patronne.

– Eh alors ?

– Comment allons-nous faire ?

– Nous voir en dehors du travail et ne pas mélanger les sentiments et le reste. Je ne referai pas la même erreur qu’avec Cécilia.

– ça me va ! et pour Cécilia ?

– Elle ne fait plus partie de ma vie. Notre relation ne la regarde pas, elle n’a rien à en savoir.

– Je pense que ça vaut mieux. Elle est futée, elle s’en apercevra.

– Elle a dû voir les choses bien avant nous de toute évidence.

– Oui je le pense. Elle a tout de suite compris qu’elle ne ferait plus partie de ta vie quand je suis venue en entretien, il n’y avait qu’à voir son attitude. Si elle n’avait pas sur-réagi, rien n’aurait pu basculer pour nous. Quelque part, elle m’a poussé à foncer.

– Tu as raison, je ne l’avais pas vu comme ça mais c’est évident qu’elle a joué un rôle important dans l’affaire.

– D’entrée de jeu, le ton a été donné avec elle. Ses crises à répétition ne pouvaient que te pousser à la rupture. Elle avait rendu votre relation invivable.

– Il faut lui reconnaître qu’avant nous, elle avait perçu les choses. Elle a un sacré instinct tout de même.

– Elle a surtout un sacré caractère. Nous sommes peut-être en train de lui prêter un sixième sens qu’elle n’a pas. C’est parce qu’elle m’a pourrie la vie que tu as cherché à me protéger d’elle. Elle m’a poussée dans tes bras. Elle aurait été amoureuse et calme, jamais je ne t’aurais regardé ni même aurais pu envisager quoi que ce soit avec toi.

– Je ne sais pas.

– Elle ne t’avait pas attendue pour me faire des scènes, j’étais fatiguée de sa jalousie maladive. Tu es tout son opposé, je ne risque rien avec toi.

– Il faudra être prudente et se voir en dehors du travail, à l’abri des regards. Sinon ça risque de jaser !

– Oui ça vaut mieux dans un premier temps, on ne sait pas où cette relation nous mènera.

– Mais je compte aller très loin avec toi, le plus loin possible.

– Moi aussi tu sais je t’ai trop attendue, tu es celle que j’ai toujours désirée, je ferai tout pour te garder.

– Je suis heureuse tu sais.

– Moi aussi à un point, tu ne peux pas imaginer ! »

Les deux femmes s’embrassèrent encore et encore. Leurs amis les avaient laissées seules et étaient partis bien plus loin. Elles se tinrent serrées l’une contre l’autre en regardant le coucher de soleil. Claire était encore plus jolie et plus rayonnante qu’au premier jour. On pouvait sentir et voir le bonheur dans ses yeux et sur son visage. Elles marchèrent main dans la main pour rejoindre le groupe. Tous se retournèrent en les apercevant et les applaudissements fusèrent. Claire se cacha dans les bras de son nouvel amour. Alyzée la serra fort et lui déposa un baiser sur le front. Tous étaient contents pour les deux jeunes femmes. Un petit vent frais vint leur rappeler qu’il était temps de reprendre la route. Claire avait froid et Alyzée la prit dans ses bras pour la réchauffer.

« Tu veux que l’on passe la nuit ici ? on ne repart que demain si tu veux ?

– Oui je veux un merveilleux souvenir pour notre première nuit, mais c’est toi qui paies tout, je suis partie sans un sou !

– Aucune importance, le prochain week-end c’est toi qui me l’offriras. Si tu es d’accord je vais prévenir les amis et je trouve un hôtel pour toi.

– Merci mon cœur, tu n’es pas croyable ! Pourquoi ne t’ai-je pas connue plutôt ?

– C’est comme ça, mais on va faire en sorte de ne pas perdre de temps et en profiter un maximum. Je ferai tout pour ma beauté. »

Alyzée et Claire allèrent prévenir leurs compagnons de voyage qu’elles restaient sur place car elles voulaient profiter de la mer encore une journée. Ils les saluèrent et leur souhaitèrent un bon séjour et surtout une bonne nuit. Les deux femmes les remercièrent et partirent à la recherche d’une chambre. Elles dénichèrent un hôtel face à la mer, une ancienne bâtisse qui avait dû être une grande maison bourgeoise du siècle dernier. L’hôtelier leur donna la dernière chambre. Elle était spacieuse, le lit était king-size, la salle de bain possédait une grande baignoire de balnéothérapie d’où leur parvenait le roulis des vagues par la fenêtre laissée ouverte. Claire alla vers Alyzée et l’embrassa amoureusement. Alyzée répondit à son baiser en lui murmurant dans le creux de l’oreille combien elle était amoureuse. Claire répondit avec un baiser encore plus tendre tout en se collant à Alyzée.

« Ma beauté tu trembles je sais que tu as froid. Je te fais couler un bain et après au lit, tu as eu une journée épuisante en émotions.

– Tu as raison j’ai froid ce soir. Merci pour le bain, pas à dire je suis comme une princesse avec toi.

– Attends-moi deux minutes, je te rejoins et ensuite je te masserai un peu. Comme ça tu dormiras mieux car avec la moto tu peux avoir des contractures et je voudrais t’éviter cela.

