Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : l'île du bonheur

L’île du bonheur est une romance lesbienne destinée aux amateurs de belles histoires d’amour.

Maud était enfin en vacances. Elle les avait attendues avec impatience. L’année avait été plus que dure et le repos était amplement mérité. Elle était gérante d’un magasin de vêtements et les horaires, la charge de travail, les tâches administratives et le terrain avaient eu raison de sa santé. Sa séparation d’avec sa compagne n’avait de surcroît rien arrangé. En effet elle venait de rompre après quatre ans de vie commune, sa bien-aimée ayant choisi les bras d’une autre pour tromper son ennui de l’attendre le soir. Aux problèmes physiques s’était donc ajouté un moral dans les chaussettes. Maud était vraiment à bout, il lui fallait du calme, du soleil. Mais avant tout changer d’air et de décor.

A peine la trentaine et déjà accro aux antidépresseurs, on ne pouvait pas dire qu’elle avait tout d’une femme épanouie. Pourtant d’après son entourage elle avait tout pour elle. La beauté, le savoir, l’intelligence, la gentillesse. Elle était aisée sans être vraiment riche, elle menait une vie confortable que bien des gens lui envieraient. Elle n’avait pas à s’en faire pour ses fins de mois. Et cependant elle se retrouvait seule à partir dans une île de rêve paradisiaque pour oublier sa peine.

Elle avait donc opté pour la formule en pension complète et vol en première classe pour être bichonnée par les stewards. Avec la durée du voyage, elle eut tout loisir après avoir visionné un film d’effectuer un petit somme. Ainsi elle ne se réveilla qu’à l’atterrissage. Elle fut prise en charge dès sa descente d’avion par une charmante hôtesse prénommée Betty. Celle-ci la conduisit au club situé dans un lagon, entourés d’arbres tropicaux et d’une végétation luxuriante. Un palace entouré de bungalows en bois et torchis, recouverts de feuilles de palmes ce qui donnait alors à l’endroit un charme fou.

Arrivée sur place Betty lui fit visiter les lieux. Tout avait été conçu pour le bien-être et la détente. Piscine avec sauna et jacuzzi, terrains de tennis, de golf, salle de sport et musculation, plus loin un peu à l’écart se trouvaient les écuries avec de magnifiques chevaux. Elles arrivèrent au centre du village où la salle de réception, le restaurant gastronomique, le cinéma et la réception formaient ainsi le cœur du club.

Betty mena Maud vers la nurse pour récupérer les clefs de sa suite baptisée « Magnolias ». Un employé s’était occupé pendant ce temps de lui monter directement ses bagages. Elle n’avait eu à se préoccuper de rien car le service était haut de gamme. Maud avait découvert une contrée de toute beauté. Sa suite était située au dernier étage, le plus calme où elle avait vu sur le bleu de la mer et les palmiers. Une larme coula sur ses joues car elle aurait tant aimé partager tout cela avec son amour, plutôt que de son consoler de son infidélité. Betty voyant Maud pleurer lui demanda gentiment.

« Madame, puis-je vous aider ? Ça ne va pas, vous avez besoin de quelque chose ?

– Non vous êtes gentille, ça va aller ! Je trouve dommage d’être seule dans ce paradis. En effet je sors d’une rupture douloureuse. C’est pourquoi je me sens fragile, n’en tenez pas compte. Je vais me ressaisir. Changeons de sujet si vous le voulez bien !  Savez-vous qui me servira de guide ? Je voudrais visiter la région pour connaître aussi les coutumes et les spécialités locales.

– Je l’ignore mais je vais me renseigner, je vous tiens au courant. Si vous avez besoin de quoi que ce soit appelez-moi. Faites demander Betty !

– Merci Betty vous êtes très adorable ! »

Betty partie, Maud fit le tour de sa chambre et de ses dépendances. Elle était spacieuse avec un grand salon attenant, un lit pouvant accueillir trois personnes, une salle de bain tout en marbre. L’hôtel n’avait rien à voir avec les paillotes contemplées à l’extérieur. Tout ça pour elle ! Sa solitude lui parut tout d’un coup plus intense. Pourtant elle se dit qu’elle l’avait bien mérité malgré tout ce séjour. Elle prit soin de défaire ses valises avant de descendre faire une balade sur la plage. Ensuite elle marcha en direction de la mer tout en pleurant. C’est pourquoi elle n’entendit pas une voix l’appeler.

« Madame, Madame !

– Oui ! Ah c’est vous Betty ! Vous avez un guide pour moi ?

– Non, mais j’ai vu avec le directeur car je m’occuperai moi-même de vos sorties. On verra ensemble les lieux où vous désirez aller. Ainsi je vous servirai de guide et de chauffeur personnel. Cela vous convient-il ?

– Très bien ! Il faut que je m’occupe un maximum, sinon je vais devenir dingue. Je ne veux plus penser. Il ne faut pas me laisser respirer sinon je vais m’ennuyer. Aussi je compte sur vous ?

– Je suis là pour ça ! Je serai avec vous pratiquement toute la journée. Sauf mon jour de repos. Vous serez seule mais je vous ferai un programme ou alors je demanderai à un des garçons de me remplacer. Ne vous inquiétez pas ! Vous allez oublier vos soucis et vos peines de cœur. Je m’y emploierai de toutes mes forces. »

Maud fondit en larme. Betty ne sut que faire. Elle l’accompagna en silence le long de la plage car une présence aide parfois à surmonter le chagrin. Elle ne pouvait pas poser de questions trop intimes ou personnelles car elle était au service des vacanciers et son statut le lui interdisait. Tôt au tard Maud lui ferait des confidences. Ainsi elle la laissait venir, elle accueillerait alors sa parole comme elle le devrait. Il fallait juste attendre qu’elles fassent plus ample connaissance.

Betty savait y faire. Maud n’était pas la seule à se retrouver célibataire après des années de mariage ou de concubinage et à choisir une destination de luxe pour noyer le chagrin. Bien des hommes et des femmes avaient traversé l’échec de leur vie de couple ici. Il leur avait fallu un peu de temps pour reprendre le dessus et penser à eux pour se recentrer sur leur désir. Betty avait une certaine expérience, avant tout la patience nécessaire et le recul pour apaiser leur souffrance quand le manque était trop grand. La géographie du lieu lui facilitait grandement les choses. Maud comme prévu se calma et la remercia d’être restée près d’elle pendant ce mauvais moment.

Betty repartit vers la réception en lui disant qu’elle la verrait ce soir pour le programme de la semaine. Elle laissa Maud à sa promenade. Il faisait encore très chaud malgré l’heure avancée de la journée. Il devait être plus de vingt heures quand Maud se décida enfin à aller manger. Elle se présenta au restaurant et se fit placer dans un endroit avec vue sur la plage, en fond de salle où aucun vacancier n’osa la déranger dans sa solitude. Elle dîna légèrement, avec le décalage horaire et sa tristesse l’appétit n’était guère au rendez-vous. Alors que Maud buvait son café, Betty apparut avec des feuilles, des cartes et des heures.

Elle demanda si elle pouvait prendre place afin de mieux lui expliquer et lui montrer toutes les visites et les lieux. Maud écouta attentivement tout en regardant Betty. Elle était brune avec des cheveux mi -longs, un corps de déesse, vêtue d’un short et tee-shirt qui montrait des bras musclés. Betty devait pratiquer beaucoup de sport car cela se voyait. Maud en était arrivée pour un instant à oublier son ex. C’est pourquoi elle était pressée de passer ses loisirs avec Betty.

La semaine serait aussi sportive. Il y avait de la marche de la plongée sous-marine, de l’équitation au programme, le tout entrecoupé de farniente sur la plage. Était également organisé le tour des sites historiques ainsi que des boutiques d’artisanat local avec dégustations de produits et achats de bijoux et sculptures. Betty lui avait fourni tous les dépliants et documents nécessaires à ces activités, la suite des explications se ferait sur place.

« Voilà je vous commenterai tout au fur et à mesure. Cela vous plait-il ?  On ne partira pas trop tard aussi à cause de la chaleur. L’après-midi il nous faudra éviter le soleil car avec votre carnation de peau vous risquez des brûlures intenses. Vous avez de la crème solaire écran total ? Si ce n’est pas le cas je vous conseille de vous en procurer au plus vite. En principe on rentrera en soirée. Je vous attendrai à la réception à neuf heures demain matin. Bonne nuit. Ne vous habillez pas trop mais couvrez-vous quand même les zones sensibles ! Prenez votre tube de crème solaire avec vous et prévoyez également un slip de bain. Vous avez des questions ?

– Non, tout est clair.

– Très bien. Bonne nuit madame, à demain !

– A demain Betty ! Vous pouvez m’appeler par mon prénom ?

– Bien sûr Maud, ça ne me gêne pas ! Au contraire je préfère.

