Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Le capteur de rêves

Le capteur de rêves est nouvelle lesbienne qui aurait pu être rédigée pour un concours de nouvelles lesbiennes.

La photo trônait depuis dix ans sur son bureau. Deux jeunes filles se tenant par la taille, adressant leur plus beau sourire au photographe avec pour arrière-fond Monument Valley et ses imposantes falaises rouges. Premier job, première paie. Circuit dans le grand Ouest Américain. Rêve enfin réalisé de contempler à perte de vue ces mesas rouges au milieu des buttes isolées entourées par un désert aride et sablonneux, décor naturel de ces westerns qu’elle affectionnait tant dans sa jeunesse. Premier amour aussi. Jade et Elsa s’étaient ainsi aimées instantanément, tout avait été féerique du début à la fin.

C’est pourquoi ce voyage initiatique avait marqué Jade à jamais, par ces caresses et ces baisers échangés elle s’était aussi libérée de cet indicible malaise qui l’avait isolée de ses amies de son âge qui, elles, préféraient les garçons. Lesbienne. Voici ce qu’elle était et ainsi qu’elle le serait. Loin des contraintes du quotidien, du regard et du jugement de leurs proches, elles avaient exploré toutes les facettes de leur sexualité naissante. En premier lieu le partage de la chambre avait facilité leur rapprochement car elles n’avaient pas eu besoin de se cacher pour faire l’amour. Tout ceci avait contribué à rendre encore plus intense ce périple en Arizona et l’immersion totale dans la culture Navajo avait contribué à développer en elles une spiritualité où la communion entre la Nature et l’homme avait une place centrale.

Cependant le retour à la réalité avait été brutal. La distance géographique, l’entrée dans la vie active les avaient séparées. Jade avait alors tout sacrifié à sa carrière et à presque trente ans elle mesurait le vide affectif qui était le sien. La nostalgie l’envahissait quand elle contemplait ce cliché, Elsa, unique amour de sa vie.

Vic Lamy avait connu un succès fulgurant. Auteur connu et reconnu, elle avait publié sept romans couronnés de nombreux prix. Elle avait aussi habilement caché son homosexualité derrière un célibat de bon aloi car on s’intéresse moins à la vie privée des écrivains que des vedettes de la télé, du cinéma ou de la chanson. Pourtant un mail anonyme avait atterri dans sa boite aux lettres : Concours de nouvelles. Histoires de gris-gris, fétiches et porte-bonheur. Si ce thème vous inspire, donnez-nous vite de vos nouvelles. Suivait un lien sur lequel elle cliqua. Le règlement était clair.

La version devait être lesbienne. Par ailleurs il n’était mentionné nulle part que la participation était interdite aux professionnels, les restrictions étaient autres. Elle, si rationnelle se sentait soudainement inspirée par le sujet. Les idées fusaient. Trop même. Au point qu’au bout d’une heure, elle voulut jeter l’éponge. Elle n’avait pu écrire une seule ligne alors qu’elle tenait bien son récit mais à chaque fois un rebondissement inattendu surgissait, rendant sa construction de plus en plus confuse.

Vic s’était emballée un peu vite. En effet l’exercice était plus difficile que prévu. On ne se défait pas comme ça de ses tics d’auteur, de son style reconnaissable. La nouvelle demande concision où l’art c’est la chute. Elle n’avait ni le temps d’installer ses personnages ni même de peaufiner leur psychologie en trente mille caractères maximums. Et cerise sur le gâteau, le tout en version goudou ! Pour le coup la chute risquait d’être brutale au propre comme au figuré. Aussi retour sur le net. Clic sur les favoris, ensuite dossier « moteurs de recherche », enfin mots clés demandés : nouvelles lesbiennes.

Voyons voir ce qui existait sur la toile. Si beaucoup d’adresses existaient peu correspondaient à son attente. Sinon les mieux référencés étaient avant tout les plus commerciaux, ceux donnant dans la pornographie, les blogs, nouvelles étant dans ce cas le synonyme de coming-out. D’ailleurs c’était touchant tous ces témoignages mais on s’éloignait considérablement des gris-gris saphiques. Et puis au détour d’un forum de discussions, un lien vers un site personnel, celui de Plume de Hibou, qui avait aidé Solitude à s’assumer en lui restituant à travers ces nouvelles homosexuelles son attirance pour les femmes.

