Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : La manipulatrice

La manipulatrice est une nouvelle lesbienne dont le sujet est la perversion narcissique.

Il pleuvait en ce dernier jour de vacances. Au moins il n’y aurait aucun regret de partir et de quitter cette côte bretonne si magnifique quelle que soit la saison.

Zoé avait dix-huit ans. Elle venait de décrocher son bac avec mention et s’était inscrite en fac de médecine. En effet elle voulait sauver des gens, porter secours à ceux qui souffrent, se rendre utile mais surtout réussir son existence. A l’heure où la mondialisation frappait de plein fouet l’industrie, elle était sûre avec un tel métier de ne pas voir son cabinet délocalisé en Asie. Elle avait aussi l’impression que des ouvertures inimaginables s’offraient à elle et lui donneraient l’occasion d’évoluer au même rythme que sa vie personnelle.

Zoé était une brillante élève et la perspective d’être étudiante longtemps encore prolongerait les délices de sa jeunesse. Pourtant bosser ne lui faisait pas peur pas plus que l’idée d’être confrontée à ce qu’un être humain pouvait connaître de plus terrible. En effet Zoé était à l’aube de sa destinée et elle avait bien le temps de perdre ses illusions et son innocence.

Eva et elle sortaient ensemble depuis un an. Elles s’étaient rencontrées au lycée et cela avait été le coup de foudre immédiat. Pourtant Eva n’était pas à proprement parler un canon de beauté mais elle avait un charme fou sur lequel le temps aurait difficilement de la prise. Zoé avait senti chez elle une intelligence hors du commun, une ambition démesurée. Et Eva était du genre à avoir une carrière qu’on suit à la trace dans les journaux.

Sans être un Rastignac, Eva n’en était pas moins opportuniste. D’ailleurs lors des derniers mouvements lycéens elle s’était illustrée par son charisme et son verbe facile. Dans l’amour que Zoé lui portait il y avait autant de fascination que de passion car Eva était le genre de femme à lui faire croire qu’elle était l’unique alors qu’elles étaient des dizaines à peupler les trous de son agenda. Aveuglée ou fleur bleue, Zoé croyait néanmoins à ces mots murmurés au creux de l’oreille après l’amour et Eva avait tout à ses yeux de la princesse charmante.

Zoé était partie pendant trois semaines et pas un seul jour ne s’était écoulé sans qu’elle n’ait eu Eva au moins deux fois par jour sur son portable. C’était surtout elle qui l’avait appelée car Zoé avait toujours l’art de tomber sur sa messagerie. Cela avait le don de l’irriter profondément. Eva avait été admise en math sup et elle mettait à profit ses vacances pour renforcer son niveau. En effet polytechnique ou rien avait-elle répondu à Zoé lorsqu’elle avait provoqué une scène au sujet de son indisponibilité.

Comment pourrait-elle se concentrer sur ses révisions si elle était sans cesse dérangée ? Zoé avait admis le point de vue d’Eva et avait convenu que ce serait elle qui la joindrait. Ce qu’elle ignorait pourtant c’est qu’elle collectionnait les conquêtes en boîte de nuit. D’une part ses heures d’études n’étaient que des siestes réparatrices, d’autre part ses problèmes non pas des intégrales mais des filles larguées qui désespérément s’accrochaient. Le retour de Zoé annonçait la fin de cette débauche d’ébats et elle savait également que deux années de sacrifices s’ouvraient à elle.

Quoi de plus normal dans un monde parfait lesbien pour une jeune fille que de rêver d’une jeune femme pour la vie entière. Se marier, fonder une famille, vieillir ensemble. C’était on ne peut plus romantique. Zoé n’attendait rien d’extravagant dans la vie de couple et on pouvait décemment se poser la question de son attachement à Eva. En effet pourquoi l’avoir choisie ? Elle ne pouvait que la rendre malheureuse et un jour ou l’autre, même en cloisonnant son existence comme Eva en avait pris l’habitude, une lettre ou un coup de fil anonyme révèleraient ainsi le pot aux roses.

Cette cécité était-elle due à la naïveté ou bien à son manque d’expérience ? Zoé était heureuse et se prendre la tête avec des questions inutiles n’était pas son genre. Eva était très expérimentée au lit et avant Eva elle n’avait jamais connu le plaisir. Elle avait su l’initier aux caresses érotiques et elle ne s’était jamais imaginé qu’on pouvait atteindre l’orgasme avec une telle intensité. Et tant bien même qu’elle n’était pas l’unique elle était la favorite. Cela suffisait à son bonheur.

