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Nouvelle lesbienne : Les mots que l'on ne dit pas

Les mots que l’on ne dit pas est une nouvelle lesbienne qui est la suite d’une passion infinie.

Mylène avait compris qu’elle n’était pas celle qui faisait battre son cœur. Le coup de téléphone de sa rivale avait été un révélateur. De cet échange téléphonique, Mylène avait parfaitement ressenti ce qui se passait entre Claudia et son interlocutrice. Elle avait cru la rayer de son existence mais les sentiments étaient plus forts que tout. Malgré les semaines passées depuis leur rupture, Claudia continuait à l’obséder.

Depuis plusieurs jours Mylène se battait contre son envie de contacter Claudia. A longueur de journée elle avait la tête dans les nuages, le cœur gros. Elle ne pouvait rester sans nouvelles, sans avoir un mot de celle qu’elle aimait. Un soir n’y tenant plus elle se connecta sur sa messagerie en ligne et vit que Claudia était en ligne. Elle lui envoya un mot auquel Claudia répondit immédiatement. Un mal être mais aussi un plaisir de se retrouver entre les deux femmes étaient perceptibles. Pour le combler Claudia se lança et invita son ex-amie à déjeuner.

Elles se retrouveraient le lendemain sur leur parking, près du terrain de pétanque. Claudia l’emmènerait dans un restaurant qu’elle connaissait bien. Mylène accepta et elles se quittèrent heureuses d’avoir pu reprendre le dialogue. Cependant Mylène passa une mauvaise nuit. Elle était impatiente mais se demandait si c’était une bonne chose de revoir Claudia, comment allait se passer leurs retrouvailles. Elle était contente de revoir celle qui était toujours dans son cœur. Pour elle rien n’avait changé, mais maintenant leur amour se conjuguait au passé.

Mylène passa la plus longue des journées car les heures de travail ne défilaient pas. Elle sentait se nouer une boule à l’estomac au fur et à mesure que l’heure du rendez-vous approchait. Elle eut juste le temps de rentrer, prendre sa douche et filer pour ne pas être en retard. Claudia arriva quelques minutes après. Elle était tout aussi tendue. Pourtant elles se dirent bonjour et leur complicité reprit le dessus en peu de temps. Elles se retrouvaient tout comme avant.

On pouvait ressentir que l’amour était là, présent. Seul un léger détail pouvait différencier leur nouvelle relation. En effet l’amour ne se traduisait plus par des gestes de tendresse, par des baisers amoureux. On ne pouvait voir que des yeux pleins d’amour, des petites phrases que l’on ose encore dire à demi-mots. Claudia avait choisi un endroit calme malgré le centre-ville. Elles s’installèrent tout en continuant à parler de tout, de rien. Elles arrivèrent même à rire aux éclats. Après avoir passé la commande, Claudia regarda fixement Mylène.

« Je n’arrive pas à croire que l’on n’est plus ensemble, tu es toujours là en moi, dans ma tête. Tu ne me quittes pas. Je ne peux pas m’y faire pour le moment, trop de chose de toi sont présentes.

– Pour moi c’est pareil, je ne peux pas le croire, mais cela est pourtant la réalité ! Comme tu le disais si bien « Ni avec toi, ni sans toi » tu vois on en est là, pas plus avancées qu’avant. Mais moi je t’aime toujours …

– Je sais, mais moi aussi je t’aime encore…. Tu sais aussi que j’aime une autre femme. Je ne peux pas te laisser. Ne pas te voir m’est impossible, j’ai besoin de toi, de ta présence, d’être avec toi même quelques heures. je sais aussi que tu souffres de cette situation. Mais je sais que tout comme moi tu as besoin de me voir, de retrouver nos habitudes.

– Oui c’est vrai j’ai besoin de te voir. Pourtant tôt ou tard il faudra que je choisisse ma voie, que je cesse de t’aimer. Je vais donner tout l’amour qui est en moi à une autre femme. Tu as fait un choix, je le respecte. T’aimer est une souffrance que je ne pourrai supporter des mois, des années encore. Aimer sans retour est la pire des choses qui puisse arriver.

