Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Fantasme ou réalité

Fantasme ou réalité est une nouvelle lesbienne sur l’usure du désir dans le couple.

Samedi 15 juin

Comme tous les samedis je suis allée à la piscine. En effet j’ai pris un abonnement à l’année, au moins je n’ai plus d’excuses pour ne pas me bouger. Le miroir me renvoie tous les matins les traces du temps qui passe et dans quelques années je ne serai plus cette belle femme qui attire tous les regards. En effet je serai entre deux âges, ni veille ni jeune, tout juste baisable les jours de manque. C’est maintenant que je dois en profiter, pas quand il sera trop tard, que je me lamenterai sur les occasions manquées. Notre couple est usé jusqu’à la corde. D’avance je sais comment elle va jouir, quel soupir elle va pousser, quelle caresse elle va me réclamer.

Nos corps à force de se connaître si bien n’éprouvent plus aucune sensation nouvelle, tout n’est qu’une vaste répétition d’un seul et même orgasme jamais achevé. Enfin si je n’étais pas si lâche, j’abandonnerais cette routine qui m’écœure pour vivre pleinement mon existence mais je suis trop attachée à mon petit confort pour en avoir le courage. Aussi j’ai décidé de commencer ce journal intime pour y voir plus clair et qui sait oser mes désirs…

Dimanche 16 juin

Hier soir j’ai voulu avec Claudie essayer de nouvelles caresses mais elle s’est cabrée immédiatement. Pas question m’a-t-elle susurré sèchement. J’en ai marre qu’elle me frustre parce qu’elle a décrété que c’était comme ça et pas autrement. En effet il est loin le temps où on faisait tout le temps l’amour et n’importe où. Je rigolais quand on me parlait d’usure du couple, de baisse de la libido et autres bla-bla psychologisants. Pourtant aujourd’hui tout est devenu mécanique, on s’embrasse, je lui touche les seins et en moins de dix minutes elle et moi on a joui, quand encore j’y arrive. Comment avons pu nous perdre ainsi l’une l’autre ?

Je n’ai rien à lui reprocher, elle m’aime aussi et continue comme au premier jour son jeu de la séduction, même s’il est très ritualisé et peu renouvelé. C’est moi en fait qui suis à la recherche de plaisirs nouveaux, qui n’accepte plus les limites qu’elle me pose. En effet je rêve d’une femme qui me ferait vibrer, avec laquelle la passion serait telle que la folie de nos âmes et de nos corps m’amènerait à explorer toutes mes zones érogènes sans retenue.

Lundi 17 juin

La reprise a été dure. Marre de les entendre raconter leur week-end en famille ou en amoureux, marre de me taire, marre de faire semblant d’être heureuse en célibataire endurcie. Toutes ces petites vies étroites bien huilées où l’imprévu n’a aucune place me donnent envie de gerber. Marre qu’on me renvoie à la figure que si je ne bouge pas je vais me dessécher le cœur, me ratatiner dans mon aigreur de vieille fille. Une collègue limite hystéro n’a pas apprécié que je m’oppose à elle. En effet l’épanouissement des femmes ne passe pas obligatoirement par la maternité et le mariage.

Non je ne suis pas une perverse lubrique parce que je n’ai pas pondu un petit prince qui me payera plus tard ma retraite et que seul le plaisir m’intéresse dans le sexe. Pourtant si je pouvais tout envoyer balader, ah si je pouvais…Ce n’est pas du côté du boulot que je pourrais avoir des ouvertures. Aller dans les bars ? Quelle vulgarité ! Je ne suis quand même pas en manque à ce point. Ne précipitons rien, j’ai confiance en mon karma, l’amour sourit à qui sait l’attendre. Il suffit d’y croire et le destin fera le reste. Enfin pourquoi d’un coup une telle hâte ? Quelle folie me saisit ?

Mardi 18 juin

Mes parents se sont mariés un 18 juin. Brigitte Bardot aussi. C’est un bon jour pour une rencontre. Je le sens. Ce soir après le boulot j’irai à la piscine. Je n’aurai pas le temps d’écrire dans mon journal en rentrant.

