Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Garde du corps, garde du coeur

Garde du corps garde, garde du coeur est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Lucie venait de sortir du bureau du commissaire de police. Elle avait encore échappé à un kidnapping, c’était la deuxième fois en trois semaines. L’inspecteur en charge de l’enquête menait ses investigations. Pourtant rien à présent ne justifiait un tel acharnement, ni n’apportait la moindre lumière sur les mobiles de ces actes. En effet Lucie avait la quarantaine, c’était une belle femme très élégante, directrice d’une bijouterie de luxe dont le nom était réputé. La presse parlait régulièrement de sa famille fortunée, de sa mondanité, de ses dernières créations à la mode qui apparaissaient notamment lors des défilés de mode.

Les questions des enquêteurs restaient sans réponse. Qui ? Et pourquoi voulait-on l’enlever ? A qui profiterait ce crime ? Aussi ils cherchaient tous azimuts car aucune piste ne restait inexplorée. Tous ceux qui touchaient à son univers professionnel avaient été questionnés, de ses collaborateurs en passant par ses concurrents, des revendeurs de bijoux aux malfrats des environs. Mais aucun début de piste, aucune hypothèse, même la plus improbable, n’émergeait de ces interrogatoires parfois musclés. Cependant Lucie commençait à avoir très peur. La police pouvait pour l’apaiser lui fournir le passage régulier d’un véhicule de patrouille mais rien de plus. En effet le manque d’effectifs mais aussi la contrainte que cela imposait aux équipes rendait impossible une véritable surveillance de sa personne. Aussi le commissaire, conscient des risques qu’elle encourrait, ne pouvant assurer sa protection vingt heures sur vingt-quatre, l’adressa à une agence de gardes du corps.

« Madame, je peux juste vous conseiller de faire appel à leurs services. Ce sont d’anciens flics et gendarmes reconvertis, des pros, qui devraient vous donner entière satisfaction. Avec eux vous serez en sûreté, le temps que l’on arrête vos agresseurs. Allez les voir de ma part, ils se mettront en contact avec moi, ainsi nous coordonnerons mieux cette enquête épineuse. De cette façon vous serez protégée efficacement et si vos kidnappeurs récidivent, ils seront à même de les neutraliser. Quoi qu’il arrive je vous tiendrai au courant, soyez tranquille, j’en fais une affaire personnelle de votre dossier. Voici leur carte.

– Merci je vais les joindre dans la matinée. D’ailleurs je serais plus rassurée du moins ainsi. Si moi-même j’ai des informations supplémentaires à vous fournir je vous les communiquerai. Au revoir monsieur le commissaire et merci. »

Lucie rentra chez elle. Tout au long du chemin elle garda un œil anxieux sur son rétroviseur afin de voir si elle était suivie. Elle paniquait aux feux rouges car à chaque fois ses ravisseurs en avaient profité pour essayer de l’enlever lors de l’immobilisation forcée du véhicule. Heureusement qu’il y avait la fermeture centralisée automatique dans les berlines de haut standing et que ses réflexes lui avaient permis de démarrer en trombe, surprenant ses adversaires, d’où l’échec de leurs tentatives.

Une belle et grande villa, la demeure montrait que l’argent n’était pas un souci majeur pour ses propriétaires. Elle se barricada aussitôt, vérifiant portes et fenêtres ainsi que les verrous. Pourtant tout était fermé à double tour. La police n’ayant rien trouvé sur son affaire ne la rassurait pas du tout. Elle-même cherchait de son côté, réunissant des indices : une phrase, une attitude, une confidence, une indiscrétion, n’importe quelle chose qui la mettrait sur la voie de ses agresseurs. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait et ses amis ainsi que sa famille l’épaulaient du mieux qu’ils pouvaient, mais face à la peur que faire ?

Par ailleurs elle gardait son portable sur elle car en cas de besoin, elle pourrait joindre la police ou demander de l’aide. Elle sortit de son sac à main la carte de l’agence de gardes du corps mais elle hésitait à prendre contact avec. Afin de se décider, Lucie téléphona à sa sœur et ses parents qui rendirent unanimement un avis favorable. Pourtant après avoir raccroché elle composa le numéro. Un rendez-vous fut pris rapidement après un bref résumé de la situation, pour des questions de discrétion il aurait lieu chez elle. Le nom du commissaire qui se chargeait de l’enquête leur fut aussi communiqué. Le lendemain matin à l’heure prévue, on sonna à la porte et une domestique alla ouvrir invitant les personnes à s’asseoir dans le salon. Lucie fut prévenue de suite et se présenta à eux.

« Bonjour Madame, je suis le directeur de l’agence. Voici Odile ma principale collaboratrice, une assistante indispensable.

– Bonjour monsieur, bonjour mademoiselle. Comme je vous le racontai hier, j’ai besoin d’être protégée pendant un certain temps ! Du moins tant qu’on n’aura pas mis la main sur les ravisseurs.

– Après votre coup de fil je me suis permis de contacter mon ami le commissaire pour avoir des renseignements qui nous seraient utiles pour votre protection. Je souhaitais ainsi vous éviter d’avoir à vous poser des questions maintes fois rabattues mais aussi vous offrir un service haut de gamme. Aux dernières nouvelles, l’enquête suit son cours sans qu’aucun élément, autres que ceux que vous connaissez, n’ait été apporté.

– Comment allons-nous nous arranger ? En effet je dois continuer à travailler car j’ai une vie extérieure et mondaine assez importante. Expliquez-moi comment vous entendez m’aider parce que je suis complètement perdue en ce moment.

– Pour commencer je vais vous adjoindre une femme. Ce sera Odile ! C’est le meilleur élément de mon équipe, avec elle vous serez en sécurité. Voici son CV, vous pourrez constater par vous-même qu’en plus d’être hautement diplômée, elle est ceinture noire de karaté et manie parfaitement les techniques de défenses ainsi que les armes. J’espère qu’elle ne sera pas obligée d’en arriver là mais sachez que c’est une éventualité envisageable.

Vous devrez aussi bien suivre ses conseils mais surtout l’écouter, son expérience de terrain vous sera précieuse. En effet elle sera avec vous tout le temps, comme votre ombre. Elle ne vous gênera en rien dans vos activités professionnelles et dans vos sorties. De plus elle sera aussi discrète que possible, sa garde robe lui permettra de vous accompagner en toutes circonstances. A vous de la présenter comme un membre éloigné de la famille ou bien comme une conseillère privée. En effet il ne faut pas que sa présence puisse éveiller des soupçons.

– Je suis ravie d’avoir une femme à mes côtés. Qui pourra se douter que c’est un garde du corps ? Pourtant une question stupide me vient à l’esprit. Elle dormira dehors dans sa voiture ou bien dois-je lui prévoir un couchage à la villa ?

– Madame c’est vous qui voyez, mais il serait préférable que je sois le plus proche de vous physiquement ou du moins pas très loin. Comme nous ignorons tout de l’identité de vos ravisseurs ainsi que de leurs motivations, il se peut que ce soit un de vos proches. D’une part il me sera impossible de surveiller toutes les entrées et si jamais vous appelez au secours je ne vous entendrai pas. D’autre part je suis habituée à dormir en toute discrétion au domicile de mes clients mais cela dit je ne vous oblige en rien !