– Je sais le mal que je t’ai fait, que je te fais encore. Mais je ne peux aimer deux femmes en même temps. mon choix a été dur et pénible à faire, crois-moi ! Je sais que je t’ai perdue mais que pour moi tu seras à jamais une amie très proche, très importante aussi. Une amie que je veux garder. Tu m’es chère et tu restes dans mon cœur, dans ma tête aussi.

– Je ne veux pas de ton amitié ! Ce qu’il y a entre nous est au-dessus de tout cela. Comment pourrais-je donner de l’amitié à la femme que j’aime ? Je ne sais pas faire cela car je suis entière voilà tout, je ne fais pas dans la demi-mesure ! En effet je donne tout de moi soit en amitié soit en amour mais jamais de l’un à l’autre. Tu vois on est bloquées. Il faudra bien trouver une solution à notre problème, qui est toujours le même tu me diras !!!  Ni avec toi, ni sans toi !!!

– Non le problème est réglé pour moi, je suis avec une autre femme. Tu n’auras que mon amitié rien d’autre, un point c’est tout !

– Laisse-moi encore espérer même si je ne fais que rêver ! Revenir en arrière est impossible pour toi. Tu ne peux être avec deux femmes à la fois. Tu es fidèle dans tes sentiments vis à vis de ta nouvelle compagne. Je regrette aussi d’avoir dit des choses qui t’on fait mal, que j’ai dites sur le coup de la colère, du mal qui était en moi. En effet je n’avais pas à faire cela, à dire tout ça pour te blesser car je sais que tu es revenue près de moi bien souvent, je sais aussi tout ce que je te dois ! L’amour que je te porte a toujours balayé nos ruptures.

– J’aime tout ce qui est nous, nos habitudes, nos endroits. Je ne veux pas que l’on arrête de se voir. Tout ça est trop important pour moi. J’en ai besoin, c’est mon oxygène. Pour le reste je sais que tout ce que tu m’as dit, l’a été sous le coup de la souffrance. je ne t’en veux pas. Tu es un amour de femme tu sais !

– Un amour de femme ? J’aimerais bien te croire ! Si tu le dis ! Comme toi j’espère aussi que l’on continuera nos week-ends à visiter Paris !  Ne t’en fais pas, je sais me tenir, je n’essayerai rien, je te le promets. Je te respecte tout comme je respecte ton choix.

– Oui bien sûr, pas de soucis. Nous sommes amies n’est-ce pas ?  De toute manière de mon côté il ne se passera plus rien, pour ce qui est du tien, je te fais confiance. Tant bien même qu’il devrait se passer quelque chose, j’ai aussi mon jardin secret. J’en prendrai le risque voilà tout, je ferais avec au cas où… mais on n’en est pas là !

– Je ne voudrais pas que ta compagne s’imagine des choses, que tu aies des ennuis à cause de moi ou d’un malheureux week-end à faire des photos !

– Non ne t’en fais pas. Nous continuerons nos escapades comme avant à découvrir Paris à notre façon. On est des pros de la photo, non ? J’adore passer du temps avec toi, être avec toi tout simplement. Donc laissons passer un peu de temps et nous reprendrons tout cela.

– Ce sera avec plaisir ! Je ne te propose pas de vacances ? En effet je crains que ce soit trop tôt et mal venu. Malgré tout je suppose que tu mets des limites à notre relation ! Et puis je te donnerai encore des mauvaises habitudes, tu risquerais de ne plus vouloir me quitter ! »

Mylène et Claudia se mirent à rire de cette dernière phrase. Elles reprirent leur conversation, le regard brillant de souvenirs de leurs tendres moments. Cela les avait quelque peu replongées en arrière.

« Les vacances c’est tout autre chose. Je pense qu’il serait préférable de rester sur des week-ends pour l’instant. Je ne dis pas que cela me déplairait mais je préfère refuser.

– De toute manière je me contenterai de ce que tu voudras me donner. Quand tu auras le temps aussi pour me voir…Tôt ou tard nos rencontres s’espaceront. Puis nos habitudes deviendront de vieux souvenirs tout comme le reste…

– Pas du tout ! Je ferai en sorte que cela n’arrive pas. J’y tiens moi à nos petites habitudes ! Pas toi ? Je ne veux pas les perdre, surtout pas !

