Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Ironie du sort

Ironie du sort est une nouvelle lesbienne sur la première fois mais pas que…

« Ma langue humide sur ton sexe brûlant, tu en rêvais je l’ai fait. Ton Minou »

Florence en fit tomber le portable de Clothilde de ses mains. Elles étaient en retard au diner de leurs amies et Clothilde avait demandé depuis la douche de les prévenir car le numéro était dans le répertoire de son mobile. Mais Florence n’était pas un as de la technologie. En effet elle avait paniqué en pianotant sur toutes les touches car elle ignorait comment accéder directement à la liste de ses contacts. Les yeux grands ouverts elle lisait et relisait le sms. Ton minou. Quelle vulgarité !

Et pourquoi pas ta chatte pendant qu’elle y était ! Mais surtout le contenu du message ne laissait aucune place au doute. Clothilde la trompait. Le petit monde ouaté dans lequel elle s’était installée avec sa compagne depuis sept ans s’écroulait sous ses pieds. Avait-elle eu des ornières pour ne rien soupçonner ? On dit qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L’infidélité était la pire des blessures que Clothilde pouvait lui infliger car elle mettait au-dessus de toutes les valeurs la confiance et l’honnêteté.

Comment continuer à croire à l’amour quand elle savait que des mensonges entre elles existaient ? D’ailleurs pourquoi elles ? Pourquoi ce besoin de sexe avec une autre ? N’étaient-elles plus heureuses ? Florence était tétanisée par la douleur. Des spasmes la saisirent au ventre et elle courut vomir tripes et boyaux au moment où Clothilde tout en beauté sortait de la salle de bain. Voyant son portable à terre, elle comprit qu’elle avait été démasquée.

Elle aurait dû l’effacer. Le diner était fichu, elle savait alors qu’elle aurait droit à une bonne scène de ménage. Florence sortit livide des toilettes et s’enferma sans un mot dans la chambre. Clothilde lâchement ne tenta aucune explication. Elle se contenta de dire qu’elle annulait la soirée si Florence ne se sentait pas bien. En effet elle resterait devant la télévision à regarder un DVD. Sinon si elle avait besoin d’aide qu’elle l’appelle.

Deux heures de silence s’écoulèrent sans que ni l’une ni l’autre ne fassent un geste l’une envers l’autre. Clothilde qui ne pouvait se concentrer devant le film prenait conscience des dégâts occasionnés. Pourtant cette fille n’avait été qu’un coup d’un soir. En effet elle l’avait rencontrée par l’intermédiaire de son boulot dans le cadre d’un séminaire. En plus pas de quoi la revoir, car question langue elle était plus agile à promettre qu’à faire. C’était idiot de sacrifier sa vie de couple à cet adultère minable. Elle n’allait pas perdre Florence pour si peu.

Aussi elle se décida à la déranger dans son repos. C’était la première grosse crise de leur couple. Elle estimait qu’elles avaient la capacité à la surmonter. Mais elle poussa un cri d’effroi en entrant dans la chambre. Florence baignait dans son sang car elle s’était tranché les veines. Vite elle appela les pompiers et Florence fut admise à l’hôpital dans un état critique. Par amour elle avait voulu mourir.

Dès qu’elle fut en état de parler, elle reçut la visite d’un psychiatre qui identifia chez elle les symptômes d’une grosse dépression. Pourtant ce geste n’était que la partie émergente d’un iceberg. Florence avait des fragilités depuis longtemps. Ainsi il lui proposa des entretiens réguliers et des médicaments car elle avait besoin de se reconstruire. En effet Clothilde avait fait exploser en éclats tous les repères rassurants qu’avait été leur union. La rupture fut le premier acte qu’elle posa durant cette période. Ensuite le deuxième fut de changer de région, de repartir ailleurs lorsque le médecin lui déclara qu’elle pouvait maintenant voler de ses propres ailes, sans chimie et sans lui.

