Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : La première fois

La première fois est une nouvelle lesbienne où tout est dans le titre.

Du plus loin qu’elle se souvienne Astrid avait eu une enfance normale. Même si ses parents avaient divorcé lors de son entrée à l’école primaire elle ne gardait aucun souvenir du partage de la garde. Rien en tout cas qui pouvait expliquer ses blocages actuels.

Astrid avait en réalité traversé l’existence sans rien sentir ni pressentir. Elle avait été très ouverte sur les autres jusqu’à son entrée au collège où elle s’était renfermée sur elle-même. En fait elle ne se plaisait pas du tout au collège. Sans doute parce qu’elle avait été fragilisée par la séparation de ses parents bien plus qu’elle n’avait bien voulu se l’avouer. La rentrée en sixième avait révélé en elle une timidité et un traumatisme refoulé.

Aussi sa mère l’avait encouragée à consulter un psychologue. Celui-ci l’avait incité à reprendre contact avec son père. En effet Astrid après le divorce ne le voyait plus qu’un week-end sur deux. Le lien père-fille s’en était trouvé distendu. Et la relation avait alors pris un tour plus impersonnel. Certes sans tension mais aussi sans dialogue.

Astrid n’avait rien à reprocher à son père. C’est pourquoi le revoir ne lui fit ni chaud ni froid. En bonne élève elle faisait plaisir à sa mère et à son psychologue. Ces rencontres ne lui apportaient rien. Cependant au fond d’elle, elle était persuadée que le problème n’était pas là. Elle n’avait pas besoin des hommes dans sa vie tout simplement. Et elle ne se répétait pas non plus tous les matins qu’elle était bien toute seule même si elle en était arrivée à se sentir bien comme cela.

Ainsi jusqu’à ses vingt ans elle traversa la vie comme une valise. Elle termina ses études secondaires et supérieures sans amis ni relation. Seul les livres et les études comptaient. Puis une fois diplômée elle se trouva rapidement du travail. C’est comme ça qu’elle mit un peu d’argent de côté et s’acheta rapidement un appartement.

Astrid avait alors vingt-trois ans. Jusque-là elle avait suivi une voie toute tracée qui lui avait permis de ne se poser aucune question. D’ailleurs elle se voyait vieillir ainsi confortée par une routine bien huilée qui lui évitait de penser ou ressentir. Astrid s’était installée dans un petit cocon, bien protégée du monde et des autres.

Pourtant en accédant à son indépendance qu’elle avait tant voulu avec l’achat de son appartement, elle s’effondra. Totalement livrée à elle-même, tout ce qu’elle avait refoulé du divorce remonta. Elle prit conscience de sa solitude et en voulut à ses parents de lui avoir gâché la vie. C’était la solution de facilité de tout leur mettre sur le dos mais Astrid n’était pas non plus la reine de l’introspection.

Durant trois ans elle rumina sur sa solitude et son vide affectif. Pourquoi était-elle si seule et dans la peur des autres ? A force elle se forgea une carapace de protection qui la conforta dans sa rancœur. Elle se répétait à l’envi que derrière la peur il n’y avait pas d’envie. Puis au fur et à mesure qu’elle bataillait intérieurement avec ses contradictions, elle commença doucement à changer. Elle relativisa la part du divorce des parents dans son échec affectif et cessa peu à peu de ressasser ses malheurs.

C’est alors qu’Astrid décida de prendre le taureau par les cornes. Lasse d’être triste à longueur de temps à cause de son célibat, elle s’inscrivit sur un site de rencontres. D’emblée elle jeta son dévolu sur un jeune homme de son âge. A la place de sa photo d’identité ce dernier avait choisi celle de son avatar, le roi Arthur car c’était aussi son prénom. Pour Astrid le chat était une bonne manière de rentrer en contact avec ses congénères pour une première fois. Surtout avec une personne du sexe opposé car c’était sans trop de prises de risques.

Rapidement ils se présentèrent. Leur âge, leurs centres d’intérêts, leur profession. Tous deux aimaient correspondre. Arthur était un artiste alors qu’Astrid était chef de projet. Ils avaient en commun la passion du cinéma. Arthur vivait à trente kilomètres de chez Astrid. Leurs échanges étaient plein d’humour et de complicité.