– Tu sais parfois on dirait un vieux couple avec toutes leurs petites manies ! Sur que j’aime nos habitudes et tout ce qui va avec.

– Oui c’est vrai ! C’est sympa tu ne trouves pas ?

– Oui mais on n’est plus un couple !!! »

Un silence s’était installé. Claudia mangeait sa glace caramel en baissant la tête. Là encore elle prenait vraiment conscience de leur séparation. Mylène buvait son café. Pour elles deux c’était difficile. Leur rencontre se passait bien malgré une tension non dissimulée. Un rien pouvait mettre le feu aux poudres. Mylène se contenait dans ses propos, elle n’osait pas aller au bout de ses pensées car elle avait peur. Peur de dire ce qui ne fallait pas, peur aussi de blesser ou de faire du mal à cette femme qu’elle aimait plus que tout.

Peur de son côté impulsif et de son envie de tout laisser en plan et de fuir devant les obstacles. Pour Claudia c’était différent. Elle montrait peu ses affects car elle ignorait ce qui se passait. Un mur épais la coupait de ses émotions. Rien ne paraissait sur son visage. Elle semblait figée. A la fin du repas Mylène paya l’addition et un sourire se dessina sur le visage de Claudia. C’était un remerciement très plaisant. Mylène ramena son amie devant chez elle, la remercia pour la rencontre et rentra chez elle. Claudia de toute évidence avait apprécié ce moment car elle proposa un autre.

Chacune avait repris sa vie. Elles se contactaient régulièrement, s’échangeaient des banalités en prenant des nouvelles l’une de l’autre. Claudia avait sa compagne, ses amies. Quant à Mylène, elle s’était encore plus investie dans son travail. Elle se fatiguait pour éviter de trop penser, de trop souffrir. Le soir elle retrouvait des connaissances plus ou moins intéressantes sur un chat. Elle finit par accrocher avec une femme plus jeune qu’elle, prénommée Maureen, décoratrice d’intérieur. Mylène aimait la retrouver pour pouvoir discuter. La fraîcheur et l’innocence de cette femme lui plaisaient bien. Avec elle Mylène essayait de regarder vers l’avenir.

Elle voulait se donner la possibilité de reconstruire une relation comme celle qu’elle avait connue avec Claudia. Le feeling et une certaine complicité s’étaient installés entre les deux femmes. Elles avaient plaisir à se retrouver et à discuter. Mylène en arrivait même par moment à ne plus penser à celle qui était dans son cœur. Elle arrivait à en oublier sa souffrance. Alors qu’elle ne s’y attendait plus, Claudia la contacta pour lui proposer de manger ensemble. Cela faisait maintenant un moment qu’elles ne s’étaient pas vues. Elles se retrouveraient à l’heure dite au même endroit que la fois précédente.

Mylène était en stationnement quand elle entendit frapper à son carreau. Claudia était près de la voiture avec un beau sourire. Elle lui demanda de l’accompagner en ville pour chercher des bricoles. Elles discutèrent de choses et d’autres. La tension entre elles étaient retombée. Elles passèrent un bon moment à déambuler dans les rues à regarder les boutiques. Quand une petite faim se fit sentir, Claudia lui proposa un restaurant à l’écart de la foule. Elles s’installèrent en terrasse où il y avait peu de monde.

« Tu viens souvent dans ce resto ?

– Je suis déjà venue avec mes collègues de boulot et des amis.

– Il a l’air sympa, en plus avec une terrasse c’est cool.

– Oui très agréable, en plus on y mange bien et le prix est correct.

– Tu sais j’aime être avec toi, l’autre jour j’avais une envie folle de t’embrasser.

– Ah bon ? J’étais bien ! j’avais remarqué que tu t’étais rapprochée, pourquoi ne l’as-tu pas fait ? Tu sais que je ne t’aurais jamais repoussée !

– Je ne peux pas, je n’en ai pas le droit et tu le sais. Pourtant ce n’est pas l’envie qui me manque bien souvent !

