Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Cure thermale

Cure thermale est une nouvelle lesbienne sur la délicate relation mère-fille à l’adolescence.

Colette n’en pouvait plus de ses kilos superflus. Il y avait bien longtemps que son mari ne lui susurrait plus des mots d’amour et les rares fois où il avait encore envie d’elle, c’était le matin, certain que son érection tenait plus de la mécanique que de la libido. Ses copines l’avaient bien entraînée à la piscine. Mais le calvaire du maillot de bain noir une pièce trop serré pour elle et des regards ironiques quand elle entrait dans l’eau, l’avait peu à peu découragée.

C’est son médecin, qui au regard de sa tension aussi élevée que l’Everest et de son taux de cholestérol qui se portait mieux que le cours de la bourse, qui lui parla d’une cure thermale. Colette n’aurait aucun mal à obtenir de la sécurité sociale une prise en charge pour les soins, resterait à ses frais l’hôtellerie. Colette était ravie de cette proposition. Ce serait l’occasion de partir sans son mari qu’elle ne supportait plus. Et de demander à sa fille de l’accompagner, la solitude lui faisait trop peur. En effet Colette à 50 ans souffrait du syndrome du nid vide. Son fils était déjà parti de la maison et sa fille Lola, 17 ans, ne tarderait pas à imiter son aîné.

Les vacances d’été étaient toutes choisies pour cette cure thermale d’un mois à Brides-les-Bains, petite ville de Savoie, réputée pour son eau aux vertus thérapeutiques. C’était le rendez-vous incontournable des obèses qui avaient décidé de prendre leur destin en main. Le mari de Colette pour son demi-siècle lui avait offert une série de valises assorties. Cela en disait long sur son envie de la voir partir. Ses amis avaient payé les billets de train ainsi que la location d’un studio. Grâce à un clic sur Internet c’est comme si vous y étiez. C’est donc tous frais payés ou presque que Colette et Lola partirent dans les Alpes se refaire une santé.

Comme il fallait s’y attendre, en dehors des soins il n’y avait guère d’animation. Pas question d’un bon restaurant ou d’une glace mangée sur un banc en regardant les badauds passer. De plus toutes les conversations tournaient autour du même sujet : les kilos superflus et comment les combattre, les effets des régimes et de l’eau de source sur le métabolisme. Depuis trois jours qu’elles étaient là, mère et fille s’ennuyaient. Lola encore plus car en dehors de perdre un os, elle n’avait rien en trop. C’était une jeune fille des plus mignonnes, bien dans son époque, habillée mode et encore vierge.

En effet Lola n’avait jamais connu l’amour. Et toutes ses copines se moquaient généreusement de son pucelage qu’elle n’avait pas encore perdu comme si c’était la pire des tares. Colette, intérieurement s’en réjouissait. Il n’est jamais évident de voir sa fille récolter tous les hommages que les hommes ont renoncé à vous faire une fois la quarantaine passée. La jalousie larvée et non assumée la poussait à surprotéger sa fille et la rassurer sur son potentiel de séduction. Elle aurait bien assez le temps de se confronter au désir d’autrui.

Le soleil avait décidé lui aussi de prendre des vacances et de laisser la pluie s’emparer de la région. Inutile de penser à se balader dans le parc, encore moins flâner dans la ville. Heureusement le propriétaire du cinéma avait organisé une séance supplémentaire, c’était bien le seul à se réjouir de cette déconvenue. Lola et Colette qui avaient l’habitude des queues interminables au multiplexe avaient prévu d’arriver avec une bonne avance. Mais la province ignorait cette ruée. En dehors d’une mère de famille avec son fils de six ans, elles étaient seules à attendre dans le hall. Le petit garçon, attiré par Lola, vint s’agripper à elle et se mit à lui caresser le haut de la cuisse.