– J’adore. Je prends le massage avec et toi en prime. »

Pendant qu’Alyzée alla faire couler le bain, Claire se déshabilla et alla la rejoindre dans la salle de bain. Alyzée découvrit une femme parfaite et tellement belle. Elle l’attira vers elle et l’embrassa avec passion. Claire était parcourue de frissons, son corps tremblait, rien à voir avec le froid. Alyzée se détacha d’elle et l’aida à enjamber la baignoire. Elle lui passa du gel sur le dos, les épaules et le reste du corps. Claire se laissa faire tout en s’abandonnant à ce soin. Alyzée prenait plaisir à lui apporter ces sensations de bien-être aussi. Elles s’embrassèrent de nouveau, le désir de l’autre était plus présent encore.

Claire resta un peu dans le bain chaud à se détendre pendant qu’Alyzée alla dans la chambre se dévêtir pour se joindre à Claire dans l’eau. Ce fut au tour de Claire de prendre le temps de passer du gel sur le corps de sa partenaire. Elle découvrit un corps souple et beau, les muscles bien dessinés dévoilaient toute leur puissance. Elle regardait Alyzée comme une femme amoureuse et aimante. Pas à dire elle aimait tout dans cette femme, ses qualités, son caractère, son visage, son corps. Tout, absolument tout, l’attirait. Elles ne pouvaient rester sans se toucher, s’embrasser. Le désir montait, montait.

Elles se séchèrent et filèrent se réfugier sous les draps. Alyzée embrassa sa partenaire tendrement. Puis elle entreprit de la caresser longuement, prenant le temps de la découvrir. Elle voulait connaître toutes les parties de son corps. Elle l’embrassa partout, sur tous les centimètres de peau qu’elle avait sous ses lèvres. Ses mains, ses doigts prirent le relais de sa bouche. Claire se laissait aimer car jamais elle n’avait connu une telle sensation, une telle force dans l’amour qu’on lui portait. Alyzée continua encore et encore ses caresses, elle alla un peu plus loin dans l’intimité de celle qu’elle aimait.

Elle sentit Claire se donner entièrement et s’ouvrir encore plus. Son corps bougeait sous ses élans, pris dans des soubresauts incontrôlables. Alyzée sentait son amour gémir sous ses caresses prodiguées avec une douceur infinie. Elle entreprit de lui donner du plaisir qu’elle voulait le plus fort et intense qui soit. Elle descendit sous les draps et avec sa langue commença des va et vient sur le sexe de sa beauté. Claire gémissait de plus en plus fort, son corps bougeait au rythme des caresses buccales. Bientôt ce fut un râle de plaisir qui donna le point final de cette première nuit d’amour. Claire eut un orgasme qui lui donna les larmes aux yeux. Elle se blottit, les yeux larmoyants, dans les bras de celle qui venait de lui faire l’amour avec une telle passion qu’elle en frissonnait encore.

« Ma beauté que se passe-t-il ? ça ne va pas ?

– Si au contraire, tu m’as aimée comme personne ne m’avait aimée avant.

– Ah bon ? si ce n’est que ça alors ça va. J’ai eu peur d’avoir fait quelque chose qui aurait pu te blesser.

– Pas du tout. Tu donnes tellement, tu penses à moi avant tout, je n’ai pas l’habitude tu vois. Tu ne penses même pas à ton plaisir, ça me change terriblement.

– Faudra t’y faire alors je suis comme ça ma beauté, tu seras toujours la première. Mon plaisir je le prends à t’en donner tu sais, et c’est le plus important pour moi.

– Tu sais vraiment aimer les femmes, les rendre heureuses aussi.

– Je ne sais pas si cela est vrai mais je fais tout pour, en tout cas

– Crois moi, tu es vraiment une femme géniale !

– Merci ma beauté, je ne dis plus rien ! Essaie de dormir un peu !

– Mais je n’ai pas envie de dormir, pas maintenant. Tu m’as fait découvrir l’amour et j’en raffole avec toi. »

Les deux femmes s’embrassèrent encore et de nouveau ce fut l’envie qui l’emporta sur le sommeil. Claire voulut rendre le plaisir qu’elle venait d’avoir avec Alyzée. Elle lui fit l’amour passionnément et en y mettant tout son cœur. Elles se donnèrent encore l’une à l’autre une grande partie de la nuit. Leurs corps ne pouvaient ni se détacher ni rester sans caresses. Elles firent toutes les positions qu’elles connaissaient et refirent celles qui leur procurèrent le plus de plaisir. Elles étaient toujours dans le besoin de sentir l’autre, de l’aimer aussi. Que ce soient des baisers, des caresses, elles avaient ce besoin d’amour qui les rapprochait encore plus l’une de l’autre.

Le soleil commença à montrer le bout de son nez, pour les deux femmes la nuit n’avait été qu’amour et bonheur. Elles descendirent après une bonne douche prendre leur petit déjeuner. Elles mangèrent de bon appétit tout en se dévorant des yeux. Une fois avoir réglé la note, elles repartirent marcher sur la plage main dans la main. Elles étaient heureuses ! Elles n’avaient pas besoin de mots pour exprimer ce qui se passait entre elles. Tout était dans le regard et dans les gestes, elles se comprenaient à demi-mots. Bientôt il faudrait rentrer et retrouver tout ce qui les attendait. C’est comblé qu’elles reprirent le chemin du retour sur la grosse cylindrée. Claire se colla amoureusement à Alyzée. Elles firent le retour d’une traite.