– Moi aussi mais tu sais que je ne ferai jamais le premier pas. Je n’ose pas ! Et me prendre une veste ça non !

– Cela ne risque pas car c’est toujours moi qui allais vers toi ! Dommage que tu n’oses pas, tu passes à côté de beaucoup de choses je pense !

– Je sais que je suis passée à côté de beaucoup de choses, que j’ai perdu aussi parfois les femmes que j’aimais à cause de ça. Je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi. Même si je suis prête à me lancer, au dernier moment je n’ai plus de courage. Ce courage qui me manque tant…

– Tu es courageuse Claudia, un jour peut être te lanceras-tu ? Je te le souhaite de tout cœur crois moi !

– Je peux te poser une question ?

– Bien sûr que tu peux !

– Si on était resté ensemble, crois-tu que j’aurais pu te rendre heureuse ?

– Sûrement ! je pense que tu aurais pu me rendre tout à fait heureuse, tu es un amour de femme, tu as toutes les qualités pour.

– Merci. Ce qui est dommage c’est que ce n’est pas toi que je rendrais heureuse ! Tu as fait des rencontres ses derniers temps ?

– Oui j’ai rencontré quelqu’un. Maureen, elle est cool, on s’entend toutes les deux. Maureen a beaucoup d’humour, elle est très gentille et très agréable aussi.  Qui peut dire ce que sera la suite. Pour l’instant je laisse aller, je verrai bien. Je ne veux plus rien prévoir.

– C’est super ! Je souhaite qu’entre vous ça marche. Tu le mérites, tu es adorable.

– Si elle entre dans ma vie, il y a une chose que je ne ferai plus. Je ne pourrai plus te donner tout ce que je t’offrais, ça sera à elle après que je le destinerai. Elle aura tout de moi, tu sais de quoi je parle !

– Oui je sais de quoi tu veux parler. Tu m’as gâtée sur tous les plans je crois. Je n’ai jamais eu à me plaindre. Tu m’as apporté tout ce que l’on peut attendre d’une relation amoureuse. Tu as fait bien plus, j’ai eu de la chance. Mais c’est tout à fait normal que Maureen reçoive cela de toi si tu devais aller plus loin dans votre relation, quoique que j’aurais préféré que ce soit à moi. A cet instant je suis jalouse. Mais bon que veux-tu c’est la vie. Tu es libre, tu ne m’appartiens pas…

– Je n’en suis pas encore là ! Pour le moment j’apprends à la connaître, je n’ai pas encore pris de décision. Je ne veux pas me planter encore une fois !

– Oui je te comprends mais j’espère malgré tout qu’entre vous cela marchera. Que tu pourras aller de l’avant. Tu dois essayer d’oublier le mal que je t’ai fait, que je te fais encore !

– Laisse tomber avec ça ! Chaque chose en son temps.

– Une chose est sure, on continuera de se voir, à moins que tu changes d’avis bien sûr. Cela personne ne pourra me l’interdire, ni même m’en empêcher !

– Pour moi c’est pareil, on continuera nos petits restos, nos balades et tout le reste, ne t’en fais pas ! Hors de question de nous priver de tout cela, c’est à nous rien qu’à nous ! Puis sans nos habitudes que deviendrais-je ? Après tout c’est ta faute, sans toi je n’y aurais pas pris goût ! »

Claudia en disant cela s’était mise à rire. Mylène lui avait toujours fait plaisir, elle ne pouvait pas résister au plaisir de la combler. Mylène la regardait avec amour. Claudia était magnifique quand elle riait, que ses yeux brillaient. Rien que pour voir l’élue de son cœur être heureuse, elle se serait damnée, rien n’avait été trop beau quand il s’était agi de la gâter ! Claudia avait une révélation à faire à son amie. Elle ne savait pas comment faire, elle craignait la réaction de Mylène. Pourtant elle se devait de lui dire au risque de lui faire encore plus mal. Elle gardait tout cela en elle depuis bien trop longtemps. Elle n’en pouvait plus, elle devait se libérer de ce fardeau qui lui pesait sur la conscience et qui la rendait malade.

