Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Indicible amour

Indicible amour est une nouvelle lesbienne sur un amour d’un genre particulier.

Iris avait très mal dormi dans la couchette du train parti la veille au soir d’une gare parisienne pour la Suisse. En effet elle n’avait pas eu le choix lors de la réservation. Il faut dire que la promotion était alléchante. Pour tout séjour de deux semaines dans cet hôtel de luxe la deuxième et troisième de janvier, la seconde était offerte à condition de voyager de nuit dans ce train spécialement affrété par le club. Iris n’avait pas les moyens de se payer un tel séjour en dehors de cette période, encore moins un billet d’avion et le taxi à l’arrivée. C’est pourquoi elle avait dû se supporter les ronflements de ses voisines de couchettes amplifiés par la sécheresse du chauffage mal réglé.

Cependant elle devait reconnaitre que l’organisation était bien huilée. A peine descendus du wagon, le personnel du club était venu les accueillir pour les guider vers les bus qui devaient les mener à l’hôtel. Ce bref trajet sur les routes très enneigées de haute montagne les plongea directement dans les vacances. L’hôtel totalement refait à neuf depuis un incendie se dressait face aux pistes. Le domaine était situé entre plaine et forêt, ainsi plus d’une centaine de kilomètres skiables entre arbres et monts escarpés les attendaient. Elles étaient la promesse de joyeuses randonnées dans ce qui était considéré par les amateurs comme la Mecque du ski de fond.

La distribution des chambres fut rapide. Iris logeait avec une inconnue qui d’emblée lui annonça qu’elle ne dormait pas là car elle avait un amant avec lequel elle entretenait une relation houleuse et lorsqu’elle avait réservé elle était déjà en pleine reconquête. Aussi elle avait planifié de le séduire durant les vacances mais en fait ils roucoulaient ensemble depuis déjà quinze jours. Comme leur relation était explosive elle n’avait pas annulé car elle se gardait une base arrière au cas où. Vraiment ce séjour commençait plutôt bien. Iris bénéficiait d’un single sans avoir eu à débourser quoi que ce soit.

En attendant le buffet de petit déjeuner les attendait. Aucune activité n’était prévue dans la journée. Chacun aurait loisir de découvrir l’hôtel et ses nombreux services ainsi que la station qui était distante de quelques centaines de mètres. Iris se restaura rapidement et profita du calme de la chambre pour récupérer de sa mauvaise nuit. Elle avait réglé son réveil sur l’heure du déjeuner.

L’hôtel était désert quand elle se leva. D’une part parce que certains dormaient encore d’autre part parce que les autres n’étaient pas rentrés du ski. Aussi elle en profita pour le visiter. Dans l’ascenseur un panneau annonçait au sous-sol le spa et au dernier étage le restaurant de spécialités. Il y avait aussi des salons qui portaient des lettres et des traductions en allemand et en anglais. Iris n’ayant pas très faim décida de se rendre au spa.

La photo du catalogue avait dû être prise selon une certaine perspective car la piscine paraissait bien plus petite en réalité. En revanche le sauna et le hammam étaient à la hauteur. Tout en bois pour l’un, tout en mosaïque pour l’autre avec des peignoirs à disposition, c’était tout à fait comme cela qu’elle se les était imaginés. Une hôtesse lui proposa de réserver un créneau horaire. Pour préserver les clients l’accès était sur rendez-vous ce qui évitait la cohue et la promiscuité. Des soins esthétiques et des massages payants aussi étaient proposés. Cependant quand Iris vit les prix elle faillit tomber à la renverse. En effet pas vraiment dans ses moyens.

De retour au rez-de-chaussée, elle fut étonnée du bruit qui venait de la grande salle à manger. La plupart des vacanciers encore en tenue de ski, affamés par l’effort se bousculaient au buffet. Pratiquement plus une place de libre aux tables. L’excitation était contagieuse. Une agitation régnait dans la pièce. Des rires fusaient pendant que des employés courraient débarrasser les tables de la vaisselle sale. Iris déplora le gâchis de nourriture. En effet pourquoi en laisser autant dans les assiettes ? La peur du manque ne justifiait pas tout car le buffet était sans cesse renouvelé.

Au fin fond de la salle Iris reconnut sa colocataire qui croisait les bras en l’air pour lui signifier de la rejoindre. Elle voulait lui présenter son amant. Celui-ci embarrassé comme s’il avait peur d’être démasqué dans son infidélité marmonna qu’ils s’étaient retrouvés par hasard et qu’ils étaient de vieilles connaissances. Iris qui n’avait pas envie d’en savoir plus sur leurs frasques ne s’attarda pas et prit le prétexte d’une place qui se libérait enfin à une autre table pour les fuir. Ensuite elle se mit dans la queue qui s’était constituée devant le buffet et commença à regarder la liste des plats. Elle n’avait que l’embarras du choix.

Dans la salle un homme tout de blanc vêtu dans un costume impeccablement cintré et repassé supervisait le service. Sur son badge sa fonction était précisée. Il était le responsable de la restauration. Dans sa main une feuille. Il passait de table en table et effectuait lui-même les réservations pour le restaurant de spécialités. Il n’y avait pas de supplément de prix. Mais juste un nombre de places limitées. Il fallait montrer patte blanche pour s’y rendre. En effet tout le monde n’avait pas la chance de rentrer dans ses faveurs. Malgré les nombreuses plaintes la direction laissait faire. The place to Be. C’était l’assurance de soirées réussies pour les VIP et pour les autres une frustration qui les poussait à en être aussi. Comment entrer dans les petits papiers de Pavel ?

Connu comme le loup blanc, il trainait dans son sillage un groupe de fidèles vacanciers qui revenaient d’une année sur l’autre pour ses parties animées. C’est qu’après le repas il assurait le show. Pavel était ce qu’on pouvait appeler un très bel homme. Fin, un corps musclé et délié, son regard bleu intense disparaît par moment sous sa longue mèche brune qu’il savait remettre en place d’un geste élégant. Il plaisait autant aux hommes qu’aux femmes et personne ne lui connaissait de liaisons. Des rumeurs sur son homosexualité couraient car il émanait de lui une grâce et une douceur qui laissaient entrapercevoir une forte sensibilité. Néanmoins dans son travail au quotidien il savait se montrer ferme et parfois intransigeant ce qui contredisait cette impression.

Iris avait pris place à table. N’ayant pas gros appétit elle avait pris des petites quantités de nourriture dans une assiette à dessert afin de déguster la cuisine du chef. Elle avait quinze jours pour goûter à tous en plus grande quantité. Les autres convives en étaient au dessert. Ils appartenaient au même groupe de ski et repartaient en cours ensemble dans l’après-midi. Grâce à eux Iris apprit où se situait le tableau d’inscription ainsi que les critères requis pour y appartenir.

