Nouvelles lesbiennes

Nouvelle lesbienne : Condamnée par amour

Condamnée par amour est une romance lesbienne qui parle d’amour entre femmes.

Le verdict venait de tomber. Condamnée à une peine de huit ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, Line assise dans la boxe des accusés, prit la sentence sans broncher car elle avait été jugée pour meurtre.

Flash-back… Condamnée par amour.

Line, célibataire, habitait dans une citée, un minuscule deux pièces, dans une ville dortoir de banlieue où elle travaillait dans l’hypermarché du coin en tant que caissière. Sa voisine de palier, Sylvie, mariée à Yves, un routier plus souvent sur les routes qu’au domicile conjugal, était également sa collègue. Toutes deux la petite trentaine se retrouvaient tout naturellement sur leur lieu de travail et c’est ainsi qu’elles devinrent vite deux amies intimes inséparables. Ainsi Line invitait son amie Sylvie pour boire un café, le soir après le boulot mais c’était surtout un prétexte pour papoter. En effet le couple battait de l’aile et Sylvie n’avait personne d’autre à qui se confier.

Il faut dire que les murs étaient fins comme du papier à cigarette dans cette HLM et l’insonorisation était à revoir. Line entendait régulièrement les disputes et des cris mais aussi les coups qui pleuvaient sur Sylvie. Pourtant elle essayait du mieux qu’elle pouvait de réconforter son amie, de la soutenir les jours de tristesse et d’amertume. Néanmoins elle se sentait bien impuissante face à la brutalité du mari violent et lâche aussi de ne pas appeler la police ou bien d’intervenir en tapant comme une enragée sur les parois communes.

Elle s’en voulait. En fait sans s’en rendre compte, elle s’était mise à ressentir des sentiments ambigus pour Sylvie, elle s’en défendait et cela expliquait aussi son comportement si passif. En effet Line n’avait pas encore avoué ses préférences sexuelles à son amie. Elle aimait les femmes mais elle savait aussi que ce genre de révélation faisait peur, dégoûtait même parfois. Alors elle attendait le bon moment pour lui en faire part.

Aussi quand Sylvie l’invita à venir manger le dimanche midi à la maison, elle en fut tout excitée. D’une part c’était un pas de plus dans leur relation et d’autre par parce que jusqu’à présent Sylvie n’avait pas souhaité qu’elle aille chez elle. Pourtant sa joie retomba aussi vite qu’un soufflet qu’on sort du four trop précipitamment quand ce fut le mari qui vint ouvrir la porte.

« Bonjour je suis Yves, vous êtes sûrement Line, notre voisine ! Ma femme m’a beaucoup parlé de vous, entrez !

– Bonjour, oui c’est bien moi !»

D’emblée l’atmosphère fut détendue. Le repas était à la hauteur des dire de son amie car elle adorait cuisiner, ça se voyait et se sentait. Tous les plats étaient un régal et un ravissement autant pour les papilles que pour les yeux. Ils discutaient de tout et de rien, évitant les sujets de discorde. Pourtant par moments il y avait entre elles deux quelques éclats de rire, des blagues et des anecdotes dont le mari était exclu. Mais cela ne le dérangeait pas, bien au contraire !

Cette complicité féminine avait sur lui un effet bénéfique car il regardait sa femme, comme si physiquement il la désirait. Ainsi l’après-midi défila à toute vitesse. En effet la tension entre les époux était retombée, Sylvie affichait un sourire qu’elle avait depuis trop longtemps perdu. Line repartit chez elle après les avoir remerciés en les invitant pour une prochaine fois car elle avait passé une bonne journée. Sylvie était ravissante dans son petit pantalon bleu foncé assorti au joli chemisier en vichy de la même couleur.

D’ailleurs elle avait, pour l’occasion, détaché ses cheveux qui tombaient en cascade sur ces épaules, elle qui habituellement portait un chignon austère. Elle était belle Sylvie, belle mais surtout très désirable. En effet Line la voyait d’un tout autre œil la voisine et là elle ne s’en cachait plus. C’est ainsi que les jours défilèrent et avec celle qui était devenue son double, elles passaient de doux instants de détente à rire, à se soutenir quand l’une ou l’autre avait des passages à vide.

Sylvie se confiait de plus en plus à Line. En effet son mari n’était plus très présent et quand il rentrait, c’était souvent tard avec un verre de trop dans le nez. Par ailleurs il ne l’aidait pas dans les tâches quotidiennes et avait une vision très rétrograde du couple. En effet un homme devait se faire servir, c’était à la femme d’être responsable de l’entretien du foyer et de s’occuper des gosses. A cause des oreillons mal soignés dans l’enfance d’Yves était devenu stérile, il était cependant persuadé que comme il n’était pas impuissant la science s’était trompée sur son compte.

Heureusement qu’ils n’avaient eu d’enfants car les pauvres malheureux auraient assisté à leurs scènes de ménage et auraient été traumatisés de voir leur mère battue. Il faut dire que l’alcool provoquait des disputes et de l’aide qu’elle demandait à son mari quand elle était fatiguée de tout gérer toute seule. En effet cela déclenchait en lui des colères destructrices, comme s’il avait besoin d’un prétexte pour battre sa femme.

Line, de plus en plus proche de Sylvie avait réussi à avoir les mêmes horaires de travail. C’est pourquoi cela lui permettait de la voir encore plus souvent, de passer le plus de temps ensemble car elles avaient pris l’habitude de s’accompagner partout où elles se rendaient, Line servant de chauffeur à Sylvie qui n’avait pas le permis. Ainsi elle n’était plus dépendante de son mari, elle explorait la liberté de se mouvoir à sa guise.

Au boulot, Line était aux petits soins pour son amie, lui préparant son café, lui ouvrant la porte, portant ses affaires. Leurs collègues riaient de toutes ces petites marques d’affection et la rumeur bientôt se mit à enfler puis à courir. En effet Line est homo ou quoi car vous avez vu de quelle façon elle se conduit avec Sylvie ? D’ailleurs pour peu on dirait qu’elles sortent ensemble !  Line, alors qu’elle était aux toilettes, entendit une conversation à leur sujet dans des propos fort crus où il était questions de deux gouinasses, Line et Sylvie. En définitive il devait s’en passer de belles quand le mari était sur la route.