– Bonne nuit et merci encore. Vous êtes un ange pour moi. Croyez-moi j’en ai bien besoin en ce moment ! »

Maud regarda Betty s’en aller. Elle observait cette silhouette qu’elle trouvait vraiment d’une grande finesse et toute sculptée par les muscles. Pourtant ce type de fille ne l’intéressait guère en métropole mais là sous les tropiques, dans l’atmosphère moite et chaude des palétuviers, c’était différent. Un désir lui vrillait le ventre. En effet elle s’imaginait déjà lui mordillant les lèvres, la caressant tout en lui murmurant des mots doux à l’oreille. Il fallait qu’elle se renseigne un peu plus sur elle. Demain elle tenterait ainsi de savoir si elle était célibataire mais le plus délicat serait de découvrir si elle aimait les femmes.

Du tact et de la diplomatie, ne pas brusquer les choses, telle serait sa recette. Son temps était compté car elle avait trois semaines seulement pour séduire son guide. Elle ressentait le besoin d’une aventure de transition, d’un amour de vacances aux vertus thérapeutiques. Elle remonta dans sa suite et se mit au lit. Cependant la nuit ne fut pas bonne. Elle fit des cauchemars, son sommeil fut très agité car lui revenait de manière récurrente l’adultère de son ex.

Lorsqu’elle descendit au petit déjeuner, son visage montrait des signes de fatigue. Betty soucieuse de la santé de sa cliente lui proposa de reporter la visite mais Maud insista pour ne pas l’annuler. Elles partirent donc en voiture à travers l’île. Direction le sud. En premier lieu visite d’une plantation de cannes à sucre. La première heure elles ne se causèrent presque pas. Puis à proximité de la raffinerie, Betty entreprit d’expliquer à Maud l’origine de sa culture

« Depuis plusieurs siècles, la canne à sucre a bouleversé l’alimentation, l’économie et même la culture de bien des peuples autour du globe. Elle a grandement façonné le visage de l’Amérique du Sud et particulièrement de la Caraïbe. C’est l’investissement croissant des colons blancs dans l’industrie sucrière à grande échelle, qui est seule à l’origine de la déportation de millions d’Africains dans le Nouveau Monde pour servir de main-d’œuvre à bon marché, n’impliquant aucune obligation et surtout suffisamment abondante pour répondre aux besoins du sucre.

– Betty, je peux vous poser une question ?

– Oui bien sûr !

– Comment faites-vous pour avoir une vie privée parce que je vous vois tout le temps au club ? vous y êtes à longueur de journée, vous y vivez ?

– J’ai un bungalow. Je suis célibataire depuis peu. En fait c’est un peu un cercle vicieux. Je travaille tant que je n’ai guère la possibilité de m’épanouir dans une relation et comme je suis seule je me noie dans le boulot. Je n’ai personne à retrouver le soir si c’est là la réponse que vous attendiez à votre question. Vous vouliez savoir autre chose ?

– Non, j’ai été indiscrète, excusez-moi car je me suis immiscée dans votre vie privée, je n’aurais pas dû.

– Ne soyez pas désolée, il est rare que les touristes dont j’ai la charge s’intéressent à ma personne. Et vous, pourquoi cette tristesse dans vos yeux ? Pourtant ils sont pourtant si beaux ! C’est dommage de les voir pleurer si souvent ! Personne ne devrait faire de la peine à une femme comme vous !

– Allez dire ça à celle qui m’a laissée tomber ! Elle a mis les voiles avec la première venue parce que comme vous j’ai une vie professionnelle très chargée. Elle n’a peut-être pas eu tort après tout. A sa place je ne sais pas si j’aurais eu la patience d’attendre la femme que j’aime tous les soirs parce que je rentre très tard vous savez ! Je vous choque ? J’étale mon intimité et mon attirance pour les femmes. Mais pardonnez-moi, je suis un peu déboussolée en ce moment.

– Ne vous excusez pas ! Vous êtes libre d’aimer les femmes, je n’ai pas à vous juger. Puisque nous en sommes aux confidences, j’ai eu une liaison platonique avec une fille au lycée. Mais je n’ai jamais retenté le coup depuis, sans doute parce que ce n’était pas mon truc. Ne vous en faites pas, je sais aussi être muette, vous pouvez compter sur ma discrétion. Je vous donnerai une adresse de boîte de nuit sur l’île si vous voulez vous amuser entre filles et vous y défouler en toute tranquillité. »

Maud resta muette devant la proposition. Elle s’absorba dans la visite de la plantation et fit mine d’être experte lorsque vint la dégustation de rhum blanc dans la distillerie. Elle avait besoin d’un remontant pour ne pas se laisser submerger par le trouble que Betty faisait naître en elle. Avant que le soleil ne cogne et n’atteigne le zénith, elles en profitèrent pour se rendre en voiture dans un magnifique village où les maisons étaient en bois finement ciselées et sculptées de figures divines et païennes, mélange de civilisations et de rites ancestraux. Maud en profita pour acheter à une vieille indigène ridée et usée par la vie sauvage un collier de cuir fin tressé assorti de rubis qui entouraient le visage de la déesse de la fertilité et l’offrit à Betty. Celle-ci la remercia du fond du cœur. Elle se saisit du pendentif de la main gauche.

« Une coutume chez nous veut que si l’on touche Gaïa de la main du cœur, chance et amour frapperont à la porte dans l’année qui suit ! Je vais enfin être heureuse et rencontrer l’âme sœur.

– Je vous le souhaite Betty car j’ignorais tout cela en voyant ce bijou ! Vous méritez amplement d’être heureuse ! Je voudrais me baigner, vous connaissez un endroit calme ?

– Oui ! Il y a une crique où l’eau est si claire que le lagon semble transparent et les coraux aux couleurs scintillantes illuminent le fond donnant l’impression que les poissons exotiques sont nés de ces récifs. Cependant peu de personne ne la connaît. C’est mon coin préféré. Quand j’ai du temps de libre ou le cafard je viens m’y réfugier. Ce sera mon cadeau si vous le permettez. Ne l’oubliez jamais. Un jour vous y reviendrez peut-être accompagnée par l’amour de votre vie et ainsi vous penserez à moi. »

Betty et Maud partirent à pied. Les chemins étaient étroits et escarpés. Il fallait vraiment connaître le coin. La marche dura vingt bonnes minutes. La vue et le site étaient à couper le souffle, les cartes postales achetées au village n’en avaient rendu qu’un pâle reflet. Betty aida Maud à descendre sur la plage. Elle l’installa à l’ombre des cocotiers et des plantes grasses tropicales. Elles se mirent en slip de bain.

Betty prit soin de badigeonner le corps blanc de Maud de crème solaire. Pour elle ce n’était pas la peine car sa peau cuivrée et mate regorgeait de soleil. Elle invita sa cliente à aller se baigner. Elle lui enseigna l’apnée afin d’admirer à travers son masque la flore et la faune sous-marine. Maud était émerveillée par tout ce spectacle marin. Elles nagèrent ainsi un bon moment puis retournèrent s’installer sur leur serviette. Betty était aux petits soins pour sa cliente. Elle l’enduit de la crème et lui offrit une boisson de fruits frais qu’elle avait emporté grâce à la bouteille thermos car elle avait tout prévu. La glacière regorgeait de victuailles pour un pique-nique improvisé.

Elle proposa à Maud un chapeau en paille car l’insolation était à craindre à cette heure de la journée. Maud n’avait jamais été aussi choyée. Elle était bien. Sa fatigue avait disparu, ses larmes s’étaient envolées, un sourire permanent lui barrait le visage. La vie reprenait ainsi le dessus. A travers ses lunettes de soleil elle observait Betty qui s’était assoupie. Cette fille était splendide. De la voir en petite tenue, un bikini jaune sous un paréo négligemment noué autour de la taille mit Maud dans tous ses états. Elle eut du mal à se retenir de ne pas lui sauter dessus. Son cœur battait de nouveau la chamade. Betty ouvrit les yeux et vit que Maud la dévorait du regard. Elle lui sourit.

« Tout va bien ? Avez-vous envie de quelque chose ?  Vous désaltérer ? Grignoter un fruit ?

– Je vais mieux grâce à vous. Je me sens suis bien en votre compagnie. Vous arrivez à me faire oublier mon chagrin. J’ai retrouvé la joie de vivre et ça je vous le dois !  Si seulement…

– Que voulez-vous dire ?

– Rien. Enfin si. Je n’espère qu’une chose…  Je suis en train de tomber amoureuse mais je n’ai guère d’espoir !

– Pourquoi dites-vous cela ? Vous n’en savez rien ! Lui avez-vous seulement avoué vos sentiments.

– Non pas encore. Il est temps de rentrer car je voudrais me reposer afin d’être en forme pour la soirée ! »

Betty et Maud prirent le chemin du retour. La chaleur était retombée et avec la climatisation la route fut un régal. Elles s’échangèrent des confidences sur leur vie, les barrières étaient maintenant tombées entre elles deux. Elles se découvrirent des passions communes. L’équitation, la natation, le jazz, le cinéma. Elles aimaient les plats épicés. Danser jusqu’au petit matin et aussi prendre un bon déjeuner après.

Elles raffolaient du chocolat. Cette discussion les avait rapprochées. Elles qui avaient souffert d’être rejetées, se réconfortaient mutuellement. Ne pas se sentir seules au monde à éprouver des angoisses d’abandon. Partager le sentiment d’avoir raté leur vie affective les rendait plus fortes pour envisager un avenir plus serein. Aussitôt arrivée au club, Maud remercia chaleureusement Betty pour la merveilleuse journée.