Arrivées en bas de chez Claire, Alyzée ne put s’empêcher d’avoir le cœur serré de la laisser. Claire lui demanda de monter prendre un verre. Alyzée accepta et toutes deux montèrent dans son appartement. En haut une mauvaise surprise les attendait. Claire ouvrit la porte tout en embrassant Alyzée, mais un bruit attira son attention. C’était Cécilia sur le canapé. De toute évidence elle n’avait pas bu que de l’eau. Elle était furieuse, elle fusillait de son regard noir les deux amantes.

« Je m’en doutais ! alors c’était bien ? tu l’as enfin eue dans ton lit Claire ? Depuis le temps que tu la voulais !

– tu es ivre ! laisse-moi tranquille ! je n’ai pas de compte à te rendre, nous ne sommes plus ensemble !

– Oui j’ai bu et alors ça te dérange ? Je bois pendant que tu t’envoies en l’air avec cette femme qui n’en est même pas une. Tu ferais mieux de te taper un mec plutôt que cette camionneuse !

– Cette femme est celle que j’aime maintenant. Et je t’interdis de l’insulter.

– Tu n’as pas le droit de me faire ça Claire. Pas avec elle !

– Si tu m’avais écoutée, si tu avais arrêté tes scènes ridicules, nous serions toujours ensemble. C’est toi qui as tout gâché avec ta jalousie maladive.

– Reviens avec moi, je te promets je vais arrêter. Elle n’est pas faite pour toi, ce n’est qu’une subordonnée, elle n’a rien à t’offrir. Une fois passé le goût de la nouveauté, tu te rendras vite compte que tu n’as rien à faire avec elle !

– Je l’aime ! Ce n’est peut-être qu’une subordonnée comme tu dis mais elle est bien mieux que toi. Alyzée ne pense pas qu’à elle !  Elle n’est pas comme toi ! A part ton nombril et ta petite personne, rien n’a d’intérêt. Même au lit tu ne penses qu’à toi.

– Tu n’as pas le droit de me dire ça, tu n’as pas toujours dit ça !

– Parce qu’avant Alyzée je ne savais pas ce qu’aimer voulait dire. Elle m’a montré ce qu’était vraiment l’amour, le vrai. J’avais peur de t’affronter pour te dire ce que je pensais de toi. Maintenant j’ose.

– Elle t’a envoutée, ce n’est pas possible !

– Pas du tout. Au contraire, je n’ai jamais été aussi lucide de ma vie. Elle m’a ouvert les yeux et je suis bien contente d’avoir retrouvé la vue

– Je t’en supplie Claire, reviens-moi, je suis perdue sans toi.

– Trop tard tu m’as fait trop de mal ! J’ai trop souffert avec toi. Redonne-moi les clés et pars ! Je ne veux plus te voir chez moi. »

Alyzée avait assisté une fois de plus à la scène et se tenait prête à agir au cas où Cécilia serait devenue plus agressive. Claire avait su dire enfin ce qu’elle pensait vraiment à son ex-amie. Elle avait eu le courage de mettre un terme à cette relation destructrice. Pour Cécilia c’était autre chose, elle avait compris qu’elle venait de perdre celle qu’elle aimait. D’autre part elle avait pris conscience de sa bêtise, de sa jalousie. Pourtant elle savait qu’à cause de tout ça, elle venait de perdre son amie. Néanmoins elle essaya encore une fois de supplier Claire qui refusa de l’entendre. Cécilia lui rendit ses clés tout en pleurant. Elle essaya d’agripper Claire mais Alyzée lui fit barrage.

Celle-ci la poussa vers la sortie sans ménagement. Elle se laissa mener vers la porte en hurlant son amour et en injuriant Claire. Alyzée était revenue près de Claire et la tenait par la taille pour lui montrer qu’elle veillerait dorénavant sur elle. Claire s’effondra en pleurs dans les bras de sa nouvelle amie. Elle venait de tourner une page de sa vie, elle avait enfin pu dire ouvertement ce qu’elle avait sur le cœur depuis des mois. Elle avait puisé toute l’énergie nécessaire en elle pour finir cette relation et partir vers un autre amour.

Ce qu’elle vivait depuis quarante-huit heures l’avait épuisée. Alyzée l’emmena vers le canapé et lui proposa un repas léger. Alyzée alla en cuisine et lui prépara une salade qu’elle lui servit avec un thé. Pendant que son amie mangeait, elle fila lui faire couler son bain. Une fois que Claire eut fini son repas elle se plongea avec délice dans l’eau moussante pour se détendre avant de se coucher. Claire remercia son amour pour tout ce qu’elle faisait, sa présence à ses côtés dans ces durs moments. Alyzée l’avait rejointe et s’était assise sur le bord de la baignoire. Elle lui caressa le visage avec douceur.

« Ça va ma beauté ? Tu es épuisée, il faut que tu te couches tôt car tu as vraiment une sale tête ce soir.

– Je suis fatiguée mais heureuse d’avoir enfin pu dire stop et reprendre mes clés même si cela m’a fait de la peine quelque part. Cécilia a fait partie de ma vie pendant des mois, mais là je ne pouvais plus faire autrement.