Cela fit rire l’assemblée mais très vite, ce geste devint inconvenant. La mère qui n’avait aucune autorité sur son fils avait beau le prier de venir la rejoindre, le gamin ne se lassait pas de coller Lola. Colette voulut faire diversion en sortant une barre chocolatée de son sac. Mais cela eut pour effet de faire hurler l’enfant. L’interdiction maternelle tomba comme un couperet. Mais où Colette avait-elle la tête, n’en avait-elle pas assez d’être enrobée, le monde devait-il être à son image ? Colette, vexée par cette remarque blessante, entraîna sa fille au bout du couloir, qu’elle se débrouille avec son môme mal élevé. Après tout si elle voulait en faire un obsédé sexuel c’était son problème pas le sien ! Lola, soulagée d’échapper à ces attouchements douteux, remercia sa mère chaleureusement, la rassurant sur ses formes plantureuses. 

Elles n’avaient pas vu que non loin de là une jeune fille, assez masculine, n’avait pas raté une miette de l’incident. Elle leur adressa un sourire complice et se leva de son banc afin de les inviter à le partager avec elle. La conversation s’engagea tout naturellement. Elle proposa à Lola de s’asseoir à côté d’elle dans le cinéma afin d’éviter de se faire importuner par le morveux. Lola, trop heureuse d’échapper à son persécuteur, approuva d’emblée sans attendre la réponse de sa mère. C’est en silence qu’elles achetèrent leurs billets.

En rentrant dans la salle, la séance venait de commencer, elle s’installa à côté de Lola et se présenta : « Roxane ». Lola ne répondit pas. Pendant la séance, à moins que ce ne soit avant ou après, il sembla à Colette que Roxane regarda à la dérobée Lola, qui ne s’aperçut de rien. Le film terminé, elles sortirent. Dans l’oreille Colette glissa à Lola qu’elle trouvait cette jeune fille plutôt belle, très androgyne et lui signala qu’elle l’avait regardée maintes fois.

Les deux jours suivants, elles rencontrèrent Roxane en fin de matinée vers 11h30. Puis en fin d’après-midi vers 18h30 lorsque tous les curistes, dont elles faisaient partie, allaient à la buvette du parc thermal pour boire un verre de la source d’eau chaude, et remplir leurs bouteilles pour leur consommation journalière. Il semblait à Colette qu’elle regardait Lola avec insistance. Le troisième jour, de loin, en fin de matinée, Colette vit Roxane, laissa Lola passer à gauche, tandis qu’elle observait la scène en passant sur la droite.

Roxane la distingua alors, et lui adressa un sourire lumineux, mais Lola ne répondit toujours pas à son sourire. Elle partit, Colette s’empressa de rejoindre sa fille pour lui avouer qu’elle devait lui plaire. Si c’était bien le cas, elle lui prédit qu’elle allait sans doute s’asseoir un peu plus loin sur leur chemin, pour la regarder passer, ce qu’elle ne manqua pas de faire ! On voyait la femme mûre qui connaissait tous les mystères et les secrets de la séduction. On voyait aussi que son adolescence ne l’avait pas quittée et qu’elle avait dû elle aussi connaître pareils bouleversements avec une jeune fille de son âge.

Le soir, elle les précéda et se retourna maintes fois pour la regarder. Roxane expliquera plus tard à Lola qu’elle se retournait car elle la trouvait jolie. Mais elle avait les larmes aux yeux, car elle lui semblait tout à fait impossible qu’une jeune fille si mignonne soit libre. A partir de cet épisode, Lola décida d’aller chercher l’eau toute seule, sans se faire prier, répondant enfin à son sourire, commençant même à lui parler un peu. Elle était décidée à se lancer, « à jouer le jeu ». C’était son expression, ravie de plaire pour la première fois à quelqu’un. Ses copines ne pourraient plus se moquer d’elle. Elle ne serait plus la cruche de service, apeurée à l’idée qu’on l’approche.