De sa vie elle ne s’était jamais sentie aussi bien en compagnie d’une femme. Betty accueillit cette parole par un sourire énigmatique. Décontenancée de ne pas avoir eu une réaction plus enthousiaste, Maud lui promit d’être en meilleure forme pour le lendemain. Elles se serrèrent la main car la relation cliente hôtesse reprenant le dessus. Maud monta dans sa suite fatiguée. Ensuite elle téléphona à la réception pour qu’on lui serve un plateau dans sa suite parce qu’elle n’avait nulle envie de se mêler aux vacanciers bruyants qui la saouleraient avec leur récit de plongée et autres activités de loisir.

Elle se glissa dans un bon bain chaud parfumé d’huiles essentielles et laissa son esprit vagabonder. Des flashes la traversaient et une douce chaleur lui envahit les entrailles. Pour la première fois depuis sa rupture, l’envie de faire l’amour lui tenaillait le ventre. La nuit fut tout aussi torride que la journée, émaillée de rêves érotiques. Troublée par ses fantasmes Maud eut bien du mal à se calmer sous la douche. Elle soigna sa présentation, mit plus de temps que d’habitude pour choisir des vêtements qui lui conviendraient dans sa garde-robe. Néanmoins elle opta pour de jolies couleurs qui ne dépareilleraient pas avec la culture locale. Quand Maud rejoint Betty dans la salle à manger, elle était toute aussi rayonnante.

« Bonjour Maud, vous êtes en forme ce matin ? Bien dormi ? Aujourd’hui promenade équestre et pique-nique sur la plage.

– Génial ! Il y a longtemps que je n’étais pas montée à cheval. J’ai adoré hier le pique-nique à la crique, c’est gentil à vous de me faire si plaisir. C’est si rare de nos jours les personnes attentives aux autres. Nous prenons le petit déjeuner ensemble et nous partons !

– D’accord ! »

Elles se dirigèrent vers l’écurie pour enfourcher deux juments spécialement sellées pour elles. Ensuite elles se mirent en selle. Betty ouvrit la route, elle connaissait tous les sentiers de l’île. Maud la suivit lentement car elle avait besoin de se familiariser avec son animal et retrouver des sensations oubliées. Elle savourait de nouveau sa passion. Maud était bonne cavalière mais avait cessé de pratiquer ce sport quand elle avait pris la gérance de sa boutique. Elles longèrent la côte puis remontèrent dans le bois. Maud avait pris son appareil numérique et en profitait pour mitrailler afin de ramener de cette escapade des photos souvenirs. Les vues étaient grandioses car la végétation était sans pareil. Des fleurs de toutes les couleurs, aux senteurs envoûtantes, se dressaient devant elles.

Maud entendait des sifflets d’oiseaux méconnus pour elle. Ses yeux ne savaient plus où se poser. Tout était ravissement et volupté. Betty ravie de l’effet produit sur Maud décida de l’emmener dans une vallée peu fréquentée. Elles ne voyaient pas âme qui vive aux alentours. Maud ne demandait que ça, être enfin seule avec Betty. Elles avaient parcouru des kilomètres quand Betty proposa de s’arrêter pour manger. Elle trouva un grand arbre près d’un lac. On l’appelait le lac de l’amour parce que de nombreux couples s’y étaient échangés des vœux et s’étaient mariés dans l’année. Le soleil atteignait son zénith et il leur fallait impérativement s’installer à l’ombre. Betty étendit une nappe en coton sur le sol et dressa de manière très appétissante ce que le cuisinier leur avait concocté.

Maud pendant ce temps s’occupa des chevaux car ils méritaient un bon repos et de quoi boire. Elle les bichonna trop heureuse de leur contact. Les mets étaient délicieux, elles se régalèrent car la course dans la forêt les avait affamées. Après avoir repris des forces Betty proposa de se détendre un peu avant de reprendre le chemin du retour. Elles s’allongèrent sur une couverture élégamment posée sur la terre. Maud s’endormit en un rien de temps. Betty installa une tente en mousseline au-dessus d’elles afin qu’elles ne fassent pas piquer par un insecte. Elle la regarda. Son cœur se mit à battre rapidement car cette femme l’attirait. Elle ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait. Pourtant elle qui aimait les hommes, elle se retrouvait en train de flasher pour Maud. Finalement elle ne comprenait plus rien.

Elle n’avait eu qu’un petit béguin pour une fille. En définitive un ou deux baisers et c’était tout. Elle ne connaissait pas l’amour entre deux femmes. Absorbée par sa rêverie, elle s’imaginait nue avec Maud, elle chavirait vers un continent inconnu. Elle s’allongea de peur que Maud ne se réveillât et ne voie son trouble. Heureusement demain elle était de congé. Il faudrait qu’elle mette de la distance avec sa cliente car leur histoire ne pourrait pas aller bien loin. Maud repartirait dans moins de trois semaines, finie la belle aventure et les beaux sentiments, bienvenus les pleurs. En pensant à tout cela, une larme coula le long de sa joue. C’est à ce moment précis que Maud émergea de son sommeil. Elle vit Betty s’essuyer les yeux.

« Quelque chose ne va pas ? Vous pouvez m’en parler si vous voulez ? Si je peux vous aider, je serai ravie ?

– Non tout va bien, juste un moment de spleen. Mais c’est gentil à vous de vous préoccuper de moi. Ne vous en faites pas ça va aller, ça m’a soulagé de pleurer. Si vous êtes reposée on repart !

– Volontiers ! Je suis là si vous avez aussi envie de parler. »

Elles remontèrent à cheval. Betty était ailleurs, sa pensée était en mouvement. Elle essayait de comprendre l’attirance qu’elle avait pour Maud. Elles se regardaient et se souriaient. Leur regard était plein de tendresse. Il fallait se hâter sinon le personnel risquait de s’inquiéter de leur retard. Elles se mirent à galoper dès qu’elles le purent. L’écurie apparut enfin au bout de la plage. Maud aurait voulu que cette journée ne finisse jamais. Les pouliches étaient contentes de retrouver leurs boxes et de se reposer. Du foin et de l’avoine ainsi que de l’eau les attendaient. Un lad s’occupa d’ôter les selles et de brosser les montures.

Maud traînait afin de prolonger cet instant magique. Elle proposa une balade sur la plage. Betty refusa prétextant qu’elle avait à faire à la réception. Elle lui donna rendez-vous pour le jeudi, le mercredi étant son jour de récupération. Maud avait le blues, il faudrait passer une journée sans le sourire et la beauté étincelante de Betty. C’est avec un pincement au cœur qu’elle lui dit au surlendemain. La soirée fut triste. Maud grignota une salade de crabe et une mangue fraîche puis afin de chasser son mal être décida de se promener dans les alentours du village.

Le mercredi matin elle en profita pour faire une grasse matinée. Elle se leva et alla directement à la piscine. Elle fit des longueurs jusqu’à l’épuisement. Un déjeuner régénérateur et une sieste récupératrice l’aidèrent à ne plus penser à rien. En soirée, quand le plus gros de la chaleur fut enfin retombé, elle prit la voiture pour un tour en ville. Elle se balada dans les ruelles, rentra dans les boutiques de souvenirs. Elle acquit une statuette en bois. Une femme aux seins énormes, nue, au regard de braise et aux lèvres lippues qui dégageait une puissance sexuelle énorme. Une véritable incitation à l’amour.

Ainsi elle irait très bien dans son salon. Elle rentra au club et s’installa à la terrasse du bar où elle prit un verre de citronnade glacée. Ensuite elle en profita pour écrire des cartes postales. Au moment où elle quitta l’endroit, elle aperçut Betty qui lui fit juste un petit signe de la main. Elle la retrouverait le lendemain. Elle regagna sa suite contente de son achat mais surtout d’avoir vu Betty. Pourtant le regard de l’hôtesse n’avait trahi aucun sentiment. Maud fit cette nuit-là un rêve érotique. Elle se voyait faire l’amour à sa guide adorée. A neuf heures comme prévu Maud était à la réception, en revanche Betty arriva en retard. Elle avait les yeux rougis et gonflés.

« Bonjour Maud on va en mer, plongée sous-marine au programme ! Vous aimez ?

– Bonjour Betty. Pour la plongée je ne suis pas très en forme aujourd’hui ! Mais je suis partante pour une balade en mer si c’est possible ?

– Excellente idée. Je vais louer une barque à moteur. Je téléphone au port pour la réservation. On longera la côte ainsi vous la découvrirez d’un autre point de vue. Deux minutes et je suis à vous !

– Si seulement ça pouvait être vrai !

– Quoi donc ?

– Rien je parle toute seule ! Allez passer votre coup de fil. Je vous attends. »

Elles s’embarquèrent ensuite dans une pirogue motorisée où toutes les mesures de sécurité adéquates avaient été prises. La mer était belle et calme. Betty naviguait comme une vraie professionnelle. Elle connaissait les manœuvres et les exécutait avec une facilité déconcertante. Maud se sentait en sécurité avec elle. Elle s’était mise à l’avant et prenait des photos. Elle se retourna et immortalisa Betty sur la pellicule. Celle-ci lui adressa son plus beau sourire.