Mercredi 19 juin

Je l’avais remarquée la dernière fois que je m’y étais rendue. Dans son maillot de bain une pièce de très belle coupe, longiligne, musclée comme le sont les nageuses avec des épaules en trapèze, des jambes qui n’en finissent plus et des fesses plates comme des limandes, les lunettes foncées qui cachaient ses yeux, elle enchaînait les longueurs sans reprendre son souffle. J’admirais sa souplesse dans les mouvements, son infatigabilité et le rythme soutenu qu’elle s’imposait. Personne ne parvenait à la suivre, un ou deux hommes avaient cependant tenté de la dépasser mais très vite, ils renonçaient leur course poursuite tant elle était trop forte pour eux. J’étais fascinée par son style, par sa grâce et son endurance. Elle incarnait pour moi la femme parfaite, celle que je cherche depuis toujours. Comment l’aborder ? Comment lui plaire ?

Jeudi 20 juin

Toute la journée j’ai pensé à elle. Pourquoi hier je ne l’ai pas suivie dans la douche ? A quoi ressemble-t-elle sans ses lunettes et une fois habillée ? Appartient-elle au cercle de nageurs ? Quels sont ses horaires ? Est-elle une habituée ? Il faut que j’en sache plus sur elle. Elle est là le samedi et le mercredi. Serait-ce une enseignante ? Une prof de gym ? Toutes ces questions sans réponse m’irritent, je n’aime pas me sentir à ce point frustrée. Et en même temps quelle excitation que de deviner qui est cette femme. Je vais me fixer d’aller le plus souvent à la piscine, ainsi j’en apprendrai certainement plus sur ses habitudes.

Vendredi 21 juin

Déception elle n’était pas là. Je n’ai pas eu le courage d’y retourner à 20 h. J’y suis restée les deux heures d’ouverture entre midi et deux. Je vais m’arranger la semaine prochaine pour me libérer à toutes les coupures. A moins qu’elle ne fréquente d’autres bassins. De toute façon je ne peux pas lui courir après partout autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Enfin je ne veux pas non plus que Claudie commence à se méfier et à fouiner le nez dans mes affaires, si je dois la quitter autant que ce soit pour une autre avec laquelle j’ai déjà une aventure bien amorcée. La solitude non merci ! Notre couple peut aussi encore fonctionner un moment. 

Et question sexe comme j’en ai besoin fondamentalement pour me sentir exister, je préfère encore le faire avec elle que toute seule. Entre les deux y’a pas photo ! En effet mon index ne vaudra jamais sa langue !

Samedi 22 juin

Elle était là sublime dans sa ligne d’eau. De toute évidence elle était connue de tous les maîtres-nageurs puisqu’elle leur a adressé un petit signe amical à la fin de son entraînement et est allée discuter avec eux à sa sortie du grand bain. J’étais trop perturbée pour continuer à nager comme si de rien n’était et je n’ai pu m’empêcher de la suivre sous la douche. J’adore l’odeur de son savon. Je n’en ai pas vu la marque mais j’ai juste remarqué qu’il était à base de vanille.

Elle avait une manière très sensuelle de s’appliquer le gel liquide sur le corps, on aurait dit qu’elle se caressait. Ses mains couraient sur ces muscles souples et rebondis, sa peau lisse et glabre. D’un geste énergique, elle a abaissé les bretelles de son maillot et sur poitrine, ferme et ronde, les gouttelettes d’eau ruisselaient. Les mamelons étaient saillants et bruns, ses doigts agiles savonnaient avec application toute la partie haute de son corps. Je me suis osée à lui sourire et elle m’a décoché un clin d’œil nullement gênée par sa nudité. J’ai baissé les yeux car j’ai senti que je rougissais, je ne voulais pas qu’elle s’aperçoive ainsi de mon trouble.

Pourquoi je me suis dégonflée ? Néanmoins je suis restée sous la douche très longtemps après elle. Je l’ai croisée dans les vestiaires alors qu’elle partait. J’ai eu immédiatement le coup de foudre pour son look androgyne, pantalon à pinces, chemise blanche et mocassins. Elle peut se le permettre avec sa taille affinée et ses larges épaules. Sa seule coquetterie fut de s’appliquer du gel dans ses cheveux courts, on voyait qu’elle prenait soin d’elle car sa coupe était impeccable et ses vêtements de marque bien coupés.

Il faut vraiment que j’en apprenne plus sur son compte, son milieu social. Est-elle célibataire ou en couple ? Il ne faut pas rêver une fille pareille doit être prise solidement en main par une tigresse jalouse comme pas deux. A moins qu’elle ne s’offre des extras ? A moins que comme moi aussi elle soit à la recherche d’autre chose que de la routine plan-plan avec sa régulière ?

