Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : L'accident

L’accident est une nouvelle lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Carla était au volant de son véhicule comme tous les matins pour rejoindre son bureau. Elle était en retard, de surcroit énervée par une panne de réveil. La sortie de garage, l’allée qui mène à la rue principale, elle les connaissait par cœur. Aussi pas question d’appuyer sur le champignon avec les gamins qui partaient pour l’école. Pourtant elle eut juste le temps d’entendre une voix de femme crier « Yougi !  Yougi ! » d’un ton paniqué quand un choc sourd l’obligea à piler net alors qu’elle s’était engagée malgré tout. Elle venait de heurter quelque chose.

En effet, c’était Yougi, le chien que sa maîtresse avait désespérément appelé pour éviter la collision. Maintenant elle hurlait après Carla, descendue de son auto, qui caressait la bête pour la rassurer. L’animal regardait d’un air triste sa propriétaire et geignait pour mieux l’attendrir. Carla prit l’initiative de soulever le Carlin et de le déposer sur la banquette arrière de sa voiture. Ensuite d’un air autoritaire elle s’adressa à la jeune femme.

« Vous venez oui ou non car hurler ne changera rien ? Je vous emmène chez le vétérinaire le plus proche. En effet je réglerai la facture car on ne va pas faire marcher l’assurance pour si peu. Votre chien n’était pas tenu en laisse. Pourquoi ? Pourtant c’est obligatoire ! De toute façon on verra plus tard ! Emmenons votre bête se faire soigner, on discutera après ! »

– Oui vous avez raison. Il a l’air d’avoir mal à une patte ! J’espère que ce n’est pas grave. Mais excusez-moi de vous avoir insultée car j’ai eu si peur, j’ai cru que mon chien était mort. »

Elles furent reçues en urgence et devant les aboiements de douleur du cabot, elles grillèrent tous les clients qui étaient sagement assis en salle d’attente. Le vétérinaire prit le chien délicatement des bras de sa maîtresse qui ne le quittait pas d’un centimètre. Carla resta à l’écart et en profita pour avertir son employeur de son retard et de sa cause. La consultation dura un bon moment quand la porte s’ouvrit enfin. Yougi était frétillant, une patte dans un bandage, plus pour la rassurer qu’autre chose. Notre vétérinaire était aussi un peu psychologue. Quelques contusions, en fait plus de peur que de mal. D’ailleurs la jeune femme avait retrouvé le sourire. Ensuite Carla régla les honoraires puis raccompagna l’éclopé là où il avait arrêté sa course. Puis elle se dépêcha car elle avait deux heures de retard.

« Merci pour tout ! Mais je ne me suis pas présentée, je m’appelle Mélanie et j’habite au premier, au bâtiment neuf. Si vous pouviez passer ce soir, on régulariserait les papiers de l’assurance car il n’y ait pas de raison que vous ayez tous les frais à votre charge. Ou du moins je vous rembourserai une partie de la note. En effet j’étais sortie sans prendre d’argent sur moi, j’ignorais que…

– Ok je n’ai pas le temps de palabrer maintenant, je passerai mais je ne sais pas à quelle heure. Je suis vraiment très en retard, je dois filer.

– Je reste à la maison, passez à l’heure qui vous conviendra. »

Carla reprit le chemin du bureau où elle devrait mettre les bouchées doubles afin de ne pas devoir partir trop tard. Elle venait de se rendre compte qu’elle ne s’était même pas présentée. Aussi elle se rattraperait ce soir. Néanmoins l’accident l’avait remué, c’est maintenant qu’elle avait le contrecoup.

Elle travailla dur et sauta le déjeuner afin de boucler le tout à dix-huit heures. Quand elle quitta son ordinateur, elle était épuisée et la faim la tiraillait. C’est pourquoi elle s’arrêta à la boulangerie sur le chemin du retour, prit son pain et craqua pour une brioche. Ensuite elle gara son véhicule au parking souterrain. Au numéro combien déjà l’appartement de Mélanie ? En fait elle ne se rappelait plus. Aussi Carla alla regarder sur les boites aux lettres.

Elle savait le prénom, ça y est, c’est le bâtiment neuf, la mémoire lui revenait. Elle monta au premier et frappa, un bruit de pas se fit entendre derrière la porte. Mélanie lui ouvrit, la priant de bien vouloir entrer. Elle la conduisit dans la salle à manger au décor assez kitsch, on sentait les petits moyens et le manque de goût. Le chien était couché dans son panier. Il remua la queue en la voyant.

« Vous voyez il ne vous en veut pas ! Il n’est pas rancunier, il est comme moi. Excusez-moi pour ce matin car j’ai eu vraiment la frousse de la perdre, je n’ai que lui. Je vais vous rembourser de la consultation du véto car tout est entièrement ma faute. En effet j’aurais dû le tenir mieux en laisse.

– Non. C’est ma faute aussi, j’aurai dû être plus attentive. Je vous ai entendu l’appeler, j’aurais dû freiner au lieu de m’engager.

– Je ne sais pas comment il a réussi à se détacher, il a vu un chat et il a filé pour le courser. J’ai eu beau crier il ne m’a pas obéi, je n’ai pas pu le rattraper.

– Nous n’allons pas déclarer cet accident à l’assurance, je ne sais pas ce que vous en pensez. Partageons l’addition en deux et nous serons quittes. J’ai oublié ce matin dans la panique de me présenter, je suis Carla. J’habite au dix. Je vais vous laisser car je suis éreintée. Je repasserai le voir si vous le permettez pour prendre de ses nouvelles ? Vous avez un beau chien, n’est-ce pas Yougi ? »

Carla comme Mélanie préférait encore payer trente euros la visite chez le vétérinaire que de perdre encore plus avec sa franchise. Elle avait remarqué dans un cadre sur la télé une photo où Mélanie tenait dans ses bras une autre jeune femme. Elle eut un petit sourire car visiblement elles avaient les mêmes préférences sexuelles. Mélanie devait avoir une petite trentaine, elle était attirante avec ses rondeurs qui lui donnaient un charme fou. Elle avait de magnifiques yeux verts, des cheveux bruns mi-longs dans lesquels elle aurait bien passé la main. Pourquoi ne pas tenter sa chance ?