C’est ainsi qu’en un mois chacun prit une place importante dans la vie l’un de l’autre.  Ils passaient tout leur temps libre à s’écrire des mails ou à correspondre sur leur messagerie privée. Cependant ils n’échangèrent par leur numéro de téléphone préférant chacun utiliser la plateforme mise en place par le site.

Petit à petit Astrid tomba amoureuse d’Arthur. C’était pourtant ridicule car en dehors d’échanges bons amis Astrid la cartésienne n’avait aucune preuve que ce sentiment fut réciproque. Aussi afin d’en avoir le cœur net elle proposa à Arthur de se dévoiler davantage.

Voilà comment ils commencèrent par s’échanger d’abord des photos d’eux bébés. Puis enfants et adolescents et enfin adultes. Au fur et à mesure ils se racontèrent aussi leur histoire. Chacun écrivant de longs mails sur ses fêlures et blessures. Cette relation prenait des proportions de plus en plus énormes. Finalement Astrid n’y tenant plus envoya à Arthur son numéro de portable.

Un matin elle fut surprise au réveil de découvrir sur son répondeur un message tendre d’Arthur. Sa voix grave la troubla. Il avait envie de la rencontrer. Mais Astrid était encore très réticente car elle sentait cette proximité physique comme une menace. Elle était effrayée en même temps que ravie car au fond d’elle, Astrid en avait très envie.

Toute la journée elle imagina la rencontre. Chez lui ? Chez elle ? A l’hôtel ? Cet amant fantasmatique la ramenait dans le réel, la vie normale reprenait ses droits. Astrid devait absolument lui dire qu’elle n’avait jamais fait l’amour avec personne à vingt-six ans. En plus elle avait très peur d’être déçue. Qui se cachait derrière l’avatar ?

Finalement elle lui écrivit un long mail pour lui expliquer qu’elle avait construit une carapace de protection et qu’elle avait très peur de cette première fois. Elle prenait les devants. Ainsi s’il outrepassait les limites il savait à quoi s’attendre. Arthur sut se montrer persuasif car Astrid accepta son invitation à boire un verre après le travail.

Arthur fut ponctuel. Il avait prévu d’aller chercher Astrid à la sortie de son bureau et de l’emmener en ville dans un bar dont la terrasse à cette heure était bondée. Astrid eut du mal à cacher sa déception en découvrant Arthur. Elle avait tellement fantasmé sur son avatar qu’elle déchanta immédiatement. Arthur était petit pour un homme, le visage aux traits épais, des poils éparses au niveau de la barbe, le cheveu gras. Et surtout un embonpoint qui contrebalançait avec l’image romantique qu’elle s’était faite de cet artiste.

Ils étaient mal à l’aise au point qu’il leur fallut une demi-heure pour retrouver leur complicité épistolaire. La communication rétablie Arthur avoua à Astrid qu’elle lui plaisait beaucoup. Cependant pour ne pas la brusquer ils burent uniquement un verre et chacun rentra chez soi.

Néanmoins ils se revirent une semaine plus tard. En effet si Arthur n’était pas du goût d’Astrid il était aussi le seul homme avec lequel une relation intime était possible. Jusque-là ils en étaient restés au stade de l’amitié. Même si Arthur prétendait que c’était chouette d’être amis, Astrid sentait qu’il voulait aller beaucoup plus loin. Comme Astrid n’avait aucun point de comparaison avec un autre homme elle ignorait en fait où il en était vraiment avec elle.

D’un côté Arthur lui expliquait qu’il n’était pas prêt à s’investir dans une relation amoureuse et de l’autre qu’il ne pouvait imaginer sa vie sans Astrid. Venant d’un simple ami ces propos étaient des plus ambigus. Pourtant Astrid malgré ces incohérences continuait à entretenir la relation avec Arthur.