Florence était professeur de mathématiques. Elle choisit de quitter son collège pour enseigner au lycée. Quitte à tourner une page autant qu’elle le soit radicalement. L’accueil de son proviseur acheva de la mettre à l’aise. Sa femme avait connu les affres de cette maladie dont elle était venue à bout après de nombreuses hospitalisations. Il savait combien l’entourage était précieux. Aussi il ne tenait pas à ce qu’elle rechute. D’ailleurs à la moindre altercation avec un élève ou un conflit avec un collègue qu’elle n’hésite pas à le solliciter, il saurait y remettre bon ordre.

Florence sentait qu’il tentait à travers elle de réparer ce qu’il n’avait pu faire avec son épouse. Elle n’en demandait pas tant et apprécia à sa juste valeur son geste et saurait compter sur lui en n’importe quelle occasion. Il avait pris soin de ne pas charger son emploi du temps. Sa matière étant noble il lui avait attribué une seule classe de terminale S. Elle aurait des secondes pour le reste, car la pression des examens étant absente, celle-ci n’aurait pas raison de sa santé encore précaire.

Malory était le type même de l’excellente élève. Elle ne visait pas le bac mais la mention très bien. En plus d’avoir la tête bien pleine elle l’avait bien faite. Et pas le genre à l’avoir grosse car elle était d’une modestie désarmante. Pourtant Florence repéra rapidement la faille chez cette jeune femme. En effet elle mettait toute son énergie dans les études car ses pulsions sexuelles comme tous les adolescents la travaillaient mais elle ne les assumait pas. Florence avait vu son homosexualité refoulée, derrière le style androgyne et intellectuel, elle sentait que Malory luttait contre sa nature profonde. Cependant la distance que lui imposait sa fonction ne lui permettait pas d’en discuter avec. Comme souvent dans la vie, il aura fallu que le hasard s’en mêle.

Malory avait rendu une fois de plus une copie sans faute avant l’heure car elle survolait le programme haut la main. Ainsi elle l’avait rendue et s’était assise à sa place en attendant l’autorisation de sortir de la salle. Ne pouvant rien faire, Malory avait alors fixé Florence d’un regard ambigu pour occuper le temps. Cela n’avait pas échappé à Florence qui avait préféré arpenter les allées, à la traque d’éventuels tricheurs, pour y échapper. Malory ne l’avait pas quittée des yeux ce qui avait provoqué une réflexion de la part de son voisin qui était déconcentré et jaloux des facilités de la forte en thème. « On n’est pas à la gay Pride, t’es gouine ou quoi pour mater la prof ? »

La réponse avait été tout aussi brutale que la question. D’abord un coup de poing dans la figure. Ensuite une réponse franche. « Je ne suis pas lesbienne, enfonce-toi ça dans ton crâne de piaf ! » Cela lui avait valu une convocation chez le proviseur, une remontrance, mais pas d’avertissement. En effet le lycée courait après les honneurs et il n’était pas question que les parents non contents de la sanction car ils ne manqueraient pas de défendre leur fille chérie, retirent de l’établissement ce brillant élément.

C’est ainsi que débuta leur relation. Florence avait été obligée par le proviseur à une médiation entre les deux élèves car Malory ne pouvait échapper à des excuses en règle. Cependant elle n’obtempéra pas facilement car elle s’était sentie agressée. Florence lui donna raison sur le fond mais sur la forme elle s’était mise en tort en le frappant. En effet il y avait d’autres moyens que la violence physique pour se défendre. En définitive Malory avait apprécié ce soutien personnalisé. Après tout Florence aurait pu accomplir sa mission de manière plus neutre. L’adolescence est une période compliquée, entre rejet des parents, construction de sa personnalité, recherche de modèles identificatoires et éruption de sentiments difficilement canalisables.