En effet Carla était célibataire depuis plusieurs mois. Sa dernière conquête l’avait plantée pour partir rejoindre la DJ de la boite de nuit à la mode qu’elles fréquentaient. Rentrée, elle se coula dans un bain chaud, histoire de se détendre. Une petite omelette nature, un fromage blanc et puis au lit, elle dormait debout. Mélanie avait ressenti tout de suite que Carla aimait les femmes. Son instinct la trompait rarement.

Elle avait vu son regard briller en voyant le cadre avec la photo. Pourtant elle la trouvait un peu trop masculine à son goût. Sa gentillesse l’avait beaucoup touchée, cette façon de prendre les choses en main lui avait beaucoup plu. C’était une fille comme elle qu’il lui fallait ! Au moins elle pourrait se reposer sur elle en cas de besoin, avoir une épaule sur laquelle s’appuyer.

De plus Carla était mignonne, elle doit devait avoir à peu près le même âge qu’elle. Elle était bien roulée, sa coupe en brosse lui allait à ravir. Et elle avait un sourire à chambouler les cœurs, le sien en particulier. En fait elle pensait tout haut. Mélanie avait flashé sur Carla et elle s’en défendait mollement en la trouvant un peu trop virile. Elle devait absolument provoquer une nouvelle rencontre. « Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi ». Génial ce dicton.

Elles avaient échafaudé chacune dans leur coin un plan pour séduire l’autre. Demain est un autre jour. Aussi en attendant elles allèrent se coucher en rêvant à un bonheur possible et réciproque.

Carla en sortant du garage eut une pensée pour Yougi, priant silencieusement qu’il se rejette sous ses roues. Ce soir elle irait lui acheter un jouet, stratagème comme un autre pour revoir Mélanie. Quand elle arriva au bureau elle rayonnait, ses collègues n’en revenaient pas. Ainsi elle avala le travail à une vitesse jamais vu chez elle. Les heures passèrent ainsi très vite. A sa pause de midi elle se rendit à une boutique pour animaux qui jouxtait sa banque car c’est comme ça qu’elle l’avait repérée. Elle franchit la porte et se dirigea vers le rayon des joujoux et autres babioles. Il y avait un choix impressionnant. Mais que prendre pour un Carlin ? Aussi elle interpella une vendeuse.

« Mademoiselle bonjour, j’ai besoin d’aide. Que me conseilleriez-vous comme amusement pour un chien ?

– Prenez un os en plastique car ils adorent se faire les dents dessus. Sinon vous avez aussi ces…

– L’os c’est très bien. Je le prends. Vous me l’emballez car c’est pour un cadeau. »

Le canidé aboya dès le premier coup de sonnette mais visiblement Mélanie n’était pas là. Tant pis elle reviendrait. Cependant au moment où Carla s’engageait dans l’escalier elle tomba nez à nez avec elle.

« Bonsoir, j’étais venue apporter un cadeau à Yougi pour me faire pardonner mais également pour avoir de ses nouvelles.

– Bonsoir Carla. C’est trop gentil mais il ne fallait pas. Merci pour lui. Yougi va parfaitement bien, il est calmé, je ne suis plus obligée de lui courir après pour le rattraper. Entrez donc, je vous offre un café ? Vous avez bien cinq minutes à me consacrer ?

– Oui je n’ai rien ni personne qui m’attend et puis comment refuser une telle invitation ? »

Pendant que Mélanie branchait le percolateur et essuyait les tasses, Carla en profita pour caresser le chien. La bête était visiblement heureuse de voir du monde et de l’attention qu’elle lui portait.

« Il vous apprécie, c’est rare chez lui car d’habitude il est du genre méfiant, même hargneux.  Il vous fait confiance on dirait !

– J’adore les animaux mais je suis rarement à la maison, c’est aussi pour cela que je n’en veux pas pour le moment. En effet je ne pourrais pas m’en occuper correctement. Si c’est pour qu’ils souffrent, pas la peine ! En revanche si un jour vous avez besoin que je vous garde Yougi car vous avez des soucis ou bien besoin de sortir sans lui, ce sera avec grand plaisir.

– C’est aimable de me le proposer mais Yougi se garde très bien tout seul, il n’a pas encore dévasté l’appartement ni hurlé à la mort. Vous travaillez où ? Ils recrutent ?

– Chez Vatys, dans la zone industrielle, je conçois des logiciels informatiques pour les PME. Vous cherchez du boulot ?

– Oui, je serai au chômage dans trois mois car on licencie une secrétaire sur deux et je suis dans la charrette. Aussi je préfère anticiper. J’ai déposé un CV chez vous. J’attends la réponse. Mais je peux vous poser une question ? Vous vivez seule ? Je suis peut-être indiscrète ?

– Non pas du tout, j’ai rompu il y a plusieurs mois, depuis je n’ai personne dans ma vie. Mais je ne désespère pas. Je crois en ma bonne étoile…Et vous ?

– Je suis célibataire aussi. Cela vous dirait un petit repas un soir pour noyer nos deux solitudes ?

– Pourquoi pas ? Nous pourrons faire plus ample connaissance. D’ailleurs que diriez-vous si on se tutoyait.

– J’allais te le proposer, excellente idée.

– Bon je vais te laisser, je ne vais pas m’imposer plus car tu as sans doute des choses à faire.

– Très bien, je te contacte. Donne-moi aussi ton numéro de téléphone, voici ma carte.