Enfin le jour de la Saint Valentin Arthur prit son courage à deux mains et appela Astrid. C’était un jour propice pour lui révéler qu’il était amoureux d’elle depuis le début. Astrid reconnut qu’il en était de même pour elle. Ils ne s’étaient vus que deux fois et pourtant ils s’aimaient. Astrid proposa à Arthur de venir chez elle le samedi suivant. C’était un deux pièces avec une chambre et un grand lit.

Astrid savait qu’ils allaient s’embrasser voire… Tout le reste de la semaine elle stressa à cette idée. Quand Arthur sonna à la porte, sa peur s’envola. Elle entraina Arthur dans la chambre, dans le noir, et s’embrassèrent durant des heures. Astrid était comme une adolescente qui se demandait comment faire mais une fois que le premier pas est fait ça allait. Elle se sentait bien et avait l’impression d’avoir franchi une étape de sa vie.

Arthur de son côté prenait son temps et ne la brusquait pas. Les conditions imposées par Astrid lui convenaient parfaitement. Clairement il voulait aller plus loin mais pour Astrid pas question de faire l’amour ce jour-là. Elle n’y pensait même pas alors qu’elle venait juste surmonter sa peur de l’embrasser. Astrid était assez pudique. Nous étions en février. Aussi elle prit prétexte du froid pour garder un gros pull en plus de son pyjama.

Puis ils finirent par s’endormir. Au petit matin, affamés ils se levèrent et déjeunèrent. Ensuite chacun prit sa douche. En sortant de la salle de bain Astrid avait remis son pull sur son pyjama. Pour essayer de la décoincer, Arthur lui proposa de l’enlever. C’était un homme doux. Astrid attendrit et désireuse de le garder encore un peu avec elle s’exécuta. Il se rapprocha d’elle et déboutonna sa veste de pyjama.

Il commença à lui caresser la poitrine. Affolée par la tournure des événements Astrid l’arrêta net et lui pria de partir. Pour une première fois elle avait déjà beaucoup donné et c’était trop pour elle. Pourtant quelques jours plus tard ils se revirent car c’était au tour d’Arthur de l’inviter chez lui.

Comme chez Astrid il l’entraina immédiatement dans sa chambre plongée dans le noir. Astrid était trop mal à l’aise avec son corps. Et ce serait encore bien pire nue. En quelques mois Astrid avait traversé bien des obstacles. Il y a six mois on lui aurait dit qu’elle se retrouverait avec un homme dans un lit elle n’y aurait pas cru. En une semaine la situation s’était totalement débloquée. Arthur voulait faire l’amour et Astrid passive le laissa faire.

Elle ne ressentit strictement rien sauf la douleur. En revanche elle eut la satisfaction de ne plus être vierge et de l’avoir fait. D’ailleurs c’était aussi cette obsession de l’être encore qui l’avait motivée à se laisser faire. Dire que jusqu’à la fin des années soixante c’était la honte de la perdre avant mariage maintenant c’était le contraire. Cette première fois fut donc un peu répugnante pour Astrid.

Au fil du temps Arthur lui apprit à connaitre son corps, à découvrir ce qu’elle aimait. La pénétration l’ennuyait. En revanche elle adorait les préliminaires, à savoir les baisers et les caresses. Arthur au début faisait passer ses envies avant les siennes. Au bout de quelques semaines, Astrid commença à prendre du plaisir et à prendre de plus en plus fréquemment l’initiative de leurs relations.

Elle en avait envie tout le temps partout. Au point que cette frénésie poussa Arthur à vouloir lui aussi des rapports de plus en plus fréquents. Le matin avant de partir au travail, le midi dans la cuisine, le soir dans la salle de bain.

C’est ainsi que leur relation se mit à décliner car elle n’était plus basée que sur le sexe. Sans s’en rendre compte après avoir écrit des messages fleuves et bavardé des heures au téléphone durant des semaines, au bout de trois minutes ils n’avaient plus rien à se dire. Le pire dans tout cela c’est que ce qui effrayait le plus Astrid au départ était la seule chose qui l’unissait encore à Arthur.