– Mademoiselle, j’ai une chambre d’amis, elle est libre vous pourrez la prendre. En effet je rejoins entièrement votre point de vue, le mystère est entier sur ce kidnapping, mieux vaut exercer la plus grande prudence. Comment dois-je vous appeler ?

– Odile tout simplement, pour le reste de ma mission je vous expliquerai plus tard quand nous serons seules.

– Appelez-moi Lucie ! Vous avez ma vie entre vos mains et comme nous allons passer beaucoup de temps ensemble et que pour tous vous serez une familière de mon entourage, cela me parait le plus approprié.

– Bien Madame, je vois que tout va bien. Odile me fera un rapport tous les jours par fax, mail ou téléphone. En cas de problèmes je me tiens à votre disposition. Pour le règlement, voici le détail de nos prestations, vous avez un acompte à verser, le solde se fera dès que vous n’aurez plus besoin de nos services. Odile prend son poste quand vous le souhaitez. Elle est libre de suite.

– Odile si vous pouviez commencer dès maintenant car je n’arrive plus à dormir, ça me rassurerait de savoir que je ne serai pas seule dans cette immense propriété.

– Cela me convient très bien aussi. Puis-je laisser chez vous quelques affaires de rechange car ce sera plus pratique pour moi ? Je peux être là dans une heure, je sonnerai deux fois de manière brève, vous saurez que c’est moi. Tant que vous n’aurez pas entendu mon prénom, n’ouvrez à personne.

– Bien Odile. Pour vos vêtements pas de souci, il y a une armoire vide dans la chambre et Nina se chargera de leur entretien. Vous profiterez aussi des domestiques mais n’oubliez pas que maintenant vous êtes mon « amie ». Prenez aussi des CD, des livres car je veux que vous vous sentiez comme chez vous, aussi bien que possible. Je vous attends avec impatience ! A ce soir Odile ! »

Lucie les raccompagna à la porte et demanda à Nina de prévenir le cuisinier qu’un repas pour deux était prévu ce soir. Nina l’informa qu’une « amie », la visiteuse du matin, viendrait passer quelques jours de vacances. Lucie prévint sa famille proche, celle qui était dans le secret, qu’elle serait gardée par une jeune femme métisse qui serait constamment là, la suivant partout. Elle aurait alors le double titre d’amie et de conseillère privée. Le temps de reposer le combiné et la sonnette carillonna deux fois. Lucie attendit que la personne se présentât avant d’ouvrir bien qu’elle ait reconnu au loin la silhouette d’Odile. La bonne lui ouvrit la porte et Lucie la lui présenta immédiatement.

« Voilà Nina, elle est dans ma famille depuis au moins quinze ans ! Aussi si vous avez besoin de quoi que ce soit, elle est à votre disposition. Elle loge dans une dépendance qui se trouve à l’autre bout du parc et y rentre tous les soirs sauf quand je reçois du monde. Elle a tous ses week-ends et commence son service à sept heures. Comme elle possède les clés de la villa, elle va et vient à sa guise. Elle est d’une très grande disponibilité, je sais que je peux entièrement compter sur son dévouement et sa disponibilité. J’ai dit l’essentiel je crois ! Nina je vous présente Odile, elle est chargée de ma surveillance rapprochée tant que l’affaire ne sera pas éclaircie.

– Bonjour Nina. Je me ferai la plus discrète possible, je ne vous gênerai pas. Où dois-je poser mon sac ?

– La chambre d’amis, au premier, la chambre de gauche. Je vais vous accompagner et vous ferez visiter la villa, vous pourrez ainsi vous familiariser avec les lieux. J’en connais tous les recoins, vous verrez elle est très agréable à vivre. »

Lucie l’accompagna à sa chambre, puis lui montra la sienne juste en face. Il y avait une salle de bain dans chacune d’entre elles. Plus loin une bibliothèque, un coin bureau avec un ordinateur. Ensuite une autre chambre, celle de son fils parti vivre à l’étranger. Au rez-de-chaussée il y avait le salon spacieux et magnifique avec un billard dans un coin, la salle de séjour et la cuisine. Elles descendirent au sous-sol où des escaliers les menèrent à une piscine entourée de part et d’autre d’un sauna et d’un jacuzzi. Un coin repos avec douche et transats était aménagé à l’écart.

L’endroit était calme et reposant, bien éclairé, Lucie devait souvent s’y rendre d’après ses explications. Ensuite elles sortirent. Le garage, accolé à la villa, pouvait contenir plusieurs voitures. Il avait été mis sous alarme et des caméras, placées depuis peu, filmaient toutes les allées et venues. En effet Odile avait observé attentivement chaque endroit de façon à mémoriser toutes les pièces et leurs issues. A leur retour, Nina avait préparé le thé. Il était prêt à être servi. Odile fut invitée à expliquer sa manière de travailler.

« Lucie je tenais tout d’abord à vous remercier pour la chambre. D’habitude c’est plus spartiate, il m’est même arrivé de dormir à même le sol. Aussi je ferai tout pour que vous soyez en sécurité. D’autre part je vais commencer par conduire votre auto, vous ne sortirez jamais sans mon feu vert ni sans moi. Ensuite je me tiendrai toujours près de vous car je ne dois jamais vous perdre de vue même quand vous vous rendrez en rendez-vous extérieurs ou bien aux toilettes. Enfin j’organiserai régulièrement des rondes y compris la nuit et je viendrai vérifier également si vous allez bien pendant votre sommeil. D’ailleurs j’espère que vous oublierez très vite ma présence, du moins qu’elle ne vous soit pas trop pesante.

– Je sens que je suis entre de bonnes mains !  Je vous fais entièrement confiance. Aussi pour ce soir je vous convie à dîner avec moi mais j’espère que cela ne vous ennuie pas. En effet rappelez-vous que pour tout le monde vous êtes une amie.

– C’est très gentil à vous mais ne vous donnez pas cette peine car je mangerai à la cuisine avec le personnel qui est au courant de ma surveillance. Le reste du temps je prendrai mes quartiers dans le salon. Toutes vos fenêtres ont des barreaux, si vos kidnappeurs rentrent dans cette maison ils sont obligés, vue la géographie des lieux, de passer par le salon pour accéder à toutes les autres pièces. Ainsi vous pourrez préserver un peu d’intimité, vous apprécierez vous verrez. Par contre pour l’extérieur je ne vous quitterai pas le danger peut venir de partout. Sinon merci pour le thé Lucie. Si vous le permettez, je vous laisse un peu car j’ai besoin de prendre mes repères et refaire seule le tour de la propriété. A toute à l’heure et surtout ne bougez pas de la villa tant que je ne suis pas revenue !

– Bien Odile, je sais que vous n’êtes pas loin. »

Odile contrôla que toutes les portes soient bien fermées, ordre avait été donné au personnel de les vérifier également. Ensuite elle inspecta le jardin et ses fourrés, regarda les issues possibles et retourna vers le garage afin de voir s’il n’y avait rien de suspect. C’est pourquoi elle rentra contente de la tournure des événements, sa mission s’annonçait plutôt bien. Elle s’installa au salon à son poste. Lucie, absorbée par ses occupations, ne l’avait ni vue ni entendue rentrer. Elle travaillait à l’étage dans son bureau. Aussi quand la nuit tomba, elle s’inquiéta de savoir où était passé son garde du corps. Elle descendit au salon et sursauta en l’apercevant.