– Ok j’attends ton feu vert. Bonne soirée. Bon chien Yougi »

Le Carlin lui avait mis un bon coup de langue sur la main au moment où elle avait tenté de lui frotter la tête. Tout au long de leur discussion elles s’étaient regardées fixement. Une autre photo avec la jeune fille avait été placée sur le buffet depuis sa dernière visite qu’elle n’avait pas pu louper en entrant et en sortant du séjour un peu plus loin. Elles se draguaient l’une l’autre, c’était une évidence qui n’échappait à personne, pas même au chien !

Mélanie durant tout l’entretien avait joué de son sourire et de ses yeux pétillants. Carla y avait succombé immédiatement. Il faut dire qu’elle y avait mis tout son cœur. Carla ne l’avait pas laissée insensible avec sa voix qu’elle avait de très sensuelle et qu’elle modulait à loisir selon l’effet recherché. Carla en rentrant chez elle dut plonger dans un bain froid tant elle était excitée. Surtout ne pas lui donner l’impression de lui courir après car elle devait la laisser venir. Un peu de temps et elle l’aurait. Patience. Mélanie était dans le même état et elle aussi dut s’immerger dans l’eau de sa baignoire pour calmer ses ardeurs.

Cependant elles restèrent plusieurs jours sans se voir. Carla avait glissé un petit mot au DRH au sujet de Mélanie. Ainsi un rendez-vous lui fut fixé pour le lundi d’après. Le week-end se passa tranquillement. Mélanie en profita pour se balader avec Yougi et ainsi profiter du soleil et du grand air. Elle rangea aussi ses placards car une nouvelle page s’écrivait pour elle, elle se délestait du poids passé. Pour Carla ce fut différent, au contraire elle s’agita dans tous les sens.

En effet elle s’était mise en tête de trouver la tenue idéale pour sa soirée en boite du samedi soir entre copines. Élégants et à la fois pratiques, des vêtements dans lesquels elle souhaitait se sentir à l’aise. Elle écuma ainsi les boutiques toute la journée et fut récompensée de ses efforts. En définitive elle avait déniché un ensemble qui lui allait à ravir. Ensuite elle eut juste le temps de se doucher et de se reposer pour être à l’heure à son rendez-vous. Elle croisa Mélanie dans l’entrée qui sortait son chien.

« Bonsoir Carla. Tu es toute en beauté !

– Bonsoir Mélanie. Merci. Je te plais ? Je vais danser avec des amies.

– Tu as bien de la chance. Amuse-toi bien !

– Si tu veux on ira ensemble la prochaine fois.

– D’accord. Viens-me voir quand tu veux car ma porte t’est toujours ouverte. Yougi sera content de te voir et de s’amuser avec toi. »

Elles se dirent au revoir. Mélanie la regarda partir avec une pointe d’envie dans les yeux. Carla avait beau avoir ce côté masculin, elle était cependant sacrément attirante. De plus cet ensemble lui allait comme un gant. Ses défenses se lézardaient, alors que Mélanie craquait pour sa voisine. D’ailleurs elle s’imaginait l’embrasser et puis… Les fantasmes qu’elle avait en tête n’étaient pas avouables. Elle regagna son appartement, remplie de désir, impossible de trouver le sommeil tant elle pensait à Carla.

Le lundi Mélanie comme prévu se présenta au DRH. L’entretien se déroula de façon satisfaisante, aussi elle en ressortit confiante. Il lui donnerait la réponse vendredi car il y avait d’autres postulantes. Dans le couloir elle croisa Carla.

« Bonjour Mélanie. Alors tout s’est bien passé ? Quand seras-tu fixée ?

– Bonjour Carla. Vendredi. En effet je ne suis pas la seule candidate, j’ai assuré mais la décision ne me revient pas. Croisons les doigts. Sinon tu vas bien ? Et ta soirée ?

– Ça va ! C’était génial. Je me suis défoulée mais ma solitude me pèse surtout quand je vois autour de moi tous ces couples… J’aurai bien aimé partager ma joie.

– Je ne te comprends que trop bien car je vis le même enfer !

– Viens prendre l’apéro ce soir on pourra ainsi en discuter plus tranquillement ?

– Je passerai vers dix-neuf heures, ça te va ?

– Oui à ce soir, bonne journée. »

Carla ne put s’empêcher de détailler des pieds à la tête Mélanie. Elle était à son goût, il n’y avait aucun doute. Elle avait mis une jupe qui montrait des jambes parfaites et soulignait ses formes. Un petit pull uni moulait son torse et des seins qu’elle avait gros. Rien à redire, elle était canon !  Carla était impatiente de la retrouver, il fallait néanmoins attendre encore quelques heures. Elle se dépêcha de rentrer car elle voulait l’impressionner en lui sortant le grand jeu. Elle prépara des petits toasts, mit aussi des bouteilles au réfrigérateur. Les verres étaient sur la table. Enfin tout était prêt à l’heure dite. Mélanie ponctuelle sonna à dix-neuf heures pétantes. Elle était accompagnée de Yougi qui lui fit instantanément la fête. Carla l’invita à entrer et à s’asseoir sur le sofa. Carla lui servit à sa demande une boisson non alcoolisée et lui tendit les toasts.

« C’est sympa chez toi ! Alors quoi de neuf depuis ce matin ?

– Rien de spécial, la journée s’est passée vite. Et toi, qu’as-tu fais ?

– Je me suis baladée avec Yougi.  D’ailleurs j’avais pris une RTT pour l’entretien car je ne tiens pas à ce que mes collègues sachent que j’avais rendez-vous. En effet les places sont chères, je ne veux pas me retrouver au chômage.

– C’est le revers de la médaille quand on est seule, c’est le prix de l’indépendance et de la liberté. Le moindre accro dans la carrière et c’est la catastrophe. On ne peut pas s’appuyer sur une épaule solide en cas de coup dur.