Elle, si farouche habituellement, mit bas ses défenses, envoyant à Roxane des signaux qu’elle n’aurait aucun mal à capter. Colette, amusée par les émois d’un genre nouveau pour sa fille, se mit légèrement en retrait, restant en position d’observatrice. Ce n’était plus une adolescente, prenant pour modèles les chanteuses ou les mannequins, placardant des posters géants dans sa chambre. C’était une jeune fille qui s’éveillait à la sexualité. Mais ça Colette ne voulait rien en savoir, elle connaissait Lola par cœur. Sa fille était encore un bébé, ignorante de ces désirs et de cette réalité. Non il s’agissait juste d’un flirt platonique, rien de plus, bien normal à son âge.

Leur première semaine de cure s’achevait et Colette avait rendez-vous avec le médecin pour la pesée. Tout à son bonheur d’avoir perdu deux kilos, elle traîna un peu à discuter avec la diététicienne qui l’encouragea à maintenir ses efforts. Elle lui conseilla de s’inscrire à des séances d’aquagym, maigrir était une chose, avoir une silhouette sculptée en était une autre. En effet Colette se devait de remodeler ses formes. Pas question de voir pendouiller la chair molle. Il faut savoir pourquoi on se privait de ce qu’on considérait comme le meilleur avant de venir à Brides-les-Bains. Colette, en jetant un rapide coup d’œil à sa montre se rendit compte que Lola allait l’attendre au lieu habituel.

Mettre le turbo et foncer. Essoufflée mais ponctuelle Colette arriva à l’heure prévue, Lola par contre n’y étant pas. Elle attendit un moment, puis commença à s’affoler. Elle parcourut rapidement et plusieurs fois le grand parc thermal fleuri sans voir l’ombre de sa fille. Les pires pensées lui traversèrent l’esprit, inracontables ici. A bout de souffle et d’épuisement, elle décida de retourner à leur location afin de prévenir la police. Alors qu’elle était presque arrivée, Colette découvrit Lola souriante, revenant vers leur logement tout en devisant tranquillement avec Roxane.

« Lola, tu fais ce que tu veux, mais tiens-moi au courant, dis-moi où tu es et pense à respecter nos rendez-vous ! » Roxane s’excusa, Colette bafouilla un « ce n’est pas grave », et rentra verte de rage et blanche d’émotion. Roxane s’engouffra dans l’appartement, prête à s’expliquer, réalisant l’état dans lequel se trouvait la mère de Lola à cause d’elle. Colette la dévisagea. Blonde, les yeux bleus, le teint légèrement hâlé, elle devait mesurer 1m75, elle était du genre costaud, le genre « fille de bonne famille », inspirant confiance. Roxane accompagnait sa mère qui était elle aussi en cure. Lola, 1m68, les yeux gris vert, la bouche pulpeuse, l’avait fait flasher instantanément. Pour Roxane elle était la femme de ses rêves. Roxane n’avait pas vu ces deux heures passées, elles avaient marché dans la ville afin de mieux faire connaissance.

La jeune fille avait 24 ans, Lola déclara avoir 18 ans, ce que ne démentit pas Colette. Roxane finit par avouer que Lola était la première jeune fille à qui elle s’intéressait. Elle n’avait jamais connu d’hommes, encore moins avoir eu de relations sexuelles avec eux. Surprise par cette révélation que ni l’une ni l’autre n’aient jamais eu de flirt, Colette se demanda franchement pourquoi deux si belles jeunes filles aient pu rester célibataires jusque-là ! Quelle fausse naïveté !!! Quel aveuglement surtout, la cécité arrangeait autant la mère que la fille, Roxane ayant mesuré la situation à sa juste valeur…