Elle s’y rendrait après le repas afin d’être dès le lendemain sur les pistes. Pavel snoba leur table et une femme ne manqua de le lui faire remarquer. C’est ainsi qu’Iris en sut plus long sur cette vivante légende du club. En effet ce serait un chagrin d’amour qui l’aurait poussé à venir s’installer au fin fond de la montagne alors qu’il régnait en maitre sur un des plus grands restaurants étoilés de la capitale. A vrai dire elle s’en fichait un peu de ne pas avoir été retenue sur la liste car elle ne connaissait personne et ce soir elle comptait bien se coucher tôt.

En sortant Iris se perdit dans les couloirs. Elle tourna en rond une bonne demi-heure avant de réaliser que le tableau était pourtant juste devant le comptoir à l’entrée dans l’hôtel. Les cours étaient quasi pleins. Les groupes n’excédaient pas dix personnes et comportaient quatre niveaux de difficulté. D’après les critères retenus Iris était « confirmée ». Aussi elle s’empressa d’inscrire son nom avec le numéro de sa chambre en face du prénom de Milena, sa future monitrice. De toute façon elle n’avait pas le choix les autres cours de son niveau étaient complets !

L’après-midi commençait bien. Iris en profita pour investir sa chambre et ranger ses affaires. Cependant elle prit soin de ne pas envahir tout l’espace au cas où ça chaufferait entre les deux amants. Comme elle se sentait encore fatiguée elle opta pour une séance cinéma dans la salle de projection. Elle était passée devant lors de son retour de la réception. De nombreux DVD étaient à disposition des vacanciers et à cette heure de la journée la salle était vide. Le mode d’emploi du home cinéma était placardé dans la porte du meuble. La collection de films était imposante. Il y en avait pour tous les goûts. Un film musical ferait l’affaire. Il s’agissait de la biographie d’un jazzman noir américain. Film plusieurs fois primés, elle en avait souvent entendu parler sans pourtant jamais le voir. Elle tira les rideaux et s’installa ainsi confortablement dans un fauteuil.

Le film devait avoir débuté depuis cinq minutes quand Iris entendit quelqu’un s’installer derrière elle dans le canapé. Mais elle ne se retourna pas. En effet elle ne connaissait personne et ne voulait pas avoir l’air trop curieux. Quand le générique de fin apparut sur l’écran Iris se hâta de sortir un mouchoir afin qu’on ne vît pas qu’elle avait pleuré. La mort du musicien, sa trajectoire tragique malgré son talent l’avait profondément bouleversée. Elle espérait pouvoir quitter la salle sans être vue quand elle entendit renifler dans son dos. Visiblement elle n’était pas la seule à avoir été touchée par l’histoire. D’un seul coup la salle fut plongée dans le noir car le DVD avait été éjecté du lecteur et la télévision s’était éteinte automatiquement. A contre cœur Iris ouvrit les rideaux. C’est alors qu’elle aperçut Pavel en train de pleurer.

« Tenez, prenez-ce mouchoir !

– Merci.

– De rien.

– C’est mon film préféré. Quand j’ai entendu à travers la porte la bande son du film je n’ai pas pu m’empêcher de rentrer. A chaque fois il me met dans le même état. Vous aussi ?

– C’est la première fois que je le vois. Mais j’avoue qu’il m’a bien secoué aussi.

– Je ne veux pas paraître impoli cependant je dois filer. Je suis déjà très en retard pour la mise en place de ce soir. Heureusement que l’équipe est très professionnelle sinon je serais dans le jus. A plus tard peut-être ?

– Bon courage. On aura l’occasion de se revoir j’imagine ! »

Iris retourna dans sa chambre jusqu’au diner car elle voulait terminer la lecture d’une revue. Comme pour le déjeuner Iris combla une place vide à une table. En effet c’était difficile de faire connaissance et de s’immiscer dans un groupe déjà constitué. Elle avait hâte d’intégrer son cours pour partager cette convivialité qu’elle leur enviait tant ! Aussi elle n’assista pas au mini spectacle donné comme tous les soirs. Ainsi elle voulait se coucher tôt afin d’être en forme pour affronter sa première journée de ski.

Pour certains la nuit avait dû être courte. Parce que les yeux encore tout gonflés de sommeil ils avalaient mécaniquement boissons et viennoiseries. D’autres avançaient difficilement entre courbatures et ampoules. Sparadraps et cachets d’aspirine s’échangeaient de tables en tables. La pharmacie n’ouvrait que dans la matinée et personne n’avait envie de renoncer aux délices des pistes pour quelques petits bobos. Aussi les seuls à être bruyants à cette heure-ci étaient les moniteurs de ski qui s’étaient regroupés à une même table. Sucres lents et protéines étaient au menu. Âgés de 18 à 55 ans ils étaient tous des athlètes confirmés. A la fin du repas ils partirent tous en cuisine récupérer des thermos et des fruits secs bien empaquetés pour tenir dans leur sac à dos. Le rendez-vous avait lieu au sous-sol dans un espace totalement dédié aux sports de glisse.

Iris avait enfilé sa tenue et mis les gants, le bonnet et l’écharpe dans un sac à dos. Elle avait l’habitude des grandes randonnées en ski de fond et savait s’habiller en conséquence et prévoir de se couvrir au moment des pauses.

Milena l’attendait. Iris était la dernière à intégrer le groupe, aussi elle voulait l’aider à choisir ses chaussures et ses skis. Le matériel était fourni par le club. Pour la matinée la balade consistait à rejoindre un bar d’altitude afin d’y déguster un vin chaud. Milena avait prévu d’y aller progressivement dans l’effort même si le niveau du groupe était bon. Elle avait à peu près l’âge d’Iris, au milieu de la vingtaine. Sportive accomplie elle avait une silhouette svelte et tonique. On la sentait heureuse de vivre et totalement dévouée à sa clientèle. Le job était sympa et bien payé. Milena appartenait à l’équipe nationale de ski de fond et avait déjà concouru pour les jeux olympiques. Elle se remettait d’une blessure et c’est la raison pour laquelle cette année elle n’avait aucune compétition en vue. Elle prenait elle aussi ce temps d’arrêt comme des vacances.

Il y avait autant d’hommes que de femmes dans le groupe. Iris était la plus jeune mais la moyenne d’âge était plutôt élevée, la cinquantaine environ. Elle n’avait pas grand-chose en commun avec eux et d’emblée ils l’avaient considérée comme étant leur fille. Milena n’avait pas le droit au même traitement. Elle tutoyait pourtant ses élèves mais ses titres sportifs inspiraient le respect. L’ambiance était décontractée cependant le niveau du groupe était bon. Iris eut finalement du mal à les suivre pour le premier jour. Plus jamais elle ne sous-estimerait l’état physique d’un senior. C’est qu’ils avaient à lui en remontrer ceux qui avaient l’âge d’être ses parents !

Le vin chaud à la cannelle les attendait au chalet. Malgré les moins vingt affichés au thermomètre personne ne sentait le mordant du froid avec le soleil et l’effort. Iris sirotait tranquillement sa boisson tout en se réchauffant les mains car elle avait pour l’occasion ôté ses gants. Elle s’était appuyée sur un muret et observait du coin de l’œil Milena. Cette fille avait un charme fou. En effet il se dégageait d’elle une sensualité torride et Iris sentit monter en elle un désir animal. Comment l’approcher et la séduire ? Elle n’eut pas le temps de se poser la question car le groupe l’appela pour venir faire une photo. Le restaurateur se proposa de tous les prendre et Iris en profita pour se glisser à côté de Milena.

