Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Insaisissable

Insaisissable est une nouvelle lesbienne qui parle de la difficulté à assumer son homosexualité.

La mouette n’avait de rieuse que le nom. La fiente s’était écrasée sur la table arrêtant net la dispute. Sylvia fusillait du regard Roxanne en regrettant presque que le volatile ait raté sa cible. Au moins Roxanne aurait eu une bonne raison d’en vouloir à quelqu’un car elle n’en pouvait plus de ses reproches. D’ailleurs elle ne savait même pas comment avaient débuté ceux-ci. Elles sirotaient tranquillement un rafraichissement en terrasse tout en contemplant la mer quand Roxanne avait entonné son refrain préféré parce que Sylvia refusait de lui dire à quoi elle pensait.

Et si justement elle ne pensait pas, qu’elle se contentait du spectacle offert par les vagues et les oiseaux tournoyants dans les airs. Mais Roxanne insistait. Le jeu des questions réponses avait commencé, rien ne pouvait l’arrêter. Sylvia soupira car elle savait déjà comment cela allait se terminer. Pourtant elle qui détestait la bagarre était gâtée. En effet Roxanne savait donner les coups. Difficile de se mettre à l’abri dans des moments pareils. C’était sans compter sur l’intermède scatophile, à l’image de ce qu’était devenu leur couple. A quoi bon continuer dans cette impasse, elles n’avaient plus rien à faire ensemble.

« Je te quitte Roxanne !

– Comment ça tu me quittes ! Pas question !

– Tu vois bien que nous n’avons plus rien à faire ensemble. Tous les prétextes sont bons pour que la discussion dégénère en bagarre ! J’en ai marre de tes crises, marre de ton côté prévisible. Si j’avais su que derrière la femme qui m’a séduite se cachait une harpie, jamais je ne me serais fourvoyée dans une telle relation. C’est tout ce que je déteste. J’aime les rapports harmonieux. Au lieu de ça notre couple est devenu un ring de boxe et tu cognes, tu cognes, tu cognes ! Tu cherches quoi ? A gagner par KO ?

– Mais pas du tout. C’est n’importe quoi ! Plus pacifique que moi tu ne peux pas trouver. C’est juste que tu sais me mettre hors de moi !

– Alors justement quittons-nous puisque je suis si toxique !

– Arrête ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, mes mots ont trahi ma pensée. Je traverse une période difficile, laisse-moi un peu de temps, je te promets ça va s’arranger.

– Je ne te crois plus. Plus ça va, pire c’est. Tu n’as même plus besoin d’arguments valables pour exploser. Tout est bon pour te défouler. Tu as de la chance que je sois une femme car si j’avais été un homme il y a bien longtemps que je t’aurais mis mon poing dans la figure pour te calmer.

– Écoute-toi parler Sylvia, c’est toi qui es violente, pas moi !

– Vas-y, poses-toi en victime ! C’est sûr la seule responsable c’est moi car je t’énerve et donc je n’ai que ce que je mérite.

– Exactement !

– C’est bon j’en ai assez entendu pour aujourd’hui. Tu me ramènes à l’hôtel, je récupère mes affaires et je rentre.

– Je t’en prie Sylvia, ne pars pas ! Pas comme ça ! Donne-moi encore une chance, je te promets que je vais changer car il faut que j’apprenne à mieux maitriser mes émotions. Je ne suis pas dans le contrôle comme toi !

– Ramène-moi à l’hôtel ! »

Penaude de s’être donnée en spectacle, Roxanne afin d’éviter le regard du serveur laissa un billet sur la table qui couvrait largement le prix des consommations. Disparaitre de cet endroit était sa préoccupation, tout comme de récupérer la situation si c’était encore possible.

La voiture exposée en plein soleil s’était transformée en sauna. L’atmosphère était tendue et chacune s’activait à aérer l’habitacle en silence. Un calme pesant s’installa durant tout l’itinéraire. A l’hôtel Sylvia fila dans l’escalier afin de laisser Roxanne récupérer la clé. En effet elle appréhendait le huis-clos qui se profilait. Elle fila s’enfermer dans la salle de bain, afin de gagner un peu de temps. Il ne leur restait qu’une journée de vacances avant de rentrer. Pourtant Sylvia se devait de prendre une décision. Continuer ou pas la relation avec Roxanne. Mettre sa menace à exécution et la quitter. Ou bien rester et c’en était fini. Mais plus jamais elle ne serait crédible, c’était aussi laisser tout pouvoir au caractère ombrageux de sa compagne. Sylvia déverrouilla la porte et sans un regard pour Roxanne qui s’était couchée sur le lit, jeta dans son sac ses vêtements et affaires de toilette.

« Tu ne vas pas t’en tirer à si bon compte Sylvia. Tu pars ?