Lola et Roxane se donnèrent rendez-vous pour le lendemain. Colette rassurée de connaître l’emploi du temps de sa fille, partit le cœur léger à ses soins. Sous les doigts experts de son kinésithérapeute elle laissa vagabonder son esprit. Elle s’imaginait dans le parc, flânant à travers les allées, sous les grands arbres centenaires, contournant les massifs à l’anglaise remplis de mille fleurs multicolores. Colette se voyait longeant le torrent, c’était une journée merveilleuse, débordante de soleil, les hirondelles virevoltant dans le ciel bleu. Elle pensait à Lola et Roxane, qui, sans doute cachées quelque part ont dû échanger leur premier baiser d’amoureuses. Le premier de leur vie, un jour de conte de fée ! Colette était redevenue midinette, elle avait l’âge mental de sa fille. Les effets de la cure ?

Elle n’avait même pas conscience que c’étaient deux jeunes femmes, que cet amour portait un nom. Colette avait elle aussi dans sa jeunesse embrassé sa meilleure amie. Elle était maintenant une épouse et une mère respectables, pourquoi voir le mal partout. Ce baiser était resté dans son souvenir d’une sensualité torride. En effet jamais avec un homme elle n’avait retrouvé la douceur de ces lèvres, le goût de cette bouche, la langue experte qui cherche à donner du plaisir. Elle sortit de son massage, légère et en pleine forme, ses fantasmes l’avaient amenée dans un état d’excitation et d’extase incroyables.

Lola rentra radieuse « ça y est Maman, j’ai goûté sa langue ! » Le romantisme de sa fille lui donna le fou rire. Lola raconta sans se faire prier qu’elles s’étaient promenées main dans la main dans le parc, avaient cherché et trouvé un banc un peu plus à l’écart des autres. Elles s’étaient embrassées, déjà elles s’étaient dit je t’aime ! Le lendemain même chose, Roxane vint chercher Lola à l’appartement. Cependant Lola venait d’avoir une crise de spasmophilie, elle n’était pas encore levée. Roxane inquiète pour elle, annonça qu’elle reviendrait car Lola devait se reposer. Colette tenta de la rassurer sur la santé de sa fille, l’adolescence n’allait pas sans quelques heurts.

Sans doute pour cacher son malaise devant l’indisposition de Lola, Roxane parla de l’enlever dès son retour à la maison lorsqu’elle serait rentrée de Brides, d’acheter des tonnes de magnésium pour la soigner. Puis confia que le cheval blanc réclamé par sa belle pour son enlèvement serait beige, couleur de sa voiture. Elle ajouta qu’elle la présenterait à ses parents le dimanche avant de partir, une semaine avant leur propre départ. Colette sentit une bouffée de chaleur la traverser, enfin c’était du sérieux. Lola avait rencontré sa meilleure amie, elle l’assurance que sa fille se détournait des garçons, reculant encore pour un temps les soucis qui vont avec et les terribles ravages de son âge qui l’envoyaient aux oubliettes de la séduction. Quel bonheur !

Quand Roxane revint deux heures plus tard, il pleuvait. Colette devait se rendre à ses soins et leur proposa de rester là, pas question qu’elles attrapent froid. Alors qu’elle se laissait aller sous les mains habiles du kiné son esprit vagabonda comme à l’accoutumée. Une angoisse la saisit, quelle bêtise elle avait commis ! Roxane lui inspirait confiance, mais elle ne la connaissait de nulle part, n’était-ce pas « jouer avec le feu » que de les laisser seules dans une pièce ? Elle se hâta de rentrer. Quand elle pénétra dans le studio, il était assombri par les rideaux tirés. Roxane et Lola étaient dans les bras l’une de l’autre, paisiblement enlacées, tout avait l’air d’aller.

Colette leur confia qu’elle n’aurait sans doute pas dû les laisser seules, et que, dorénavant, c’était une situation à éviter, à la fois chez elles et bien sûr dans la chambre d’hôtel de Roxane. Colette reconnut sur le visage de Lola les traces d’un après-midi de flirt, comme elle les vivait à leur âge. En effet le maquillage des yeux était moins net et sa bouche sensuelle plus rouge, le rouge à lèvre étalé partout ! En questionnant le soir sa fille elle apprendra, que cet après-midi-là, Lola avait poussé un peu trop loin déjà, sa première expérience amoureuse.