– Qu’est-ce que ça me parle ! Ma solitude n’est pas un choix consenti. Tu as vu les photos chez moi ? Je suis lesbienne ! C’était mon amie, nous avons rompu. Tu aimes les femmes ? J’ai cru le voir dans ton regard, dans ton comportement. Je me trompe ?

– Non, je suis lesbienne aussi ! Tu as bien vu car mon regard me trahit souvent. Pour tout te dire Mélanie, tu me plais.

– Je l’avais remarqué. Toi aussi tu es à mon goût, tu me fais craquer ! »

Elles se regardèrent un moment puis Mélanie se leva et se dirigea vers Carla. Ensuite elle se plaqua contre elle et l’embrassa. Carla répondit à ce baiser avec fougue et passion. Pourtant reprenant très vite son esprit elle se dégagea.

« Mélanie, on se connaît à peine. On va un peu trop vite, tu ne crois pas ?

– Non ! Mais pourquoi attendre ? Tu me plais, je suis bien avec toi. C’est réciproque il me semble ?  Pourquoi perdre ainsi du temps ?

– Tu as raison. Mais avec toi, c’est différent car tu m’intimides !

– Il n’y a vraiment pas de quoi ! »

Elles s’embrassèrent de nouveau. Tout filait trop vite, elles le savaient aussi. En effet elles avaient peur que le bonheur ne tourne les talons. Toutes deux en avaient bavé en amour et se protégeaient comme elles le pouvaient. Pourtant cette relation, elles la sentaient différente. Elles ne voulaient ni la détruire ni l’abîmer par trop de précipitation. Savourer chaque instant et s’en délecter jusqu’à la lie. Alors que Yougi avait été sage jusque-là, il se mit à montrer des signes d’impatience en aboyant et en courant dans tous les sens car il avait envie de sa promenade du soir.

« Tu viens te balader avec nous ? Yougi en serait ravi aussi. Et qui sait dans l’avenir tu auras sûrement à le sortir !

– Je viens avec plaisir car je ne veux pas que l’on se sépare déjà ! Tu as raison, mieux vaut que je connaisse ses habitudes si notre aventure venait à durer !

– Je crois que nous trois c’est parti pour une belle vie. »

Elles allèrent vadrouiller avec le chien. Carla le tenait en laisse et parfois le lâchait en lui lançant un morceau de bois afin de s’amuser avec lui. Mélanie les regardait car elle était sous le charme. Son ami à quatre pattes avait accepté sa nouvelle compagne, pourtant c’était rare avec une nouvelle venue. En effet son Carlin l’avait souvent menée à l’échec. Il y avait la peur, le dégoût de sa race d’une part et d’autre part sa jalousie car il était très possessif avec sa maîtresse mais également un fluide qui ne passait pas avec ses amantes. C’est alors que l’agressivité se transformait en haine des deux côtés. Cependant entre Carla et lui tout s’était passé naturellement. D’avoir vu Mélanie contre elle ne l’avait pas rendu hargneux, ni méchant. Quand elles rentrèrent, Yougi était épuisé. Mélanie le déposa chez elle avant de rejoindre Carla.

« Le monstre est couché ? Il génial ton chien !

– Il n’en pouvait plus ! Tu l’as mis sur les genoux ! Tu ferais aussi pareil avec moi ? A me faire l’amour !

– Je suis en grande forme ! Pas de problème. Sauf si tu as envie d’un autre verre ou bien tu as faim ? Il est tard, on peut dîner avant si tu en as envie.

– J’ai un petit creux, si tu as un petit truc à manger, je ne dis pas non.

– Du poulet froid, avec une salade et du fromage, ça te va ?

– Super, je vais t’aider à dresser la table.

– Non, reste assise j’en ai pour deux minutes ! Tu veux de l’eau ou du vin avec ton repas ?

– De l’eau, tu me fais déjà assez tourner la tête comme ça, je chavire quand je me noie dans ton regard bleu azur ! »

Elles dînèrent face à face. Mélanie fixait Carla de façon si intense que celle-ci en rougit. Elles causèrent de leur passé, de leur enfance. Le point qui les rapprocha le plus fut celui des femmes de leur vie. En effet aucune liaison n’avait duré, leurs compagnes avaient traversé leur existence sans jamais s’y arrêter vraiment. En définitive la vie de couple exigeait des compromis, une séduction mutuelle, l’expérience ne s’acquiert pas d’un claquement de doigt.

Elles n’auraient su dire pourquoi mais elles n’éprouvaient aucun doute sur leur future histoire, aucune crainte, rien, comme si elles deux c’était une évidence. Cependant elles sentaient qu’elles partaient pour un long voyage. Ainsi elles restèrent une bonne partie de la nuit à bavarder. La nuit était étoilée, elles étaient restées dans la pénombre quand, Mélanie voyant Carla fatiguée, lui proposa d’aller se coucher. Mélanie, saisie d’une envie soudaine l’embrassa avec une telle intensité, que Carla tout émoustillée ajouta à cela des caresses.

« Non pas ce soir. Va te reposer car ne gâchons pas tout maintenant. Je veux prendre tout mon temps.

– Il va falloir que j’attende ? Mais je suis très excitée tu sais, j’ai très envie de toi.

– Moi aussi mais je veux garder un souvenir éblouissant de notre première fois. En effet je veux faire l’amour avec toi jusqu’à plus soif. Or demain tu bosses et il ne te reste que quatre heures à dormir si tu ne veux pas être en retard au bureau.

– Bien, soyons raisonnables. Mais je te désire, tu n’imagines pas à quel point.

– Et moi donc. J’ai craqué quand je t’ai croisée le soir où tu allais danser. J’ai eu un flash. D’ailleurs je t’aurais bien coincée dans un petit endroit sombre !

– C’est du beau ! Pourtant on ne le dirait pas à te voir ! Il y a longtemps que je n’avais pas ressenti autant d’émotions. Je crois que je suis en train de devenir très amoureuse !