– Je ne peux plus continuer comme ça ! »

Roxanne bondit du lit et se jeta sur Sylvia pour l’embrasser tout en la caressant fébrilement. En effet elle savait s’y prendre pour la faire craquer. Elles roulèrent ainsi à terre pour faire l’amour avec sauvagerie. Les cris qu’elles poussaient n’étaient pas que de plaisir car Roxanne cherchait à tout prix à dominer Sylvia qui résistait. Mais cette dernière refusait de lui rendre ses baisers ce qui avait le don d’exciter Roxanne. Ainsi elle appuyait de tout son poids pour l’empêcher de s’échapper pendant qu’énergiquement ses doigts cherchaient son sexe à travers le tissu des vêtements. Sylvia ne pouvait physiquement avoir le dessus car Roxanne avait deux fois son gabarit et c’est aussi cela qui l’avait fait craquer lors de leur rencontre.

C’était il y a un an lors de vacances en club. Sylvia avait repéré cette fille assez forte qui semblait très à l’aise dans son corps qu’elle savait habiter. Une force animale se dégageait de ses mouvements et très rapidement Sylvia avait fantasmé sexuellement sur elle et sa poitrine généreuse. Roxanne, à qui cela n’avait pas échappé, avait su habilement entrouvrir son décolleté pour ne laisser apparaitre que la ligne dessinée par ses seins ce qui mettait Sylvia dans tous ses états. Ainsi elles avaient noué une amitié qui se mua rapidement en amour dès la fin de la première semaine. En effet Sylvia ne pensait plus qu’à elle, elle l’obsédait jusque dans ses rêves. Son cœur palpitait dès qu’elle l’approchait, le manque se faisait ressentir dès qu’elle disparaissait de son périmètre de vision.

Un après-midi n’y tenant plus, Sylvia invita Roxanne à s’installer sur le transat d’à-côté. Roxanne accepta et au moment de s’installer remarqua qu’elle avait oublié ses lunettes de soleil dans la chambre. Comme au bout d’une demi-heure elle ne revenait pas, Sylvia, inquiète, décida d’aller voir ce qui se passait. La porte était légèrement entrebâillée, elle la poussa et resta muette de stupéfaction. Roxanne, nue sur le lit, l’attendait. Sans réfléchir, Sylvia entra, ferma la porte à clé et se jeta comme une affamée sur le corps de sa princesse.

Jamais une femme ne lui avait fait l’amour avec tant de sensualité. Roxanne était une experte, Sylvia succomba sous ses caresses. Roxanne refusa que Sylvia la touche car elle prétexta qu’elle était concentrée sur le plaisir de sa partenaire et qu’elle se donnait entièrement à elle. Sylvia adora. Elle put ainsi se laisser aller totalement à la jouissance que cette passivité imposée lui procura. Roxanne fut insatiable. Durant plusieurs heures elles s’activèrent dans toutes les positions, jamais de sa vie Sylvia n’avait été satisfaite ainsi sexuellement. C’est son clitoris en feu et douloureux qui signa la fin de la partie.

« Tu es comme ça avec toutes tes amantes ?

– Oui pourquoi ?

– Juste pour savoir. Je m’étonne qu’une femme comme toi puisse être seule.

– Il n’y a pas que le sexe dans la vie.

– Exact. Alors dis-moi ce qu’il y a d’autre ?

– Tu es bien curieuse.

– J’aime bien savoir avec qui je baise.

– Je ne t’ai pas baisée, je t’ai fait l’amour.

– Comment peux-tu dire ça ? Que sais-tu de mes sentiments ?

– Rien ! Mais je connais les miens.

– Ne t’emballe pas ! On vient de passer un moment agréable car ce sont les vacances. Mais dans quinze jours nous retrouvons nos existences respectives et rien ne dit que l’histoire durera au-delà de ce séjour.

– Pourquoi tant de pessimisme ?

– J’ai passé l’âge de croire que ces romances d’été ont un quelconque avenir.

– Je dois être fleur bleue mais j’y crois tu vois.

– Eh bien moi pas !

– Pourtant je n’ai pas l’habitude de me dévoiler ni même de foncer la tête baissée mais depuis que je t’ai vue, je ressens quelque chose de très fort pour toi. Parler d’amour est peut-être prématuré. Cependant j’ai rarement éprouvé autant d’émotion pour une femme.

– Tu me plais aussi. En effet j’ai eu envie de toi tout de suite.

– Viens dans mes bras !

– Ah tes seins, quel bonheur ! »

Roxanne serra tendrement Sylvia contre elle. Elle la respirait, son odeur l’enivrait. Roxanne savait que Sylvia était la femme de sa vie. Elle savait un point c’est tout. Nul besoin de longs discours ou d’une analyse approfondie. Au premier regard elle l’avait su. Même si ensuite elle avait joué du désir de Sylvia, elle espérait secrètement que cet amour serait aussi partagé. Pourtant ses rondeurs n’étaient pas toujours appréciées, elle en avait aussi souffert souvent.

C’est pourquoi elle se protégeait. Là elle n’en avait pas éprouvé le besoin, au contraire, sa faiblesse était devenue sa force. Elle sentait Sylvia troublée par elle. Que lui était-il passé par la tête pour ainsi l’attendre nue sur son lit ? Jamais elle n’avait fait l’amour avec autant de passion ni d’énergie. En effet elle s’était étonnée elle-même de ses audaces et ses prouesses. Pour autant tous ses complexes ne s’étaient pas envolés car elle avait refusé que Sylvia la touche. La peur de l’abandon. Tout donner ! Passer après l’autre. Pour elle c’était l’unique moyen que sa partenaire ne s’enfuit pas immédiatement après avoir joui.