Pourtant malgré elle Zoé avait dû ouvrir les yeux. Sa mère n’aimait pas du tout Eva et à chaque fois qu’elle pouvait la rhabiller pour l’hiver elle ne se privait pas. Eva ceci, Eva cela. Aucun être humain n’avait grâce à ses yeux et cette Eva encore moins. La mère de Zoé, Françoise, avait vu clair tout de suite dans le jeu de sa future bru : séductrice, manipulatrice, ambitieuse. Si elle acceptait l’homosexualité de Zoé, ce n’était pas du tout le genre de jeune femme dont elle avait rêvé pour sa fille. En effet il n’était pas question qu’elle s’amuse avec elle comme un chat avec une souris.

En fait elle avait avant tout voulu un homme, un vrai, pour Zoé et elle accusait Eva d’avoir perverti sa fille chérie en l’entraînant dans cette vie de débauche. Elle était prête à sortir les griffes envers le premier qui ferait du mal à sa petite fille. Parce que Zoé était toujours sa petite fille, son trésor, sa princesse adorée. Quiconque voulait l’approcher et déjà Françoise, telle une mère chatte, feulait pour éloigner l’ennemi. Sa fille c’était ce qu’elle avait de plus sacré et même adulte Zoé était encore à protéger.

Zoé était partagée entre le discours de sa mère et son amour pour Eva. Pourquoi la vie était-elle si compliquée ? Son choix était fait et pourtant sa mère le désapprouvait. Zoé se disait qu’Eva avait réouvert la blessure liée à l’ancienne rivalité œdipienne : « miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? » En effet Françoise avait divorcé trois ans plus tôt car son mari volage avait décidé d’épouser une jeune femme qui aurait pu être sa fille. Sans s’en rendre compte Zoé répétait l’histoire de son père infidèle et Françoise voulait lui éviter de souffrir à son tour.

Mais l’existence n’est-elle pas une succession d’épreuves heureuses ou malheureuses ? Et quel est le parent qui peut empêcher son enfant de se heurter aux difficultés de toutes sortes ? Aussi comme la relation entre Zoé et Eva durait, Françoise avait dû mettre de l’eau dans son vin. Elle avait admis qu’elles s’aimaient et que quoi qu’elle dise ou pense, elle ne pouvait influencer sa fille dans sa décision de rester avec Eva. Néanmoins, elle avait avant de baisser les armes mise en garde Zoé contre Eva. Forcément elle la frapperait un jour ou l’autre et forcément elle serait là pour la consoler.

La dernière conquête d’Eva n’avait pas digéré sa goujaterie. Il faut dire qu’elle avait eu l’indélicatesse de la laisser repartir chez elle sans la raccompagner ni même appeler un taxi alors qu’il pleuvait à torrent. La belle avait dû rentrer à pied et pendant la balade forcée l’idée de se venger s’était imposée à elle. En effet elle n’avait pas le monopole des coups bas et Eva allait apprendre à ses dépens qu’une femme blessée peut être capable du pire.

A peine descendue du train, Zoé courut chez Eva. Elle avait trop envie d’elle, de la voir, de l’aimer. Ces trois semaines de séparation avaient eu pour effet de doper sa libido. Et Eva n’avait eu aucun mal à satisfaire tous ses désirs. L’après-midi puis le début de la nuit ne suffirent pas pour étancher leur manque. Zoé était la plus heureuse des femmes et Eva la plus parfaite des amantes. La nature avait été généreuse avec elle et elle pouvait honorer Zoé à chacune de ses demandes et jouir de ses caresses autant de fois qu’il lui en plaisait.

A aucun moment, Zoé ne se douta qu’Eva n’avait pu rester à l’attendre. Et la jalousie qu’Eva lui montra lorsqu’elle raconta ses vacances on ne peut plus sages la rassura sur la fidélité de son amie. Comment avait-elle pu lui faire subir ce qu’elle n’aurait pas pu supporter que Zoé lui fasse ? Eva était du genre « fais comme je dis mais pas comme je fais » mais ça Zoé était incapable de le ressentir.