C’est pourquoi lorsque ce jour où Florence dans sa voiture vit dans le rétroviseur Malory elle ne put s’empêcher de sentir monter en elle, la chaleur du désir. Cette jeune fille la troublait car elle avait réveillé en elle une libido endormie depuis la trahison de Clothilde. Cependant quelque chose la freinait. D’une part Malory était mineure, pas question d’un scandale. D’autre part sa passion resterait secrète et platonique. D’ailleurs qui lui disait qu’elle était partagée. A cet âge la sexualité n’est pas fixée, il existe des fantasmes homosexuels. Florence voyait en Malory une sœur de lit mais ne projetait-elle pas tout simplement ses envies ?

Malory s’approchait du véhicule. C’était le chemin qu’elle empruntait pour prendre le bus et rentrer chez elle. Cependant elle ne vit même pas son professeur car elle bavardait avec une élève et semblait très absorbée par la conversation. C’est alors qu’un bus arriva et le condisciple monta. Malory se retrouvant seule attendait le sien quand un orage de grêle s’abattit violemment. Le vent rabattait la pluie sur Malory. En deux minutes elle fut trempée et assaillie par la douleur provoquée par la dureté des grêlons. Sans réfléchir Florence avança la voiture, ouvrit la portière, l’invitant à se mettre au sec. Malory trop contente d’échapper à la tempête monta. Il n’était pas prudent de prendre la route sous un temps pareil aussi Florence fila ranger son automobile dans le parking souterrain de l’hypermarché qui se trouvait non loin de là.

Les mèches brunes de Malory la rendaient très attirante. Son regard vert émeraude transperçait le regard bleu saphir de Florence. Elles étaient en suspens. La main de Florence tenait le pommeau du levier de vitesse de son modèle sport. Malory posa délicatement la sienne dessus. Leurs cœurs battaient à toute vitesse. Irrésistiblement leurs lèvres se touchèrent dans un chaste baiser. Florence se retenait d’y mettre la langue, d’explorer son corps de ses mains fébriles. C’était déjà trop. Pourtant Malory ne parut pas effarouchée. Elle n’avait aucune expérience et c’est aussi cela qui la rendait si touchante et désirable.

Florence aurait tout à lui apprendre. Elles perpétueraient leur rôle de maitresse et d’élève jusque dans leur intimité. L’entendement lui revint violemment. Pas question de perdre le contrôle de la situation. Tout ceci était chaste et devait le rester. Florence prit les devants et commença à dire que jamais elles n’auraient dû. Malory lui mit l’index sur la bouche lui intimant de se taire car ce serait leur secret. Elle en pinçait pour sa prof du premier jour où elle l’avait vue. En effet son petit air triste avait fait grandir en elle un sentiment méconnu, l’envie de la prendre dans ses bras, de la consoler, de lui redonner le goût de vivre. Elle avait inventé plus d’un scénario pour tenter d’expliquer la mélancolie de sa bien-aimée sans jamais conclure à un seul de valable.

Ce qui lui arrivait, elle le souhaitait ardemment de tous ses vœux. Elles restèrent ainsi un bon moment, sans bouger ni parler. Chacune réfléchissait à toute vitesse dans sa tête, anticipant l’avenir, le dessinant, le désirant, le redoutant. Florence ôta sa main du levier et actionna la clé de contact. La famille de Malory allait s’inquiéter de son absence. Et Florence avait aussi un cours à donner. Elle la raccompagna jusqu’à chez elle sans un mot. Un petit signe discret de remerciement et Malory se hâta de composer le code d’entrée sans se retourner. De nouveau le soleil avait envahi le ciel, une énergie nouvelle avait envahi les deux jeunes femmes. Partagées entre raison et déraison, elles se remémoraient chacun de ces doux instants.

Le week-end leur laissa le temps de laisser retomber leur excitation. Florence malgré son attirance ne souhaitait pas s’engouffrer dans une histoire compliquée car le détournement de mineure, trop peu pour elle. Elle n’était pas abonnée aux relations malheureuses ou impossibles. En effet douze ans les séparaient. Pour l’instant c’était acceptable mais dans quinze ans, cet écart réactiverait la faille ouverte de l’adultère. Malory serait à l’apogée de sa beauté et de sa libido quand l’autre serait sur le déclin. Et puis elle ne pouvait pas la dévier de ses études. Malory devait y consacrer tout son temps et son énergie. Cette aventure la menacerait alors dans son éblouissante ascension.