– Je sais et tu as eu beaucoup de courage. Tu n’avais plus le choix et ça tu le savais.

– Oui. Fais-moi plaisir et prends le trousseau de clés car tu es celle que je veux et qui va partager ma vie.

– Merci mon amour, mais il est trop tôt. Je prendrais les clés plus tard ne t’en fais pas. Toi aussi tu es celle que je veux, que je désire, tu es déjà dans mon cœur.

– En effet je l’ai ressenti tout au long de ce week-end et encore plus cette nuit.

– Moi aussi je suis très amoureuse de toi et je ferai tout pour toi.

– Tout ça je le sais car je suis aussi très amoureuse de toi, j’en ai pris conscience sur la plage.

– Allez, je vais aller préparer le lit et te coucher. Après je file pour que tu passes une bonne nuit.

– Non reste avec moi ce soir, ne me laisse pas.

– Je dois me changer je n’ai rien sur moi.

– Eh bien tu passeras chez toi avant d’aller au travail.

– D’accord je reste car je sens que tu as besoin de moi et que j’en ai aussi envie.

– Merci mon cœur. »

Alyzée se leva, embrassa son amie et alla dans la chambre pour préparer le lit. Elle sentit une présence derrière elle. Claire était là et la prenait dans ses bras. Alyzée l’embrassa tendrement puis lui demanda de s’allonger pendant qu’elle allait prendre une douche vite fait. Claire lui dit qu’elle l’attendrait, qu’elle ne dormirait qu’en sa présence. Alyzée fila sous la douche et revint rapidement près de son amour. Elle prit Claire dans ses bras tout en lui caressant les cheveux.

Elle ferma la lumière et la serra fort contre son cœur. Claire mit peu de temps à s’endormir, la chaleur de ce corps, la douceur de cette peau lui donnaient cette sécurité qu’elle recherchait. Alyzée veilla sur son sommeil qu’elle sentait fragile. Mais tout comme Claire elle sombra vite dans les bras de Morphée. C’est le réveil qui les tira d’un sommeil profond. Alyzée embrassa Claire et la réveilla délicatement. Elle s’occupa de préparer le café de sa bien-aimée qu’elle lui apporta au lit. Elle trouva Claire assise, calée contre les oreilles, le sourire aux lèvres.

« Bonjour ma beauté, ça va bien dormi ?

– Oui très bien dormi, j’étais bien dans tes bras. Et toi ça va ?

– Oui très bien. Je dois filer me changer avant d’aller au travail.

– Oui je sais mais bois au moins ton café avant. Sois prudente à moto !

– Je ne tiens pas à me tuer maintenant que tu es dans ma vie.

– Tu as intérêt, je veux profiter de la vie avec toi ! »

Alyzée donna un baiser à sa beauté et partit chez elle se changer. Claire se leva et passa rapidement sous la douche. Comme elle n’avait pas envie de mettre un tailleur ce matin, elle opta pour un pantalon et une chemise. En fait elle voulait prolonger ainsi son week-end. C’est pourquoi elle prit une veste en cuir et se rendit à la société.  Où elle arriva au même moment qu’Alyzée. Claire se gara envoya un petit clin d’œil discret à son cœur. Alyzée lui répondit par un bonjour sans plus de chichis de manière à ne pas se trahir. Les deux femmes allèrent chacune vers leur bureau. Alyzée n’eut pas le temps d’arriver que le téléphone sonnât.

« C’est moi, tu me manques déjà s’est fou ! j’ai tout le temps envie d’être toi, contre toi, envie de te faire l’amour aussi.

– Je sais ma beauté moi aussi. Mais on doit être prudentes tu le sais. J’ai une folle envie de toi, si je m’écoutais je viendrais te faire l’amour tout de suite.

– Oui je le sais, ça va être dur mon cœur je ne sais pas si je vais tenir.

– Il faut tenir, on n’a pas le choix. Ne va pas trop vite et laisse faire les choses.

– oui je vais t’écouter mon cœur. On se voit tout à l’heure à ta pause, je ne peux pas rester sans te voir.

– Je t’offrirai un café avec plaisir.

– A tout à l’heure je t’embrasse de tout cœur.

– moi aussi ma beauté à tout à l’heure.

– je t’embrasse mon amour. »

Alyzée raccrocha le combiné et essaya de se plonger dans son travail. Cela ne fut pas chose facile, elle avait la tête ailleurs. Elle ne pensait qu’à son amour. Un bruit d’une porte qui claque la tira de sa rêverie. Cécilia était devant elle sentant l’alcool, les yeux vitreux. Elle voulait tous les dossiers pour faire un point. Alyzée refusa mais devant cette folle furieuse, elle ne put faire autrement que de lui donner. Alyzée n’était pas rassurée du tout, elle craignait le pire. Elle ne savait pas ce que voulait faire Cécilia avec ces documents. Elle avait peur que celle-ci par vengeance lui fasse une entourloupe. Cécilia prit les dossiers et repartit avec en titubant et vociférant. Son petit sourire en disait long sur ses intentions. Alyzée fut prise de panique et téléphona dans l’urgence à sa beauté.

« Cécilia vient de prendre tous les dossiers des gros clients je ne sais pas ce qu’elle veut en faire. Je crains le pire surtout qu’elle est ivre !