– Je le suis depuis ce soir-là ! Rentre et dors bien mon amour, ne pense pas trop à moi !

– Plus facile à dire qu’à faire. Tu es dure avec moi de me chasser en pleine nuit avec une envie pareille de toi ! Je te le ferai payer mais agréablement, tu ne perds rien pour attendre ! »

Carla lui vola un dernier baiser et Mélanie regagna son domicile. La nuit fut courte, sortir du lit fut un calvaire. Pourtant elle ne regrettait rien de ce qui s’était passé, Mélanie était dans le vrai en la frustrant. Ressentir le manque d’elle ne la rendait que plus désirable encore. Carla fila au boulot. Elle aperçut Yougi occupé à courir après un oiseau lors de sa balade du matin. De loin elle envoya un baiser à Mélanie qui avait aussitôt remarqué sa voiture. Passant à côté d’elle, Carla prit le temps de baisser la vitre pour lui glisser un petit mot.

« Salut mon ange, bien dormi ?

– Oui peu mais bien, ça va, tu as fait de beaux rêves ?

– Oui ! Erotiques. Je suis prête pour notre soirée ! C’est quand tu veux !

– Carla, tu es une sacrée coquine ! Bon je dois y aller, bonne journée mon amour !

– Bon courage. Je penserai à toi mon ange.

– Je viendrai te faire un bisou ce soir ! Tu me manques déjà ! »

Carla démarra, regardant dans son rétroviseur la silhouette de Mélanie qui disparut rapidement. Toute la matinée elle eut la tête ailleurs, le téléphone sonnait parfois plusieurs instants avant qu’elle ne décroche. Elle était sur un nuage, elle planait à dix mille. Alors que son chef lui en fit la remarque, comme seule réponse elle lui sourit les yeux dans le vide en répétant « je suis amoureuse ». Il tourna des talons avec une moue désabusée, ah ces bonnes femmes et leurs sentiments, pas très productif tout ça !

Elle finit par se ressaisir ce qui exigea d’elle une énergie considérable. Elle accéléra la cadence en pensant à ses retrouvailles avec Mélanie. De son côté Mélanie en bavait au boulot. Plutôt que de la licencier sa boite préférait la pousser à la démission et son supérieur était chargé de la harceler. Aujourd’hui il avait enclenché le turbo car le compte à rebours était entamé. Il pouvait hurler, piquer sa crise, la prendre en grippe rien ne la touchait, Mélanie était partie dans ses fantasmes. Elle restait de marbre devant ses agressions, un sourire sur les lèvres.

Quand elle rentra Yougi l’attendait car il voulait prendre l’air. Elle se saisit de la laisse et se dépêcha de descendre les escaliers. Elle connaissait les horaires de son bel ange, inévitablement elle la croiserait. Carla se pressa de revenir à la maison. Elle vit sa bien-aimée et son chien. Un appel de phare, un signe de la main pour la prévenir qu’elle garait sa voiture et qu’elle accourait. Yougi lui fit la fête, il l’adorait c’était évident. Avec ses démonstrations d’affection il ne les laissait pas s’embrasser. Il accaparait ainsi sa nouvelle amie. Mélanie le trouva collant et se fâcha. Yougi aplatit les oreilles car c’était elle le chef de meute, il se montra soumis.

« Et moi alors tu m’oublies ? Je veux aussi pleins de bisous ! La journée a été longue sans toi ! Yougi a assez eu de papouilles comme ça !

– Viens dans mes bras que je te fasse un gros câlin. Dure ta journée ?

– Comme d’habitude ! Mon chef m’a pris la tête, il n’a pas cessé de me rabaisser. Mais comme je pensais à toi, l’orage est passé au-dessus de ma tête sans commettre de dégâts.

– Tout cela sera bientôt derrière toi, ne te laisse pas démolir par ce chefaillon mais pense plutôt à notre relation passionnée et tendre. Je suis amoureuse de toi. Je ne veux pas te quitter, surtout nr pas te perdre ! »

Elles se rassurèrent mutuellement car elles en avaient besoin. La vie ne leur avait pas fait de cadeaux. Pour ce nouvel amour, rien ne devait être laissé au hasard. Elles ne voulaient plus souffrir, se détruire. Une vie de couple voilà ce qu’elles désiraient le plus. Une vie simple faite d’amour et de confiance, d’honnêteté et de respect. Elles discutèrent longuement. Elles étaient revenues de promenade et s’étaient calées dans un coin du sofa, serrées l’une contre l’autre.

Yougi était couché à leurs pieds. Enfin elles étaient bien. Les heures passèrent ainsi à une allure folle. Elles ne s’en étaient même pas rendu compte. Elles n’avaient rien mangé, le chien n’avait pas eu sa gamelle, sa sortie du soir avait été annulée. Cependant c’est lui qui les ramena à la réalité quand il failli pisser sur le parquet. Carla se leva, embrassa son amour délicatement et la serra fort contre elle.

« Je rentre, de toute manière on se voit demain. Tu viens quand tu veux, je rentre vers seize heures. Occupe-toi de Yougi sinon il va être jaloux ! Il va me faire payer le fait de lui prendre sa maîtresse.

– Tu ne veux pas rester avec moi ce soir ?  J’ai tellement envie de toi ! Pauvre Yougi je l’ai oublié, c’est bien la première fois. Je suis drôlement amoureuse pour en arriver là ! Pourtant il faut que je le sorte ! Reste s’il te plait ?

– Non, je préfère attendre encore, j’ai envie de toi, mais te faire l’amour si rapidement, ça me gêne. C’est comme si je te manquais de respect, tu n’es pas une relation d’un soir ! Tu es tellement plus !

– Je sais que tu me respectes, je le vois et le ressens. C’est certain que notre relation ne ressemble pas aux précédentes, pour toi comme pour moi. C’est bien beau de ne pas me sauter dessus, mais j’en peux plus ! Ça urge je suis en manque ! Je ne vais pas pouvoir tenir encore des lustres dans cet état !