Le temps fila à une vitesse supersonique. Elles se retrouvaient chaque jour dans la chambre de Roxanne pour faire l’amour. Les deux amantes s’étaient parfaitement trouvées sur le plan sexuel. Sylvia, abandonnée et soumise d’une part, Roxanne active et maitresse de ses gestes d’autre part. Elles s’étaient créé une bulle où la réalité n’avait pas prise. En effet elles vivaient intensément chaque instant, refusant de penser que les vacances prendraient fin. Elles ne voulaient pas envisager la suite.

Pourtant le jour tant redouté arriva enfin. Les adieux à l’aéroport furent brefs. Leurs étreintes torrides étaient déjà loin, une bise furtive sur la joue marqua ainsi la fin de leur idylle. Néanmoins Roxanne glissa une carte de visite dans la pochette du sac à dos de Sylvia. Cette dernière s’était bien gardée durant le vol de retour d’évoquer ses projets avec son amie. Roxanne qui se protégeait n’aborda pas non plus frontalement la question. Elle préféra disserter sur sa solitude, ses habitudes qu’elle allait reprendre, ses rêves de vie à deux qu’elle espérait un jour concrétiser. Chacune retournait ainsi à son existence. Fin d’une parenthèse enchantée qui les nourrirait jusqu’aux prochaines vacances. C’est peut-être aussi parce qu’il n’y avait eu ni enjeu ni calcul que cette relation, néanmoins brève, avait pu être aussi intense.

Roxanne éclata en sanglots dans le taxi qui la ramenait chez elle. Mais comment avait-elle pu laisser filer Sylvia ? Elle était l’amour de sa vie, cette certitude qui s’était imposée à elle dès le début ne l’avait jamais quittée depuis. Pourquoi ne pas avoir cherché à la retenir ? Elle s’en voulait aussi de sa lâcheté et de son manque de courage. A son tour d’être passive et d’attendre un signe de son adorée. Les rôles étaient inversés et ce n’était pas pour lui plaire.

Le lendemain, Roxanne appela l’agence qui lui avait vendu le séjour. En effet elle voulait avoir les coordonnées de Sylvia. L’agent au bout du fil resta très ferme sur ses positions et refusa de les lui livrer. Il en allait de la réputation du tour opérateur, aussi pas question de déroger au règlement. Sinon même chose auprès du directeur de l’hôtel. Celui rétorqua que les touristes avaient l’habitude d’échanger leurs adresses et que si elles ne l’avaient pas fait, c’est que Sylvia avait sans doute une raison.

La voie était bouchée, ce n’était pas par là qu’elle y parviendrait. Roxanne fouilla sa mémoire à la recherche d’indices. Non seulement elle ignorait la ville où habitait Sylvia mais elle n’avait même pas une idée de son nom. C’était maigre pour un début. Elle avait évoqué un chocolatier qu’elle aimait bien, le chat bleu. Sur internet, dans tous les coins de France fleurissaient des enseignes à ce nom. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Elle devait se résoudre à ranger Sylvia au rang des souvenirs. Des souvenirs heureux…

Deux mois s’écoulèrent où Roxanne pour compenser le manque d’amour se jeta à corps perdu sur la nourriture. Elle se gavait tant et plus de sucreries en particulier d’une pâte à tartiner qui avait la fâcheuse tendance à la faire grossir. Plus elle en avalait à la cuillère à soupe, n’hésitant pas à vider un pot en une soirée, plus elle se détestait. A la fois punition et compensation, la bouffe était en fait un exutoire à toutes ses frustrations et rages contenues.

A ce régime, elle courrait droit au diabète. Où elle prit conscience qu’elle commençait à aller mal, c’est une nuit alors qu’elle était prise d’une irrésistible envie d’engloutir, elle avala sans respirer, à même dans la boite de conserve, un cassoulet froid pour quatre personnes. « Tu es malade ma fille » murmura une petite voix intérieure. C’est alors qu’elle se faisait vomir que la sonnerie de son portable sonna. Qui donc pouvait lui envoyer un texto à 3h34 du matin ?

Envie de toi. 

Sylvia ? Ce n’était pas signé. Roxanne appuya sur la touche « appeler le destinataire ».  La messagerie se déclencha automatiquement qui confirma à Roxanne que c’était bien Sylvia car elle reconnut aussi sa voix. Un vent de panique souffla dans sa tête. Depuis leur séparation Roxanne était devenue immonde. Déjà forte, là elle ne supportait plus les bourrelets qui débordaient de partout. Ses joues de hamster la faisaient ressembler à une truie et ses multiples poignées d’amour au bonhomme Michelin.