Enfin. Cette fille avait du talent car elle savait capter les préoccupations de ses lectrices. Vic adorait la sensibilité à fleur de peau qui se dégageait de ces tranches de vie fictives. Elle se laissa aussi porter par la lecture, en deux heures elle avait tout dévoré. Elle s’était fait prendre au jeu des identifications et une histoire tout particulièrement l’avait accrochée. Vic avait oublié l’auteur qu’elle était, elle était redevenue l’espace d’un instant un fan comme une autre. Comme une midinette elle aurait voulu tout savoir de Plume de Hibou, la rencontrer et qui sait devenir son amie. N’importe quoi ! Ma pauvre Vic tu dérailles.

Tu étais partie à concourir sur les fétiches et te voilà en transe devant ton ordinateur parce qu’une inconnue avait su remuer en toi je ne sais quoi. Tu t’éloignes lui susurra une petite voix intérieure. De rage elle cliqua sauvagement sur le mail qui était resté ouvert. « Supprimer », « vider poubelle ». Plus de concours, de toute façon qu’est-ce que ça allait lui apporter d’être éditée dans un recueil collectif ? Une étiquette sur le dos, tout ce qu’elle avait fui jusqu’à présent.

Il y avait bien longtemps que Vic n’avait pas rêvé si agréablement. C’était à la fois très érotique et très sensuel. Elle marchait main dans la main avec une femme, de toute évidence sa compagne, elle en était amoureuse, quelque chose de serein et d’apaisé se dégageait de ce tableau idyllique. Ce sentiment de bien-être la poursuivit toute la journée et elle se surprit à maintes reprises à y penser de manière consciente. Pas besoin de s’être allongé dix ans sur un divan pour comprendre que tout cela était en rapport avec son surf de la veille sur le site de Plume de Hibou. Un pseudo pourtant un peu gnangnan nota au passage Vic.

Plume sans doute pour évoquer l’univers de l’écrivain, Hibou certainement parce que la chouette qui représente Athéna est le symbole des amoureux des lettres classiques. Une interprétation sauvage un peu tirée par les cheveux. D’ailleurs quand elle la connaîtrait mieux elle lui demanderait l’origine de ce choix. En effet une force invisible la poussait à entrer en contact avec cette fille. Vic se surprenait, elle était même complètement déboussolée. On lui avait jeté un sort. Elle avait été maraboutée car elle était obsédée à un point que ça frisait la folie. Sinon elle devait se calmer et vite. Internet était le lieu de tous les fantasmes, ce n’était pas une légende. Sauf à vouloir terminer à l’asile, elle enverrait un petit mail ce soir afin de retomber sur terre, elle avait vu sur le site une page « contactez-moi ».

Comme pour le concours, elle sécha aussi lamentablement. Heureusement pour elle que dans son parcours littéraire elle n’avait pas connu les affres de la page blanche. Rien ne lui réussissait depuis hier. Au contraire le sujet du porte-bonheur lui avait porté la poisse. Elle se sentait ridicule. En effet elle n’allait pas se comporter en groupie hystérique, ni même lui dire des fadaises comme « je vous admire, j’adore vos nouvelles, vous êtes la meilleure ». Elle avait dû recevoir des tonnes de courrier de ce genre. Pas facile l’exercice. Quant à annoncer qu’elle était Vic Lamy c’était cependant un peu précoce. Finalement elle opta pour quelque chose d’un peu humoristique vu l’heure tardive. Ma cartouche est vide, me dépanneriez-vous, vous m’avez donné envie d’écrire ? Bien à vous. Prune.

Elle avait choisi ce prénom bidon en référence à Reinette et Mirabelle les héroïnes de Rohmer dont elle avait vu tous les films. D’ailleurs elle avait également ouvert une boite aux lettres spécialement pour la circonstance qu’elle avait baptisée Trois cerises, un clin d’œil au concours auquel elle ne participerait pas mais qui lui avait permis de découvrir des émotions insoupçonnées. Elle donnait dans l’arboriculture ce soir. Un clic. Jingle. Message envoyé. Deux minutes plus tard, jingle, message reçu. Allez frapper chez la voisine ou remplacez le stylo par le clavier ! Bien à vous. Plume de Hibou.