« Mylène je dois t’avouer quelque chose, cela n’est pas évident pour moi.

– Vas-y je t’écoute.

– Cette femme qui est avec moi est celle que j’aime depuis des années. Il m’arrivait de penser à elle quand j’étais avec toi. Tout comme quand je suis avec elle, je pense à toi. Je ne pouvais pas ne pas penser à l’une ou à l’autre. De cette manière j’étais toujours avec vous mais à ma façon. J’étais amoureuse de toi mais elle je l’aime.

– Super ! Cette femme dont tu me parles est celle qui t’a fait tant souffrir ? Je savais que tu l’aimais mais pas à ce point ! J’espère qu’elle sait la chance qu’elle a d’être aimée par toi, qu’elle la saisisse surtout ! Je la déteste, tu sais pourquoi !

– Oui je sais pourquoi ! Mais c’est fini, elle ne recommencera plus !

– Je n’y crois pas parce que je t’ai vu si souvent mal à cause d’elle. Elle ne t’a vraiment pas épargnée ! Je ne veux pas que cela recommence, je n’ai pas confiance en elle pour te donner le bonheur qui t’ai dû !

– Je pense que cette fois-ci sera la bonne, ne t’en fais pas. Elle est certaine de son amour pour moi, elle souhaite enfin bâtir une relation à très long terme ce qu’elle a toujours refusé ! Cette fois j’ai gagné la partie. Je suis heureuse !

– Justement je m’en fais ! J’ai des raisons pour cela. Si tu sais qu’elle te rendra heureuse et que cette fois-ci c’est la bonne alors t’en mieux. Je te souhaite tout plein de bonheur. Mais tu sais que je serais là en cas de soucis…. Pour le reste j’avais parfois remarqué que tes pensées étaient ailleurs, mais je ne pensais pas qu’elles étaient près d’elle !

– Je suis désolée de te le dire si brutalement, mais il le fallait ! Excuse-moi !

– Ce n’est pas ma soirée on dirait ! Tu en as encore d’autre comme ça ?

– Je suis vraiment désolée crois moi ! Tu ne mérites pas tout ça ! »

Elles en étaient au café. Mylène serrait les dents. Elle était pâle, comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Tout s’écroulait encore une fois. Cette révélation lui avait fait du mal. Elle s’était sentie trahie par cet aveu. Elle se mit à se poser intérieurement des questions. Tout allait très vite dans sa tête. Elle se demandait si les mois passés avec Claudia avaient été vraiment sincères, si les sentiments qu’elle disait avoir étaient vraiment réels, si leurs moments de bonheur n’avaient pas été que du vent.  Avait-elle rêvé ? Est-ce que Claudia lui avait joué la comédie ?  Claudia la regardait et savait exactement où en était Mylène.

Elle était dans un état d’impuissance devant son désarroi.  Elle était tout aussi perdue. Pourtant elle savait que tout était fini entre elles, que la douleur de Mylène serait amplifiée par cette trahison avouée tardivement. En définitive Claudia aurait du mal à se remettre de leur séparation car elle ne supportait d’avoir asséné le coup fatal.  Claudia en avait pris conscience en voyant la détresse dans les yeux de celle qu’elle avait aimée. Il est des secrets qu’il ne faut garder qu’au fond de sois. C’est par égoïsme qu’elle s’était libérée d’un poids qui lui nouait la gorge. En tentant d’apaiser sa douleur, elle n’avait fait que l’accroitre.

« J’ai eu des sentiments très forts pour toi, j’ai vraiment été très amoureuse. Je n’ai pas joué avec toi si c’est à cela que tu penses ! J’ai été honnête quand je te disais « je t’aime » ! J’ai été heureuse avec toi, nos moments resteront dans mon cœur tu peux en être sûre. Je te jure aussi que je n’ai jamais fait semblant avec mes sentiments à ton égard car ils étaient plus que sincères !  Pourtant je ne cherche pas me racheter en te disant tout cela. Cela vient du fond du cœur tout simplement. Je sais que pour toi cela est dur à croire, mais c’est la vérité !