Betty amarra dans une petite crique à l’abri du vent et des regards et invita Maud à piquer une tête dans une eau bleu turquoise. Cependant Maud refusa prétextant une indisposition mensuelle et lui avoua qu’elle aurait bien du plaisir à la regarder nager. Betty ôta short et tee-shirt plongea. Maud qui n’avait pas lâché son appareil prit toute une série de clichés.

Elle n’en finissait pas de mater sa Betty s’ébattre dans la mer. Après avoir bien nagé, Betty remonta à bord. Maud l’attendait afin de l’envelopper dans la serviette et la tint contre elle un moment. Betty fut troublée par son geste et ne se dégagea pas tout de suite. Elle réagit enfin et s’écarta vivement. Ensuite elle se tortilla dans tous les sens pour se rhabiller sous son drap de bain. Enfin elle indiqua à Maud un panier garni, la natation l’avait creusée. Elle accosta sur la plage. Betty installa une table de fortune. Elle leur servit à boire un punch et porta un toast.

« A vous, à votre gentillesse et à votre divin sourire. Vous l’avez retrouvé et il vous va à merveille Maud.

– A vous mon guide préféré ! A vous que j’aurais aimée avoir comme amie. »

Elles trinquèrent puis mangèrent tout en se dévorant des yeux. Elles reprirent enfin un verre de punch. Maud avait la tête qui tournait. Elle était pompette mais heureuse. L’alcool lui donnait des ailes. Elle ne se rendait pas compte qu’elle était en pleine déclaration d’amour.

« Betty je suis amoureuse de vous ! Je voudrais vous prendre dans mes bras, vous embrasser. J’ai envie de vous faire l’amour. Je vous veux à moi, rien qu’à moi !

– Maud vous ne savez plus ce que vous dites ! Vous avez trop bu. Ne dites plus rien, allez-vous étendre un peu car cela vous fera du bien.

– Non je veux rester avec vous ! Si je n’avais pas bu, jamais je n’aurais pu vous dire ce que vous représentiez pour moi. Je suis amoureuse de vous et j’en crève. Mais vous est-ce que vous ressentez quelque chose pour moi ?

– Taisez-vous ! Je ne répondrai pas à votre question. Venez, je vais vous aider à vous coucher par terre sur une natte ! »

Betty prit Maud par la taille. Elle avait du mal à marcher. Elle l’aida à s’allonger. Maud en profita pour embrasser Betty sur la bouche qui lui rendit son baiser. Maud assommée par sa cuite s’endormit aussi sec. Betty veilla sur sa protégée les quelques heures que dura son ébriété. Au réveil Maud malgré sa gueule de bois s’excusa de son comportement, de sa lâcheté de n’avoir pas pu avouer ses sentiments sans être éméchée. Betty lui sourit.

Visiblement elle encaissait mieux l’alcool qu’elle. Betty lui proposa d’embarquer. Elle remonta l’ancre et reprit les commandes de la pirogue. Le vent venait de se lever. Le soleil n’allait pas aussi tarder à se décliner. Betty invita Maud à prendre la barre. Elle la plaça devant elle. Maud se retrouvait ainsi entre ses bras. Elle se laissa aller et mit sa tête sur l’épaule de Betty. Elle cala ses mains sur les siennes. Betty ne savait que faire. Elle sentait la femme qu’elle désirait contre elle, pourtant elle voulait fuir. Maud avait ressenti son émoi. Elle entendait son cœur battre à toute vitesse.

« Je suis tellement bien dans vos bras et contre vous. Ne me rejetez pas ! Je suis très amoureuse, je sais que pour vous c’est pareil ! Je le sens, ne me dites pas le contraire !

– Non vous ne savez rien ! Je ne suis pas amoureuse de vous ! Laissez-moi maintenant, on arrive bientôt au port. Regagnez votre place !

– Si vous en avez le courage, regardez-moi dans les yeux, et redites moi que vous ne ressentez rien pour moi ! J’étais peut-être ivre, mais un tel baiser ne peut s’oublier ! Vous embrassez très bien ! »

Betty ne put se résoudre à donner à Maud ce qu’elle attendait d’elle. Elle navigua jusqu’au port en silence, le regard fuyant dans la ligne d’horizon. Maud était partie à l’avant pour mieux apprécier l’incroyable splendeur insulaire. Arrivée à destination Maud sauta de l’embarcation et monta dans le premier taxi qui se présenta. Betty se retrouva seule et fondit en larmes sans pouvoir se retenir. Elle n’arrivait pas accepter ses sentiments pour sa cliente. C’est pourquoi elle ne dormait plus, pleurait sans cesse, se posant alors des tas de questions. En effet elle savait qu’elle ne pourrait plus regarder Maud sans repenser à ce tendre baiser. Celle-ci avait enfin compris que leur amour était réciproque. Maud devait lui laisser du temps.

Betty ne passa pas la nuit dans son bungalow car elle alla en ville chez une amie. Elle lui expliqua la situation. Mais sa confidente, prudente et sage l’encouragea à ne rien brusquer et laisser parler ses émotions. Pour Maud ce fut une nuit horrible. Son humeur avait viré au noir, la tristesse et le blues étaient de retour. Elle s’enferma dans sa suite et pleura jusqu’au petit matin où elle s’endormit d’épuisement. Pourtant à l’heure dite pas une n’était présente. Maud appela la réception pour annuler la sortie.

« Bonjour monsieur, Betty est-elle dans les environs ? Je voudrais m’excuser auprès d’elle car j’ai une terrible migraine qui me vrille la tête et je ne me sens pas d’attaque pour une excursion.

– Non, madame, Betty est absente, elle ne viendra pas jusqu’à la fin de semaine car elle est malade ! Si vous le voulez on vous a trouvé un remplaçant pour les jours suivants jusqu’au retour de Betty.

– Non merci ce n’est pas la peine, j’ai vu ce tout que j’avais prévu. Je vais profiter du farniente et des infrastructures de l’hôtel car votre piscine est magnifique ! Dès qu’elle ira mieux, je m’arrangerai avec elle sur la suite de mon programme touristique. »

Maud garda la chambre toute la journée. Elle descendit dans la soirée au bar où elle prit un punch qui pourtant lui avait été fatal. Ensuite elle fit la connaissance de plusieurs couples venus visiter l’île. Un jeune homme la courtisa. Elle se laissa faire par désespoir et passivité. L’ambiance était superficielle et légère, chacun se montrait sous une bonne image et se jaugeait socialement. Étant entendu que tous naviguaient dans des milieux aisés, la mayonnaise prit très vite entre eux. C’est ainsi que le groupe mit au point de visiter la ville et de pratiquer des sports. Maud s’initia au golf mais ce n’était franchement pas sa tasse de thé.

Elle s’arrangeait en sorte de ne jamais rester seule ou inoccupée. Elle voulait éviter de penser à Betty qu’elle était trop impatiente de revoir. Le week-end fila à toute vitesse en présence de ses nouveaux amis.  Elle alla avec eux à une soirée dansante dans un club privé. Le garçon se fit plus pressant car il s’était accroché à elle. En effet on sentait qu’elle l’attirait physiquement. Elle avait dû sèchement le remettre à sa place quand une main baladeuse dérapa sur un de ses sein. C’est pourquoi de déception il se rabattit sur le rhum blanc. Il roupilla ainsi sur la banquette, ivre et amer de s’être fait promener toute la semaine par Maud. Elle en profita pour danser jusqu’à l’aube, s’étourdissant dans des rythmes endiablés, à la limite de la transe et de son effet cathartique.

Le lundi elle descendit bien avant l’heure au restaurant pour le petit déjeuner. Elle voulait absolument savoir si Betty était de retour, si elle continuerait à être son guide. Elle pâlit en la voyant.  Betty avait maigri, ses traits étaient tirés. Elle avait perdu sa joie de vivre et son sourire. Son état de santé fit alors de la peine à Maud. Elle se sentit immédiatement responsable de ce qu’il lui arrivait. Cependant elle devrait savoir, même si elle était la cause de son tourment, comment l’aider à remonter la pente. Aussi elle l’accueillit en lui ouvrant ses bras et en l’embrassant sur les joues afin de lui montrer combien elle était contente de la revoir.

« Bonjour madame. Que voulez faire aujourd’hui ? Avez-vous une idée ?

– Bonjour Betty, j’aimerais retourner au lac de l’amour si c’est possible. Vous ne m’appelez plus Maud ?

– Comme vous voulez. Je vais donner l’ordre de préparer les chevaux et un panier pique-nique. Je vous attends à l’écurie dans trente minutes.

– Merci Betty. Je vais me changer, je vous rejoins très vite. »

Maud monta et se vêtit en conséquence. Elle prit un gilet, un pantalon ample, des bottes. Elles retrouvèrent leurs deux juments à la robe claire. Betty passa devant comme à l’accoutumée. Elle lança son cheval au galop parce que la plage était le lieu propice à une petite course. Maud en fit autant. L’eau de la mer les éclaboussait, une douce sensation les enveloppait entre sensualité et rivalité. Elles arrivèrent à l’orée de la forêt où les chevaux marchèrent au pas. Les seuls bruits perceptibles étaient ceux du vent dans les arbres et des oiseaux. Elles ne se parlèrent pas. Arrivées près du grand arbre elles firent comme la première fois. Maud s’occupa des bêtes et Betty installa la nappe et le plaid à l’abri du soleil.