Elle ne se fit pas prier pour se serrer contre elle et savoura ce rapprochement qu’elle souhaitait de tout son corps. Iris était encore célibataire car elle n’avait pour l’instant trouvé personne avec qui s’engager dans une relation durable. Elle était jeune et estimait qu’elle avait ses expériences à mener. Tout était bon à prendre pour elle. Aussi une amourette de vacances lui convenait. Cette conquête si elle se concrétisait ferait partie de ses bons souvenirs. Elle décida ainsi de jeter son dévolu sur Milena et elle avait deux semaines pour la conquérir et faire l’amour avec elle. Elle avait l’avantage d’être du même âge qu’elle alors ce n’étaient pas les vieux beaux qui couraient après leur jeunesse qui l’effrayaient.

Milena semblait totalement insensible à la cour que menaient ces hommes mûrs certains que leur compte en banque viendrait pourtant combler une virilité défaillante. D’un rire elle savait les renvoyer à leurs épouses lassées de les voir se ridiculiser et d’un clin d’œil les rassurer sur ses intentions. Elle était là pour leur faire découvrir les nombreuses pistes truffées de difficultés techniques, c’était aussi une professionnelle avant tout. Cette fille était trop bien dans sa peau pour leur laisser croire qu’elle se cherchait un homme qui aurait pu être son père.

Le retour se fit à vive allure sur une piste bordant un ruisseau gelé. Iris retrouvait ses marques et son souffle qu’elle avait eu coupé au départ par l’air très sec. Elle ne faisait qu’une avec la nature, son plaisir était indicible. En effet elle ne lâchait pas du regard Milena qui devant ouvrait la piste. Sinon elle avait bien choisi sa destination car Iris ne regrettait pas une minute d’avoir économisé des mois durant pour s’offrir ces vacances de luxe.

Elle eut juste le temps de se doucher et se changer avant de retrouver son groupe à table. Milena leur avait donné rendez-vous à la salle à manger car elle voulait leur parler des balades qu’elle avait prévues pour la semaine. Elle devait s’assurer de leur niveau et cet après-midi elle les testerait un à un. Elle avait eu quelques mauvaises surprises avec des skieurs qui s’étaient surévalués. Naturellement Iris s’installa à côté de Milena pour le déjeuner.

La discussion allait bon train quand Pavel fit son apparition avec sa liste. A la différence de la veille il ne snoba pas la table d’Iris. Elle fut même surprise quand il vint lui tendre la main et la saluer. Il lui demanda son nom et son numéro de chambre et l’inscrivit d’office. La tête des autres convives qui dans un même cri du cœur hurlèrent « et nous ? ». Cependant Pavel était désolé il ne restait plus qu’une place. Il laissait à Iris le choix de désigner celui ou celle qui l’accompagnerait. Milena bien sûr ! Elle se justifia en disant qu’elle ne voulait pas séparer les couples déjà formés.

Iris passa l’après-midi sur un nuage. Elle ne pensait qu’à sa soirée. Les autres membres du groupe qui la pensaient dans les petits papiers de Pavel vinrent tous la voir pour avoir une invitation au restaurant gastronomique. Iris ne sut que leur dire. Elle-même était étonnée de ce qu’il lui arrivait car elle ne le connaissait pas plus que ça. Elle promit néanmoins de lui glisser un mot mais sans garantie de succès.

Finalement il s’avéra que le groupe avait un niveau assez homogène et était apte pour affronter le programme concocté par Milena. Iris ne traina pas à la fin du cours. Cependant elle était bien matée par sa première journée de ski et comptait faire une petite sieste réparatrice. Elle aurait l’air de quoi s’il s’endormait à table. Question tenue c’était aussi réglé. Elle n’avait rien prévu de franchement habillé. Une tenue sportwear chic ferait l’affaire.

Le monde se bousculait devant les portes du restaurant de spécialités. C’est Pavel qui s’assurait de la composition des tables. Il avait l’art de mélanger les genres. Au menu : raclette. Tous les mets étaient de qualité ainsi que les vins. Luxe et simplicité résumaient ainsi le concept. Milena n’était pas encore arrivée. Aussi Iris décida de l’attendre. Elle ne la reconnut pas tout de suite tant la métamorphose était totale. Dans une mini robe noire en paillette, juchée sur des talons et maquillée, la sportive était devenue vamp. Iris eut du mal à contenir son excitation. Elle s’en voulait de ne pas avoir fait plus d’efforts. Pavel les plaça l’une à côté de l’autre à une table occupée par des allemands qui ne parlaient ni l’anglais ni le français. A croire qu’il l’avait fait exprès pour qu’elles fassent mieux connaissance.

Milena lui raconta son enfance dans un petit village non loin de là. Son initiation au ski de fond et son destin tout tracé de championne. Élevée dans le culte d’un frère triple champion olympique sa médaille de bronze faisait pâle figure. Elle ne s’imaginait pas faire autre chose. Sa vie au club lui plaisait. En effet elle y faisait de nombreuses rencontres et même si elles étaient superficielles elles étaient néanmoins agréables. Milena était du genre carpe diem car la peur du lendemain elle ne connaissait pas. Si jamais un jour pour elle le ski s’arrêtait elle aurait sa place dans la fromagerie familiale. En attendant elle profitait de chaque instant, expérimentait pas mal de choses, ce n’était pas si mal.

Iris la laissa parler. En fait elle la dévorait des yeux. Milena qui finit par le remarquer lui demanda de se raconter. Comme Milena Iris n’échappait pas au destin tout tracé familial. Ses parents avaient hérité de l’entreprise de fabrication de fenêtres en aluminium de son grand-père maternel et elle y travaillait comme technicienne dans le bureau d’étude. Iris était aussi la seule enfant du couple. Garçon manqué elle s’épanouissait dans son travail. Milena lui avoua qu’elle aussi était plutôt en pantalon le reste du temps mais elle avait eu envie ce soir assumer pleinement sa féminité. C’est la première fois qu’elle dinait ici. Parce que Pavel habituellement en interdisait l’accès aux moniteurs. Elle avait souvent fantasmé sur ce lieu c’est pourquoi ce soir elle avait sorti le grand jeu.

Iris était sous le charme de cette troublante convivialité. Elle comprenait la réputation du lieu et pourquoi on se battait pour y diner. C’était tout simplement parfait, sans aucune faute de goût. Alors qu’un serveur par table flambait une omelette norvégienne, la lumière commença à se tamiser. Ensuite une musique envahit la pièce et une voix venue d’on ne sait où invita les spectateurs à se laisser emporter dans un spectacle de magie.

Iris était aux anges. Elle ne lâchait pas du regard Milena fascinée par les prouesses du prestidigitateur. Elle était bon public. Iris comprenait la réputation des soirées à thème organisées par Pavel. A la fin du spectacle Iris invita Milena à boire un dernier verre au bar. Mais il se faisait tard et le lendemain elle devait se lever tôt pour assurer les cours. Si Iris pouvait faire la grasse matinée elle pas.