– Je ne te laisserai pas avec ton manque ! Il y a aussi le mien… On se voit demain ? Bonne nuit.

– Oui à demain. Je rêve de prendre soin de toi, de te bichonner ! Tu vas crier grâce ! Bonne nuit à toi, fais de beaux rêve ma douce ! Je viendrai en soirée. Vite Yougi ne va plus se retenir longtemps ! »

Elles s’embrassèrent une nouvelle fois. Yougi dévala l’escalier et se soulagea dans le premier caniveau venu. Mélanie se hâta aussi de lui préparer sa gamelle. Carla rentra, des images plein la tête. Elle pensait à leur futur, à ce quotidien banal mais qui prend tout son éclat et sa saveur auprès de l’être aimé. Son réveil fut plus que dur car elle avait un mal de crâne terrible. Elle se dépêcha comme à son habitude. Café prit sur le pouce, douche froide pour mieux se stimuler. Elle sauta dans ses habits. En route ! Elle fit juste un petit signe à sa belle et son chien qui étaient dehors comme à leur habitude. Elle ne pouvait s’attarder sinon elle serait en retard ce matin. Mélanie semblait se porter comme un charme, on voyait qu’elle était heureuse.

Carla entrecoupa sa matinée de pauses, les bugs et coups de fils s’enchaînaient. Son mal de tête resta présent jusqu’au break déjeuner qui lui fit du bien. Elle avala un sandwich sur un banc dans un coin tranquille. Ensuite son après-midi traîna en longueur. Pour Mélanie tout se passa sereinement. En effet son supérieur était absent. Enfin pour la première fois depuis longtemps elle blagua avec ses collègues, ria aux éclats. Elle était dans une forme éblouissante. Elle se pressa de rentrer pour Yougi. Carla était déjà à la maison, elle mettait les petits plats dans les grands.

Elle leur préparait un repas fin. Saumon à l’aneth, carpaccio de bœuf, légumes frais cuits à la vapeur, fromage, salade de fruits. Elle s’affairait dans sa cuisine car elle voulait que tout soit parfait, de la préparation à la présentation. Ensuite elle avait placé des bougies sur la table, sorti sa plus belle nappe, plié les serviettes comme dans les grands restaurants car elle voulait impressionner Mélanie. Ça sonna, elle se dirigea vers la porte et l’ouvrit.

« Il est quelle heure ? Je n’ai pas vu le temps passer. Je n’ai pas encore pris ma douche. Mais viens d’abord dans mes bras si mon odeur ne te rebute pas. Tu m’as manquée, encore plus que d’habitude.

– Toi aussi, je n’en peux plus de ne pas être avec toi !

– Mais c’est fini dans un mois tu es la nouvelle secrétaire car tu es prise dans la boîte ! Heureuse ?

– Génial ! Depuis quand tu le sais ? Pourquoi tu ne m’as rien dit avant ? Je suis comblée ! Champagne si je comprends bien !

– On va fêter ton nouveau job et notre amour grandissant !

– Trinquons ! C’est sublime cette table et ça sent super bon. Tu as fait tout cela pour moi ? Tu t’es donné du mal, ça me touche beaucoup !

– Oui c’est pour toi ! C’est une soirée très spéciale et je veux que l’on en garde le plus beau des souvenirs, qu’elle reste gravée en nous. Je souhaite que tu saches combien tu comptes pour moi ! Installe-toi, je vais prendre une douche en vitesse, j’arrive j’en ai pour deux minutes. Fais comme chez toi. »

Carla se dirigea vers la salle de bain, l’eau glissa sur elle pendant qu’elle se badigeonnait de gel moussant. Tout d’un coup elle sentit des mains sur elle. Mélanie l’avait rejointe, elle était nue et s’était collée à elle. Elle entreprit de la savonner. Ses mains courraient sur son corps tandis qu’elle sentait ses pointes de seins se durcir, ses reins se cambrer. Mélanie alla plus loin dans ses caresses. Elle plaqua sa paume sur son sexe et avec ses doigts commença à aller et venir doucement. Carla était de plus en plus excitée. L’index et le majeur se firent plus précis. Carla ne put se retenir de gémir et poussa un petit cri au moment où elle jouit. Elle se retourna et se retrouva face à son amante. Elles s’embrassèrent avec envie et passion. Elles sortirent de la douche avant d’inonder toute la pièce.

« Tu m’as bien eue ! Je ne t’ai pas entendue entrer, la surprise fut totale ! J’ai encore envie de toi !

– Pas de problème ! Je ne te raconte pas mon état, ce sont les grandes eaux !  Tu as intérêt à ne pas me laisser en plan, sinon je te viole !

– Suis-moi, je vais résoudre ton problème ! »

Carla entraîna Mélanie dans sa chambre et la poussa sur le lit défait. Elle se plaça tout de suite sur son amie qu’elle l’embrassa tout en lui disant des mots d’amour. Ensuite elle effleura du bout des doigts tout son corps. Elle allait de bas en haut, s’arrêtant de ci de là. Mélanie ne tenait pas en place car elle était sensible au toucher, au frôlement. Elle n’en pouvait plus. Carla tenait ferment sa partenaire. Elle descendit le long de son corps, embrassant ses seins, son ventre, son sexe.

Sa langue agile en fouillait tous les plis et les replis. Mélanie avait planté ses ongles dans le matelas et tordait les draps dans tous les sens. Son bassin ondulait au rythme des mouvements linguaux. Elle gémissait de plus en plus fort, de plus en plus vite. Elle ne mit pas longtemps à jouir. Carla se remit sur elle, l’embrassa amoureusement, calma les frissons qui lui parcouraient l’échine. Mélanie revenait doucement sur terre.