« Betty qu’est-ce qui ne va pas ? Vous n’avez pas l’air bien du tout ! Vous m’avez manquée. Je me suis fait du souci pour vous, votre état de santé a-t-il un rapport avec moi ?

– Maud ça n’a rien à voir avec vous, rassurez-vous. Je suis fatiguée c’est tout. Je devais prendre quelques jours pour me ressourcer. »

Betty avait tout préparé. Elle avait déballé le repas préparé par le chef. Elles n’y touchèrent pratiquement pas, grignotant juste quelques fruits, absorbées chacune par leur pensée. Afin de dissimuler sa gêne Betty, aussitôt avalé la dernière bouchée se hâta de ranger le reste de victuaille pour ne pas attirer les fourmis et autres insectes. Elle voulut se lever pour secouer la nappe mais elle n’en eut pas le temps, victime d’un étourdissement.

Maud la rattrapa de justesse avant qu’elle ne tombât à terre. Elle l’allongea sur la couverture. Betty resta quelques minutes les yeux fermés afin que ce léger malaise se dissipe. Maud resta présente à ses côtés, émue de la sentir si fragile. Sa main effleura sa joue dans une geste à la fois tendre et maternel. Betty, reprenant des couleurs, tourna son visage vers elle et la regarda intensément.

« Je vais mieux, je vais aller marcher, cela me fera le plus grand bien.

– Je ne vous laisse pas seule, vous n’êtes pas en état. J’ai peur pour vous. Que puis-je faire ? Je suis amoureuse de vous et vous voilà transformée en zombie par ma faute ! Ma déclaration a eu sur vous un effet catastrophique. Je m’en veux tellement. Je ne souhaite pas vous faire de mal, c’est pourquoi s’il le faut arrêtons de nous voir. Prenez un autre client !

– Vous n’y êtes pour rien, cessez de vous auto-flageller. Le problème c’est moi car le conflit intérieur est énorme ! Votre déclaration m’a touchée car vous savez parler aux femmes. Vous m’avez révélé à moi-même ce que je refoulais au fond de moi depuis trop longtemps ».

Elles se baladèrent autour du lac. Maud s’enhardit et prit la main de Betty qui se laissa faire. Le combat qu’elle menait contre elle-même commençait à perdre enfin de la vigueur. Elles marchèrent ainsi un bon moment, chacune étant absorbée dans ses pensées. Tout d’un coup Betty stoppa net et regarda la beauté de cette nature noyée sous le soleil.

« Pour rien au monde je ne quitterai cette île. Elle me rassure et m’aide à garder en moi une certaine sérénité. Avec elle je me ressource, elle m’apaise.

– Vous avez raison, c’est vrai qu’elle est d’une extraordinaire richesse. Moi j’aime parler en ces termes de la femme que j’aime. Peut-être qu’un jour l’amour de votre vie remplacera cet atoll ?

– Je le voudrais mais je ne sais pas si je le pourrai. Partir loin de tout ceci m’est impossible ! J’en ai trop besoin pour mon équilibre ! »

Elles restèrent ainsi à contempler le paysage, à s’en imprégner pour imprimer en elles la trace d’une émotion intense dont elles auraient l’accès par sa seule évocation. Betty donna le signal du retour. Maud n’avait pas lâché sa main durant toute cette marche. Maud aida Betty à se remettre en selle. Elles reprirent le chemin de la côte pour les mener au club. Betty malgré la fatigue s’occupa de ramener le panier en cuisine, Maud insista pour régler avec le personnel d’écurie les soins aux animaux afin de le lui éviter. Bouchonner et brosser les chevaux étaient un plaisir pour elle. Il était convenu qu’elles dîneraient ensemble et se retrouveraient dans la salle à manger.

Maud eut juste le temps de se doucher et de se changer afin d’être ponctuelle au rendez-vous. La conversation d’emblée porta sur la suite de son séjour. Maud avait exploré toutes les possibilités sportives du club ainsi que visité les alentours. Betty connaissait un village perdu dans la montagne où il y avait de quoi ramener de magnifiques photos. C’était complètement au sud de l’île et des heures de marche en forêt étaient nécessaires pour s’y rendre. Il leur fallait bien étudier la carte et la météo, demain grand beau temps ensuite risque de pluie en altitude. L’excursion ainsi fixée au lendemain lui laissait la possibilité de se rétracter si le projet était trop ambitieux pour Maud. Dans un sourire bienveillant celle-ci objecta.

« Betty vous n’êtes pas en grande forme, trouvez-nous un petit village typique même si c’est du déjà vu, ça ira. Je veux être avec vous, le reste…

– Si je ne suis pas en état, je peux demander à un autre guide de vous y accompagner car je ne voudrais pas vous priver de ce site exceptionnel.

– Vous savez très bien Betty que je ne veux personne d’autre que vous pour m’initier aux mystères de ce paradis terrestre.

– Bien ! Je vais vous emmener découvrir un marché aux épices, vous devriez aimer. Si vous aviez prévu de ramener des cadeaux c’est un souvenir original qui plait beaucoup. En particulier nos sorcières ici ont des recettes aphrodisiaques.

– Magnifique Betty, j’ai hâte d’y être ! »

Maud avait vu l’espace d’un instant une étincelle dans les yeux de Betty. Elle avait compris la cause du mal être de cette femme hors du commun. Cela ne la rendait que de plus en plus amoureuse. Elle avait un besoin irrésistible de la frôler, de la toucher ne serait-ce que du bout des doigts.  Elle savait qu’en brusquant sa bien-aimée elle la perdrait à tout jamais. Il lui restait un peu plus d’une semaine pour la séduire définitivement.

Elle appréhendait son retour à la civilisation et Betty qui resterait ici au soleil dans une île paradisiaque. Maud sentit les larmes venir qu’elle put refouler non sans peine. Betty feint de ne pas s’apercevoir de son malaise et prétexta la fatigue pour abréger le repas et la quitter rapidement. Maud déçue de terminer seule sa soirée s’installa sur la terrasse de sa suite. Elle ne se voyait pas partir sans Betty, qui elle le savait ne voulait pas quitter sa terre natale.

Maud se mit à échafauder des solutions au problème de la distance géographique entre elle deux. Il lui faudrait vendre son commerce et son appartement ainsi que des biens qu’elle possédait çà et là. Elle était prête à tout pour Betty à condition que l’amour soit réciproque. Quoi qu’il arrive dans un premier temps, Maud serait obligée de retourner en métropole. Tout liquider prendrait des mois. Il lui faudrait aussi retrouver un commerce ici avec un logement. Maud qui ne pourrait pas s’offrir des allers et retours trop fréquents devrait se trouver sur place un homme de confiance.  Il s’occuperait ainsi de régler les transactions et faire le nécessaire pour l’aménagement de la maison avec tout ce que cela comporte de tracas. Pour la boutique elle lui laisserait des consignes précises car elle devrait profiter du jour de congé de Betty pour mener ses prospections.

Elle avait déjà repéré lors d’une escapade des possibilités de s’implanter dans la région, le tourisme prospérait, le commerce était une affaire en or. Elle reviendrait ici pour vivre avec son grand amour. Cependant une seule ombre au tableau. Betty était-elle amoureuse et serait-elle prête à vivre avec une femme ? Maud alla se coucher avec des idées plein la tête. En effet elle s’y croyait déjà. Après le petit déjeuner pris séparément, Betty, comme d’habitude à l’heure dite pour le rendez-vous, régla à la réception les derniers détails. Maud constata aussi que Betty allait un peu mieux. Son visage était reposé, elle semblait avoir repris des forces. Une fois dépassé l’aéroport sur la route qui menait au marché, Betty rompit le silence.

« Vous passez de bonnes vacances ? Vous reviendrez nous voir ?

– C’est grâce à vous si tout se déroule à merveille. Vous m’avez fait découvrir tant d’endroits tous plus beaux les uns que les autres. Je me sens bien avec vous. J’ai oublié mes peines de cœur et je suis de nouveau amoureuse. Si je reviens ça sera pour vivre avec la femme que j’aime. Je l’ai trouvée je crois, mais je ne sais pas si elle ressent la même chose pour moi. Si notre amour est réciproque et partagé. Je vais attendre. Mon retour vers la France est pour bientôt. Mais je ne veux pas la brusquer car les jours sont comptés.

– Elle le sait je pense, c’est cela qui doit la déprimer. Pourtant elle sait que bientôt un avion emmènera son amour loin d’elle. C’est pourquoi elle n’ose avouer ses sentiments, c’est la première fois qu’elle ressent une telle passion, un tel amour pour une femme et ça lui fait peur.

– Aussi elle ne doit pas avoir de crainte. A deux on peut franchir bien des obstacles, traverser des torrents, affronter des orages. Parce que l’amour donne des ailes et la vie est parfois si surprenante. Il ne faut pas perdre trop de temps. En effet il y a des désirs à assouvir, des envies à satisfaire. J’aimerais partir avec la sensation d’avoir pu aimer, offrir le meilleur de moi à la femme que j’aime. »

Maud et Betty savaient maintenant qu’elles étaient liées par l’amour. C’était tellement fort entre elles qu’elles n’avaient pu se l’avouer directement, leur maladresse n’en avait été que plus touchante. La journée promettait d’être belle et heureuse. Maud prendrait en main le bien être de Betty. Elle ferait en sorte de la bichonner, de la câliner, de lui montrer tout ce que par amour on peut donner à un être humain.