Malory s’angoissait devant son manque d’expérience sexuelle. Florence avait aimé avant elle, elle verrait quelle godiche elle était. Comment s’y prendre, comment embrasser, bouger ? C’était la panique totale. En dehors des équations et des intégrales, tout ce qui touchait aux émotions, aux contacts physiques la rebutait. Dans sa tête c’était une explosion d’affects et de désirs contradictoires. Florence alimentait tous ses fantasmes masturbatoires, cependant de là à passer à l’acte avec elle, c’était un pas qu’elle ne se sentait pas de franchir.

Et puis ses parents étaient trop psychorigides. Comment leur annoncer qu’elle était lesbienne et de surcroit amoureuse de sa prof de math ? Elle ne voulait pas porter la responsabilité de son renvoi de l’éducation nationale. En effet Florence serait forcément la coupable toute désignée car elle aurait abusé de sa position dominante pour la séduire. Dans six mois elle serait majeure, elle pourrait alors vivre pleinement sa passion.

Le lundi Florence s’arrangea à l’un de ses intercours pour convoquer Malory. Elle avait tourné mille fois ses phrases, débitant son texte d’une traite qu’elle connaissait par cœur. Elle avait commis une erreur en l’embarquant dans sa voiture. Jamais tout cela n’aurait dû se produire, mieux valait rompre. Malory sous le choc de l’émotion ne sut que bredouiller. En pleurs elle la quitta sans même chercher à la convaincre du contraire. Pourtant cet échec fut chez elle un déclencheur. Malory n’était pas habituée à ce qu’on lui résiste. Aussi elle n’eut de cesse à partir de cet instant de tout faire pour séduire intellectuellement sa prof.

Elle rivalisait d’intelligence et d’inventivité pour résoudre les problèmes et les exercices. Quand un élève se montrait incapable de répondre elle attendait que la classe entière sèche à son tour pour donner la solution. Ou bien plus fort quand Florence pour expliquer un cours écrivait au tableau une démonstration, Malory en avait une encore plus géniale, plus concise. La rivalité s’installait entre elles deux et ça crevait aux yeux de tous qu’elles étaient amoureuses l’une de l’autre. Mais tout cela s’arrêtait aux portes du lycée en dehors de cela elles n’avaient aucun contact.

Jusqu’au jour des résultats au bac. Où sans surprise Malory avait décroché une mention très bien. Elle était inscrite dans la meilleure classe préparatoire de la région. Dans deux ans elle passerait des concours prestigieux, la route était toute tracée d’avance. Florence ne put s’empêcher d’aller la féliciter devant les tableaux d’affichage. Les parents fiers de leur fille l’avaient accompagnée pour la circonstance.

La rencontre était un peu convenue, la conversation également. Les parents félicitèrent l’enseignante car c’était aussi grâce à elle que Malory avait autant réussi. Il faut dire qu’elle leur avait tant parlé d’elle. Malory ne tarissait pas d’éloges pour cette agrégée. Florence avait eu elle aussi un parcours prestigieux, reçue première à l’agrégation de mathématiques, elle avait eu rapidement des affectations dans des établissements bien côtés.

La sélection ne faisait que commencer. Malory allait être confrontée à aussi forts qu’elle et ses parents voulaient qu’elle réussisse haut la main comme elle l’avait toujours fait. De fil en aiguille, le père finit par proposer à Florence de donner des cours particuliers car rien de tel pour une bête à concours comme sa fille. Florence refusa. En effet ce n’était pas dans ses habitudes, il était préférable qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre. Le désarroi se lut sur le visage de Malory qui n’échappa à personne. A tel point même qu’elle en fit un malaise. Que se passait-il ? Trop de stress ? La fatigue du bachotage ?