Dimanche 23 juin

Avec Claudie nous avons fait l’amour et au moment de l’orgasme je n’ai pu m’empêcher de penser à la belle inconnue. J’en étais tellement excitée que j’ai été obligée de me caresser seule car Claudie s’était endormie tout de suite après. Faut vraiment que je sois dans l’urgence et que je ne puisse pas attendre ! C’était bon car je m’imaginais sous la douche avec elle, l’eau coulait sur nous et nos mains se cherchaient, nos sexes se collaient l’un contre l’autre, nos poitrines se touchaient. Je l’embrassais. C’est alors que Claudie fit un saut de carpe dans le lit à cause d’un bruit venu de l’extérieur et le charme se rompit.

Impossible de reprendre le fantasme là où il s’était interrompu tant j’ai eu la trouille que Claudie ne se réveille définitivement et se pose des questions sur ma frénésie masturbatoire moi qui déteste tant ça habituellement.  Cependant je suis restée sur ma faim et je n’ai pas su pas comment cela s’était terminé. Était-elle aussi bonne amante que nageuse ? Mon imagination aurait tout loisir de m’apporter la réponse dès que l’occasion se représenterait. Si demain Claudie part avant moi au travail, je reprendrais là mes caresses solitaires car les circonstances seront plus propices à ce genre d’activité.

Lundi 24 juin

J’avais oublié qu’il y avait grève dans les transports et que Claudie avait pris sa journée. J’ai galéré dans les bouchons et dans mon excitation je ne me suis pas rappelé que la fermeture de la piscine était le lundi. La déception était immense et plutôt que de rentrer, j’ai opté pour un hammam. Bien m’en a pris car non seulement je me suis détendue mais en plus elle était là. J’aurais dû me douter qu’elle pourrait y avoir ses habitudes, j’avais aperçu au cours de la douche qu’elle devait être adepte des soins dermatologiques, sa peau était presque parfaite. Nonchalamment je me suis installée à côté d’elle et nous nous sommes avalées du regard sans mot dire.

Au moment du massage je l’ai laissée passer la première et quand vint mon tour, je fus déçue de la voir partir sans se retourner. J’eus hâte que cela se termine et une fois rhabillée, je compris que je m’étais fait des illusions. Cette fille n’était pas pour moi. J’étais tellement perturbée que sur le parking j’avais beau fouiller mon sac et mes poches je ne retrouvais pas mes clés. C’est alors que j’entendis une voix me dire : « ce n’est pas à vous, je les ai trouvées au hammam ? ».

C’était elle. Non seulement elle avait un corps et un sourire sublime mais en plus elle avait un timbre envoûtant. J’étais tellement surprise que ma bouche entrouverte ne put émettre aucun son. Elle en profita pour y déposer un baiser furtif tout en me collant dans la main mon trousseau. J’étais comme catatonique, transformée en statue de sel sous la douceur de ses lèvres. Non ce n’était pas un film. Oui elle m’avait embrassée. Je nageais en plein bonheur !!!

Mardi 25 juin

Les heures et les secondes défilaient comme au ralenti. J’avais prévu d’aller à la piscine à 18 heures. Claudie hier soir m’a fait une scène car elle m’avait attendu pour manger et j’avais omis de la prévenir que je m’étais attardée au hammam. Qu’est-ce qui pouvait me pousser à tant prendre soin de mon corps ? Et pourquoi pas l’esthéticienne pendant que j’y étais ? Ce n’est pas parce qu’elle avait renoncé à sa féminité qu’elle devait me reprocher de m’occuper de la mienne ? J’étais sur un nuage, je n’avais pas envie de me quereller avec elle. J’ai fini par lui avouer que j’avais peur de vieillir et de perdre mon pouvoir de séduction sur elle. Je dus la toucher car elle se calma et la soirée se passa sans heurts. J’avais maintenant le champ libre pour ma belle inconnue.

Ainsi quand la caissière vint ouvrir les portes j’étais la première cliente. J’avais avalé une dizaine de longueurs quand elle pénétra à son tour dans l’eau. Imperturbable elle choisit ma ligne d’eau et j’eus toutes les peines du monde à la suivre. Au bout d’une heure à ce régime je me précipitai dans le jacuzzi pour récupérer. Elle m’y rejoignit et alors que je fermais à demi les yeux pour me détendre, je sentis son genou toucher le mien et sa main chercher la mienne. Les tourbillons des jets me massaient la totalité du corps, j’étais dévastée de plaisir. Un homme qui avait dû être excité de nous voir ainsi nous abandonner sous l’effet de nos caresses vint s’imposer en nous écrasant les pieds pour mieux se coller à moi.