« Je vous ai fait peur Lucie ? Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger.

– Vous êtes tellement discrète que j’ai l’impression d’être seule ! Vous devez avoir faim, je n’ai pas encore mangé. Nina a dû mettre le couvert avant de partir ! Je vais aller voir ce qu’elle nous a fait de bon.

– Attendez -moi je vous accompagne ! Par ailleurs je n’ai pas soupé mais je ne voulais pas quitter mon poste tant que vous étiez à l’étage.

– Vu l’heure il n’y a plus personne en cuisine. J’insiste mais si vous pouviez dîner avec moi ça me rassurerait.

– D’accord ! »

Lucie était détendue et malgré sa richesse elle était restée simple et accueillante. Elle fit le service, alla chercher les plats, les mit dans le lave-vaisselle et lui parla en toute sincérité. Elles essayèrent de trouver qui pouvait lui en vouloir à ce point. Mais en vain ! Cependant Lucie renonça à fouiller sa mémoire davantage et monta se coucher.

« Bonne nuit Odile ! Faites comme chez vous ! Merci de rester ici avec moi, je vais bien dormir !

– Bonne nuit et faites de beaux rêves ! Je veille sur vous. »

Lucie alla se coucher et pour la première fois depuis longtemps s’endormit de suite. Odile fit sa tournée puis alla s’étendre sur son lit, l’oreille en alerte. Elle dormit d’un œil puis descendit refaire son inspection. En effet elle avait institué une ronde toutes les deux heures. Entraînée par les commandos à des méthodes de survie, elle savait récupérer malgré un sommeil haché. Elle se réveilla tôt, se prépara et descendit se faire du café. Alors qu’elle était sur le point de faire sa ronde quand elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna vivement prête à bondir quand elle vit Lucie.

« Bon réflexe,pourtant je ne voudrais pas me frotter à vous en cas d’agression ! J’ai bien dormi grâce à vous. Je me sens en forme alors qu’il y a bien longtemps que je ne m’étais sentie aussi bien.

– Bonjour Lucie, rien à signaler pour l’instant, je vais faire ma tournée. Nous partons vers quelle heure ?

– Je déjeune, nous partirons d’ici une bonne heure. Je vous ferai signe quand je serai prête car je sais que vous n’êtes jamais très loin ! »

Odile fit son tour du propriétaire alors que Nina venait d’arriver, sourire aux lèvres. Elle devait avoir une bonne cinquantaine d’années. Lucie était montée se préparer. Quand elle descendit les escaliers quelques temps plus tard, elle était belle à couper le souffle. Elle ressemblait à un mannequin, un jour de grand défilé. Elle rayonnait. Odile en était bouche bée, la regardant sans pouvoir parler.

« Je vais chercher la voiture, attendez aussi que je vous appelle pour me rejoindre ! »

Odile se gara devant l’entrée, alla sonner à la porte de la villa et fit signe à Lucie de sortir. Elle lui ouvrit la portière et la referma derrière elle.

« Où allons-nous Lucie ?

– A la bijouterie car j’ai un nouvel arrivage de pierres précieuses ce matin et je veux voir ces merveilles que m’ont sélectionnées mes diamantaires d’Anvers. Après j’ai rendez-vous chez mon coiffeur, à quinze heures je vois mon banquier et ensuite la journée est finie.

– Beau programme ! Vous connaissez une voiture bleue, genre voiture de ville pour femme ?

– Non pourquoi cette question ?

– Juste comme ça ! »

Odile regardait dans son rétroviseur. Elle ne s’était pas trompée. Un véhicule de couleur bleue les suivait depuis leur départ de la villa. Elle était sur ses gardes alors que Lucie n’avait rien vu tant la filature était professionnelle mais elle n’avait pas échappé à l’œil exercé de son garde du corps. Pourtant elles arrivèrent sans encombre ni aucun incident à la bijouterie. Odile resta aux côtés de Lucie, à l’affût du moindre détail suspect. Elle resta dans la boutique, surveillant les visiteurs pendant que Lucie dans la chambre forte contrôlait sa livraison. En fin de matinée, Lucie décida enfin de faire une pause.

« J’ai faim, je vais aller me chercher un sandwich au coin de la rue, il y a une boulangerie extraordinaire. Vous venez ?

– Je vous accompagne mais ne sortez pas sans moi ! Je passe devant. »

Odile sortit la première alors que la voiture bleue était stationnée un peu plus loin, vide de ses occupants. Cependant elle n’était pas rassurée car dans le rétroviseur elle n’avait pu voir leur visage. Elles étaient sans doute espionnées et qui sait, suivies par les ravisseurs de Lucie. Ainsi tous ses sens étaient en alerte. Elles allèrent à pied au bout de la rue et arrivées à mi-chemin deux individus masqués et armés de couteau leur firent barrage. Ils venaient de surgir d’un porche dissimulé par une camionnette mal garée.

Odile, dans un réflexe de protection, plaça Lucie derrière elle et se mit en position de combat. Les types étaient prêts à tout pour atteindre leur but. Mais ils étaient tombés sur un os, Odile était ceinture noire de karaté et savait parfaitement se défendre mais aussi les neutraliser. Ainsi elle les fit mettre genoux à terre en moins de deux. Ils arrivèrent néanmoins à prendre la fuite. Odile, dans la bagarre, avait eu une légère entaille au bras, quelques points de sutures étaient nécessaires pour stopper l’hémorragie.

« Lucie ça va ? Vous n’avez rien ? Avez-vous remarqué un détail qui puisse identifier vos ravisseurs ?

– Odile vous êtes blessée ! Il faut allez à l’hôpital ! Je contacte le commissaire tout de suite et j’appelle un taxi. Il viendra nous rejoindre aux urgences.

– Ce n’est rien juste une estafilade sans gravité. Je vais me faire recoudre, après on verra le commissaire, inutile de le déplacer. »

Elles allèrent à l’hôpital où Odile eut droit à quelques fils et un beau pansement. Lucie était blanche comme un linge dans la salle d’attente et réalisait qu’elle avait échappé à un kidnapping quand elle vit les compresses sur le bras d’Odile. Au moment où elle se leva pour la rejoindre, elle eut un malaise. Odile eut juste le temps de la rattraper au vol. Elle l’installa sur un fauteuil et lui tendit un verre d’eau qu’elle était allée réclamer auprès d’une infirmière. Lucie retrouva ses esprits et ses couleurs rapidement.

Elle la remercia et la pria de quitter au plus vite cet endroit. C’est à ce moment qu’un policier arriva. En effet le commissaire, alerté par Lucie, lui avait demandé de récupérer les infos. Odile décrivit avec précision leurs agresseurs. En particulier un tatouage sur la main de l’un d’eux, en forme d’étoile. Quand elles seraient toutes deux remises, elles étaient invitées à passer au poste pour signer le procès-verbal de leur déposition. Elles rentrèrent à la villa annulant tous les rendez-vous de l’après-midi car Lucie était toujours sous le choc. Néanmoins Odile la rassura comme elle put.

« J’ai eu peur pour vous Odile ! Vous auriez pu être tuée par ma faute ! Je m’en veux.