La rentrée universitaire commençait dans un mois et demi alors qu’Eva intégrait sa prépa dans quinze jours. Zoé avait décidé pour occuper le temps de prendre un emploi de caissière dans la supérette d’à-côté. Cela lui permettrait de gagner un peu d’argent et de ne pas dépendre complètement de sa mère pour ses études. En effet elle avait prévu par la suite un emploi à mi-temps dans un fast-food. Justement elle attendait une réponse et c’était avec impatience qu’elle guettait la venue du facteur.

Rien que de la pub et une enveloppe blanche dans la boîte. Zoé faillit la jeter. Eva planchait sur des équations compliquées et Zoé pour la laisser tranquille avait décidé d’aller au cinéma. Par curiosité elle ouvrit le courrier pensant à un mot d’un voisin ou du syndic. Il y avait un moment que les compteurs d’eau n’avaient pas été vérifiés et lors de la dernière fête organisée dans l’immeuble des mauvais coucheurs avaient protesté au nom du règlement intérieur. Une feuille de calepin pliée en deux, écrite à la hâte, se trouvait dans l’enveloppe. « Bienvenue au club sale petite conne ! J’ai oublié de te dire que j’étais séropositive mais cela n’a pas dû t’inquiéter puisque tu n’as pas utilisé de digue dentaire ! »

Zoé dut s’asseoir sur les marches d’escaliers. Tout son monde s’écroulait. Elle avait dans les mains la preuve de l’infidélité d’Eva et ce que sa mère avait tenté de lui dire en vain prenait forme aujourd’hui. Comment n’avait-elle pas pu prévoir une telle situation ? Eva l’attendait tranquillement pendant qu’elle se reposait en Bretagne et peut-être l’avait-elle depuis contaminée sans le savoir. Zoé se mit à la haïr. Mais pourquoi n’était-elle pas restée au lieu de partir sans elle ? C’était sa faute si Eva avait succombé. Sa mère, il fallait qu’elle parle à sa mère.

Françoise n’eut pas envie de sourire en écoutant Zoé. Même si elle jubilait intérieurement la souffrance de Zoé lui remuait les tripes. Zoé n’avait pas à se comporter comme si elle était responsable des erreurs d’Eva. Tout était sa faute, c’était elle la coupable et elle seule. Zoé ne devait plus la revoir et rompre sur-le-champ. Une telle fille était capable de la séduire à nouveau avec des mensonges. Et elle allait s’enfermer dans un cercle vicieux qui ne ferait que s’accroître avec le temps. Françoise savait de quoi elle parlait.

On ne peut pas changer les gens s’ils n’en ont pas l’envie. C’était perdu d’avance. Zoé ne savait plus où elle en était. Et si c’était de la manipulation. Qui disait que cette note anonyme était vraie ? Elle avait foncé bille en tête, sans preuve, et elle condamnait Eva sans lui laisser la possibilité de se défendre. Françoise grimaça. Zoé avait marqué un point. Elle devait avoir au moins une explication avec Eva.

Eva était studieusement plongée dans un bouquin de math. Elle était à dix mille lieues de penser que Zoé était au courant de ses frasques estivales. Quand Zoé brandit le mot anonyme, elle ne broncha pas. Elle le jeta en boule dans la poubelle en haussant les épaules.

« Ce sont des conneries tout ça ! Encore une hystérique du lycée frustrée que je ne cède pas à son charme. C’est facile de salir les gens et de raconter n’importe quoi sur eux. Elle aurait dû avoir le courage de ses actes et signer son mot. Au moins nous aurions pu nous expliquer et tu aurais su qui mentait. Tandis que là, je ne peux me défendre. Je ne vais pas te supplier à genoux de me croire. Tu es libre de penser ce que tu veux. Maintenant si tu veux laisser une inconnue briser notre histoire et ainsi faire plaisir à ta mère quitte-moi ! Mais ne viens pas me supplier après de revenir. Ce qui est cassé est cassé et tu ne t’en prendras qu’à toi-même de ton erreur. Fie-toi à ce que tu ressens pour moi pour faire ton choix ! »

Eva s’approcha d’elle et l’enlaça. Son désir pour elle ne faisait aucun doute. Zoé fondit de plaisir sous ses caresses et oublia dans cette étreinte ses doutes et les paroles maternelles. Eva était la femme de sa vie et elle n’aimait qu’elle. Eva avait été convaincante et rien ne pouvait entamer sa conviction qu’elle avait dit vrai.