– Comme toi, je ne comprends pas ce qu’elle compte en faire car cela ne fait pas partie de ses attributions.

– Oui c’est pour ça que je te préviens. En plus elle avait ce petit sourire que je n’aime pas, je sens qu’elle nous prépare quelque chose.

– Je vais aller voir ça de plus près, je ne tiens pas à ce qu’elle gâche tout le travail que l’on a fait. Elle peut par vengeance nous faire perdre des clients, ce sera une catastrophe pour la société.

– Je le sais. Si tu as besoin, je ne serai pas loin de ton bureau. Laisse la porte ouverte que je puisse intervenir si elle devient agressive.

– Je vais la convoquer tout de suite. Elle me fait vraiment peur surtout si elle est dans le même état qu’hier soir. On se tient au courant s’il y a du nouveau ! »

Cécilia était assise à son bureau et déchirait les documents. Sa colère ne l’avait pas quittée. Son haleine empestait. Elle marmonnait des insultes, jurait comme un charretier car elle était rongée par les regrets, par ce qu’elle était devenue en perdant celle qu’elle aimait. Ainsi elle se rendait compte que sans l’amour de sa vie, elle n’était rien. Cependant elle n’avait ni vu ni entendu Claire entrer dans son bureau et se précipiter vers elle.

« Pourquoi fais-tu celas tu es folle ? Donne-moi ces papiers ! Pourquoi as-tu refusé de parler à ma secrétaire ?

– Oui je le suis folle mais de toi.  Tu ne seras pas à elle ! Je ferai en sorte que tu me reviennes !

– En détruisant ma société ? En déchirant les contrats de mes plus gros clients ?

– Oui une fois que tu n’auras plus rien tu seras à moi !

– Ne crois pas ça, tu m’as perdue à tout jamais ! Donne-moi ces documents, tu es virée ! Tu ne fais plus partie du personnel, je ne veux plus te voir !

– Ah oui ? Eh bien regarde, tu ne vas pas de débarrasser de moi comme ça !

– C’est ce que l’on va voir ! »

Elle voulut déchirer encore d’autres papiers mais n’en eut pas le temps. Claire était près d’elle et d’un geste, elle put récupérer les fameux contrats ainsi que d’autres papiers importants. Cécilia ne put rien faire d’autre que pleurer et hurler qu’elle l’aimait. C’était peine perdue, Claire était déjà ressortie du bureau en informant sa secrétaire que Cécilia ne faisait plus partie du personnel. Claire appela Alyzée pour l’informer des événements.

Ensuite elle prévint la sécurité du licenciement de Cécilia et leur demanda de l’escorter vers la sortie. Cécilia résista avant de quitter son bureau. Ses cris firent sortir tout le monde dans le couloir. Les deux molosses ne se laissèrent pas impressionner par l’hystérie de Cécilia et la poussèrent hors de ses murs. C’est encadré par eux qu’elle traversa la société en essayant de marcher droit mais cela était peine perdue. L’alcool avait eu raison de sa dignité Comment avait-elle pu tomber si bas en l’espace de quelques jours ?

Claire la regarda partir sans un regard. Elle attendait que son amie vienne la rejoindre pour se jeter dans ses bras. Elle avait besoin d’être serrée très fort par celle qu’elle aimait.

« Tu n’as rien ça va ?

– Non ne t’en fais pas, elle était dans un drôle d’état, j’espère qu’elle ne va pas faire une bêtise.

– Non je ne pense pas. Tu as pu récupérer les documents ?

– Oui tout va bien de ce côté-là. Quant à elle, je viens de la licencier pour faute grave

– Je me doute que cela n’a pas dû être facile. Tu n’avais pas le choix, elle a vraiment été très loin cette fois-là !

– Ce qui est fou est que c’est une bonne directrice adjointe, qu’elle a fait vraiment beaucoup pour la société.

– Elle a craqué, elle est devenue incontrôlable. Tu ne pouvais plus rien faire pour l’aider. Tu ne pouvais pas non plus être jour et nuit avec elle pour l’empêcher de faire des sottises.

– ça me fait mal quand même.

– Je me doute bien ma beauté. Si tu veux on sort ce soir, je t’emmène au restaurant pour te changer les idées, ça te dit ?

– J’en ai bien besoin mon cœur.

– Dès que tu auras fini ce soir, passe me chercher à la maison à 20 heures.

– A ce soir mon cœur !

– A ce soir ma beauté ! »

Claire savait qu’elle pouvait compter sur Alyzée en cas de pépins. Un baiser d’elle, se blottir dans ses bras la rassurait plus que tout. Claire pensait à Cécilia et à sa descente aux enfers. La situation dans laquelle elle se trouvait était sa faute. Claire s’était remise au travail pour pouvoir être à l’heure à son rendez-vous. Les deux amoureuses étaient impatience de se revoir, de pouvoir enfin s’embrasser et se câliner en toute tranquillité. La journée qui avait mal commencé passa plus vite de prévue.