Malory fut transportée à l’infirmerie. Son père l’allongea sur un lit où elle avait perdu connaissance. Un médecin fut appelé en urgence qui diagnostiqua un surmenage et prescrivit à la jeune fille du repos. Les parents semblèrent accablés par la nouvelle. En effet ils étaient artisans, ils travaillaient dur pour payer les études de leur fille unique. Et le mot vacances était inconnu d’eux. Malory avait prévu de financer son argent de poche en les aidant comme tous les étés. Malory n’en avait que plus de mérite à sa réussite. Elle le lut dans les yeux de Florence lorsqu’elle revint à elle.

Remise de ses émotions elle ne perdit pas une miette des paroles paternelles qui suivirent. Celui-ci était tellement fier de sa fille qu’il était prêt à tous les sacrifices pour la ligne droite finale. Pas besoin de bosser à l’atelier avec lui cette année, il lui donnerait son argent comme prévu. Elle devait se reposer car sa santé passait avant tout. Le regard entre les deux femmes ne lui avait pas échappé non plus. Il pressentait que sa petite fille chérie en pinçait pour son prof de math. Il s’était fait une raison. Ce serait une crise qui lui passerait. Malory était de son sang, comme lui, mu par la reconnaissance sociale et les bénéfices qui vont avec.

Elle avait besoin de se construire et d’en passer par certaines expériences. Il voyait l’influence positive de Florence sur elle. Aussi il suggéra tout naturellement que Florence se joigne à eux dimanche prochain, au restaurant, fêter la majorité de leur princesse. Dans trois jours elle était définitivement adulte. Qu’elle en profite, son père l’autorisait à sortir, à jouir de l’existence. Bientôt elle recommencerait à sacrifier sa jeunesse et la vie était trop courte. L’enseignante approuva la sage philosophie parentale et accepta avec joie l’invitation. Une façon également de la remercier de son professionnalisme.

Le restaurant était sublime. Implanté le long d’une rivière, la longue baie vitrée donnait une vue imprenable sur la roue de l’ancien moulin transformé en relais gastronomique. Florence était assise à côté de Malory. Très vite le ton devint très personnel. Les parents, intarissables en souvenirs sur le petit génie, enchainaient les anecdotes. Le champagne fut débouché à l’apéritif. Aux résultats du bac de la petite qui n’en était plus une, ils trinquèrent tous à son anniversaire !

Les parents étaient émus. C’est à peine s’ils l’avaient vu grandir. Malory était devenue une femme mais pour eux c’était toujours une gamine surdouée qui à la fois les effrayait et les remplissait d’une indicible adoration. Elle était tout pour eux car ils avaient projeté sur elle leur soif d’ascension et leur envie de réparer toutes leurs frustrations. Elle y était parvenue jusqu’à présent, sans jamais les décevoir. Aussi même si ce béguin pour sa prof les dérangeait, ils fermaient les yeux. En effet Malory sous l’effet de l’alcool car elle n’en avait pas l’habitude, buvait littéralement des yeux Florence. Dans un élan incontrôlé elle posa même sa main sur celle de Florence qui jouait avec ses couverts afin de la faire cesser.

Sitôt cette dernière eut l’instinct de la retirer et de remettre Malory à sa place par un froncement de sourcils. Le reste du repas se passa sans anicroche. En effet Malory l’élève brillantissime n’avait pas besoin qu’on lui répète deux fois la leçon pour l’apprendre. Au dessert, crépitement des flashs. Un gâteau au chocolat et à la framboise, surmonté d’une bougie en forme de racine carrée avec un 18 planté dessus attira toute l’attention. Les parents offrirent leur cadeau. Un ordinateur portable dont ils avaient amené une photo car l’original avait été soigneusement caché à la maison.