– Lucie je n’ai fait que mon travail ! Si je dois mourir pour vous protéger je le ferai car ce sont les risques du métier, je les assume ! Là ce n’est rien, j’aurai juste une cicatrice. Si vous saviez j’en ai eu d’autres des frayeurs et des mauvais coups dans ma carrière ! Je vais vous accompagner dans votre chambre, vous allez vous reposer car vous en avez besoin !

– Restez près de moi ! Ne me quittez pas !

– Je serai dans le fauteuil. Les portes sont fermées, l’alarme est branchée et le commissaire a mis un homme en faction dans une voiture à la grille. Vous êtes en sécurité !  Je ne vous quitterai pas. »

Lucie, malgré l’angoisse, s’enfonça dans un sommeil agité. Elle se réveilla en criant car dans son cauchemar, elle avait revécu toute l’agression. Odile, en entendant le hurlement, se précipita vers le lit et, dans un geste irréfléchi, prit Lucie dans ses bras. Elle la rassura en lui susurrant des mots réconfortants. En effet tout allait bien, elle devait se calmer, elle ne risquait plus rien. Elle se calma très vite au contact du corps d’Odile et la chaleur de cette femme l’apaisa intérieurement. Enfin Odile sentit qu’elle se détendait.

« Je vais allez-vous préparer un encas Lucie. Restez tranquille je reviens de suite !

– Ne vous donnez pas cette peine, je sonne Nina !

– Laissez, je vais régler avec elle l’intendance et je vais m’assurer que tout est calme ! »

Elle descendit en cuisine donner les instructions, Nina prépara une légère collation pour sa patronne et monta vite la lui servir dans sa chambre. Odile en profita pour inspecter la villa ainsi que le jardin. Le policier chargé de la surveillance lui fit un signe pour lui indiquer que tout était calme. Voyant qu’Odile maîtrisât la situation et était remise de sa blessure, il démarra son véhicule et s’en alla. De retour à l’intérieur de la maison, Odile se fit, grâce au percolateur, un café bien fort pour pouvoir rester éveillée toute la nuit. Elle voulait aussi surveiller Lucie car elle savait que la nuit risquait d’être mouvementée. Elle contrôla les portes, les fenêtres ainsi que l’alarme. Ensuite une fois son tour achevé, elle monta voir Lucie. Celle-ci était tremblante de peur dans son lit.

Odile frappa à la porte lui demandant à travers la porte si elle allait bien.

« Entrez ! Venez me voir ! Je n’ai pas envie de dormir. Je voudrais bavarder avec vous.

– Vous avez raison cela va vous détendre d’évacuer le stress, vous penserez ainsi à autre chose. Aussi de quoi voulez-vous parler ? De l’affaire ou bien de choses superficielles et légères ?

– Vous êtes mariée Odile ? Parce qu’avec votre métier ça ne doit pas être évident d’avoir une vie de famille ou même une relation suivie !

– Je suis une célibataire endurcie. Mon métier n’autorise pas véritablement une existence de couple car ce n’est pas évident pour le conjoint d’accepter cette vie de barreau de chaise. Votre mari vous n’en parlez pas Lucie ? Vous vivez seule dans cette grande demeure ? Je suis très indiscrète, je le sais. Mais ne répondez pas si ça vous met mal et que je vous dérange par ma curiosité déplacée.

– Non pas du tout car cela me fait aussi du bien de parler. Mon mari est décédé il y a quatre ans d’un cancer dans la chambre qui est celle de mon beau-fils maintenant. Éric est né d’un précédent mariage. La perte de mon époux fut pour moi très douloureuse car il s’occupait de tout à la maison. Mon veuvage m’a obligé à devenir très active alors que j’étais une femme très dépendante. J’ai eu du mal m’en remettre même si en apparence je parais forte. Depuis je vis seule, Nina est là dans la journée mais le soir venu…

– Merci de m’avoir répondu. Pourtant je ne veux pas réactiver vos blessures, nous pouvons changer de sujet si vous le voulez.

– Non pas du tout, ça me fait du bien. Et vous, vos amours, comment c’était ?

– Ma vie sentimentale m’a toujours menée à des ruptures, je n’ai pas comme vous connu la stabilité et la protection qu’apportent le mariage. Je me protège de mes échecs en restant seule et en investissant mon métier qui est très prenant. Je préfère aussi me mentir et me dire que personne ne saura m’aimer ni comprendre la passion que m’inspire mon travail.

– Vous faites un métier à risques et vous le faites très bien. J’espère que vous trouverez l’amour de votre vie, il n’est jamais trop tard pour cela. Pourtant vous êtes ravissante, gentille et attentionnée. Pourquoi vous interdisez-vous d’être heureuse ?

– Vous êtes gentille, je croise les doigts, j’ai moi aussi droit au bonheur, vous avez raison. Cependant reposez-vous maintenant Lucie, il est tard. Je reste là si vous avez besoin. »

Odile veilla sur Lucie toute la nuit. Elle fit ses rondes régulièrement, tout fut normal.  Quand elle retourna dans la chambre lors de son dernier tour, Lucie gémissait et se débattait contre des fantômes. Odile s’approcha du lit et lui mit la main sur l’épaule pour la calmer. Lucie ouvrit les yeux et se jeta dans ses bras en pleurant. Odile la serra contre elle et la rassura une fois de plus. Ainsi elle lui permit de se détendre et se rendormir, restant à regarder cette femme d’une beauté exquise, d’une finesse extrême, une femme qui avait besoin d’être aimée et rassurée en permanence. En définitive elle aurait voulu avoir un amour de ce type-là.

Elle se sentait attirée par Lucie, elle avait envie de la protéger plus que tout car elle était émue et attendrie par cette main de fer dans un gant de velours. Dure à l’extérieur si fragile à l’intérieur, elle se sentit frémir à son contact, son travail devenait un plaisir. Quand Lucie se réveilla tôt, elle trouva Odile assoupie sur le fauteuil près du lit. Pourtant elle ne fit pas de bruit et quitta la chambre pour descendre à la cuisine et préparer du café car Nina n’avait pas encore pris son service. Elle remonta avec un plateau, ce qui eut pour effet par l’odeur qui se dégageait des tasses, d’ouvrir les yeux d’Odile.

« Vous avez l’air fatiguée ? Vous n’avez pas dormi beaucoup cette nuit ?

–  Non je vous ai veillée et j’ai effectué mes rondes régulièrement. De plus ma blessure s’est révélée douloureuse malgré les cachets prescrits. Mais j’ai de la ressource, un bon déjeuner et je serai sur pied ! Quel est le programme aujourd’hui ?

– Buvez votre café pendant qu’il est chaud ! J’ai prévu de passer à la boutique puis j’irai voir ma sœur. Je me prépare et je vous rejoins dans un moment. »

Lucie était toujours aussi belle quelle que soit sa tenue. Son sourire l’illuminait et depuis qu’Odile était son garde du corps, elle l’avait fréquent. Odile alla chercher la voiture, la mit devant l’entrée. Au moment où Lucie allait sortir un homme mal vêtu et sale se présenta.

« Ma belle-mère, la peste, est là ? Vous êtes qui vous ?

– Odile laissez ! Voilà mon beau fils Éric. Son père l’a mis dehors il y a des années. Que veux-tu ?

– C’est ta nouvelle conquête ? Je vois que ton penchant pour les traînées ne t’a pas quitté malgré ton mariage avec papa ! Je viens chercher mon héritage ! »

Lucie s’était avancée vers l’homme et le gifla. Il allait riposter quand Odile lui bloqua le bras.