Choquée elle en parla à Sylvie avant qu’un corbeau ne se mêle de prévenir Yves. « Ne t’en fais pas ce sont des jalouses ! Et puis apparemment elles n’ont rien d’autre à faire que s’occuper de la vie des gens et d’être méchantes ! Je vais aller les voir, régler ces âneries. Il n’y a rien de sexuel entre nous et tu le sais. Je suis 100 % hétéro qui peut en douter un seul instant ? » Sylvie n’eut aucun mal à remettre les choses en ordre et les pendules à l’heure. Line était comme une sœur pour elle, ils ne savaient rien de sa vie, ni de la sienne alors qu’elles s’occupent de ce qui les regarde ! Aussi la prochaine fois qu’elles auraient des gentillesses de ce genre, qu’elles viennent les le lui dire en face ! Qu’elles se le tiennent pour dit !

Line avait été contente que Sylvie mette les pieds dans le plat et qu’elle recadre tout ce petit monde. Pourtant suite à cet incident elle lui proposa de mettre un peu de distance, Line ne voulait pas qu’elle soit mal à cause du qu’en dira-t ’on. « Non, ne t’inquiète pas, elles se calmeront, tu es mon amie, on ne va quand même pas arrêter notre petit train-train pour des imbéciles ». Line voulut à cet instant lui dire son attirance pour les femmes mais elle n’en eut pas le courage. D’ailleurs le moment était mal choisi, dans de telles circonstances elles seraient parties au clash, Sylvie ayant l’impression d’une manipulation.

Alors elles continuèrent comme si de rien n’était. Line vivait seule et parfois elle terminait une soirée avec une fille ramassée dans un bar. Elle n’avait pas eu de relation sérieuse depuis des années, juste des moments coquins, histoire de satisfaire l’appel de la nature. Cependant n’était pas encore apparue la femme avec laquelle elle aurait voulu vivre. Au stade où elles en étaient de leurs rapports elle avait fait une croix sur Sylvie car elle préférait garder son amitié que de prendre le risque de la perdre définitivement si elle réagissait mal à ses révélations.

Elles passaient leur après-midi de repos à faire le ménage et les courses en vaquant à leurs occupations chacune chez elles, rien de bien réjouissant mais de nécessaire. Elles ne se savaient pas loin l’une de l’autre et en cas de besoin, il y avait juste le palier à franchir. Line s’en accommodait tant bien que mal, Sylvie sans le dire avait néanmoins mis de la distance. Les ragots avaient usé prématurément leur intimité.

Un après-midi, une ancienne compagne, la seule qu’elle ait vraiment aimée vint voir Line. Ensuite après avoir discuté autour d’un café, elles se retrouvèrent au lit sans vraiment savoir comment. Elles firent l’amour une partie de la journée, en manque l’une et l’autre d’un corps à faire vibrer. Son ex était toujours aussi experte en la matière. Ses caresses la faisaient fondre comme au temps où elles étaient ensemble car elle se retrouvait quelques années en arrière où elle était bien.

Pourquoi la vie n’était-elle pas toujours aussi simple ? Elle en était là de ses considérations quand on sonna à la porte. Alors qu’elle se leva en maugréant, elle se demanda qui pouvait la déranger en plein milieu de la journée. En regardant au judas avant d’ouvrir pour voir qui était l’indésirable, elle reconnut Sylvie. Elle ouvrit en peignoir et Sylvie fut surprise la voir dans cette tenue à quatre heures de l’après-midi.

« Rentre un instant, que se passe-t-il ? Tu as besoin de quelque chose ?

– Non je voulais juste discuter, je m’ennuie un peu. Mais je dérange si tu veux je repasserai.

– Non, non pas du tout, je me reposais, j’étais un peu fatiguée. »

Manque de chance pour Line une voix féminine se fit entendre depuis la chambre lui demandant si elle revenait se coucher. La gêne se lit sur son visage, Sylvie crut qu’elle allait lui faire un malaise tant elle avait pâli.

« Tu n’es pas seule, je vais te laisser, mais c’est bien une femme qui t’appelle ou je rêve ?

– Oui c’est bien une femme ! Je ne veux pas te mentir Sylvie, pour tout t’avouer, j’aime les femmes. Je voulais te le dire depuis longtemps mais je n’en ai jamais eu le courage. Nous venons de faire l’amour ensemble parce que je sais que jamais je ne te possèderai. Sylvie je t’aime et… »

Sylvie était partie sans vouloir entendre la suite. Line était restée sur place, ne sachant plus quoi faire quoi dire. La fille qui était dans son lit avait compris qu’un incident venait de se produire. Elle s’était rhabillée et l’embrassa en lui disant à bientôt. Elle claqua la porte et s’en alla comme elle était venue. Décidément ce n’était pas son jour ! Ni celui de Sylvie. Yves rentra comme à l’accoutumée, ivre. Et comme tous les soirs ou presque les cris, les pleurs, la vaisselle cassée et les coups. Cela dura un petit moment puis plus rien. La nuit fut blanche pour les deux femmes. Line s’en voulait de ne pas avoir confié à son amie ses préférences sexuelles, voudrait-elle seulement encore lui parler. Sylvie envisageait de quitter son mari, elle craignait pour sa vie, son homme était devenu incontrôlable.

L’heure d’aller au boulot avait sonné, Line était en bas, le moteur tournait, elle attendait Sylvie. Son amie s’installa dans la voiture, lui dit juste bonjour, ne voulant pas lui faire la bise. Line lui répondit « salut, on y va ! » Comme qui dirait, il y avait de l’électricité dans l’air. Arrivées au magasin, Sylvie lui dit tout de go à ce soir évitant à tout prix le contact. Pas de soucis elle l’attendrait ! La journée fut longue et pénible.