Florence n’était pas de reste aussi. Elle tendit à Malory une enveloppe qui contenait des chèques cadeaux d’un célèbre magasin de ventes de disques, CD, DVD et livres. Elle aurait ainsi tout libre choix. Entre logiciels ou manuels scolaires, elle n’aurait que l’embarras. Ses propres parents n’avaient pas osé un tel présent. Florence leur plaisait vraiment beaucoup. Après le café la discussion dura encore un peu mais une averse gâcha leur perspective de balade digestive. Aussi chacun rentra chez soi.

Malory ne déballa pas son ordinateur car elle se jeta sur son lit, prise d’un terrible spleen. Elle n’imaginait pas son avenir sans Florence. Elle en crevait de manquer de courage à ce point. Ses parents auraient plus à y perdre à ne pas l’accepter comme elle est. Ils l’aimaient. Le choc serait rude mais la perspective d’une carrière qui les remplirait d’orgueil effacerait la blessure de l’annonce. Pour tous Malory n’avait pas de vie sexuelle aussi personne ne poserait de questions. Malory saurait garder secrète la femme de son cœur. En définitive tout était dans la dissimulation, en dehors de quelques initiés, personne n’avait besoin de savoir.

La mère de Malory avait remarqué le changement. Pourtant elle n’avait pas l’habitude de partager de la complicité avec sa fille qui l’intimidait. Son éducation aussi était un blocage au dialogue. Cependant elle brava ses interdits et le soir venu, voyant que Malory restait isolée dans sa chambre, prit prétexte du diner pour la déranger. Malory n’avait pas faim. Une tisane peut-être ? Sa mère se lança à l’eau. Elle lui confia qu’avec son mari, ils avaient parlé tous les deux de Malory et Florence. Ils ne savaient pas nommer leur amitié car pour eux c’était plus fort que cela. Mais il était évident que les deux femmes étaient attirées l’une par l’autre.

La mère avait remarqué au restaurant que dans l’enveloppe une carte de visite avait été glissée. Qu’elle appelle sa prof. Elles avaient à se dire. Et si Malory voulait la rejoindre pour lui parler qu’elle y aille. Malory s’effondra en pleurs dans les bras de sa mère. L’émotion l’étreignait, elle ne pouvait exprimer ce qui la mettait dans cet état. Sa mère n’était pas à l’aise non plus avec ces effusions et y mit un terme très vite. Florence allait peut-être partir en vacances, qu’elle se hâte de la contacter.

Florence décrocha instantanément car elle attendait son coup de fil. Elle avait eu beau se raisonner depuis des mois, Malory n’avait pas quitté son esprit. Elle l’aimait. Ne plus être son professeur et qu’elle soit majeure changeait tout. Plus aucun obstacle n’entravait leur relation. Malory approuva. Florence partait à la campagne le lendemain. Si Malory le voulait elle pourrait venir avec elle. A l’abri de leurs entourages, loin du lycée et de ses commérages elles apprendraient à mieux se connaître. La joie fit place à l’excitation. Et comment qu’elle voulait. En moins d’une heure elle serait prête. Florence, soucieuse de son image lui proposa de venir la chercher le lendemain matin aux aurores. En effet peu de chance pour que des connaissances les aperçoivent ensemble et essaiment des ragots sur leur compte.

La main de Malory ne quitta pas celle de Florence sur le levier de vitesse. Florence avait réservé pour une semaine dans une auberge de charme une chambre double. Au départ elles devaient loger au château mais un groupe de dernière minute avait envahi tout le corps du bâtiment. La patronne était désolée de ce contretemps aussi pour les dédommager elle les installerait sans supplément dans le pavillon de chasse habituellement réservé par les VIP. Elles seraient ainsi au calme, loin de l’excitation habituelle avec ces touristes. Ce n’était pas pour leur déplaire. Elles avaient pour elles une petite maison de plain-pied avec un jardinet, un coin ombragé pour se reposer dehors. Florence avait pris la pension complète, l’aubergiste était ravie d’un deuxième couvert. C’était bon pour les affaires.