Elles arrivèrent dans un petit village où il n’y avait presque pas de commerces, seul une très vieille bâtisse devait servir pour les offices religieux. Les maisons étaient pour certaines d’époque. Le bois était usé par le vent et le sable. Les gens et les enfants étaient très gentils et accueillants. Betty leur parlait dans un dialecte que Maud ignorait. Betty était dans son élément, son visage s’illuminait d’un éclat jamais vu jusqu’à présent. La déraciner serait un crime, c’était une évidence pour Maud. Elles allèrent vers la plage que les villageois leur avaient indiquée.

Les pêcheurs rentraient car la collecte avait été fructueuse. Toutes sortes de poissons étaient mises dans des caisses. Elles s’attardèrent un instant puis longèrent la lagune. Au loin on pouvait voir la couleur verte de l’eau. Maud se saisit de la main de Betty. Elles marchèrent tout en regardant l’immensité de la mer. Il n’y avait plus personne d’autre qu’elles. Betty s’arrêta et contempla ce paysage paradisiaque, tel ce poster mille fois vu dans les agences de voyage mais qui était là réalité. Maud la prit dans ses bras, Betty se lova contre elle sans résister. Prenant son courage à bras le corps Betty fit face à Maud et l’embrassa. Elles échangèrent leur premier baiser, plein de tendresse et de passion, la promesse d’un amour riche et serein. Maud en eut les larmes aux yeux.

« Pourquoi ces larmes ? Tu n’es pas heureuse ?

– Je suis sur un petit nuage car j’ai attendu ce moment depuis si longtemps. C’est pourquoi que je désespérais qu’il ne se produise un jour parce que je ne veux pas te perdre ! Je suis folle de toi !

– Je pense à toi tout le temps, quand tu es loin de moi, tu me manques à un point tu ne peux pas imaginer. Tu es une femme magnifique, t’aimer est pour moi un honneur. C’est la première fois que j’aime avec tant de force et d’ardeur. »

Elles s’embrassèrent encore et encore. Un vent commençait à se lever, soulevant le sable. Il était l’heure de repartir. Elles regardèrent encore une fois cet endroit qui désormais ferait partie de leurs souvenirs. Aussi elles reprirent le chemin en sens inverse car elles n’étaient pas pressées. En effet elles étaient bien ensemble c’était la seule chose qui importait à leurs yeux. A l’entrée du club, Maud prit les deux mains de Betty dans les siennes tout en lui faisant face.

« Je ne veux pas te quitter, je voudrais rester avec toi cette nuit.

– Moi non plus je ne veux pas te laisser partir. Tu veux aller m’attendre dans mon bungalow ? Je vais rendre la voiture, voir si j’ai des messages à la réception, je rentre tout de suite après. Tiens, voilà mes clés.

– Je vais t’attendre avec impatience. Dépêche-toi ! »

Betty expliqua où se trouvait son antre. Elle déposa Maud devant l’entrée de l’hôtel qui monta dans sa suite afin de prendre quelques affaires. Betty soucieuse de sa cliente, boucla les derniers préparatifs pour la prochaine expédition. Une fois achevée son travail, elle ne traîna et partit chez elle comme si le diable était à ses trousses. Maud la guettait derrière les rideaux, elle s’était montrée discrète en l’attendant.

Quand elle aperçut sa silhouette qui se détachait dans les feuillages, elle alla à sa rencontre en lui ouvrant la porte. Betty se jeta dans ses bras. Elles s’embrassèrent. Maud était emplie de douceur et de tendresse pour Betty. Elle savait que celle-ci n’avait jamais eu de véritable relation avec une femme. Elle allait lui faire l’amour avec passion. C’est la raison pour laquelle voulait lui offrir une nuit d’enchantement dont elle se souviendrait toute sa vie. En effet la première fois marque à jamais. Aussi Betty l’attira vers la chambre.

Maud entreprit délicatement de la dévêtir et l’allongea sur le lit. Elle l’embrassait sans retenue. Ses mains caressaient son corps, ses doigts papillonnaient de ses seins à son sexe. Betty montrait des signes de plaisir. Son corps ondulait, elle gémissait. Maud continua à découvrir chaque parcelle de celle qu’elle aimait, à lui révéler de nouvelles sources de ravissement. Betty en avait tant rêvé, tant désiré à en rougir. Elle voulait que son excitation dure, que la peur ne reprenne pas le dessus. Maud savait la mettre à l’aise et la détendre, tous ses gestes paraissaient naturels, comme une évidence à Betty.

Maud prit tout son temps pour l’emmener à la jouissance. Betty ne put se retenir longtemps quand elle la sentit venir. Elle eut un orgasme d’une telle intensité, qu’elle enfonça ses ongles dans le dos de Maud. Son amante la regarda et lui sourit en lui disant « Je t’aime ».

Betty redescendit doucement sur terre en se blottissant dans les bras de Maud. Elle avait entendu la déclaration de sa tendre. C’est pourquoi elles ne purent dormir cette nuit ni l’une ni l’autre. Ainsi elles se prouvèrent leur amour des heures d’affilée. Elles ne parvenaient pas à se séparer. Maud devait pourtant quitter sa belle. Il ne fallait pas qu’on la voie quitter le bungalow de Betty et pas question de passer la journée au lit. En effet les apparences devaient être sauves, Betty avait fondamentalement besoin de travailler et coucher avec une cliente était une faute professionnelle. L’hypocrisie tolérait les entorses au règlement à condition de se montrer discret.

Maud l’embrassa et lui promit d’être à l’heure. Pour ne pas dormir il leur faudrait des tonnes de café. Pour la balade Betty avait prévu une activité tranquille. Elles pourraient ainsi se reposer sans être inquiétées. A l’abri des regards, elles seraient seules au monde. Maud réussit à regagner sa suite sans être vue. Elle prit une douche glacée, se changea et eut juste quelques minutes avant de redescendre. Elles se retrouvèrent face à face au petit déjeuner comme si de rien n’était. Elles ne devaient rien laisser paraître. Betty s’arrangea en sorte de ne pas regarder Maud dans les yeux. Mais c’était trop d’émotion, son envie ne s’était pas dissipée malgré les caresses et les baiser. Elle gardait tout pour leur balade en mer.

Comme son travail l’exigeait elle s’était occupée la veille de la réservation du bateau, du panier repas. Elle contacta la météo afin de s’assurer qu’aucun orage ne viendrait gâcher la sortie. Pour les cartes de navigation elle les prendrait au port. Elles partirent en direction de la baie. Betty avait son permis de navigation, elle barrerait elle-même. Elle contrôla les équipements de secours, jeta un coup d’œil sur la carte, le soleil ferait aussi partie du voyage.

Maud s’installa à la proue laissant Betty à la barre. Elles prirent la direction du large vers une autre île sauvage située à plusieurs miles. Alors qu’elles étaient en pleine mer, Maud vint rejoindre Betty en se collant à elle et lui enserrant la taille. Elles étaient enfin seules. Il leur faudrait encore attendre pour qu’elles puissent se reposer. Cet instant de tendresse les plongea dans un bonheur indicible car la chaleur de leur corps leur procurait une sensation de bien-être incroyable. Betty amarra le bateau dans une crique méconnue de Maud et jeta l’ancre. La vue était d’une splendeur irréelle.

Trop fatiguées pour de nouveaux ébats, elles allèrent s’allonger sur le pont. Le sommeil leur tomba dessus en un rien de temps. Une brise légère les caressait pendant que le soleil ne tapait pas encore trop puissamment. Betty par précaution avait tendu un drap au-dessus d’elles. Leur sieste les remit sur pied.  Au réveil elles prirent enfin le temps de s’embrasser et de se dire des mots d’amour. La faim et soif les tiraillaient. Elles se restaurèrent de bon cœur tout en se dévorant du regard. N’y tenant plus elles firent l’amour à même le sol. La douceur de la peau de Betty affola Maud. L’excitation était au summum.

Les jours de vacances qu’il restait à Maud furent identiques à celui-là. Cependant elles changeaient d’endroits tous les jours, continuaient à découvrir les merveilles de la nature. Elles parvenaient à être discrètes et à cacher à tous leur liaison afin que Betty ne soit nullement embêtée. Pourtant elles évitaient de penser à la date fatidique. Les moments qu’elles passaient ensemble n’étaient que joie et bonheur.

Maud profita du jour de congé de Betty pour s’occuper aussi de son futur avenir professionnel et privé. Elle trouva un bon avocat qui gèrerait les transactions et ses biens sur place. L’avenir se profilait plutôt bien, c’était là un souci de moins pour la poursuite de leur histoire. Leur insouciance et leurs sourires disparurent à quelques jours du départ de Maud. Cependant elles avaient conscience que les mois à venir seraient pénibles à supporter car la séparation les effrayait. Elles avaient peur de se perdre à tout jamais. Mais Maud avait préféré taire à Betty ses projets professionnels parce qu’elle ne souhaitait pas lui donner l’impression de l’envahir et la brusquer. Vivre avec une femme n’était pas rien quand jusqu’à présent on avait partagé le quotidien avec des hommes.