Le froid qu’il y avait entre elles deux avait été remarqué par tous. En plus tout alla de travers, les clients étaient pénibles, Line avait mal à la tête et Sylvie lui faisait une tête de six pieds de long. Génial ! Line voulait rentrer, elle en avait sa claque, les aiguilles de sa montre avaient décidé de ne pas avancer aujourd’hui. Enfin l’heure du départ arriva, Sylvie était près de son véhicule, pour une fois elle avait de l’avance. Elle brisa le silence, une fois assises dedans.

« Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais homo ? Qui était cette femme dans ta chambre ?

– Tu sais ce n’est pas évident de dire ce genre de chose, même à une personne proche, et à sa famille c’est parfois pire. De plus je ne voulais pas que tu te méprennes sur ma tendresse et mes gestes d’affection envers toi. Pour la femme dans la chambre c’était une de mes ex, je ne sais pas ce qui nous a pris, tout est fini entre nous depuis longtemps. Je ne voulais pas te choquer encore moins te faire du mal. Je suis toujours ton amie et le resterai si tu le veux bien, à toi de voir. »

Sylvie était tout contre elle, elle s’était rapprochée tout en lui parlant. C’était dingue, elle ne l’imaginait pas homo et de la savoir avec une autre femme qu’elle l’avait mise en colère alors qu’elle n’aurait pas dû. Elle n’avait aucun droit sur elle, encore moins sur sa vie. Line était libre de faire ce qu’elle voulait et avec qui elle voulait. « Line je suis là pour toi, je ne vais rien changer de nos habitudes et de la relation que l’on a ! Je ne veux pas qu’il y a de sous-entendus ou un manque de confiance. Tu m’as fait le plus beau des cadeaux en m’offrant ton secret le plus intime. »

Le reste du trajet se fit dans le silence. Elles étaient sur le palier quand Line lui dit que leur conversation l’avait soulagée. Sylvie lui fit la bise comme à son habitude en prenant soin de ne pas déraper et appuyé d’un clin d’œil ajouta « en tout bien tout honneur ! » Elle se mit à rire de son audace et lui souhaita une bonne soirée. Cette mise au point leur avait fait le plus grand bien. Tout était redevenu comme avant ou presque. Elles avaient connu un passage à vide, les tensions étaient loin maintenant.

Après ces confidences, leur relation prit une nouvelle tournure. Sylvie s’était mise en tête de lui trouver des conquêtes dans un bar lesbien où elles se rendaient ensemble tous les samedis soir. Quelque chose avait changé entre elles, Sylvie se maquillait, mettait des tenues qui montraient ses formes, moulaient son corps, ce qui n’était pas pour déplaire à Line. Sylvie lui demandait son avis, si elle lui plaisait, si tout était bien assorti. Line commençait à jouer à un jeu malsain qui risquait de mal finir, pour elle comme pour son amie. Un week-end où elles s’apprêtaient à partir en virée, Line lui ordonna de cesser ses agissements, elle n’avait pas besoin qu’on lui choisisse ses partenaires, elle était assez grande pour séduire toute seule.

Sylvie blanchit. Qui des deux jouait au chat et à la souris ? Certes ce scénario ne les menait nulle part. Mais à quoi pensait Line en étant si brutale ? Elle n’était pas la propriété de Sylvie mais à la voir se trémousser devant elle, elle provoquait son désir ? Il y a un moment déjà qu’elle ne lui était pas indifférente et son attitude ne l’avait pas aidée.  Moulée dans un jean serré taille basse, sa poitrine mise en valeur par un pull échancré, Sylvie mettait Line dans un état indescriptible difficile à contenir.

L’envie d’elle la tenait parfois jusqu’au samedi suivant, personne n’était là pour le lui faire passer. Line n’avait pas d’autre choix que de satisfaire manuellement sa pulsion, ce n’était plus tenable. Sylvie reconnut qu’elle l’avait volontairement allumée sans jamais l’éteindre, elle aimait bien Line mais ça s’arrêtait là, physiquement elle ne pourrait pas franchir le pas. Elle voulait en rester avec elle uniquement à l’amitié, Line devait l’oublier pour construire sa vie avec une autre. C’était mieux ainsi pour tout le monde. Line s’était fait une raison depuis longtemps, Sylvie était une de ces femmes inaccessibles, de ces amours malheureux que connaissent beaucoup de lesbiennes, la meilleure amie hétéro pour l’éternité. Elles décidèrent d’un commun accord de cesser de se voir, chacune éprouvait le besoin de prendre du recul.

Le quotidien reprit le dessus, Line et Sylvie se croisaient au boulot, elles s’étaient arrangées pour que l’une change d’équipe. Line entendait toujours ce qui se passait chez Sylvie et par respect pour son amie feignait de ne pas être au courant. Un soir une violente dispute éclata entre Sylvie et son mari. Il en était arrivé aux mains comme à chaque fois maintenant. Il la soupçonnait d’avoir un amant, hurlait à travers l’appartement qu’elle lui donnât son nom. La querelle se poursuivit tard dans la nuit. Après l’adultère, il l’accusa de prostitution. L’alcool lui avait ravagé le cerveau, Yves était devenu un animal enragé.

Sylvie l’encourageait à boire plus que de raison, il s’écroulait dans un coma éthylique dont elle espérait qu’un jour il n’émergerait plus. En attendant elle supportait les coups et les insultes, les humiliations. Sa seule consolation était que l’alcool l’avait rendu impuissant. A chaque fois Line était sur le qui-vive, écoutant le moindre bruit, elle avait peur pour sa voisine. Comme toutes les autres fois, les hurlements cessèrent et Line put s’endormir à moitié rassurée. Sylvie serait demain dans les apparences, complètement verrouillée de l’intérieur, il lui serait impossible d’en savoir plus pour l’aider. Comme elle regrettait le temps des confidences et de l’amitié amoureuse.