« J’attendais ce moment depuis notre premier baiser ! J’adore la manière dont tu m’as fait l’amour, tu es très douce, très attentionnée. Jamais je n’ai connu une telle osmose avec une partenaire ! »

Carla ne pouvait s’empêcher le l’embrasser. Elle trouvait ses lèvres douces avec un petit goût sucré. Mélanie ouvrit les jambes. Carla s’allongea de nouveau sur elle. Elle caressa un moment sa fente lisse et humide puis glissa un doigt dans son intimité. Mélanie se cambra, sa respiration était bruyante. Un cri sourd, elle avait eu un orgasme violent. Elle serra ses jambes autour de la cuisse de sa compagne tout en contractant son sexe comme pour prolonger sa jouissance. Elles restèrent enlacées dans cette position un bon moment, le temps de retrouver leurs esprits. Elles étaient si bien qu’elles se blottirent dans les bras l’une de l’autre.

« Je ne m’attendais pas à prendre un tel pied, là c’était 14juillet, un vrai feu d’artifice !

– J’aime te sentir aussi mouillée, prête à jouir, ça m’excite encore plus ! J’aime aussi te faire l’amour tout simplement.

– Je le constate et tu te défends à merveille. Tu es la seule que j’ai connue à me le faire si bien.

– Les autres ne devaient pas être amoureuse comme je le suis !

– Sûrement. Mais tu ne m’avais pas préparée un bon dîner ?

– Si ! Tu as un petit creux ? Alors tout est prêt, on n’a plus qu’à passer à table si tu veux !

– Je prends ton peignoir, je vais prendre une douche et j’arrive !

– Prends ton temps ! Je vais faire réchauffer les légumes et griller les toasts. »

Pendant que Mélanie se lavait Carla s’affaira en cuisine. Elles ne furent longues ni l’une l’autre. Ensuite elles s’installèrent à table. Les bougies éclairaient à peine la salle. Le saumon était servi. La faim les tenaillait. Elles mangèrent tout en se dévorant des yeux qui luisaient d’envie et de désir. Cependant le dessert resta au réfrigérateur car elles retournèrent se mettre au lit avant.

Leurs corps avaient un besoin de contact et de caresses. En effet elles n’avaient jamais eu un tel sentiment de bonheur et d’épanouissement. Elles s’endormirent ainsi au petit matin comblé. Quand Carla se réveilla, le lit était vide. Cependant il y avait un mot sur l’oreiller.

« Je suis allée promener Yougi et lui donner à manger. Je reviens tout de suite, j’ai pris tes clés. »

Carla se dirigea vers la cuisine et se fit un grand bol de café. Elle entreprit de ranger et de laver la vaisselle de la veille. Enfin elle vit arriver son copain le chien qui lui sauta dessus et la lécha.

« Bonjour toi, comment tu vas ? Ta patte va bien on dirait ? On le retire bientôt ton bandage ? »

Le Carlin sautait dans tous les sens, il voulait aussi avoir des papouilles de sa nouvelle amie. Il mit le bazar dans l’appartement jusqu’à obtenir ce qu’il voulait. Une fois comblé, il se mit dans un coin et dormit alors que Mélanie les avait observés amusée dans son coin.

« Tu es partie à quelle heure ? Je n’ai rien entendu !

– Vers six heures car je n’arrivais plus à dormir. De plus j’avais peur que Yougi ne se mette à aboyer et ne réveille les voisins. Il t’adore ! Je suis bien contente. Tu veux un coup de main ?

– Non j’ai presque fini ! Tu as déjeuné ? Il y a tout ce qu’il faut !

– Je vais prendre un café et un bout de pain, ça ira. On fait quoi aujourd’hui ? Tu restes avec moi ?

– Bien sûr car j’avais pensé aller faire un tour en forêt, j’ai aussi envie de profiter de la nature. Pour Yougi ça sera une belle balade qu’en penses-tu ?

– Ok, c’est sympa comme idée. En effet j’aime beaucoup les endroits calmes loin de tout. Mon fauve va pouvoir courir comme fou, il y n’aura ainsi aucun danger à ce qu’il aille se jeter sous une voiture ! Sinon on part à quelle heure ?

– Le temps de prendre ma douche, de grignoter un morceau, ça te convient ?

– Je vais aller me changer et mettre une tenue plus adéquate. Je reviens tout à l’heure.

– D’accord ! Je prépare un pique-nique, ça te dit ?

– Génial je me dépêche ! Je te laisse le chien mais pas de bêtises en mon absence ! Je veux qu’il commence aussi à s’habituer à son nouveau territoire.

– Non on va être sages. »

Elles partirent dans les bois en voiture, Yougi la gueule en muselière. Il sauta de la voiture et fonça sur le premier oiseau venu. Il obéissait bien à la voix depuis son accident, aussi Mélanie le laissa courir en toute liberté. Si des promeneurs s’aventuraient sur le même chemin qu’elles, elle le rappellerait à l’ordre. Elles marchèrent en se tenant par la main, s’embrassant comme des jeunes mariées. Carla avait sur le dos un sac contenant la nourriture. Le chien se défoulait en aboyant et en sautant tous azimuts sur tout ce qui bougeait.

De temps en temps Carla se baissait pour ramasser un bout de bois et lui lancer, Yougi lui ramenait tout de suite. Le jeu dura un bon moment. On aurait dit des enfants. Mélanie riait et se joignit à eux en égarant le Carlin dans des fourrés dont il revint égratigné mais rien ne semblait l’arrêter. Sa patte n’était plus douloureuse, c’était un bonheur que de le voir aussi rempli de vie. Elles pique-niquèrent en bordure d’un ruisseau dont le petit torrent offrait un cadre romantique pour leur amour naissant. L’après-midi se passa à merveille. Elles rentrèrent fatiguées. Mélanie proposa une soirée au calme.

« Tu restes avec moi ? On se finit les restes d’hier soir car je n’ai pas envie de cuisiner ce soir !