Iris s’endormit le sourire aux lèvres. En fait ces vacances commençaient très bien. Grâce à Pavel elle avait grillé quelques étapes pour séduire sa belle. Pourvu que la suite se passe aussi bien !

Au réveil Iris avait des courbatures partout. La journée risquait d’être pénible. Heureusement la perspective d’être avec Milena lui fit oublier son corps douloureux. Elle avala de l’aspirine et avant de partir prendre le petit déjeuner elle descendit s’inscrire au spa pour un sauna après les cours. En effet ce n’était pas le moment de montrer ses faiblesses.

Iris sentit d’emblée la tension dans le groupe. Sans être franchement mise à l’écart l’ambiance était un peu glaciale. Elle payait sa soirée au restaurant de spécialités.

Milena les attendait devant le casier à skis. Elle avait prévu de suivre la piste rouge une quinzaine de kilomètres en tout. Iris sentit très vite sa douleur car ses coéquipiers qui avaient remarqué sa baisse de forme décidèrent de la prendre à vive allure. Lors de la pause Milena lui fit remarquer que si elle ne suivait pas, elle pouvait demander à ralentir. Mais piquée au vif Iris refusa. Quand la balade prit fin Iris fut heureuse de se poser enfin.

A table Iris servit de bouc émissaire. Chacun se moquait de la petite jeunette qui ne suivait pas la cadence. Quand Pavel arriva comme tous les midis, Iris se crispa. Comme la veille il l’inscrivit d’office. Mais cette fois-ci il invita tout le groupe ! C’était soirée disco ce soir, aussi chacun devait faire un effort pour s’habiller. Pour cela il tenait à leur disposition perruques et vêtements. L’après-midi n’eut rien à voir avec le matin. Tout le monde ne parlait plus que de la soirée. Il faut dire que c’était leur jeunesse. Finalement ils regrettaient d’avoir si mal jugée Iris. Milena avait compris qu’elle n’en tirerait rien du groupe et décida de faire des exercices techniques au bas des pistes. Elle aussi était de la partie et il fallait suivre la cadence.

Iris apprécia le sauna. Ses muscles étaient moins endoloris. Elle prit soin de s’hydrater en sortant et comme la veille de faire une sieste réparatrice. C’était soirée tartiflette ! L’ambiance était survoltée. A peine la dernière bouchée avalée, une musique disco tonitruante annonça le début du show. Pavel en costume crème et chemise noire se mit à se déhancher sur la musique d’un célèbre film. La salle était sous son charme. Il entraina avec lui tous les fans de cette époque. On dansa ainsi jusqu’à la fermeture du restaurant. Cette soirée souda pour le reste de la semaine le groupe. Jamais Iris n’avait autant ri de sa vie, en fait elle découvrit ses compagnons de ski. On sentait que plus jeunes ils avaient bien profité de la vie.

Malgré les gueules de bois et la fatigue tout le monde fut pourtant à l’heure au petit déjeuner. Milena annonça le programme de la journée. Ce serait la piste du marathon sur sa partie la plus boisée. Celle qui cumulait toutes les difficultés techniques. Un des membres du groupe ne put se retenir néanmoins de pousser un cri d’exclamation. Milena rappela que les cours n’étaient pas obligatoires et qu’elle n’était pas là pour les empêcher de s’amuser. Cependant elle avait des contraintes professionnelles et se devait d’assurer un certain programme pour ce niveau d’expertise. Elle dévoila qu’à la fin du séjour pour ceux qui le souhaitaient il y aurait aussi la délivrance de médailles. Et pour cela des épreuves étaient exigées qui se dérouleraient sur cette piste. Iris vit dans cette déclaration l’occasion d’épater Milena. Elle voulait décrocher une médaille. Finies les soirées dansantes, place à la compétition.

La matinée de ski fut exténuante. Les pentes étaient tellement raides et bosselées que tenir sur ses skis relevait de l’exploit surtout aux endroits les plus à l’ombre où la neige en fait n’était plus que de la glace. Lorsque l’heure du déjeuner arriva Iris se précipita au buffet pour avoir le temps de se reposer avant de reprendre la course l’après-midi.

Pavel ne cacha pas sa déception lorsque la belle Iris déclina son invitation. Elle lui expliqua ses motivations qu’il comprit. En revanche ceux de son groupe ne se firent pas prier pour s’inscrire. Leur choix était fait. L’amusement plutôt que la compétition. Ils avaient déjà eu ce prix, l’occasion ne se représenterait pas de sitôt que d’être les hôtes de Pavel.

L’après-midi, la partie en plaine fut tout aussi technique. Iris mit toute son énergie à rester en tête le long de la course et à coller ainsi aux pas de Milena. En effet il faut dire qu’elles n’étaient que toutes les deux, les autres ayant préféré se réserver pour leur soirée.

Quand elles se retrouvèrent toutes les deux devant les casiers à skis Milena félicita son élève pour son endurance et sa technique. Elle pourrait sans problème décrocher un flocon d’argent la semaine prochaine. Iris avait surtout besoin de pratiques et de mieux connaître la piste sinon elle maitrisait les difficultés et avait tout à fait le niveau requis. Iris était sur une autre planète.

Elle profita d’avoir sa soirée pour enfin dormir une longue nuit. Les festivités et le sport avaient eu raison de sa vitalité et elle sentait que son corps avait besoin de repos.

Durant les deux jours suivants Iris se concentra sur sa préparation. Elle avalait les kilomètres et prenait ainsi plaisir à progresser. Milena savait corriger ses défauts et lui enseigner des nouveaux pas pour encore mieux glisser sur les pistes. Iris n’avait jamais connu un tel bonheur de skier.

La semaine était passée à toute vitesse et le mercredi soir le directeur de l’hôtel vint leur annoncer que pour fêter le départ de certains il organisait le lendemain un spectacle dans la salle du restaurant après le diner. C’était le personnel qui était chargé de l’animation y compris les moniteurs. Iris se demanda ce qu’allait faire Milena.

Elle ne le découvrit que le moment venu. Milena avec deux autres monitrices avait choisi de danser sur un air très connu de cabaret des années 30 en tenue de charleston. Elles bougeaient à ravir sur la musique entrainante et Iris n’en pouvait plus de la voir se trémousser. Elle n’attendit pas la fin du spectacle et se faufila derrière la scène. Milena avait terminé son show et filait se changer dans sa chambre. Iris la suivit dans les couloirs déserts. Au moment où Milena mettait la clé dans la serrure, Iris se jeta sur Milena et l’embrassa. Aucune résistance de sa part elle se laissa faire. Milena lui murmura à l’oreille « Allons dans ta chambre ! »

Elles firent l’amour encore et encore. Le désir était réciproque et partagé. Milena aimait les femmes Iris ne s’était pas trompée. Au petit matin avant que les vacanciers ne sortent de leur chambre pour aller prendre le petit déjeuner Milena fila en douce en veillant à ne pas être vue. Elle quitta son amante d’un baiser sur la bouche de son endormie. Quand Iris se réveilla elle se demanda l’espace d’un instant si elle n’avait pas rêvé. Une plume rouge du boa trônait encore sur le drap blanc, trace éphémère de leurs ébats passionnés.