Maud alla en ville l’avant dernier soir, pendant que Betty devait faire acte de présence lors d’un pot d’accueil de nouveaux vacanciers. Par ailleurs elle trouva une bijouterie encore ouverte. Elle avait en tête de montrer par un geste symbolique tout l’amour qu’elle portait à sa bien-aimée. C’est pourquoi elle choisit une alliance en or, un jonc très simple qu’elle fit graver à l’intérieur. De Maud à Betty, un amour éternel. Maud fut de retour au club au moment où la cérémonie prenait fin. Elle fit un clin d’œil en direction de sa belle. C’était un code pour leur fin de nuit. Pour une fois c’est Betty qui passerait la nuit dans sa suite.

Elle avait tout préparé, champagne, repas fin, l’alliance, la tenue sexy. Tout était prêt quand elle entendit frapper. Elle se rua sur la porte qu’elle referma aussi sec derrière son amante. Elles s’embrassèrent comme jamais. Maud emmena Betty dans la chambre. La lumière tamisée, une musique romantique, le champagne dans le seau à glaçons, tout y était pour créer l’ambiance. Elle se saisit d’une coupe qu’elle remplit et la tendit à Betty. Elles se regardèrent sans rien dire, savourant cet instant si précieux. De sa poche Maud sortit un petit paquet. Betty fut surprise.

« Tu m’as fait un cadeau mais je n’ai rien pour toi ! Je me sens vraiment honteuse de ne pas y avoir pensé.

– Allez prends-le mon amour au lieu de dire des bêtises, j’espère que ça te plaira ! »

Betty posa son verre sur la table. Toute tremblante d’émotion elle ouvrit l’écrin. Aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche, des larmes perlaient dans ses yeux. Maud prit la bague dans sa boite et la glissa à son doigt.

« Cette alliance est la preuve de l’amour que j’ai pour toi. Tu n’es pas une histoire de vacances, je veux vieillir à tes côtés, je veux t’aimer toute ma vie. Tu es à moi, je t’aime.  Veux-tu être ma compagne pour le restant de mes jours ?

– Oui je le veux !  Si tu savais combien je peux t’aimer. Moi aussi je veux vivre avec toi, finir ma vie près de toi. Je t’appartiens, tu es ma vie et tu es à moi. Cet anneau est la promesse de notre avenir et la preuve de ton amour. »

Elles levèrent leurs coupes en triquant à leur future vie de couple. Puis après quelques gorgés elles firent l’amour. Encore plus amoureusement, Maud couvrait son corps de baisers et de caresses. Elles ne faisaient plus qu’un. Pour finir cette nuit, pour leur plus grand bonheur, elles jouirent ensemble. Elles n’avaient été qu’une seule et même entité. Alors elles se blottirent l’une contre l’autre, incapable de pouvoir parler tellement l’amour était puissant, l’émotion à fleur de peau. Ainsi elles s’endormirent comblées et heureuses. Il ne restait qu’une journée. Le lendemain Maud repartirait en métropole. Elles ne savaient que faire. Une balade, s’aimer jusqu’à l’épuisement cependant rien ne les tentait vraiment.

Elles se décidèrent pour une randonnée à cheval dans leurs coins préférés mais le cœur n’y était pas. L’ombre de la séparation planait. De temps en temps des larmes coulaient le long de leurs joues. Elles durent abréger la sortie car Maud devait faire ses valises, régler sa note.  Elle alla également voir le directeur pour lui dire sa satisfaction et les compétences de son guide hors pair, c’était un atout indéniable qu’elle soit native de l’île.

En fin d’après-midi elles décidèrent de retourner pour un dernier tour au lac d’amour. Pour une fois tout ce qui faisait sa beauté avait disparu, à croire qu’il était également d’humeur maussade. Le soleil s’était caché derrière de gros nuages car lui aussi avait de la peine. Elles étaient ensemble mais dans leur esprit les kilomètres qui les éloigneraient étaient présents. Maud prit Betty dans ses bras et la serra tout contre elle.

« N’oublie pas que je t’aime. Je serai avec toi tout au long des jours et des heures. Partout où tu iras, je serai à tes côtés. Tu es l’air dont j’ai besoin pour vivre, tu es la lumière dans mes nuits de cauchemar. Tu es ma vie. Dès que je le pourrai, je vole vers toi. Attends-moi, ne laisse pas les journées et les mois d’absence tuer notre amour. Je te promets je reviendrai je ne sais pas quand et je ne te quitterai plus !

– Je t’aime et je voudrais que tu ne partes pas. Tu es tout ce qu’il me reste. Je n’ai plus personne à part toi. Je sais que tu reviendras mais l’attente m’effraie. Ne plus te voir, ne plus te toucher, t’embrasser, te caresser me ronge déjà. Tu me laisses avec des souvenirs plein la tête, ton alliance m’aidera à ne pas sombrer. Je voudrais que tu sois déjà de retour. Aussi je n’irai pas te dire au revoir car je ne serai pas là à ton départ. Cependant je te verrai de la crique où je vais me réfugier les jours de blues. Ne m’en veux pas mais c’est au-dessus de mes forces. Je te laisserai repartir seule de l’hôtel. On se fera nos adieux à l’écurie.

– Je te comprends, je ne t’en veux pas. Je t’aime trop ! Ce qui me fait souffrir, c’est le mal que je te fais. Je me rattraperai, pour cela j’ai toute la vie. Je te ferai oublier la peine que je vais te causer. Demain je serai avec toi dans la crique, tu fermeras les yeux et tu me verras t’envoyer des baisers. »

Elles étaient seules, trop seules. Les oiseaux ne chantaient plus, un silence pesant s’installa venant accroître leur chagrin. Une averse leurs donna le signal de retour. C’est alors qu’elles se redirent une fois de plus tout leur amour. Elles s’embrassèrent pour la dernière fois. Elles n’arrivaient pas à se séparer, à ne plus s’étreindre. Mais la pluie redoubla, il fallait se hâter. Elles regagnèrent les écuries trempées de la tête aux pieds. Ensuite elles installèrent leurs chevaux dans leur box puis se retrouvèrent pour se dire au revoir. Personne aux alentours, elles eurent encore l’occasion de s’embrasser. Maud se détacha, prit la main de Betty et la serrant lui promit de revenir rapidement et pour toujours.

Maud se sépara d’elle car elle devait terminer de préparer ses affaires. Betty resta avec les chevaux pour les panser et les nourrir. Elle ne voulait pas retourner tout de suite à la réception. Elle traîna encore un bon moment prenant le temps de parler avec les palefreniers. Son professionnalisme reprit le dessus et elle prit sur elle afin de rencontrer ses clients suivants, un couple de personnes âgées. Une bonne transition pour elle. Elle alla ensuite s’enfermer dans son bungalow et pleura toutes les larmes de son corps. Elle ne put dormir. Pour Maud ce fut identique, elle ne ferma pas l’œil de la nuit. Elle alla sur sa terrasse afin de regarder en direction de son amour.

Elle aurait voulu la rejoindre mais elle savait que la quitter serait encore plus dur. Maud fut en bas à l’heure car un employé s’était chargé de mettre ses valises dans le coffre du taxi qui la ramènerait à l’aéroport. Après avoir dit au revoir à la cantonade et elle s’engouffra dans le véhicule. En pensées elle était avec Betty à la crique, son cœur se serrait au fur et à mesure que la voiture roulait. Elle fit enregistrer ses bagages et patienta en achetant quelques articles détaxés. Elle n’eut que peu à attendre en salle d’embarquement, l’avion décolla à l’heure.

Maud regarda par le hublot et pensa très fort à celle qu’elle laissait ici. Le vol fut pénible, le mauvais temps, les turbulences atmosphériques n’arrangeaient rien. Elle pleura silencieusement tout le long du voyage. Elle atterrit très tard. La ville était endormie. Maud était épuisée moralement. Elle ne voulait qu’une chose à cet instant reprendre l’avion et repartir. Mais avant tout il lui faudrait vendre sa boutique et ses biens.

Dès le lendemain de son arrivée, elle commença ses recherches sur Internet.  Elle recueillit des renseignements, des adresses. N’y tenant plus le soir même elle prit son téléphone et contacta son amour. Elles ne restèrent que peu de temps au téléphone. Elles se redirent leur amour mais la souffrance de la séparation était bien là. Le lundi matin Maud se rendit à sa boutique. Son changement ne passa pas inaperçu car Maud n’était plus du tout la même.

Certes elle était bien bronzée mais l’annonce de la vente de la boutique, alors que rien ne le laissait prévoir avant ses vacances, jeta un vent de panique parmi les vendeuses. Elle ne s’étendit pas sur les causes de sa décision mais les rumeurs allèrent bon train. Maud prit aussi des rendez-vous avec des acheteurs potentiels pour ses biens. Les jours suivants elle ne fut guère présente. Elle menait son affaire à un train d’enfer. Tous les soirs elle écrivait par mail à sa dulcinée.

