Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Le crime était plus que parfait

Le crime était plus que parfait est une nouvelle lesbienne pour les amateurs de romans policiers.

« La séance est terminée, c’est 50 euros ! A jeudi prochain, même heure mademoiselle ! ».

Océane dévala quatre à quatre les escaliers, elle avait en horreur de croiser les patients de son psychanalyste, surtout s’ils étaient des hommes. Elle avait entrepris cette démarche car un jour qu’elle se rendait au travail en bus, elle fut saisie d’une crise de panique à la vue d’une femme enceinte. Petit à petit elle fut incapable de sortir de chez elle et son existence commença à être un enfer. Agoraphobie diagnostiqua son généraliste.

Sa vie amoureuse avait été un désastre car l’idée de la maternité la terrorisait jusqu’à ce qu’elle prenne conscience qu’elle était attirée avant tout par les femmes. C’est sa compagne, Pauline, inquiète de son comportement qui lui avait conseillé de prendre rendez-vous auprès de ce praticien réputé car elle se rendait bien compte que tôt ou tard ce serait insupportable pour elles deux et qu’inévitablement leur couple envisagerait la rupture. Il était clair qu’Océane ne s’assumait pas en tant que lesbienne, inutile d’avoir étudié dix ans pour le savoir !  Papa Freud vous l’expliquerait mieux que moi…

Qui n’a jamais rêvé de commettre le crime parfait ? Fred en rêvait. En fait cette idée s’était imposée à lui peu après la naissance de leur fille Clémentine. Cette fille qu’il avait tant souhaitée, tant gâtée, tant chérie était pourtant à l’origine de cette haine qu’il vouait à Louise alors que toute son attitude laissait penser le contraire.

Il avait rencontré Louise en faculté alors qu’il terminait sa thèse de médecine. Cela avait été le coup de foudre, ceux que l’on lit seulement dans les romans. A l’époque Louise sortait avec Alain, le copain d’enfance et le compagnon d’études de Fred car elle n’ignorait rien de la jalousie ni de son pouvoir de séduction et avait refusé toutes ses avances. Louise n’était qu’en première année mais elle avait déjà atteint son but à savoir trouver un mari à la carrière prometteuse tout autant que ses revenus d’ailleurs. Il faut dire qu’elle n’avait pas eu de mal à réussir son plan avec sa longue chevelure brune, ses yeux bleu clair en amande et sa poitrine généreuse.

Ce n’est pas en révisant tard le soir que sa peau mate restait constamment bronzée ni son corps souple et savamment musclé. Mais de cela Fred comme Alain n’en avaient que cure. Elle avait tout de suite préféré Fred à Alain car il avait en perspective un avenir bien plus brillant en raison d’un père chirurgien esthétique, président du Conseil de l’Ordre des médecins, propriétaire d’une très grosse clinique, grand ponte connu dans le monde entier. L’éducation de Louise lui avait permis de contracter un mariage bourgeois où les bridges alterneraient avec les cocktails et les parties de tennis quand ce ne seraient pas quelques emplettes chez les plus grands couturiers.

Pendant ce temps les enfants seraient élevés par une jeune fille au pair. Fred s’était laissé séduire par cette promesse de couple conformiste à l’image de celui de ses parents. C’est ainsi qu’il déclara sa flamme à Louise après des années de cours assidue, excité par son rejet constant et fut le plus heureux des amants transis quand enfin elle dit oui. Il savait pourtant que Louise l’épousait pour sa fortune, son nom, ses titres et que l’amour n’était que la cinquième roue du carrosse pour elle mais qu’importe ! Louise avait assez d’atout dans son jeu pour susciter son désir et l’entretenir quand l’amour serait mort et ce qui comptait à ses yeux Louise le lui donnait bien.

Un bel objet que tout le monde admirerait et envierait, faisant de lui un homme aussi respectable et puissant que son père. Avec Louise il avait l’assurance d’un carnet mondain, très utile en toutes circonstances. Pour ce qui était d’Alain, leur amitié en prit ombrage, surtout lorsqu’il le menaça de le tuer le jour de son mariage avec Louise. L’incident fut vite oublié, l’alcool et l’heure tardive laissant peu d’empreinte dans le souvenir des rares convives encore présents.