Elle me prit par la main et m’entraîna dans une cabine douche qui fermait à clé. Elle appuya sur le bouton et un jet d’eau nous inonda le corps. Nos lèvres se touchaient, nos seins se dressaient et dans la folie de nos étreintes maladroites et passionnées, chacune fit glisser à terre son maillot de bain. A chaque arrêt de la douche, un coup sec de sa part sur le bouton poussoir nous renvoyait à trois minutes de bonheur en plus. Frénétiquement nos mains fouillaient l’intimité de notre sexe, le plaisir fut violent et intense, trop bref à notre goût. Sans doute que l’agitation extérieure et l’affluence des gens à cette heure nous poussa à précipiter cet orgasme, la crainte d’être surprises amplifia la jouissance liée à cet interdit.

J’étais ivre de son odeur, déconnectée de la réalité. Quand la reverrais-je ? Quand referions-nous l’amour ? Elle avait remis son maillot de bain et sortit avant que je ne comprenne que c’était déjà la rupture. J’avais le ventre brûlant, l’envie de recommencer tout de suite, de tout plaquer et de la suivre jusqu’au bout du monde. Plus rien d’autre qu’elle ne comptait. Quand je fus redescendue sur terre, je pris conscience qu’elle avait disparu et que je ne savais rien d’elle !

« C’est quoi ce texte ?

– Tu as fouillé dans mes affaires ? De quel droit ?

– Je suis tombée dessus par hasard car tu l’avais coincé dans une pile de linge qui a eu le malheur de me tomber sur les pieds quand j’ai ouvert l’armoire.

– Tu n’étais pas obligée de le lire ?

– C’est vrai. Mais quand j’ai vu le mal que tu t’étais donné pour que j’ignore que tu l’écrivais, ma curiosité a été la plus forte. Quand est-ce que tu comptais me l’annoncer ?

– T’annoncer quoi ?

– Que tu me quittes !

– N’importe quoi ! Ce manuscrit est une nouvelle que je rédige pour une revue. Qu’est-ce que tu as été t’imaginer ?

– Vas-y ! Prends-moi pour une idiote ! C’est mon prénom tu n’as même pas cherché à le modifier.

– Je ne te prends pas pour une idiote, c’est un brouillon je changerai les prénoms plus tard car pour l’instant je ne veux pas perdre mon inspiration ! Dans quelle langue je dois te dire que je t’aime et que jamais de la vie je ne te tromperai. Ceci est un pur fantasme.

– C’est vrai ? Tu ne mens pas ?

– Tu me connais. Est-ce que tu peux me reprocher quoi que ce soit concernant ma fidélité ? Est-ce que je t’ai déjà trompée ? Avec mes horaires de fonctionnaire, difficile de coincer une maîtresse dans mon emploi du temps sans que tu ne le saches !

– D’accord. Je me suis montée toute seule mon petit scénario. Mais franchement tu as de ces idées pour tes récits, quelle imagination tout de même !

– Pour te prouver ma bonne foi, regarde je déchire ce petit cahier et je le jette. Si tu n’as pas aimé l’histoire, il en sera de même pour mes lectrices.

– Non arrête, c’est stupide !

– Trop tard ! De toute manière ce n’est pas l’inspiration qui me manque !

– C’est sûr ! Tu es assez douée pour inventer des nouvelles aux chutes assez inspirées. Embrasse-moi ! »

Jeudi 27 juin

Je redémarre ce nouveau journal car Claudie a eu accès au précédent. Mais cette fois ci je l’écris sur une clé USB. Comme elle est nulle en informatique, je risque moins que la première fois. Hier je n’ai pas pu retourner à la piscine car je ne voulais pas éveiller ses soupçons. En attendant je suis trop lâche pour quitter Claudie et je préfère ma sécurité et mon petit confort avant de me lancer dans quoi que ce soit. Finalement j’aime bien ça jouir à la sauvette et ne pas m’engager, cela a aussi ses avantages. Cependant sans s’en rendre compte Claudie a ouvert une boite de pandore et j’ai très envie de nouvelles aventures. On m’a dit que les hammams c’est pas mal aussi pour ce genre de plan. Entre fantasme ou réalité, la frontière est assez mince au fond…

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