Avec le décalage horaire elles ne pouvaient communiquer en direct via une messagerie instantanée. Elle lui parlait de ses journées, de sa vie de dingue, de son manque d’amour physique. Elle lui décrivait sa passion pour elle, ses envies et désirs et l’avenir tel qu’elle le voyait. Betty en retour lui racontait qu’elle se noyait dans le travail. Ces éloges-là concernant lui avaient valu une augmentation de salaire, un poste plus important. Elle était ravie et se doutait de qui tout cela venait. Maud avait dû se montrer très convaincante dans ses compliments. Mais ce qu’elle taisait néanmoins c’est qu’elle passait ses nuits d’insomnies à lire et relire les mails d’amour de Maud.

Les semaines passèrent. Maud arriva à vendre en premier son appartement mais elle eut plus de mal à céder sa boutique car elle exigeait que le repreneur ne licencie aucune employée. Les négociations furent ardues mais elle arriva non sans mal à ses fins. Quand elle eut les fonds nécessaires, elle donna le feu vert à son avocat pour acquérir une enseigne en centre-ville ainsi qu’une maison. Elle fit transférer l’argent sur le compte qu’elle avait ouvert dans l’île.

En effet tout allait se régler très bientôt. Elle avait réussi à vendre tous ses biens ou presque, elle ne partirait qu’avec peu de souvenirs. Une vie nouvelle s’ouvrait ainsi à elle. Cela faisait des mois qu’elle n’avait pas vu son amour. Elle n’en pouvait plus. Maud lui ferait la surprise, elle serait là-bas pour Noël. Elle finit de régler en France les derniers détails et pour ses adieux réunit ses amies afin de leur expliquer que son existence était maintenant dans cette île près de la femme de sa vie. Elle invita ses vendeuses au restaurant pour les remercier de leur fidélité et leur souhaiter bonne route.

Une page se tournait pour elle sans aucun regret. Grâce à son avocat avait tout réglé. Il avait déniché une jolie maison en dehors de la ville, entièrement meublée et refaite à neuf juste avant le divorce des anciens occupants. L’homme de loi avait suivi les consignes à la lettre. Pour le magasin, c’était une échoppe située sur l’artère principale très bien placée. Maud n’aurait plus qu’à trouver dans quel domaine elle l’ouvrirait. Les vêtements, la coiffure ou l’alimentation, elle n’avait que l’embarras du choix. Elle en discuterait avec Betty à qui elle confirma qu’elle serait avec elle pour les fêtes. Les derniers jours lui parurent interminables. En effet les journées semblaient ne plus en finir.

Un taxi la déposa avec sa valise à l’aéroport. Son billet stipulait « aller simple ». Elle était heureuse, épanouie. Dans quelques heures elle serait enfin dans les bras de sa bien-aimée. Durant le vol elle regarda sa montre toutes les cinq minutes, il lui semblait que les aiguilles s’étaient arrêtées. Enfin l’avion se posa. Elle se dépêcha de récupérer ses bagages. Betty l’attendait derrière le cordon de sécurité. Dès qu’elle en eut l’occasion, elle lui sauta au cou et l’embrassa chastement devant tout le monde. Betty se saisit de ses affaires qu’elle déposa dans le coffre de la voiture stationnée dans un parking souterrain. A l’abri des regards elles purent enfin s’embrasser à s’en couper le souffle. Trop pressées de faire l’amour, Betty mit le moteur en marche. Ensuite elle partit en direction du club quand Maud lui ordonna de suivre un tout autre chemin.

« J’ai une surprise pour toi, du moins deux, mais tu n’en auras qu’une aujourd’hui.

– C’est quoi ?

– Va à l’adresse que je t’ai donnée, tu verras ! »

Betty stoppa le véhicule devant une belle maison. Un homme les attendait devant. Il salua Maud et lui tendit un trousseau de clés. Maud fit signe à Betty de la suivre, elle ouvrit la porte puis entrèrent. Maud et Betty visitèrent le pavillon. Les pièces étaient grandes et ensoleillées. La cuisine était spacieuse. Deux chambres bien orientées pour rester fraîches au plus dur de la chaleur, une salle de bain avec une baignoire en forme de cœur constituait les caractéristiques de cette demeure coloniale.

Dans le salon trônait une photo de Betty, celle-ci était encadrée au-dessus de la cheminée. Une table en bois d’ébène, un sofa d’angle en cuir et un écran géant dolby stéréo avaient été installés sur consigne de Maud. Le jardin était immense avec dans un coin une piscine découverte avec une véranda. Maud alla à la cuisine, prit une bouteille de champagne qui avait été mise au réfrigérateur et retourna rejoindre Betty au salon qui regardait sa photo.

« A qui est cette maison ?

– A moi. L’homme que tu as vu, c’est mon avocat et mon conseiller financier. Il s’est occupé aussi de m’acheter cette maison. Je t’avais dit que je reviendrais. Je voudrais te poser une question ? Veux-tu venir vivre avec moi, partager ma vie ? Je souhaiterais que cette maison soit notre chez nous, que l’on soit ensemble à chaque instant et toutes les nuits.

– Oui, je veux vivre avec toi, je me sens si comblée avec toi, en parfaite harmonie. Je t’aime tant. La photo de moi est superbe, tu as vraiment de la suite dans les idées. Quand as-tu tout organisé ? Je ne me suis aperçue de rien ! Pourquoi as-tu tout abandonné pour t’installer ici ?

– Dès les premiers jours où je suis tombée amoureuse, on a eu une discussion où tu m’as dit : « je ne quitterai jamais cette île ». En particulier je savais que pour ne pas te perdre, je n’avais qu’une solution tout quitter et te rejoindre. Tes jours de repos je retrouvais mon homme de loi, je mettais les choses au point avec lui. Mais je ne voulais pas te paniquer avec tout ça. Je souhaitais revenir ici et te laisser choisir de vivre ou non avec moi. Notre amour a grandi et la séparation a été trop douloureuse. Je t’aime à la folie Betty, à un point tu ne peux l’imaginer. Quand je t’ai offert cette alliance, solennellement tu es devenue ma compagne, cette bague représente à mes yeux un signe fort d’engagement.

– Tu es capable de tout quand tu aimes ! J’en ai encore eu la preuve aujourd’hui. Nous allons débuter une nouvelle vie ensemble ici, nous allons être bien je te le promets. Quand veux-tu que j’aménage ?

– Tout de suite, va chercher tes affaires ! Cette demeure est dorénavant la tienne ! Tiens voilà tes clés !

– Non demain, j’ai trop envie de toi. Viens j’ai envie de faire l’amour ! »

Elles allèrent dans la chambre et inaugurèrent le lit afin de rattraper ces mois d’abstinence obligatoire. Enfin elles étaient sur la route du bonheur. Il restait néanmoins la deuxième surprise : la boutique. Maud lui montrerait le lendemain. Elle aurait le plaisir de lui laisser découvrir son prénom peint sur la façade, nom de sa nouvelle enseigne. Repues de baisers et de caresses, elles passèrent leurs premières heures de vie commune à formuler des projets. Maud demanda à Betty de finir la déco de leur nid d’amour afin qu’elle y apporte sa touche personnelle. Cette maison aurait désormais une âme.

Après quelques heures de sommeil dans les bras l’une de l’autre, elles se firent un bon petit déjeuner. C’est Betty qui prit les commandes aux fourneaux. Maud lui laissa cette place car elle n’était pas douée en cuisine. En effet elle était compétente dans des domaines différents, la gestion administrative, le commerce, le bricolage, la mécanique… Elles allèrent prendre leur douche et enfilèrent short et tee-shirt. Maud conduisit Betty en centre-ville. Elle stoppa la voiture et en sortit pour ouvrir la portière à Betty. Elle lui cacha les yeux et la conduisit devant l’entrée d’une boutique fermée. Maud retira ses mains laissant son amante muette de stupéfaction devant le « Chez Betty ».

« Voilà mon deuxième cadeau ! C’est pour nous aussi. Je ne me vois pas rester à ne rien faire. Si tu veux venir travailler avec moi, je te prends comme associée. Je ne sais pas quoi ouvrir, alimentation, prêt à porter… Aide-moi à choisir car tu sais mieux que moi ce dont les gens d’ici ont besoin.

– Tu es merveilleuse ! Le pendentif que tu m’as offert m’a porté bonheur. En effet il ne me quitte plus depuis que tu me l’as passé au cou. Tu es entrée dans ma vie, depuis tout est délice et bonheur. Grâce à toi je suis heureuse. Je t’aime et je suis aimée de toi. J’ai un travail que j’apprécie, j’ai des responsabilités, de nouvelles fonctions. Je vis dans un endroit de toute beauté sur une des plus belles îles du monde.

Mais même si je t’aime, je ne travaillerai pas avec toi. Aussi je préfère te retrouver le soir à la maison, je ne t’en aimerai que davantage. Le manque que je ressens loin de toi te rend encore plus désirable. Quant à la boutique, je te propose de vendre des bijoux en cuir tressé ornés de pierres à l’effigie de la déesse Gaïa qui viendraient du petit village à la crique. Qu’à toi aussi elle te porte chance ! »

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