Lola n’avait pas voulu pas qu’elle touche ses seins, mais, quand contre sa volonté, elle a réussi à le faire, elle avait trouvé ça fort agréable, ressentant nettement une vague de désir, acceptant donc de plein gré les caresses de Roxane. Colette, horrifiée devant tant de précipitation expliqua à Lola qu’elle allait trop vite, qu’à présent il ne fallait pas aller plus loin, mais n’était-ce pas trop tard ? Roxane avait-elle … ?

Un vent de panique souffla dans sa tête. Lola dut le sentir et rassura sa mère en termina la discussion sur un « je suis encore vierge tu sais ! » Lola était vraiment ignorante de la sexualité, encore plus de ce que deux femmes pouvaient s’apporter en plaisir et de la manière de s’y prendre. Les apparences étaient sauves parce que pour Colette c’était l’essentiel. Il ne manquait plus que sa fille connaisse la jouissance, elle qui n’avait que pour unique repère sa frigidité.

Colette dormit très mal. Elle ne devait plus les laisser en tête à tête. Aussi dès leur levé, elle annonça qu’elle voulait immortaliser sur la pellicule leur idylle, Roxane et Lola poseraient à différents endroits de la ville. Qu’elles étaient belles et heureuses ensembles, soupira-t-elle tout en les fixant dans leur cadre ! Ce qu’elle ignorait c’est que ce serait le dernier jour de beau temps de la semaine, mais aussi de leur histoire.

Le soir elles allèrent toutes les trois au cinéma, et quand elles sortirent, quelques éclairs illuminèrent la nuit vers le fond de la vallée, berceau de leur petit village. Quand le jour se leva le samedi matin le ciel était menaçant, pluie et vent balayaient tout sur leur passage. Lola et Roxane profitèrent d’une accalmie pour aller flirter loin du regard de Colette qui était partie à sa séance d’aquagym.

Colette n’était pas rentrée depuis cinq minutes que Roxane, sans doute plus choquée et affolée qu’elle ne le voulait le paraître, ramenait Lola, qui était sous l’emprise d’une forte crise de spasmophilie. Colette s’aperçut que Roxane avait les larmes aux yeux. Roxane lui dit quelque chose qui prêtait à croire qu’elle était à l’origine de cette crise. Colette la rassura, Lola aurait préféré qu’elle ne la voie pas dans cet état. C’était sûr qu’une émotion pouvait lui donner une crise, mais avec Roxane, ce ne pouvait être qu’une bonne émotion.

« Non, ça ne vient pas d’une bonne émotion, c’est sans doute ce que je lui ai dit.

– Où est-ce que ça a commencé ? Vous étiez vous dans la rue ?

– Non, nous étions sur mon lit, à l’hôtel.

– J’espère que vous n’avez pas fait de bêtises !

– Non, rassurez-vous ! »

Lola avait pris du magnésium, se remettant petit à petit dans ses bras, Roxane restant soucieuse à ses côtés, accablée et mélancolique. Voyant que Lola récupérait ses couleurs, elle décida de partir, elle la laissait se reposer. Elle viendrait la chercher le lendemain, jour de son départ, vers 10h. Colette attendit le soir pour proposer à Lola d’aller prendre une tisane dans un café, elle voulait comprendre l’origine de cette crise et la tristesse de Roxane.

Lola se confia volontiers à sa mère, cet après-midi-là ne s’était pas bien déroulé, à travers ses explications incomplètes, elle comprit que Roxane avait eu des désirs auxquels Lola n’avait pas voulu se plier. Apparemment rien de grave ne s’est passé pour elle, mais Roxane avait trouvé qu’entre elles deux, « c’était trop sexuel », qu’il fallait qu’elles se connaissent mieux, mais qu’elle craignait qu’elles n’aient pas assez de points communs. Lorsque Roxane proposa à Lola de réfléchir quinze jours avant de continuer ou pas, Lola fit sa crise.