Elles rangèrent leurs affaires et découvrirent avec bonheur qu’elles pouvaient se préparer des boissons chaudes. Visiblement c’était prévu dans la prestation. Elles profitèrent des transats à l’abri du soleil pour les siroter. Leur conversation était superficielle et légère. Florence et Malory dressaient le planning de la semaine. La région était riche. Pire qu’un agenda de ministre leur emploi du temps, ça frisait la suractivité. Qui avait parlé de repos ? Elles virent de loin un car s’engager dans l’allée et se stationner près de l’accueil. Une soixante de personnes bruyantes et sans-gêne en descendirent et les dévisagèrent avec une curiosité malgré la distance. Ils n’avaient rien de mieux à faire ?

D’un commun accord elles décidèrent de se mettre à l’abri, sur le canapé confortable où elles pourraient tout à loisir continuer leur discussion. Afin d’éviter à la chaleur de rentrer, Florence tira les volets. La pénombre et le bois assourdirent les bruits venus du dehors. Florence se colla à Malory qui lui mit la main sur l’épaule. Florence laissa sa main aller dans le polo de Malory et fit sauter les trois boutons qui le fermaient. Elle avait les seins doux et fermes. Depuis combien de temps n’avait-elle pas touché le corps d’une femme. Malory se laissait faire. Elle était passive et laissait toutes les initiatives à sa maitresse.

Florence caressa longuement sa poitrine, sentant le frémissement de sa peau au contact de sa main. Malory glissait dans le canapé et s’abandonnait. Florence la renversa sur le dos et se mit à l’embrasser. D’abord sur les lèvres puis avec la langue. Malory était totalement inexpérimentée dans ce domaine, son baiser fut un désastre. Florence comprit qu’elle était allée trop vite. Elle l’invita à s’asseoir et face à elle lui demanda d’imiter ce qu’elle faisait avec sa langue. Très lentement Florence montra les gestes à son élève. Très vite elle dépassa l’enseignante. Elle avait la langue agile et savait l’exciter en passant de la frénésie à l’arrêt brusque, au retrait puis au don total.

Florence prise dans le feu de l’action déshabilla entièrement Malory. Elles se retrouvèrent nues en quelques minutes. Elles se jetèrent sur le lit ouvert et Florence autoritairement intima l’ordre à Malory de rester sur le dos. Elle explora de sa langue le corps tonique et musclé de son amante, descendant petit à petit vers son sexe. Elle le prit dans sa bouche et par des mouvements vigoureux et doux elle amena rapidement la jeune femme au bord de l’extase. Malory avait sa main dans les cheveux et la guidait pour la pousser à accélérer la cadence.

Elle poussa un cri puissant et rauque, elle venait d’avoir son premier orgasme. Florence se jeta sur elle et couvrit son corps du sien. C’était trop précieux pour qu’elle pense à son propre plaisir. Quel bonheur d’avoir été son initiatrice ! Quel bonheur que de l’avoir sentie jouir sans retenue ! Elle en avait oublié la pureté de l’amour et de ses sentiments, combien c’était beau quand rien ne venait entacher la confiance et l’abandon. La trahison n’était plus qu’un souvenir. Avec Malory s’écrivait un autre chapitre de son roman personnel.

Elles passèrent leur semaine de vacances à faire l’amour. Alors que le soleil avait brillé elles étaient pâles et amaigries. La nourriture était pourtant bonne mais c’est que jamais elles n’étaient repues l’une de l’autre. Elles avaient brulé autant de calories que pour un marathon. Pour peu on aurait même pu croire qu’elles n’avaient pas mangé à leur faim. L’aubergiste leur en fit la remarque et les soupçonna d’avoir eu des comportements d’anorexiques. Il était vexé de la situation car ce n’était pas une bonne publicité pour son établissement. Il était loin aussi de se douter que deux femmes pouvaient s’aimer. Puisque rien ne les attendait, elles décidèrent de prolonger d’une semaine leur séjour. Les parents de Malory étaient ravis que leur fille s’amuse autant et Florence n’était pas pressée de retrouver son appartement.