Depuis deux ans tout allait pour le mieux pour Fred. Il était devenu chef de service et propriétaire de la plus réputée des cliniques esthétiques de la région. Son père avait pris une retraite bien méritée et voulait encore profiter des bienfaits de l’existence. Aussi le relais se fit dans les meilleures conditions et personne n’y trouva rien à redire. Fred inscrivait ses pas dans ceux de son père, n’était-ce pas ce qui pouvait lui arriver de mieux. Même la fidèle clientèle approuvait ce passage de main ce qui surprit Fred. Et pour couronner le tout depuis trois mois il était fou de bonheur car Louise venait de lui donner une fille, Clémentine, alors qu’il venait d’être élu par ses pairs meilleur chirurgien de l’année.

Il consacrait maintenant tout son temps libre à sa nouvelle vie de famille. Il ne pensait pas que la venue de cet enfant le bouleverserait à ce point. Lui, le cartésien, sur de ses jugements comme de ses gestes, ne s’était pas reconnu lorsque la déprime l’avait envahi pendant la grossesse de Louise. En effet, alors que rien ne l’avait laissé prédire, Louise avait connu en l’espace de deux jours une montée tensionnelle brutale ainsi qu’une poussée d’œdèmes au visage et sur les jambes qui l’avaient rendue méconnaissable.

L’enfant avait été sauvée de justesse car Louise avait été victime d’une crise d’éclampsie au moment de son accouchement. Tout son corps avait été secoué de violentes convulsions à la suite d’un œdème cérébral. L’obstétricien de garde avait effectué un forceps acrobatique pendant que l’anesthésiste réanimait Louise et la sage-femme Clémentine. L’accoucheur avait été formel : toute grossesse était contre-indiquée dans l’immédiat et si Louise était de nouveau enceinte elle devrait se faire suivre dans un grand centre équipé en réanimation. Fred savourait donc son bonheur à sa juste mesure, sachant qu’il avait failli les perdre toutes les deux.

Quelle ne fut donc sa surprise de voir Alain chez lui alors qu’il avait eu une déjà une journée épouvantable au bloc. Une opération avait failli mal tourner, une patiente trop désireuse de se faire enlever sa culotte de cheval avait omis de lui parler de son allergie à l’anesthésique. Fred de très mauvaise humeur le regarda sans même le saluer. Alain ne sembla pas déstabilisé par cette attitude et arbora un sourire méprisant qu’il avait toujours eu en cas de victoire. Louise alla au devant de Fred. Elle lui tendit un verre de gin, la seule boisson qui le détendait après une dure journée de travail. Alain lui aussi avait un verre à la main.

Visiblement il était là depuis un petit moment déjà. Les deux hommes se regardèrent d’un mauvais œil. Leur haine était toujours aussi tenace, le temps n’avait pas fait son œuvre pour adoucir les plaies. Fred avait été prêt à lui demander pardon, conscient de sa douleur, mais pas depuis qu’il avait appris par une indiscrétion de la voisine que Louise revoyait Alain en secret depuis plus d’un an. Il avait fermé les yeux pour ne pas jouer les maris jaloux car quitte à être cocu autant que ce le soit avec un homme qu’il estime.

Il avait aussi mauvaise conscience de ne pas passer plus de temps auprès de sa femme et de son « petit bout » et n’était-ce pas une situation préférable aux scènes de ménage et autres reproches qui inévitablement les pousseraient au divorce. Sauver les apparences et jouer la comédie du bonheur étaient plus à sa portée qu’assumer les insatisfactions de sa femme et les entendre.

« Qu’est-ce qui me vaut l’honneur de ta visite ? lança froidement Fred.

– Ma fille ! répondit méchamment Alain.

– Félicitation ! Je ne savais pas que tu étais père et que tu t’étais marié, dit Fred qui ne concevait pas la paternité hors mariage.

– Mais je ne suis pas marié. En fait je venais voir ma fille Clémentine. »

Fred pâlit, croyant avoir mal compris le sous-entendu. Mais Alain ne lui laissa pas le temps de se ressaisir.