– Je pense que je vais rentrer il se fait tard puis ça vaut mieux je pense…

– Bien je règle l’addition et on y va… »

Elles quittèrent le restaurant sans un mot. Mylène était comme anéantie. Malgré tout Claudia se rapprocha d’elle sans pour autant savoir quoi faire pour l’apaiser. Elle avait aussi mal se persuadant que les choses devaient être dites, qu’il n’y avait rien à regretter. Toutes deux marchaient silencieusement comme des robots jusqu’à la voiture de Mylène. Cette dernière fit comme à son habitude, déposa Claudia devant sa porte. Elle l’embrassa sans un mot, sans une parole. Cependant avant de la quitter, Mylène la retint encore quelques minutes. Elle détacha son pendentif qui représentait des clés en argent blanc.

« Les clés sont à toi, tu as fermé mon cœur à tout jamais, je n’en ai plus besoin ! Garde-les en souvenir ! »

Mylène aurait voulu entendre de Claudia « ne me laisse pas, j’ai besoin de toi ! Je t’aime ! » Mais rien, que du silence, juste un regard quelque peu embrumé par une larme. Claudia serra le bijou dans sa main. Tout était bien fini désormais. Elle avait perdu l’amour de sa vie quelques mois auparavant, ce soir elle venait de le perdre à tout jamais. Si seulement elle lui avait dit tout ce qui était en elle. Claudia voulait lui avouer qu’elle avait toujours pour elle de l’amour. Que ses sentiments n’avaient pas changé. Néanmoins elle la regarda partir encore une fois, tourner au coin de la rue avant de s’effondrer en larmes.

Elle aurait voulu absolument la garder car Mylène était comme une sécurité dans sa vie. Elle avait tant besoin d’elle. Pourtant seul l’avenir lui dirait comment faire effacer Mylène de sa vie, de son cœur. Pour Mylène les mois, les années l’aideraient à de nouveau aimer et à revivre pleinement une relation d’amour intense. Mylène ne pouvait pas s’imaginer que les mois à venir seraient si douloureux. Elle continuait à faire comme si tout allait bien. Dans son entourage personne n’avait vu la souffrance qui était comme une seconde peau.

Un sourire, une blague, elle était toujours prête à rire et s’amuser. Elle était le bout entrain qu’il fallait avoir près de soi. Son vrai visage elle seule le voyait en rentrant chez elle, s’écroulant en pleurs. Là seulement elle pouvait exprimer ce mal qui la rongeait et la détruisait au fil des jours. Sa vie continuait. Boulot, famille, sorties, elle s’étourdissait de tout ce qui pouvait lui éviter d’être seule.

Pour Claudia tout allait bien, elle roucoulait avec sa compagne, ayant su tirer un trait sur ce qui avait été une histoire d’amour de quelques semaines. De temps en temps le manque de Mylène lui rappelait bien des choses mais elle se hâtait de le classer dans le tiroir du passé. Cet amour était mort voilà tout bien. C’est sûr qu’elle regrettait parfois de ne plus voir celle qui était son amie, sa confidente. Elle éprouvait une pointe de regret, quelques remords aussi. Elle avait fait un choix, elle l’assumait même si elle se disait qu’elle aurait peut-être dû la retenir, ne pas la laisser partir.

Les mois défilèrent. Claudia remettait à plus tard un coup de fil, un mot qui aurait peut-être pu faire revenir Mylène près d’elle. Pendant ce temps-là, Mylène pour panser sa plaie s’était abonnée à un site de rencontres. Des dials sympathiques, plein d’humour lui changeaient les idées. Sa relation avec Maureen n’avait pas eu de suite, la différence d’âge ayant fini par creuser un fossé. Elle se remettait à rêver à une autre histoire d’amour. Elle s’était plus ou moins fait un cercle d’amies avec qui elle pouvait parler de tout et de rien.