Durant cette deuxième semaine elles furent moins goulues de sexe. Elles découvrirent la région même si cependant tout fut prétexte à des effleurements, des tensions érotiques entre elles. Cela crevait les yeux qu’elles étaient amoureuses. Leur teint endive disparut, un joli hâle le remplaça. Les kilos perdus furent vite retrouvés. Ces quinze jours leur avaient paru des siècles. Elles ne pouvaient plus se passer l’une de l’autre. Aucune des deux n’imaginait la séparation. Elles avaient eu le temps d’échafauder des plans, de construire des projets de couple. Florence n’avait plus depuis Clothilde osait rêver à deux. Le goût de vivre lui était totalement revenu. Sa dépression n’était plus qu’un vilain cauchemar.

Rose était la couleur de sa vision du monde, le noir n’appartenait plus à ses nuits et ses jours. Elle se sentait légère, remplie d’une énergie créatrice et porteuse. Tout lui semblait possible. Elle n’avait plus peur de l’avenir. Malory habiterait dans un petit studio en ville. Florence demanderait sa mutation dans son lycée. Elle n’aurait sans doute pas les classes préparatoires mais au moins les terminales. Elles pourraient ainsi emménager et vivre au quotidien leur amour. Florence serait un bon coach. Elle respecterait les études de Malory, lui laisserait l’espace nécessaire pour la réussite. Elle lui préparerait ses repas, la dégagerait des contraintes matérielles. Bref rien que du bonheur ! La vie parfaite. On se demandait ce qui viendrait troubler cette paisible romance.

Après un petit déjeuner copieux, elles prirent la route. En milieu d’après-midi elles seraient de retour. Florence avait décidé de prendre la nationale, l’autoroute trop peu pour elle. Elle voulait encore profiter de leur intimité. Malory avait posé sa main sur la sienne. A cette heure elles étaient seules sur la départementale car la ruée des vacanciers n’avait pas encore commencé. C’est pourquoi elles ne s’attendaient pas à trouver en sens contraire un véhicule fou. Florence ne réalisa pas tout de suite qu’il fonçait sur elles. Un coup de volant pour l’éviter, leurs hurlements avant le choc violent frontal contre le platane qui bordait la route.

Les pompiers et la police avaient barré le lieu de l’accident. Un type hébété était interrogé par un inspecteur. Les victimes avaient été tuées sur le coup. Le récit était confus. L’homme était abattu. Il y avait eu méprise. La voiture de Florence ressemblait à celle de son ex. Depuis qu’elle l’avait trompée avec son meilleur ami il avait des idées suicidaires. Quand il vit le véhicule il avait vu rouge, ses envies de mourir et de vengeance le poussèrent à passer à l’acte.

Il lança à vive allure son bolide sur celui de Florence mais à la dernière minute réalisa à la vue de la conductrice qu’il s’était trompé. Cependant c’était trop tard. Impossible de réparer son erreur. Il assista impuissant au drame. C’est lui qui appela les secours. Il aurait dû depuis longtemps soigner sa dépression, ça se finirait mal il le savait. Il s’en voulait terriblement, sa culpabilité était écrasante.

Un médecin appelé pour examiner le prévenu demanda une expertise psychiatrique. Cet homme aurait sans doute une responsabilité atténuée car il n’avait pas pleinement conscience de ses actes au moment des faits.

Les deux corps furent extraits du véhicule d’où ils étaient encastrés. Les deux femmes se tenaient la main serrée comme pour affronter leur destin.

Celui-ci sait parfois se montrer cruel. Mourir par amour pour Clothilde n’aurait pas permis à Florence d’être heureuse en amour avec Malory. L’ironie du sort aura voulu qu’elle soit rattrapée par l’adultère et la dépression au moment même où elle s’en était débarrassés.

« J’ai appris qu’une vie ne vaut rien mais que rien ne vaut une vie » écrivait Malraux.

Par un raccourci saisissant la vie sait rappeler que celui qui joue avec elle n’arrive jamais à rien.

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