Vic était scotchée derrière son écran. C’est qu’elle avait du répondant la donzelle. Elle en voulait du clavier, elle allait lui en donner. Vous devez crouler sous les compliments et les demandes en PACS. Vous avez dû me prendre pour une illuminée avec mon mail stupide, je ne savais pas en fait comment vous aborder. J’ai adoré tous vos écrits que j’ai dévorés d’une traite et j’aimerais bien en parler avec vous si vous êtes d’accord. Prune. La réponse ne se fit pas attendre. Si vous voulez mais pas maintenant car je vais me coucher. Plume de Hibou.

 

Vic était excitée comme une puce. Elle replongeait des années en arrière quand elle avait reçu la réponse de son éditeur qui avait été enthousiasmé par son roman et qui l’avait introduite dans le landernau littéraire où elle était devenue l’égale de tous ces auteurs qu’elle admirait et qui par leur influence sur les cercles faisaient et défaisaient les réputations. C’était elle ensuite qu’on avait sans cesse sollicitée pour des interviews, des déplacements dans le monde entier pour des salons du livre, des signatures, des émissions culturelles ou même participer à des jurys de prix célèbres. A son tour elle avait le besoin d’aduler quelqu’un et c’était à Plume de Hibou qu’incombait cette lourde tâche de le satisfaire. Aimé, être aimé, deux expressions qui résumaient parfaitement bien la condition humaine.

La nuit fut aussi douce que délicieuse. Vic se voyait en train de faire l’amour sous un arbre, allongée sur une couverture. Le visage de sa maîtresse était caché par l’ombre des feuillages, elles n’en finissaient plus de jouir. Une pluie de plumes de toutes les couleurs vint couvrir leur corps après l’orgasme ce qui eut pour effet de la réveiller. En fait un rayon du soleil lui caressait le front l’invitant à se lever. Elle était sur un petit nuage. L’anonymat de son pseudo Prune l’avait libérée du poids de sa célébrité. Le revers de la médaille de son succès avait été que plus jamais elle n’avait connu d’amour sincère et désintéressé.

Elle avait attiré tout au long de ces années des femmes vénales ou en recherche de gloire qui l’utilisait, elle avait été de déceptions en blessures, de ruptures en aventures sans lendemain, l’abstinence étant devenu son fidèle compagnon de route. Avec Plume de Hibou elle avait retrouvé le sens du frisson comme le chantait Ferrat dans « que serais-je sans toi ? ». En fait cette femme avait ouvert en elle la boite à désirs, Vic se remettait ainsi à rêver sa vie, à se projeter dans l’avenir sans peur de la déconvenue. D’ailleurs toutes ces nuits n’étaient-elles pas peuplées de ces songes qui ne demandaient qu’à se concrétiser ? Quelles étaient leurs véritables significations ?

Réflexe dicté par la modernité qui ne tolérait plus aucune attente, le net, supermarché mondial où l’on prend sans donner était devenu la pythie de notre société de consommation, la bibliothèque universelle gratuite ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Allumer l’ordinateur, clic sur les favoris, dossier « moteurs de recherche », mots clés demandés : interprétation des rêves. Des pages entières consacrées à Freud. 

Il faut attendre 1900 et la parution du livre de S. Freud («le rêve et son interprétation») pour que le rêve, en entrant dans le champ de la psychanalyse, trouve une fonction d’importance : nous révéler à nous-mêmes. Certains de nos rêves ont un sens évident. Ils sont proches de la vie quotidienne et s’appliquent à réaliser la nuit ce que le jour n’a pas permis. En période de régime intensif, on va rêver, par exemple, que l’on dévore une énorme choucroute. Mais la majorité de nos rêves d’adultes nous semblent dénués de sens, incohérents et si étrangers à nous-mêmes, si effrayants quelquefois, que l’on préfère ne pas s’y attarder.

Or, ce que nous apprend Freud, c’est que le rêve est la voie d’accès à l’inconscient, ce grand réservoir d’images, de sensations, d’émotions, de désirs censurés depuis l’enfance par notre conscience morale et donc inaccessible à l’état de veille. Si les rêves sont souvent si confus, c’est que, malgré un certain relâchement de cette conscience durant le sommeil, la censure n’est jamais complètement levée. Le rêve fonctionne comme une énigme qui ne sera résolue que si l’on parvient à l’interpréter, autrement dit à remplacer ce qui est clairement montré (images, mots, sensations, émotions…) par ce qui est caché (le sens véritable du rêve). Les décoder peut donc nécessiter l’aide d’un psychothérapeute qui saura éclairer ce que notre conscience se refuse à voir, mais nul mieux que nous n’est à même d’en valider l’interprétation.