Alyzée était rentrée chez elle depuis un bon moment. Elle avait eu le temps de passer sous la douche, de se changer aussi. Ensuite elle regarda son courrier quand on sonna à sa porte. C’était son amour qui y était adossé avec un grand sourire. Alyzée lui prit le col de veste et l’attira à elle tout en fermant la porte derrière elles. Elle l’embrassa langoureusement. Elle relâcha son étreinte afin de lui faire visiter son petit appartement. Il était simple mais douillet, idéal pour un couple amoureux. Ce lieu était à l’image d’Alyzée : ordonné. Il plut immédiatement à Claire, qui détestait elle aussi le désordre, car il était totalement à l’image de l’élue de son cœur. C’est Alyzée qui donna le signal du départ. Elle prit la main de Claire et toutes deux partirent au restaurant.

« Je t’emmène dans un endroit qui te plaira je pense. Mets ton casque, on y va !

– On y va à moto ?

– Oui pourquoi ? Si tu veux y aller en voiture pas de problème, je ferai tout ce que tu voudras mon cœur.

– Je ne veux pas être décoiffée avec le casque. En plus je n’ai pas vraiment mis la tenue avec ma jupe, mes talons et mes bas.

– Tu as raison. Tu es vraiment très belle ce soir mon amour, j’adore quand tu te fais élégante pour me séduire. Prenons ta voiture, je vais conduire si tu veux !

– J’ai faim, allons-y ! Tu as un charme fou tu sais avec ta tenue de motarde. Garde là si tu veux !

– Donne-moi deux minutes, je me change.

– D’accord ! »

Ensuite Alyzée prit les clés que lui tendit Claire et prit le volant de sa voiture cabriolet. Alyzée était impressionnée par la classe de Claire. En effet il n’y avait pas à dire, cette femme était la beauté incarnée. Quand elles arrivèrent dans un village, classé parmi les plus beaux du pays, Alyzée gara le bolide dans la cour d’un château. C’est alors que Claire découvrit cet endroit qu’elle ne connaissait pas.

« C’est magnifique. Comment se fait-il que je ne le connaisse pas ?

– Je voulais pour toi un lieu sublime, à la hauteur de l’amour que je te porte Je veux que toujours en toi tu gardes en mémoire cette soirée.

– Tu as parfaitement réussi, rien que la surprise de la découverte restera gravée en moi.

– Allez viens, nous sommes attendues ! »

Les deux femmes se dirigèrent vers l’entrée du restaurant gastronomique. Une grande salle leur faisait face. Les meubles étaient d’époque. Un grand tableau décorait le dessus de la cheminée. Des vases où des fleurs fraiches laissaient dégager une subtile odeur trônaient sur les buffets de bois ciselé. Le chef de rang se dirigea vers elles ? – Mesdames, votre table est prête, veuillez me suivre s’il vous plait ! –

Claire et Alyzée le suivirent tout en continuant de contempler la splendeur de la décoration qui les entourait. Elles arrivèrent à une table, en fond de salle, propice à l’intimité. Elles s’installèrent et Claire, touchée par toutes ces attentions, prit la main d’Alyzée.

« Tu m’as gâtée mon amour. Je suis très heureuse d’être là, ici avec toi !

– Je ne veux que ton bonheur.

– C’est gagné !

– Je veux tellement plus pour toi, tout te donner. Te rendre la plus heureuse des femmes.

– Ne t’arrête surtout pas, j’adore. En effet tu es celle que j’ai toujours attendue.

– Toi aussi tu es celle que je n’aurais jamais pu espérer, mon rêve le plus beau, tu es devenue ma réalité.

– Je suis amoureuse de toi.

– Je lui aussi et ce depuis ton premier regard. »

Sur ces mots, elles levèrent leur coupe de champagne à leur amour. Elles dévorèrent des yeux tout le diner, d’un regard tendre et complice. Claire apprécia la cuisine de ce chef réputé. Elle avait choisi le menu dégustation et ne le regretta pas. L’alliance des mets, leur légèreté la remplirent d’un plaisir intense. Ce fut un repas digne de leur passion naissante. C’est au dessert que Claire connut l’extase culinaire.

Une coque de chocolat sur laquelle le garçon fit couler du chocolat chaud. En éclatant sous la chaleur, elle révéla une crème chantilly rehaussée de framboises. Et sous cette couche, un praliné croustillant. Claire ne savait pas qu’à la fin du repas, une suite les attendait pour passer la nuit. Alyzée avait tout prévu. Un nécessaire de toilette les attendait ainsi que du change. Alyzée demanda à Claire de la suivre sans poser de questions. Claire allait de surprise en surprise. On lisait le bonheur dans ses yeux, l’amour fou aussi. A la réception le concierge leur tendit la clé.

« Madame nous avons fait selon vos désirs, vos affaires vous attendent.

– Merci beaucoup.

– Passez une excellente soirée !

– Merci. Bonne soirée à vous aussi ! »

Claire ne comprenait pas bien ce qui se passait.

« Viens mon cœur, la soirée n’est pas finie.

– Mais où va-t-on ?

– Suis-moi tu le sauras ! »

Elles prirent l’ascenseur pour le troisième étage. Alyzée prit la main de Claire et la guida vers la porte numéro quinze. Elle l’ouvrit et Claire poussa un cri devant la magnifique suite aux couleurs pastel. Au milieu, un lit à baldaquins bleu azur. Sur une table basse était posés une bouteille de champagne et les flûtes ainsi qu’un vase avec un bouquet de roses rouges.

« Tu es merveilleuse tu sais ? Alyzée je ne sais que te dire pour tout ça !