Sauf que cette fois-là, le lendemain matin Sylvie ne fut pas au rendez-vous. Line s’en inquiéta et alla sonner à la porte de son domicile. Personne. Dès qu’elle eut sa pause, elle prit le téléphone. En fait Sylvie n’avait pas entendu le réveil et elle était indisposée par des règles douloureuses, elle ne pourrait pas venir travailler. Line promit de passer la voir, Sylvie ne refusa pas. Elle eut hâte que la journée passe rapidement, il y avait du monde au magasin, les heures défilèrent à une bonne allure. Pas de rab pour une fois, elle fonça chez elle sitôt fini, elle voulait se laver et se changer avant d’aller la voir.

A peine rentrée, on sonna. Sylvie était devant elle, des marques sur le visage et vraisemblablement sur le corps. Blanche de colère, Line se jeta dans ses bras en pleurant, tout en l’attirant dans l’appartement afin de fermer la porte derrière elles. Elle la serra lui disant qu’elle était là, qu’elle allait prendre soin d’elle, que ce salaud ne la toucherait plus. Elle lui caressa doucement les cheveux, elle avait peur de lui faire mal. Sylvie était blottie contre elle comme un animal apeuré.

Elle releva la tête, la regarda droit dans les yeux puis sans que Line ne s’y attendît l’embrassa. Line la repoussa gentiment, que faisait-elle ? Sylvie ne savait plus où elle en était. Yves devenait violent, il la frappait, elle avait peur ! Avait-elle essayé de dialoguer avec lui ? D’avoir une bonne discussion ? Ils n’arrivaient plus à se parler, il partait tôt, rentrait tard et ivre, elle ne savait plus que faire ni comment. Mais pourquoi l’avait-elle embrassée ? Sylvie en avait envie.

« Tu es toujours là, tu es mon ange gardien, tu as une façon de me regarder avec amour.  Dans tes yeux j’ai vu qu’il y avait du désir, de l’envie de moi. Tu m’as touchée, émue, il y a bien longtemps que mon mari ne me regarde plus. Line tu es douce, attentionnée, respectueuse et tendre avec moi, tout ça a fait qu’à la longue je me suis attachée à toi. A vrai dire je suis tombée amoureuse.

– Sylvie tu es mariée ! Je ne veux pas détruire votre couple, tu as assez de problème ! N’en rajoute pas en te lançant dans une relation extra conjugale. Oui tu as bien vu, j’ai des sentiments pour toi, je te désire. Mais je ne veux pas pour autant te pousser à briser ton union. En effet je vis à quelques mètres de toi, ce n’est pas facile. Cependant je sais ce que tu subis, ce que tu supportes et ça me met en rogne. Mais je sais aussi que jamais je ne pourrais t’aimer comme je le souhaiterais. D’ailleurs je ne te ferai jamais l’amour et je resterai avec mes envies de toi. »

Sylvie pour seule réponse se glissa à nouveau dans ses bras, Line la tint serrée contre elle. Elles restèrent comme ça un bon moment. Il était tard, il fallait que Sylvie rentre chez elle. Yves n’allait pas tarder à rentrer. Sylvie l’embrassa de nouveau, elle ne répondit pas à son baiser.

« Je te vois demain ? Je suis arrêtée pour une semaine.

– Une semaine sans toi, ça va être dur ! Passe me voir quand tu veux, tu as mes horaires. Puis il y a le portable en cas de problème n’hésite pas. »

Sylvie la laissa avec la haine de cet homme qui frappait la femme qu’elle aimait. Combien de temps pourrait-elle encore le supporter, jusqu’où irait-il ?

La semaine passa vite. Line rentrait vite à la maison une fois son job terminé, ne manquant pas avant de faire quelques courses pour son amie. Sylvie allait mieux, ses marques avaient disparu. Yves s’était calmé, il rentrait un peu plus tôt, légèrement alcoolisé, rien à voir avec avant. Les disputes avaient été rares et peu bruyantes. Il avait eu mauvaise conscience de lui avoir infligé des sévices corporels. Sylvie avait envoyé à Line des sms, rien que des mots doux, une véritable déclaration d’amour. Line resta dans le silence sur ce sujet. Ni commentaires oraux ni réponses aux sms, ni interdiction de lui en envoyer. Lundi elles reprendraient leurs petites habitudes, Sylvie reprenait le boulot, elle était guérie de ses blessures physiques.

Sylvie arriva comme à l’accoutumée, au parking où été stationnée la voiture de Line. Sylvie était jolie comme un cœur. Elle embrassa Line sur la joue en prenant soin de frôler ses lèvres. Line aurait bien voulu l’embrasser à pleine bouche. Elle en mourrait d’envie. Elle la repoussa.

« Non s’il te plait, arrête de me pousser à faire une chose que l’on pourra regretter toutes les deux par la suite ! Ne joue pas avec mes sentiments, tu crois que tu es amoureuse mais c’est un leurre. Ton ménage va mal, je suis pour toi comme une bouée de sauvetage. Si tu n’avais pas ces problèmes de couple, tu ne me verrais même pas.

– Ce n’est pas vrai Line, je t’aime réellement… »

Elles en discutèrent pendant tout le trajet. Devant la pointeuse, Sylvie lui fit un petit signe qui voulait dire à ce soir. Elles ne se croisèrent qu’à la pause-café, le manque était trop intenable. Line la dévorait des yeux. Leurs regards en disaient long sur leur désir réciproque. Le soir venu, Sylvie lui suggéra un détour afin de prolonger leur intimité. Elles prirent le chemin des écoliers. Line gara sa voiture dans une impasse déserte où elles ne risquaient pas d’être dérangées. Sylvie commença à lui caresser les cheveux, Line ne parvenait plus à se contenir. Elle avait envie d’elle à un point pas possible, elle était dans un état d’excitation extrême.

« Je veux faire l’amour avec toi, ne me rejette pas ! Je t’ai envoyé des sms auxquels tu n’as pas répondu !

– Tu sais ce que j’endure quand je sais que tu fais l’amour avec ton mari ?  Quand je t’imagine offerte ? Lui donnant ce que moi je voudrais. Je t’aime, je ne peux pas te toucher, j’ai juste le droit de te désirer ! J’en crève de savoir que tu es à lui car je te veux pour moi toute seule et je ne veux pas te partager.