Françoise était sans nouvelle de Zoé depuis une semaine. Sa fille n’avait pas l’habitude d’être silencieuse. Encore moins lorsqu’elle traversait des périodes stressantes. Françoise ne voulait pas l’appeler de peur qu’elle ne lui reproche de s’immiscer dans sa vie privée. Mais en même temps, elle en mourait d’envie. De toute manière elle connaissait sa fille et inévitablement Zoé ne pouvait s’empêcher de tout lui raconter. Cette mise à distance avait un sens, il fallait seulement la décoder. Zoé n’avait jamais tenu plus de trois jours sans coup de fil à sa mère. La situation devait donc être grave. Et si Zoé était morte ? Ou bien si Eva était une horrible mère maquerelle à la tête d’un réseau de traite des blanches ? Ou encore si Zoé gisait dans un fossé, violée et égorgée ? L’angoisse envahissait Françoise et devenait difficilement tenable au fur et à mesure que les jours filaient.

Treize jours. Treize jours sans nouvelles. Un coup de sonnette bref à la porte. C’était Zoé, Françoise en était sûre. Enfin elle allait savoir. Elle se dirigea d’un pas lent et ouvrit à sa fille. Cette dernière était radieuse, épanouie, pétillante de bonheur et de santé. Son sourire se figea lorsqu’elle vit sa mère, l’ombre d’elle-même. Depuis leur dernière entrevue, Françoise avait au moins pris vingt ans. Son visage était creusé, ses yeux cernés et rougis par les pleurs, les cheveux gras, les vêtements sales et froissés. Zoé pâlit à la vue de sa mère dans cet état. Françoise embrassa sa fille, l’invita à entrer et retourna se coucher sur le canapé pour fondre en larmes.

Zoé se précipita vers sa mère et la questionna. Pourquoi était-elle dans cet état aussi catastrophique ? Que s’était-il passé ? Pourquoi ne l’avait-elle pas prévenue ? Pour toute réponse Zoé eut droit à une cascade de sanglots entrecoupés de gémissements. Zoé insista. Sa mère devait lui parler, ne pas rester ainsi prostrée sur elle-même et son chagrin. Pour seule réponse, Françoise articula péniblement un « tout va bien ». Que faire ? S’en tenir aux paroles maternelles ou bien à ce qu’elle voyait. Ne sachant que faire Zoé décida de partir et laisser sa mère puisque « tout allait bien ». Au moment où elle allait ouvrir la porte les pleurs et les hoquets redoublèrent.

Zoé était des plus embarrassées. Visiblement sa mère souffrait sans pouvoir lui dire de quoi et de l’autre elle affirmait le contraire. Zoé réitéra sa question et sa mère répéta « tout va bien ». Afin de ne pas commettre d’impairs, Zoé pris l’initiative de demander l’avis d’un professionnel. Le médecin de sa mère était en vacances, elle fit appel à son remplaçant. Il arriva vite, le ton de Zoé l’ayant persuadé d’une véritable urgence. Il examina Françoise, posa quelques questions ciblées et vint voir Zoé qui avait attendu sagement dans la cuisine.

Non seulement sa mère n’avait rien mais de plus il était en colère d’avoir été déplacé pour rien. Ce n’était pas de son ressort et il était inutile de le déranger de nouveau. Zoé était au bord des larmes mais n’osa pas le contredire encore moins argumenter. Après tout c’était lui le professionnel et elle aussi voulait partir, laisser sa mère car elle se sentait coupable de l’avoir laissée seule sans nouvelles pendant treize jours. La fragilité de Françoise n’était pas nouvelle et Zoé, comme pour Eva, ne voulait toujours pas le voir.

Au moment où le médecin allait sortir et que Zoé allait lui emboîter le pas, les pleurs de Françoise se firent encore plus bruyants. Non seulement Françoise pleurait mais en plus dans un mouvement violent, elle se cognait la tête contre l’accoudoir du canapé. Zoé se précipita vers elle pour la calmer et aussi l’empêcher de se blesser. A part répéter « tout va bien », Françoise ne disait rien d’autre et Zoé sentit une peur panique l’envahir. Le médecin regarda la mère et la fille et s’en alla s’en tenant au discours de Françoise.

Tant pis cela ne plairait pas à Françoise mais Zoé décida d’appeler un psychiatre. Le médecin généraliste avait été dépassé et maintenant seul un psychiatre pouvait venir en aide à Françoise. En effet la situation devenait insoutenable à vivre et il fallait que quelqu’un intervienne avant un passage à l’acte plus dramatique. Zoé parcourut la liste des psychiatres dans les pages jaunes de l’annuaire. Elle n’avait que l’embarras du choix. Aussi elle opta pour celui qui était le plus près d’ici. Elle composa le numéro et eut directement le praticien en ligne. En premier lieux elle commença à décrire la scène et le psychiatre intéressé posa des questions à Zoé.