La voilà bien servie. Pourtant ces explications lui plaisaient bien même si ça la dérangeait un peu. Plume de Hibou avait remué en elle ce qu’elle avait soigneusement cadenassé et la confrontation tournerait très vite à la fuite si jamais elle ne canalisait pas le débordement. Elle avait hâte de se connecter ce soir et de discuter avec elle. En effet Vic se sentait des affinités avec cette inconnue, une envie de se confier à elle, de lui livrer une part intime d’elle-même. Et pourquoi pas par mail ? Elle passa sa journée à rédiger une longue lettre où elle lui raconta en quoi ses mots avaient fait vibrer en elle des émotions enfouies, combien ses attentes trop longtemps contenues ne demandaient qu’à se réaliser.

Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait été si spontanée, si proche de son ressenti, loin de son personnage de Vic, la romancière célèbre. Quand elle envoya la missive, elle fut comme soulagée d’un lourd fardeau, comme si on lui avait ôté un poids qu’elle traînait depuis des années. Parler c’est vivre, à croire qu’elle devait être morte pour être si légère grâce à la magie opérante du verbe et du désir. Son cœur battit la chamade quand elle entendit le bruit délicieux reconnaissable entre tous, celui du facteur virtuel qui vous connecte en une seconde à l’autre bout du globe.

Elle ignorait tout de Plume de Hibou. Elle était francophone mais de France, de Belgique, du Canada ou d’ailleurs ? Un mail. Tu as une messagerie instantanée ? J’aimerais discuter un peu avec toi si tu as le temps. Plume de Hibou Elle la tutoyait. Bon signe. Elle lui proposa alors de se connecter sur Messenger car elle en aimait sa convivialité et sa fonctionnalité. Cela tombait bien Plume de Hibou y avait aussi un compte.

« Avant tout je voulais te dire que j’avais été très touchée par ta lettre, très personnelle, très fine. Je te remercie de ta confiance. Tu ne ressembles pas aux lectrices qui d’habitude m’écrivent.

– Ah bon ? Comment ça ?

– Et bien elles me parlent avant tout d’elles, de leur homosexualité, aucune ne cherche vraiment à me connaître ni même ne s’intéresse véritablement à la création littéraire. Alors que toi, même si tu te dévoiles, tu vas à ma rencontre et tu te passionnes pour mon imaginaire. C’est assez troublant l’effet que tu provoques.

– C’est réciproque, si tu savais dans quel état tu m’as mise. Depuis que je t’ai lue je suis transformée, c’est à peine si je me reconnais.

– Ah oui ? Tu peux m’en dire davantage, tu m’intrigues.

– Je suis littéralement habitée par tes mots, je rêve de toi sans te connaître. Et tu vas me prendre pour une dingue, j’ai même fait l’amour avec toi cette nuit.

– Eh bien ! Tu es directe toi au moins ! Et tous les auteurs te mettent en transe de cette manière ou bien je suis la seule à posséder ce privilège ?

– Si je te racontais ma vie tu n’en reviendrais pas. Comme ça, en vrac sur un chat ça semble être une folie. Cependant e n’ai qu’une peur c’est que tu déconnectes et que tu disparaisses à tout jamais de mon existence.

– Prune, calme-toi ! Crois-tu que si tu étais barjot je t’aurais proposé cette discussion ? Toi non plus tu ne me laisses pas insensible, en effet quelque chose me pousse vers toi. Pour tout t’avouer j’ai aussi fait un rêve érotique cette nuit où tu étais présente. Alors tu vois tu n’as pas le privilège de ce genre d’incongruité.

– Ah ?

– Oui. Nous étions sous un arbre, tu étais sur moi et tu ne pouvais pas voir mon visage à cause de l’ombre des feuillages. Nous n’en finissions plus de jouir. Une pluie de plumes de toutes les couleurs vint couvrir nos corps après l’orgasme. Le réveil sonna pour aller au boulot, je n’ai pas eu la suite.

– C’est absolument incroyable, mot pour mot j’aurais pu te raconter le mien en ces termes. Le hasard existe mais à ce niveau-là ça confine à l’extraordinaire.