– Tu sais je vais quitter Yves et je vais venir avec toi !

– Tu ne peux partir comme ça, quitter ton mari sur un coup de tête. Vous passez un mauvais moment, tu as encore des sentiments pour lui, sinon tu l’aurais déjà quitté ! »

Sylvie lui tenait les mains, les lui serrait fort. Des larmes coulaient le long de ses joues. Line la prit dans ses bras, lui embrassa les yeux en lui demandant de ne plus pleurer. Elles étaient face à face, se regardaient fixement, tendrement, amoureusement, sensuellement. Ne pouvant plus résister, Line l’embrassa de tout son être, avec passion et amour. Sylvie répondit goulûment à son baiser, explorant de sa langue la bouche avide de son amante experte. Elles avaient franchi la ligne blanche en ressemblant à deux adolescentes découvrant les joies et les délices d’un flirt poussé. D’ailleurs elles ne parvenaient plus à se refréner.

Line tenta de glisser une main sous la jupe de Sylvie qui arrêta le geste. Pas maintenant, pas tout de suite. Une pétarade les ramena dans le réel. Ce coup-ci il fallait rentrer. Sylvie n’était pas en avance. Leur crainte sur le chemin du retour fut qu’Yves soit déjà là. Pas de chance, il y avait de la lumière dans la salle à manger. Line proposa de l’accompagner pour lui expliquer qu’elles avaient dû bosser tard, il y avait un inventaire à préparer, qu’à cause de l’absentéisme elles avaient été obligées de rester un peu plus longtemps. Sylvie allait se débrouiller, de toutes façons tous les prétextes étaient bons pour lui quand il était ivre.

Il cherchait la moindre petite bête pour provoquer une dispute. Elle connaissait son fonctionnement par cœur. Elle le laisserait gueuler tout seul et quand il en aurait marre il se calmerait. Elles s’embrassèrent une dernière fois en faisant attention à ce que personne ne les vit. Sur le palier elles se promirent à demain, si Sylvie avait des ennuis, elle était là. D’accord à demain et bonne nuit ! Fais de beaux rêves ma douce ! Pense à moi murmura Sylvie. Il ne fallut pas longtemps pour entendre les hurlements que poussait Yves.

Les cris de Sylvie lui perçaient les tympans, la vaisselle devait voler dans toute la pièce, bientôt elle serait en miette. Il était en train de tout casser. Line se décida à prévenir la police. Elle s’inquiétait de ce qu’il pouvait faire à sa bienaimée. Les agents arrivèrent rapidement. Ils trouvèrent facilement l’appartement d’où s’échappaient les hurlements. Les policiers frappèrent à la porte, le vacarme stoppa net, enfin une voix masculine répondit.

« Que voulez-vous ? Je ne vous ai pas appelé !

– Monsieur, des voisins se sont plaints du bruit, apparemment ils n’ont pas eu tort. Vous allez vous calmer ! Ça suffit maintenant ! Vous avez tout détruit chez vous, vous hurlez après votre épouse, à mon avis ce n’est pas première fois que cela arrive. Laissez-nous entrer qu’on discute un peu !

– C’est fini, je vais me coucher !

– Vous êtes ivre, vous comptez dégriser comment ? Vous avez vu à quel stade vous en êtes arrivé ? De toute façon on ne viendra pas tous les soirs pour vous calmer, la prochaine fois c’est au poste que vous passerez la nuit. Votre dame va allez dans sa famille ou chez une amie le temps que vous dessouliez.

– Bon, bon je la laisse partir cette garce mais elle ne perd rien pour attendre !

– Un mot et on vous embarque ! »

Sylvie s’empressa de venir frapper à la porte de Line qui était juste derrière, prête à intervenir s’il le fallait. Elle ferma à double tour en l’informant qu’elle avait prévenu la police car elle avait eu peur pour elle. Cependant elle ne voulait pas qu’il la frappe, que ça se finisse mal car il existe des lois dans ce pays, battre son épouse est un délit grave. Sylvie ne lui en voulut pas, bien au contraire. Line l’avait prise par la main, lui proposant à manger, non elle n’avait pas faim c’était gentil. Elles s’installèrent sur le canapé, Sylvie se mit dans ses bras, elle cherchait la sécurité. Elle tremblait de tous ses membres. Line la tenait fortement en la rassurant, en l’embrassant amoureusement.

« Tu veux à boire, tu as envie de quelque chose ?

– Non je ne veux rien merci, je n’ai envie que de toi ! »

Sous le charme et comblée au-delà de ses espérances Line la conduisit jusqu’à sa chambre la tenant toujours par la main. Ensuite elle se mit à la déshabiller délicatement, comme si elle craignait de la sentir se dérober à cause d’un mouvement trop brusque. Enfin elle ne mit pas longtemps à se retrouver nue une fois son amante reposant dans le lit. C’est alors qu’elle la prit dans ses bras, son corps était chaud et doux. Pendant qu’elle lui respirait le cou, elle y déposa des baisers d’abord légers puis mouillés se mettant à explorer sa peau du bout de la langue. Sylvie se laissa faire, elle pouvait enfin l’aimer. Line lui caressait toutes les parties du corps, s’arrêtant sur les endroits sensibles. Sentant que Sylvie s’abandonnait, elle se saisit du corps de son amante pour le serrer contre elle en lui glissant sa cuisse entre les jambes.

Ses gémissements lui intimaient de continuer ses ondulations contre Sylvie. N’y suffisant plus ses doigts se glissèrent dans son intimité, Sylvie poussa un cri de plaisir. Ses ongles s’enfoncèrent dans le dos de Line, signe de sa jouissance. Sylvie voulut faire et refaire l’amour. Line apprit qu’elle n’avait plus de rapports sexuels avec son époux depuis très longtemps, que les disputes avaient tué en elle tout désir, en fait elle avait toujours été frigide. Cette nuit elle comblait tous ses retards, tous ses manques. De plus elle découvrait l’amour avec une femme, cela l’excitait comme pas possible. En effet elle trouvait l’acte plus tendre, plus agréable et sensuel qu’avec un homme. Line lui avait révélé le plaisir, sans doute aussi sa vraie nature. Sylvie n’en pouvait plus de se confier.