Mais elle était loin de pouvoir franchir le pas de l’amour, des sentiments. Aucune ne pouvait lui donner ce que lui avait donné Claudia. Pas une femme n’arrivait à la hauteur de celle qui avait pris son cœur. Les saisons passèrent ainsi sans rien à l’horizon. Plus les mois passaient plus Mylène se refermait sur elle-même, faisant le vide autour d’elle. Mylène se rendait compte qu’elle ne ressentait plus grand-chose au fond elle. Une sorte d’hiver avait envahi son cœur. Aucune femme n’arrivait à lui redonner le sourire et l’envie de vivre un nouveau bonheur.

Elle avait cessé de voir Claudia depuis bientôt deux ans. Celle-ci était toujours présente dans sa mémoire, rien ne pouvait l’effacer. Sa rencontre avec Stéphanie sur ce site de rencontres pour femmes semblait l’avoir apaisée. Un lien s’était tissé entre les deux internautes. C’est Mylène qui proposa à Stéphanie de passer un weekend end ensemble qui accepta en l’invitant chez elle. En remerciement Mylène lui offrirait le restaurant. Tout fut organisé dans les moindres détails en une semaine. Dès le vendredi une angoisse légère envahit Mylène. Comment allait se passer ces deux jours avec Stéphanie ?

Elle était bien avec elle sur le net mais de grands points d’interrogations se posaient à elle. Elle verrait bien le moment venu. En préparant son sac de voyage elle n’oublia pas de mettre un petit cadeau pour Stéphanie. Elle prit le train et arriva à l’heure dite au rendez-vous. Stéphanie était déjà la qui l’attendait sur le quai. Elles s’embrassèrent et commencèrent à parler comme de vieilles amies. Leurs papotages continuèrent au restaurant. Stéphanie fut ravie de savourer de succulents mets dans un cadre sublime. Elles prirent ensuite le chemin de l’appartement de Stéphanie. Le trajet fut d’une longueur raisonnable et très plaisante de surcroit.

On aurait pu croire en les voyant à des retrouvailles d’amies d’école. Stéphanie regardait avec une grande tendresse Mylène. On pouvait percevoir dans son regard une attirance pour celle-ci. Elles arrivèrent dans l’appartement que louait Stéphanie. Celui-ci était petit mais fort accueillant. Toute deux s’installèrent et continuèrent à mieux se connaître autour d’un café et quelques gâteaux. L’après-midi se passa ainsi, entre rires et discussions sérieuses. Stéphanie proposa de dîner, elle avait préparé une salade et une quiche Lorraine. Cela convenait à Mylène qui n’avait pas très faim. Elles décidèrent ensemble de la soirée, un bon film bien installé devant la télé ferait l’affaire.

Une fois le repas terminé, elles prirent leurs douches et filèrent se mettre au le lit devant le petit écran. Mylène était à l’aise, elle se sentait bien. Stéphanie était une femme adorable et très serviable. Elle était aux petits soins pour son invitée, elle ne laissait rien au hasard. Une fois dans le lit, Stéphanie prit les télécommandes et s’occupa de lancer le film choisi. Mylène s’était bien calée et était prête à découvrir ce classique de cinéma policier. Elle sentait bien que Stéphanie s’était rapprochée à la recherche d’un contact physique. Elle la repoussa doucement tout en lui expliquant qu’elle ne pouvait lui donner ce qu’elle désirait.

L’amour physique lui était impossible pour le moment. Cependant elle lui ouvrit les bras, seule la tendresse était possible. Stéphanie s’y blottit et Mylène la remercia de sa gentillesse et de sa compréhension. Elles regardèrent le long métrage l’une contre l’autre. Au bout d’un moment ce contact dégageant mutuellement de la chaleur les fit somnoler. Elles décidèrent de se coucher et de finir de regarder le film le lendemain. Mylène s’installa sur le côté et Stéphanie vint se mettre tout contre elle.

Mylène s’endormit rapidement ainsi que son amie. Au matin, Mylène s’éveilla la première et resta couchée pour ne pas réveiller Stéphanie qui dormait à poings fermé. Alors que Mylène s’était mise sur le dos, Stéphanie vint se coller contre elle. Cependant Mylène n’osa pas la repousser et la laissa finir sa nuit ainsi. De toute évidence celle-ci s’y trouvait parfaitement bien. Quand elle ouvrit les yeux elle vit qu’elle se trouvait dans les bras de Mylène. Elle s’en excusa et la remercia tout à la fois. Mylène lui répondit par un sourire.