« Ne refaites jamais ce geste, frapper une femme est une lâcheté de la part d’un homme ! Ne touchez pas à Lucie sinon vous aurez à faire à moi ! Je tiens à vous préciser, puisque vous l’ignorez, que je suis son garde du corps afin que vous ne vous mépreniez pas sur ma présence auprès de votre belle-mère.

– Odile calmez-vous, ce petit con ne vaut pas qu’on perde du temps avec lui ! Éric tu sais très bien que ton père m’a tout légué ou presque, il t’a laissé le minimum. Tout cela a déjà été débattu chez le notaire et ton avocat a été dans son sens. Maintenant va le voir si tu ne me crois pas, son cabinet t’est ouvert. Mais je te demande de décamper d’ici et de ne plus jamais revenir, la prochaine c’est au commissariat que tu t’expliqueras ! »

Éric quitta la villa en proférant des menaces. Quand il avait levé la main, Odile avait reconnu le tatouage en forme d’étoile. Elle ne dit rien mais elle en ferait part à son patron lors de son rapport quotidien. Ensuite elle fit monter Lucie dans la voiture. Pourtant celle-ci semblait gênée. La route se fit dans le silence. Lucie passa en coup de vent à la bijouterie. Quand elles arrivèrent chez sa sœur, elle ordonna à Odile de rester dans le véhicule car la visite ne dura que quelques instants. Sa sœur la raccompagna à l’auto et vint saluer Odile, la remerciant d’avoir sauvée la vie de Lucie lors de l’agression. Ensuite elles repartirent à la villa et n’y tenant plus, pendant le trajet, Lucie rompit le silence.

« N’en voulez pas à Éric, il est malheureux. Avec son père ça n’a pas toujours été rose. Il est tombé dans la drogue à l’adolescence et mon mari, lassé de ses délires et de sa petite délinquance, a fini par le mettre dehors. Il a disparu dans la nature sans donner de nouvelles pendant des années. En définitive quand mon époux est décédé je ne savais pas où le joindre, c’est pourquoi il n’a pas pu assister à l’enterrement.

C’est le notaire, qui par l’intermédiaire d’un détective privé, a retrouvé sa trace. Son père ne lui avait laissé que la part réservataire car il n’a pas pu le déshériter totalement. Depuis il m’en veut, il est persuadé que c’est de ma faute. Je représente aussi pour lui la belle-mère cupide, ce n’est pas un bon rôle. Nos rapports n’étaient déjà pas excellents quand nous cohabitions sous le même toit, là ils sont franchement désastreux !

– Je ne lui en veux pas Lucie. C’est juste que je ne supporte pas qu’un homme frappe une femme c’est tout ! Le reste ne me regarde pas. C’est qui est regrettable pour lui c’est qu’il est né du bon côté du ruisseau et qu’il en bave comme un malheureux. A le voir il a l’air d’un brave garçon. La drogue détruit tout, ce n’est pas une légende. J’espère pour lui qu’il pourra se sortir de cet enfer. Que voulait-il dire en parlant de « nouvelle conquête » ?  Vous avez eu des relations avec des femmes ? Excusez-moi si je suis trop curieuse !

– Oui avant de rencontrer mon mari, j’étais avec une femme dont j’étais très amoureuse. Elle est partie avec une autre. J’ai connu Gilles et par provocation et par vengeance je me suis mariée, pensant qu’elle me reviendrait. Je me suis trompée. Voilà vous savez tout.

– Confidences pour confidences, j’ai eu moi aussi des aventures avec des femmes. Elles ne supportaient pas mon métier. C’est pour cela que je suis célibataire.

– Je comprends pourquoi entre nous ça a collé de suite. J’avais remarqué vos regards, la manière que vous aviez de me soutenir, de me serrer contre vous. Ça ne m’a pas déplu, loin de là !

– Je ne me doutais de rien pour vous. Le fait de vous avoir dans mes bras ne m’a pas déplu non plus. Il y a bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé et j’en ai éprouvé bien du plaisir. Nous sommes arrivées Lucie ! »

Lucie passa devant Odile, se retourna vers sa protectrice et lui dit avec un sourire qui en disait long.

« Qui sait ce qui peut arriver…. J’en arrive à souhaiter que l’enquête dure encore de long mois ! »

Elle alla directement à sa chambre pendant qu’Odile était partie stationner la voiture au garage. Quand elle entra pensive dans la cuisine pour se préparer un café, elle sursauta, surprise par la présence de Nina.

« Que voulez-vous manger ce soir ? Une envie spéciale ?

– Non faites une bricole, ça ira, je n’ai pas très faim. Merci Nina. »

Alors qu’elle s’installa avec sa tasse dans le fauteuil du salon, elle repensa à l’attitude de Lucie et à ses paroles. En effet elle qui se sentait craquer savait qu’un simple mot d’elle la ferait fondre. Aussi elle appela son patron pour son rapport quotidien puis fit sa ronde habituelle qui la mena à l’étage où elle frappa à sa porte.

« Lucie vous allez bien ?

– Oui ça va. Je me reposais un peu. Je descends dans deux minutes. »

Odile termina l’inspection des pièces. Tout était bien fermé. C’est pourquoi elle s’installa dans son quartier général sur le pied de guerre car son instinct lui ordonnait d’être vigilante. Ainsi elle dressa l’oreille car elle entendit, venant de l’extérieur, des bruits de pas qui lui étaient inconnus. L’alarme n’avait pas fonctionné si quelqu’un était pénétré par effraction dans la résidence. Elle ferma la lumière, monta à l’étage et sans frapper entra dans la chambre de Lucie.

« Chut il y a quelqu’un dans le jardin ! Restez ici et fermez la porte à clé. N’ouvrez que si je vous appelle ! Prenez le portable. Je reviens ! »

Elle quitta la chambre où Lucie se verrouilla à double tour. Odile avait plongé la maison dans le noir. Allant d’une pièce à l’autre avec une torche à infrarouge, elle entendit des bruits provenant du salon. C’est pourquoi elle se cala dos au mur car elle connaissait bien les lieux et était assez sûre d’elle si elle avait la nécessité de neutraliser l’intrus. Celui-ci avança à tâtons. Il y avait bien quelqu’un, ce n’était pas une illusion. Il se butait contre les meubles jusqu’au moment où il perdit l’équilibre. Odile lui sauta alors dessus. Elle parvint à l’immobiliser sans problème, il ne se débattit même pas. Elle lui braqua sa lampe en pleine figure et reconnut Éric.

« Encore vous ! Ce n’est pas possible ! Je vais devoir avertir la police. »

Lucie en entendant le bruit était descendue sans tenir compte des recommandations d’Odile.

« Toi ! Je t’avais pourtant bien dit de ne pas revenir, que veux-tu enfin ?

– De l’argent, je veux mon argent, celui de mon père ! Tu me l’as volé !

– Ecoute-moi bien ! Je ne t’ai rien volé ! Va voir le notaire. C’est la dernière fois que je te laisse filer, la prochaine fois j’appelle la police. Odile raccompagnez-le à la porte s’il vous plait et mettez-le dehors sans ménagement s’il résiste !