Pourtant elle aurait dû essayer avant. Ainsi elle avait perdu du temps, elle aurait dû la connaître il y a des années, elle ne se serait pas mariée avec Yves. A l’heure actuelle elles seraient en ménage, elle serait heureuse et comblée. A son tour elle lui fit l’amour. Au niveau où était son désir, Line ne mit pas longtemps à succomber. Sylvie avait un don, personne n’aurait pu rester de glace sous ses doigts. Sa langue était tout aussi redoutable. Line dans un état d’extase indescriptible, les cuisses écartées, apercevait dans de fugaces instants le regard séducteur de Sylvie, dont la tête disparaissait aussi vite qu’elle était apparue, dans son sexe gonflé de plaisir.

Une brûlante chaleur lui irradiait le bas ventre, des lèvres ou de la langue de Sylvie elle ne savait lesquelles lui procuraient cette douce sensation de velours sur son clitoris. Puis la langue de Sylvie se fit plus précise, plus alerte, allant et venant de bas en haut. Sur le point de jouir, Line la supplia d’accélérer le mouvement. Sylvie n’obtempéra pas la laissant dans un état d’excitation extrême. C’est alors qu’elle plongea sa langue dans le vagin de sa maîtresse, fouillant son intimité profonde.

Line poussait des petits cris d’extase, son sexe inondait le visage de Sylvie d’une sève abondante. C’est à cet instant qu’elle choisit, du pouce, de caresser activement le petit bouton durci de Line, qui sous l’extase se cabra. Et pour ne pas hurler de plaisir elle se mordit le poing jusqu’au sang. C’est au petit matin qu’elles trouvèrent le sommeil. A son réveil Sylvie était partie. Elle était allée voir son mari qui n’était plus là.

La nuit avait été courte et fatigante. Line était sur les genoux. Sylvie vint la rejoindre sur le parking. Elle l’attendait portière ouverte.

« Salut mon amour, tu vas bien ? A quelle heure es-tu partie ? Je ne t’ai pas entendue !

– Bonjour mon cœur, tu dormais tellement bien que je n’ai pas voulu te réveiller. Il était environ cinq heures trente. En rentrant Yves était parti je ne sais où ! A part ça c’était génial hier soir. Je voudrais que ce soit ainsi toutes les nuits. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme toi ! Tu es une merveilleuse amante. J’ai raison d’être amoureuse de toi. Merci ma Line.

– Tu te défends pas mal toi aussi ! On peut y aller maintenant, sinon on va arriver en retard au boulot, pas la peine d’attirer l’attention sur nous. Rien qu’à nos yeux brillants ça va jaser ! »

Dès qu’elles pouvaient se croiser, elles se frôlaient à qui mieux mieux, s’excitant mutuellement. S’il n’y avait personne dans les parages elles en profitaient pour se voler un baiser. Aller bosser devenait un réel plaisir. Pour ce qui était de leur liaison, elles se retrouvaient chez Line. C’est pourquoi elle prenait soin de cacher sa voiture pour faire croire qu’elle était absente. En effet c’était une sorte de ruse pour le cas où Yves chercherait Sylvie. En effet la première chose qu’il ferait serait de regarder si son auto était garée au parking, à sa place habituelle, puis viendrait ensuite frapper chez elle. Il fallait jouer la sécurité, elles n’avaient pas d’autres solutions.

L’hôtel leur aurait coûté trop cher vu leur modeste salaire, de plus il y avait un risque que quelqu’un les y voit. Elles ne cessaient de faire attention, d’être sur le qui-vive.   Leurs repos si on pouvait appeler cela de cette manière, étaient pour leurs ébats. Elles ne pouvaient s’arrêter de s’aimer. Elles étaient accros l’une de l’autre au point d’en avoir peur. Leur attitude amoureuse, leurs regards les trahissaient. Leur relation était complètement fusionnelle ce qui n’avait pu échapper à leurs collègues. Cependant aucun bruit de couloir ne courut, c’était le silence radio total ! La communication était non verbale, sourire qui en disaient longs, sous-entendus, clins d’œil appuyés. Leur amour était visible même si elles y mettaient toute leur énergie pour le garder caché.

Yves était réapparu à la surface au bout d’un mois, il avait écumé les bars et s’était lassé de dormir dans la cabine de son camion. Un coup de fil anonyme avait achevé de lui donner des doutes sur leur histoire. Sylvie était pour un oui ou un non chez Line, qui lui servait de chauffeur ou l’aidait dans les tâches ménagères. Yves l’accusait de prendre trop de place dans leur couple, Sylvie ne jurait plus que par elle. Tout ce que Line entreprenait et accomplissait était bien et parfait.

Il supportait de moins en moins que Sylvie se refuse à lui sexuellement, tout en elle pourtant respirait l’épanouissement physique. Yves rageait intérieurement, être cocu était dégradant et qu’en plus l’amant soit la voisine de palier, c’était l’humiliation de trop ! Il se mit à aller chercher sa femme au travail, rentrait à n’importe quel moment de la journée, mentant sur son emploi du temps. Les visites surprises au magasin ne manquaient pas, tout était bon pour la harceler et lui mettre une pression considérable sur le dos. Il voulait qu’elle se sente menacée et persécutée afin d’avoir une emprise totale sur elle.

En lui pourrissant le quotidien, il espérait secrètement que Sylvie craquerait et romprait avec sa maîtresse. En définitive il obtint en partie gain de cause en compliquant leur relation. Elles avaient besoin de se voir, de se toucher, de se respirer, de s’embrasser. Leur désir physique était plus fort que tout. Alors elles rivalisèrent d’imagination pour s’aimer même furtivement à la va vite puisqu’elles risquaient d’être surprises autant au boulot que chez Line. La frustration était intense mais la séparation était encore plus inconcevable !