– Ne dis rien, tu es la femme que je veux dans ma vie, je veux te rendre heureuse voilà tout.

– Je le suis dès que tu es là avec moi, que je suis dans tes bras. »

Alyzée l’attira tout contre elle et l’embrassa tendrement. Elles ne mirent pas longtemps à se retrouver nues sur le lit si romantique. Alyzée fit l’amour à Claire avec encore plus de passion, de douceur que la fois précédente. Elle ne pouvait s’empêcher de montrer à Claire combien ses sentiments étaient forts et intenses. Claire ne pouvait plus résister aux caresses et aux baisers son amour. Jamais elle ne s’était sentie aimée de la sorte. Tout n’était que bonheur. En effet elle ressentait pleinement le désir et la passion débordante d’Alyzée. Ainsi elle se laissa aimer toute la nuit, s’abandonnant totalement sous les caresses.

Enfin elle s’endormit dans les bras de son nouvel amour. Alyzée la regarda s’endormir. Elle commencer à réaliser que Claire l’aimait, que c’était du sérieux pour elle. Tout à coup, Alyzée eut peur de ses sentiments, de ce bonheur qui était à portée de main. Claire était tellement extraordinaire, elle se demandait ce qu’elle ferait, une fois la phase d’idylle passée. Resterait-elle avec elle, avec toutes leurs différences ? Elle repensa aussi à Cécilia. Cette femme l’avait aimée à la folie, elle avait tout construit autour de Claire, lui avait donné son amour, sa vie.

Cécilia avait tout perdu en peu de temps, tout n’était pas sa faute. Alyzée se demandait comment elle réagirait face à une concurrente qui tournerait autour de son nouvel amour. Elle ressentirait elle aussi de la jalousie, elle serait possessive tout comme Cécilia. Des larmes lui montèrent aux yeux. Non elle ne voulait pas un jour avoir à vivre un tel drame. Alyzée se sentait déjà perdante devant une femme qui serait comme une étoile inaccessible. C’est pourquoi elle se leva sans réveiller Claire. Elle se dirigea vers le bureau et prit le bloc et crayon.

Mon cœur,

 

Ne m’en veux pas, je te quitte en te laissant mon cœur. Je ne suis pas celle qu’il faut à ta vie. Oublie-moi et sois heureuse.

 

Ton Alyzée

 

Elle plia le mot, le glissa dans une enveloppe et le posa sur l’oreiller. Ensuite elle s’habilla sans faire de bruit et partit. Enfin elle régla la note et se fit appeler un taxi. En rentrant chez elle, elle prépara un sac de voyage. Puis quand elle eut fini elle enfourcha sa moto et s’en alla à vive allure dans la nuit.

Claire se réveilla au petit matin. La place à côté d’elle était vide. Elle tata le drap, il était froid. Elle appela Alyzée. Personne. Elle vit sur l’oreiller l’enveloppe. Elle l’ouvrit. A la lecture du mot, elle éclata en sanglots. Claire ne comprenait pas. Pourtant c’était évident, elles étaient amoureuses, rien ne pouvait les séparer. C’est pourquoi elle resta clouée dans le lit, la lettre à la main. Enfin elle décida de se lever, de se doucher et de partir.

Par ailleurs elle apprécia la délicatesse d’Alyzée quand elle découvrit dans la salle de bain, du change et le nécessaire à toilette. Ensuite elle descendit à la réception où une jeune femme l’informa qu’Alyzée avait tout payé, qu’elle était partie depuis quelques heures déjà. Claire prit sa voiture et alla droit chez Alyzée. Pas de moto. Personne non plus à l’interphone. Elle tenta une fois encore de l’appeler. Mais elle tomba encore sur sa messagerie. Cette fois-ci elle laissa un message. – Ne me laisse pas, j’ai besoin de toi. Appelle-moi je t’en prie. –

Claire rentra chez elle. Elle attendit en vain des nouvelles, un coup de fil, mais rien ne vint. Elle passa une nuit blanche à se questionner sur cette soudaine rupture. Était-ce à cause d’elle ? Qu’avait-elle fait ou dit ? Ne lui avait-elle pas assez montré d’amour ? Était-elle une femme de passage ? Voulait-elle montrer à Cécilia qu’elle pouvait-être la meilleure ? Était-ce un jeu entre les deux rivales ? Claire allait de question en question. En effet cela n’avait pas de sens au vu des actes et des mots passionnés d’Alyzée. Cela n’était en rien un jeu. Alors pourquoi cette fuite ? Claire commença à comprendre tout ce qui c’était passé la veille : le restaurant gastronomique, la suite dans ce relais et châteaux. Cela n’était pas dans les habitudes de sa bien-aimée. En effet Alyzée avait dû se sentir inférieure et cela bouleversa Claire.