Iris avait hâte de se retrouver seule à seule sur les pistes avec Milena. Son excitation fut de courte durée car le groupe avait décidé pour la dernière journée de se joindre à la balade. Il faut dire qu’une surprise était annoncée et qu’ils n’avaient pas envie de la louper.

Il s’agissait en fait d’un grand pique-nique en plein air. Pavel avait fait dresser des tables et un grand buffet en bas des pistes. Il avait installé pour l’occasion une rôtisserie dont l’effet était assez spectaculaire. Cette première semaine se terminait en apothéose. Milena s’était arrangée toute la matinée pour éviter Iris. Celle-ci l’avait mis sur le compte de la discrétion. Pourtant Iris espérait juste trouver un petit moment pour savoir quand elles se reverraient et qu’elles pourraient refaire l’amour.

Ses espoirs furent douchés de la pire manière qui soit. Alors que Pavel annonçait l’ouverture du buffet un des moniteurs, lui aussi champion de ski prit Milena par l’épaule et l’attira vers lui pour un baiser torride. Ce fut comme un coup de poignard plongé dans le cœur d’Iris. Pavel remarqua l’émoi d’Iris et lui proposa un petit alcool local pour reprendre des couleurs. Iris le but d’une traite et partit se cacher pour que personne ne voie ses larmes. A quoi jouait Milena ? Quand elle revint Pavel qui avait remarqué son absence lui glissa à l’oreille « Ne sois pas triste ! Dis-toi que pour elle c’est pire car elle doit faire semblant d’être ce qu’elle n’est pas ! »

Elle lui sourit et le remercia du regard. Pavel était un homme sensible et généreux pour être aussi près des émotions des autres. C’était un homme complexe et assez indéchiffrable. Iris tout à son chagrin d’amour apprécia néanmoins son empathie.

Pour la dernière balade de la semaine Milena avait prévu le tour du lac. Le paysage était magnifique. En fait c’était avant tout du plat l’objectif était de boire un dernier pot tous ensemble au chalet d’altitude. Iris n’avait pas trop le cœur à ces adieux car elle était déjà bien assez chamboulée comme ça. Alors qu’ils repartaient après avoir partagé un chocolat chaud dont c’était la spécialité du patron, Iris ne vit pas la plaque de verglas. Elle fit un vol plané et tomba lourdement sur le sol. Elle avait mal au dos. Milena demanda à un autre moniteur qui avait aussi emmené son groupe de prendre le sien et de repartir à l’hôtel. Elle s’occupait d’appeler les secours et de rester avec la blessée.

Le patron du chalet était pompier volontaire, il apporta une couverture de survie sur Iris afin qu’elle ne soit pas gelée. En fait plus de peur que de mal. Le médecin urgentiste conseilla à Iris de prendre des antalgiques et si demain elle avait toujours des douleurs d’aller passer une radio à l’hôpital. Ce serait bien si elle ne restait pas toute seule cette nuit. Milena appela l’hôtel et le directeur lui envoya un véhicule pour les rapatrier. Durant le voyage Iris osa prendre la main de son amante. Ce geste pouvait être interprété comme un signe de réassurance après une telle frayeur.

Milena raccompagna Iris à sa chambre et promit de repasser avec les médicaments. Pavel fit servir un plateau en chambre et Milena revint avec le traitement. Comme la veille elles firent l’amour. Iris en oublia ainsi ses douleurs. Milena qui sentait le désarroi d’Iris lui expliqua que dans le milieu cruel du sport elle ne pouvait pas assumer son homosexualité. L’homme qui l’avait embrassé l’était aussi. Ils formaient un couple de façade pour faire taire les rumeurs. Iris avait bien du mal avec ces arrangements. Milena lui fit comprendre que dans une semaine elle serait partie, où était le problème. Qu’elles vivent intensément l’instant présent. Elles auraient ainsi des bons souvenirs l’une l’autre. Après tout ce n’était qu’une amourette de vacances. Cela fit taire cependant les plaintes d’Iris. Milena avait raison, leur aventure n’avait aucun lendemain possible, à quoi bon se torturer inutilement.

Milena s’éclipsa au petit matin. Elle devait faire la haie d’honneur devant l’hôtel pour saluer les partants. Samedi était une journée de congé pour elle. Aucun cours n’était assuré. La priorité était de refaire les chambres pour accueillir les arrivants. Ce fut l’occasion pour Iris d’aller faire un tour dans la station. Elle en profita pour acheter quelques souvenirs dont des tablettes de chocolat. En effet le reste était bien trop cher pour son budget.

Lors du déjeuner elle se retrouva bien seule, les membres de son groupe étaient repartis. Alors qu’elle s’était mise dans la queue pour accéder au buffet elle surprit une conversation qui la mit sans-dessus dessous. Deux hommes parlaient du petit copain officiel de Milena. Non seulement il n’était pas gay mais il aimait surtout les plans à trois avec Milena et une autre femme. Il paraitrait qu’elle serait sur le point de ferrer une lesbienne.

Une première pour le couple. Comme elle était là pour quinze jours si tout allait bien ce week-end elle serait dans leur lit. Ils avaient hâte d’avoir les détails. C’est qu’ils avaient parié une grosse somme si la jeune femme en question couchait avec lui. Parce que son fantasme c’était de la faire jouir. Sa femme était bi ce n’était pas la citadelle imprenable qui l’excitait tant ! Iris crut qu’elle allait s’évanouir de honte et de chagrin. Elle ne l’avait pas vu arriver celle-là.

Comme le samedi de son arrivée la salle vidéo était déserte. Elle se jeta sur le DVD qu’elle avait déjà vu afin de pleurer toutes les larmes de son corps. Ainsi elle n’aurait pas à se justifier si quelqu’un entrait parce que la tristesse du long métrage lui servirait d’argument.

Elle se blottit dans son fauteuil et se laissa porter par l’histoire. Le paquet de mouchoir y passa. Elle en avait les yeux rouges. Elle n’en revenait pas de s’être fait avoir ainsi de la sorte. Comment avait-elle pu être aussi naïve ? Quand la porte s’ouvrit elle ne se retourna pas. C’était Pavel. Il avait reconnu la musique et n’avait pas résisté à visionner la scène finale. Les reniflements d’Iris ne le choquèrent pas plus que cela. Lui aussi se mordait les lèvres pour ne pas craquer.

Iris laissa défiler tout le générique. Elle était tétanisée à l’idée de sortir de la salle et d’affronter les regards extérieurs. Pavel s’était assis et l’observait. En fait il avait compris que quelque chose se passait. Il prit la télécommande et éteignit les appareils. Mais Iris ne bougeait toujours pas. Aussi il attendit patiemment. Voyant qu’Iris restât prostrée il s’approcha d’elle et vint coller un fauteuil face au sien. Il lui prit une main et accrocha son menton pour lui soulever la tête et planter son regard bleu dans le sien. Celui eut pour effet de faire redoubler ses pleurs.