Effectivement la situation était grave et… Le médecin n’eut pas le temps de finir sa phrase que le portable de Zoé sonna. C’était Eva. Zoé dans un réflexe automatique décrocha pour la faire patienter. Mais elle n’eut pas le temps de placer un mot qu’Eva la coupa pour la prévenir que sa mère jouait la comédie, que c’était pour la culpabiliser et la manipuler. Zoé ne sachant plus à qui parler lui répondit de se mêler de ses affaires. Le psychiatre pensant que cela lui était adressé lui fit remarquer qu’elle était incohérente. C’est pourquoi Zoé lui expliqua qu’elle parlait à Eva sur son portable et le médecin fermement rétorqua que ce n’était pas à Zoé d’appeler mais à Françoise de faire une demande de soins.

Zoé débordée par ses émotions finit par fondre en larmes avouant que tout cela était beaucoup trop insupportable pour elle, qu’elle ne pouvait accepter de voir sa mère dans cet état et que c’était pour elle qu’elle appelait à l’aide. Le psychiatre radouci lui demanda son adresse et lui promit d’être là d’ici quinze minutes.

Zoé rassurée retourna vers sa mère. Eva avait raccroché et Zoé préféra ne pas la rappeler. Le quart d’heure dura une éternité. Zoé à qui toutes ces émotions avaient rempli la vessie partit aux toilettes. A peine en était-elle sortie que le psychiatre sonna à la porte. Elle ouvrit la porte et le remercia de sa promptitude. Avait-il facilement trouvé ? Il était vraiment aimable d’avoir été attentif à son appel.

Zoé accompagna le psychiatre jusqu’au salon. Françoise se tenait tout sourire sur le canapé, propre, légèrement maquillée, les cheveux couverts d’un foulard. Elle se leva pour tendre la main à son visiteur et lui proposa une boisson. Il avait bien fait de venir car elle était très inquiète pour sa fille. Le psychiatre regarda tour à tour la mère et la fille : « qui a besoin d’aide ? » demanda-t-il. « Ma fille, répondit Françoise. Elle est très perturbée par son homosexualité. Elle veut absolument me faire enfermer car elle est persuadée que je ne l’accepte pas comme elle est alors que c’est elle qui ne va pas bien. Croyez-vous que je sois dépressive et intolérante docteur ? Ne trouvez-vous pas plutôt que Zoé est angoissée, qu’elle interprète la réalité en se sentant persécutée par ma prétendue homophobie ? Parfois même elle parle à des interlocuteurs imaginaires, si vous voyez ce que je veux dire … »

Le psychiatre d’un sourire entendu regarda Françoise. Il comprenait parfaitement la situation. Zoé avait fait une demande de soins pour elle et contrairement à ce qu’elle lui avait affirmé au téléphone sa mère n’était pas en pleurs. Effectivement elle allait bien. La dissociation est un signe caractéristique d’une pathologie grave et Zoé semblait affectée par ce trouble. Zoé pâlit comprenant la méprise. Et avant même qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, Françoise ajouta : « Tu dois être déçue ma chérie de n’avoir pas pu me manipuler comme tu le voulais. Mais j’ai vu clair sans ton jeu et je ne suis pas rentrée dedans. » Le psychiatre demanda à téléphoner. Zoé tremblait de tous ses membres. Elle essayait de rassembler ses idées, reprendre un par un les événements depuis qu’elle était arrivée.

Elle n’en eut pas l’occasion car le psychiatre lui injecta un puissant sédatif. Il ne voulait pas qu’elle se débatte à l’arrivée de l’ambulance. Françoise n’hésita pas un seul instant à signer la demande d’hospitalisation sur demande de tiers et le médecin lui promit qu’elle serait bien traitée. « Tu es toute à moi maintenant Zoé » lui murmura Françoise dans un dernier baiser. Avant de sombrer définitivement dans le sommeil Zoé eut juste le temps de dire : « mais pourquoi ai-je voulu l’aider alors qu’elle ne m’avait rien demandé ? »

Françoise… Eva…  Mensonges…Manipulation… Quel était le rapport ?

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