Ce soir-là les cris avaient repris de plus belle dans l’appartement conjugal. Sylvie ne répondait plus aux injures. Yves s’énervait, l’insultait la traitant de tous les noms d’oiseaux.

« C’est comme l’autre, notre gentille voisine, cette sale gouine ! En effet c’est elle qui a détruit notre ménage car je sais que vous couchez ensemble ! D’ailleurs c’est elle qui t’a détournée du droit chemin.

– Oui on a couché ensemble, elle au moins sait me faire jouir ! Ce n’est pas comme toi et ta pathétique petite chose gluante dont tu ne sais pas te servir. En deux minutes il n’y a plus personne, monsieur ne sait pas se retenir ! Qu’est-ce que j’y peux si elle m’aime et moi aussi ? Je ne veux plus de toi, tu es tout le temps ivre, tu gueules pour un rien, en plus tu me bats !  Ne compte pas que je reste avec toi pour te torcher les fesses quand tu seras vieux ! Je ne t’aime plus. Tu es un minable, un impuissant qui bat sa femme parce qu’il est trop lâche pour s’en prendre à lui-même ! »

Yves était fou de colère, il se mit à la frapper à coups de poing, de pied. Tout y passait, elle criait, le suppliait d’arrêter, il allait la massacrer. Cependant Sylvie trouva la force de lui échapper car Line était sur le palier, porte ouverte pour qu’elle vienne se réfugier chez elle. Elle lui conseilla sitôt à l’abri de contacter la police parce que c’était en train de tourner à la catastrophe. Line était hors d’elle. Il lui fallait empêcher Yves de nuire car ce type était devenu imprévisible, un danger pour autrui. Sous l’effet de l’alcool et de sa folie destructrice il était capable du pire. Aussi le sachant très violent, Line s’était armée d’un couteau pour se protéger.

Il fallait le calmer et le ramener à la raison. Tout se déroula très vite. En effet il ne tarda pas à arriver en furie et se rua sur elle avant qu’elle ne puisse refermer la porte. Ensuite il la frappa violemment afin qu’elle tombe et ne puisse rentrer chez elle. Alors qu’elle était à terre, elle lui attrapa le bas de son pantalon ce qui manqua de le faire chuter. Pourtant il tenta de se libérer en lui labourant l’abdomen de coups de pied rageurs, il hurlait qu’il allait lui régler son compte. Mais comme elle tenait bon, il lui écrasa la main d’un coup de talon, lui cassant toutes les phalanges dans un bruit de craquement sourd. Sous l’effet de la douleur, elle lâcha prise et déséquilibré il vacilla peinant à rester debout.

Ses bras moulinaient dans le vide, lui servant d’hypothétique balancier. Sans savoir trop comment elle se protégea en mettant le couteau en avant. C’est alors qu’Yves ne put rien faire et s’empala sur la lame dans un silence assourdissant. Il était étendu sur le sol, ne respirant presque plus. Pendant ce temps Line restée à terre, l’air hébété peinait à réaliser ce qui venait de se produire. Sylvie, muette de terreur avait assisté de loin, en spectatrice impuissante à la scène. La police arriva mais trop tard, Yves avait cessé de vivre.

La suite des événements s’enchaîna dans une logique implacable. Sylvie fut emmenée à l’hôpital, Line au poste de police où elle fut d’abord placée en garde à vue puis mise en détention pour coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Un avocat fut commis d’office. Ne manquait plus que la date de son procès. L’instruction fut menée rapidement, personne ne contesta les faits établis.

Les mois qui suivirent le drame furent pénibles. Line se retrouvait enfermée dans une cellule minuscule. Une jeune fille partageait avec elle cet espace. Par chance le courant était passé entre elles deux. Les journées étaient interminables. Les nuits encore pires, Line ne dormait pratiquement pas. Elle tournait en rond, devenait dingue. Sylvie lui faisait passer des lettres par l’intermédiaire de son avocat. Dans ses mots elle lui disait combien elle l’aimait, que la vie sans elle n’était pas supportable. Qu’elle repensait souvent à leurs moments câlins coquins. Qu’elle était l’amour qu’elle attendait depuis toujours, qu’elle serait à ses côtés tout au long de son incarcération.

« Ne t’en fais pas je t’aime et je t’attendrai le temps qu’il faudra. Nous recommencerons une nouvelle vie ensemble. » Sylvie vint la voir régulièrement dans un premier temps. Ces visites au parloir les mettaient mal, bien souvent Sylvie repartait en pleurant, elle se culpabilisait de ne pas être à sa place. Line aurait tant voulu la prendre dans ses bras, la serrer contre elle pour la consoler. Elle pouvait seulement la voir et l’entendre, interdiction de se toucher. Line lui disait qu’elle regrettait d’avoir tué son mari, il ne méritait pas la mort, elle s’en voulait de son geste. Elle l’aimait trop fort, elle avait voulu la défendre un point c’est tout, c’était un accident. Sylvie savait tout ça mais Line s’en voulait tellement de n’avoir pas su l’éviter.

La dernière fois que Line la vit, Sylvie n’était pas comme à l’habitude. En effet elle la trouvait gênée alors qu’elle l’informait de son déménagement parce qu’elle ne supportait plus de rester dans ce maudit l’appartement où elle avait vécu avec Yves. C’est pourquoi elle avait demandé sa mutation et son employeur lui avait trouvé un poste à l’autre bout de la France. En définitive elle promit de lui écrire tous les jours, de venir la voir aussi souvent que possible. Ainsi elle serait toujours là pour elle, qu’elle ne l’oublie pas. En lui envoyant un baiser, elle tourna les talons et partit. Line était KO.