En effet Roxanne était son plus cruel critique. Un mois, elle se donnait un mois pour retrouver forme humaine. A défaut d’un corps de sirène, au moins celui de la femme appétissante qu’elle était. Elle recopia ainsi soigneusement le numéro de Sylvia dans plusieurs carnets et agendas et l’enregistra à la fois sur ses contacts de téléphone et la carte mémoire de son portable afin d’être certaine de ne pas l’égarer par mégarde.

Roxanne se concocta un programme digne d’un grand champion. Le matin à jeun, dès le saut du lit, dix kilomètres de courses à pied. Ensuite pompes et abdominaux pendant une heure puis repos. Enfin petit déjeuner frugal à base de protéines et journée de travail. En rentrant petit sieste car le rythme était épuisant et quatre kilomètres de nage. A ce rythme-là, Roxanne perdit rapidement les kilos superflus tout en sculptant son corps. Cependant elle restait encore enrobée mais tout en ayant une allure tonique qui la rendait assez sexy. Roxanne aimait assez sa transformation. Un mois jour pour jour après la réception du sms, Roxanne envoya le même à sa destinatrice.

Envie de toi. 

La réponse fut instantanée. Quand tu veux ! Roxanne n’en attendait pas tant. Elle se prit au jeu. Tout de suite. Moment d’hésitation car la réponse se fit attendre. Tiens, Sylvia se dégonflait ? Samedi chez toi à 14 h ! La coquine ! Et offensive avec ça ! Sylvia menait la partie. Chez Roxanne, pourquoi pas un hôtel, un endroit plus neutre ? Sylvia mettait la barre haut. Envie d’un peu plus que de passer du bon temps ? Se projetait-elle déjà dans la vie à deux ? Je peux t’appeler ?

Le désir était intact. Elles avaient autant envie l’une que l’autre de se revoir. Roxanne donna toutes les explications nécessaires pour que Sylvia puisse venir facilement. En fait elles n’habitaient qu’à trente-cinq kilomètres de distance. Le monde était petit et le jour dit Sylvia fut à l’heure. A peine franchie la porte, elles s’embrassèrent à pleine bouche. A vingt heures, elles étaient encore en train de faire l’amour, aucune des deux n’était rassasiée de l’autre. C’est quand la pénombre envahit totalement la chambre que la réalité se rappela à Sylvia. Elle sauta du lit à toute vitesse, s’habilla et sous le regard médusé de Roxanne, lui claqua à un baiser sur le front tout en lui disant à bientôt !

« Tu t’en vas ? Je pensais que tu resterais la nuit ! En effet j’avais prévu un diner !

– Je file car je suis déjà très en retard !

– Où tu vas ?

– Cela ne te regarde pas. Je n’ai pas vu passer l’heure. C’était super. J’ai très envie de recommencer. Samedi prochain ça te va ?

– Attends. Si tu viens juste pour faire l’amour et partir ensuite, je ne suis pas sûre que ça va me plaire. Je veux passer une nuit avec toi.

– Passons déjà des après-midis ! Cela nous aidera à mieux nous connaitre.

– Je n’ai pas besoin de ça, je sais que tu es la femme de ma vie, pas besoin de vivre à l’essai.

– Tu t’emballes. Je ne t’ai rien promis. J’ai envie de toi, ça ne veut pas dire que d’emblée je pars aussi sur de la longue distance. Commençons déjà par quelques heures et on verra ensuite si la relation peut se transformer en quelque chose de plus durable.

– Un week-end ? C’est trop ?

– Je dois vraiment partir. On en reparle la semaine prochaine ? J’ai adoré nos ébats. C’est un bon début non ?

– Mouais… »

Sylvia claqua la porte laissant Roxanne plongée dans un grand désarroi. Elle la voyait arriver des kilomètres à la ronde. En effet Sylvia n’avait nulle intention de s’engager. La grosse c’était bien dans un lit pour jouir, un peu moins pour la prendre à son bras dans la rue. Si c’était pour rester planquées tous les samedis chez elle, Roxanne sentait que la relation n’allait pas lui plaire longtemps.

Le week-end suivant Sylvia fut aussi ponctuelle. Mais Roxanne prévoyant la répétition, maline, avait préparé un goûter. Et pour ne pas le louper elle avait mis l’alarme de son réveil sur seize heures. Son plan se déroula comme prévu. Le bip bip incessant obligea Roxanne à sortir du lit pour éteindre la maudite sonnerie. Et d’un ton très naturel et détaché, elle proposa de préparer un thé. Pendant que l’eau chauffait, Sylvia avait redressé les oreillers et regardait son amante disposer les sachets dans des tasses. Elle contemplait le corps nu de sa maitresse et se demandait ce qui la rendait si désirable.

Roxanne n’était pas à proprement parler belle mais quelque chose d’animal se dégageait d’elle. On sentait que sexuellement elle était capable du meilleur, que sous sa langue et ses caresses l’extase était au rendez-vous. Sylvia n’en avait jamais assez avec elle. A peine avait-elle joui qu’elle en redemandait. Roxanne déposa sur un plateau les boissons fumantes et une soucoupe afin d’y mettre les sachets usagers. Elle prit soin d’y mettre du miel et du sucre ainsi que des rondelles de citron et un mini pichet de lait. Elle sortit également du réfrigérateur des petits fours frais qu’elle agença sur une assiette. Petites cuillères, serviettes en papier. Rien ne manquait. Elle déplia les pieds du plateau qu’elle installa dans le lit où elle se faufila.