Alyzée s’était réfugiée chez son frère loin de tout. Par ailleurs elle avait écouté son portable et entendu la peine et la détresse de Claire. Pourtant elle se dit que dans quelques temps elle l’aurait oubliée. Aussi elle écrivit sa lettre de démission qu’elle envoya. Claire espéra retrouver Alyzée dans l’entreprise, elle était trop attachée à son travail pour s’absenter. Elle aurait ainsi son explication. Personne n’avait eu de ses nouvelles, elle n’avait même pas prévenue qu’elle ne viendrait pas. Ce n’était pas dans ses habitudes. Claire essaya encore et encore de la joindre sur son téléphone portable. Mais toujours ce satané répondeur. Claire décida le soir d’aller sonner chez Alyzée. Mais toujours personne. Claire était perdue, anéantie. Où était celle qui faisait battre son cœur ? Comment la retrouver ? Elle savait où se regroupaient ses amis motards. Eux non plus n’avaient pas de nouvelles.

Sur son bureau était ouverte la lettre de démission d’Alyzée. La secrétaire avait trié le courrier et elle avait mis celui-ci au-dessus de la pile. Elle éclata en sanglots à sa lecture. Elle examina le cachet de la poste. La ville n’était pas très éloignée de celle où elles avaient passé leur premier week-end. Mais où la trouver, rien ne disait qu’elle y était. Pourtant le devoir reprit le dessus et Claire fut happée par ses responsabilités. Ainsi les jours passèrent, sans nouvelles. Claire pleurait tous les soirs, le matin elle avait les yeux rougis. Elle commençait à devenir l’ombre d’elle-même.

Par ailleurs de son côté Alyzée n’était pas en meilleur état. En effet elle ne sortait plus, ne mangeait plus, elle était sur une autre planète, comme coupée du monde. Le week-end arriva et Claire décida de retourner sur la plage où elles avaient marché dans l’espoir d’y retrouver Alyzée. Elle s’arrêta dans la même station. Tout était présent à sa mémoire, bien en elle. Alyzée eut la même idée. Elle prit son casque et fila comme une fusée en direction de la mer.

Elle voulait retrouver ses souvenirs, être près de son amour en pensées. Quand Claire arriva sur le parking de la plage, elle remarqua une moto noire, en tout point identique à celle d’Alyzée. C’est alors que son cœur se mit à battre très vite, oui c’était bien la sienne, c’était son immatriculation. Elle courut sur la plage, à l’endroit où elles s’étaient embrassées. Alyzée était assise dans le sable, les yeux perdus dans l’horizon. Claire se dirigea d’un pas rapide vers elle. Alyzée en l’apercevant se leva et partit dans la direction opposée.

« Alyzée ne t’en va pas ! Attends-moi !

– Non je n’ai plus rien à te dire, va-t’en, laisse-moi !

– Pas question, je t’aime, je ne peux pas vivre sans toi.

– Oublie moi et refais ta vie, c’est beaucoup mieux ! »

Claire avait fini par rejoindre Alyzée. Elle lui prit le bras pour la forcer à arrêter.

« Pourquoi es-tu partie ? Tu ne m’aimes pas ?

– Je t’aime trop justement.

– Alors pourquoi partir ? Je ne comprends pas.

– J’ai peur de mes sentiments pour toi, peur de l’amour que je te porte, de tout ce bonheur perdu comme Cécilia l’a perdu.

– Ne dis pas de bêtises ! Tu n’es pas Cécilia. Je suis comme toi, moi aussi j’ai peur. Et tu vois, je suis là !

– Non je n’y arrive pas, oublie-moi, ça sera mieux !

– Je ne veux pas t’oublier. Je t’aime, tu es celle que je veux. Laisse-moi te donner l’amour qui est en moi.

– Je ne peux pas, te perdre serait ma fin.

– Tu ne me perdras pas ! Pourquoi dis-tu cela ?

– Je deviens possessive et jalouse.

– Je t’aime et je ne serai jamais à une autre.

– Cécilia pensait te garder.

– Tu es différente, tu me fais confiance, tu me respectes. Tu me parles, tu me regardes, tout ceci était absent chez Cécilia.

– Je n’ai pas sa classe, son savoir et toutes ses qualités qui t’ont séduite.

– Ce qui compte c’est toi. Avec toi je suis heureuse alors qu’avec elle je ne l’étais plus.

– Je ne sais pas, je ne sais plus.

– Donne-moi une chance de vaincre tes peurs de l’amour et du bonheur. Laisse-nous une chance de nous aimer et être heureuses ensembles.

– Tu ne vas pas fuir à chaque fois qu’une femme t’aime ?

– J’ai été à la place de Cécilia. Je sais ce qu’elle a souffert, ce qu’elle a ressenti aussi.

– Stop ! Cécilia n’est pas toi, alors arrête avec ça ! On a toutes souffert tu sais. Pense à l’avenir, à moi, à nous ! »

Alyzée ne savait plus que dire. Des larmes coulaient le long de ses joues que Claire lui essuya avec tendresse. Elle la prit contre elle et la serra fort. Elle lui murmura à l’oreille tout son amour. Alyzée se blottit contre son amour et sanglota encore plus fort. Elle releva la tête lorsqu’elle se fut calmée.

« Aide-moi à t’aimer encore plus et à être heureuse avec toi car je ne veux plus te perdre. Je t’aime.

– Mais je suis là et je ne te laisserai pas crois moi ! En effet je t’aime aussi, tu es à moi ! »

Enfin elles s’étaient retrouvées. Le bonheur serait l’avenir et l’amour l’écrin de leur bien-être. Alyzée faisait confiance à Claire, elle savait qu’elle n’avait plus à avoir peur de ses sentiments, de l’amour et de la vie à deux.

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