– Si tu veux. Je suis crevée ! Yougi aussi, il va nous laisser tranquilles comme ça. Tu veux que je t’aide en cuisine ?

– Je prépare du café tu en veux ? Installe-toi et mets-nous de la musique. Fais comme chez toi !

– Tes désirs sont des ordres ma beauté ! Je m’occupe de tout. »

Mélanie chercha dans les cd une musique tendre. Elle trouva son bonheur. Carla surveillait du coin de l’œil le café pendant qu’elle s’affairait à rendre présentables viande, poisson et légumes. Le nectar était prêt. Tasses, sucre elle avait pris l’initiative de sortir un paquet de gâteaux secs. Mélanie pendant ce temps s’était allongée sur le canapé. Ensuite Carla vint doucement se placer derrière son amie qui avait piqué du nez. Elle ne sentit la présence de son amour que lorsqu’un tendre baiser dans le cou la réveilla. Elle la prit dans ses bras et l’embrassa à son tour. Carla vint se mettre tout contre elle. Moment de calme et de tendresse.

Elles écoutaient le disque se serrant fort l’une contre l’autre. Yougi avait repris des forces. Il vint les déranger parce qu’il voulait aussi encore jouer. Il tenait dans sa gueule le gros os qu’elle lui avait offert. Carla se redressa et lui dit.

« Tu n’es pas fatigué ? Tu nous as fait cavaler toute la journée. Je sais ce qui ne va pas ! Je te prends ta maîtresse et tu ne veux pas ! C’est ça qui te gêne mon gros ? Ne t’en fais pas elle est toujours à toi ! Va te coucher on jouera tout à l’heure promis ! »

Comme si le chien avait tout compris, il posa son os et repartit se coucher.

« Je suis épatée. Tu sais causer aux animaux ! Il t’écoute et t’obéit.

– C’est normal car il est jaloux, je lui vole sa maîtresse. C’est pourquoi il a besoin de se sentir rassuré et d’être aimé encore plus. C’est tout ! A sa place je serais dans le même état critique. Je suis jalouse de nature, alors imagine …

– Ah bon tu es jalouse ? Moi non car j’ai toute confiance en ma compagne. Mais je ne veux pas me détruire et trembler comme une feuille à chaque fois qu’une fille te fera les yeux doux ou bien te parlera. Aussi je reste zen.

– Je suis possessive quand je suis amoureuse ça me rend dingue. J’ai toujours peur de perdre l’amour de ma partenaire. Tu n’auras aucune scène de ma part, ne t’en fais pas. Mais c’est au fond de moi, une angoisse sourde. J’ai été trompée plus d’une fois tu sais…

– Je suis quelqu’un de fidèle, tu ne risques rien. De plus j’ai attendu trop longtemps une fille comme toi qui saura me rendre heureuse, ce n’est pas pour tout gâcher avec une aventure sans lendemain. Je tiens trop à toi ! Je veux vivre avec toi !

– Moi aussi je suis plus que fidèle !

– Tu vois, inutile de te rendre malade inutilement. J’ai des sentiments très forts. Tu comptes énormément pour moi. »

Elles s’embrassèrent comme si la fin du monde était pour demain. Leurs mains se mirent à aller et venir sur leurs corps. Le désir se faisait sentir, impératif. Leurs vêtements étaient à présent sur le sol. Elles firent l’amour à même le canapé. La musique douce couvrait les gémissements des deux amantes. Elles s’aimèrent comme jamais. Malgré le peu de place pour leurs ébats, elles trouvèrent toutes les positions possibles qui leur procuraient un plaisir intense. Elles étaient comblées, la jouissance les avait mis hors service pour un moment.

Les semaines qui suivirent furent passionnées. Mélanie avait rejoint la même société que son amour. Elles se voyaient sur leur lieu de travail, elles se téléphonaient dans la journée. Il leur fallait entendre leur son de leur voix. Juste un mot d’amour, des promesses pour le soir venu… Leur vie s’écoulait sereinement. D’un appartement à l’autre. Yougi avait pris ses habitudes chez Carla. Il avait aussi son panier et ses jouets. Elle le promenait, jouait avec lui. Il était en quelque sorte leur enfant…

Un matin ensoleillé, Yougi aperçut une jolie femelle de son espèce. Il se hâta d’aller lui renifler le derrière. Elle n’était pas effarouchée la belle. La conversation s’engagea tout naturellement entre propriétaires.

« Carla et moi on ne vous a jamais vu ici ? Elle est très belle votre chienne, comment s’appelle-t-elle ?

– Marguerite. En fait je n’habite pas dans le quartier, je tiens l’agence immobilière du centre-ville. J’attends un client pour la visite d’un appartement à vendre. Apparemment il est en retard. Marguerite et moi sommes inséparables depuis la mort de ma femme.

– Je suis désolée.

– Vous n’y êtes pour rien. Excusez-moi mon portable sonne. Oui, c’est moi-même… Comment ça tu n’es plus intéressé par cet appartement deux pièces ? Des mauvais placements en bourses ? D’accord je te rappelle. Merci d’avoir prévenu !

– Un souci ?

– Oui mon beau-frère vient de me planter. Je lui avais bloqué cet appartement qui est cédé une bouchée de pain car le propriétaire veut s’en débarrasser à tout prix pour des raisons obscures. Des problèmes avec son ex-femme, il veut se rendre insolvable pour échapper à la pension alimentaire si j’ai bien compris.

– Ah oui ?

– En plus c’était un bricoleur, tout a été refait à neuf, c’est luxueux vous verriez, un vrai petit nid d’amour.

– C’est ça que ça nous intéresserait, on cherche justement un nouveau logement.

– Vrai ? Eh bien suivez-moi, si vous signez tout de suite il est à vous ! »

Les deux femmes se sourirent… sous l’œil attendri de Yougi !

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