« Quelle organisation !

– Je suis gourmande au cas où tu ne t’en serais pas encore aperçue.

– Je le suis aussi tu sais.

– Au moins un point en commun. Mais peut-être en avons-nous d’autres ?

– Sers-moi aussi un peu de lait, fit Sylvia afin de faire diversion.

– Volontiers. Du sucre ? Du miel ?

– Sans sucre ! Très bon ce gâteau ! J’adore le chocolat.

– Encore un point en commun !

– Pendant que tu y es, l’amour et le thé aussi.

– Tu vas encore filer comme une voleuse ce soir ?

– Oui !

– Pourquoi tu ne veux pas rester ?

– Parce que …

– Ah oui, parce que quoi…

– Parce que c’est prématuré…

– C’est toi qui as choisi de venir chez moi !

– Disons que je ne voyais pas un autre endroit.

– L’hôtel ?

– Tu as les moyens ?

– Oui. Il en existe à petit prix, le problème n’est pas là.

– Si pour moi c’en est un.

– Tu as des soucis financiers ?

– Je n’ai pas envie de me justifier.

– Alors pourquoi pas chez toi car ça t’éviterait de payer les transports ?

– Excellent ton thé ! Tu l’achètes où ?

– J’ai un détaillant dans le quartier. Mais si tu veux nous pourrons y aller ensemble samedi prochain et tu pourras en rapporter.

– Je ne sais pas si je viendrai samedi prochain.

– Ah ?

– J’ai prévu autre chose.

– Ah ?

– Oui.

– On se voit quand alors ?

– Le samedi d’après.

– Je ne sais pas si je suis libre.

– Arrête tes enfantillages. Si tu veux aller sur ce terrain, vas-y ! Mais alors autant arrêter tout de suite !

– Non, ce n’est pas ce que je veux.

– Alors on se voit dans deux semaines ?

– Cela va être long.

– Pour moi aussi, ne crois pas ! Je ne peux tout simplement pas me libérer.

– Et le dimanche ?

– Non ce n’est pas possible.

– Pourquoi ?

– Attends, ce n’est pas parce qu’on vient de se voir deux fois que demain j’arrive avec mes affaires et qu’on s’installe ensemble ! Tu es si pressée que ça ? Je te trouve étouffante.

– Je suis tellement amoureuse.

– J’ai besoin d’air dans une relation. Si tu m’enfermes ça ne va pas aller loin entre nous. J’ai aussi une vie sans toi et je compte bien la conserver !

– Fin de non-recevoir si je comprends bien.

– Oui ! Ou tu respectes que je puisse avoir des temps de respiration hors de notre relation ou bien autant y mettre fin maintenant.

– Tu es obligée de me menacer de rupture à chaque fois que j’évoque mes envies de vie à deux ?

– Mais pas du tout !

– Écoute-toi ! Si je ne t’obéis pas, c’est la porte. Il n’y a que toi qui existes. Je suis la femme invisible ou quoi ?

– Mais n’importe quoi !

– Avec toi le seul consensus c’est zéro et cent. Le cinquante, cinquante tu ne connais pas.

– C’est toi qui m’agresses avec tes demandes. Je suis très bien pour l’instant dans notre relation pourquoi tu te projettes aussi loin ?

– Parce que tu vois autant en vacances, je pouvais accepter l’idée d’une idylle éphémère. Autant là, alors que je commençais à t’oublier et que tu me relances, je peux attendre autre chose qu’un après-midi par semaine de jambes en l’air. J’aspire à plus qu’une histoire purement sexuelle. En effet si c’est ton truc ce n’est pas le mien. Tu peux te trouver sans peine des tas de femmes qui ne demandent que ça.

– Calme-toi Roxanne ! Je ne voulais pas te blesser. Quelle écorchée vive tu fais ! Tu es une amante merveilleuse, j’adore ta compagnie, je me sens bien avec toi. Mais seulement là, je ne veux rien précipiter car j’ai besoin d’un peu de temps. Si l’amour t’a fait souffrir moi aussi. Embrasse-moi ! »

Roxanne eut à peine le temps de déposer à terre le plateau qu’elle avait glissé sa tête entre les cuisses de Sylvia. Les gémissements succédaient aux soupirs d’extase. Comme le week-end précédent c’est la nuit qui donna le signal du départ. Sylvia s’habilla à toute vitesse et ne souhaitant pas répondre aux questions de Roxanne déposa une enveloppe sur la table de chevet.