Il l’obligea à se lever et la prit tendrement dans ses bras pour la consoler. Petit à petit Iris se calma. Il lui demanda de rester là et de l’attendre car il allait revenir dans quelques instants. Il lui proposa de se passer le visage à l’eau il y avait des toilettes au fond de la salle. Iris obéit sans réfléchir.

Quand Pavel revint il lui demande de le suivre. Ils prirent en silence l’ascenseur pour le dernier étage de l’hôtel. En effet Pavel y avait une suite où il vivait à l’année. Il avait préparé un thé et des chocolats. Il invita Iris à s’installer dans le canapé et à se servir. Elle était à l’abri. Si elle avait envie de se confier il était là. Néanmoins elle hésita quelques instants puis raconta toute son histoire. Pavel l’écouta silencieusement et sans la juger. Malheureusement pour elle Iris n’était pas la première victime du couple mais habituellement la femme était non seulement consentante mais ravie. Parce qu’hétérosexuelle et attirée par le sportif musclé. Pavel avait tout de suite vu qu’Iris était lesbienne.

Il avait pensé que pour une fois Milena en profiterait seule car elle avait aussi eu des aventures loin de son Dom Juan. En effet elle ne lui servait pas toujours de rabatteuse pour ses frasques sexuelles. Au bout d’un moment Iris sentit que toute la conversation tournait autour d’elle. Pavel débordait pour elle de gentillesse et ne cherchait même pas à profiter de la situation. Il se comportait même avec elle en bonne copine. Elle se sentait bien avec lui. Pas du tout agressée et plutôt à l’aise. Pourquoi était-il comme ça avec elle depuis qu’elle était arrivée ? La question déstabilisa Pavel tant il craignait d’être rejeté.

Il hésita à se livrer parce que la peur du jugement le tenait. Pourtant il sortit du silence en justifiant un amour indicible pour Iris. Iris s’approcha de lui et l’embrassa langoureusement. Pavel surpris, se laissa totalement faire. Quand Iris voulut aller plus loin il la stoppa net. Elle se trompait sur son compte, Pavel n’avait pas envie d’un rapport classique. Il n’était pas non plus homosexuel. Le mystère s’épaississait. Iris était déroutée par son comportement.

Elle sentait son désir, qu’elle suscitait chez lui une envie de faire l’amour et pourtant il se refusait à elle. Sentant que la situation lui échappait elle lui proposa de prendre toutes les initiatives en précisant ce qu’il ne pourrait pas faire. L’accord tacite passé, ils se déshabillèrent en silence. Iris était à la fois excitée et sur ses gardes. Elle n’avait pas vu arriver Milena, il pouvait en être de même de Pavel. Il s’en aperçut et proposa d’arrêter là si c’était trop pénible pour elle. Détendue et en confiance elle le laissa faire.

Pavel commença à la caresser lentement. Partout sauf sur les zones sexuelles. Il prenait tout son temps. Avec ses mains, sa bouche, il explorait le corps de son amante. Iris sentait monter le plaisir. Il y avait tant de douceur chez cet homme qu’elle en oubliait qu’il en était un. En tout point il faisait l’amour comme une femme. Iris ouvrit les cuisses et s’offrit à lui. Jamais une langue n’avait su lui procurer un tel orgasme. Elle jouit comme jamais. Il la prit alors dans ses bras et se colla contre elle. Iris ne savait que faire. Pavel était en érection. C’était la panique. Que devait-elle faire ?

C’est alors qu’il lui confia son secret. Pavel était bien hétérosexuel mais d’un genre un peu particulier. Il aimait faire l’amour comme les femmes. Il adorait la compagnie des femmes et surtout des lesbiennes qui savaient le lui rendre une fois la glace rompue et les préjugés laissés au vestiaire. Ce qu’il aimait c’était donner du plaisir, le sien venait après. Iris ne sut que dire. Son trouble était néanmoins palpable. Elle sentait toute la sincérité de Pavel dans cet aveu. Une grande marque de confiance également. Tout prenait sens dans l’esprit d’Iris.

Ils restèrent un long moment dans les bras l’un de l’autre à se câliner. Iris se sentait bien avec Pavel. C’est l’heure du diner qui les sépara. Ils promirent de se revoir après. Pavel indiqua à Iris un chemin qui lui éviterait d’être vue. En fait il y avait un passage qu’elle pouvait emprunter pour rejoindre sa chambre très rapidement.

Les nouveaux vacanciers avaient débarqué. Cette agitation déplut à Iris qui était encore la tête dans les étoiles. Elle ne pensait plus qu’à revoir Pavel. En effet elle était tellement sous son charme qu’elle en avait oublié son chagrin. Il lui revint à la figure en coup de boomerang juste à l’entrée du restaurant. Visiblement Milena l’attendait anxieusement.

« Où étais-tu Iris, je t’ai cherchée tout l’après-midi ?

– Je me reposais.

– Certainement pas dans ta chambre car j’y suis passée.

– Tu m’espionnes ?

– Non. En fait j’avais juste envie de passer du temps avec toi.

– Eh bien moi pas !

– Qu’est-ce qui se passe ma belle ? Nous ne sommes plus amies.

– Ni amies ni amantes ! Nous ne sommes rien l’une pour l’autre. J’aimerais aller diner laisse-moi passer !

– Explique-moi car je ne comprends pas !

– Il n’y a rien à expliquer ! L’amourette de vacances est terminée. Retourne à ton gigolo et laisse-moi tranquille !

– Tu es jalouse ?

– Même pas !

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

– Pour le plan à trois je suis au courant ! Tu t’es bien moqué de moi ! Mais rassure-toi j’ai su vite me faire consoler.

– Par qui je la connais ?

– Ce ne sont pas tes oignons ! Laisse-moi où je fais un scandale et ça risque de mal se terminer pour ton contrat !

– Laisse-moi t’expliquer, je voudrais te revoir. Je peux monter dans ta chambre après le repas ?

– Non !

– S’il te plait ? J’ai trop envie de toi !

– Arrête Milena ça devient gênant, tout le monde nous regarde ! »

La conversation fut interrompue par l’arrivée de Pavel. Il venait faire la connaissance des nouveaux arrivants et préparait déjà sa soirée du lendemain. Il proposa comme si de rien n’était d’inscrire Iris qui accepta. Milena, dépitée s’en alla. En effet elle non plus ne l’avait pas vu arriver.

Comme promis Iris rejoignit Pavel dans sa chambre après le diner. Comme l’après-midi Iris se laissa faire, Pavel n’avait pas envie de la brusquer. Il savait qu’Iris n’était pas familière des hommes, encore moins d’une sexualité avec eux. Iris avait du mal à cacher son trouble. Malgré toute sa douceur, Pavel avait un corps d’homme, c’était une dimension qu’elle ne pouvait pas occulter même en fermant les yeux. Faire l’amour comme une femme ce n’était pas tout à fait pareil qu’une femme faisant l’amour à une femme. Le corps n’avait pas les mêmes contours, ni la peau le même grain voire la même odeur. Cependant l’alchimie fonctionnait, elle se sentait bien avec lui. Elle s’endormit dans ses bras. C’est au petit matin qu’elle regagna sa chambre. Milena était couchée en chien fusil devant la porte.