– Je reviendrai, j’aurai ta peau ! Ta gouine aussi, elle ne perd rien pour attendre ! »

Odile était furieuse de se faire insulter. Elle le mit dehors avec la force de la colère. Elle revint et d’un ton ferme s’adressa à Lucie.

« Pourquoi êtes-vous descendue ? Je vous avais ordonné de rester enfermée ! Vous écoutez de temps en temps ce que l’on vous dit au lieu de n’en faire qu’à votre tête ? Vous vous êtes mise en danger inutilement, je ne peux pas vous surveiller correctement si vous n’avez pas un minimum confiance en moi !

– J’ai reconnu sa voix, j’ai eu peur pour vous ! Peur de vous voir blessée ou morte ! Je me suis attachée à vous, je n’y peux rien. Je n’ai pas réfléchi c’est l’émotion qui a dicté ma conduite.

– Il aurait été armé, c’était pareil.  Une morte ou une blessée aurait suffi. La prochaine fois, écoutez-moi ! Je ne veux pas vous perdre ! Je tiens à mon job ! Votre inconscience me sidère !»

Odile alla se calmer dans un coin du salon. Lucie, toute penaude, s’approcha d’elle.

« Je vous demande pardon, je ne voulais pas nuire à votre travail !  Aussi Je vous écouterai dorénavant promis ! »

Odile se leva et se retrouva face à elle. Elle se retint de la prendre dans ses bras et de la serrer contre elle. Lucie perçut son trouble. Elle lui prit la main, l’embrassa sur la joue et lui souhaita bonne nuit. Odile refusa de lâcher sa main, la regarda fixement et lui vola un baiser sur les lèvres. Lucie ne répondit pas et partit se coucher. Elle ne put trouver le sommeil. Le baiser, le goût sucré sur ses lèvres si douces, ce parfum enivrant qui lui avait fait tourner la tête l’obsédait. Odile de son côté ne savait plus que penser. Elle devait mettre hors d’état de nuire Éric, il devenait dangereux.

Elle devait redoubler de vigilance. L’amour était là également qui allait encore lui glisser entres les doigts si elle s’obstinait à le repousser. Ses préoccupations n’empêchèrent pas ses rondes régulières. Heureusement qu’elle avait des litres de café à sa disposition pour rester éveillée. Elle s’écroula de fatigue au petit matin. Lucie la trouva assoupie sur le canapé. Elle la réveilla avec un léger baiser. Odile sursauta.

« Bonjour, vous allez bien ? Vous avez fait de beaux rêves ?

– Oui ! Vous par contre vous êtes fatiguée, ça se voit. Vous n’avez pas encore beaucoup dormi cette nuit. Aujourd’hui je ne vais qu’à la boutique, vous pourrez vous reposer en rentrant. Allez prendre un expresso et une bonne douche, on se retrouve ici dans une heure. »

Odile se prépara un gros bol de café bien noir avec des tartines beurrées et prit une douche froide. Ensuite elle se vêtit rapidement et alla chercher la voiture qu’elle la gara devant la porte comme à son habitude. Enfin elle s’installa au volant et alluma la radio, pensant devoir attendre un moment Lucie. Pourtant elle resta figée quand elle la vit merveilleusement apprêtée sur le perron.

« Je vous plais à voir votre tête ? Vous êtes prête à vous jeter sur moi ? Ou bien vous restez sagement assise sur votre siège ?

– Vous êtes magnifique ! Comment vous résister tant vous êtes belle ! Mais je me dois de rester professionnelle, c’est l’heure de se rendre à la bijouterie. »

Odile conduisit l’œil dans le rétroviseur. La voiture bleue était de nouveau à leurs trousses. De son portable elle se mit en rapport avec le commissaire. Elle lui expliqua la situation, donna l’immatriculation et le type du véhicule. Elle fit également la description d’Éric qui était connu de leurs services. Elles arrivèrent enfin à la boutique. Odile était sur ses gardes, la voiture bleue s’était rapprochée à plusieurs reprises et il avait fallu jouer de ruse et de vitesse pour arriver à la semer. Odile espérait que la police arrêterait leurs poursuivants. Lucie s’enferma dans son bureau. En passant devant Odile qui gardait l’entrée, elle la frôla et lui adressa un clin d’œil complice. Elle n’en sortit que vers midi, ce fut plus long que prévu.

« On peut rentrer Odile !

– Bien on y va ! Restez là ! Je vous fais signe dès que la voie est dégagée ! »

Le trajet de retour se fit sans un mot. Lucie regardait Odile conduire. La voiture était toujours derrière elles qui les suivait. Mais où était la police ? Odile en colère après le commissariat appuya sur le champignon. Elle n’en avait que cure d’être prise pour excès de vitesse, au moins les forces de l’ordre pourraient intervenir. Mais c’est toujours quand on a besoin d’eux qu’ils brillent par leur absence. Elle connaissait les raccourcis, avec la voiture puissante qu’elle avait entre les mains c’était un jeu d’enfant que de foncer. Lucie avait compris qu’Éric était un de ses ravisseurs, la même voiture qui les suivait depuis plusieurs jours était la sienne, elle s’en souvenait maintenant. Elle osa enfin poser la question.

« C’est Éric qui nous suit depuis quelques jours ? C’est lui qui a essayé de me kidnapper ?

– Oui c’est lui, j’en suis sure. J’ai vu le tatouage sur sa main. Il vous veut du mal mais je tenterais le tout pour le tout pour l’en empêcher ! Vous devez maintenant redoubler de vigilance car maintenant qu’il se sait découvert il n’hésitera pas à vous tuer. La prochaine fois il sera peut-être armé soyez en certaine. Alors restez toujours derrière moi et ne prenez aucun risque inutile !

– En effet je ne veux pas que vous couriez un quelconque danger par ma faute. Aussi je serai obéissante et plus encore…. Je suis à vos ordres.

– Faites attention je vais vous prendre au mot. »

Prises par leur discussion, elles en oublièrent la voiture qui les suivait. Elles se retrouvèrent dans le salon sans même savoir comment, à croire qu’elles avaient été télétransportées. Odile monta prendre une douche histoire de se calmer. Quand elle redescendit, ce fut pour se rendre directement à la cuisine préparer comme à son habitude un café. Elle avait besoin de s’isoler pour comprendre pourquoi Lucie l’avait embrassée ce matin et à quoi elle jouait ? La porte s’ouvrit, Lucie s’était plantée devant elle.

« Vous m’offrez un café ?

– Bien sûr ! Mais avant je voulais savoir pourquoi ce matin vous avez déposé sur ma joue ce baiser ?

– Tout simplement parce que j’en avais envie ! Vous me plaisez et ce que vous faites pour moi me rend encore plus…

– Vous me rendez la tache encore plus dure ! Mais j’ai bien aimé ce genre de réveil ! J’ai aimé tout court ! Si ça vous reprend… Sachez-le ça ne me gênera pas bien au contraire ! »

Odile se leva et quitta la pièce en lançant un coup d’œil vers Lucie. Elle alla s’asseoir en boule dans un fauteuil pour réfléchir à la situation qui devenait compliquée car l’amour venait mettre son grain de sel dans une vie bien formatée. Bien qu’elle soit dans ses pensées, elle entendit du bruit venant du sous-sol. Son devoir était de vérifier qu’un intrus ne s’était pas introduit par surprise dans la villa. Elle descendit voir. En fait quelqu’un nageait dans la piscine. C’était Lucie, elle était nue dans l’eau. Odile lui adressa un signe amical et rassurée par sa présence s’apprêta à remonter quand Lucie l’interpella.