« A dans quinze jours mon adorée ! »

Roxanne surprise par la précipitation de Sylvia ne tenta pas de la retenir. A quoi bon ? Plus elle cherchait à la garder, plus elle se sauvait. Que pouvait bien contenir cette lettre ? Elle se hâta de l’ouvrir : Je t’aime, je voulais que tu le saches…

Le cœur de Roxanne chavira. Sylvia l’aimait. Mieux que de lui dire elle lui avait écrit. Ce n’est pas qu’une amourette de vacances qui se poursuivait. Elle pouvait ainsi espérer qu’un jour sa douce soit la sienne à tout jamais. Elle se sentit légère d’un coup. Mais pourquoi avait-elle été si lourde avec Sylvia cet après-midi ? Elle lui mettait la pression alors qu’elle avait besoin de temps. Alors autant lui en laisser aussi. Après tout elle avait raison. Ce n’est pas sur deux après-midis que tu décides de bousculer toute une existence.

Roxanne était impulsive. Elle le savait aussi et quand elle avait une idée en tête elle lui cédait tout de suite. D’où ces crises de boulimie. Sylvia était du genre posé, c’est une femme réfléchie et c’est aussi ce qui attirait Roxanne. Elle sentait qu’elle l’équilibrerait sinon qu’elle lui apprendrait à gérer ses frustrations. La preuve, Sylvia avait su se faire désirer et le plaisir ainsi n’en était que plus grand.

Les deux semaines lui parurent une éternité. Roxanne qui sentait que ses démons la taraudaient s’obligea à deux heures d’exercice physique tous les jours afin d’entretenir sa silhouette si chèrement acquise. Quand une fringale pointait son nez, elle se jetait sur des bâtonnets de légumes crus trempés dans du yaourt à 0%. A ce régime là les pulsions alimentaires s’espacèrent puis disparurent. En fait le plus pénible fut de résister à l’envie d’envoyer des centaines de sms d’amour par jour à son adorée. Elle s’en tint néanmoins à deux par jour en réponse à ceux qu’elle recevait. Roxanne ne se reconnaissait plus. Elle était métamorphosée.

Enfin le week-end arriva. Qu’elle ne fut la surprise de Roxanne quand elle vit à la main de Sylvia un sac de voyage ! Elle évita de montrer toute émotion et d’émettre tout commentaire. Surtout pas de fausse joie. Comme à leur habitude, elles firent l’amour des heures entières. A la nuit venue, Sylvia au lieu de se jeter hors du lit, vint se blottir contre les seins généreux de Roxanne. Ces quelques minutes lui semblèrent une éternité.

« Tu n’as pas faim Roxanne ?

– Si.

– Tu connais un bon restaurant dans ton quartier car je t’invite ?

– On peut diner ici si tu veux. En effet j’ai de quoi nous préparer un en-cas.

– Non, sortons ! Être en couple, c’est aussi avoir une vie sociale. Voyons un peu comment ça se passe pour nous ! »

Roxanne était sous le charme de la proposition car elle n’en rêvait pas tant ! Elles avaient le choix entre une crêperie et un restaurant chinois. En route pour des nems, des nouilles sautées et des beignets de crevettes. La soirée fut agréable. Sylvia, détendue, révéla aussi un sens de l’humour très fin qui plut à Roxanne. Celle-ci l’initia à l’art des baguettes, visiblement elle avait ses habitudes et était connue des patrons. L’alcool de riz en fin de repas les mit dans un joyeux état et ensuite elles rentrèrent chez Roxanne bras dessus, bras dessous, évitant de tomber du trottoir qui zigzaguait plus qu’à l’aller. C’est repues et amoureuses qu’elles s’endormirent dans les bras l’une de l’autre. Enfin leur première nuit.

En se réveillant Roxanne n’y croyait pas. Sa dulcinée était allongée à ses côtés, dormant à poings fermés. Roxanne s’extirpa doucement de la couette et enfila rapidement un survêtement afin d’aller chercher des viennoiseries pour le petit déjeuner. Thé ou café ? Elle prépara les deux afin de laisser le choix à Sylvia. L’odeur qui se dégageait de la cuisine sortit Sylvia du sommeil. Elle n’en revenait pas d’avoir si bien dormi. Des flashes de la soirée lui revenaient. Elles avaient passé un bon moment ensemble, Roxanne était une gourmande et c’était un plaisir que de manger en sa compagnie. Sylvia la trouvait très attachante dans ses efforts pour la mettre à l’aise.

« Tu veux déjeuner au lit ?

– Je préfère à table.

– Comme tu veux ! Thé ou café ?

– Tu n’as pas plutôt du chocolat ?

– Noir ou au lait. En poudre ou à l’ancienne.

– Je n’en demande pas tant. En poudre ça me va. Mais si tu l’as amer c’est mieux. Je te prends au dépourvu alors je m’adapterai. Sinon du thé si c’est plus pratique.

– J’adore faire plaisir à la femme que j’aime. Je te le prépare. Installe-toi à table !

– Merci. Pour notre premier petit déjeuner je veux pouvoir m’en souvenir et qu’il soit la promesse d’une vie à deux !

– Madame est poète dès le saut du lit.

– Tu te moques de moi ?

– Non pas du tout ! Si tu savais je suis sur un petit nuage. Je ne cours pas je vole. Mais je ne voudrais pas non plus tomber de trop haut. Alors peut-être que mon humour mal placé est une forme de protection.