Dimanche matin.10h…10h15… 10h30…10h45…Pas de Roxane. Aucun doute, elle ne voulait plus continuer pensa Colette. Lola, en proie à l’angoisse l’appela, en fait Roxane passerait lui dire au revoir dès que son père serait là. Elle arriva vers 11h30, l’air encore plus triste que la veille, les yeux rougit par les pleurs. Colette les autorisa à partir discuter une dernière fois dans le parc, mais Roxane ne l’a plus embrassée, elle avait décidé de ne plus la revoir.

Les motifs, plus détaillés, étaient ceux déjà invoqués. En pleurant, Roxane lui avoua qu’avant de la rencontrer, elle était malheureuse de sa propre solitude quand elle voyait des couples. Elle avait aussi pris conscience de son attirance exclusive pour les femmes. Elle était bien avec Lola, mais à nouveau elle répéta qu’elle ne voulait pas que leur relation ne soit que sexuelle, et que de plus, lorsqu’elle se trouvait seule avec elle, elle perdait la tête ! Roxane n’était pas sûre non plus de pouvoir s’entendre avec Lola.

Lorsque Lola revint avec elle au studio, elle lui remit le petit cadeau qu’elle avait prévu pour lui dire au revoir. Puis sans se retourner, l’air abattu, elle est rentrée et a refermé la porte, laissant Roxane dans le couloir.

Le petit cadeau ?

Un marque-page donnant des précisions sur les qualités des Lola, et un petit bloc-notes personnalisé, où chaque page portait « de la part de Lola ». La veille elle avait ajouté « pour que tu ne m’oublies pas », son nom, son adresse, son numéro de téléphone, « car j’aimerais encore me retrouver dans tes bras », et quelques phrases d’amour qui devaient se découvrir au fil des pages, comme des surprises.

Colette ne retint pas Roxane. Comme sa fille elle s’enferma dans sa chambre pour réfléchir à tous ces événements passés. Elle réalisait le décalage d’attrait de Roxane, le décalage aussi entre le physique et l’intellect de Lola. Colette n’avait pas relevé le mensonge sur son âge mais comment une jeune fille lycéenne, qui peinait en première L et cette étudiante en informatique, parlant couramment le russe, fille de proviseur et inscrite dans une fac en Écosse à la rentrée pouvaient elles se lier d’amitié.

Elle aurait préféré que pour une première passion platonique elle sorte avec une fille de son âge et de son niveau. Les larmes se mirent à couler car son rêve s’écroulait. Colette était loin d’être au clair avec elle-même et sa fille, elle venait de vivre par procuration cette aventure et cela avait réveillé en elle des désirs inavoués. Difficile de retrouver autant de pureté de sentiments avec son mari. Roxane venait de quitter sa vie aussi brutalement qu’elle y était rentrée. Il ne pouvait dorénavant plus y avoir de place pour une quelconque ambiguïté.

La déprime ne les quitta pas jusqu’à leur retour. Colette en profita pour réviser de A jusqu’à Z tout ce que Lola devait savoir sur le sexe et ses dangers y compris apprendre à dire non si elle n’en avait pas envie. C’est sans regret qu’elles partirent de Brides-Les-Bains, les souvenirs étaient omniprésents et trop douloureux pour que le séjour reste agréable.

Le mari de Colette ne reconnut pas ses deux femmes à leur retour tant le changement était visible. Dix kilos de moins pour sa femme et une indéfinissable tristesse dans le regard et le sourire de sa fille. Il fut mis au courant très vite de la situation et il reprocha à sa femme sa trop grande légèreté avec cette jeune fille. Il ne pouvait concevoir que sa fille n’était plus une enfant, encore moins une jeune femme avec des désirs. Sa fille n’était pas une dépravée ni une perverse, quant à sa femme c’était vraiment une irresponsable. Il obligea Colette à contacter Roxane afin qu’elle lui dise de ne plus importuner Lola de quelle que manière que ce fut.