« Venez nager avec moi !  Je me sens un peu seule dans ce bassin !

– Sauf que je n’ai pas de maillot de bain ! Aussi je ne crois pas que ce soit une bonne idée !

– Allez viens ! Je peux te tutoyer ?

– Après tout, tu as raison on va se tutoyer. D’accord, je me déshabille et je te rejoins, ça va me détendre de plonger une tête dans l’eau, j’adore ça ! »

Odile se dévêtit, son corps fin et allongé était sculpté par des muscles puissants. On voyait à l’œil nu qu’elle était une grande sportive. Lucie n’avait pas perdu une miette de cet effeuillage, elle se rinçait ostensiblement l’œil. Ce corps elle l’avait rêvé, fantasmé. Odile se glissa dans l’eau et se mit à nager faisant mine de ne pas s’apercevoir du regard appuyé de Lucie sur elle. Elle aligna les longueurs pour ne pas foncer sur Lucie et l’embrasser. Elles restèrent ainsi dans la même piscine nue de surcroît. L’envie était présente mais aucune n’osait faire le premier pas. Odile préféra au bout d’un moment quitter le bassin.

Elle prit une serviette et s’essuya vite et mal, la nouant autour de son buste. Lucie lui demanda un coup de main pour sortir de la piscine. Odile se saisit d’un grand drap de bain et l’enveloppa afin qu’elle ne prenne pas froid. Elle prit son courage à deux mains et sans réfléchir plus, elle l’embrassa fougueusement. Lucie en lâcha sa serviette d’émotion et répondit à son baiser avec passion. Odile se dégagea d’un coup sec et s’excusa de sa folie. Elle remonta les escaliers en vitesse et alla droit dans sa chambre. Elle était amoureuse et savait qu’une liaison avec Lucie serait impossible.

La différence sociale, le milieu culturel creusaient un fossé entre elles deux. Elle se mit à pleurer. Il fallait venir à bout de son travail et oublier cet instant d’égarement. Elle sécha ses yeux et entreprit sa ronde après avoir envoyé un rapport à son patron. Elle ne croisa pas Lucie de la journée. Sans doute avait-elle préféré l’éviter. La nuit fut calme. Elle sauta même un tour de garde afin de reprendre des forces. Elle savait qu’elle devrait affronter le regard de Lucie, elle voulait être au mieux de sa forme. Elles se retrouvèrent au petit déjeuner dans la cuisine, leur rencontre était inévitable.

« Pourquoi es-tu partie hier ?

– Je commence à m’accrocher à toi mais notre relation n’est pas envisageable !

– Et pourquoi ? Qu’elle est la raison qui pourrait nous empêcher de nous aimer ?

– Tu le sais bien ! Tu es riche, ta famille est connue, tu es entourée de gens importants et célèbres. Ton milieu social n’est pas le mien. Alors crois-tu que nous pourrons construire une vie ensemble ? Je n’ai rien à t’offrir, je travaille comme une forcenée pour gagner ma vie, je vis en banlieue dans un meublé minable, tu t’en lasseras vite comme de ma simplicité !

– L’argent ne fait pas le bonheur et mon milieu social je m’en fiche ! Je crois dans le pouvoir de l’amour, j’y crois dur comme fer !  Je suis amoureuse de toi, c’est ainsi ça ne se commande pas ! Tu penses que ça m’amuse ma vie de people où les gens sont tous plus faux les uns que les autres. Le bonheur et l’amour ne s’achètent pas sinon ça se saurait. Toi tu peux m’offrir tout ça et ce n’est pas permis à tout le monde ! Sauf que tu l’ignores et que tu te caches derrière de faux prétextes pour ne pas te laisser envahir par tes émotions.

– J’ai peur comme pas possible ! Je préfère être face à un gangster que face à l’amour que j’éprouve pour toi ! Je n’arrive pas à rester de marbre devant toi, mes sentiments me jouent des tours. Il ne faut pas que je les laisse prendre le dessus car ta vie est en jeu ! Une fois que ton agresseur sera sous les verrous, je partirai ! »

Odile se leva les yeux embués de larmes. Lucie voulut la retenir mais elle parvint à se dégager de son étreinte et quitta précipitamment la cuisine. Odile tel un lion en cage allait de droite à gauche, elle ne pouvait se poser. Lucie afin de se donner une contenance annonça qu’elle allait se préparer et quand elle redescendit, on voyait bien qu’elle avait pleuré. Son costume sombre était de mise avec ses yeux rougis, comme si elle allait assister à un enterrement. Elle énonça le programme de la journée d’une voix monocorde : réunion à la bijouterie, déjeuner avec un ami de longue date, esthéticienne en soirée, puis détour au club. Odile avait ouvert la portière et lui signe de venir. Lucie s’installa dans l’auto dans un silence de mort.

Il y avait de la tension dans l’air mais aussi tellement d’amour. Odile, complètement submergée par sa peine ne vit pas la fameuse auto bleue. En étaient-elles enfin débarrassées ? Mais elles la retrouvèrent non loin de la bijouterie. La police n’avait pas bougé. Éric était toujours en liberté. Elle en informa Lucie. Celle-ci semblait ne pas l’entendre. Elle était ailleurs, comportement dangereux en cas de pépin. Odile afin d’assurer la sécurité de sa cliente l’escorta jusqu’à son bureau et sortit reprendre sa place dans la voiture afin de surveiller les entrées. Si Éric pénétrait dans la joaillerie, elle ne le louperait pas ! Ce fut le calme plat, uniquement des clients et des fournisseurs. Lucie, lunettes noires s’engouffra dans la berline et lui ordonna de la déposer dans le restaurant le plus huppé de la ville. Elle l’invita à l’accompagner à l’intérieur et Odile se plaça au bar.

De cette manière elle avait vu sur toute la salle et sur sa protégée. L’homme avec lequel Lucie avait rendez-vous la regardait avec désir, il en était amoureux cela ne faisait aucun doute. Elle fit mine de jouer les effarouchées, son regard en fait ne lâchait pas celui d’Odile. Ce petit manège dura jusqu’à l’heure de son autre rendez-vous. C’étaient de riches diamantaires qui lui présentaient des pièces rares et précieuses. Après des aurevoirs et des promesses de nouvelles visites, direction le centre de soins. Là aussi, Odile regarda partout, il y avait plusieurs entrées, elle se mit en faction pratiquement derrière la porte où Lucie était en prise en charge par un masseur. Elle n’était pas rassurée du tout.

Elle pria le ciel pour que cela ne durât pas dix ans. Lucie ressortie calme et sereine, les larmes du matin avaient disparu, elle semblait bien dans sa peau. Elle regarda Odile puis partit sans l’attendre. Odile la rattrapa et lui ordonna fermement de lui obéir et de rester derrière elle. Lucie l’écouta sans rouspéter. L’espace beauté était dans un endroit reculé, le parking était grand, un coin idéal pour un mauvais coup.

Odile ne s’était pas trompée. La voiture d’Éric les doubla et vint leur barrer la route, elle n’avait pas eu le temps de le voir arriver. Odile demanda à Lucie d’appeler la police de suite sur son portable. Éric sortit du véhicule pistolet à la main. Odile avait elle aussi une arme, dans le dos, coincé dans la ceinture de son pantalon. Elle surgit hors de son véhicule en demandant à Lucie de se coucher sur la banquette et de ne pas sortir sans son accord.