– C’est sincère. Je me sens bien avec et je veux aussi un peu plus qu’un week-end sur deux avec toi.

– Je sors le parachute ou l’atterrissage se fait en douceur ? En effet j’ai le sentiment que tu me caches quelque chose. Comment ça un week-end sur deux ?

– Il sent très bon ton chocolat. Je peux regarder comment tu t’y prends.

– En fait tu fais d’abord chauffer la poudre avec le lait et quand c’est bien remué tu ajoutes deux tiers de ta portion de chocolat en carrés. Et hors du feu tu fouettes avec le tiers restant de ta tablette. Goûte et tu m’en diras des nouvelles !

– Délicieux ! Je t’épouse sur le champ !

– Je te prends au mot, je signe où ?

– Serre-moi fort contre toi ! »

Roxanne avait beaucoup de mal avec le côté anguille de Sylvia. A chaque fois que la situation devenait embarrassante pour elle, Sylvia bottait en touche en détournant systématiquement la conversation. Roxanne ne voulait pas la braquer mais Sylvia ne pourrait pas indéfiniment fuir. Garder son calme. Patienter. Sylvia finirait bien par lui parler. C’était évident qu’elle lui cachait quelque chose. Mais quoi ? Profiter de l’instant présent, ne pas trop se poser de questions. Roxanne se connaissait aussi, gérer les frustrations, elle n’était pas trop championne. Il ne faudrait pas que la situation s’éternise sinon elle exploserait.

Sylvia qui sentait Roxanne tendue la complimenta sur son chocolat chaud. C’était le meilleur qu’elle n’avait jamais bu. Elle se dévoila un peu sur ses goûts. Ainsi Roxanne sut ce qu’elle déjeunait le matin en semaine, le week-end, qu’elles étaient ses préférences. Tous ces renseignements n’étaient pas tombés dans l’oreille d’une sourde. Elle sentait qu’elle pourrait lui faire découvrir des saveurs nouvelles car Sylvia semblait ouverte à l’inconnu.

En effet elle saurait prendre soin d’elle parce qu’elle était certaine que Sylvia passait peu de temps à cuisiner, manger un peu n’importe quoi. Elle avait décidé de l’initier à la nourriture bio, à la préparation de bons petits plats. Eh oui Roxanne n’était pas une adepte de la mal bouffe, ses kilos superflus elle les devait avant tout à son goût de la bonne chère. Les crises de boulimie, ce n’était pas permanent, seulement quand affectivement elle traversait des périodes d’incertitude ou de solitude.

Les week-ends se suivirent et se ressemblèrent. Toutes les deux semaines Sylvia se rendait chez Roxanne. A peine passée la porte, Sylvia avait tout juste le temps de poser son sac. Elles se jetaient l’une sur l’autre, affamées de caresses et de baisers. Durant des heures elles faisaient l’amour. Ensuite selon leur humeur, elles variaient sur le choix du restaurant. Enfin elles s’endormaient dans les bras l’une de l’autre et après un petit déjeuner très copieux, elles retournaient au lit où là encore elles faisaient l’amour jusqu’au moment de se séparer. Peu de dialogues entre elles. Seul des mots d’amour échangés. Les gémissements couvraient les non-dits. Elles se sentaient bien ensemble mais pour autant elles ne construisaient rien. Dès que Roxanne abordait un sujet sensible, Sylvia s’arrangeait pour détourner l’attention. Pourtant un soir n’y tenant plus, Roxanne décida que coûte que coûte elle lui décrocherait une réponse.

« Pourquoi tu esquives dès que je te pose une question un peu personnelle ?

– Mais pas du tout, arrête ton cinéma !

– Bon ! Alors pourquoi jamais tu ne m’invites chez toi ?

– On est mieux ici.

– Tu ne réponds pas !

– Si. Mais ce n’est pas ma faute si tu n’aimes pas ma réponse.

– J’ai très envie d’aller chez toi ! Quand m’invites-tu ?

– Ne fais pas ta maline !

– Sincèrement, j’ai très envie de découvrir où tu vis, comment est ta maison ? Ou bien ton appartement. En fait je ne sais rien de toi ou du moins pas grand-chose. Seulement ce que tu veux bien me dire.

– L’interrogatoire va durer longtemps ?

– Tu vois, tu refuses de répondre.

– Pas du tout ! En fait je voulais te faire une surprise et tu es en train de m’obliger à me dévoiler.

– Je t’écoute !

– Cela te dirait de partir un long week-end au bord de l’océan ? J’ai réservé une chambre, on irait manger des fruits de mer, se balader les pieds dans l’eau main dans la main.