Astrid crut qu’elle pourrait encore continuer comme cela un moment. Mais comment former un couple sur cette base uniquement ? Enfin après quelques temps encore elle ne supporta même plus la présence d’Arthur. Aussi la rupture fut fatale.

Astrid retrouva rapidement mais difficilement ses habitudes de célibataire perdues depuis quelques mois. Après avoir découvert le plaisir physique, elle ressentit le manque. Mais pas seulement. Il y a aussi la relation dans son ensemble. En effet Astrid savait maintenant que son bonheur ne dépendait pas que d’elle mais d’une autre personne. Elle ne percevait plus l’autre comme un danger ou une menace.

Ce changement en entraina un autre. Astrid décida de quitter provisoirement son appartement et de s’installer en colocation en centre-ville pour quelques temps. Ainsi elle profiterait de ses soirées de célibataires pour faire de nouvelles rencontres. Elles étaient quatre jeunes femmes à partager un grand appartement. Afin de réguler les tensions liées à la cohabitation, des règles avaient été établies. Pour les courses, le ménage et le partage des espaces communs comme la salle de bain et la cuisine chacune les respectait.

D’autre part, concernant les conquêtes d’un soir, l’amant était prié de partir au plus tard après le petit déjeuner. Pas question d’une installation à demeure ou d’une relation trop régulière. Sinon le bail était rompu. Astrid était ravie de ce règlement intérieur. Elle avait bonne conscience de papillonner.

Comme pour Arthur la frénésie dura quelques semaines. Puis la lassitude s’installa. Quoi de pire que faire l’amour sans amour ? Un soir ne trouvant pas le sommeil, Astrid se leva pour boire. En revenant dans sa chambre elle entendit un gémissement. Il venait de la chambre à côté de la sienne. Elle colla son oreille contre la porte. Un couple faisait l’amour derrière.

Excitée, Astrid regagna sa chambre. Une heure plus tard elle entendit la porte de l’appartement s’ouvrir et se refermer. Puis des pas. Astrid n’y pouvant plus sortit de sa chambre. Une des colocataires se servait un grand verre d’eau. Astrid feint elle aussi d’avoir soif.

« Il a été discret en partant, commenta Astrid

– Ce n’est pas « il » mais elle ! »

Astrid resta sans voix. Sa colocataire ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits et l’entraina dans sa chambre où elles commencèrent par s’embrasser. Astrid qui pensait avoir atteint le nirvana question baisers avec Arthur la première fois fut envahie d’un plaisir inconnu. Tout son corps était en éveil. Elle laissa les mains expertes de son amante la caresser et l’explorer.

Rien ne ressemblait à ce qu’elle avait connu jusqu’à présent avec les hommes. Son excitation était sans commune mesure avec celle éprouvée jusque-là. Tout en étant passive elle lâcha prise et s’abandonna au plaisir qui montait en elle. Elle se mit à gémir ce qui ne lui était jamais arrivé. C’était bon comme jamais. D’un seul coup une chaleur incroyable l’envahit et une décharge fulgurante de plaisir lui traversa tout le corps. Son amante lui mit alors la main sur la bouche pour étouffer le cri déchirant qui fendit l’air.

« Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?

– Tu as joui ma belle !

– Joui ?

– Un orgasme si tu préfères. C’est ton premier c’est ça ?

– Oui. C’est la première fois car jusque-là je n’avais jamais rien ressenti. »

Astrid embarrassée par cette révélation quitta la chambre pour regagner la sienne.

Au petit matin elle avait réuni ses affaires et était partie sans laisser de mot. Cette aventure d’un soir n’était pas qu’un épisode. Elle regagna son appartement. Sous la douche elle se caressa en repensant à sa colocataire et eu son deuxième orgasme.

Elle se dépêcha pour être à l’heure au travail. Ce soir elle s’inscrirait sur un site de rencontres entre femmes.

Si elle venait aussi de découvrir l’art de se contenter elle-même, son envie de refaire l’amour avec une femme était violent. Comment avait-elle pu l’ignorer aussi longtemps ? A force de se persuader que le blocage venait du divorce de ses parents elle n’avait pas vu que son pire ennemi c’était elle.

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