La femme qu’elle aimait plus que tout la laissait seule. Les jours qui suivirent furent noirs. Son avocat vint la voir pour préparer sa défense, la date de son procès était enfin fixée. C’était dans deux mois, il fallait travailler son dossier, il allait la sortir de là. Du moins il allait tenter de limiter la casse. Elle n’avait plus envie de se battre. Personne ne l’attendait dehors. L’amour de sa vie, celle pour qui elle avait tué avait mis les voiles. Alors…

Le jour du jugement arriva vite. La salle était pleine. Line aperçut Sylvie, elle lui fit un beau et grand sourire au moment de sa déposition à la barre. Elle était radieuse alors que Line était dans un état pitoyable. En effet elle ne mangeait plus, ne dormait plus, son existence était devenue un enfer. Néanmoins tout se déroula sans qu’elle ne comprenne vraiment ce qui se passait : les témoignages, les rapports de police, les expertises, tout la dépassait. En définitive son comportement l’accablait, son silence se retournait contre elle alors qu’Yves avait donné une image bien différente à son entourage. En effet en dehors de Line et de Sylvie, personne ne savait le tyran domestique qu’il était. La surdité des voisins de l’immeuble était un certificat de bonne conduite pour le compagnon violent, aucun n’avait souhaité venir au procès.

La plaidoirie de son avocat ne resterait pas dans les annales judiciaires. Mauvais vaudeville, piètres acteurs dans ce drame de la vie conjugale, qui pouvait s’enflammer à l’écoute d’une tel fait divers sordide ? Une épouse modèle trompe son mari alcoolique avec la voisine de palier. Après la lesbienne chic, la lesbienne choc ! Ce fut la délibération des jurés puis le verdict. Coupable de meurtre. Condamnée à huit ans de prison dont deux avec sursis.

Aucune circonstance atténuante ne fut retenue, quand on dérange l’ordre moral il ne faut s’attendre à aucune indulgence. Line ne percuta pas, elle n’était pas en état. Elle ne cherchait même pas à voir la réaction de son aimée qui l’avait abandonnée. Elle voulait qu’on lui fiche la paix. Sans Sylvie rien ne comptait, pas même de vivre. Elle regagna sa cellule. Avec la préventive et les remises de peine dans quatre ans à peine elle serait dehors.

Elle organisa son quotidien de manière à ne plus penser à rien. En premier lieu elle avait tout figé dans des rituels immuables : balades, douches qui étaient pour elle essentiel, gym. Ensuite elle refusa de faire appel, à quoi bon ! Enfin elle obtint le droit de travailler, elle passait ainsi quelques heures par semaine à des travaux d’imprimerie. Elle recevait rarement du courrier. La télé lui tenait compagnie jusqu’à extinction des feux. Elle refusait de prendre des médicaments pour dormir et quand les hurlements de ses codétenues devenaient trop déstabilisants elle s’enfonçait la tête dans son oreiller pour ne pas les entendre. Sylvie l’avait oubliée. Une lettre une fois tous les trente-six du mois lui arrivait. Elle lui racontait sa nouvelle vie, son boulot et d’autre banalités. Elle avait passé son permis entre autres.

Line lui répondait sans grand enthousiasme. Quoi lui dire ? Les mois passaient parfois vite, mais le plus souvent lentement. Les plus durs étaient ceux qui annonçaient un changement de saison. Ils rappelaient la vie au dehors, cela rendait l’enfermement encore plus intolérable. A l’intérieur de la prison elle s’était fait sa petite place, des amies aussi. Elles se soutenaient. Quand l’une craquait, les autres lui remontaient le moral. A la fin de sa détention Line avait cessé toute correspondance avec Sylvie, pour les visites il y avait des lustres qu’elle n’était plus venue. Sylvie lui manquait toujours autant mais elle s’était fait une raison.

Elle avait dû rencontrer une autre femme, Line qu’elle le veuille ou non la liait définitivement à Yves. Au lieu de les unir, ce mort les avait séparées. Line commença à compter le temps qui lui restait à faire. Dans quelques mois elle pourrait sortir, les vraies questions allaient se poser. Qu’allait-elle devenir ? Où aller ? Qui allait l’embaucher avec un casier ? Elle avait tout perdu : son appartement, son boulot, l’amour de ma vie. De plus elle n’avait plus d’argent, ses maigres économies lui avaient servi à cantiner. Elle apprit qu’il y avait des aides pour sa réinsertion, cela lui remonta un peu le moral. De plus des prisonnières lui donnèrent des tuyaux, des adresses en cas de coups durs. La solidarité marchait à plein dans le malheur.

Line avait trop de fierté pour accepter, elle se débrouillerait, il fallait qu’elle s’en sorte, qu’elle refasse sa vie. Elle s’occupa comme elle put pour patienter, plus sa sortie approchait plus elle angoissait. Puis le jour J arriva. Elle était contente de quitter ce lieu, cependant quitter ses repères et ses habitudes créait chez elle une crainte indéfinissable. Dehors bien des choses avaient dû changer. Quitter certaines de ses amies fut un déchirement, comment quitter celles qui l’avaient aidée à remonter la pente, lui avaient donné de l’affection et de la tendresse. Elle en avait gros sur le cœur. Voilà c’était son heure. Une fois les papiers administratifs établis, elle récupérait ses biens, c’est-à-dire pas grand-chose : montre, collier, papier d’identités et un peu d’argent liquide.

Condamnée par amour. Enfin la porte vers la liberté s’ouvrit. Dehors il faisait beau, elle était avec son sac sur le trottoir, ne sachant dans quel sens se diriger. Une voix l’interpella. « Line, je suis là !» Sylvie était au niveau de sa voiture, garée à quelques mètres de la prison. Elle vint à sa rencontre et se jeta dans ses bras : « Je t’attends depuis des heures, je ne voulais pas te manquer. Si tu savais combien tu m’as manquée, combien je t’aime. »  Line était surprise et tellement heureuse de voir que Sylvie l’aimait toujours. Qu’elle était là pour elle. Elle l’embrassa si tendrement que son envie de Sylvie était de nouveau présente. Elle en sourit, elle se retrouvait des années en arrière. La prenant par la main, Sylvie la guida vers son véhicule et avec son plus beau sourire lui murmura à l’oreille : « Viens on rentre à la maison ».

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