– Génial ! J’adore ton programme ! Viens m’embrasser ! »

L’escapade amoureuse vira rapidement au cauchemar. Dans la voiture, Sylvia dut faire face à une rafale de questions. Pourquoi cet endroit ? Elle le connaissait depuis quand ? Y était-elle déjà allée avec une ex ? Sylvia qui avait une autre vision de leur équipée se réfugia dans un silence qui excita encore plus l’agressivité de son amante. Elle n’était pourtant pas encore arrivée que Sylvia regrettait déjà d’être partie. Le malaise s’installa rapidement entre elles. Roxanne qui ne savait plus comment s’arrêter s’enfonça chaque heure un peu plus davantage. Jusqu’au moment où la mouette n’avait de rieuse que le nom.

Elles étaient à terre, Roxanne forçant Sylvia à avoir avec elle une relation sexuelle à laquelle elle ne consentait pas. La fureur la débordait. Roxanne était ivre de colère car elle savait leur relation finie. Mais qu’est-ce qui lui avait pris de se mettre dans un état pareil depuis deux jours ? Tout l’agaçait prodigieusement. Si Sylvia la quittait c’était bien fait pour elle. Elle s’appuya un peu plus sur son amante afin de mieux la plaquer au sol. Sentant que Sylvia ne lui résistait plus, elle se cambra afin de totalement la dominer physiquement. Ainsi elle ne pourrait plus fuir. C’est l’évitement permanent de Sylvia qui avait poussé Roxanne à une telle extrémité. Là physiquement Roxanne la contraignait ainsi à l’affronter.

« Tu ne m’échapperas plus cette fois-ci !

– Je ne suis ni ta chose ni ta propriété. Pousse-toi de là, tu me fais mal !

– Toi aussi tu me fais mal !

– Il faut toujours que tu te victimises. Arrête de faire tout un film !

– Je ne sais pas qui tu es Sylvia. Tu viens chez moi, on fait l’amour et tu repars vers une existence dont j’ignore tout. Quelle place tu me donnes dans ta vie ? Et quand je veux en savoir plus, j’ai le droit à une fin de non-recevoir. Comment veux-tu qu’après ça je n’explose pas ?

– Lâche-moi tu me fais mal !

– Lâche-moi tu me fais mal !

– Je ne vois pas comment, tu m’écrases de tout ton poids.

– Lâche-moi tu me fais mal ! C’est psychologiquement que tu me tiens. Je ne t’avais rien demandé, j’avais commencé à t’oublier quand tu m’as relancée. Tout ça pour ensuite jouer l’anguille. Tu es totalement insaisissable et en plus dans l’histoire tu te donnes le plus beau rôle.

– Tu as fini ?

– Oui !

– Lâche-moi, tu me fais mal ! »

Roxanne bascula sur le côté afin de permettre à Sylvia de se relever. L’atmosphère était étouffante dans la pièce. Sylvia se saisit de son sac et sans un regard pour Roxanne quitta la chambre d’hôtel. Elle était dans les escaliers quand son portable sonna.

« Allo maman ?

– Bonjour ma chérie !

– Papa a changé la serrure de la porte, il ne veut plus que tu rentres à la maison. Il a hurlé que tu pouvais rester avec ta « guuine ». C’est quoi une « guuine » maman ?

– Calme-toi ma puce. Et ton frère, passe-moi ton frère je veux lui parler.

– Allo maman ! Papa est dans une fureur après toi. Il n’a pas supporté que tu partes quelques jours. Il a aussi contacté un avocat pour le divorce.

– Tu es grand Simon, protège ta petite sœur. Maman ne va pas rentrer tout de suite, elle a des choses à régler ici. Mais ne t’inquiète pas, tout va aller bien. Je vais appeler votre père et lui dire de vous laisser en dehors de nos problèmes d’adultes.

– Attends papa veut te parler.

– Sylvia où tu es ? Si tu reviens tout de suite et que tu oublies ta gouine j’oublie tout et on recommence comme avant !

– Luc, on en a déjà parlé, ce n’est pas aussi simple. Accepte de comprendre que notre histoire est finie. Je ne t’aime plus.

– Reviens Sylvia car je ne peux pas vivre sans toi.

– Je n’ai pas envie de régler tout ça par téléphone. Tu as toujours été un bon père pour les enfants. Mais ne les mets pas au milieu de notre conflit ! C’est déjà bien assez douloureux pour eux.

– Tu me rends dingue Sylvia. Me tromper avec un homme je l’aurais supporté mais une femme ! Qu’est-ce qu’elle fait de plus que moi !

– Arrête Luc avec ça ! Tu n’y es pour rien. C’est ma nature, je ne peux plus faire semblant. Je t’en supplie, pense aussi aux enfants, ne leur fais pas de mal !

– Tu reviens quand ?

– Pas tout de suite. Je t’appellerai. Mais sois raisonnable, prends soin des enfants !

– Je t’aime Sylvia ! »

Elle venait de raccrocher la gorge nouée. Elle n’avait pas entendu le pas feutré de Roxanne dans l’escalier. Celle-ci n’avait pas perdu une miette de la conversation.

« Tu n’as vraiment rien à me dire Sylvia ?

– Si !

– Allez viens, nous serons mieux dans la chambre !

– Si tu savais comme je t’aime !

– Je n’en doute plus maintenant ! »

Copyright ©2004 Nouvelles et romans lesbiens – Littérature lesbienne