« Bonjour Docteur !

– Alors cette cure ? Une réussite dites-moi ! Vous avez perdu combien de kilos ?

– Vingt et ce n’est pas fini. Je suis attentivement mon régime, je me suis remise à l’exercice et je compte bien perdre trente kilos en tout.

– N’y allez pas trop vite quand même vous allez être fatiguée. Vous êtes revenue il y a longtemps ?

– Deux mois déjà.

– C’est votre mari qui doit être content. Vous avez retrouvé une deuxième jeunesse. Jamais je ne vous avais vu aussi élégante. Aussi séduisante aussi. Vous ne l’épuisez pas trop j’espère ?

– J’ai quitté mon mari docteur il y a un mois.

– Excusez-moi je ne savais pas. Vous avez dû me trouver lourd et gaffeur. Et vos enfants comment le vivent-ils ? Vous étiez mariée depuis quand ?

– Trente ans. Mon fils aîné l’a bien pris, il mène sa vie depuis un moment sans nous. C’est Lola qui m’inquiète. Déjà l’adolescence la perturbait mais là le divorce l’a complètement déstabilisée. Je me demande si je ne vais pas l’emmener consulter un psychologue.

– Elle va mal à ce point ? Vous savez à cet âge ça prend tout de suite de ces proportions, ça monte très vite mais ça redescend très vite. Pas de petit copain pour lui changer les idées ?

– Ne m’en parlez pas. Justement elle avait rencontré un très beau jeune homme mais il a préféré rompre le jour de son départ. Lola qui était déjà fragile avant ça, l’est encore plus. Les crises de spasmophilie se succèdent je ne sais plus quoi faire.

– Vous êtes une bonne mère, je ne suis pas inquiet. Vous saurez aider votre fille et la rassurer. Je ne sais pas les raisons de votre rupture mais vous avez sans doute raison de ne pas rester avec un homme que vous n’aimez plus. Vous faites un beau cadeau à votre fille en lui servant d’exemple et de modèle. Vous lui ouvrez la voie du bonheur.

– Si elle pouvait vous entendre docteur !

– Allez, courage ! Un mauvais moment à passer et bientôt vous verrez vous ne regretterez pas votre choix. Voyez j’ai divorcé et même si ce fut dur au début aujourd’hui je me dis que c’était mieux ainsi. Bon passons aux choses sérieuses, déshabillez-vous que je vous examine. »

Colette sortit du cabinet sur un petit nuage. Les paroles rassurantes du médecin avaient balayé ses derniers scrupules. Elle n’avait même pas eu conscience de mentir quand elle avait parlé de « petit copain » pour Lola. Et comme elle n’était plus à un mensonge près, elle avait omis de dire qu’elle avait quitté son mari pour vivre une passion amoureuse sans précédent. Sa cure avait été le révélateur de ses désirs cachés, l’acceptation de sa sexualité trop longtemps tue et contrariée. La réappropriation de son corps et de son pouvoir de séduction, la rivalité inconsciente avec Lola avaient ouvert une faille dans l’édifice qu’elle avait construit durant tout son mariage. Tout s’était écroulé à son retour, quand elle réalisa l’énorme gâchis qu’était devenue sa vie.

Sa fougueuse amante l’attendait dans sa voiture, elles avaient prévu de partir en week-end à la mer. Roxane ne repartait en Écosse que la semaine, elle aurait tout le temps de la posséder encore et encore, lui assurant qu’entre elles deux c’était autre chose que purement sexuel. Colette était loin d’être dupe de ce discours mais elle savait aussi que Roxane n’était que la première marche d’un haut escalier.

« Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »

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