Elle se réveilla quand Iris mit la clé dans la serrure. Pour éviter un scandale public Iris fort contrariée la laissa cependant entrer.

« Où étais-tu alors que je t’ai attendu toute la nuit !

– Je ne te dois aucun compte ! En effet je ne veux plus te voir c’est tout !

– Qui t’a raconté ces mensonges ? Comment peux-tu croire que je voulais te partager ?

– Je suis fatiguée, je voudrais dormir. Enfin laisse-moi tranquille !

– Pas tant que tu ne m’auras pas répondu !

– C’est bon ! J’ai entendu deux vacanciers qui avaient parié avec ton mec que tu me mettrais dans son lit !

– Mais comment peux-tu croire que je serais capable d’une chose pareille ?

– A vrai dire je ne te connais pas Milena !

– Je vais te laisser te reposer ! J’ai un cours à donner dans quelques heures je ne vais pas être fraiche ! Tu t’es inscrite dans mon groupe ? »

Iris avec la contrariété avait totalement oublié d’aller consulter la liste. Elle verrait ça dans la matinée car elle laissait au destin le soin de trancher pour elle. Elle se coucha parce qu’elle voulait être en forme pour sa journée.

Avant d’aller prendre le petit déjeuner elle se rendit à la réception. Il restait comme la semaine précédente une place dans le cours de Milena. Cependant elle ne connaissait aucun nom figurant sur la liste. Que des nouveaux !

Dans la salle à manger les moniteurs déjeunaient. Elle s’installa seule à une table et avala mécaniquement ses viennoiseries. L’excitation du début avec le buffet était retombée car elle savait maintenant ce qui lui plaisait et s’en contentait.

Milena resta de marbre en apercevant Iris devant les casiers à skis. Elle avait eu une remontée de bretelles de la direction qui avait été mise au courant de son scandale la veille au soir devant le restaurant. Elle avait été sommée de ne plus faire de vagues et d’adopter un comportement neutre avec les skieurs. Cependant l’hypocrisie était de mise, la direction feignait d’ignorer la sexualité de ses employés tant que ça restait discret.

Iris attribua au manque de sommeil la froideur de Milena. Pourtant elle en pinçait encore pour cette fille. Si Pavel la troublait Milena la renversait. Iris se comportait comme une gamine dans un magasin de bonbons. Elle voulait tout prendre, tout goûter aussi jusqu’à la nausée. Tant pis si dans une semaine elle retournait à son quotidien, elle avait envie de vivre intensément ces deux relations.

Le groupe avait la même moyenne d’âge que le précédent. Pas à dire, le pouvoir d’achat élevé des retraités leur permettait de s’offrir ces vacances de luxe. Le niveau en revanche était légèrement moins bon, sans doute aussi parce que c’était leur premier jour. Milena pour les accueillir avait opté pour une balade vers le chalet d’altitude et la dégustation de vin chaud. La glace fut vite brisée entre les skieurs après un gobelet. Un couple d’hommes remarqua les regards d’Iris vers Milena et en plaisanta.

Piquée au vif Iris nia qu’elle s’en était amourachée et leur fit croire que son truc c’étaient les hommes. Les deux gays à qui on ne la faisait pas se moquèrent d’elle et lui demandèrent du tac au tac quel était son style. Elle répondit Pavel. Ils s’éclatèrent de rire ! Pavel ! Plus homo on ne pouvait pas faire. Ce fut au tour d’Iris de rigoler. « S’il est homo alors je suis la reine d’Angleterre ! » Cela eut pour effet d’aiguiser leur curiosité mais ils n’eurent pas le temps d’en savoir plus car Milena avait décidé de repartir.

Iris s’en voulait d’avoir été trop bavarde. L’oisiveté était une cage de résonance à tous les ragots. Si celui-ci devait revenir aux oreilles de Pavel, elle en serait encore plus mortifiée que lors de l’humiliation qui l’avait poussée dans ses bras. Pour éviter d’être sous le feu des questions elle préféra rester dans sa chambre afin de se reposer l’après-midi. En effet elle comptait rejoindre Pavel dans la sienne le soir.

C’était soirée fondue savoyarde. Pavel avait pris soin de placer Iris dans le seul groupe de jeunes qui passaient la semaine au club. Elle oublia un temps ses préoccupations et son envie de revoir son amant. Pourtant elle observait Pavel. Quelle prestance, quelle assurance ! Il avait l’art et la manière de distribuer ses faveurs, de montrer par de subtils gestes combien son hôte comptait. Il avait un sens relationnel inné. Iris se projetait dans une relation suivie avec lui. Quelle place lui donnerait-il ? La clandestinité ? Ou bien la femme officielle ? Qui pourrait soupçonner l’essence de leur couple ? Les apparences sauves et les avantages sociaux qu’une telle union apportait étaient indéniables. Elle pourrait même être mère sans avoir à subir le parcours du combattant. Cependant elle était lesbienne et comptait bien le rester.

Pavel lui avait glissé un double de la clé de sa suite dans la poche et lui avait demandé d’aller l’y attendre. En effet il avait besoin de parler à son équipe car il y avait eu quelques plaintes au sujet du service. Il arriva avec deux flûtes et une bouteille de champagne pour se faire pardonner de son retard.

« A quoi veux-tu trinquer Pavel ?

– A nous deux !

– Alors à nous deux alors ! Et à notre amour ?

– A notre amour !

– Tu trembles ?

– C’est l’émotion !

– A ce point ?

– Si tu savais ! Il y a des années que je t’attends. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une femme. Je redoute ton départ comme tu n’as pas idée. J’ai l’impression de vivre un rêve éveillé.

– Je me sens bien aussi avec toi.

– Est-ce que tu m’aimes ?

– Je t’aime bien.

– Ah !

– Tu sembles déçu !

– Je me suis emballé, excuse-moi ! C’est tellement inattendu cette histoire avec toi. J’ai eu le coup de foudre dès que je t’ai vu.

– Ah oui ?

– Oui. Je te revois encore dans le restaurant. J’étais tellement tétanisé que je suis passé rapidement à ta table sans te calculer. Pourtant quand je t’ai vu dans la salle de cinéma j’ai su que le destin m’envoyait un signe. Ensuite je n’ai cessé de penser à toi tout le temps.

– J’avais en effet remarqué que j’avais eu le droit à un traitement de faveur. Mais comme j’étais tellement préoccupée par Milena je n’ai pas cherché plus loin à savoir pourquoi.

– J’ai bien vu. J’en ai souffert de te voir lui courir après.

– J’aime les femmes, c’est comme ça. Exclusivement. Jusqu’à ce que je te rencontre. Tu me fais chavirer mais ce n’est pas la folie comme avec elles.