« Éric, arrête ! Ne commets aucune bêtise ! Lâche ton arme et fous le camp. Je ne veux pas te blesser !

– C’est moi qui vais te butter salope ! Après j’irai flinguer la voleuse d’héritage !

– Ça suffit maintenant, tu n’es pas en état de quoi que ce soit, dégage ! Je ne te laisserai pas faire de mal à Lucie ! Il faudra me tuer avant pour l’approcher !

– S’il n’y a que ça, ce n’est pas un problème, je vais te mettre une balle entre les deux yeux ! De toute façon je n’ai jamais supporté les gouinasses ! »

Éric tendit le bras et tira en direction d’Odile, elle fut touchée à la tête mais eut le réflexe de riposter avant. Éric s’écroula sous l’impact de la mitraille. Lucie entendit une autre détonation. Une deuxième balle avait atteint Odile au ventre. Elle s’effondra au pied de l’auto. Avant de s’évanouir Odile entendit les sirènes de police. Ils arrivaient trop tard, le mal était fait. Lucie était sortie en trombe du véhicule et avait pris Odile dans ses bras. Elle pleurait et la suppliait de ne pas la laisser, de ne pas mourir. Pour Éric s’était fini. Il avait été tué sur le coup. Le Samu avait été appelé en renfort. Odile fut transférée d’urgence à l’hôpital où une intervention de la dernière chance, qui dura des heures, fut tentée pour la sauver.

La famille de Lucie était venue prendre des nouvelles croyant que c’était elle qui avait été blessée. Le commissaire leur avait donné de mauvaises informations. Alors que ses parents voulurent raccompagner Lucie à la villa, celle-ci déclara qu’elle ne quitterait pas le chevet de son garde du corps. On tenta de la raisonner en vain, elle resta butée sur sa position. Elle comptait revoir le sourire d’Odile. Son entourage ne comprit pas une telle attitude et la jugea sévèrement.

« Lucie cette femme n’a fait que son devoir, elle est payée pour ça ! C’est regrettable mais tu n’y peux rien. Tu lui enverras un chèque avec des fleurs et voilà. Ta place n’est plus ici ! Que vont penser les gens en te voyant dans cet état ! Pense à notre nom, à notre réputation ! Et si tu veux l’indemniser plus nous te donnerons de l’argent. Mais je t’en supplie, rentre avec nous !

– Ça suffit ! Je ne partirai pas ! Je resterai ici que ça vous plaise ou non !

Cette personne a donné sa vie pour me sauver. Je lui dois tout. Le plus dingue c’est que ma réputation je m’en fous et pour tout vous dire je l’aime, je suis amoureuse d’elle ! Le reste ne compte pas à mes yeux !

– Tu ne sais plus ce que tu dis ! Tu es sous le coup de la douleur, tu as perdu la tête ! On va te ramener chez toi. Pour ce que tu viens de dire, on fera comme si on n’avait rien entendu ! Tu es bouleversée !

– Si vous avez bien entendu ! Je l’aime ! Si elle s’en sort, je compte vivre avec elle ! La famille, le nom tout ça n’a pas d’importance ! Je ne veux qu’elle ! Vous pouvez me rayer de votre vie, me déshériter, ça m’est complètement égal ! Je l’aime un point c’est tout, ma vie est avec elle !

– Nous préférons rentrer ! On en a assez entendu pour ce soir ! Pense à l’irréparable gâchis que tu commets. Sache que si tu persistes dans cette voie tu n’as plus de famille ! »

Sa famille s’éloigna furieuse. Elle n’avait jamais pu leur avouer ses amours féminins. Cependant elle ne s’épancha guère plus, elle avait dans l’esprit des préoccupations bien plus importantes. Odile était dans le coma et les médecins ne pouvaient se prononcer. Il fallait attendre. Lucie demanda à rester dans la chambre près de sa protectrice, un lit lui fut installé. Elle la veilla des jours et des nuits. L’état d’Odile resta stationnaire. Les heures d’angoisses étaient venues à bout de Lucie. Elle se sentait seule, l’employeur de son aimée passa en coup de vent une ou deux fois puis disparut de la circulation.

Odile avait peu de famille sur place, elle vivait à des milliers de kilomètres de là dans les îles. Quelques coups de téléphone au début puis très vite là aussi silence radio !  Quant à ses amis personnes n’était venu, même quelques minutes. Lucie avait ainsi compris, mieux qu’un long discours le fossé qu’il y avait entre elles. Tout les différenciait. Mais aujourd’hui chose en commun les réunissait : elles étaient seules.

Leurs familles les avaient laissées tomber. Leurs amis avaient pris la tangente. Aussi il ne leur restait rien sauf leur amour. Pourtant il fallait qu’elles arrivent à passer outre leurs préjugés et vivre tout simplement. En effet il y avait maintenant trois semaines que rien n’avait changé dans l’état de santé d’Odile. Un après-midi pourtant, Odile bougea les doigts. Lucie qui lui tenait la main, la lui serra encore plus fort tout en lui murmurant des mots d’amour.

« Odile, c’est Lucie. Je t’en prie, reviens parmi nous ! J’ai besoin de toi ! Ne me laisse pas ! Je t’aime ! Je suis folle de toi ! J’ai envie de toi, je veux encore sentir tes lèvres sur ma peau. Je t’aime, je t’aime ! »

Aucune autre réaction. Au milieu de la nuit, Lucie sentit la main d’Odile lui caresser la paume. Elle ouvrit grand les yeux et put apercevoir Odile qui clignait des paupières. Elle était revenue du pays des ombres. Lucie l’embrassa en pleurant de joie et hurla qu’une infirmière vienne de suite.

Odile sortit de son coma en quelques jours…

Garde du corps, garde du coeur.

Lucie ne perdait pas une miette de ses progrès.

« J’ai eu si peur de te perdre !  Si tu savais combien je t’aime ! Remets-toi vite mon amour, on a toute la vie pour nous !

– J’ai entendu ta voix et tes sanglots, tu me disais combien tu m’aimais ! Je ne pouvais pas te faire de la peine. J’ai compris à ce moment-là que j’étais vivante, qu’il fallait que je me batte pour m’en sortir. Tu sais combien je t’aime aussi. Je veux vivre avec toi ! Mais as-tu pensé à ton avenir, à ta famille ?

– C’est une histoire classée, tout le monde m’a tourné le dos. Je leur ai avoué les sentiments que j’avais pour toi ! Le plus important c’est toi, ils finiront avec le temps par accepter qui je suis, ils sont assez hypocrites pour ça ! La vie est trop courte pour la laisser filer sans avoir sa part de bonheur. Mon avenir est avec toi, c’est mon choix ! Toi et personne d’autre !

– Tu as tout sacrifié pour moi ? Je vais te rendre heureuse ! Je vais guérir vite pour toi. Une fois sur pied je te montrerai combien je t’aime.

– Alors rétablis-toi vite, j’ai hâte de te le montrer aussi. »

Elle l’embrassa à pleine bouche, Odile répondit à ses baisers avec autant d’ardeur.

De garde du corps elle était devenue son garde du cœur.

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