Elles se levèrent et petit-déjeunèrent avec appétit. Par contre pas un mot sur ces gestes de tendresse, cette délicatesse aussi. Elles parlèrent ainsi de cuisine, de recettes une bonne partie de la matinée. Après le déjeuner Stéphanie proposa de finir la projection de la veille, toute deux voulaient savoir la fin de l’histoire. C’est tout naturellement que Mylène s’installa confortablement et lui ouvrit les bras. Stéphanie s’y blottit une fois de plus. Pas à dire, elles étaient bien ensemble. Mais les heures défilaient, bientôt il faudrait que Mylène rentre. Le film terminé, il était l’heure de partir. Stéphanie raccompagna son invitée à la gare. Sur le chemin elles discutèrent de leur prochain week-end.

Toute deux avaient été ravies de ces merveilleux moments passés ensemble. Un très beau lien était né entre elles. Elles se dirent au revoir sur le quai. Mylène monta dans le train et Stéphanie la regarda partir avec un pincement au cœur. Comme prévu elles se retrouveraient sur le net en fin de soirée. Mylène avait aimé ces moments de complicité, cette douceur. Mais au fond d’elle rien n’avait brisé la glace. Elle se sentait bien, détendue, elle était choyée par son amie, mais rien n’y faisait. Cette femme avait toutes les qualités possibles cependant elle ne serait pas celle qui ferait rebattre ce cœur brisé par l’amour.

Il y eu plusieurs week-ends du même style. Mylène se lança à corps perdu dans une relation qui n’était pas du tout pour elle. Elle arrivait à se donner sans vraiment trop y croire. Ce besoin d’amour lui était offert, mais cela ne faisait que lui faire plus de mal. Stéphanie s’attachait de plus en plus à elle, attendait avec impatience leurs rencontres amoureuses. Pour Mylène cela devait une angoisse. Elle n’arrivait plus à se jouer la comédie. Elle se noyait un peu plus à chaque fois. Son mal être était là, tellement voyant pour qui la connaissait. Mais comme à son habitude, elle cachait cela. Puis ne pouvant plus feindre la distance qui s’installait, elle préféra rompre.

Pour Stéphanie cela fut un douloureux moment. Elle ne comprit pas vraiment ce qui se passait. Elle reprocha à Mylène de ne pas savoir montrer ses émotions, de ne jamais dire ce qui se passait en elle. Que parfois un mot de tendresse serait le bienvenu. Mylène avait fait des efforts mais cela n’était pas possible. En effet elle avait tellement donné à Claudia que plus rien ne pouvait sortir de sa bouche. Pourtant elle qui croyait en la valeur des mots, des phrases, était muette.

Ainsi elle n’arrivait plus à croire à l’amour. Tout en elle était mort, son corps, ses mots, ses émotions. Pourtant elle aurait voulu crier tellement cela lui faisait mal, elle n’y arrivait pas. Pour seule explication de sa rupture, Stéphanie vit couler une larme le long de ses joues. Jamais Mylène ne retrouverait ce qu’elle avait perdu. L’amour qu’elle avait connu avec Claudia lui resterait en mémoire à tout jamais. Mylène savait que jamais plus elle ne retrouverait la passion amoureuse qu’elle avait eu pour cette femme. A tant la vouloir, elle avait fini par lui ressembler en passant à côté de l’amour.

De nouveau seule, Mylène se battait contre son envie de contacter Claudia. Elle ne pouvait rester sans nouvelles, sans avoir un mot de celle qu’elle aimait. Un soir n’y tenant plus elle se connecta sur sa messagerie en ligne et vit que Claudia était en ligne. Elle lui envoya un mot auquel Claudia répondit immédiatement. Elle aussi était de nouveau célibataire. Sa compagne l’avait encore trompée, elle souffrait de cette humiliation. Elle proposa à Mylène de la revoir. Celle-ci en fut ravie.

On voudrait y croire. Souffrance et romance riment bien ensemble. Pourquoi est-ce si difficile d’aimer ?

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