– Tu es une vraie cartésienne Prune. J’aime à caresser l’idée que le temps et l’espace ne sont que des inventions de l’homme pour conjurer son angoisse et le rassurer sur le contrôle qu’il a de son existence. Il n’y a pas de hasard mais que des sommes d’énergie mises en mouvement afin que les trajectoires se croisent. Ce rêve est le signe que toi et moi devions nous rencontrer.

– C’est effectivement très impressionnant ce qui nous arrive. Tout comme ta nouvelle intitulée US163. J’en ai la chair de poule rien que de l’évoquer. C’est autobiographique ?

– Tu veux parler de ces deux jeunes filles qui vivent leur première expérience homosexuelle ensemble et dont l’une passera son existence à suivre la trace de l’autre grâce à des indices qu’elle aura semés aux quatre coins du globe ?

– Oui.

– C’est également ma préférée.

– Tu vas finir par me rallier à ta cause, ce hasard ne doit pas en être un, une force invisible nous a poussée l’une vers l’autre. Tu es très convaincante, j’accepte d’être moi aussi dépassée par ce que je ne maîtrise pas, cela a un sens caché que nous découvrirons je l’espère assez vite. Quand j’y pense, tout ça pour un concours de nouvelles auquel je ne participerai pas.

– Quel concours ?

– http://www.lesmeufs.org/concours.html

– Merci pour le lien car ça m’inspire le sujet.

– J’ai poussé le même cri de joie en le voyant et j’ai vite déchanté.

– Tu n’as sans doute pas l’habitude d’écrire.

– Dans ce domaine je pense me débrouiller. J’ai dû néanmoins bloquer sur la version lesbienne.

– Tu écris ? Raconte !

– En fait je suis Vic Lamy.

– Vic Lamy, l’auteur des « remparts d’Orient », le prix Artemisia ?

– En personne.

– Non ?

– Si !

– A mon tour d’être impressionnée. C’est plutôt moi qui devrais te demander conseils, je n’ai pas ton talent. Tu as dû me trouver bien prétentieuse avec mon assertion tranchée.

– Pas du tout, j’aime beaucoup ton franc-parler, je n’ai plus l’habitude. Je suis entourée de tellement d’hypocrites qui jamais ne me contrarient et disent amen à tout.

– Pourquoi un blocage ? Tu n’es pas lesbienne ?

– Si. La question n’est pas là ! Mon Dieu, ce n’est pas vrai !

– Quoi ?

– C’est juste qu’en te répondant, un souvenir enfoui est remonté à la surface, je sais pourquoi je suis paralysée par le mot gris-gris. C’est pour cela que ta nouvelle US163 m’a tant parlée. Tout comme tes deux héroïnes qui s’échangent des totems, j’ai aimé une femme à laquelle j’ai offert un capteur de rêves. Tu connais ?

– Oui. Le capteur de rêves sert à filtrer les bons des mauvais rêves. Il laisse passer à travers les mailles les bons rêves et les songes utiles et emprisonne dans ses mailles les cauchemars. A la levée du jour le soleil détruit toutes les mauvaises énergies à l’aide de ses rayons. Selon la culture amérindienne le rêve est le véhicule qui permet l’échange entre les hommes et le grand esprit et il est l’expression des besoins de l’âme qu’il est nécessaire de satisfaire tout comme ceux de son corps. Le rêve permet de se libérer et assurer l’équilibre. Le capteur de rêves est considéré aujourd’hui comme un porte-bonheur.

– Quelle culture !

– J’en possède un. Mon pseudo vient de là. La plume de hibou représente la sagesse, c’est une plume féminine, sacrée. Mon vrai prénom c’est Jade comme la pierre fétiche aux jeux et en affaire.

– Jade ?

– Oui.

– Le prénom de la femme qui t’a offert le capteur de rêve ne serait-il pas Elsa ?

– Si ! Comment le sais-tu ? Je ne t’avais pas dit que c’était un cadeau.

– Vic est un pseudonyme, Elsa est mon prénom. C’est toi Jade ?

– Elsa !

– Oui.

– Notre rêve, tu penses qu’il s’est pris dans la toile araignée ?

– C’est tout simplement ahurissant. Combien de temps ?

– Dix ans. J’ai la photo sur mon bureau. On a tant à se dire toutes les deux. Raconte-moi !

– Avant de commencer Jade, ce concours de nouvelles qu’est-ce qu’on fait ?

– Laisse tomber ! On a mieux à faire ! On a toute la vie maintenant pour s’aimer ! »

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