« Si tu préfères « ta » fille Clémentine. Comme tu le sais, je suis pédiatre et mon confrère de la maternité où Louise a accouché m’a révélé ce matin que Clémentine était de groupe sanguin A Rhésus positif, tout comme moi alors que tu es O Rhésus positif et Louise O Rhésus négatif. Je te laisse donc tirer seul les conclusions qui s’imposent puisque tu es médecin.

– En effet il n’y a aucun doute, Clémentine n’est pas ma fille. Mais rien ne prouve qu’elle soit la tienne ! 

– Hélas Alain a raison Fred. Je ne t’en avais pas parlé mais il y a plus d’un an que je revois Alain. On n’oublie pas quelqu’un qu’on a aimé. Je suis sa maîtresse que ça te plaise ou non. J’ai toujours eu en horreur de choisir et je ne me suis jamais rien refusé quand quelque chose me faisait envie. Pendant toute ma grossesse je me suis demandé qui était le père de mon enfant. Mais à vrai dire, peu m’importait puisque je vous aime tous les deux. J’avais simplement oublié qu’on chercherait à connaître le groupe sanguin de Clémentine en vue de la prévention Rhésus. »

Fred de colère chassa violemment Alain. Louise craignant sa réaction partit régler avec la jeune fille au pair la journée du lendemain. Mais Fred partit se coucher sans plus de manières n’attendant pas son retour. En fait il allait faire payer très cher à Louise son infidélité. Il avait mis au point un plan machiavélique.

Le lendemain matin Fred appela la clinique pour annoncer qu’il s’absenterait un mois. Ensuite il prit une réservation pour deux personnes pour les Seychelles. Bien entendu la jeune fille au pair garderait Clémentine. Les vacances furent idylliques. Fred fit tout pour reséduire sa femme. Louise pensait qu’avec le temps la blessure se refermerait. L’essentiel était que Fred l’aimât encore. Et cela s’avéra vrai. Fred se montra encore plus amoureux de Louise qu’au début de leur mariage.

A leur retour Fred délaissa de plus en plus la clinique pour être auprès de Louise et Clémentine. Visiblement rien n’avait changé concernant Clémentine, il la considérait et la chérissait comme sa fille. Deux mois après le drame, Louise annonça qu’elle était enceinte. Fred tenait absolument à ce qu’elle gardât cette grossesse alors que l’obstétricien qui suivait Louise ne cachait pas son inquiétude. C’était beaucoup trop tôt pour avoir un deuxième enfant. Mais ce qu’il ignorait c’est que Louise afin de ne pas briser son couple offrait à Fred l’enfant de la réconciliation. En effet Fred semblait enfin heureux et l’orage définitivement éloigné. Alors que Louise était sur le point d’accoucher Fred lui pardonna entièrement son infidélité.

La grossesse fut aussi difficile que la première. Aussi son médecin décida d’une césarienne afin de ne pas prendre le risque d’une nouvelle crise d’éclampsie. Malheureusement Louise se mit en travail avant la date prévue. Fred aussi vite que possible l’emmena à la maternité malgré les embouteillages, prévisibles à cette heure de la journée.

Pourquoi avait-il refusé d’appeler l’ambulance comme Louise le lui avait demandé ? Toujours est-il que quand ils arrivèrent à la maternité, une crise d’éclampsie était en train de se produire. Louise passa directement au bloc opératoire. Fred était fou d’inquiétude. Au bout d’une heure, l’obstétricien sortit du bloc. Fred alla à sa rencontre.

« Mon vieux c’est une fille et elle va bien ! Mais il va falloir être courageux. Nous avons tout fait pour réanimer Louise mais elle est … Désolé ! »

Fred reçut la nouvelle comme le devait un veuf éploré. Il s’évanouit.

Quelques jours après l’enterrement de Louise, Fred reprit ses activités à la clinique. Tout était fini : le crime avait été plus que parfait. Il devait maintenant s’occuper d’Océane. Regretterait-il un jour d’en avoir fait l’arme du crime ?

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