– Cela a le mérite d’être honnête. Je vis dans l’angoisse permanente d’être rejeté. Voilà pourquoi je cache ma vraie nature.

– Je ne te rejette pas Pavel. Accepte juste que ce soit nouveau pour moi et que ça chamboule totalement mes repères.

– Dis-le-moi si je te bouscule !

– Ce n’est pas toi mais ce que notre relation me renvoie. Elle m’ouvre sur des possibles que je n’ai pas avec une femme et sur ma propre identité. Je suis une lesbienne attirée par un homme, hétéro de surcroit. Avoue que ça décoiffe ! Serais-je une hétéro refoulée ?

– Hétéro, homo ? C’est juste une ligne sur laquelle tu arrêtes le curseur où tu veux. Pourquoi être normatif quand on vit une relation aussi unique que la nôtre ? Acceptes-tu que les contradictions ?

– Oui, tu as raison je me pose trop de questions. S’aimer c’est avant tout une question de feeling, de se sentir bien aussi avec quelqu’un.

– Embrasse-moi ! »

Iris commençait à s’habituer à ce corps d’homme. Elle se laissa aller à quelques audaces qui plurent à Pavel. Il leur fallait trouver leurs marques. Pavel était très à l’écoute des désirs d’Iris qui savait le guider. Cette découverte mutuelle leur apportait des sensations nouvelles loin des codes jusque-là connus.

Comme promis Milena prépara Iris à l’épreuve sur la piste du marathon. Les journées de ski étaient denses. Il y avait comme une volonté inconsciente de la fatiguer pour qu’elle soit épuisée le soir venu. Mais Iris avait de la ressource. En effet elle savait se reposer et récupérer rapidement.

Dire que la semaine passa de manière supersonique fut un euphémisme. Le vendredi arriva alors qu’Iris n’avait rien vu de la semaine. Enfin elle décrocha son flocon d’argent car Milena s’était comportée en professionnelle. C’était aussi la garantie de son contrat renouvelé et prolongé. Néanmoins Milena avait compris la leçon donnée par Iris. Elle savait au plus profond d’elle-même combien la révélation de ses pratiques avait pu être blessante. En effet cet effet miroir l’avait renvoyé à ses fragilités. C’est pourquoi elle avait rompu avec son champion qui s’était vite consolé dans les bras d’une autre. Enfin elle était en phase avec sa conscience c’était là l’essentiel.

Pour la remise des médailles, un buffet avait été dressé sur la neige. Dans tous les groupes il y avait des skieurs récompensés. Milena profita de l’agitation pour entrainer Iris un peu à l’écart. Elle se confia sur sa rupture et lui présenta des excuses. Cette expérience l’avait fait mûrir, elle regrettait la tournure des événements. Iris l’embrassa sur la joue et lui souhaita de trouver l’amour de sa vie. Elle garderait malgré tout un bon souvenir d’elle. Iris était soulagée que ces adieux ne s’éternisent pas. Elle redoutait en fait ceux de Pavel. Ce soir était leur dernière nuit. Iris ressentait comme une déchirure. Elle était tombée amoureuse même si elle se racontait l’inverse. Pavel était si attachant, comment ne pas craquer ?

Devant le restaurant de spécialités n’attendaient que des couples. Contrairement à d’habitude il y avait moins de monde. En effet dans la salle les tables étaient toutes pour deux. Les serveurs terminaient d’allumer les chandelles et les bouteilles de champagne, dans les seaux à glace, attendaient d’être débouchées. Soirée romantique. Spécialités italiennes étaient au menu. Iris eut un moment de flottement. Elle fut installée à l’endroit le plus convié du restaurant où la vue donnait sur la montagne illuminée par la lune et les étoiles. Le paysage était à couper de souffle autant le jour que la nuit.

Elle s’assit et attendit patiemment la suite. En moins de quinze minutes tous les couples avaient pris place. Quand Pavel apparut elle fit comme d’habitude semblant de ne pas le connaître plus que ça. Quand il s’approcha d’elle, son cœur battit la chamade malgré tout. Il fit signe à un serveur qui vint servir le champagne. Quand il remplit la deuxième flûte Iris lui fit remarquer qu’elle était seule. Pavel lui sourit et lui répondit que cette soirée avait été organisée pour célébrer son amour. Interloquée, Iris ouvrit de grands yeux. Pavel vint s’asseoir en face d’elle et leva sa coupe. « Longue vie à notre amour ! »

Tout le restaurant bruissait de la rumeur. L’homosexualité de Pavel venait d’en prendre un coup dans l’aile. Ainsi il aimait les femmes. Une fois la surprise passée, la soirée reprit son cours. Pavel était aux anges. Il pouvait exprimer librement son amour, au grand jour. Iris n’en revenait pas de se retrouver dans une situation si conventionnelle, elle qui jusque-là avait vécu ses amours clandestinement.

Les deux amants s’aimèrent toute la nuit. Entre baisers et pleurs, l’émotion les submergeait. Dans quelques heures ils se quitteraient. Définitivement.

Au petit matin, les yeux gonflés Iris rejoignit sa chambre. Elle rassembla ses affaires et descendit au restaurant prendre le petit déjeuner. Un bus l’attendait pour rejoindre la gare. Pavel n’était pas là. C’était peut-être mieux ainsi.

Une haie d’honneur les attendait. Les moniteurs, bâtons de skis levés et croisés leur souhaitait bon retour. Milena refoula ses larmes au passage d’Iris. La gorge nouée elle lui murmura au revoir. Sur le quai de la gare une foule dense attendait le train. Comme à l’allée l’organisation était bien huilée. Un wagon avait été spécialement affrété pour eux. Il fallait se rendre en tête de station. C’est alors qu’Iris aperçut Pavel. Il n’avait pu résister à la voir une dernière fois. Il la serra tendrement dans ses bras. Une annonce micro annonça l’arrivée du train en gare. Il l’aida à monter ainsi que ses bagages. Et en guise d’adieu l’embrassa tendrement. Il en profita aussi pour glisser dans son sac un petit paquet.

A travers les larmes Iris vit disparaître petit à petit la silhouette de son amant. Alors qu’elle cherchait un mouchoir pour les essuyer elle découvrit le cadeau. Une enveloppe était coincée par le bolduc qui l’entourait. Elle l’ouvrit et y lut la courte missive.

Mon indicible amour,

Aucun mot ne pourra décrire l’émotion qui m’étreint. Toute ma vie je t’ai attendu. Et te voilà déjà partie. Je t’aime comme je n’ai jamais aimé. Tu dois te poser beaucoup de questions sur moi. Voici un ouvrage qui devrait te permettre de comprendre qui je suis. J’ai glissé à l’intérieur une carte de visite. Un appel ou un mot de toi et je quitte tout pour te rejoindre.

A bientôt ?

Je t’aime

Pavel

Iris attendit un instant avant d’arracher le papier d’emballage. C’est comme si elle déchirait le voile sur le mystère qui entourait Pavel. Sous le nom de l’auteur le titre lui révélait enfin la réponse. L’homme lesbien.

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